Les 14 objets religieux protégés de Nexon (I)

Un objet est protégé par l’Etat s’il est inscrit ou classé monument historique du fait de son intérêt historique, artistique, scientifique ou technique. Cette protection est encadrée par le Code du patrimoine. A Nexon 14 objets religieux bénéficient de cette protection.

I – Ceux qui sont conservés dans la vitrine sécurisée.

La vitrine sécurisée

1- Le chef reliquaire de Saint Ferréol

Il s’agit de la relique le plus connue de l’église de Nexon. Elle renferme le sommet du crane de saint Ferréol, évêque de Limoges au VIe siècle. La première description en a été faite par Felix de VERNEILH (1820-1864), figure emblématique de l’archéologie française du milieu du XIXsiècle. Son frère Jules (1823-1899) éminent dessinateur a reproduit un grand nombre des objets et monuments décrit par son frère. Ils sont les arrières petits enfants de Jean Baptiste de VERNEILH, notaire royal à Nexon. Comment cette relique et le reliquaire qui la protège sont-ils arrivés à Nexon ? Felix de VERNEILH l’explique et décrit très précisement le buste que son frère déssine. Cette description a été publiée dans la Revue archéologique et historique du Limousin en 1863. Pour éviter le pillage lors des multiples guerres qui ravageainet la France les reliques n’étaient pas conservées dans les églises mais dans les chateaux les plus forts du pays. C’est ainsi que le seigneur de Lastours eu la garde du chef de saint Ferréol. Après plusieurs dizaines d’années passées loin de Nexon, les descendants des Lastours le donnèrent à l’église de Nexon, église plus importante que celle de Saint Martin le Vieux dans leur barronie.

Felix s’etant rendu à Nexon pour examiner la petite chasse dont je parlerai plus loin, son oeil fut attiré par un buste au fond d’une armoire. Il remarque au revers une plaque gravée que sans doute peu de personnes avaient lue.

 Un nom apparait deux fois, surligné en jaune, GUIDOIS DE BRUGERIA. C’est le nom de celui a fait réaliser cette pièce et le texte explique qui il est, qui a réalisé ce buste en cuivre et à quelle date. Pour lire il faut se rappeler que pour gagner de la place les graveurs utilisent de nombreuses abréviations. En les faisant disparaitre le texte devient :

D[OMI]N[U]S : GVIDO : DE : BRVGERIA : P[A]RO/CHIA : S[AN]C[T]I : MARTINI : VET[ER]IS : CA/P[E]LL[- ANU]S : ISTI[US] : ECC[ES]IE : DE ANEX/O[N]IO : FECIT : FIERI : LEM[OVICIS] : HOC/CAPUT : IN HONORE : B[EAT]I FERR/EOLI : PONTIFICIS + EGO : AY/MERICUS XPI[STI]ANI : AVRIFA/BER : DE CASTRO : LEM[OVICIS] : FECI/HOC OPVS : ANNO : D[OMI]NI/M[I]LL[ESIM]O : CCCXL SEXTO DE/P[RE]CEPTO : D[I]C[T]I : D[OMI]NI GVIDO[N]IS/DE BRVGERIA

Le seigneur Guido de Brugières, de la paroisse de Saint-Martin-le-Vieux, chapelain de l’église de Nexon a fait faire ce chef à Limoges en l’honneur du bienheureux pontife Ferréol. Moi, Aymeric Chrétien orfèvre du château de Limoges, ai fait ce travail à Limoges en l’an de notre Seigneur mille trois cent quarante-six sur la commande de Guido de Brugières

Qui se lit : Le seigneur Guido de Brugières, de la paroisse de Saint-Martin-le-Vieux, chapelain de l’église de Nexon a fait faire ce chef à Limoges en l’honneur du bienheureux pontife Ferréol. Moi, Aymeric Chrétien orfèvre du château de Limoges, ai fait ce travail à Limoges en l’an de notre Seigneur mille trois cent quarante-six sur la commande de Guido de Brugières.

C’est donc le curé de saint Martin le Vieux qui a commendé ce travail à Aymeric Chrétien, orfèvre à Limoges en 1356. C’est donc un objet qui a 667 ans et qui est très bien conservé.

Le cartel au dos

Contnuons la descrption qu’en fait Felix de VERNEILH.  « La tête de saint Ferréol ressemble plutôt au portrait de quelque jeune évêque, un peu mondain, du XIXe siècle qu’à l’image idéale d’un saint. Ses moustaches sont retroussées , et sa barbe frisée avec trop de recherche. La figure me paraît courte, et la physionomie singulière. Mais le buste est modelé ou repoussé avec beaucoup de précision, et retouché au ciselet avec une grande finesse. Il faut louer aussi la forme originale du plateau sur lequel repose le chef de saint Ferréol : elle serait digne d’être imitée, car elle s’adapte parfaitement à l’ovale de la poitrine, et ne manque pas d’élégance. On remarquera que la croix pectorale du saint évêque s’étale sur une des ogives saillantes du plateau. »

La chevelure du saint, comme sa barbe, est très abondante et ondulée.

Le chef est formé par deux feuilles de cuivre repoussées, soudées entre elles au revers de la pièce, derrière les oreilles.

La mître est composée de trois plaques de cuivre. Elle s’assemble à la tête par emboîtage.

La mitre est bordée dans sa partie inférieure d’un orfroi, broderie exécutée en fil d’or ou d’argent ou en lamelles d’or, d’argent ou de soie.  Un autre orfroi divise la mitre dans sa partie verticale. Ils sont décorés de rinceaux, ces tiges végétales qui s’enroulent et forment des frises. De nombreuses pierres semi précieuses en forme de cabochons, c’est à dire polies et non taillées, ornent les orfrois.  Il en manque une dizaine.

Deux quadrilobes émaillés ornent chaque face de la mitre. Ils représentent des anges à l’avers et des paires d’oiseaux affrontés au revers. Les fonds de ces quatre-feuilles sont de couleur verte, avec quelques points rouges noyés dans la pâte.

L’avers

 Les deux pans de la mitre sont bordés d’une rangée de petits cercles. Pour certains ces deux pans symboliseraient l’Anciens Testament à l’arrière et le Nouveau devant.

L’amict, rectangle de toile fine muni de deux cordons que l’officiant passe autour du cou avant de revêtir son aube, est orné d’un large bandeau à décor de rinceaux agrémenté de cabochons. Il est fait d’une feuille mise en forme et rivetée sur l’encolure, le cartel étant riveté au dos de l’amict.

L’amict

Le reliquaire repose sur un plateau horizontal formant la base. Il est monté sur quatre pieds à griffes de lion. La croix pectorale de Ferréol repose sur la base.

La mitre est amovible pour laisser voir le crane de saint Ferréol. Mais celui ci n’est pas conservé dans ce reliquaire, mais dans un autre plus rustique.

Ce reliquaire de saint Ferréol, bien qu’appartenant à un large groupe d’oeuvres limousines en cuivre doré, est le seul qui soit daté et signé par l’artiste qui le fabriqua. C’est l’oeuvre la plus tardive conservée aujourd’hui parmi les sculptures sur cuivre réalisées à Limoges pendant la période gothique.

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