Archives de catégorie : foires

Les foires à Nexon

En Limousin le réseau de foires s’est mis en place dès le XIIIe siècle. Il s’est développé au cours du XVIe siècle puis à la fin du XVIIe de sorte qu’au XVIIIe siècle aucune paroisse ne se trouvait à plus de 15 km d’un lieu de foire. S’y déroulent les marchés aux bestiaux avec leur saisonnalité : bœufs de harnais au printemps, bœufs gras de novembre à fin janvier, veaux, génisses mais aussi chevaux, porcs, moutons. S’y retrouvent aussi des marchands de tissus et de quincaillerie.

Si elles ont lieu toute l’année elles sont moins actives pendant le carême et durant la période d’intense activité agricole engendrée par les récoltes. Leur date est généralement fixée un jour de la semaine déterminé (3ème vendredi du mois ou le 16 de chaque mois …) ou le jour de la fête d’un saint (Saint Lou …) ou d’une fête religieuse (lundi des Rameaux …).

Dans les années 1760, les 3 départements du Limousin comptent 140 lieux de foires totalisant 958 jours de foires soit une foire tous les 2 mois en moyenne. (Atlas historique du Limousin[1])

Bien avant Nexon c’est Chalus qui avait les foires à bestiaux les plus renommées de la région avec un important commerce de chevaux du Limousin.

1- Quelques décisions du conseil municipal entre 1792 à 1860 :

Le 15 janvier 1792 la Municipalité fut invitée à créer des foires à date fixe, celles existantes alors étant très variables. Elle décida que les foires auraient lieu le dernier mardi de chaque mois, à compter du mois de février pour la vente du bétail et toutes sortes et denrées.

Le 1er novembre 1792 la municipalité décida de donner une plus grande publicité aux foires de Nexon et décide que le citoyen BARDON, imprimeur et commandant de la Garde Nationale à Limoges, fasse une annonce pour ces foires dans son calendrier.

Le 28 thermidor an II (15 aout 1794), le Conseil décide que par suite du nouveau calendrier les douze foires de l’année qui se tenaient le dernier mardi de chaque mois auraient lieu, à compter de ce jour, tous les 21, sauf celle de janvier, Pâques, septembre qui seront en plus à date fixe. Cette décision sera publiée dans le calendrier des foires du sieur Jean BAUDOUT, imprimeur, et 150 exemplaires de ce calendrier des foires seront distribués.

Le calendrier révolutionnaire en transformant le mois qui était composé de quatre semaines en trois décades a posé des problèmes pour la fixation du jour des foires et marchés. Les villes comme Chalus qui avaient un marchés hebdomadaires en perdaient un chaque mois. Mais les habitudes furent souvent les plus fortes et les marchés continuèrent à se tenir aux dates anciennes en ignorant le calendrier révolutionnaire.

Le 10 Germinal an III (30 mars 1795), jour de foire à NEX0N, les sieurs Gabriel LA VAREILLE et Pierre MONTAZEL étaient venus acheter des bœufs pour l’approvisionnement de l’armée d’Italie. Les paysans refusèrent de livrer les bêtes sans être payés sur le champ malgré les protestations des acheteurs qui promettaient un paiement sous un mois.  

Le 13 décembre 1805 le ministre de l’Intérieur approuve le calendrier des foires sur l’ensemble du territoire. Dans le tableau que dresse Louis TEXIER-OLIVIER préfet de la Haute-Vienne du département de la Haute-Vienne en 1807 il publie la liste des foires du département[2]. On constate qu’à Nexon 6 foires sont autorisées contre 12 à Saint-Yrieix et Saint Germain et 7 à Chalus.

Les foires en Haute-Vienne en 1805

[1] http://www.unilim.fr/atlas-historique-limousin/wp-content/uploads/sites/19/2015/11/notice-foires-18eme-V3.pdf

[2] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85050c/f548.item

Si l’on compare au nombre de foires qui se tenaient avec avant ce texte, ce calendrier est très restrictif. Mais les communes ne le respectaient pas à la lettre ce qui amenait le préfet à rappeler la règle aux maires.

Le 19 aout 1821 le Conseil est saisi par la commune de Chalus d’une demande d’établir de nouvelles foires. Le conseil décide, dans l’intérêt du commerce, de rejeter cette demande aux motifs :

– que la ville de Chalus a déjà un marché tous les vendredis

– qu’il y a déjà trop de foires qui tombent le même jour

– que ce grand nombre de foires porte un préjudice réel à l’agriculture, que beaucoup d’individus n’y vont que par curiosité et qu’ils remplissent les cabarets, font des ivrognes, ont des disputes et souvent se battent au lieu de travailler leur propriété.

Le 17 juillet 1836 le conseil proteste contre la création de nouvelles foires à Châlus, Saint Yrieix et Flavignac qui tomberaient en même temps que celles de Nexon.

Le 17 mars 1841 le conseil examine une demande de foire de la commune de Magnac Bourg. Il décide que ces foires ne pourront se tenir le 18 septembre car le 18 se tient à Nexon, depuis un temps immémorial, la plus grande, la plus brillante et la plus considérable des foires du département.

Le 15 mars 1848, le Maire décide que pour éviter les accidents les jours de foire la répartition du bétail se ferait comme suit : sur les deux places neuves et de la Chapelle les bœufs, moutons, brebis et cochons. Sur la place de l’Eglise les autres bestiaux, les étalagistes et autres marchands.

Le 23 novembre 1854 Le conseil donne un avis favorable à la création de foires à la Roche l’Abeille et Château Chervix.

Dès les années 1850 quelques grands propriétaires, Charles de Léobardy, Pierre-Edmond Teisserenc Bort et plus tard le baron de Nexon se lancent dans l’amélioration de la race bovine Limousine. Leurs efforts aboutissent en 1886 à la création du herd-book limousin. Après la charolaise la limousine devient ainsi la seconde race bovine française à avoir son herd-book. Les métayers en copiant les méthodes de leurs maîtres ont largement contribués à l’expansion de la race. Les concours, les comices agricoles se sont développés (celui de Nexon en 1877 -voir le chapitre sur ce sujet), les foires se sont multipliées, les expéditions vers les grandes métropoles comme Lyon et Saint Etienne ont contribués à la forte demande de viande bovine limousine.

2- Les foires de Nexon vont bénéficier de l’arrivée du chemin de fer.

La mise en service de la ligne Limoges-Périgueux le 26 aout 1861 va donner à la foire de Nexon une importance qui va durer pendant un siècle. L’effet de la gare sur l’activité économique c’est fait sentir dans les quinze jours qui ont suivi l’ouverture de la gare de Nexon. Ainsi une vente de 46 chevaux de 9 bovins, de porcs et de volailles de race est annoncée à l’arrivée des trains venant du Nord et du Midi.

Le Courrier de Centre 7 septembre 1861

Si le chemin de fer permet d’envoyer, relativement rapidement, dans toute la France des animaux, du kaolin ou de la porcelaine réciproquement Nexon peut bénéficier de produits venant de toute la France voire du monde entier. Ainsi un dépôt de charbon s’est ouvert à Nexon dès 1861 chez M. GIZARDIN.

Le Courrier de centre 7 septembre 1861

La compagnie du Paris-Orléans a très vite compris que les foires drainaient de nombreux voyageurs et de ce fait elle proposait des tarifs spéciaux pour ces jours-là.

Le Courrier du Centre 8 octobre 1862

La mise en service de la ligne vers Saint Yrieix la Perche le 20 décembre 1875 va conforter l’importance des foires de Nexon et faire de la gare un centre d’activité avec plusieurs hôtels et restaurants.  A contrario Chalus patira du fait de n’avoir pas un embranchement direct vers les grandes métropoles. Dès la fin de la Première mondiale l’activité des deux foires de la Saint-Georges (23 avril) et de la Saint-Michel (30 septembre) déclinèrent.

Lors de chaque foire à Nexon ce sont plusieurs centaines de bovins qui sont proposés à la vente. Mais si les bovins représentent l’activité la plus voyante des foires de Nexon il ne faut pas oublier les porcs, les moutons …

Mars 1878
Le Courrier du Centre 19 mars 1881
Le Courrier du centre 19 novembre 1892

Avec l’ouverture de la ligne Nexon – Brive ou les toucheurs de bétail, les marchands de bestiaux de la Corrèze demandent que ceux qui conduisent les bovins avec un aiguillon bénéficient du transport gratuit sur les lignes de leur département comme c’est le cas en Haute-Vienne :

En 1897 un marché aux volaille est créé à Nexon, il vient s’ajouter aux échangent qui s’opèrent lors des foires pour ces divers animaux comme on le constate sur l’article consacré à la foire du 16 mai 1898.

Le Courrier du centre 15 octobre 1897

La gare de Nexon bénéficie d’un emplacement rare, au croisement de 3 lignes directes vers 3 grands marché, Limoges, Brive et Périgueux. De ces 3 villes les productions nexonnaises peuvent facilement s’écouler au Nord et au sud de la France.

Le Courrier du Centre 19 mai 1898

Les centaines de bêtes qui sont expédiées à Lyon ou Saint-Etienne nécessitent de 30 à 50 wagons. Cela prend du temps pour embarquer les animaux. Les dernières bêtes sont chargés alors qu’il fait déjà nuit et certains paysans doivent marcher une heure et souvent plus pour rentrer chez eux.

Dès 1896 le Conseil municipal demande que le quai d’embarquement soit agrandi et qu’un nouveau quai soit construit. En 1904 M. NOUHAUT, député, et plusieurs de ses collègues appuient la demande du Conseil municipal.

Conseil Général de la Haute-Vienne 1904

La Première Guerre mondiale et l’arrivée des soldats américains à partir de 1917 ont conduit à d’importants travaux à la gare de Nexon (voir le chapitre « Les américains à Nexon ») mais il faut croire que ce ne fut pas suffisant pour les jours de foire puisqu’en 1930 M. DEBREGEAS a une nouvelle fois demandé au Conseil général d’aménager de nouveaux quais d’embarquement.

Conseil général 15 mai 1930

Il faut imaginer la descente vers la gare de centaines d’animaux, les jeunes veaux et les génisses liés à leur mère afin de les maitriser. Une fois les bêtes embarquées un certain nombre d’éleveurs et de marchands s’attablent dans les trois cafés-hôtel-restaurant du quartier de la gare. Dans le bourg les restaurants ne travaillent pas aux mêmes horaires. Une fois la vente conclue éleveurs et marchands se retrouve dans les restaurants situés autours du champ de foire et de la place de l’église pour un copieux casse-croute.