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Camille GARAUD, avant d’arriver à Nexon en 1949 et y passer le reste de sa vie comme facteur, a vécu pendant plus de 5 ans la dure vie d’un prisonnier de guerre en Allemagne, en Pologne et en Ukraine…Il a raconté son histoire.

Avant de laisser à Camille Garaud le soin de raconter ses souvenirs de guerre et de prisonnier, quelques mots sur sa vie.

Son père Jean GARAUD, né de père inconnu, était agriculteur avec sa femme Marie IMBERT à Bersac sur Rivalier. Il l’a épousée le 14 mars 1904 à Bersac, une fois terminé son service militaire effectué au 50e RI de novembre 1900 à septembre 1903. Après son mariage Jean GARAUD est parti à Paris où il a été domestique.

Comme tous ceux de sa génération, il a été mobilisé dès la déclaration de la guerre, le 1er aout 1914. Il ne sera démobilisé que le 31 janvier 1919. Il a été cité à l’ordre de son régiment avec une appréciation élogieuse « Très bon soldat courageux et dévoué. Au front depuis le début de la campagne a servi de modèle d’endurance à ses camarades plus jeunes ». Son bon comportement lui a valu l’amnistie de deux condamnations qu’il avait eu, en janvier 1896 pour outrage public à la pudeur et en février 1909 pour infraction à la police des chemins de fer. Son fils Camille a hérité à la fois du fort caractère de son père et de son courage, ce qui lui permettra, à lui aussi, de connaitre la guerre et de passer près de 8 ans loin de chez lui.

Jean GARAUD est à peine revenu de la guerre que, le 13 mars 1919, nait son dernier fils Camille, à Nouailles, village de la commune de Bersac sur Rivalier.

Acte de naissance de Camille GARAUD – Archives départementales de la Haute-Vienne

A Bersac Camille vit la difficile existence d’un fils de métayer, mal payé pour un travail difficile. A la mort de son père en 1929, il s’installe à Verneuil sur Vienne. Il s’y marie le 14 septembre 1937 avec Marie FAUCHER alors qu’il n’a que 18 ans, ce qui n’était pas commun à cette époque.

Sur les conseils d’un ami adjudant il effectue une préparation militaire.

Brevet de préparation élémentaire au service militaire de Camille GARAUD

Titulaire du brevet de préparation élémentaire au service militaire le 20 juin 1938, Camille GARAUD devance aussitôt l’appel. Il est affecté au 20ème régiment de dragons à Limoges au service des transmissions.

Le peloton des transmissions. Camille GARAUD, 3ème rangée, 4èmme a partir de la gauche, souligné en jaune.

Dès le 20 aout 1939 le régiment est mis sur pied de guerre et le 23 août il se transforme en 23e Groupe de Reconnaissance de Corps d’Armée (GRCA), le 23e GRCA, et en cinq Groupes de Reconnaissances de Division d’Infanterie: les 2e, 18e, 21e, 27e et 93e GRDI..

Les officiers du 20e dragon en 1939 avec le lieutenant-colonel PREVOST au centre du 1er rang.

Camille GARAUD est affecté au 93e GRDI.

Pièce d’identité de Camille GARAUD appartenant au 93e GRDI, signée par le capitaine JUMEL le 17.11.39.

Il est à l’Etat-major, au peloton TSF. Il part pour les Ardennes en train le 1er septembre. L’embarquement a lieu de 7h30 à 12 heures. Les hommes sont installés sur des plateformes, les chevaux dans des wagons couverts. Le départ s’effectue à 12h30 pour Argenton sur Creuse. A 14 heurs les soldats apprennent la mobilisation générale. Le voyage se poursuit par Châteauroux, Orléans, Troyes, Saint Dizier, Verdun et Salmory ou le convoi arrive le 2 aout à minuit. Ensuite transport jusqu’à Carignan qui est atteint le 3 à 8 heures. Après une semaine passée sur place, c’est le départ pour une marche de plus de 200 km vers le front, par étapes d’environ 50 kms. Le 17 septembre arrivée à Klang (Moselle), à quelques kilomètres du front.

Après 15 jours à Klang, la marche vers le front se poursuit jusqu’à Forgeville, face à la ligne Maginot puis c’est le retour vers l’Ouest en passant par Gorze et Appremont la foret avant d’arriver aux Alleux* (Ardennes) le 16 octobre 1939. Le groupe va y rester 3 mois.

*Le 1er janvier 2016, Les Alleux a fusionné avec Le Chesne et Louvergny pour pour créer la commune nouvelle de Bairon et ses Environs.

Il ne fait pas grand chose sinon de creuser quelques tranchées, apprendre a envoyer des messages optiques ou en Morse. Le 15 janvier 1940 le groupe reprend la direction de Carignan qu’il dépasse et s’installe à Pouru-Saint Remy du 17 janvier au 19 mars. A cette date, mouvement vers la frontière belge jusqu’à Tremblois où le GRDI reste jusqu’au 14 avril, puis Mogues jusqu’au 10 mai et le 10 mai 1940 franchissement de la frontière belge jusqu’à Pin. C’est là que l’unité subi son baptême du feu aérien, alors qu’ elle est en train de monter une ligne téléphonique.

Une page du carnet de Camille GARAUD : du 18.8.39 au 14.4.40

Le lendemain de cette attaque aérienne c’est le recul par la même route jusqu’à Appremont et Belleville sur Bar où le groupe s’arrête du 16 au 22 mai. Puis il reprend sa marche dont on n’arrive pas à saisir la logique : Brieulles sur Bar, Bréhéville, Dombras, Drosnay, Brienne le château le 14 juin au soir, Vendeuvre sur Barse le 17 juin et le 17 juin toute l’Unité est capturée. C’est la fin de la liberté et le début d’une vie de prisonnier.

La suite est racontée par Camille GARAUD telle qu’elle a été enregistrée par le personnel de la maison de retraite de Nexon à la fin de l’année 2011.

Souvenirs d’un prisonnier de guerre

J’ai été fait prisonnier près de Dijon le 17 juin 1940, avec toute mon unité. Les Allemands nous ont rassemblés à Avallon dans l’Yonne. Nous y sommes allés à pied. Nous sommes restés 8 jours dans un pré dans la boue, et sans manger. Déjà, les conventions internationales n’étaient pas respectées. Ensuite nous avons été transférés à Saint-Florentin (Yonne). Là les Allemands nous firent travailler au nettoyage des routes qui étaient encombrées par des épaves de camions, voitures, et chars notamment. Nous tirions ce matériel avec des câbles, le but étant de permettre la libre circulation des unités allemandes. Impossible de s’y soustraire.

Ce travail terminé, nous avons marché pendant huit jours pour rejoindre Laon, où nous étions logés à la citadelle.

C’était le moment de récolter les blés qui étaient murs et toujours sur pied puisque les fermiers avaient fui devant l’avancée des troupes allemandes. Nous avons donc moissonné. Mais en ce qui me concerne, l’officier qui commandait nos gardiens avait su que j’appartenais à un régiment de dragons et qu’en principe je devais savoir monter à cheval. Il avait lui-même un cheval qu’il n’avait pas le temps de monter assez souvent. Il décida que non seulement je m’occuperai des quatre chevaux de son unité, mais aussi que je promènerai son cheval accompagné par un cavalier allemand. Il m’avait bien recommandé de ne pas tenter de m’évader si je voulais rester en vie. Or au cours de la première sortie, accompagné par l’ordonnance de l’officier, armé et avec ordre de tirer si je tentais de lui fausser compagnie, j’ai voulu tester le cheval. Il a suffi que je l’éperonne vigoureusement pour qu’il parte au galop et laisse l’ordonnance sur place, lequel ordonnance s’est mis à hurler et m’aurait tiré une balle dans le dos. J’ai donc calmé ma monture et nous sommes rentrés à la citadelle. Mais mon rôle de palefrenier n’a pas duré plus de quatre jours.

Nous avons ensuite quitté la citadelle de Laon pour nous rendre au camp de Sissonne dans l’Aisne où nous fûmes occupés au nettoyage du camp. Là encore la nourriture était maigre. J’avais décidé, avec un copain, de m’évader. D’autres avaient réussi, certains avaient été repris. Mais trois jours après, le 20 mai 1941, nous avons été transférés en Allemagne.

  • Premier camp en Allemagne

Nous passons par Bocholt, stalag 6 F où nous restons une semaine puis nous sommes envoyés à Dortmund au stalag 6 F*, camp de prisonniers de guerre pour homme de troupe et sous-officiers, ou il a été procédé à un tri par profession.

*Il n’y a plus de traces du Stalag VI D de Dortmund. Toutes les archives ont été détruites pendant les bombardements. Une stèle a été érigée à son emplacement.

Nous étions le 28 mai 1941 et je fus affecté au kommando 511. Tous les cultivateurs, dont j’étais, furent envoyés travailler en usine sidérurgique, la Fonderie Euch à Dortmund qui fabrique de plaques pour les blindés. Nous faisions les 3 x 8 heures.

Camille GARAUD au centre

C’était très pénible et dangereux. Nous n’avions aucune protection, sortir les plaques du four était très dur. Un jour un ouvrier civil m’a poussé pendant que je plaçais les plaques les unes sur les autres pour les faire refroidir. L’a-t-il fait exprès ou pas ? Je pense qu’il l’a fait exprès. Je suis tombé en avant sur mes deux mains. Si d’autres ouvriers civils ne m’avaient pas relevé, j’y restais et je brulais entièrement. Les paumes de mes mains ont été brulées et je ne pouvais plus rien faire, même pas manger. C’est un copain prisonnier qui me faisait manger.

Certains ouvriers allemands, probablement antinazis et pacifistes, aidaient au sabotage ; ils nous montraient comment faire éclater un cylindre de laminoir avec un balai. Il suffisait de laisser tomber le balai entre les rouleaux et le cylindre. Celui-ci, devenu malléable par la chaleur, se déformait, devenant inutilisable. Nous avions aussi des moyens de communication tels que le message roulé dans une cigarette.

  • Ma première évasion, 28 juin 1942.

Ce sont des ouvriers civils qui travaillaient dans l’usine qui m’ont procuré des vêtements civils, et de l’argent pour que je puisse me payer mon billet de train pour m’évader. Les Allemands qui n’étaient pas fascistes n’étaient pas dans l’armée, ils étaient considérés comme travailleurs de force, hors la loi. De plus, ils m’ont caché pendant une nuit ; à l’appel ils m’ont déclaré malade. Je m’étais évadé à 3h1/2.

Pour ne pas me faire remarquer, on m’avait conseillé de toujours faire le salut nazi lorsque je croiserai des gens. Pas de chance, dès ma première rencontre, j’ai oublié, ce qui eut pour effet de provoquer la colère de celui que je venais de croiser. Après ce petit incident, je n’ai plus oublié de saluer le bras levé « Heil Hitler ».

Il fallait même se méfier des enfants, enrôlés par le parti, qui avaient une tenue spéciale avec une petite croix gammée (jeunesses hitlériennes) ; ils pouvaient nous dénoncer et nous faire arrêter.

La croix gammée, je l’ai eue en passant sur un pont au bout duquel il y avait des gens qui faisaient une quête. J’ai pu les saluer et leur donner un mark. Ils m’ont épinglé une médaille et j’ai poursuivi mon chemin sans problème.

Plus loin, j’ai croisé un groupe de jeunes Hitlériens, que j’ai salués, j’avais la croix gammée sur mon vêtement, ils m’ont suivi jusqu’à un emplacement ou j’ai pris un sentier pour leur faire croire que je connaissais le coin, et là ils ne m’ont plus suivi.

Lors de cette 1ère évasion, j’ai marché à pied de Dortmund à Aix-la-Chapelle en Allemagne. Cela représente 3 jours de marche en s’arrêtant seulement la nuit. J ’ai passé la nuit sous un pont, et fait ma toilette avec l’eau de la rivière. Le deuxième jour, de Wuppertal au Rhin, j’étais fatigué, je me suis donc reposé dans un bois, mais j’ai dû m’enfuir devant un civil. Puis j’ai rencontré deux soldats allemands qui m’ont questionné mais m’ont laissé partir.

Il y a environ 150 km entre Dortmund et Aix-la Chapelle selon l’itinéraire.

Je savais que quand j’arriverais au bord du Rhin, il y aurait un passeur. Effectivement, il y avait une barque. Je m’y suis installé. Ce que j’ignorais, c’est que j’étais dans une barque qui servait à faire traverser les ouvriers d’une usine. Fort heureusement, il fallait que le passeur revienne chercher un ouvrier qui était resté sur l’autre rive. J’ai fait une traversée sans encombre et je suis allé dans un bosquet pour me reposer et y passer la nuit. Je ne savais pas que j’étais près d’une batterie de DCA (défense contre l’aviation). Pendant la nuit il y a eu une alerte et des tirs anti-aériens. Mauvaise nuit !!!

A l’aube du troisième jour, j’ai pu cependant, prendre la route d’Aix-la-Chapelle. Il faisait chaud, j’avais soif. A un moment, j’ai croisé un gendarme, que j’ai salué et qui ne m’a pas inquiété. Arrivé à Aix-la-Chapelle, j’ai à nouveau croisé ce gendarme, qui m’a reconnu et m’a demandé mes papiers. Je lui ai demandé pourquoi il m’arrêtait. « Je suis obligé de faire mon travail. Il y a trop de monde qui regarde et je ne peux pas vous laisser partir ». Les gendarmes m’ont apporté deux bières pour étancher ma soif. Donc la 3ème nuit, j’ai dormi à la gendarmerie. Nous étions le 1er juillet 1942

Le lendemain ils m’ont conduit à un camp de discipline des évadés à Bonn. On épluchait les pommes de terre. Il était interdit d’emporter les épluchures, mais quand on a faim comment y résister ? Un jour j’avais réussi à en garder, mais alors que je les faisais cuire dans une boite de conserve, la sentinelle qui faisait sa ronde m’a interpellé sèchement : « Was machen sie das ? Verboten » (que fais-tu là ? C’est interdit). Et sans attendre de réponse, il donne un grand coup de pied à mon repas.

De Bonn, retour à Dortmund pour travailler sur les voies de chemin de fer endommagées par les bombardements alliés. Nous étions logés dans un baraquement à côté de l’usine. Pour la deuxième fois, j’avais décidé de m’évader.

  • Ma seconde évasion, juin 1943.

Ma première évasion, je l’ai faite à pied, et pour la deuxième, en juin 43, j’ai pris le train de Dortmund. Des civils m’avaient à nouveau procuré des effets et de l’argent pour payer mon billet. Donc je suis sorti du baraquement, j’ai réussi à passer sous les barbelés et suis allé prendre le train. Mais à Trèves : alerte, l’aviation alliée menaçait. Ils ont fait descendre tous les voyageurs du train pour aller dans les abris souterrains. En ressortant des policiers contrôlaient l’identité de toutes les personnes. Sans papiers, j’ai été repris avec un officier français. En fait, les Allemands savaient que trois officiers s’étaient évadés et comme nous étions seulement deux, ils voulaient me faire dire que j’étais officier.

Nous avons été conduits dans une cellule de la prison de la ville et nous y sommes restés trois jours. Nous n’avions qu’une ration de nourriture par jour et le problème était que ce capitaine, du nom de CAPITAINE, ne partageait pas. C’était à celui qui pouvait s’emparer le premier de la gamelle.

Le 3ème jour un officier allemand est venu ouvrir la porte et m’a demandé ce que je faisais dans cette cellule. Je lui ai répondu que j’étais prisonnier de guerre évadé. J’ai été envoyé dans un camp de discipline de prisonniers, sur les hauteurs de Trèves. Là les Allemands ont remplacé nos vêtements civils par une tenue de Zouave : pantalon rouge, vareuse bleue et des claquettes comme chaussures. Pendant toute une semaine on a déchargé des wagons de charbon, sans se laver. On était noirs comme des Sénégalais.

Le travail terminé, nous avons enfin pu nous laver, et ils nous ont remis nos effets militaires. Avec un grand KG dans le dos. (« Krieg G », prisonnier de guerre). Une fois habillés, nous avons été embarqués vers le camp de Limberg (« Stalag XII A)*.

*Le Stalag XII-A était situé dans la campagne qui sépare la ville de Limburg an der Lahn du village de Diez.

Le voyage a duré 9 jours, sans manger ni boire ; nous étions dans un état déplorable, ne tenant plus debout, dans une puanteur atroce. Imaginez 45 personnes dans un wagon à bestiaux ou l’on met seulement 8 chevaux… Au lieu de paille sur le sol du wagon, nous avions de la poussière de charbon. Pour nous désaltérer, nous sucions les boulons sur lesquels il y avait un semblant d’humidité, mais nous étions tellement nombreux à vouloir le faire… La faim, c’est mauvais, mais la soif, c’est terrible ! c’est terrible !!

A la fin du voyage, nous étions plus de 45 dans notre wagon. Des prisonniers d’autres wagons avaient réussi à sortir par des trous pratiqués dans les planchers, avaient été repris par les sentinelles qui après avoir abattu froidement deux des évadés, avaient réparti les autres dans différents wagons, dont le nôtre.

Entrée du Stalag XII A avec des gardes.

Limberg était un camp pour les Russes et les Français. Des convois entiers de voitures a bras remplies de cadavres, dont certains bougeaient encore. Mais ça ne faisait rien, dans le trou « allez », c’était terrible ! Ils balançaient de la chaux sur les corps et ils empilaient de nouveaux cadavres. Nous sommes restés peut-être 3 semaines à attendre la mort.

Nous étions dans des bâtiments en bois et nous couchions sur des planches, dans des lits superposés de 3 ou 4 étages. Tous les matins, au réveil, ils nous faisaient faire de la marche au pas cadencé. Les « kapos » piquaient avec une baïonnette ceux qui ne se levaient pas assez vite. Les toilettes, c’étaient des tranchées avec des planches dessus et si on tombait dans le trou, on y restait. C’était fini, personne ne vous sortait.

Un jour, tous les prisonniers évadés ont été à nouveau embarqués dans des wagons à bestiaux. Mais avant de monter dans le train nous avons dû passer par l’infirmerie du camp pour être piqués soi-disant contre le typhus. J ’ai subi deux piqures, une dans chaque sein, et j’ai gardé deux croutes à ces endroits, l’une d’elles n’est tombée qu’à l’âge de 88 ans.

Il s’agit de la fiche médicale (gesundheitsblatt) de M. GARAUD . Il a été vacciné contre la variole et contre le typhus et il a été « épouillé » (entlausungen) le 20 mars 1943.

Encore une fois, destination inconnue, et toujours les mêmes conditions : 45 par wagon, ni à boire ni à manger, etc… Ce convoi était organisé de la manière suivante : l’avant et l’arrière du train étaient constitués de wagons de matériel, d’armement et d’hommes de troupe. Nous étions au milieu. En cas d’attaque aérienne, nous n’avions aucune chance de survie.

  • Transfert à Lvov.

Ce calvaire a duré plus d’une semaine avant d’arriver à Lvov en Pologne, aujourd’hui devenu Lviv en Ukraine. Beaucoup étaient morts durant le voyage et ceux qui étaient trop fatigués et chancelants furent exécutés d’une balle dans la tête.

Nous avons quitté la gare pour nous rendre à la citadelle à l’intérieur de laquelle se trouvait le camp.

La citadelle de Lvov-Lviv; L’appel des prisonniers

On nous occupait à l’extérieur à différentes taches . La vie était dure, c’est là que j’ai connu des températures de – 41°. Le soir, de retour à la citadelle, il fallait des volontaires pour les corvées ; un jour, j’ai voulu me porter volontaire, mais un camarade m’en a dissuadé en me retenant par la manche de mon vêtement. J’ai compris, après, que ces volontaires ne revenaient jamais. Il était aisé pour les gardiens de dire que les volontaires avaient cherché à s’évader ! Mais le front russe avançait, et les Nazis ont commencé à appliquer la convention de Genève. Les « corvées » sans retour ont cessé.

Puis nous sommes allés travailler dans un garage où nous réparions les camions qui revenaient du front de Russie. Nous y installions également des attelages pour leur permettre de tracter d’autres véhicules. Nous sabotions bien évidemment le travail. Avec des lames de ressort nous fabriquions des poignards qu’une fille polonaise sortait de l’atelier.

  • Le retour vers les camps en Allemagne en passant par Cracovie.

Au fur et à mesure de l’avancée des Russes, on nous a déplacés vers Cracovie et Brunswick en Pologne, puis Hanovre en Allemagne.

A Cracovie, nous étions logés sur un terrain militaire construit par les Russes. Plusieurs de mes camarades d’infortune travaillaient dans le garage du camp (réparation de véhicules endommagés sur le front russe). Les chauffeurs de ces véhicules demandaient aux mécanos prisonniers de travailler « langsam », lentement, n’étant pas pressés de retourner sur le front russe, tellement les conditions y étaient horribles. Ils expliquaient, entre autres, que les attaques aériennes incessantes des Russes les obligeaient à se camoufler pendant des heures dans la neige, hors de leur cantonnement ; beaucoup mouraient de froid ou avaient des membres gelés.

Un jour, nos gardiens nous ont emmenés dans un baraquement pour prendre une douche. Après nous avoir fait retirer nos alliances et entièrement déshabiller, ils nous ont fait entrer dans une immense pièce. Nous avions entendu parler de ces chambres à gaz qui ressemblaient à des douches, mais ils ont ouvert les robinets et nous avons reçu une eau glacée. Ensuite, nos vêtements nous ont été restitués, mais ces derniers avaient été passés au désinfectant et surtout à l’étuve, ce qui les avait fait rétrécir.

L’hiver 43-44 a été particulièrement rude, il a neigé d’octobre à mai. Nos conditions d’hébergement, d’habillement et surtout de nourriture étaient catastrophiques. Nous avons découvert en mai que nous avions vécu à côté d’un champ de choux cachés par la neige !

Pour ma part, j’ai travaillé en tant que peintre vitrier, et j’avais de bons contacts avec des civils polonais qui nous faisaient passer de la vodka. Je suis resté une partie de l’hiver à remplacer des carreaux, tant qu’il y en avait. Un soldat allemand cherchait un peintre en bâtiment et il m’a emmené avec lui pour peintre des jouets pour les enfants à Noel. La seconde partie de l’hiver, j’ai travaillé dans une usine située juste en face du ghetto de Cracovie (dans lequel d’après un soldat allemand, vivaient 60 O00 juifs) ; ce dernier était entouré d’une double rangée de barbelés et d’une clôture électrifiée. Un jour, on nous fait visiter une partie de ce ghetto où la population avait été anéantie. Tous les jours nous entendions avec angoisse de nombreuses rafales d’armes automatiques.

Au printemps 1944, du fait de l’avancée des Russes nous avons été déplacés et emmenés à Brunswick en Allemagne (en train et à pied). On a continué à faire les vitriers car toutes les nuits les Anglais venaient bombarder. Les dimanches les gardiens nous emmenaient jouer au foot ; il fallait traverser la ville au pas cadencé et en chantant pour aller au terrain de sport. Pensant que les Allemands ne comprendraient pas, nous chantions « dans le cul ils auront la victoire, ils sont foutus. » Les passants nous applaudissaient. Mais un officier allemand qui nous regardait passer et comprenait le français nous a fait faire demi-tour et nous n’avons plus joué au foot.

On était mieux qu’en Ukraine, et un peu mieux nourris. Un jour, à la sortie d’un abri après une alerte aérienne, j’ai aidé une Allemande à porter sa valise. Elle avait un petit chien auquel j’ai donné un morceau de sucre. Cela lui a fait tellement plaisir que tous les jours elle déposait un petit casse-croute à un endroit précis de mon lieu de travail. Elle s’appelait Margaret et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Mon patron, M. FUSTER, qui avait été prisonnier en France pendant la première guerre mondiale (et qui n’en avait pas de trop mauvais souvenirs), m’a mis en garde car cette femme était la compagne d’un chef nazi de la ville.

Quand il n’y a plus eu de carreaux à poser à Brunswick, on a posé des planches en guise de carreaux. La pénurie de vitres a fait que nous avons été transférés à Munich.

Laissez-passer de Munchen (Munich) du 15.11.44 pour Camille GARAUD

à Munich aussi il y avait beaucoup de travail pour les vitriers. Un jour, les baies vitrées du grand théâtre ont eu besoin d’être changées. Il aurait fallu installer un échafaudage mais les allemands ne se préoccupaient pas de la vie ou de la mort des prisonniers. Il fallait passer sur un rebord étroit du toit, et nous portions notre carreau du côté de la rue. J’ai dit à mon copain : « à trois on va lâcher le carreau ». Les civils en bas se sauvaient de tous les côtés. Le travail de vitrier a été fini pour nous ! Nous avons été traités de saboteurs.

Un civil est venu au camp chercher un ouvrier, pour travailler chez un primeur qui avait 2 magasins en ville. Je le surnommais « Monsieur Carotte ». Il était gentil. Il m’a prêté des habits civils pour que je puisse me promener en ville. Une fois, un adjudant-chef m’aperçoit en promenade. Monsieur Carotte a témoigné que j’étais resté avec lui toute la journée pour travailler. Il me permettait, au grenier, d’écouter la radio. C’est là que j’ai appris le massacre d’Oradour sur Glane. En cas de danger, Monsieur Carotte coupait le courant.

  • La libération par les américains.

Les Américains nous ont libérés le 18 mai 1945. Mes camarades de détention sont restés consignés dans un baraquement pendant un mois, mais moi je suis resté chez mon patron. Avant le retour en France, nous avons été rassemblés à Dachau ; il n’y avait plus rien, tout avait été évacué, seule la prison était occupée par les anciens « kapos ».

Nous devions rentrer par la Suisse mais notre passage a été refusé, et nous sommes finalement revenus par Strasbourg et Paris, et enfin Limoges. rapatrié officiellement le 27 mai, je fus démobilisé le 2 juin 1945.

A Verneuil sur Vienne, j’ai fait la connaissance de ma seconde fille, qui était née le 8 mai 1940. Elle avait donc cinq ans. Pendant ces cinq ans, mon épouse et moi, nous avions rarement eu des nouvelles l’un de l’autre.

Devenu rapatrié, ancien prisonnier de guerre, il a fallu effectuer les démarches pour obtenir les indemnités qui m’étaient dues, percevoir les cartes d’alimentations et reprendre une activité.

Quand on regarde les sommes qui ont été versées aux prisonniers au titre des droits de solde acquis pendant la captivité on ne peut qu’être surpris par leur faible niveau. Pendant sa détention M. GARAUD a acquis 3234 francs, auxquels ont été ajoutés des droits ouverts après le départ des camps, ceux acquis avant la capture et une prime de démobilisation de 1000 francs soit au total 5 178 francs. Convertis en euros de 2021 cela ferait 298€ ! En 1947 le salaire mensuel pour 48 heures de travail hebdomadaire était de 7 000 francs, 5 ans d’une vie pour moins d’un mois de salaire, sans parler de ceux qui ont perdu la vie…

Camille GARAUD à Nexon

Après avoir passé le concours de facteur, Camille GARAUD est nommé à Nexon le 21 janvier 1949. Il prendra sa retraite en 1974. dévoué et consciencieux il était très apprécié de ceux à qui il amenait le courrier. A son époque le facteur ne le déposait pas dans une boite située à l’entré de la propriété, il entrait dans les maisons, en connaissait tous les gens. Non seulement il distribuait le courrier mais il apportait les mandats. Il faisait sa tournée avec une certaine somme d’argent et on n’a pas entendu dire qu’à Nexon, un facteur ait été dévalisé! Le facteur était un homme de relation, il établissait un lien entre tous ses « clients », il rendait des services, donnait des nouvelles…

Camille GARAUD n’a jamais oublié les prisonniers. Il a adhéré à l’association des Anciens Prisonniers de Guerre dont il a été secrétaire puis président. A cette occasion il a participé a de nombreuses cérémonies au monument aux morts.

A la fin de sa vie Camille GARAUD est entré en maison de retraite à Nexon. Il y a été honoré lors d’une cérémonie en janvier 2016 au cours de laquelle il a reçu la Médaille du Mérite Fédéral.

M. GARRAUD, le maire de Nexon, le directeur de l’EHPAD , le personnel et sa fille . Le Populaire 30 janvier 2016

Monsieur GARAUD est mort le 13 novembre 2016, il avait 97 ans dont 67 passés à Nexon.

Merci à Madame Lucette PAULY, fille de Camille GARAUD, pour son accueil et pour le prêt des documents qui m’ont permis d’illustrer cet article.

Les évacués de Buhl racontent leur arrivée à Nexon

A la suite de mon article sur les évacués de Buhl, Monsieur Robert BALL m’a envoyé un article qu’il a publié dans le Bulletin communal de Buhl pour l’année 2019. C’est l’histoire de son village pendant la deuxième guerre mondiale avec une première évacuation vers la Haute-Vienne, d’abord à Darnac puis à Nexon. Il décrit le choc que cet épisode a créée chez les 335 habitants du village, alertée par le tocsin le 1er septembre 1939 et recevant l’ordre d’évacuer en 2 heures en emportant 30 kg d’effets personnels. Après 8 jours de marche et d’arrêts plus ou moins longs c’est le départ en train, sans confort et sans hygiène. Puis c’est l’arrivée au Dorat et le choc des cultures. Un grand nombre des Alsaciens ne parlaient pas un mot de français ce qui fait qu’ils ont parfois été traités de « Boches ». Mais outre la langue tout les séparaient des Limousins: le paysage, le climat, l’habitat avec des fermes dispersées alors les fermes en Alsace sont toutes regroupées dans des villages, le travail des champs avec des bœufs alors que chez eux on utilise les chevaux, la nourriture, la boisson…

La photo est prise en haut de la rue Pasteur.

Avec l’armistice c’est le retour à la maison mais une maison sous occupation et une germanisation forcée accompagnée d’un endoctrinement. C’est particulièrement dur pour les jeunes de 17 à 25 ans soumis au service du travail, le « Reichsarbeitsdienst ». puis à partir du 26 aout 1942 l’incorporation de force dans la « Wehrmacht ». La fin de l’année 1944 a été très difficile. L’arrivée des troupes américaines à Buhl le 14 décembre 1944 ne donne pas lieu à une liesse débordante car ce qui reste de l’armée allemande se prépare à une vaste offensive contre les Alliés. Des combats violents opposent le 315e régiment d’infanterie US à la 21e Panzerdivision. le 14 janvier 1945 des bombes tombent sur Buhl. Les habitants évacuent pour la seconde fois leur village qu’ils retrouveront en partie détruit, à partir du 16 mars après que la grande offensive lancée par la 2ème DB du général Leclerc ait permis la libération des villages alsaciens. Cette fois ci c’était la joie et le début d’une nouvelle vie pour cette population qui en 75 ans a changé 4 fois d’appartenance politique.

J’avais une image imprécise de la ligne Maginot. J’ai découvert que Buhl se trouvait en plein milieu de ce qui n’est pas une ligne mais un couloir de plusieurs kilomètres de large avec des postes d’observation près de la frontière, puis, environ 5 kilomètres en arrière de la frontière, une ligne de points d’appui et d’avant postes avec des blockhaus antichars devant opposer une première résistance et, à 10 kilomètres de la frontière, la LIGNE PRINCIPALE DE RESISTANCE précédée d’un obstacle antichar, un champ de rails plantés verticalement. Celui-ci est combiné avec un obstacle anti-personnel fait de réseaux de fil de fer barbelé très dense et d’ardillons, petites pointes émergeant du sol. Des barrières routières antichars permettaient d’obstruer les routes aux points de passage dans le champ des rails. Les casemates sont armées de mitrailleuses et de canons antichars. Elles ont généralement 2 étages, un niveau de combat et un étage inférieur de repos et de services (groupes électrogènes, réserves d’eau, de carburant, de vivres, ventilation, etc.). Elles sont surmontées de 1 à 2 cloches de guetteur et leur équipage est de 20 à 30 hommes.

Buhl se trouvait entre les avant-postes et la ligne principale de défense.

es constructions ont été réalisées par les Sections Techniques du Génie (STG) ou par la Main d’Œuvre Militaire (MOM).

Voici les 20 pages du texte de Robert Ball. Elles nous permettent de comprendre les drames vécus par les habitants de cette région et, avec eux, militer pour que nos enfants et petits enfants vivent dans une Europe en paix qu’il nous faut consolider.

Les réfugiés (évacués) Alsaciens en Juin 1939 : 335 seront hébergés à Nexon

Pendant presque un an, de septembre 1939 à septembre 1940, 67 000 Alsaciens originaires du Bas-Rhin ont vécu dans la partie rurale de la Haute-Vienne, Limoges ayant été exclue à cause du risque de bombardement qui pesait sur elle. En quelques jours la campagne limousine a vu sa population augmenter d’un tiers, ce qui n’a pas été sans poser des problèmes.

Les réfugiés n’ont pas toujours été accueillis à bras ouverts car les circonstances ne s’y prêtaient pas. Le 2 septembre est le premier jour de la mobilisation pour tout le territoire et en même temps c’est l’ordre d’évacuation pour la zone frontalière.

La guerre était déclarée mais c’était la « drôle de guerre », un grand nombre des réfugiés parlaient alsacien entre eux ce qui les faisaient prendre pour des allemands, comme ils répondaient souvent par « ya-ya », on finit par les appeler les : Ya-yas. Le confort qui leur était offert était souvent des plus spartiate : granges, salles de bal, pas toujours l’eau courante et souvent les WC au fond du jardin. Les réfugiés arrivaient fatigués par un long voyage qu’ils n’avaient pas choisi avec très peu d’affaires, 30 kg par personne. Compte tenu de la mobilisation la SNCF est obligée de mettre en service tout son matériel, y compris les wagons à marchandise. Les personnes s’entassent au milieu des bagages.

Il a fallu plusieurs mois pour apprendre à se connaitre, pour que tous les problèmes administratifs soient réglés, que les conditions de logement s’améliorent. Peu à peu la solidarité à pris le pas sur la méfiance. Des activités communes dans le sport et la culture se sont développées et parfois des amitiés durables sont nées.

Et pourtant l’hypothèse d’une arrivée massive de réfugiés en Limousin était prévue depuis 1933 !

  1. Les préparatifs pour une évacuation en cas de guerre

La construction d’une ligne fortifiée, la ligne Maginot, à partir de l’année 1929, s’effectue à une dizaine de kilomètres de la frontière afin d’éviter un conflit diplomatique avec l’Allemagne. Mais de faisant plusieurs centaines de communes vont se trouver encastrée entre cette ligne et la frontière. Comme de leur côté les allemands ont construit une ligne de défense analogue, la ligne Siegfried, le seul type de guerre qui en résulte pour l’Etat-major est une guerre de position. On imagine la future guerre comme un Verdun bis !  Pour préserver la population de ces communes on va prévoir son évacuation dès les premières menaces.

Une circulaire du ministre de l’Intérieur d’août 1933 désigne la Haute-Vienne et la Dordogne pour accueillir le Bas-Rhin. Ces fiançailles sont confirmés par l’instruction générale du 18 juin 1935 et la Haute-Vienne est désignée pour recevoir les habitants des arrondissements de Wissembourg, Haguenau, Strasbourg-Campagne et Saverne du Bas-Rhin.

Les administrations des départements concernés planifient ce grand mouvement de population sous l’autorité du ministre de l’Intérieur et en relation avec l’Armée, sans savoir quand il aura lieu et peut-être avec l’espoir que ce ne soit jamais ! Les premières années les administrations travaillent sans pression excessive, la menace de guerre étant diffuse. Les choses changent à partir de 1936 lorsque l’Allemagne remilitarise la Rhénanie. Elles s’accéléreront avec le début de la guerre d’Espagne qui ouvre un nouveau front de réfugiés potentiels.

L’année 1938 voit la mise en forme d’un plan double : le plan d’évacuation appelé « plan de repliement de la population civile de la partie nord du département du Bas-Rhin » et celui de la réception dans la zone de repliement.

L’Armée délimite des zones militaires :

  • La zone avant, comprise entre la frontière et la ligne Maginot, doit être évacuée dès la déclaration de guerre.
  • La zone arrière qui sera évacuée en fonction des besoins de l’Armée.
  •  La zone de repliement qui comprend les autres communes du département.

Le préfet du Bas-Rhin dresse la liste des communes de la zone avant avec le nombre potentiel d’évacués civils qu’il transmet au préfet de Haute-Vienne. 84 communes qui touchent la frontière seront évacuées dès l’ouverture des hostilités. 96 autres communes constituent la zone arrière dont la population sera évacuée selon les besoins.

Au début de l’année 1939 une carte prévoit la répartition de la population alsacienne évacuée dans les communes de la Haute-Vienne.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Les quatre arrondissements alsaciens sont ainsi répartis : l’arrondissement de Saverne est rattaché à l’arrondissement de Bellac, celui de Wissembourg est partagé entre les cantons de de Laurière, Eymoutiers et Châteauneuf-la-Forêt), celui de Haguenau se retrouve sur l’ancien arrondissement de Saint Yrieix et l’arrondissement de Strasbourg-Campagne couvre celui de Rochechouart augmenté des cantons de Nieul, Aixe-sur-Vienne, Châlus. Nexon n’est pas désignée pour recevoir les évacués de l’avant mais doit être prête pour ceux de la zone arrière.

Partant d’un ratio d’accueil de 32% pour l’évacuation et de 50% si on ajoute le repli on a déterminé les capacités d’absorption des 4 zones.  

2. L’arrivée des réfugiés

Dans les villages, chaque maison avait été répertoriée et dotée d’un numéro d’ordre. Toutes les caractéristiques de la famille étaient connues : nombre d’adultes, d’enfants ou de vieillards, d’infirmes, malades, … ainsi que les moyens de transport dont pouvait disposer la famille pour se rendre à la gare de rassemblement. La seule chose qu’ignoraient les personnes c’était leur destination.

Le 1er septembre, dans les villages concernés, une annonce de ce type est faite à la population :« dans une heure et demi, le village sera évacué, les villageois devront être prêts à partir sur …, vous emmenez une petite valise avec quelques effets personnels, les portes des étables devront être ouvertes et les animaux mis en liberté ».

Les premiers évacués alsaciens arrivent de Wissembourg par 2 trains dans la nuit du 3 au 4 septembre 1939 en gare de Saint-Sulpice-Laurière. Les 468 personnes du premier train sont dirigées sur Magnac-Laval et les 715 du second train vont vers le Dorat et Dinsac. Entre le 6 et le 16 septembre se sont en moyenne 4000 personnes qui arrivent chaque jour et au total, au 1er octobre l’administration a recensé 58 784 arrivants.

Leur voyage est décrit par Raymond STROH, évacué de Kilstett, comme située à 15 km au Nord de Strasbourg pour aller à La Roche l’Abeille. Ce voyage est transcrit dans le Bulletin Municipal de La Roche l’Abeille d’Août 2017 : « 

Lucie et Ida KRESS, filles de Rosalie KRESS née Henninger, évacuées avec leur mère, le père étant mobilisé ; elles avaient respectivement 16 ans et 9 ans en 1939 : « Ma grand-mère attela deux vaches au chariot, en hâte ma mère ramassait quelques vêtements, le nécessaire, dans des sacs de toile, des taies d’oreiller, nous n’avions pas de valises. Une fois assis sur le chariot (…) grand-mère donnait le coup de fouet pour faire avancer notre attelage et nous partions avec tous les villageois. (…) deux jours plus tard, arrivés à Marlenheim, nous étions embarqués dans des wagons à bestiaux. Le cœur lourd, j’ai vu repartir ma grand-mère pour aller s’occuper des vaches. C’était le soir du 3 septembre que notre train s’ébranla et nous entraina vers l’inconnu.

Le voyage dura trois jours, nous étions trente, voire quarante personnes dans le même wagon, à même le plancher recouvert de paille (…). Aux arrêts du train, la Croix Rouge nous donnait à boire et à manger (…). Quand notre train s’arrêta une dernière fois, nous étions arrivés à La Meyze. On nous demanda de descendre avec nos affaires, pour aller rejoindre à pied notre village d’accueil, La Roche l’Abeille.

(…) Au milieu de la nuit, à notre arrivée sur la place du village, le maire a fait débarrasser les meubles, tables de la mairie et de l’école, de la paille fut étalée par terre, afin que nous puissions dormir. Nul n’était au courant de notre arrivée.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Nexon n’est pas concernée par les premières arrivées et un plus grand nombre de communes que dans le plan initial sont dans la même situation. Cela ne va pas durer.

3. L’arrivée des réfugiés à Nexon

Darnac, dans le nord du département, a accueilli les évacués de Niedersteinbach auxquels se sont ajoutés ceux de Buhl soit 614 évacués pour 937 habitants ce qui constitue une charge très lourde de 65 % soit le double de la norme fixée à 32%. Très vite le maire de Darnac est confronté aux plaintes et aux revendications des évacués, insatisfaits des conditions d’accueil qui leurs sont faites. Par exemple les membres des familles nombreuses ne veulent pas être séparés et refusent les logements proposés, souvent trop petits. Malgré la médiation du sous-préfet toutes les difficultés ne peuvent pas trouver de solutions et le départ des habitants de Buhl est inéluctable.

Nexon n’a pas encore reçu d’évacués de la zone  » arrière  » aussi la commune va être désignée pour accueillir ceux de Buhl. Les 16 et 17 novembre 1939 les 335 évacués de Buhl quittent Darnac et prennent la route pour Nexon.  Pour les 2580 habitants de Nexon c’est une charge de 13%, très en dessous de la moyenne théorique fixée par l’administration.

Buhl est une petite commune rurale qui compte en 1939 un peu plus de 400 habitants qui vivent en majorité de l’agriculture. En décembre 1944 de terribles combats opposèrent américains et allemands et le village, délivré le 16 mars 1945, fut détruit aux deux tiers.

Comment ont été logés ces personnes ? Il ne semble pas qu’il y ait eu des difficultés pour loger les 335 évacués de Buhl. 56 familles ont offert de 1 à 5 pièces et certains plus comme TREZEL avec 13 pièces dans lesquelles sont accueillis 16 adultes et 3 enfants, DUMONT qui offre une grande salle et 6 pièces et GUYOT 5 pièces et un immeuble.

Le témoignage de Raymond STROH montre la diversité des situation et la grande précarité de certains :  » Dans le bourg de La Roche l’Abeille, par exemple, dix familles, soit 59 personnes ont été hébergées dans le presbytère. Comme il n’y avait pas de cuisine, cette dernière était faite collectivement à l’ancien café restaurant Barry, à côté de la mairie. L’approvisionnement en eau se faisait à la fontaine qui se trouvait près du Monument aux Morts. »

« Au village de Royères, les 26 membres de cinq familles « kilstetters » occupaient les vieux bâtiments en bordure de route et les granges de la ferme.

« Les conditions de logement étaient vraiment très précaires, Lucien Hommel ( famille Margraffs n° 170 a) raconte que, dans un premier temps, sa famille fut hébergée dans deux pièces pour 17 personnes, sans eau ni électricité »

Le plus souvent il n’y avait pas de moyens de chauffage, mais heureusement, selon les témoignages, l’hiver 39/40 ne fut pas très rigoureux.

Si elles avaient un toit, les familles manquaient d’équipements pour leur logement : matelas, draps, couvertures mais aussi vaisselle et vêtements…

Les feuilles d’attribution des logements indiquent les besoins en lits et les poêles apportés. Au total il faut 196 lits et petits lits. Une feuille isolée donne une liste de personnes ayant fourni matelas et couverture mais la liste est loin d’atteindre les 150 couvertures et les 20 matelas indiqués dans le titre ! On peut supposer qu’ils ont été trouvés.

Assez rapidement la presse locale relaye les appels aux dons lancés par les autorités ou les comités qui se sont constitués, comme celui des Limousins de Paris présidé par le général A. MARIAUX, alors Gouverneur des Invalides.

Le Populaire 1 décembre 1939

Le préfet organise le 17 décembre une « Journée alsacienne » dans toutes les communes. Au cours de cette journée des insignes sont vendues au profit des évacués.

Pour le canton de Nexon ce sont 1012 évacués qui étaient présents en avril 1940. Nexon, chef-lieu du canton et commune la plus peuplée en accueille le plus grand nombre,335, devant La Roche l’Abeille (263) et Janailhac (242). Trois communes n’ont reçu aucun alsacien : Meilhac, Rilhac-Lastours et Saint-Hilaire les Places.

Les trois communes ce Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest Ligoure ont accueilli ensemble 550 personnes. En 2004 elles se sont regroupées pour organiser un jumelage avec Kilstett, commune située à 15 km au Nord de Strasbourg dont les habitants avaient trouvé refuge dans ces communes en juin 1939.

4. La création de « villages alsaciens » pour résoudre les difficultés de logement

Fin septembre 1939, constatant que les capacités d’accueil existantes étaient insuffisantes pour faire face à l’arrivée probable d’une masse de réfugiés de la zone arrière les autorités limousines décident la création de plusieurs « villages alsaciens ». Il s’agit d’un ensemble d’une dizaine de bâtiments, à l’écart du bourg, avec cuisine, installations sanitaires, réfectoire et alimentation en eau potable. Cela devait ressembler aux villages limousins mais au lieu de constructions en pierre il s’agissait de baraques en matériaux légers avec couvertures fibrociment et tôle ondulée galvanisée avec une vie collective imposée. En fait de villages on a construit des camps avec des baraques. A la mi-octobre, les travaux sont commencés pour 7 communes : Le Dorat, La Meyze, Nexon, Saint-Germain-les-Belles, Saint-Junien, Saint-Paul-d’Eyjeaux et Séreilhac. Le tableau suivant donne le programme de construction en novembre 1939 et la réalisation en juillet 1940.

Avancement des travaux en juillet 1940

Au printemps 1940, les villages alsaciens projetés à l’automne 1939 ne sont pas terminés mais ils sont sortis de terre. Sur les 96 baraquements prévus, 18 sont réalisés et pourtant ils ne sont pas utilisés. Pour quelles raisons ? Il semble que très rapidement, au moins à la fin du mois de novembre 1939, l’idée de ce qui apparaît comme la création de camps d’hébergement n’entre plus dans les objectifs de l’administration centrale mais le préfet de la Haute-Vienne poursuit le programme afin de parer à un nouveau flux de réfugiés.

En septembre 1940 l’inventaire de l’Ingénieur des Ponts et Chaussées montre que le programme de novembre 1939 est globalement réalisé : 86 baraques sont construites pouvant héberger 4492 personnes auxquelles il faut ajouter les 6 baraques de Saint Germain les Belles qui ont été remises à l’autorité militaire. On peut se demander si le décompte de juillet traduisait exactement la réalité ? Comment en moins de 2 mois le programme a t’il pu être pratiquement réalisé en construisant 74 baraques ?

Inventaire dressé le 18 septembre 1940 par l’Ingénieur des Ponts et Chaussées des baraques construites. (ADHV 187 W 41)

Les craintes du préfet étaient fondées puisque l’offensive allemande du 10 mai 1940 conduit à une nouvelle vague d’évacuation : 33 000 Alsaciens quittent la région. Le 14 mai 1940 le préfet écrit au maire de Nexon pour lui annoncer l’arrivée probable de 343 nouveaux réfugiés.

Au moment ou il écrit sa lettre et annonce 343 réfugiés supplémentaires le préfet savait que le camp était sorti de terres et que des réfugiés pourraient y être logés puisque la veille, le 13 mai, il écrit au maire de Nexon pour lui demander de rechercher une famille de réfugiés pour garder les baraquements.

Sont-ils effectivement arrivés ? Je n’ai pas trouvé de traces dans les archives municipales. Les voisins du camps ont dit à Tessa RACINE lorsqu’ils ont été interrogés pour son documentaire « Le camp fantôme » qu’il n’y avait jamais eu de réfugiés au camp. Ce document et une lettre adressée à Madame LEDUC le 25 juillet 1940 porte comme adresse « Camp des réfugiés, baraquement 12 ». Il est donc probable que le camp ait accueilli des réfugiés.

5. La vie des réfugiés

A Nexon toute la population de Buhl était réunie et sa vie administrative dépendait de son maire, replié avec son conseil. Il continue à administrer la ville de Buhl comme si rien n’avait changé. De même les élèves retrouvent leurs professeurs, les pasteurs et les curés leurs paroissiens et les contribuables leur percepteur. A Nexon on trouvait, en plus, les bureau de poste de Mertzwiller et de Reischoffen avec leur personnel.

Un décret de décembre 1939 prévoit que les communes évacuées restent placées sous le régime en vigueur dans leur département. Le statut spécial qui a été accordé en 1919 avec les spécificités liées à l’école et à la religion sera parfois source de frictions.

Le Populaire 8 décembre 1939

Lorsque c’est possible, l’enseignement donné aux enfants évacués doit demeurer spécifique et doivent correspondre aux programmes spéciaux aux départements concernés. C’est facile lorsqu’il est facile d’organiser des classes autonomes mais c’est contraire au principe d’intégration. La solution est préconisée est d’organiser des classes communes mais se pose alors la question des locaux. des programmes de constructions avec des baraquements sont lancés mais les délais de réalisation dépassent parfois le temps de l’année scolaire. On a également utilisé le système de classes par demi journée. Le matin, de 8 heures à midi, un groupe est dans la classe et l’après midi il fait du sport ou des travaux pratiques. L’après midi, le second groupe classe prend le relais. Et pour permettre satisfaire la durée hebdomadaire des cours il y a classe le jeudi.

Pour renforcer les services municipaux le Préfet de la haute-Vienne écrit aux maires le 28 mai pour leur indiquer qu’avec les nouveaux évacués se trouvent des instituteurs sans emploi qui peuvent apporter leur concours aux communes dont les taches sont accrues du fait de la présence des réfugiés.

Les frictions qui ont existé étaient souvent liées à l’enseignement religieux. Au programme en Alsace-Lorraine il heurtait les enseignants des écoles publiques soucieuses du respect de la laïcité. L’Inspectrice alsacienne, après avoir visité 83 communes s’inquiète auprès de sa hiérarchie de l’activisme du clergé catholique et elle croit de son devoir  » de faire connaître l’existence de deux courants contraires prêts à s’affronter; un courant d’anticléricalisme qui va s’exaspérant et une tendance marquée à abuser de la situation ».(Rapport de l’Inspectrice à l’Inspection générale, 2 novembre 1939. ADHV 3 R 16). Nexon n’était pas concernée car les évacués de Buhl n’étaient pas encore arrivés. Lorsqu’ils sont arrivés les élèves nexonnais avaient repris la classe depuis le 2 octobre. Je n’ai pas trouvé trace de la manière dont la question scolaire a été réglée.

Dans certaines communes le fait que des cérémonies religieuses soient faites en langue allemande a exacerbé les tensions entre les communautés. Maude WILLIAMS cite un certain nombre de cas mais pas en Haute-Vienne si ce n’est le peu d’empressement à prendre part à la création du Foyer alsacien comme il s’en crée dans toutes les communes ou se trouvent des évacués. Maude Willliams. La communauté catholique d’Alsace Lorraine face aux évacuations septembre 1939 – mai 1940. Annales de l’Est, Association d’historiens de l’Est, 2014, La Lorraine (1814-1940) Invasions et occupations, pp.203-226. ffhal-01740475f

Pour vérifier la qualité des logements offerts aux réfugiés des contrôleurs sont recrutés soit parmi les juges de paix en activité ou à la retraite, soit parmi les ingénieurs subdivisionnaires. C’est dans cette dernière catégorie que sera recruté le contrôleur pour Nexon. Mais il ne semble pas qu’il y ai eu de problèmes importants vu le ratio réfugiés/habitants de 13%, l’un des plus faible du département.

Les personnes logeant reçoivent une indemnité de un franc par jour pour un lit d’une personne et de 25 centimes s’il ne couche pas dans un lit fourni par le propriétaire.

Le Populaire 3 décembre 1939

Pour faciliter les relations entre les deux populations on incite les habitants des communes limousines à inviter les alsaciens aux fêtes et aux manifestations religieuses. Il y a bien parfois des incompréhensions entre les réfugiés en majorité protestants et les limousins catholiques. Mais Noel est une fête chrétienne et tous sont invités à participer aux différents arbres de Noel.

Le Populaire 27 décembre 1939
Le Populaire 21 décembre 1939

Des équipes de foot se rencontrent, des fêtes sont organisées mais le regard alsacien est relativement sévère sur les manières de vivre limousines. Dans de nombreuses lettres ils s’étonnent des conditions de vie frustes avec des toilettes au fond du jardin, de l’eau que l’on puise ou que l’on va chercher à la fontaine, l’électricité peu fréquente, la cheminée qui fume en guise de chauffage…

Pendant leur séjour en Limousin de nombreux évacués ont manifesté leur reconnaissance comme ici à Cognac la Foret :

Le populaire 25 octobre 1939

6. Le retour des évacués

Dès l’armistice du 22 juin 1940 les Allemands exigent le retour au pays des Alsaciens-Mosellans évacués en 1939. Ces retours ont ainsi été organisés :

– de fin juillet à début octobre 1940, 228 000 personnes, avec des trains spéciaux de rapatriement ;

– à partir de novembre 1940, 20 000 personnes par des liaisons ferroviaires régulières ;

– le restant de la population a emprunté les cars, voitures particulières, camions et autres moyens divers de rapatriement.

Les premiers à partir furent les réfugiés des communes du Sud et Sud-Est de la Haute-Vienne qui partirent dès le 2 août puis en remontant vers le Nord du département les départs se sont échelonnés jusqu’au mois d’octobre.

Pour Nexon les départs ont eu lieu du 12 au 21 août et du 11 au 30 septembre. Par exemple un train est parti le 1er septembre venant de Bussière Galant et 50 personnes à Nexon.

Un nouveau train doit partir de Nexon le 15 septembre à 11h02. le maire et le représentant des réfugiés ont reçu le télégramme annonçant ce départ la veille à 8h30.

Le voyage de retour ne se passe pas dans les meilleurs conditions si l’on en croit la lettre qu’adresse, le 9 septembre, le chef du convoi du train de réfugiés n°2 en provenance de Bergerac au Maire de Nexon. parti depuis le 6 septembre son train avec 712 voyageurs est bloqué en gare de Nexon. Il demande du ravitaillement en précisant que beaucoup n’ont pas d’argent et un local avec de la paille ou ils puissent dormir. Triste retour !

Mais tous les évacués ne sont pas retournés en Alsace, soit parce qu’ils ne voulaient pas être « germanisés », soit parce que les autorités d’occupation leur ont interdit le retour dans leur commune placée sous administration allemande. C’est ce qui c’est passé pour les Juifs, une circulaire du préfet de la Haute-Vienne aux maires datée du 29 juillet 1940 leur indique clairement que les Alsaciens israélites étaient interdits de retour.(ADHV 187 W 5).

A l’arrivée, tout ne se passe pas très bien, car beaucoup de maisons avaient été pillées malgré l’engagement des autorités de les surveiller.

Il faut dire un mot aussi des jeunes gens qui, réfugiés en Limousin, se sont trouvés, à leur retour, enrôlés dans l’armée allemande. certains sont morts au front, d’autres sont intervenu sur le territoire national et ont participé aux exactions des nazis, c’est la douloureuse histoire des « malgré nous ».

7. 80 ans après le retour

Dans certaines communes de solides liens d’amitié se sont noués pendant ces mois de cohabitation entraînant par la suite, parfois plusieurs dizaines d’années après. Ainsi en mai 1981 Bessines et Morterolles firent un voyage à Schoenenbourg et ses communes voisines qui déboucha par la suite sur un Jumelage. De même Saint Yrieix la Perche et La Wantzenau sont jumelées depuis 1971 et se visitent à raison d’une rencontre tous les quatre ans, la dernière ayant eu lieu à Saint Yrieix en 2018. Le Jumelage entre Le Dorat et Wissembourg a eu lieu en 1998-1999. Saint Hilaire Bonneval et Auenheim ont signé un pacte d’amitié en 2012 et se rencontrent régulièrement. Depuis 2016, Saint-Léonard de Noblat et Drusenheim, déjà jumelées, ont décidé que les deux harmonies ne forment qu’un ensemble baptisé « Orchestre Alsace Limousin ».

Dans le canton de Nexon, comme nous l’avons déjà indiqué, les trois communes de Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest-Ligoure sont jumelées avec Kilstett depuis 2004. Des échanges réguliers ont lieu et les manifestations du lien Alsace-Limousin sont visible des deux cotés. La Meyze, qui avait accueilli 70 évacués de Kilstett ayant quitté la Roche l’Abeille pour trouver mieux dans cette commune, participe aux échange avec ses communes voisines.

A Nexon il n’y plus de traces de ces 335 alsaciens de Buhl qui y ont passé près de 10 mois. Une volonté d’oubli ou un repli sur soi ?

Beaucoup d’autres points pourraient être abordés comme les indemnités aux évacués et aux loueurs , leur activité pendant cette période…

Cette lettre de Camille CHAUTEMPS, Vice Président du Conseil, radical socialiste au début de sa carrière puis soutien de Pétain en 1940, il pose des questions qui reviennent de manière récurrente chez les libéraux : est ce que les indemnités versées à une personne sans emploi sont un frein à la recherche d’un travail ? Quand une personne trouve un travail doit-il continuer à percevoir des indemnités ? Un demandeur d’emploi peut-il refuser une offre lucrative s’il est en mesure de s’acquitter de la tache qui lui est proposée …?

Pour en savoir plus : Daniel BERNUSSOU, UNE SAISON D’ALSACE EN LIMOUSIN, Septembre 1939 – Septembre 1940 http://bernussou.daniel.free.fr/

Le vin chaud du soldat. Un réconfort en 1914-1918 et en 1940 financé par les dons. Les nexonnais ont contribué.

Quand on parle de la guerre on ne pense généralement pas au vin. Et pourtant il a joué un rôle important pendant les deux guerres mondiales. Des travaux d’historiens ont montré son rôle complexe pendant la première guerre mondiale, à la fois important pour le moral des poilus mais négatif en favorisant une consommation excessive d’alcool. Mais au-delà de la consommation individuelle du vin il y a un marché avec des viticulteurs, des marchands de vins et toute une logistique pour passer de la vigne au verre du buveur.

La participation des nexonnais à la collecte organisée pour « le vin chaud du soldat » le dimanche 3 mars 1940 m’a incité à en savoir plus sur le vin et les soldats.

I – Le vin et les poilus en 1914-1918           

Les historiens spécialistes de l’histoire du vin considèrent que le vin a été un acteur non négligeable de la guerre de 1914-18.

Le vin était l’ami indispensable au Poilu dans les tranchés. Il lui permettait de supporter l’horreur, la peur, le cafard, la perte d’un camarade, l’éloignement et l’inconfort…  

Un certain nombre de médecins décrivent le vin comme un fortifiant, une source de calories pour le soldat. Il n’est pas considéré de la même manière que l’absinthe et l’alcoolisme que sa consommation engendre. Le vin au contraire est présenté comme une boisson hygiénique qui tue les microbes.

Enfin le vin est un facilitateur du lien social. Le chef récompense ses soldats en offrant une ration supplémentaire après une attaque victorieuse, une défense acharnée…

On n’est donc pas surpris que la ration qui était d’un quart de litre de vin par jour en 1914 auquel s’ajoutait 6,25 cl d’eau de vie soit passée à un demi-litre en 1916, puis à un litre en 1918.

Les soldats ne parlaient pas de vin mais de pinard. L’origine de ce mot n’est pas connue avec certitude mais son emploi est devenu courant dans les tranchées. Il est même devenu le « Saint Pinard » et a été célébré avec respect.

 Il alimentait le patriotisme lorsqu’on comparait le poilu avec son quart de vin et le boche avec sa bière,

Il était chanté,

 Revenu des tranchées le soldat retrouvait ses camarades dans les bistrot où la « Madelon » venait leur servir à boire :

S’il a été possible d’offrir tout ce vin aux soldats c’est que la récolte était abondante. Dès le premier mois du conflit les viticulteurs du Languedoc offrent, tant par patriotisme que pour écouler leurs stocks, 200 000 hectolitres de vin à l’armée destinés aux soldats partis au front. Ils produisaient à l’époque autour de 22 millions d’hectolitres par an.

Le pinard des poilus, vin médiocre, est obtenu à partir de l’assemblage de vins à faible degré d’alcool tels que le Maconnais, le Beaujolais et le vin des Charentes, les vins du Languedoc et les vins plus forts du Maroc, d’Algérie et de Tunisie. L’objectif est que le vin atteigne les 9° degrés.

Une fois la guerre terminée les soldats, rentrés chez eux, gardent l’habitude de boire du vin. Mais au même moment les marchés traditionnels des vins cru disparaissent avec les clients fortunés des Empires d’Europe et de la Russie. S’y ajoute la prohibition américaine de 1920 qui ferme un marché important à l’exportation que la crise économique de 1929 affaiblira encore plus. Les vins de consommation courante subirent également la crise. Face à cette diminution de la demande l’offre a vu ses capacités très fortement augmenter avec l’arrivée du vin d’Algérie et l’accroissement des rendements dans de nombreuses régions. Les pouvoirs publics cherchent les moyens de réguler le marché afin d’offrir une juste rémunération aux viticulteurs.  Des mesures de contingentement adossée à la limitation du sucrage et au recours à la distillation pour les vins de mauvaise qualité furent prises ainsi que la mise en place du système des AOC (lois de 1905, 1919, 1927 et de 1935).

C’est dans ce climat d’un marché du vin à peine stabilisé que le 2 septembre 1939 éclate la guerre.

II – Le vin et les soldats en 1939 – 40

Pendant les mois qui suivent cette déclaration il ne se passe pas grand-chose sur le territoire national. Cette « drôle de guerre » n’affecte pas le moral trop le moral des français rassuré par les déclarations encourageantes des dirigeants comme celle de Paul Reynaud assurant à la radio, le 10 septembre 1939 : « Nous vaincrons, parce que nous sommes les plus forts. »

Cette guerre, sans victoire, ni défaite pour la France a déjà permis à l’Allemagne de rayer la Pologne de la carte en trois semaines de guerre éclair et à envahir la Finlande sous le regard neutre de l’URSS avec laquelle elle a signé un pacte de non-agression. Si la France n’est pas encore touchée sur son territoire il faut maintenir le moral des hommes qui ont été mobilisés et qui attendent d’en découdre avec l’ennemi. C’est dans ce cadre que, comme en 1914, le « pinard » va reprendre du service.

Partant des idées qui avaient prévalues pendant la Première Guerre Mondiale, l’Etat-major français va utiliser le vin comme stimulant et comme tonique sans oublier ses vertus hygiénistes. Ainsi le vin est reconnu bon pour le moral du soldat a qui il donne la bonne humeur, la ténacité et le courage.

Les soldats vont donc avoir droit à leur ration de vin comme leurs glorieux anciens de 14-18. Le traditionnel « quart de vin » de la ration quotidienne est doublé pour tous les soldats stationnés au front.

Cela tombe bien car les stock sont abondants. L’intendance va donc organiser des achats massifs de vin pour satisfaire les besoins de la troupe. Le transport jusqu’au soldat plongé dans l’inaction dans sa casemate de la ligne Maginot ou scrutant l’horizon en face de la frontière belge va nécessiter une formidable logistique avec des trains, des camions mais aussi des bidons et des seaux. Deux millions de litres de vin sont distribués tous les jours aux soldats.

C’est dans ce contexte que se met en place l’opération « Vin chaud du soldat ».

  • L’opération « Vin chaud du soldat »

C’est Edouard BARTHE, pharmacien, maire de Béziers, député de l’Hérault depuis 1910 et Président de l’Office international de la vigne et du vin qui est le chef d’orchestre. Pour ses collègues il est le « député du vin ». Au Sénat il a son alter ego, le docteur Georges PORTMANN, cofondateur des « Médecins amis des vins de France ».

Réunie le 18 octobre 1939 sous sa présidence la Commission des boissons demande à la Chambre d’inviter le ministre du Ravitaillement « à décider, pendant les mois d’hiver, la distribution des rations de vin chaud aux troupes en campagne. » L’œuvre du vin chaud aux soldats crée pendant la guerre de 1914 – 1918 est réactivée. Le 23 novembre une grande distribution de vin est organisée à la gare de l’Est en présence d’Henri QUEILLE, le ministre de l’agriculture. Pour satisfaire ceux qui s’opposent à cette politique au nom de la lutte contre l’alcoolisme le vin est coupé de 20% d’eau mais contrairement à ce qui a été dit il n’y a pas été ajouté du bromure. Une vaste campagne de propagande en faveur de dons est mise en œuvre dans toute la France pour acheter du vin.

Dès la fin du mois de décembre 1939, une vague de froid accompagnée d’une tempête de neige déferle d’un seul coup sur l’Est et le Nord de la France. En 24 heures le thermomètre tombe à -20° à Nancy.  Le mois de janvier 1940 est le plus froid depuis l’année 1838…  Il faut lutter contre le froid tout en attendant l’ennemi. Pour faire face à cette situation le vin chaud est une solution.

Le 15 janvier M. QUEILLE donne des instructions pour que 35 millions de litres de vin soit distribués à la troupe sous forme de ration supplémentaire gratuite de vin chaud.

le Populaire 16 janvier 1940

On boit tellement, dans les unités que l’Armée est contrainte d’installer des salles de dégrisement. Une partie de l’opinion publique s’insurge contre cette politique considérant qu’en encourageant la consommation de vin elle va favoriser l’alcoolisme. Mais E. BARTHE défend au contraire l’idée que le vin est l’antidote de l’alcoolisme et qu’il donne du courage aux soldats.

Dans le hall de la gare de Limoges, la cantine pour permissionnaire qui a servi jusqu’à 2 400 casse-croutes aux soldats remplace, en dehors du petit-déjeuner, le café et le thé par du vin offert par les viticulteurs de Carcassonne-Limoux.  

Une nouvelle journée, comme celle du 23 novembre est prévue le dimanche 3 mars 1940 aux Halles de Paris sous l’égide du ministre de l’Agriculture. Le 11 février 1940 le président BARTHE écrit une lettre qui annonce la collaboration avec la Croix-Rouge française et précise les modalités d’organisation de la journée : création d’insignes, de bandes pour les troncs de quête et de brassards pour quêteurs.

Un bon de commande à l’adresse de l’Œuvre, rue Marbeuf à Paris accompagne la lettre. Le prix de l’insigne est de 1 Franc au minimum. Le courrier est aussi adressé aux comités locaux de la Croix-Rouge.

La circulaire n°482 de la Croix-Rouge française confirme sa participation à la Journée du 3 mars. Elle le fait sans manifester un enthousiasme débordant mais comme « chacun des comités retiendra à son profit 20% de la recette brute » les présidentes et le président des 3 organismes qui le 7 août 1940 fusionnent en Croix-Rouge française signent la circulaire.

Les vignettes existent en deux modèles. Elles sont tricolores et représentent un soldat souriant tenant un quart de vin chaud, il est de face dans l’un des modèles et de trois quart dans l’autre. Elles portent deux slogans : « Le VIN donne l’OPTIMISME » en haut, « Le VIN CHAUD chasse la GRIPPE » en bas et en dessous de la précédente, en plus petit et en blanc sur fond bleu « CE TIMBRE PROCURE GRATUITEMENT 2 VERRES DE VIN CHAUD AU SOLDAT ».

Elle sont vendues 1 franc et sont présentées en carnets de 10.

Le carnet du second modèle invite à acheter un timbre grand format au prix de 25 francs.

Vignette pour auto

III- la campagne « Vin chaud du soldat à Nexon »

Le 20 février le préfet de la Haute- Vienne envoi une lettre à tous les maires du département. Il les invite, pour assurer le plein succès de l’opération, à user de leur influence pour que la population réserve le meilleur accueil aux élèves des écoles qui vendront les vignettes.

Lettre du préfet aux maires
L’encart dans le Populaire du 3 mars

Le 8 mars le préfet accuse réception du versement de 264, 75 francs et remercie le Maire pour son aide.

Lettre de remerciement du préfet au maire de Nexon

Quelques jours plus tard, le 16 mars 1940, le maire de de Rilhac-Lastours, dans Le Populaire était « heureux de faire connaître que la vente d’insignes organisée pour l’œuvre du vin chaud du soldat, avec la collaboration de Mesdames les directrices des écoles de Rilhac-Lastours, a produit la somme de 231 francs (115 pour la section de Rilhac et 116 francs pour la section de Lastours).

II est heureux d’exprimer, au nom de l’œuvre, ses remerciements les plus chaleureux aux maîtresses et aux enfants des écoles ayant prêté leurs précieux concours pour la quête, ainsi qu’aux généreux donateurs qui ont répondu avec empressement à l’appel de la Fédération des Anciens Combattants »

Au niveau national les résultats dépassent les prévisions. Ainsi la ville de Narbonne a collecté 6 536 francs

Le Midi Socialiste 7 mars 1940

Sur l’ensemble du territoire c’est plus de 10 millions de francs qui ont été collectés procurant de ce fait 2 millions à la Croix Rouge.

Bulletin de l’Office International de Vin 24 avril 1940

Pour aller plus loin :

Stéphane LE BRAS, « Consommer pour vaincre ? Consommation au front et effort de guerre dans l’armée française en 1916 », Les Grandes Batailles de 1916, Mission du Centenaire, 2016, Paris, France

Stéphane LE BRAS, « L’ivresse dans l’armée française pendant la Grande Guerre. Un mal pour un bien ? » M. Lecoutre (dir.). L’ivresse entre le bien et le mal, de l’antiquité à nos jours, Peter Lang, p. 167-186, 2018

Stéphane LE BRAS, « Et le vin faillit devenir un alcool. Perceptions, représentations et pratiques autour du vin pendant la Première Guerre mondiale » H. Bonin (dir.). Vins et alcools pendant la Première Guerre mondiale (1914-1919), Féret, p. 41-65, 2018

Stéphane LE BRAS, « Le négoce des vins en Languedoc. L’emprise du marché. 1900-1970 », Presses universitaires François-Rabelais, 2019

Stéphane LE BRAS, « Le vin et la guerre », Malakoff, Dunod, 2019

Christophe LUCAND, « Le pinard des poilus », Éditions universitaires de Dijon, 2015

Charles RIDEL « L’ivresse du soldat. L’alcool dans les tranchées (1914-1918 » Paris, Vendémiaire, 2016.

Les prisonniers de guerre allemands à Nexon à partir de 1945

Déjà au cours de la première mondiale la Haute – Vienne avait accueilli des prisonniers de guerre allemands (PGA). Dès le début du conflit, bléssés et prisonniers arrivent à Limoges.

Leur nombre augmente à partir de l’été 1915 pour atteindre 6 000 hommes fin 1918 dans tout le Limousin. Ils sont employés là où il manque des ouvriers, partis au front. On les trouve dans les campagnes affectés aux travaux agricoles et forestiers par groupe de 10 ou 20, mais aussi dans les manufactures d’armes et de munitions. Il y avait un groupe de prisonnier à Gorre mais il ne semble pas y en avoir eu à Nexon.

À Limoges, les prisonniers allemands blessés, sont emprisonnés au Mas-Éloi. Un certain nombre sont morts et ont été enterrés dans les environs : 115 tombes allemandes au cimetière de Chaptelat et 142 au cimetière de Louyat.

I-La situation des prisonniers de guerre allemands à partir de 1943

Il n’y a jamais eu autant de prisonniers de guerre qu’à la fin de la seconde guerre mondiale. On estime leur nombre à plus de 10 millions. On est donc loin de la situation de 1918.

Après le débarquement en Normandie le nombre de prisonniers fait par les soldats américains et anglais augmente rapidement. Ils sont d’abord rassemblés dans d’immenses champs transformés en camps temporaires qui deviendront, à partir d’août 1944, des camps durables. Ils sont juste gardés et très mal nourris. le camp de Foucarville, près de Sainte Mère Eglise, un des plus important, pouvait accueillir jusqu’à 40 000 prisonniers. L’armée américaine ne peut pas gérer ce nombre imprévu et libère immédiatement, sur place, les civils récemment mobilisés. Elle accepte la demande de la France de lui céder une partie d’entre eux.

C’est après le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et les premières victoires que les forces françaises ont faits les premiers prisonniers allemands. Pour les gérer une Direction et Inspection des prisonniers de guerre (DIPG) est créé le 25 mars 1943 à Alger. Le 15 septembre 1944 le Service des PG de la zone avant de l’armée est créé pour gérer les 300 000 prisonniers qui sont sous l’autorité directe de la France. mais il faut une structure plus complexe pour faire face à l’arrivée des prisonniers que vont céder les américains. A partir du 1er août 1945, la DIPG devient la Direction Générale des Prisonniers de Guerre (DGPG) .

Devant la pénurie de main d’œuvre le général de GAULLE souhaite les faire participer à la  reconstruction du pays et au titre des réparations, la France demande 1 750 000 prisonniers, les américains vont leur en fournir une partie et ainsi se libérer de la charge de leur entretien.  De février 1945 à mai 1946, ils en transfèrent 740 000  et les britanniques 25 000. Les libérations sont largement accordées à tous ceux qui sont inaptes au travail, malades ou âgés.

Au total 907 000 prisonniers de guerre Allemands étaient présents en France entre 1945 et 1948.  Ils ont travaillé à la reconstruction de notre pays dans les entreprises, les exploitations agricoles et les communes.


Source : Fabien THEOFILAKIS, Thèse doctorat 2010, p.23

L’utilisation de la force économique des PG repose sur trois principes : en obtenir le maximum pour les placer rapidement dans toutes les branches de l’économie; les utiliser comme main-d’œuvre de remplacement, non d’appoint, pour cela il faut les faire embaucher par des employeurs privés afin de les placer là où ils seront le plus utile à la reconstruction; il faut des PG immédiatement utilisables.

En accord avec l’article 34 de la Convention les PG perçoivent une rémunération. Les employeurs versent aux directions départementales du travail et de la main-d’œuvre une « indemnité compensatrice » correspondant au montant du salaire du prisonnier qui doit être identique à celui d’un Français de même qualification. Ainsi un ouvrier agricole embauché en mars 1946 coûte à son employeur 1 200 F par mois, plus 450 F de frais de garde et 250 F de prime. Une partie de cet argent est reversée au budget du ministère de la Guerre pour faire fonctionner les dépôts. Le prisonnier reçoit environ 250 F par mois dont la moitié est retenue par le dépôt pour lui être remise au moment de sa libération.

Pendant l’année 1947 les Etats Unis, sous la pression des églises qui acceptent mal qu’il reste des prisonniers une fois la guerre terminée, demandent à la France de libérer les prisonniers cédés par l’armée américaine. Le gouvernement français proteste vigoureusement mais accepte de libérer une partie de ses prisonniers et propose le maintien en France, comme travailleurs libres, des prisonniers de guerre volontaires conformément aux accords Caffery-Teitgen du 11 mars 1947. On passe donc d’une logique de réparations à celle de la reconstruction et d’une politique de captivité à une politique d’immigration.

Près de 140 000 prisonniers ont opté pour le statut de travailleur libre. A la fin de le leur contrat ils peuvent revenir en Allemagne ou rester en France. Au début du mois de décembre 1948, à l’exception des criminels nazi, la plupart des PG auront quitté le territoire français. Certains se sont engagés dans la Légion étrangère et ont combattu en Indochine car ils n’avaient plus rien en Allemagne, leur maison avait été détruite avec leur famille lors des bombardements, d’autres ne voulaient pas revenir dans les territoires occupés par les soviétiques, d’autres enfin ont fondé une famille en France. Christophe MOREIGNE* estime que 150 à 200 prisonniers sont restés en Creuse sur les 3 700 qui y avaient été transférés. la presse creusoise relate leur histoire comme La Montagne du 13 avril 2016 avec Claude, fils d’un prisonnier né en 1921 en Silésie et fait prisonnier dans la poche de La Rochelle en mai 1945. Au lieu de repartir il a fondé une famille en Creuse. Le 16 octobre 2019 le même journal publiait un reportage intitulé « Guéret doit son eau aux prisonniers allemands de l’après guerre ».

Prisonniers de guerre allemands 1945 construction sources du Maupuy- La Montagne

*Christophe MOREIGNE « Les prisonniers de guerre de l’Axe dans la Creuse. 1944 – 1948″, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse » Tome 51 -2005

II- Les prisonniers allemands en Haute-Vienne.

Les prisonniers qui travaillent en Haute-Vienne sont regroupés au dépôt 121 établi dans l’ancien camp de Saint Paul d’Eyjeaux qui avait accueilli les soldats allemands capturés lors de la libération de Limoges le 21 août 1944. Le camp est prévu pour gérer 4 500 prisonniers mais leur nombre sur place est très variable car ils sont groupés en commandos de travail et sont logés par leur employeur, à l’extérieur du camp pour des périodes plus ou moins longues.

Dépôt n° 121 à Saint Paul d’Eyjeaux

La 12e Région Militaire dont fait partie la Haute-Vienne comptait 4 autre dépôts. Pour la Corrèze, le 123 à la Trémouille sur la commune de Chameyrat au nord-ouest de Tulle, pour la Creuse, le 124 à Guéret, pour la Dordogne, le 125 à Brantôme et pour l’Indre le 127 à Châteauroux.

Les relations avec la population ne sont pas toujours très favorables. certains les traitent d’assassins, de voyous, de bandits, de criminels, etc. On leur montre des photos du massacre d’Oradour et on les menace de vengeance.

Si la population accepte que les prisonniers travaillent, elle supporte mal de les rencontrer pendant les jours de repos. Ainsi à Eymoutiers les gens n’acceptent pas qu’un prisonnier employé par la dentiste soit en habit civil. Elle déclare que « en raison du métier que j’exerce … je ne tenais pas à ce que mes clients voient que j’occupe un PGA » (Haute-Vienne, 993 W 789). A Saint Sulpice -Laurière un habitant fait comprendre à un prisonnier qu’il n’a rien à faire à la fête du village.

Le Ministère du Travail a mis en place une logique d’attribution de la main-d’œuvre fournie par les PG en fonction du tort que l’ennemi a causé. Les paysans du Limousin considèrent qu’ils ont payé un lourd tribu et s’impatientent de la lenteur des arrivées. Le 12 avril 1945, le président du syndicat des agriculteurs de Bessines, ancien prisonnier, se plaint auprès du préfet du fait que les PG « promis » ne sont toujours pas arrivés, alors qu’arrive le moment de planter les pommes de terre.

Mais dans la plupart des cas les prisonniers allemands étaient bien traités. En effet des la fin de la guerre un mouvement humaniste et pacifiste c’est développé invitant les français à ne pas penser en termes de revanche et à considérer les prisonniers comme des hommes méritant le respect. Ce mouvement a été renforcé du fait d’une campagne qui dénonçait les conditions de logement et de nourriture dans les camps. le 1er octobre 1945, Jacques FAUVET intitule un article qu’il publie dans le Monde « Un prisonnier, même allemand est un être humain » dans lequel il écrit « 

 » Comme on parle aujourd’hui de Dachau, dans dix ans on parlera dans le monde entier de camps comme… « 

Notre correspondant cite celui de Saint-Paul d’Egiaux. Mais il apparaît que ce jugement est valable pour beaucoup des camps ou des dépôts français de prisonniers de l’Axe.

C’est l’intendance qui a la charge de ravitailler les camps, les dépôts et les entreprises où les prisonniers sont en nombre important. Il existe une ration de base dont on s’accorde à dire qu’elle est juste suffisante pour ne point mourir trop vite… Les prisonniers meurent en trop grand nombre. Et non point de maladie, mais de faim. Ceux qui sortent des camps sont pour beaucoup inaptes au travail.

Le problème de l’alimentation supposé résolu, il reste celui de l’habillement. C’est à l’Allemagne qu’il incombe de vêtir les prisonniers. Mais il n’y a plus d’Allemagne. Des collectes vont être organisées outre-Rhin. A défaut d’autorités politiques, les évêques seront touchés par la voie du Vatican. Si ces démarches demeurent vaincs, des réquisitions seront ordonnées. Les couvertures enfin font défaut. Au seuil de l’hiver, il n’y en a pas une par homme. Et l’autorité militaire a peu d’espoir d’en obtenir.

Nos correspondants estiment n’avoir pas lutté et souffert pour que se perpétue l’offense faite à l’homme par des actes ou des faits qu’ils ont réprouvés en d’autres temps, en d’autres lieux. La loi du talion qui a pour nom moderne celui de représailles est étrangère à notre tradition.

Il est un dernier argument qui paraîtrait plus convaincant s’il n’était quelque peu entaché d’intérêt. Ces prisonniers, nous les avons demandés et obtenus pour nous aider à produire et à reconstruire. El pour cela seulement.

Le paysan, lui, sait qu’on n’obtient pas de travail sans nourrir la bête. On ne peut croire que l’État soit moins avisé lorsqu’il s’agit d’êtres humains. »

En Haute-Vienne, une visite du préfet au dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux tente de relativiser, mais une note des renseignements généraux de Limoges du 12 octobre 1945 signale que « de nombreux prisonniers de guerre allemands en provenance du camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux sont employés à Limoges à divers travaux…La maigreur et la faiblesse de ces prisonniers suscite parmi la population des commentaires assez acerbes à l’égard des autorités qui les ont en charge ». Le lendemain de cette visite, le quotidien l’Echo du 13 octobre 1945 écrit un simple calcul économique : il coute moins cher de bien nourrir un prisonnier qui pourra de ce fait travailler que de le soigner s’il est malade du fait de malnutrition.

L’Echo du centre 13 octobre 1945

Dans son rapport d’inspection du dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux du 26 novembre 1945 le commissaire de la République indique que « depuis juillet 157 Allemands sont décédés dont 97 au camp même et 60 dans les divers Kommandos »

Archives de la Haute-Vienne : 186 W 1/135

En Octobre 1945, la commune de Saint-Paul décide d’acheter un terrain contigu au cimetière pour enterrer les P.G. décédés : « L’assemblée exige que la parcelle soit clôturée le plus tôt possible pour éviter les risques d’accident par les tombes creusées à l’avance » (séance du conseil municipal du 7 octobre 1945) ce qui semble confirmer que l’on ne se fait guère d’illusions. Ainsi est créé ce qui deviendra dans la mémoire populaire « le cimetière des allemands » rapidement couvert de petites croix.

Cimetière des Allemand de Saint Paul

La Mairie enregistre 92 décès d’août à octobre 1945 dont 56 pour le mois de septembre ce qui suggère une épidémie. En fait la plupart des décès enregistrés depuis juillet 1944 serait du « à l’état d’extrême débilité physique des prisonniers livrés par les autorités américaines », insuffisante pour résister aux conditions de vie imposée par les Français. Le plus jeune P. G., Rudolf Naschbandt, est âgé de 17 ans lors de son décès le 10 septembre 1945, et Fritz Brockerman, un des plus âgé, décède le lendemain, 11 septembre, à l’age de 50 ans. (http://www.saint-paul.link/spip.php?rubrique21). Dans les années 1960, les sépultures des allemands ont été relevées et dirigées vers le cimetière militaire allemand de Berneuil en Charente Maritime.

 Si les prisonniers ont été mal accueilli pendant l’été 1945 le climat a changé lorsqu’ils ont été employés, en particulier dans les fermes. Leur travail a forcé le respect, voire l’estime. En retour, ils étaient heureux de pouvoir manger à leur faim.

Près de 60% travaillent dans l’agriculture, les autres sont employés dans l’industrie, les travaux publics et tous les secteurs requérant de la main d’œuvre. Les prisonniers employés par des exploitants agricoles doivent être au moins 5 et doivent être placés sous la surveillance d’un gardien.

Le Populaire du 30 novembre 1944

A coté des travaux agricoles les prisonniers sont employés à la réparation des dégâts causés par la guerre ou au développements d’installations pour les communes. Une brochure est adressée à tous les maires pour leur montrer toutes les opportunités qu’offre cette main d’oeuvre :

III- Les prisonniers allemands à NEXON

Le 31 mars 1946, le conseil municipal qui vient d’élire Louis Jean PRADEAU comme maire en remplacement de Mathurin PAULIAT qui avait démissionné, décide la création d’un commando de 10 prisonniers pour 6 mois pour « la remise en état et la construction des chemins, terrain de sport et à l’entretien des bâtiments communaux »

Les prisonniers seront « logés dans une annexe de la mairie ou ils pourraient faire eux même leur cuisine », « la garde sera assurée par une personne de la commune recrutée à cet effet », le coût prévu s’élèverait à 600 francs par jour pour la nourriture (350 francs), le salaire (100 francs) et le garde (150 francs) soit 109 800 francs pour 6 mois auxquels il faut ajouter 15 000 francs de matériel. Au total il est prévu une dépense de 124 800 francs. La prise en charge à 50% par l’Etat des dépenses liées aux prisonniers laisse 69 900 francs à la charge de la commune.

Le 12 avril 1946, le maire de Nexon signe la « Convention de louage de travail n° 121/N 586 » et les « Conditions générales d’utilisation des prisonniers de guerre ennemis ».

Comme le prévoit les conventions d’emploi des prisonniers, ceux ci peuvent être employé par des particuliers. Baptiste GUYOT est le premier à effectuer cette démarche.

Le 27 mai 1947 un prisonnier du commando est cédé à Baptiste GUYOT. Il reste donc 9 PG au commando communal.

Le 7 juin la commune reçoit 10 nouveaux prisonniers ce qui porte l’effectif du commando à 19.

Il ne semble pas que parmi les 19 membres du commando communal certains aient noué des relations amicales avec la population. Ceux qui, employés par des agriculteurs, sont nourris et logés ont des relations, souvent cordiales avec leur patron et surtout leurs enfants quand ils en ont.

Les 19 PG du commando communal fin juin 1947

Le 4 juillet M. le maire remet 4 PG à la disposition du dépôt (avenant 4) et 3 de plus le 7 août ce qui ramène l’effectif à 12 (avenant 5).

Chaque mois l’employeur doit déclarer le nombre de journée travaillé par chaque prisonnier et verser la somme correspondant au relevé liquidatif que lui adresse le dépôt. Les journées de maladie sont exonérées à condition qu’un certificat médical ait été transmis au dépôt dans les 24 heures.

Il arrive que la commune se trompe dans ses déclarations ou paye en retard, oublie un prisonnier… la commune reçois alors un avis signalant un oubli ou une erreur et lorsque le paiement n’est pas effectué dans les délais un avertissement.

Sur les fiches de rappel il est intéressant de noter la liste des dépenses non remboursables : vêtements de travail, sabots, linge, ressemelage, blanchissage, raccommodage, dentiste, nourriture , etc.

Les membres du commando communal ont principalement travaillé à la création du stade mais avant que l’arrêté autorisant sa construction soit publié les 10 P.G. du commando communal ont nettoyé et arrangé les chemins et les bâtiments communaux.

Le conseil municipal avait le 10 février 1946 une délibération autorisant l’achat d’un terrain destiné à l’aménagement d’un terrain de sport. L’obtention de l’accord par le préfet a été longue, en particulier à cause du prix du terrain, aussi le 16 janvier 1947, le maire écrivait au préfet pour lui demander de donner une suite favorable à l’acquisition, « voulant faire commencer les travaux par le commando de P.G. Allemands ».

L’arrêté préfectoral autorisant l’acquisition a été publié le 24 mars 1947. Le commando pouvait donc commencer les travaux de terrassement. c’est a partir de ce moment que la commune a demandé 10 prisonniers supplémentaires. ce sont donc 19 P.G. qui ont travaillé au terrassement du stade.

A coté de la commune plusieurs particuliers ont employé un prisonnier. les archives municipales conservent six copies de conventions mais toutes n’ont pas été enregistrées.

BRINGS Heinrich chez M. DEVAUX Léon la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

DICKMANN Günther chez M. GUYOT Albert du 10 septembre 1947 au 9 septembre 1948

KRONAUER Karl chez M. BRIDGLAND Marie à Lage, travailleur libre du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

LUPPENS Anton chez M. TENOT André à la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

SCHAFF Wolfgang chez MARCOFF Boris, 1 avenue de la gare du 26 septembre 1947 au 25 septembre 1948

SCHMIDT Hermann chez M. GRATADE Henri au Moulin du 23 janvier 1948 au 22 janvier 1949

Tous ces prisonniers ont choisi le statut de travailleur libre ( circulaire n°186 du 30 mai 1947 – B.O.I. n°23 du 7 juin 1947). Ils recevaient une carte de séjour temporaire délivrée pour an après la constitution d’un dossier comprenant :

-Une demande sur papier timbré à 20 fr.

-un tilbre fiscal à 100 fr.

-deux photos de profil côté droitune copie du certificat de libération

-une copie du certificat de libération

-une fiche jaune et une chemise à bulle dûment remplies et assortie de l’avis du maire.

Les travailleurs libres sont autorisés a passer leur congé annuel en Allemagne. Ces voyages ne sont autorisés que pour les trois zones occidentales occupées a l’exclusion su secteur allié de Berlin et de la zone soviétique. La durée maximale du séjour est de 15 jours durée du voyage comprise.

Le 18 novembre 1947, M. DAURIAT à Noyéras a transféré au commando communal 2 prisonniers qu’il avait en compte. La Convention avec M. DAURIAT n’est pas aux archives et on ignore le motif de ce transfert.

Des différents rapports effectuées en Haute-Vienne il ressort que les prisonniers employés dans des fermes jouissent de conditions de travail et de séjour satisfaisantes. Souvent les prisonniers mangent avec leurs employeurs et les plus jeunes nouent des relations amicales avec les enfants de la ferme quand les ages sont pratiquement les mêmes. Par contre aucun prisonnier n’est resté à Nexon après sa libération.

Parfois les bonnes relations établies entre les prisonniers et leur employeur contribuaient à relâcher la surveillance ce que certains ont mis à profit pour s’évader. Ainsi les gendarmes de Nexon ont été amenés à enquêter après une évasion et leurs conclusions vont dans ce sens : André P. emploie depuis plus d’un mois un jeune PG de 19 ans. Il mange manifestement à la même table que ses patrons, partage la vie de famille et parvient à se créer un espace de liberté hors du contrôle de ses employeurs : André ne s’est jamais aperçu que depuis trois semaines Félix rencontrait un camarade employé dans une ferme voisine. Le soir de son évasion, ses deux fils, sortis avec lui prendre l’air dans la cour, vaquent bientôt à leurs occupations. « De ce fait ces deux derniers n’ont pas prêté attention au prisonnier qui était resté seul dans la cour ». PV de gendarmerie de Nexon n° 313 du 21/07/1945 sur « l’évasion du PG Kreutz du camp de St Paul d’Eyjeaux ».

Mais s’il y a eu quelques évasion de prisonniers employés dans les fermes, il y en a eu beaucoup moins que celles de prisonniers enfermés dans les camps. L’expérience a prouvé que le prisonnier qui s’intéresse à son travail éprouve des scrupules à quitter un employeur chez qui il loge et où il est considéré comme faisant partie de la maison, tandis tout le pousse à s’évader d’une enceinte où il est un simple numéro derrière des barbelés.

Pour aller plus loin :

Claude d’ABZAC-EPEZY « La France face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands » Guerres mondiales et conflits contemporains 2009/1 (n° 233), pages 93 à 108

Christophe MOREIGNE « Prisonniers de guerre de l’Axe. Creuse et région administrative (1944-1948) », Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome 51 / 2005

Valentin SCHNEIDER « Un million de prisonniers allemands en France : 1944-1948 », Paris, Vendémiaire, 2011

Fabien THEOFILAKIS « Les prisonniers de guerre allemands en mains françaises (1944-1949) :  captivité en France, rapatriement en Allemagne », Thèse de doctorat d’histoire contemporaine, Paris X Nanterre, 7 décembre 2010.

Fabien THEOFILAKIS « Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949 », Fayard, 2014.

Archives Départementales de la Haute-Vienne, fond 186 W 1/135

Le film de Philippe TOURANCHEAU « Quand les Allemands reconstruisaient la France », un 52 min diffusé le 10 mai 2016 sur France 2 a été réalisé dans le même esprit que « Le camp fantôme » de Tessa RACINE. La bande annonce est ici :

Quand les Allemands reconstruisaient la France

Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (III)

Aux 650 000 soldats belges faits prisonniers il faut ajouter les 1 845 000 soldats français qui furent capturés par les troupes allemandes en 1940-1941. 80 000 d’entre eux ont réussi à s’évader entre juin 1940 et novembre 1942 mais 51 000 sont morts au cours de leur captivité.

Le sort des prisonniers de guerre a été considérablement amélioré par les Conventions de Genève. La première, signée le 22 août 1864, a eu lieu à l’initiative d’Henri DUNANT qui avait été révolté par la situation des blessés à la bataille de Solférino (1859) mais elle n’abordait pas la question des prisonniers. Elle avait débouché sur la création de la Croix Rouge Internationale.

Une nouvelle convention eu lieu en 1906 mais c’est celle de 1929 qui traite particulièrement la question des prisonniers de guerre. Elle fut signée pour que ne se reproduisent pas les comportements constatés en 1914-1918. Elle prévoit des règles qui doivent s’appliquer dès la capture et elle précise ce que doivent être les camps, le travail auquel sont soumis les prisonniers, leurs relations avec l’extérieur, … jusqu’à leur libération. Le prisonnier doit être correctement traité, y compris s’il cherche à s’évader. Les officiers prisonniers sont exempts de travail.

Du fait du nombre élevé des prisonniers et de la soudaineté de leur capture de nombreuses familles étaient sans nouvelles. La première source d’information était le Comité International de la Croix -Rouge qui agissait par son Agence Centrale des Prisonniers de Guerre.

Un Centre National d’Information sur les Prisonniers de Guerre fonctionnait également à PARIS. Ce Centre a publié dès le 12 août 1940 des listes où les soldats prisonniers sont simplement mentionnés par ordre alphabétique, nom puis prénom, suivis de la date et du lieu de naissance, du grade et de l’unité. Au total cela représente 99 ouvrages d’une soixantaine de pages chacun. Ils ont été fournis par l’autorité militaire allemande.

La première liste publiée

Bâtir la liste des prisonniers d’une commune à partir de celles fournies par le Centre national d’Information n’est pas facile car celles-ci n’indiquent que le lieu de naissance et non celui de la résidence. C’est un travail fastidieux d’éplucher, plusieurs fois par semaine, des listes de plus de 4000 noms écrits en petit caractère mais surtout tous les prisonniers que l’on y trouve comme nés à Nexon n’y résident plus nécessairement.

Avec ses listes et les déclarations des familles les communes élaborent des listes qui sont complétées au fur et à mesure des demandes de l’administration et de l’obtention de nouvelles informations.

Ainsi à Nexon une liste de 47 noms recense les prisonniers travaillant à Nexon pour le milieu agricole. Y figurent les agriculteurs, quel que soit leur statut, propriétaire exploitant, fermier, métayer, ouvrier agricole ainsi que les artisans ruraux : électricien, maréchal ferrant, plombier…

 Parmi ces 47 noms, le plus âgé est Félix FENEROL, né le 12 février 1900 qui est fermier à Noyéras. Il a donc plus de 40 ans ce qui est surprenant. Pendant les guerres, les soldats les plus âgés appartiennent à des classes qui sont rappelées lorsque la guerre dure comme ce fut le cas en en 1914-1918. Ici si la guerre a été longue les combats ont cessés le 25 juin 1940 après l’armistice signé avec l’Allemagne le 22 juin et celui signé avec l’Italie le 24 juin. Un autre prisonnier, Henri NOUAILHAS, est né le 24 novembre 1901 à Beynac. Il est, lui aussi, ouvrier agricole à Noyéras. Ils sont 3 à être nés en 1902 mais la majorité est née en 1910 (6), 1911 (4) et 1912 (8). Le plus jeune est Pierre DESPLANCHES, né le 22 octobre 1918 à Nexon. Il est le seul de cette année.

On constate donc que les prisonniers issus du monde agricole ne sont pas des jeunes de 20 ans. Cela résulte du fait que les classes 1938 traduit le fait que les classes 1935 et suivantes sont des classes creuses, des milliers de jeunes garçons ayant été tués lors de guerre précédente beaucoup de jeunes filles sont restées célibataires. Mais on constate aussi, dès le milieu des années 1930, que les jeunes garçons ne restent plus à travailler à la ferme familiale et s’orientent vers l’industrie ou les services publics.

Une deuxième liste recense les prisonniers rapatriés pour des raisons médicales ou sociales (soutien de famille) ou encore ce sont évadés. Elle comporte 20 noms : 6 propriétaires exploitants, 8 métayers, 4 ouvriers agricoles et 2 artisans ruraux.

  • Les évadés

8 prisonniers se sont évadé : André ASTIER, Jean DENANOT, Armand DENARDOU, Jean DESBORDES, Louis DITLECADET, Henri DUDOGNON, Léon LIMOUSIN, René SEREZAC.

Que ce soit en 1914-1918 ou en 1940-1944, les conditions d’évasion sont les mêmes et elles sont extrêmement difficiles à surmonter : il faut des vivres, des vêtements civils, de faux papiers, éviter d’avoir à parler allemand ou savoir le parler. Pendant la Première Guerre Mondiale ils furent 16 000 à avoir réussi l’opération, soit moins de 3 % des captifs. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils ont été 32 000 à réussir soit 4 % des captifs.

Il ne figure ni dans la liste des prisonniers ni dans celle des évadés car il n’exerçait pas une profession agricole, il était marchand de vin avec son père, il s’agit de Maxime DENIS. Il était prisonnier au Frontstalag 192 à Laon dans l’Aisne. Il travaillait dans un Kommando à Any-Martin-Rieux, chef-lieu de canton situé à 65 km au Nord de Laon. Maxime DENIS était affecté aux cuisines de la Kommandantur lorsqu’un soir il entend une conversation au cours de laquelle l’un des interlocuteur annonce le départ du kommando pour l’Allemagne dès le lendemain. Avec son camarade Fernand CHARBONNIER ils décident de s’évader. Quelques heures plus tard, le 6 décembre 1940 au soir, ils partent à vélo. Fernand a conté leur parcours dans un document de 260 pages que Rachel, la fille de Maxime DENIS m’a confié.

Ce pourrait être un film tant se mêlent les moments de peur, la chance, la solidarité mais surtout la profonde amitié puisque Fernand, une fois arrivé à Nexon y est resté.  Leur objectif est bien de rejoindre Nexon en zone libre plutôt que d’aller chez Fernand dont les parents étaient fermiers en Anjou, zone occupée. Ils prennent les petites routes, sautent dans les fossés quand ils entendent des voitures, se font renvoyer quand ils demandent de l’aide ou au contraire trouvent des gens merveilleux qui leur offrent le gite et le couvert, leur indique les routes à suivre pour éviter les allemands et parfois même les conduisent. Un fois franchie la zone interdite, cette zone qui couvre une partie de l’Aisne et qui devait devenir une zone de peuplement allemand, leur route continue vers le Sud en contournant Reims par l’Ouest et sont orientés vers Damery, commune de la Marne dont la gare est située sur la ligne Paris-Strasbourg.

Pour arriver à Nexon les 2 évadés doivent franchir 2 lignes de démarcation

Les personnes rencontrées les mettent en relation avec des cheminots qui leurs procurent des billets, les font sortir de la gare de l’Est en évitant les contrôles, leurs conseillent de passer par Nevers pour franchir ligne de démarcation et leur fournissent des contacts pour tout leur parcours.  On peut être surpris de constater que dès le mois de décembre 1940 les cheminots avaient organisé des filières pour faciliter les passages en zone libre.

Arrivés à Paris, Fernand demande un rendez-vous au propriétaire de la ferme des ses parents, un Comte P.D.G. d’une société d’assurance place Vendôme. A la surprise du personnel, ce garçon mal habillé est reçu par M. le Comte. Il repart avec des billets de train et 500 francs pour les frais de leur voyage jusqu’à Nexon. Ils rejoignent sans encombre la gare de Lyon puis Nevers et là il fallait franchir la ligne de démarcation. Ils doivent aller à Germigny l’Exempt avec leurs vélos qui les ont suivi en bagages accompagnés dans le train. Là, ils retrouvent leur contact, franchissent la ligne se dirigent vers la première guérite où se trouve un militaire français. Après une nuit de sommeil et des papiers en règle ils sont conduits à la première gare avec un billet pour Châteauroux et l’ordre de se présenter à la caserne de Déols pour être démobilisés. Ils reçoivent un bon de transport pour aller à Limoges et à Nexon le 12 décembre 1940 après 7 jours vers la Liberté.

Ensuite c’est l’arrivée à Nexon que Fernand raconte :

  • La Relève

Parmi les rapatriés deux ont été libérés grâce au mécanisme de la Relève. Cette mesure, instaurée sous l’impulsion de Laval en juin 1942, consistait à envoyer en Allemagne trois travailleurs volontaires pour qu’un prisonnier soit libéré.  Malgré la propagande importante faite tant par le gouvernement de Vichy que par l’Allemagne le nombre de volontaires n’a pas été suffisant et en février 1943 la Relève a été remplacée par le Service du Travail Obligatoire (STO).

En 1943, 200 000 prisonniers sont transformés en travailleurs libres. Libres surtout de continuer à travailler en Allemagne, ils ne quittent un camp que pour un autre camp. Cette mesure permet de libérer 30 000 gardiens allemands qui rejoignent le front russe.

  • Le courrier des prisonniers

La Convention de LA HAYE dont découle la « Convention relative au traitement des Prisonniers de Guerre » du 27 juillet 1929 stipule que les lettres, mandats et articles d’argent, ainsi que les colis postaux destinés aux prisonniers de guerre ou expédiés par eux, seront affranchis de toutes taxes postales (Art. 16).

Les directives allemandes du 6 septembre 1940 permettent à tous les prisonniers de guerre français se trouvant sur les territoires allemand et français d’envoyer et de recevoir des lettres et des cartes postales mais non les colis et paquets.

Les adresses des prisonniers doivent comprendre le nom, les prénoms, le grade, le numéro du prisonnier ainsi que l’indication du Stalag, ou Oflag, mais en aucun cas ne doit figurer l’indication géographique du lieu du camp, même pour ceux situés dans la France occupée, sinon les envois seront retournés à l’envoyeur.

Tout envoi pour les prisonniers de guerre doit porter, en tête les mentions KRIEGSGEFANGENENPOST et GEBÜHRENFREI (Courrier des Prisonniers de Guerre en franchise) en allemand et en français. Les prisonniers peuvent écrire chaque mois une lettre et deux cartes postales. Mais ces règles peuvent être plus souples selon les camps.

Carte postée du Stalag XIII B pour la Belgique le 8 octobre 1941
  • Le retour de captivité

Toutes les familles n’ont pas de nouvelles de leur prisonnier. C’est le cas de Mme CLERMONTEIL qui en juillet 1945 est toujours sans nouvelles de son mari. Elle fait publier une annonce dans le Populaire pour obtenir des informations.

Carte avec l’adresse du camp préimprimée, reçue le 20 mars et postée le 26 février

Dans la lettre qu’écrit Pierre BAILLEUX le 10 janvier 1941 à son épouse à Limoges, il dit que toutes les lettres qu’il a reçu sont du mois de novembre ! Elles ont mis 2 mois pour lui parvenir. C’est un constat que l’on fait souvent en lisant les correspondances des prisonniers.

  • Le retour de captivité

C’est le ministère des Prisonniers, déportés et Rapatriés (PDR) qui est chargé du rapatriement de l’ensemble des français qui étaient en Allemagne. Les problèmes étaient spécifiques à chaque catégorie de ressortissant mais cette structure qui devait traiter un grand nombre de dossiers sans les moyens suffisants, elle privilégiait la rapidité plus que la méthode pour que chacun rejoigne sa famille le plus rapidement possible. On constate la différence avec la méthode rigoureuse employées par américains pour les prisonniers belges.

Le général de Gaulle avait pourtant nommé, dés la fin 1943 à Alger, Henri FRENAY pour assurer ce rapatriement. Il élabore un Plan de rapatriement avec des camps de transit, des Centres d’accueil ou un contrôle sanitaire serait effectué pour éviter que des maladies contagieuses puissent se répandre, une détection d’éventuels espions était également prévue. Mais dans la réalité ce fut souvent l’improvisation qui prima. Il rentrait en moyenne 15 000 personnes par semaine en avril 1945 et 200 000 à la mi-mai. Au début du mois de juillet le rapatriement massif était terminé. Le retour a été rapide pour ceux qui étaient à l’Ouest mais beaucoup plus lent pour ceux qui ont été libérés par les troupes soviétiques.

Les ex-prisonniers libérés à l’Ouest arrivent en France par la Belgique où ils reçoivent un accueil chaleureux, certains trouvèrent qu’il était plus chaleureux que celui qu’ils reçurent en arrivant en France. A la frontière ils accomplissent rapidement quelques formalités Dans les Centres de rapatriement puis ils gagnent la gare la plus proche de leur domicile pour rentrer chez eux.

Certains manquent à l’appel. Leur famille est sans nouvelle d’eux. C’est le cas de Martial CLERMONTEIL, futur président de l’association nexonnaise des anciens prisonniers de guerre. Son épouse lance le 28 juillet un appel dans la presse, comme beaucoup d’autres familles.

le Populaire 28 juillet 1945

Les prisonniers qui sont rentrés de captivité en 1945 n’ont pas connu les mêmes difficultés que leurs camarades de 1918. Ces derniers ont dû lutter contre l’immense prestige dont jouissaient les Poilus pour avoir défendu la patrie, alors qu’eux étaient détenus en Allemagne après avoir été capturés, dans des conditions que beaucoup considéraient comme douteuses. Ils durent donc militer pour défendre leur honneur et obtenir des dédommagements matériels et financiers.

Ce n’est la cas pour les prisonniers qui rentrent de captivité en 1945. Ils sont accueillis comme des militaires et sont inclus dans les commémorations.

Mais ils doivent réapprendre à vivre en famille. Prisonniers ils vivaient entre hommes et sans enfants. A leur retour ceux qui étaient mariés découvrent une épouse qui a des relations avec un autre homme et il s’en suit une hausse considérables des divorces pour adultère de la femme. Certains ont perdus un parent, ne reconnaissent pas le bébé qu’ils ont quitté et qui maintenant va a l’école maternelle. D’autres ont leurs maisons détruites, un commerce en faillite…mais aussi douloureux que soient ces problèmes ils ne touchèrent qu’une petite minorité d’entre eux. Les réintégrations professionnelles sont très variables. Faciles pour ceux qui retrouvent leur emploi, leur commerce ou leur terre, plus difficile pour d’autres. Une « ordonnance relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des déportés et assimilés » est publiée le 1er mai 1945. Comme le pays manque de main d’œuvre il n’est pas difficile de trouver un emploi. Un pécule est versé mais le montant est plus faible que celui versé dans d’autres pays.

La réinsertion sociale n’est pas des plus facile. Les résistants sont auréolés d’une gloire qui laisse les prisonniers un peu dans l’ombre. Il en est de même des anciens combattants de 14-18 qui manifestent un certain dédain pour ceux qui n’ont pas su résister aux allemands comme eux l’ont fait.

Pour retrouver la camaraderie des camps, pour s’entraider, pour améliorer leur image et pour faire aboutir leurs revendications ils créent des associations de prisonniers de guerre spécifiques pour cette guerre.

  • Les associations

« Dès que les premiers prisonniers ont été rapatriés, ils ont senti la nécessité de se grouper pour, à la fois, aider les familles de leurs camarades encore captifs, et apporter à ces derniers toute l’assistance qu’il était possible de leur donner. C’est ainsi que sont nés les Centres d’entraide qui se sont développés dans toute la France…

Au moment de la Libération il existait en France 11 000 Centres d’entraide répartis dans tout le pays.

Dans le même temps, les prisonniers ont senti le besoin de se regrouper par camp, principalement dans les grands centres, et c’est ainsi qu’ont pris naissance les secrétariats de camps transformés, après la libération, en Amicales des camps, et coordonnées par une Union nationale des Amicales de camps.

Ainsi se sont formées deux séries d’organismes à objectifs sociaux : d’une part les Centres d’entraide répartis horizontalement sur toute la France ; d’autre part, les Secrétariats de camps groupant, verticalement par camp, les prisonniers.

Mais, dès la fin de 1942, des camarades se sont groupés dans la clandestinité pour former le mouvement de résistance prisonniers qui s’est appelé le « Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés ».

Après la libération, d’un même accord, éléments prisonniers de M.N.P.G.D. et Prisonniers des Centres d’entraide décidèrent de fusionner dans les Associations départementales qui existent dans tous les départements de France. De la même manière l’action des prisonniers s’unifie, et l’Union nationale des amicales de camps va adhérer à la Fédération nationale des prisonniers de guerre, tout en conservant ses cadres d’action autonomes. » Allocution à la radio de M. DEVAUX, 1er président de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre, prononcée à la radio le 21 mai 1945.

Le Congrès constitutif de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre (FNPG) s’est tenu à Paris les 5, 6, 7 et 8 avril 1945. Elle est reconnue d’utilité publique le 1er avril 1948.

le dimanche 25 novembre 1945, 7000 prisonniers de la Haute-Vienne se réunissent à Limoges pour affirmer leurs revendications.

MM. THOMAS, délégué fédéral et FOUSSAT, député à la Constituante.
Le Populaire 27 novembre 1945

Il a fallu se préoccuper de la réinsertion des anciens prisonniers et leur apprendre à vivre dans le monde de 1946, si différent de celui de 1939. Il faut que les prisonniers obtiennent la carte de combattant, des soins, la compensation des pertes de revenus, la retraite…

A Nexon l’association locale est membre de l’Association des prisonniers de guerre du département de la Haute-Vienne, elle-même adhérente à la F.N.P.G.

Première carte, signée par le président Henri PERRIARD

A peine arrivé à Nexon mon père est accueilli au sein de l’association présidée par Henri PERRIARD . Il en sera membre jusqu’à ce que les activités relatives aux ancien prisonniers de guerre (A.C.P.G.) se réduisent, la plupart étant âgés ou décédés.

L’A.C.P.G. de la Haute Vienne éditait un journal mensuel, très lu dans le département.

Un des président emblématique de cette association était Henri DEFOUGERE pendant les années 1960-1970. Ancien prisonnier au Stalag XVIII A en Styrie (Land Autrichien annexé par l’Allemagne en 1938). Professeur de philosophie il avait créé une université dans le Stalag et il en devint le recteur. A son retour il est professeur de philosophie au lycée Darnet à Saint Yrieix. Je l’ai eu comme professeur en classe de Math-Elem. Il savait que la philo n’était pas la matière principale pour notre classe aussi il se laissait facilement entraîner sur des discussions relatives à la guerre et aux prisonniers. Connaissant son travers il y avait toujours l’un d’entre nous, désigné avant de rentrer en cours, pour lui poser une question sur cette période. Il arrivait parfois que la discussion dure presque la totalité du cours et c’est avec un sourire qui voulait dire qu’il n’était pas dupe de notre stratagème il résumait en 10 mn son cours. Mais le temps de discussion avec lui valait bien une leçon sur la liberté, la haine…

Il rappelait dans chaque éditorial du Journal la nécessité de faire aboutir les revendications des anciens prisonniers. Dans celui de juillet 1974 il redit l’importance de se grouper pour obtenir satisfaction. 30 ans après la fin de la guerre ce n’était pas encore le cas. Fallait-il tout oublier pour construire l’Europe avec l’Allemagne ? Ce n’est qu’après 1981 sous la présidence de François Mitterrand que les A.C.P.G. ont vu leurs revendications globalement satisfaites, mais un certain nombre d’entre eux n’était déjà plus de ce monde.

Les prisonniers demandent la carte du combattant avec les mêmes avantages que ceux de 1914-1918, un pécule pour chaque mois comme prisonnier, la reconnaissance officielle d’un vieillissement accéléré avec comme conséquence la possibilité pour l’ancien P.G. de prendre sa retraite professionnelle plus tôt (5 ans de captivité correspondant à un abaissement de l’âge de 5 ans pour la retraite)… cette dernière revendication demanda des démarches multiples, des discussions sans fin pour obtenir finalement satisfaction avec la loi du 30 juin 1973 qui donne a possibilité pour un P.G. de prendre sa retraite à 60 ans au lieu de 65.

Chaque année les anciens prisonniers se retrouvent le 8 mai pour une cérémonie au monument aux morts suivie du banquet annuel.

La date du 8 mai a donné lieu à de nombreuses manifestations. La loi du 7 mai 1946 fixe au 8 mai, si c’est un dimanche, ou au dimanche suivant cette date les commémorations de la victoire de 1945. Ce n’est qu’en 1953 que le 8 mai devient officiellement un jour férié institué, au même titre que le 11 novembre, quel que soit le jour de la semaine où il tombe. En 1959, un décret cherchant à limiter le nombre de jours chômés supprime ce jour férié. Il va s’en suivre, chaque année, des manifestations pour que le 8 mai soit chômé.

En 1961 la section de Nexon des Anciens prisonniers de guerre compte 79 adhérents, les Anciens combattants sont 126 membres. Le bureau est ainsi composé :

Président : Martial CLERMONTEIL

Vice-Présidents : Louis BEYRAND et Louis DITLECADET

Secrétaire : Camille GARAUD

Secrétaire adjoint : François BONNAUD

Trésorier : Jean TRICARD

Délégué cantonal : Maurice QUEYROI

Pour le 8 mai 1962 le bureau « insiste pourque chacun de nous fasse grève ce jour là afin de démontrer au à un Gouvernement oublieux que, contre tous ses ukases, les A.C.P.G. se rappellent que le 8 mai a marqué, pour eux, la fin d’une interminable captivité et fait luire l’annonce tant attendue du retour dans les foyers.

Chômer le 8 MAI est un devoir pour nous tous qui réclamons depuis 4 ans le rétablissement de cette journée comme fête légale. »

En 1963 les mêmes protestations sont répétées. C’est cette même année qu’au congrès de Pau que les anciens d’Afrique du Nord sont admis dans les rangs de la FNCPG.

Lors du banquet qui a suivi la cérémonie du 8 mai 1965, Maurice QUEYROI, délégué au Congrès national fit part à ses camarades que, 20 ans après la fin de la guerre, leur association connaissait quelques difficultés. La majorité des A.C.P.G. a plus de 50 ans et les plus jeunes ont 45 ans. L’intégration des anciens d’Algérie, Tunisie, Maroc a amené des plus jeunes et compensé la diminution des effectifs mais cela n’a pas suffi. Aussi en 1975, au Congrès de Toulon, les veuves de prisonniers et de combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (CATM) sont reconnues par la Fédération Nationale. Le logo sur les cartes change.

Au cours de cette même année 1975, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, retire tout caractère officiel au 8 mai. Son geste cherche à marquer la réconciliation franco-allemande, mais irrite de nombreux anciens combattants. Finalement par la loi u 2 octobre 1981, François Mitterrand redonne au 8 mai son caractère de jour férié et rajoute cette journée à la liste des jours chômés dans le code du travail.

En 1975, après l’Assemblée générale du 12 janvier, le bureau est ainsi constitué :

Président : François BONNAUD

Vice-président : Louis LAMONERIE

Secrétaire : André PENOT

Secrétaire adjoint : Paul LASSAGNE

Trésorier : Jean TRICARD

Membres : Louis BEYRAND, Henri BOYER, Bernard CHAUFFAILLE, Henri PERRIARD, Maurice QUEYROI, Camille GARRAUD, Jean VALERY.

La Voix des P.G. Février 1975

Par la suite M. GARRAUD présidera l’association mais les anciens prisonniers de 1939-1945 sont de moins en moins nombreux. En 1985, pour le 40ème anniversaire de l’armistice, un certain nombre d’entre eux sont morts et les plus jeunes ont près de 70 ans. C’est Marcel MICHAUD, un ancien d’Algérie de Jourgnac qui préside l’association.

Le 15 mai 2011, Nexon a accueilli le Congrès départemental.

Il n’y a plus d’anciens prisonniers. C’est la dernière grande manifestation organisée par l’association. M. MICHAUD est à la fois président et trésorier et son épouse Denise assure le secrétariat.

Depuis le congrès national de 2012, la Fédération Nationale accueille dans ses rangs des sympathisants, personnes non ressortissantes de l’ONACVG qui partagent les valeurs de la Fédération. Comme toutes les associations du monde combattant la moyenne d’âge des adhérents est élevée. Malgré les regroupements de plusieurs sections, Nexon-Janailhac-Saint Maurice les Brousses il est difficile d’assurer une présence aux journées commémoratives. Le devoir de mémoire s’estompe petit à petit.

Après le décès de son époux, le 18 août 2018, Mme MICHAUD a repris le flambeau et assure seule toutes les fonctions d’un bureau pour l’association des ACPG-CATM-VVG. Pour combien de temps ?

Si un jour il n’y a plus d’association d’Anciens Combattants et Victimes de Guerres, c’est que la PAIX régnera effectivement …

Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (II)

II – La captivité

Le trajet vers l’Allemagne a été l’un des pires moments pour les prisonniers. C’était un départ vers l’inconnu, pour une durée indéterminée. Le sentiment de crainte mêlé à la frustration de la défaite, l’ignorance du sort de ses proches, les conditions du voyage et le manque de tout sont insupportables. Les conditions de transport sont épouvantables ; il fait une chaleur étouffante, les prisonniers ne reçoivent pratiquement rien à manger et à peine à boire, l’hygiène est inexistante.

A l’arrivée au camp ils manquent de tout et n’ont pour seuls vêtements que leur tenue militaire et quelques effets personnels. Ils n’ont eu des nouvelles de leurs familles qu’après l’armistice, au début du mois de juillet.

Le 9 juin 1940, jour de ses 21 ans, mon père est à Nuremberg, au Stalag XIII A. Lors de la distribution du repas il eut droit à une double ration de soupe ! Quelqu’un avait-il remarqué que c’était son anniversaire ou bien était-ce un pur hasard ? Il ne l’a jamais su.

Il est prisonnier avec le numéro 45048.  Il s’en souviendra toute sa vie.

La plaque d’identité de mon père : N° 45048

Puis il est envoyé au Stalag XIII B à Weiden dans le Haut-Palatinat (Bavière) à 85 km de Nuremberg. Il existe en Allemagne un nombre assez élevé de localité qui portent le nom de « Weiden » mais la seule qui ait abrité un camp de prisonnier militaire est la ville de Weiden, située à 100 km à l’Est de Nuremberg qui comptait en 1940 environ 30 000 habitants.

Les camps de prisonniers militaires en Allemagne

Le stalag XIII B s’étendait sur l’Allemagne actuelle mais aussi sur la république Tchèque (territoire des Sudètes). Il y aura une présence constante de 1.800 à 2.000 Belges dans ce Stalag. Une statistique établie vers le mois de juillet 1944 évalue leur nombre à 1.869. Avec eux il y a des Français, des Serbes et des Polonais.

Il y avait une hiérarchie très claire dans la perception que les Allemands avaient des prisonniers. Au sommet, on retrouvait les prisonniers de guerre américains et britanniques, ils étaient généralement traités correctement et en respect de la Convention de Genève. Ils recevaient en outre de nombreux colis en provenance de la Croix-Rouge internationale, ils étaient par conséquent bien nourris sauf à la toute fin de la guerre, lorsque les canaux d’approvisionnement furent rompus. Les prisonniers d’Europe occidentale (français, belges) étaient également traités comme des prisonniers de guerre, mais ils étaient moins bien nourris et avait moins accès à l’aide internationale. Les Serbes et les Polonais échappaient au contrôle des observateurs extérieurs. Les Italiens qui arrivèrent à Sandbostel après septembre 1943 étaient considérés comme des traîtres, tant par les Allemands que par les autres prisonniers et constituaient à ce titre les laissés-pour-compte de cette hiérarchie de prisonniers. Ils étaient mal nourris et, à partir de l’automne 1944, forcés de travailler pour la Wehrmacht ou étaient considérés comme des travailleurs civils forcés. Un groupe de détenus recevaient cependant un traitement encore moins enviable, il s’agissait des prisonniers soviétiques qui se voyaient tout simplement refuser le statut de prisonniers de guerre, ne recevaient aucun colis de l’aide internationale, ni observateurs. Leurs gardes avaient une autorisation spéciale permettant de les abattre. La dénutrition, le manque de place occasionnèrent des épidémies qui les décimèrent. Des milliers d’entre eux moururent de faim, de maladie ou suite aux mauvais traitements infligés par les gardes.

Une tâche est confiée à chaque prisonnier. Certains remplissent des fonctions administratives ou d’intendance au camp, alors que d’autres forment des « Kommando » ou groupes de travail, assignés à un chantier, une usine ou une ferme, à l’extérieur du camp. J’ai d’abord été affecté dans une exploitation forestière qui appartenait à un riche baron.

KGF, Kriegsgefangener, pour montrer le statut de prisonnier de guerre
Mon père, 1er rang, le premier à gauche.
Devant la schlitte pour descendre le bois des forets
Un repos sans doute bien mérité

Juillet 1941 (Kdo 954)

Mon père n’a pas souffert de la faim. les prisonniers de guerre ne subissaient pas le traitement des déportés des camps de concentration. Les propriétaires traitaient correctement ces travailleurs, bon marché, qui suppléaient la jeunesse allemande mobilisée dans les armées.

Puis, sans doute parce que j’étais agriculteur, j’ai été affecté dans des fermes pour remplacer les hommes qui avaient été mobilisés dans la Wehrmacht.

Les prisonniers assignés à un Kommando sont de la main d’œuvre bon marché dont a besoin l’économie de guerre du IIIe Reich. Le prisonnier perçoit un salaire (équivalent à 60% du salaire d’un ouvrier allemand), amputé des frais de nourriture et de logement. Les journées peuvent compter jusqu’à 12h de travail, et le Kommando est toujours accompagné de gardes. Dans l’ensemble, les prisonniers belges sont relativement bien traités, même si les conditions de détention restent pénibles.

Neuf prisonniers sur dix sont en fait affectés dans ces détachements de travail éparpillés dans le ressort du stalag. Le XIII B possédaient 127 Arbeitskommandos, dont 53 étaient des commandos de culture dans les villages.

Un laissez-passer permettait d’aller dans les champs autours de la ferme. Il fallait toujours l’avoir sur soi avec la plaque d’identité.

J’étais affecté à une ferme, dans un petit village des Sudètes qui se trouve aujourd’hui en République Tchèque. jusqu’en 1918 cette région faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Le traité de Versailles en démantelant cet empire a permis la création de la Tchécoslovaquie. Dès septembre 1938 Hitler revendique ces territoires au nom du « pangermanisme ». Réunis à Munich le 29 septembre 1938 pour préserver la paix, la France représentée par DALADIER et le Royaume Unis, représenté par CHAMBERLAIN signent l’accord qui permet à l’Allemagne d’annexer la Région des Sudètes. En échange, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du Reich vont cesser. Le lendemain, la Tchécoslovaquie, qui a commencé à mobiliser ses troupes, est contrainte de s’incliner et de laisser pénétrer la Wehrmacht sur son territoire.

la ferme ou travaille mon père est à Horosedl, aujourd’hui Hořesedly, petit village de moins de 500 habitants situé à mis chemin de Prague et de Karlovy Vary. ( Lorsqu’il y est revenu, en 1982, mon père n’a rien reconnu. Toute la population allemande a été déporté par les troupes soviétiques en 1945 et toutes les traces du passé effacées.)

Arbeitkommando  937

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Lorsqu’au début du mois de mai 1945 les prisonniers entendent à la radio que les troupes russes s’approchent ils commencent à s’inquiéter car ils n’ont pas envie de tomber entre leurs mains. À l’Ouest, l’armée américaine progresse également et s’arrête à Pilzen le 6 mai. Ils prennent un tracteur et une remorque et vont à leur rencontre. Enfin mon père est libre.

Au fur et à mesure de leur progression les américains ont organisé le rapatriement des prisonniers. Il s’est fait sous le contrôle du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). Les prisonniers, les déportés…, étaient des DP, des “ displaced persons”. L’accueil en première ligne avait lieu juste derrière le front. Une “DP index card” était établie dans les “collecting points”. Seul le nom de la personne et un numéro d’enregistrement unique y figuraient. Mon père n’a pas gardé cette carte qui, pendant tout le trajet de rapatriement, servait de pièce d’identité provisoire.

Les prisonniers belges sont conduits à Neufchâteau, petite ville belge située près de la frontière française, entre Luxembourg et Charleville. Un centre de rassemblement des rapatriés a été mis en place, toujours avec l’aide des américains. A l’arrivée au centre, un entretien individuel de 20 à 30 minutes a lieu avec un officier de liaison belge. Il établit une deuxième carte, le “AEF DP registration record”. Mon père l’a conservée. La compléter équivalait à contrôler l’identité. En plus des données d’usage telles que le domicile et la date de naissance, cet officier indiquait le lieu où la personne voulait se rendre, pour mon père Saint Palais, ainsi que sa possession éventuelle d’argent, 235 marks. Au bas du recto de la carte, un bref aperçu de la captivité était également inscrit.

Au verso figuraient des informations à caractère médical, qui donnaient une idée de la condition physique dans laquelle la personne se trouvait préalablement à son retour.  Au numéro 26, il était ainsi possible de cocher si elle était “apte au travail manuel” (case L), au “transport” (M) ou si elle souffrait d’une maladie contagieuse (CD) ou d’une maladie l’empêchant de travailler (D). Mon était apte au travail et au transport.

Une fois ces formalités accomplies le Ministère de la défense délivrait un titre de congé de repos. A partir de ce moment les personnes pouvaient rejoindre la destination que indiquée sur la fiche.

Son titre de congé est signé le 16 mai 1945 et mon père part rejoindre ses parents en France.

Bien qu’il n’ai jamais mis les pieds chez eux il savais où aller et qu’il était attendu. En effet bien que très contrôlé par la censure mon père recevait du courrier, surtout des photos que prenait ma grand mère ou elle montrait le travail à la ferme, et les personnes, surtout des cousins, qui les avaient rejoints.

Pour certains des prisonniers, dont des camarades de mon père, le retour a été difficile. Leurs parents étaient décédés, leurs femmes les avaient quittés, pour ceux qui étaient commerçants ou artisans leur affaire avait périclité… Pour moi rien de tout cela. Je n’étais pas marié, je travaillais avec mes parents. Ils étaient bien vivants.

Ce n’est que le 19 mars 1946 que j’ai été officiellement démobilisé. Nous avions quitté Saint – Palais et nous habitions au Courdein, à Nexon.

Je recevrai 49.407 francs (6 950 euros en 2009, 425 en 2019 !) pour la période du 29 mai 1940 au 31 août 1945. Je touche cette somme alors que je suis au Courdein. Elle sera bien utile pour y commencer une nouvelle vie.

Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (I)

I- Comment ils sont devenus prisonniers ?

Mon père n’était pas encore nexonnais quand il a été fait prisonnier par l’armée allemande. Il était belge, né le 9 juin 1919 à Chénée, une petite ville de la banlieue de Liège. Au moment d’effectuer son service militaire il travaillait en France avec son père qui avait quitté le moulin familial et avait acheté une ferme. Il arrivera à Nexon, le 1er octobre 1945 où son père a acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Il y passera 62 ans, y épousera celle qui sera notre mère et lui donnera 7 enfants.

D’abord le service militaire

Mon père est appelé sous les drapeaux le 15 février 1939 pour effectuer son service militaire d’une durée théorique de 18 mois contre 21 mois en France. Il aurait donc dû regagner le domicile familial en aout 1940, mais rien ne se passera comme prévu.

Il est affecté au 1er Régiment de lanciers basé à Spa, ville thermale de la province de Liège. C’est un régiment prestigieux, héritier d’un régiment de cavalerie légère créé en 1814. Affecté à la « Garde du Rhin », il est l’un des régiment frontière, sentinelle avancée vers l’Est. Depuis janvier 1936 il est motorisé. C’est donc à moto que mon père effectue son service.

Les premiers mois du service se déroulent sans problème d’autant plus qu’à Spa il retrouve son oncle qui y habite et chez qui il peut aller lors des permissions. Mais à peine a-t-il effectué la moitié de son service que, le 25 aout 1939, est déclarée la mise sur pied de guerre de l’armée d’active et le 3 septembre la mobilisation générale de l’Armée belge. Cependant, contrairement à ses voisins anglais et français, la Belgique ne déclare pas la guerre à l’Allemagne et se proclame neutre.

Grâce à la Ligne Maginot (réputée invulnérable) et aux Ardennes (jugées infranchissables) l’État-major français considère que l’Allemagne, pour attaquer la France, doit passer par la Belgique en réitérant son plan “ Schlieffen ” de 1914. Pour y faire face le général français GAMELIN, commandant unique des armées françaises et de la British Expeditionary Force (B.E.F.) installées le long de la frontière franco-belge, élabore le plan “ Dyle ”.  Il consiste, dès le début de l’attaque allemande et à condition d’en être informé à temps, à pénétrer en Belgique jusqu’à l’alignement Anvers-Wavre (Ligne K.W.) et sa prolongation jusqu’à Namur et, rejoint par l’armée belge, repousser l’attaque allemande.

L’armée belge devait occuper le segment Anvers-Louvain, la Force Expéditionnaire Britannique (B.E.F.) du Général GORT le segment Louvain-Wavre, la 1ère Armée française du Général BLANCHARD le segment Wavre-Namur, la 9ème Armée française du Général CORAP le segment Namur-Doncherry (France) — la position fortifiée de Namur étant défendue par un corps d’armée belge.

L’armée Belge (2) au milieu du dispositif allié censé arrêter l’offensive allemande

L’armée belge devait s’appuyer sur la ligne K.W., construite entre septembre 1939 et mai 1940, partant du fort de Koningshooikt près d’Anvers et se terminant à Wavre, d’où son nom « KW ». Elle consistait en une série de bunkers de combat, de fossés antichars et de structures en acier longeant la Dyle.

Pendant les longs mois de la « drôle de guerre », le 1er Lancier est stationné près de la frontière allemande. Lorsque le 10 mai 1940 HITLER lance ses troupes sur les Pays-Bas, le régiment fut rappelé au nord de Liège pour défendre la position fortifiée menacée par la percée allemande sur le Canal Albert.  En 36 heures le fort d’Ében-Émael, réputé imprenable, capitule et 1200 soldats sont fait prisonniers. Le moral des belges est ébranlé mais leur neutralité ayant été violée ils entrent en guerre avec énergie. Ce fut le premier acte du plan d’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie et le début de la Campagne des 18 jours.

La campagne des 18 jours

L’attaque du 10 mai fut foudroyante. Elle s’appuyait sur une nouvelle tactique militaire baptisée “ Blitzkrieg ” (guerre éclair). Le 1er Lancier a subi ses premières pertes.

Conformément au plan d’obéir au commandant en chef français, l’armée belge fait mouvement vers la ligne K.W. Elle se positionne entre Anvers (Position Fortifiée d’Anvers) et Louvain, les forces britanniques entre Louvain et Wavre et la 1ère armée française entre Wavre et Namur. Pendant tout le repli vers l’Ouest mon père dors sur sa moto ou allongé à côté d’elle.

Les positions à partir du 14 mai 1940

Le 15 mai l’armée néerlandaise capitule. Les Allemands disposent d’un matériel blindé plus évolué et leurs avions, les fameux Stukas, font des ravages. Bientôt, les armées française, anglaise et belge ne peuvent plus tenir la ligne K.W. Le 17 mai, la retraite est générale derrière le canal de Bruxelles-Charleroi.

 Les Allemands se lancent précipitamment vers Bruxelles, qui est occupée dans la journée. Le lendemain, le 18 mai, Anvers tombe. Mais l’avancée allemande est toujours aussi rapide. L’armée belge effectue son repli vers l’Escaut puis il est décidé qu’elle mènera une bataille d’arrêt sur la Lys. Elle y résiste cinq jours sans reculer. Plus de 3000 soldats belges sont tués en 3 jours.  Malgré la dureté des engagements et la supériorité aérienne allemande, le moral des troupes reste excellent. Le 25 mai au matin, tandis que dans un suprême effort, privée de tout soutien aérien, l’armée belge tente d’enrayer la course allemande vers les ports de la mer du Nord, pour renforcer l’esprit de résistance de ses soldats, le Roi fait lire à ses troupes la proclamation suivante :

Dès l’aube du 26 mai, l’ennemi reprend son attaque en force. Les lanciers du 1er Régiment se replient près d’Ypres. L’armée belge résiste tandis que les troupes britanniques se retirent, sans avoir prévenu, afin d’embarquer à Dunkerque et regagner l’Angleterre.

Depuis le 18 mai le gouvernement belge s’était réfugié à Sainte Adresse en Normandie, comme en 1914, sauf quatre ministres que le Roi voulait à ses côtés, Hubert PIERLOT, premier ministre, Paul-Henri SPAAK, ministre socialiste des affaires étrangères, le général DENIS, ministre de la défense nationale et Arthur VANDERPOORTEN, ministre de l’intérieur.  Les ministres étaient convaincus que les Alliés allaient renverser la situation et que le roi devait être à côté du gouvernement pour gouverner la Belgique en guerre et qu’en tant que chef de l’Etat il devait éviter d’être fait prisonnier. De son côté le roi était persuadé que la victoire serait allemande. Il considère que son honneur lui interdisait d’abandonner ses soldats troupes et qu’il devait demeurer avec son peuple. C’est donc sur un désaccord total que les quatre ministres quittent le roi et gagnent la France.

Le 27 mai au matin Plusieurs brèches importantes se créent sur le front tenu par l’armée belge, qui ne dispose plus de réserves. De plus en plus d’unités annoncent qu’elles ne sont plus en mesure de poursuivre le combat, faute de munitions et de nouvelles unités flamandes font défection.

La capitulation de la Belgique

Le 27 mai, en milieu d’après-midi, le chef de l’Etat-major ayant exposé au Roi la situation irrémédiablement perdue de l’armée, le Roi Léopold III envoie le général-major DEROUSSEAUX comme parlementaire auprès des allemands pour demander les conditions d’une suspension des hostilités. Ceux-ci exigèrent une  » reddition sans conditions « . Le roi accepta, contre l’avis de son gouvernement. L’ordre de capitulation de l’armée belge prit effet le lendemain 28 mai, à 4 heures du matin. Cette reddition se fait sans consultations aucune des alliés de la Belgique et leur provoque une certaine confusion. Ils sont obligés de se replier précipitamment pour éviter de laisser les allemands atteindre les plages de Dunkerque. A ce moment environ un million et demi de Belges sont réfugiés en France. Le 1er juin les effectifs militaires belges présents en France sont évalués à 105 700 hommes

Le général DEROUSSEAUX, représentant le Roi, signe le protocole de capitulation au chateau d’Anvaing, Q.G. du général von REICHENAU, cdt la 6e armée allemande
Le Populaire 29 mai 1940
Le 4 juin il ne reste que la poche de Dunkerque pour que regagner l’Angleterre

Mon père est officiellement fait prisonnier le 5 juin 1940 à La Panne, quelque jours avant ses 21 ans. Ceci s’est fait dans une « relative douceur ». Depuis la capitulation tous les militaires belges étaient prisonniers ; Ils ont été poussés, sans violence, vers une destination où les allemands les ont enregistrés, triés pour ensuite les convoyer vers le lieu de leur détention.

Pendant ce temps le gouvernement belge et un certain nombre de parlementaires sont passés en France et ont rejoint Poitiers et Limoges.

Le parlement belge à Limoges

Le 23 mai 1940 le Gouvernement belge quitte sainte Adresse et se replie à Poitiers tandis que les deux chambres du Parlement se sont exilées à Limoges pour quelques semaines. Cinq ans après, mon grand-père et mon père viendront habiter à Nexon et se retrouveront près de Limoges ! Ainsi vont les hasards de la vie.

La capitulation de l’armée belge suscite la colère en France. Dès le matin du 28 mai, Paul REYNAUD, président du Conseil français, exprime à la radio sa colère contre le roi Léopold. Le 29 mai, le gouvernement PIERLOT décide de convoquer à Limoges, le maximum de parlementaires pour une réunion publique solennelle. Dans l’intervalle, Hubert PIERLOT déclare que la capitulation de l’armée n’engage pas le pays et souligne que « La faute d’un homme ne peut être imputée à la nation entière ». Dans le même temps il délie les officiers et les fonctionnaires de leur serment de fidélité envers le Roi. Plus tard dans la journée, le conseil des ministres constate officiellement l’« impossibilité de régner » de Léopold III et décide d’exercer désormais collectivement les prérogatives royales, sous la formule exécutoire : « Au nom du Peuple belge, nous, Ministres réunis en Conseil… » ( art. 79 et 82). Ces dispositions ayant été prises la séance du Parlement réuni à Limoges peut s’ouvrir. Elle est fixée au 31 mai.

Les députés et des sénateurs sont logés dans les hôtels de Limoges réquisitionnés à cet effet, les grands cafés sont très fréquentés. A côté des parlementaires il y a les membres de toute la presse belge qui, le 29 mai, manifeste sa confiance aux Chambres dont la réunion doit se tenir le lendemain. 

Le Populaire 30 mai 1940

Le 30 mai, pour la réunion du Parlement et du Sénat, sur les 202 députés belges, 89 sont présents à Limoges ainsi que 54 sénateurs sur les 167. de ce fait le quorum n’est pas atteint.

Le Populaire 1er juin 1940

Après que le maire de Limoges, Léon BETOULLE, ait prononcé un mot de bienvenue où il accuse Léopold III de trahison.  Puis Frans Van CAUWELAERT, président de la Chambre des représentants de Belgique, adresse ses remerciements à la municipalité de Limoges et assure qu’unies aux forces Alliées la Belgique, ayant reconquis son indépendance, restera fière et non déshonorée.

Le président du Sénat prend ensuite brièvement la parole.

Le Populaire 3 juin 1940

C’est ensuite le premier ministre PIERLOT qui intervient avant que les parlementaires se réunissent à huis clos.

Après une réunion tumultueuse rapportée plus tard par les participants, la résolution proposée par le Gouvernement en accord avec les présidents de la chambre et du Sénat, est adoptée à l’unanimité des parlementaires présents.

Les sénateurs et députés belges résidant en France, expriment à l’unanimité leurs sentiments ;

  • Flétrissent la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire ;
  • S’inclinent avec respect devant ceux qui sont déjà tombés pour la défense de notre indépendance et rendent hommage à notre armée qui a subi un sort immérité ;
  • Affirment leur confiance dans notre jeunesse, qui, à brève échéance, fera réapparaître nos couleurs sur la ligne de feu ;
  • Se déclarent solidaires du Gouvernement qui constate l’impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner ;
  • Adressent à leurs compatriotes de la Belgique occupée par l’ennemi l’expression de leur fraternelle et ardente sympathie, sûrs qu’ils sont de leur indéfectible patriotisme ;
  • Attestent leur ferme résolution de consacrer toutes les forces du pays et de sa colonie à la poursuite de la lutte contre l’envahisseur jusqu’à la libération de la patrie aux côtés des puissances qui, ont répondu sur l’heure à l’appel de la Belgique attaquée,
  • Expriment leur profonde gratitude à la France et à la Grande-Bretagne qui ont accueilli fraternellement à leurs foyers les réfugiés,
  • Et affirment leur inébranlable confiance dans la victoire du Droit et de l’Honneur.

L’action du Gouvernement trouve sa légitimité dans cette séance Parlementaire de Limoges, la dernière avant septembre 1944.

le Populaire 3 juin 1940

Un résumé des discours est publié dans le Populaire du 1er juin 1940.

le Populaire 1er juin 1940

Le gouvernement PIERLOT est sorti consolidé à la suite de la « résolution de Limoges ». Avec l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain il n’était plus question de demander des comptes à la Belgique pour son attitude entre 1937 et 1940. Quant aux parlementaires, unanimes à Limoges pour condamner l’attitude de Léopold III, 74 d’entre eux se rétractent dès le 15 septembre 1940 et signent un Mémorandum d’excuses transmis au roi « prisonnier à Laeken ».

Les prisonniers de guerre belges

Les Allemands ne savaient pas ce qu’ils allaient faire de 500 000 prisonniers. Ils ont été parqués dans des camps provisoires éparpillés à travers la Belgique. Une partie d’entre eux, environ 150 000, parvint à fuir. Mais le 5 juin une instruction émanant d’Hitler précise comment les prisonniers vont être répartis :

« Tous les prisonniers de guerre issus des provinces de la Flandre-Occidentale, de la Flandre-Orientale, d’Anvers, du Limbourg, du Brabant (ville de Bruxelles et arrondissement de Nivelles non compris) seront immédiatement relâchés. Les prisonniers issus des autres provinces, c’est-à-dire des territoires wallons, seront transportés en Allemagne. Toutefois, les prisonniers de ces territoires pouvant établir leur origine flamande ou exerçant une profession d’utilité publique seront libérés immédiatement.

Sont notamment à libérer : les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs et techniciens de tout genre, les directeurs et employés d’entreprises commerciales, les fonctionnaires, le personnel des entreprises d’eau, du gaz, de l’électricité, le personnel des services de transport, les ouvriers et employés agricoles, les ouvriers mineurs, les chauffeurs d’automobile, les ouvriers spécialistes. »

Ainsi 300 000 hommes furent libérés afin de faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports de la Belgique occupée que les allemands comptaient bien utiliser à leur profit. Le reste, environ 215 000 militaires belges, dont mon père faisait partie, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager) et les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamlager camp de base).

L’Allemagne comptait 56 Stalags et 14 Oflags. Ils étaient répartis sur tout son territoire, y compris ceux nouvellement conquis. Les stalags, répartis suivant la numérotation des arrondissements militaires, étaient constitués d’un camp central où se faisait l’immatriculation et où se tenait toute l’administration et les prisonniers étaient réparti en cellules, plus ou moins importantes appelées « kommando ».

Dans le cadre de la Flamenpolitik, HITLER considérait les flamands comme des germaniques et que de ce fait il étaient supérieurs aux wallons. Il décida donc leur libération à partir d’août 1940 à condition qu’ils prouvent qu’ils étaient flamands et pour cela ils devaient passer un test linguistique. De nombreux francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test et purent regagner leur foyer. Parlant mal le flamand mon père n’a pas pu se présenter à ce test. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, ne furent pas libérés avant la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années, 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement. Compte tenu des diverses libérations réalisées en 1941 et 1942, on peut dire qu’environ 65.000 prisonniers de guerre belges sont restés en captivité pendant cinq ans en Allemagne. (A suivre).

Les 8 et 9 mai 1945 à Nexon

La signature de la capitulation de l’Allemagne

Le 7 mai 1945, à 2 h 41, l’armée allemande signe sa reddition à Reims, dans l’actuel lycée Roosevelt qui abritait alors le Quartier général des Forces alliées (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). La reddition allemande est signée par le maréchal JODL en présence des généraux américains SMITH et EISENHOWER (resté dans son bureau à l’étage), du général français SEVEZ et du général soviétique SOUSLOPAROV, les combats devant cesser le 8 mai à 23 h 01. L’acte signé est purement militaire.


Reims le 7 mai 1945. Le Général JODL signe les documents de la capitulation pour le Haut Commandement de la Wehrmacht. À sa droite, le Major OXENIUS; à sa gauche l’amiral FRIEDEBURG, commandant en chef de la Kriegsmarine ; derrière lui supervisant les signatures, le Major Général STRONG, du SHAEF ; au fond de face, le colonel ZENKOWITCH, aide de camp, Union soviétique.

En face, assis de gauche à droite, Gal. MORGAN, Gal. SEVEZ, Amiral BURROUGH, Gal. BEDELL-SMITH, Lt. CHERNIAEV (interprète), Gal. SOUSLOPAROV, Gal. SPAATZ, Gal. ROBB, Gal. BULL, colonel ZENKOWITCH. Debout derrière le général Sevez et l’amiral Burrough, Cdt. BUTCHER.
La chaise vide située entre le général Bedell-Smith et le général Sousloparov, était celle du général STRONG. Il est resté debout durant toute la cérémonie de la signature. Il a servi d’interprète auprès des plénipotentiaires allemands et leur a présenté l’acte de capitulation à signer. Il est présent sur la photo précédente, debout derrière le général JODL.

 À aucun moment, à Reims, les Français n’ont été associés aux préliminaires qui ont débouché sur la signature de l’acte de capitulation : pas de drapeau français, pas de version française de l’acte de capitulation.

Le général SEVEZ, adjoint du général JUIN, chef d’État-major de l’armée française, qui se trouvait alors aux États-Unis où il représentait la France à la Conférence de San Francisco réunie pour adopter la Charte des Nations-unies, a été convoqué à Reims à la dernière minute. Introduit au dernier moment dans la salle des cartes, le général SEVEZ est invité à signer comme simple témoin ; son nom a été ajouté en bas de l’acte, tapé en hâte avec une autre machine à écrire.

Cette signature provoque la fureur de Staline qui veut que la capitulation allemande soit signée à Berlin, occupée par l’Armée rouge.

Une nouvelle signature a donc lieu dans la nuit du 8 au 9 mai à 0 h 16 heure russe soit à 23 h 16 heure de l’Ouest et donc le 8 mai. La cérémonie se déroule dans une villa de la banlieue Est de Berlin, à Karlshorst, quartier général du maréchal JOUKOV.  L’acte de capitulation a été signé par l’amiral Von FRIEDEBURG et le maréchal KEITEL.

Le maréchal Keitel signe l’acte de capitulation

Cette fois-ci la France était représentée par le chef de la 1ère Armée française, le général de LATTRE de TASSIGNY. En arrivant à Karlshorst, il exige qu’un drapeau français soit joint aux drapeaux américain, soviétique et britannique dans la salle de capitulation. Puis il dut convaincre les Alliés anglo-saxons de le laisser signer au nom de la France. Il fut finalement admis à signer comme témoin, à la demande des Soviétiques, permettant de faire reconnaître la France au rang des pays vainqueurs. L’honneur était sauf.

Le général de Lattre de Tassigny à gauche du général Spaatz,commandant la 8e US Air Force

L’annonce de la capitulation par le Populaire

Les nexonnais qui lisent le journal apprennent que la capitulation sera annoncée ce jour par les chefs alliés, c’est à dire le 8 mai. Les habitants commencent à sortir les drapeaux bleu, blanc, rouge et les accrochent aux fenêtres, ils sortent dans les rues mais c’est surtout le lendemain, le 9 mai, que la foule va envahir les rues…

Le Populaire du mai annonce que la capitulation sera annoncée ce jour.

Le matin du 9 mai la radio d’abord et le journal ensuite, quand il arrive chez les marchands de journaux et encore plus tard chez les abonnés, annoncent que la capitulation allemande a été signée.

Le Populaire du 9 mai annonce que les hostilités ont pris fin à 0h01.

Les délais entre la signature de la capitulation peut sembler long, mais il était nécessaire pour que les ordres soient donnés à toutes les troupes en Europe avant de l’annoncer à la population.

La réaction des nexonnais.

Les enfants se déguisent et défilent dans les rues, les gens se rassemblent discutent, deux petits canons sont amenés devant la mairie et la victoire va être annoncée par des tirs d’allégresse, un bal est organisé sur l’esplanade de la gare.

Mais on peut être surpris de l’absence de manifestation officielle. En fait l’élection du nouveau conseil municipal a eu lieu le 29 avril. Ont été élus :  ABEILLON, BECHADE, BECHADE Germain, BREIX, BUISSON, CHABRIER, CHAUVIER, DESMOULIN, DUDOGNON, LALLET, LARCHER, LATHIERE, MAGNAUD, MENICOT, MOURIER, MONTY, NARDOT, PAULIAT, PERRIARD, PRADEAU, RIVIERE.

Le maire en poste, Roger GAUMY, élu le 22 septembre 1944 après la victoire de la résistance ne se représentait pas et le nouveau conseil ne s’était pas encore réuni pour élire le nouveau c’est lui qui exerce officiellement la fonction de maire.  C’est donc d’une manière spontanée que les choses se passent et que la fête s’organise. Le nouveau conseil se réunira le 18 mai et Mathurin PAULIAT sera élu Maire.

Les drapeaux sortent, les maisons sont décorées, les enfants se déguisent, le canon est sorti et gronde, on danse… LA GUERRE EST FINIE, C’EST LA VICTOIRE…

Madame VIGNERON a réalisé une série de photos qui retracent cette journée.

Ce sont les enfants qui réagissent les premiers. Il n’y a pas encore de drapeaux aux fenêtres qu’ils se déguisent et défilent dans les rues.

Très vite des cortèges se forment. Partant de la gare les enfants suivent l’attelage de René LASPOUGEAS dit « La Gazette » ou « Fléfette ».

Au départ de la gare

Dans le bourg les gens sont sortis et se rassemblent.

A l’angle de la rue Gambetta et de la rue Gay Lussac, la famille PERRIARD.
En face de l’Hotel du Commerce, au bout de la il y a du monde
Place de la République il y a des drapeaux partout, mais pas encore la foule.
devant la mairie, on a trouvé le canon. Il va annoncer la Victoire.

Il n’y a pas de fête sans un bal populaire. Les jeunes en ont été privés puisqu’ils furent interdits. Alors ils se regroupent sur l’esplanade de la gare. On tire également au canon et un bal est improvisé.

Dans les communes voisines c’est la même liesse populaire, comme ici à Meilhac ou s’est rendue une délégation nexonnaise.

Des nexonnais en délégation à Meilhac

A Saint Hilaire les places c’est également la joie de la Victoire.

Le canon tonne aux Places
Autours du monument aux morts

Le 8 mai jour férié et chômé en France depuis 1981

Dès 1946, la France choisi de commémorer la fin des combats de la Deuxième Guerre Mondiale, le 8 mai de chaque année (loi du 7 mai 1946). En 1947 et jusqu’en 1951, la commémoration perd de son importance. Mais les associations d’anciens combattants réclament la reconnaissance du 8 mai comme jour férié et chômé et elles organisent ainsi leur propre manifestation.

L’adoption de la loi du 20 mars 1953 clarifie la situation : le 8 Mai est déclaré jour férié mais non chômé.

En 1959 (décret du 11 avril 1959), dans une logique de réconciliation avec l’Allemagne, le Général de Gaulle supprime le caractère férié de ce jour et fixe la date de la commémoration au deuxième dimanche du mois de mai. Puis le décret du 17 janvier 1968 décrète que le 8 mai sera commémoré chaque année, à sa date, en fin de journée.

En 1975, le président Giscard d’Estaing, dans la lignée du général De Gaulle de se réconcilier avec les Allemands, supprime la commémoration de la victoire alliée de 1945. Cette décision suscite un tollé des associations d’anciens combattants.

En 1981, le président Mitterrand prend le contre-pied de son prédécesseur. Il rétabli la commémoration de la victoire de 1945 le 8 mai de chaque année et en fait du un jour férié et chômé.

On peut noter que ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai bien qu’ils aient de bonnes raisons pour commémorer cet anniversaire. Quant aux Russes, c’est le 9 mai qu’ils célèbrent la capitulation de l’Allemagne, la cessation des combats ayant été enregistrée ce jour-là à Moscou.

Reconnaissez vous cette ferme ? C’est trouvé !

Une famille belge est venue à Nexon cet été et a cherché à retrouver une ferme où leurs parents avaient séjourné en juin 1940 comme réfugiés. Ils n’avaient qu’une photo et un lieur Nexon.

Le secrétariat de la mairie n’a pas pu les renseigner et les a aiguillés vers ce blog.

Je vous montre la photo en espérant que quelqu’un reconnaîtra la ferme ou l’une des personne présente sur la photo.

Merci.

Ça y est, la ferme est reconnue !

Grace à M. DELIAT, président de l’Amicale des aînés, la ferme a été identifiée. Elle est située au Mas Pataud à Janailhac. Monsieur René GIBAUD s’est reconnu sur la photo où figurent ses parents et son oncle. Ils étaient métayers sur la ferme de M. BOUTAUD-LACOMBE où ils sont restés jusqu’au début des années 1960.

En Juillet 1940, Denise PIRAUX épouse ELIS  avait quitté la Belgique envahie pour se réfugier en France avec sa fille Marie-Louise ELIS, Clarisse LUSIAUX et René LUSIAUX âgé alors de onze ans. C’est Geneviève LUSIAUX, la nièce de René LUSIAUX, qui de passage à Nexon en août dernier espérait voir la ferme où sa famille avait séjourné lors de l’exode de juillet 1940.

La ferme a été vendue à la fin des années 1960. La tempête de 1999 a détruit la toiture. Le propriétaire ne l’a pas faite réparer. La végétation a envahi les murs qui s’effondrent.

La ferme en septembre 2018