Archives de catégorie : famille

Henri JABET (1871-1958), résidant au château du Plantadis, cavalier émérite, 6ème d’un raid de 750 km…

L’annuaire DUMONT de 1905 recensait 8 châteaux à Nexon parmi lesquels le château du Plantadis à M. JABET et un second à Mme Veuve FOUREST. Aujourd’hui on ne les considèrent plus comme des châteaux mais comme manoir, gentilhommière ou maison bourgeoise.

Annuaire DUMONT 1905

Je vais m’intéresser à la famille JABET. On en trouve trace lors du recensement de 1901. Henri JABET a 30 ans et il est déclaré comme rentier. Son épouse Gabrielle DECHABACQUE a 28 ans et ils ont deux enfants, Henriette qui a 5 ans et Robert 4 ans. Une servante, Madelaine MAZAUD âgée de 19 ans vit avec eux.

Recensement de 1901

Henri JABET est né le 15 mars 1871 à Bordeaux. Il est l’ainé de cinq enfants, son second a vécu trois jours, puis Léon (1873 – 1931), Marthe (1874 – 1961) et Albert (1878 – 1941). La famille JABET était une famille de commerçants de Limoges.

Leur ancêtre, Jean Baptiste Joseph JABET (1732 -1798) était négociant. Il a présidé le Tribunal de commerce de Limoges vers 1785 et sa fortune lui a permis d’acheter le fief de COYOL (Couzeix) à la famille de sa femme. Il a eu 6 enfants et parmi sa descendance (5ème génération) on trouve Henri JABET. Son grand père, Siméon JABET (1805 – 1869), a épousé Clara CLOUET de PIETTRE, sœur de Clarisse CLOUET de PIETTRE qu’avait épousé son frère ainé Jean Baptiste (1799- 1890). L’histoire des CLOUET de PIETTRE est passionnante mais sort du cadre de cet article. Disons simplement que c’est une famille franco-espagnole qui joua un rôle important en Louisiane, immense Province française devenue espagnole avant d’être achetée par les Etats-Unis. L’un d’entre eux, Louis CLOUET a acheté un hôtel particulier à Bordeaux. De ce fait les familles JABET, qui ont eu de nombreux enfants, se sont épanouies à Limoges et à Bordeaux. Il n’est donc pas étonnant de voir qu’ Henri JABET soit rentier à 30 ans. Il avait épousé Gabrielle de CHABAQUE le 31 juillet 1895 à Panazol.

Extrait du registre des mariages ADHV

La liste des témoins permets de constater que les mariés appartiennent à la fois à la bourgeoisie bordelaise et limougeaude puisqu’on y trouve le vicomte Louis de CLOUET, Alfred PETINIAUD, Louis BRIGUEUIL ancien président du tribunal civil de Lyon, maire de Saint Just, Ludovic de PLAS, capitaine d’infanterie…

Extrait du registre des mariages ADHV

Lors du recensement de 1901 Henri JABET et son épouse sont au Plantadis avec leurs deux premiers enfants Henriette et Robert. Henriette est née le 22 juillet 1896 à Panazol ou résidait alors la famille tandis que son frère Robert est né le 16 octobre 1897 au château de Maumont à Juignac en Charentes.

En 1901, le 20 octobre au Plantadis nait le troisième enfant de la famille, Joseph – Michel dont les témoins sont les barons Armand et Félix de Nexon. Ceci montre les relations qui existaient entre ces deux familles qui se retrouvaient aux courses, à la chasse…

Extrait de naissance de Joseph Michel JABET au Plantadis ADHV

Au recensement de 1906 la famille est encore au Plantadis mais on ne trouve pas mentionné le jeune Joseph Michel. Il n’y a plus de servante à domicile.

Figurent également un domestique et plusieurs propriétés cultivées par des domestiques et un colon aux nombreux enfants.

recensement 1906 le Plantadis ADHV
recensement 1906 Le Plantadis ADHV
recensement 1906 Le Plantadis ADHV

Entre 1900 et 19010 Henri JABET occupe son temps a gérer ses propriétés, à élever ses chevaux et ses chiens et à participer à des courses et des concours. Il figure aux palmarès de compétitions hippiques pour gentlemen, à des raids militaires, à des tirs aux pigeons… Henri JABET monte des chevaux du baron de Nexon

1902 Le Courrier du Centre 28 aout
1904 Le Courrier du Centre 24 mai
1905 Gil Blas 27 juillet

Ce qui me frappe le plus dans la vie de Henri JABET c’est sa participation aux raids hippiques sur des très longues distances, plus de 500 km. Il était lieutenant de réserve. C’était une spécialité militaire à une époque ou la cavalerie était l’arme essentielle et noble des armées. En lisant les discours des généraux lors des remises des prix aux vainqueurs je suis surpris de leur manque de lucidité lorsqu’ils pensent que la qualité des chevaux et de leurs cavaliers permettront à la France de gagner les futures batailles.

Henri JABET a raconté les 750 km qu’il a parcouru de Biarritz à Versailles en 8 jours en avril 1913, la connaissance de son cheval, les soins qu’il lui donne … Son allure est précise, trot cadencé de 250 par minute avec alternance de temps de trot et de pas; A la fin du parcours il pousse sa jument à un rythme de 17 km/h avec des stimulants étonnants : du lait sucré et 2 bouteilles de champagne. Sur les 80 cavaliers du départ il a terminé à la 6ème place. C’était une référence dont il était fier et il entretenait sa forme en participant régulièrement à des raids de plusieurs centaines de kilomètres.

Henri Jabet a dilapidé sa fortune dans les courses. Le Plantadis a été vendu. Je n’ai pas terminé mes recherches mais je souhaitais rappeler les exploits de ces hommes capables de vivre des journées entières avec leurs chevaux. C’était une autre époque. Si vous avez des documents sur la famille et sur les successeurs au château, n’hésitez pas à me laisser un commentaire.

Edmond COUVIDOUX, sellier

L’achat d’un carton publicitaire m’a fait revenir sur le sellier-bourrelier de la place de l’église avant 1914.

On trouve aux recensements de 1896 et 1906 Emile COUVIDOU, sellier.

Emile COUVIDOU est né le 1er septembre 1876 au Vigen. A l’état civil son premier prénom est François mais comme son père s’appelle lui aussi François on l’appellera Emile.

Au recensement de 1911 les COUVIDOU sont toujours à Nexon mais ils sont recensés avec la famille QUINQUE. Les deux familles sont alliées depuis 1885, année ou Maria COUVIDOU, sœur ainée d’Emile, a épousé Jean QUINQUE.

Recensement de 1911 – Archives départementales de la Haute-Vienne

Je possède une facture de COUVIDOU sans prénom comme fabricant de cercles. Il n’y a pas de prénom mais il s’agit de François, le père, âgé de 84 ans. En effet sur le registre de l’Etat Civile du Vigen, pour l’enregistrement vde la naissance de son fils François il déclare comme profession « cercleur ».

J’ai parlé rapidement de la famille COUVIDOU lors du chapitre consacré à la place de l’église , côté nord n° de 1à4, https://etsinexonmetaitconte.fr/wp-admin/post.php?post=5713&action=edit

Revenons à son fils François dit Emile. Il est né le 1er septembre 1876 au Vigen.

Acte de naissance de François COUVIDOU – Archives départementales de la Haute-Vienne

Sur sa fiche militaire son nom est écrit comme à l’Etat Civil et son prénom est François, ce qui est normal!

Cette fiche militaire nous renseigne sur son parcours.

Il effectue ses 3 ans de service militaire à partir du 16 novembre 1897 au 20e Dragons. Une fois libéré de ses obligations militaires il s’installe comme sellier à Nexon, fort de l’expérience qu’il a acquise à l’armée.

A Nexon il profite de présence du haras pour se spécialiser dans les selles. C’est ce qui l’amène a faire éditer une carte commerciale que je viens d’acquérir. Avec surprise il écrit son nom avec un X, COUVIDOUX. est une volonté de sa part ou une erreur de l’imprimeur ?

L’intérieur est écrit en français et en anglais, sans doute parce que des jockeys anglais sont dans l’écurie de course du baron de Nexon.

DRANEM devait être connu en 1900 mais je n’en trouve aucune trace aujourd’hui.

En 1914, comme beaucoup de garçons, il est touché par la guerre. Il est mobilisé le 28 novembre 1914 au 21 régiment d’artillerie de campagne qui se trouvait alors en Champagne. Le 17 janvier 1915 il est mis en sursis d’appel chez M. ROUDEAU, sellier à Périgueux. Ce dispositif était destiné à renvoyer des soldats dans des entreprises qui manquaient de main d’œuvre du fait de la mobilisation et dont la production était indispensable à la Nation. C’était le cas des selliers lorsque la cavalerie représentait une arme importante lors des conflits. Mais la puissance des armes de feu, fusils, mitrailleuses, canons… rendu la cavalerie très vulnérable et a conduit a leur remplacement progressif par les blindés. Emile COUVIDOU était plus très utile comme sellier que comme cavalier. Il est donc resté à Périgueux jusqu’au moment ou une indiscipline dont on ne connait pas la nature le fasse revenir dans son régiment, le 27 novembre 1916. Au début de l’année 1917 le 21e R.A. participe aux différentes offensives contre les lignes allemandes et au mois de novembre il est envoyé en Italie près du lac de garde et de Vérone. Il décède le 3 juillet 1918 à l’Ambulance B/2 à Vérone des suites d’une maladie. Était-ce la grippe espagnole dont les ravages ont débutés en mars ?

Emile COUVIDOU est mort et la boutique du bourrelier-sellier à été détruite. A quelle date précise ?

Les prénoms donnés aux enfants à Nexon en 1892 et en 2020 : de la conformité à l’originalité.

En 2018, Jérôme Fourquet publie « L’Archipel français » , dans lequel il constate ce qu’il appelle une «archipelisation» de la France. Aux clivages binaires qui l’ont structurée pendant des siècles, ruraux/urbains, monarchistes/républicains, droite/gauche… se substituent un émiettement des groupes et une individualisation croissante. Il prend, entre autres, l’exemple des prénoms et montre la disparition progressive des prénoms judéo-chrétiens et leur remplacements par des prénoms anglo-saxons et arabo-musulmans.

J’ai cherché à vérifier son constat sur les prénoms donnés aux enfants nés à Nexon en 1892 et 2020. Si la quasi disparition des prénoms d’origine judéo-chrétienne et leur remplacement par des prénoms anglo-saxons est vérifiée on ne trouve pratiquement pas de prénoms d’origine arabo-musulmane.

Au constat de l’évolution dans le choix des prénoms s’ajoute celui du nombre annuel des naissances. De 1884 à 1914 le nombre annuel des naissances baisse régulièrement. Il passe de 86 en moyenne pour la période 1884 -1900, on tombe à 69 entre 1901 et 1913. Et depuis la fin du baby-boom, à la fin des années 1970, le nombre de naissance annuel est tombé à moins de 30 avec 26 naissances en 2019 et 25 en 2020.

Signalons un autre phénomène, sans effet apparent sur le choix des prénoms, mais qui permet de comprendre la prolifération des prénoms sans lien avec les traditions familiales. Jusqu’au début des années 1950 la presque totalité des naissances s’effectuait au domicile des parents. A la fin de cette décennie plus de la moitié des mamans accouchaient dans une maternité, soit à Limoges soit à Saint Yrieix. Ainsi en 1961 sur 27 naissances, 16 ont eu lieu en maternité et 11 au domicile. Lorsque la déclaration de l’enfant à l’Etat Civil s’effectuait à la mairie du domicile familial on peut penser que les grands parents ont pu parler avec les jeunes parents et suggérer que le prénoms d’un anciens soit donné, souvent celui du parrain pour les garçons et celui de la marraine pour les filles. Ce n’était pas toujours le premier prénom mais le deuxième ou le troisième quand il y en avait plus de deux. A la maternité, l’éloignement des grands parents ne fait plus peser le poids de ces traditions sur les épaules des jeunes parents. Ce poids familial était encore plus lourd lorsque la jeune maman venait passer les derniers jours de sa grossesse au domicile de sa mère, l’officier de l’Etat Civil précisant le domicile réel des parents et ajoutait  » la mère étant chez ses parents ou elle a fait ses couches ».

Les prénoms des enfants nés à Nexon en 1892.

80 enfants sont nés à Nexon en 1892. Quatre d’entre-eux étaient des enfants naturels qui ont été reconnus par leur mère en moyenne huit jours après leur naissance, c’est à dire dès que la mère a pu se rendre à la mairie pour accomplir cet acte.

Sur ces 80 naissance on comptait 47 garçons et 33 filles. Ces chiffres sont conformes aux constats des démographes qui dénombrent plus de naissances de garçons que de filles.

Pour les 47 garçons, 17 prénoms ont été utilisés. Dans ce calcul nous avons compté ensemble tous les « Jean » dans la mesure ou il n’est pas facile de vérifier sur le document d’Etat-Civil s’il y a un trait d’union entre « Jean » et le prénom suivant. Pour mon cas personnel mon prénom habituel est « Jean-François » mais pour mes papiers, l’officier d’Etat-Civil m’a fait remarquer qu’il n’y avait pas de tiret entre Jean et François et de ce fait sur ma carte d’identité je m’appelle Jean, François…

En prenant en compte ce mode de calcul 12 garçons s’appellent Jean , soit un quart (25,5%) de ce groupe. On trouve ensuite 6 Léon, 4 François, Léonard et Pierre … de sorte qu’avec 5 prénoms on été nommés près des deux tiers des garçons, (63,8%) et 83% avec 8 prénoms.

Le constat est encore plus marqué pour les filles. En appliquant pour Marie la même règle que celle utilisée pour Jean nous constatons que sur les 33 filles nées en 1892, 17 se prénomment Marie, soit un peu plus que la moitié d’entre elles. 5 prénoms ont suffit pour nommer les trois quarts des filles.

Les prénoms des enfants nés à Nexon en 2020

Il est sans doute abusif de parler des enfants nés à Nexon puisqu’aujourd’hui la presque totalité des enfants naissent dans une maternité. Ils sont de ce fait déclarés à l’Etat civil du lieu ou se trouve la maternité mais celle-ci transmet l’information à la mairie où sont domiciliés les parents.

Ainsi en 2020, 25 enfants sont nés de parents habitant à Nexon. Il y avait 14 filles (56 %) et 11 garçons (44%). Cette proportion ne correspond pas aux chiffres nationaux pour lesquels on constate qu’il nait en moyenne 104,5 garçons pour 100 filles. On retrouve ce ratio « naturel » dans la plupart des pays du monde.

En 2019, à Nexon l’écart entre le nombre de garçons et celui des filles à la naissance était encore plus grand. En effet il était né 26 enfants dont 16 filles (61,5 %) et 10 garçons (38,5%).

A la différence de ce que l’on constatait dans la France du 18ème et du début du 20ème siècle presque tous les enfants portent un prénom différent. En 2020 seuls deux garçons ont le même prénom, Antoine. En 2019 les 26 enfants ont un prénom différent.

Les prénoms donnés à Nexon sont-ils différents de ceux que les Français ont choisi pour leurs enfants en 2020 ?

Le classement des prénoms les plus donnés en France en 2020 publié par l’INSEE permet de constater que Nexon ne suit pas les tendances nationales. Est-ce du à des caractéristiques socio-économiques, à l’âge des parents ?

Quelles qu’en soient les raisons on constate qu’aucun des 11 jeunes garçons de Nexon porte l’un des 10 prénoms les plus donnés en 2020 et que seules 2 filles ont un prénom qui figure dans cette liste : Lina et Chloé.

Cette individualisation des prénoms rendra la tache plus facile pour les généalogistes dans les années futures. Ils ne trébucherons pas comme c’est le cas aujourd’hui quand on trouve dans une famille que le grand-père, le père et le fils se nomment tous Pierre, Jean ou François. On comprend pourquoi jusqu’au milieu du 20 ème siècle il y avait autant de surnom.

Pour aller plus loin:

« Léonard, Marie, Jean et les autres : les prénoms en Limousin depuis un millénaire » Louis Perouas, Bernadette Barriere, Jean Boutier, Jean-Claude Peyronnet, Jean Tricard et le groupe Rencontre des historiens du Limousin. Paris : Editions du Centre national de la recherche scientifique, 1984. In-8°, 229 pages

La place de l’église, entrée Ouest, la maison « Boutaud-Lacombe ».

Jusqu’au début des années 1950 la place de l’église, pour beaucoup de nexonnais, commençait à l’angle de la rue d’Arsonval. L’immeuble qui aujourd’hui porte le numéro 1 de cette rue était considéré comme situé place de l’église. Il faut dire que le débouché de la rue d’Arsonval sur la rue Victor Hugo ne figure pas sur le plan cadastral rénové de 1956. Sur ce plan la place de l’église est tracée comme elle l’était sur le plan napoléonien de 1817. Les rénovations portent principalement sur la construction de la gare et des vois ferrées.

En jaune , la rue d’Arsonval

Partons donc de l’immeuble qui fait l’angle de la rue d’Arsonval et de la rue Victor Hugo et qui porte le numéro 1 de la rue d’Arsonval. Cet immeuble est connu de tous car c’est un bel immeuble, imposant. Le parc à l’arrière n’a sans doute le même lustre qu’il avait lors de la construction de l’immeuble. Le garage en brique en son milieu le lui a fait perdre.

Lors du recensement de 1886 l’immeuble, recensé place de l’église, est occupé par la famille de M. Louis BOUTAUD-LACOMBE notaire.

Recensement de 1886 – ADHV

Louis BOUTAUD-LACOMBE est né le 9 juillet 1837 à Bourganeuf (Creuse) d’une famille de propriétaires terriens. Il s’est marié le 19 janvier 1864 (mardi) à Nexon avec Léonide-Eudoxie CUBERTAFON (1843-1929), fille d’Arnoul CUBERTAFON (1797-1871) notaire et maire de Nexon de 1830 à 1848. Après son mariage Louis BOUTAUD-LACOMBE va succéder à son beau-père comme notaire.

Au moment du recensement leurs deux enfants, Albert, né en 1864, et Marthe, née en 1867, vivent au domicile de leurs parents. Une servante vit avec eux.

La famille CUBERTAFON habite dans l’immeuble voisin qui, alors, est référencé rue Neuve :

Recensement de 1886 – ADHV

D’un style différent, moins massif, avec des lucarnes ouvragées, il bénéficie d’un vaste parc donnant sur la place de la république.

La maison « CUBERTAFON » avec ses lucarnes ouvragées

Les deux immeubles sont reliés par un garage qui aurait été construit après l’alliance entre les deux familles consécutifs au mariage de leurs enfants.

Au recensement de 1891, Marthe BOUTAUD-LACOMBE ne vit plus avec ses parents. Elle a épousé le 4 juin 1889, Jean Baptiste SAZERAT, négociant à Limoges. Albert, son grand frère est clerc dans l’étude de son père dont il prendra bientôt la suite. Avec eux vit un jeune couple de domestiques.

Recensement de 1891 – ADHV

En 1896, la maison BOUTAUD n’est plus recensée place de l’église mais rue Neuve. Louis BOUTAUD-LACOMBE a cédé son office de notaire à son fils Albert. Ce dernier a épousé en 1892 Marthe BARBE, la fille d’un propriétaire foncier dont le grand-père était notaire à Châteauneuf. Le couple n’aura pas d’enfants et Marthe décèdera à 41 ans, le 1er novembre 1914. La famille emploie un couple de domestiques qui a un jeune enfant.

Recensement de 1896 – ADHV

En 1901 la composition de la famille n’a pas changé et elle a gardé le même couple de domestiques dont le fils a maintenant 14 ans. Et en 1906 le fils des domestiques qui a maintenant 19 ans ne vit plus avec ses parents.

En 1908, le 7 mars, Louis BOUTAUD-LACOMBE décède. Il a 70 ans.

Au recensement de 1911 la famille est réduite à 3 personnes mais elle conserve toujours le couple de domestiques à son service.

Recensement de 1911 – ADHV

Le 2 novembre 1914 Marthe BARBE, épouse d’Albert BOUTAUD-LACOMBE décède à Limoges. Comme famille, Albert n’a plus que sa mère. Il n’a pas eu d’enfant, sans doute pour combler ce vide, il va se lancer dans la gestion des affaires communales. Il est élu maire en novembre 1919 et il le restera jusqu’en 1942.

Au recensement de 1921, Albert BOUTAUD-LACOMBE vit avec sa mère âgée de 75 ans et leur fidèle couple de domestiques. C’est la même situation en 1926. Notons pour ce recensement de 1926 un changement pour la maison voisine qui n’est plus occupée par les CUBERTAFON mais par le Docteur JUMEAUX-LAFONT. Originaire de Tulle il s’est marié à Limoges en 1922 et il est venu ensuite s’installer à Nexon ou leur fille Monique est née en 1926.

Recensement de 1921 – ADHV

Mme BOUTAUD-LACOMBE mère décède le 29 mars 1929 et c’est son fils qui, en temps que maire, signe l’acte de décès :

A partir du décès de sa mère, Albert BOUTAUD-LACOMBE va rester seul dans sa vaste maison. Il va changer de domestiques lorsque les DESBORDES qui sont de la même génération que lui vont dépasser les 60 ans et au recensement de 1936 il a comme domestiques le couple MAZEAU et leur fils âgé de 9 ans.

Recensement de 1936 – ADHV

M. BOUTAUD-LACOMBE sera réélu maire en 1935 et nommé pour un 4ème mandat en 1941 jusqu’à ce qu’il soit révoqué en 1943. Il décède le 7 mars 1960 âgé de 95 ans. Il sera resté veuf pendant 46 ans, maire de Nexon pendant 23 ans.

La maison va être ensuite vendue à M. PASQUET qui y installe son magasin à l’enseigne « TELE RADIO ».

Magasin « TELE RADIO »

Puis, à partir du 1er juillet 1981, Patrice LISSANDRE ouvre son magasin Photo-Ciné au nom de « Studio Luc ».

L’immeuble est ensuite acheté par M et Mme MANHES. Il n’y a plus de commerce au rez de chaussé mais des appartements. Après le décès brutal d’Alain MANHES en septembre 2012 par alors qu’il n’avait que 66 ans, l’immeuble sera mis en vente et racheté par M et Mme BONNAUD et loué en appartements.

Pour reprendre les derniers commentaires …

L’auteur du blog sur Saint Yrieix la Perche nous invite à regarder plusieurs sites qui traitent du barbichet, ceci pour actualiser le chapitre que j’ai consacré au barbichet le 6 novembre 2017 : http://etsinexonmetaitconte.fr/wp-admin/post.php?post=2363&action=edit

Il commence par une photographie qui lui donne la nostalgie du barbichet : https://saintyrieixlaperche.wordpress.com/2020/12/27/jai-la-nostalgie-du-barbichet/

Puis il nous donne l’adresse de deux sites limousin qui consacrent un article au barbichet

L’eicolau dau barbichet : https://eicoladaubarbichet.jimdofree.com/costumes/

Lou rossigno do limouzi : http://www.lourossignodolimouzi.fr/le-barbichet/

Un autre correspondant m’a envoyé des photos en me demandant si elles correspondaient au domaine de La Vigne appartenant à la famille MAZEAUD. Ayant eu par M. jacques MAZEAUD que certaines avaient bien été prise à La Vigne j’en extrait deux ou l’on voit le groupe des servantes en costume limousin, devant la maison, dans les années 1880-1890, les photos ayant été tirées de plaques photographiques.

L’article sur La Vigne et les MAZEAUD a été publié le 10 mars 2019 : http://etsinexonmetaitconte.fr/wp-admin/post.php?post=3213&action=edit

Hommage au Docteur Rose FORGERON (1926-2020)

Quelle ne fut pas ma stupeur en lisant mon journal de voir l’avis d’obsèques de Rose FORGERON. Depuis quelques semaines je sentais bien que la fatigue prenait le dessus mais j’étais loin de penser à une fin aussi rapide.

J’ai pris contact avec Rose FORGERON à la suite de ses commentaires sur mon site. J’ai découvert alors une personne passionnée par l’histoire de Nexon, soucieuse de l’exactitude des faits et attachée à la « vérité historique ». Après quelques échanges par mail et par téléphone elle m’a invité à lui rendre visite, chez elle, à Limoges.

C’était un véritable plaisir de passer quelques heures avec elle. Lors de ma première visite je n’ai pas été surpris lorsque je l’ai vue. La ressemblance avec sa mère était frappante, même physique, même autorité naturelle. L’autorité de sa maman avait marqué tous les gamins de Nexon qui, quelques sous en poche, allaient faire un tour dans le bazar de Madame VIGNERON, véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle on trouvait toujours quelque chose, ne serait-ce que quelques minutes de rêve. L’autorité de sa fille se lisait dans son regard et dans ses mots. Elle était le fruit de ses connaissances et de sa mémoire. Plusieurs fois elle a corrigé des erreurs que j’avais faites dans les prénoms de personnes qu’elle connaissait bien ou lorsque je lui posais une question et qu’elle me répondait « je vous l’ai déjà dit ».

J’ai aimé ces moments où, assis dans la cuisine plutôt que dans le salon pour profiter de la table ou il était facile d’étaler cartes postales, photos et vieux papiers. A chacune de mes visites elle avait préparé des documents. Conservatrice elle avait de nombreux albums, boites, cartons remplis de documents hérités de sa famille et enrichis par ses soins. Sa maman était une des rares nexonnaise qui dès les années 1930 possédait un appareil photo. Dépositaire de presse elle avait fait éditer des cartes postales et conservait des clichés des événements marquants comme les ostensions, les fêtes et bien sur la Libération. Je n’ai pas eu le plaisir de tout voir car elle en a beaucoup prêté, en particulier les ostensions et elle ne les pas tous revus. Cela la contrariait beaucoup.

Le temps passait toujours trop vite mais la pause-café était toujours la bienvenue au cours de ces moments studieux, elle me permettait de changer de sujet.

Désireuse de perpétrer la mémoire des anciens commerçants de Nexon elle a retracé toute l’histoire des commerces dans les rues principales de Nexon. Je n’avais plus qu’à illustrer, compléter. Ses lettres étaient toujours d’une belle écriture, très lisible, au contraire des ordonnances de beaucoup de médecins aujourd’hui, sans ratures tellement elle avait cherché avant d’écrire. Elle a commencé par la rue Gambetta, ancienne rue du Nord, la rue ou elle est née en 1926. Elle commence par dire qu’elle est heureuse d’être née à Nexon et cela se sentait dans ses propos. Elle voulait que Nexon soit mise en valeur et pour elle mon blog y contribuait. Mais elle ne recherchait rien pour elle, elle me disait « ne parlez pas de moi ». Par contre elle aimait dire des personnes qu’elle connaissait « c’était ma petite camarade ». Elle a insisté pour que la municipalité rende hommage à l’une d’entre elles, Lucienne LELONG. A son décès, comme elle n’avait pas eu d’enfant, elle a fait don de son patrimoine à la commune qui parlait alors de l’héritage MARCOFF. Elle n’aimait pas que seul le nom du Docteur MARCOFF soit associé à la médiathèque construite grâce à ce don. Elle m’a demandé d’utiliser mon site et de contacter le maire pour que le nom de Lucienne LELONG soit associé au nom de son mari puisque la plus grosse partie de leur fortune immobilière venait des propriétés dont elle avait hérité de son père, le docteur LELONG. Elle a été satisfaite lorsque la réalisation de l’« Espace LELONG-MARKOFF » a rétabli ce qu’elle considérait comme la vérité historique. C’est ce côté « battante » qui m’a beaucoup frappé et qui m’a rappelé sa mère, une des rare femme résistante à Nexon.

Depuis quelque temps je lui avait dit qu’en 2020 j’écrirai sur la période 1940-1945, 80 ans s’étant écoulés depuis les événements dont il a toujours été difficile de parler à Nexon. Elle a donc commencé à rassembler ses souvenirs mais dans son dernier mail, le 9 août, elle m’écrivait « J’ai essayé d ‘écrire quelques pages sur la guerre 1939-1945, je n’y arrive pas, çà me rappelle trop de mauvais souvenirs ». C’est en pensant à elle et à tous ceux qui ont vécu ces moments douloureux que j’écrirai sur cette période.

Au début de l’année 2018 une chute ayant entraîné une fracture du col du fémur elle a du être hospitalisée. Cet accident a modifié le style de nos rencontre. Nous correspondions surtout par mail et elle espérait que je puisse rapidement reprendre le rythme de mes visites. Elle ne pouvait plus conduire et venir à Nexon comme elle le faisait régulièrement. Je devais visiter ce qui fut le café de La Promenade et sa grande salle de théâtre, y sentir l’atmosphère des années 1900, parcourir les vieux journaux mais cet accident a changé sa vie…

Elle qui était médecin a très mal vécu son séjour à l’hôpital. Très soucieuse de la relation à l’autre elle a souffert de n’être considérée que comme un cas et non comme une personne. Elle a été choquée que l’on ne voit que la personne âgée alors qu’avant sa chute elle ne pensait pas à son âge tant elle était dynamique et active. Lorsqu’elle m’a écrit : « C’est lamentable ; le manque d’empathie de tout le personnel hospitalier me désespère, on ne voit pas votre maladie, on voit votre âge », elle devait se revoir, jeune médecin de santé scolaire faisant passer les visites médicales aux jeunes élèves. J’ai passé trois visites à Nexon à ce moment là et elle prenait le temps de réaliser un examen complet et pourtant nous étions nombreux, nous les enfants du « baby-boom ». Elle était admirée car, à cette époque, il n’y avait pas beaucoup d’enfant né à Nexon qui soit devenu médecin. Si pour la suite de sa carrière elle a choisi la voie de l’administration de la santé elle restait très attachée à la relation humaine.

Mon carnet de santé avec les visites médicales par le Docteur VIGNERON

Avant d’aller au lycée et de poursuivre ses études en faculté de médecine elle avait fréquenté l’école religieuse. Elle se souvenait de ma mère plus âgée qu’elle de deux ans. Elle m’a donné une photo de sa classe, une des rares ou on la voit car elle n’aimait pas être photographiée. Elle gardait de son éducation religieuse un attachement à l’Eglise. Elle m’a montré des prières que sa mère écrivait pour les cérémonies en l’honneur des soldats américains qui stationnaient à Nexon en 1918 dont certains logeaient chez ses grands parents.

Nexon 15 novembre 1931. Rose Vigneron avec le nœud blanc dans les cheveux

Son parcours scolaire et universitaire a été brillant, comme son parcours professionnel. Il l’a conduit à diriger la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales, la fameuse DDASS dont elle devait être l’une des rare femme directeur. Elle n’aurait pas aimé que j’écrive « directrice », fidèle à la tradition dans laquelle elle a été élevée.

A la tête de la DDASS je suis certain qu’elle a toujours cherché à garder au même niveau le coté sanitaire et le coté social de cette institution. Une fois à la retraite elle a toujours suivi les activités des associations qui s’occupent des « enfants de la DDASS » et assistait à leurs assemblées générales.

Le docteur Rose Forgeron chez elle ( Merci à sa fille, Pascale Forgeron – Sirieix)

Son départ rapide a surpris tout ceux qui la connaissaient. Elle laisse un grand vide et pour paraphraser l’écrivain et historien malien, Hamadou Hampâté Bâ, je dirai qu’avec sa mort c’est une bibliothèque qui a disparu.

Mes condoléances à sa fille Pascale et ses petits-enfants Clément et Eloi.

Une visite au moulin de la Mazaurie.

Le moulin de la Mazaurie figure sur le cadastre napoléonien de 1817, feuille H3, avec cette écriture mais également « Masorie » sur le plan d’assemblage de ce cadastre.

Cadastre napoléonien de 1817, feuille H3 (extrait)
Cadastre napoléonien de 1817, extrait de la feuille d’assemblage

I- L’histoire du moulin

Le moulin de la Mazaurie appartenait à la famille Hébrard de Veyrinas. Il a été donné à bail à Jean VENTOUX le 13 septembre 1752.

En 1775 le Sieur de Veyrinas a vendu le moulin à Suzanne MESNIER, veuve de Jean PRADEAU qui devait être le meunier du moulin.

C’est ensuite Léonard PRADEAU, né vers 1770, qui est meunier à la Mazaurie. Marié avec Marguerite AUTHIER ils ont un fils, Jean PRADEAU qui naît le 25 novembre 1797. Il sera lui aussi meunier. Il épousera Marie BRAGARD (1809-1855) qui lui donnera un fils qu’ils prénommeront également Jean.

Jean PRADEAU naît à la Mazaurie le 23 avril 1836. Il y décédera le 29 janvier 1917 à 81 ans.

Acte de naissance de Jean Pradeau, 23 avril 1836. (Archives départementales de la Haute-Vienne)

 Jean PRADEAU épouse, comme son père, une Marie BRAGARD qui lui donne quatre enfants : Augustine, Jean, François et Thérèse. Jean, le premier garçon a le même prénom que son père et que son grand père. Il est né le 7 octobre 1865 et il prendra la suite de son père au moulin.

Acte de naissance de Jean Pradeau, 7 octobre 1865. (Archives départementales de la Haute-Vienne)

 De son mariage avec Catherine GUILHAT, naîtra le 6 novembre 1889 un garçon qu’ils appelleront Emile.

Acte de naissance d’Emile Pradeau, 6 novembre 1889. (Archives départementales de la Haute-Vienne)

Ce garçon ne prendra pas la suite de son père car l’activité du moulin a dû cesser au moment de la guerre de 1914-1918.

 Après avoir épousé Louise CHATEAU à Quimper en 1912 Emile PRADEAU effectue une carrière militaire qu’il termine avec le grade de capitaine. En quittant l’armée il est nommé greffier en chef au Tribunal de Grande instance de Senlis. Le 10 mars 1933 il est nommé chevalier de la Légion d’Honneur. Il décède à Paris en février 1974.

Le Courrier de l’Oise, 26 mars 1933

Le moulin de la Mazaurie et les terres qui l’entourent étaient convoité depuis plusieurs générations par la famille Mazeaud. En effet l’emplacement sur lequel a été construit la villa de la Vigne a été choisi à cause de la vue qu’il offrait sur le moulin.  La famille craignait que ce moulin soit un jour détruit et remplacé par un hangar ou une hideuse construction. C’en aurait été fini de la belle vue ! Mais Emile est-il décidé à le vendre ? A une date non indiquée, alors qu’il est greffier en chef au TGI de Senlis, il adresse une photo du moulin avec une demande d’insertion de celle-ci dans un journal dont nous n’avons pas le nom.

Emile Pradeau connaissait bien la famille Mazeaud et il ne pouvait pas oublier que les recommandations de Felix, alors Procureur de la République à Lyon, avaient facilité son intégration dans le corps des greffiers. Il consentit d’abord à louer le moulin puis, après bien des manières, il le vend en 1971 à Henri et à ses enfants.

C’est avec Jacques Mazeaud et son fils Denis que je me suis rendu au moulin de la Mazaurie, le 30 juillet 2020.

II- La visite du moulin

Le chemin débouche sur la digue de l’étang. A droite, en contrebas des écuries et le moulin.

Nous traversons et nous nous garons en face d »une grange ancienne avec, devant elle un four à pain en ruine, envahi par la végétation.

Malgré la sécheresse l’étang est bien rempli mais il n’y a plus les nénuphars qui se trouvaient sur la photo prise par Emile Pradeau.

Nous entrons dans le moulin par la maison du meunier.

On pénètre dans la pièce principale avec sa grande table, une maie et la cheminée. A coté la pièce qui servait de chambre à coucher.

A droite de la cheminée un petit escalier mène au moulin. On arrive au dessus de deux paires de meules, signe que le moulin avait une certaine importance.

Chaque meule est composée de deux parties, une fixe, dite dormante et au dessus la meule tournante. En tournant les meules qui sont en granit ou en silex s’usent. Il faut alors les repiquer afin d’obtenir une mouture toujours aussi fine.

C’est le piquage ou le rhabillage de la meule. Si les meules tournent tous les jours il faut réaliser cette opération 2 ou 3 fois dans l’année. C’est un travail difficile car il faut d’abord lever la meule tournante et avec des marteaux et une boucharde frapper avec précision la pierre pour obtenir des sillons rectilignes et fins. Dans les petits moulins ce travail était effectué par le meunier lui-même mais dans les grands moulin c’était l’affaire de spécialistes dont c’était le métier.

Par l’œil, au centre de la meule tournante, le meunier versait le grain dans les meules et la mouture tombait dans le bac, plus bas. Le crochet servait pour lever la meule tournante.

La première paire de meules.

A coté des meules un système de poulies pour relever les meules tournantes.

On descend au rez de chaussée pour aller voir la roue.

Ce qui reste de la roue

La transmission du mouvement se fait par l’arbre qui pénètre dans le moulin, à gauche. Par un jeu d’engrenages, en bon état, la meule entre en mouvement. Sur l’arbre de la roue hydraulique est fixé un rouet muni d’alluchons, les « dents », qui entraînent les fuseaux de la lanterne fixée sur l’axe qui fait tourner la meule allante, tournante ou courante.

La transmission du mouvement de la roue hydraulique à la meule.

Le moulin en lui même n’occupe qu’une toute petite partie du bâtiment. Le vaste espace qui donne sur l’extérieur par le grand portail à deux battants servait à stocker les sacs de céréales, de son, de farine et ranger le matériel du meunier. Deux auges en bois pour la nourriture des cochons sont entreposés.

Les auges en bois

En sortant on a une vue magnifique sur La Vigne, d’où, le soir on peut admirer le moulin illuminé pendant une heure, pour la le bonheur de ceux qui passent sur la route entre Valette et La Mazaurie.

Pour connaitre les autres moulins du pays de Nexon il faut lire le livre très complet de Camille LARCHER, Les anciens moulins du pays de Nexon, Editions « Les Monédières », 2011.

La fille d’un nexonnais, Antoine Félix GIZARDIN, patronne du magasin de chaussures « A la Grâce de Dieu ».

M. Louis Félix BERTRAND est né le 18 mai 1824 à Saint-Ciers-sur-Bonnieure en Charente de parents cultivateurs.  Marchand de chaussures à Périgueux il épouse 11 janvier 1854 à Mansle (Charente) Marguerite « Elise » PIRET. L’année suivante il ouvre à Limoges un magasin de chaussures à Limoges, place Saint-Martial, à l’angle de la rue Pont-Hérisson, la rue du Clocher n’était pas encore percée. Il le nomme « A la Grâce de Dieu ».

On remarque sur cette carte postale que la rue Jean Jaurès n’est encore réalisée. La photo est prise de la Place saint Martial, future rue Jean Jaurès à la fin de la guerre en 1919.

L’idée d’utiliser des chromos pour faire de la publicité est venue d’Aristide Boucicaut, propriétaire des grands magasins parisiens, « Au Bon Marché ». En 1850, tous les jeudis, il donnait personnellement aux enfants venus avec leur mère, une image. Ainsi ils étaient incités à revenir au magasin le jeudi suivant pour avoir une autre image.

Il va rapidement être imité et dans toutes les grandes villes des commerçants se mirent à distribuer des images au verso desquelles se trouvait leur publicité. M. BERTRAND a utilisé cette méthode pour faire connaitre ses produits et leur prix.

Chromo « Berlin – Le palais Royal » avec au verso quelques tarifs des articles du magasin « A LA GRACE DE DIEU » F. BERTRAND toujours situé Place St Martial à Limoges

Avant d’utiliser la Presse, lue par petit nombre des clients des magasins qui cherchent à avoir une large clientèle, les commerçants vont avoir recours à d’autres supports. En particulier des pièces de monnaies « privées », les jetons de nécessité, crées pendant les périodes de crise et les jetons de transport.

Une trentaine de compagnies de tramways électriques ont émis des jetons de transport : Paris, Lyon, Marseille, Strasbourg … et Limoges. La ville de Limoges a confié la concession des transports par tramway à MM. Grammont et Faye le 13 février 1897. Ils créèrent la Compagnie des Tramways Electriques de Limoges (T.E.L.). L’exploitation débuta avec cinq lignes de 12 km au total, avec une trentaine de motrices Grammont.

La compagnie a émis des jetons de transport d’une valeur de 10 centimes.  L’originalité est que sur l’autre face il y avait de la publicité, à l’époque on disait « réclame ». Pour les pièces en aluminium c’était soit l’Atelier de construction Grammont, soit la pharmacie Brunot et pour la pièce en laiton, les chaussures Bertrand.

De son mariage Louis Félix Bertrand aura cinq enfants trois garçons et deux filles. Les garçons vont tous embrasser des carrières qui les éloigneront du commerce de chaussures.

L’ainé, Pierre BERTRAND (1855 – 1902), sera magistrat et après avoir commencé sa carrière comme substitut à Tulle il la terminera comme Avocat général près la Cour d’Appel de Douai. Ulric « Joseph » Pierre BERTRAND (1870 – 1926), ingénieur des Arts et manufactures, créera une entreprise de papiers peints à Paris. Louis Marie Henri BERTRAND (1878 – 1915), Saint Cyrien est morts pour la France le 15 octobre 1915. Il était capitaine. Les trois fils ont été décorés de la Légion d’Honneur.

Angèle Marie BERTRAND, née à Périgueux le 7 avril 1860 épouse un négociant, Jean Paul ROBIN et ils s’installent à Agen. Marie Berthe BERTRAND (Elisabeth Bertrand), née le 25 septembre 1864 épouse le 31 mars 1883 à Limoges, « Antoine » Félix Frédéric GIZARDIN, né à Nexon.

Les GIZARDIN sont une vieille famille nexonnaise. Mathurin GIZARDIN (1692 – 1762) était notaire comme son fils Nicolas. Ce dernier a eu six enfants, certains sont restés à Nexon comme Gabriel (1789- 1866) cafetier place de l’église ; d’autres comme Léonard, né en 1771, s’installa à Vialotte sur la commune de Saint Hilaire les Places où il fut adjoint au maire.

La maison des GIZARDIN à Saint Hilaire les Places

Antoine est né le 5 septembre 1849 au bourg de Nexon ou son père possède une auberge.

Lorsqu’Antoine épouse Berthe BERTRAND son père est décédé et c’est sa mère qui fait part du mariage de son fils.

Celui-ci a lieu à Limoges où il est célébré par Marcelin BECHADE, adjoint au maire de Limoges.

Les témoins pour le marié sont Albert THOMAS docteur en médecine âgé de 26 ans demeurant à Nexon et Ferdinand GIZARDIN, propriétaire âgé de 40 ans demeurant aussi à Nexon. Pour la mariée son frère Pierre, substitut du procureur à Tours, âgé de 28 ans et Gustave GENEIX, agent d’assurance, âgé de 30 ans et demeurant à Limoges.

L’acte de mariage précise qu’Antoine est « sans profession » ce qui est étonnant pour un garçon de 34 ans. Son épouse à 15 ans de moins que lui et elle aussi est « sans profession ».

Antoine ne va pas rester longtemps sans avoir un métier. Il ouvre un magasin de chaussure place Saint Michel et il cherche à louer l’hôtel que possède ses parents à Nexon.

Le Courrier du Centre des 18 avril et 2 mai 1886

Le magasin qu’il ouvre va prendre comme nom « A Saint Michel ». On voit ici la ressemblance qu’il y a avec le magasin de ses beaux parents : « A la Grâce de Dieu ». Il va faire de la publicité dans la presse, en particulier dans Le Courrier du Centre, adaptant son message à la période de l’année : Noel, Chasse…

Lors de la Foire de la saint Loup, est une foire créée en l’honneur de Loup, évêque de Limoges, qui existe depuis le XIV e siècle. Elle est devenue progressivement la plus importante foire de Limoges et du Limousin. Généralement organisée le 22 mai, elle a lieu maintenant le dernier weekend de mai. L’activité des commerces est fortemnt liée au temps qu’il fait au moment de la foire.

On constate que même lorsque le temps n’est pas clément, le magasin de chaussure d’Antoine GIZARDIN réalise de bonnes affaires. c’est ce qui se passe en 1898. Le journaliste du Courrier du Centre qui fait le reportage constate que malgré le mauvais temps M. GIZARDIN est l’un des rares commerçnts à avoir fait de meilleures affaires qu’en 1897.

Le Courrier du Centre 25 mai 1898

Moins d’un an après le mariage d’Antoine et Berthe, le 10 janvier 1884 naît une petite fille que les parents appellent Agnès. Elle sera le seul enfant du couple GIZARDIN. On peut supposer qu’elle a eu l’éducation classique des jeunes filles de la bourgeoisie limousine. S’il fallait une preuve on la trouverait dans la cérémonie religieuse de son mariage avec Pierre Paul LATHELIZE, fabricant de chaussures. La cérémonie civile a lieu à la mairie de Limoges le 19 juillet 1904.

On peut remarquer la belle signature de Pierre Paul ce qui permet d’imaginer qu’il avait le même sens de l’esthétique pour dessiner ses modèles de chaussures.

La cérémonie religieuse à lieu le lendemain en l’église Saint Michel. Les deux familles faisaient partie de la bourgeoisie commerçante de Limoges et Le Courrier du Centre ainsi que le magazine Limoges illustré en rendent compte signalant les prestations de la chanteuse Louise RUBEN, du violoniste Léon FURELAUD, de l’organiste PERMANN ….

Le Courrier du Centre 21 juillet 1904
Limoges illustré 1er aout 1904

De ce mariage naitront trois enfants : Maurice LATHELIZE (1905-1981), André LATHELIZE (1908 – x) et Joseph LATHELIZE (1913-1987).

Assez rapidement Paul LATHELIZE va prendre les rênes du magasin. Le nom de BERTRAND disparait et celui de LATHELIZE lui est progressivement substitué.

Paul développe l’affaire en recourant à la publicité. Avant 1914 on pouvait lire sur un dépliant « Chaussures pour hommes cousues mains à 14,95 F pour le modèle Derby en veau suiffé ou 22 F pour le modèle Alpin en veau blanc double semelle ou à 15,95 F les bottines en chevreau glacé ». Le magasin se définissait comme « maison de premier ordre, la plus ancienne de la région ».

En 1911 les deux noms, BERTRAND et LATHELIZE figurent sur les documents. Paul LATHELIZE précise qu’il est le petit-fils du fondateur.

Après la guerre seul le nom de LATHELIZE apparaît.

Publicité pour la saison 1934

En 1943 le style des chaussures a changé. le magasin met en avant une création des chaussures HEYRAUD.

Magazine « Notre Province 1943 »

dans les années 1960 les devantures des magasins vont changer de style. La rue du clocher est une des plus commerçante de Limoges et l’enseigne « A la grâce de Dieu » est toujours la même. Elle n’a pas changé depuis plus de 100 ans.

Aujourd’hui le magasin « ELLES » a laissé la place à un fast-food mais en face c’est toujours un commerce de chaussure et si l’enseigne a changé la façade au premier étage conserve le nom d’origine …

Les DECOUILHAC (DECOULHAC, de COULHAC…) du village de Mazérieux à l’île de la Réunion et ailleurs …

Le titre d’un article publié dans le Populaire du 29 juillet 2019 m’a interpellé! Il disait que le nouveau premier ministre de Grande Bretagne, Boris JOHNSON avait des racines nexonnaises par sa mère dont les ancêtres étaient des DECOUILHAC nés à Mazérieux, village de la commune de Nexon. Je suis donc parti à la recherche de ces ancêtres dont on trouve effectivement des traces à Mazérieux, dans le bourg de Nexon et au moulin Barlet. Mais cette famille n’est pas restée à Nexon, et aujourd’hui on ne compte plus de descendants sur la commune, des membres sont partis à La Réunion, à Maurice, certains sont revenus en Métropole…

On trouve des COUILHAC (COULHAC) à Paulhac en Haute Garonne vers 1680, et plus tard dans l’Aveyron et le Lot, on rencontre également un Jean COUILHAC vers 1693 à Meilhac en Haute-Vienne mais c’est à Nexon, principalement dans le village de Mazérieux et au moulin de l’Etang, aujourd’hui moulin Barlet, que se trouve le berceau des COUILHAC et de COUILHAC.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle l’écriture des noms propres n’est pas stabilisée. La plupart des villageois ne savent ni lire ni écrire et c’est le prêtre en rédigeant le certificat de baptême qui décide de l’écriture. Ainsi COUILHAC est parfois écrit COULHAC précédé de la particule « de » ou DECOUILHAC. MAZERIEUX a été rajouté pour devenir DECOUILHAC-MAZERIEUX avec François, décédé le 29 mai 1849.

1849 les COUILHAC deviennent DECOUILHAC MAZERIEUX

Coulhac est un nom formé par le mot « colius » diminutif du latin « collum, le cou » qui désigne une personne qui a un long cou, et du suffixe gaulois acum qui donne les terminaisons « ac » et sert à former des noms de domaine basés sur le nom de leur propriétaire ce qui donne ici  « le domaine de celui qui a un long cou ». Mazérieux est issu du latin maceriae qui signifie les ruines romaines et par extension le domaine où l’on trouve des ruines.

1- Les DECOULHAC vont accoler le nom de leur village, Mazérieux, à leur patronyme. 

En 1620 plusieurs habitants des villages du Brouillet (Breulhet) et de Mazerieux (Mazeyrier), paroisse de Nexon, font donation de rentes à Charles, comte des Cars, en vue d’être exemptés de bans d’armes, impositions et autres charges.

Parmi eux devait se trouver un DECOUILHAC puisqu’on trouve la naissance de Pierre de COUILHAC, né vers 1592 et décédé le 23 juillet 1672 à l’âge d’environ 80 ans. C’est à partir de l’acte d’inhumation que l’on déduit son année de naissance. Celui-ci indique « Le 23eme Juillet 1672 j’ay enseveli Piere de Coulhiac aagé de 80 ans ou environ du village de Mazerieux présente paroisse dans le tombeau de ses feux prédécesseurs en notre cimetière de Nexon présent Janton Terneau son gendre, Mathurin du Coulhiac son frère et Jehan du Coulhiac dit Rousseau dudit village »

Pierre avait trois frères, Mathurin, Tony et Jean (1603 – 1673). Il semblerait que seul Jean ait eu une descendance.

 Jean (Jehan) dit le Rousseau DECOULHAC (DECOUILHAC) demeurant à Mazérieux, né vers 1603 et décédé le 27 novembre 1673 à Nexon à l’âge d’environ 70 ans.

« Le 27 novembre 1673 a été enseveli Joseph de Coulhiat dit Le Rousseau habitant du village de Mazerieux aagé d’environ 70 ans ou environ dans le tombeau de ses feux prédécesseurs en notre grand cimetière susdit de Nexon fait par moy soussigné en présence de Patern Lymousy, François du Coulhac Guyot vicaire de Nexon. »

Marié en premières noces avec Jeanne BARRET ils ont eu trois enfants : Jean (ca 1623-1694), François (ca 1638-ca 1693) et Pierre (1680 – 1745). De son second mariage avec Léonarde GUILLOT est né Clément (1637- x).

Du premier mariage de Jean c’est dans la descendance de François DECOUILHAC que l’on va trouver ceux qui vont quitter Nexon pour l’île Bourbon devenue depuis l’île de la Réunion.

François DECOUILHAC est né vers 1638 et il est inhumé le 26 décembre 1728. De son mariage avec Peyronne BONNET, trois enfants naîtront dont seul Pierre aura une descendance nombreuse et voyageuse.

Pierre DECOUILHAC est né vers 1680. On déduit sa date de naissance du certificat d’inhumation rédigé le 8 mai 1745 dans lequel le curé ROMANET attribue environ 65 ans à Pierre de COUILHAC.

certificat d’inhumation de Pierre de COUILHAC rédigé le 8 mai 1745

Pierre a épousé le 27 septembre 1650 Martialle HEBRARD et de ce mariage au moins sept enfants sont nés. Parmi eux François (1711 – 1782) et Radegonde (1719 – 1753). Radegonde épousera un de ses cousins Jean, meunier au moulin de l’Etang, issu du second mariage de Jean dit Le Rousseau.

François DECOUILHAC, né au village de Biard, est baptisé le 2 mars 1711

« Le deuxième mars de l’an susdit a esté baptisé François de Couilhac nay au village de Biard de Pierre et de Martialle Hebrard son épouse a esté parrain François de Couilhac et marraine Anthoinette Coutance Meynard vicaire de nexon« 

A vingt-trois ans, le 31 aout 1731 il épouse, à Saint Priest Ligoure, Françoise BOUTOT.

« le trente et unième aout mil sept cent trente quatre après les fiançailles et la publication des trois bans entre François Decouilhac du village de Mazurieux et Françoise Boutot de ma paroisse sans avoir aucun empêchement ni d’opposition avec la permission de Mr le curé de Nexon, signé Romanet je les ai mariés et donné la bénédiction nuptiale en présence de Mrs Jean La Jonchères, Mathurin Gizardin, Pierre Mandavy et autres qui ont signé avec moi. signé : La Jonchères, Gizardin Mandavy signé : Faunaud vic de St Priest« 

Des cinq enfants nés de ce mariage c’est parmi la descendance du fils ainé, Martial (1737 – 1767) que nous trouverons ceux qui ont quitté le Limousin pour gagner l’ile Bourbon (ile de La Réunion) et l’Isle de France (ile Maurice).

François qui a passé sa vie à Mazérieux décède le 4 décembre 1782 et il est inhumé le lendemain dans le cimetière de Nexon.

Certificat d’inhumation de François DECOULHAC le 5 décembre 1782

Le certificat signé par le curé DESTHEVES et par Annet TARRADE, chirurgien et Jean-Baptiste DEVERNEIL, notaire royal atteste de la position sociale qu’avait François DECOULHAC dans la paroisse de Nexon. On notera qu’ici il n’y a pas de « i » dans le nom et que le curé l’a écrit DECOULHAC

Martial de COUILHAC, né au village de Mazérieux, est baptisé le 28 janvier 1737.

Le vingt et un novembre 1758 Martial de COUILHAC, laboureur, épouse Marie TARRADE, fille d’Annet TARRADE, juge à Nexon.

Le vingt un novembre mil sept cent cinquante huit après la publication des trois bans de mariage duement faite aux prones de nos messes paroissiales pendant trois dimanches consécutifs sans avoir découvert aucun empêchement n’y trouvé d’oppositionentre Martial Decouilhac laboureur, fils de François Decoulhac et de Françoise Boutte ses père et mère du village de Mazerieux paroisse de Nexon avec Marie Tarrade file de mr Anné Tarrade juge de Nexon et de Marie Sudrivaud ses père et mère du présent bourg ne s’étant découvert aucun empêchement les dites parties ayant été fiancées et reçu préalablement les sacrements de pénitence et d’eucharistie j’ay reçu leur consentement mutuel et leur ay donné la bénédiction nuptialle en présence de François Decoulhac père du contractant, de Jean Baptiste Tarrade frère de la contractante, de Pierre Sazérac praticien de François Guyot controlleur et d’Anné Sudrivaud tous parents ou alliès des dites parties qui ont tous signés avec elles sauf Martial Decoulhac contractant pour ne savoir de ce par moy enquis. Guyot vicaire à nexon

21 novembre 1758, mariage Martial Decouilhac

On peut penser que le mariage de Martial avec la fille d’un juge va changer le statut social de la famille. En effet dans l’Ancien Régime le juge et procureur d’office était effectivement une personne suffisamment riche pour acheter une charge rémunérée et transmissible à ses enfants. Ces juges n’intervenaient pas pour les affaires criminelles qui relevaient de la justice royale. Ils ne pouvaient juger que des affaires concernant les personnes de même catégorie sociale qu’eux ce qui excluait les nobles et les militaires.

Cette justice était souvent orale ce qui explique qu’elle pouvait être rendue par un juge illettré. Les procès étaient payables aussi bien en numéraires qu’en nature (blé, avoine, volaille, etc.) selon les désirs du juge. Les décisions différaient d’un juge à l’autre et dépendaient souvent du prix payé par l’un des justiciable. Ces inégalités ont été l’une des raisons de la Révolution de 1789.

Quoi qu’il en soit à partir de Martial on constate que le nom de famille évolue et devient MAZERIEUX DECOUILHAC.

Une preuve de l’évolution du statut social de la famille se trouve dans le fait qu’après son décès, le 10 mai 1767, Martial a été inhumé dans l’église de Nexon et non dans le cimetière.

10 mai 1767, inhumation de Martial Decouilhac dans l’église de Nexon

Martial est mort jeune, à peine trente ans, et il avait au moins trois enfants : François, Françoise et Marguerite.

François DECOUILHAC, né en 1760 épouse en premières noces, à Saint Hilaire Bonneval, Catherine DENANOT une jeune fille d’à peine 17 dont les parents sont aubergistes dans cette commune. Elle décède quelques mois après, le 17 juillet 1786. Il se marie ensuite le 19 juin 1787 avec Catherine DELAROCHE à Verneuil-sur-Vienne où le père est notaire royal. L’ascension sociale de la famille est nette. On le trouve dans les notables qui éliront la première assemblée communale en 1790 et le 15 ventôse an II, 5 mars 1794 il est élu capitaine de la Garde Nationale de Nexon. Il est alors appelé MAZERIEUX et no de COUILHAC. On peut se demander si ce changement de nom n’est pas lié à la Révolution et à la volonté de faire disparaitre les signes de l’ancien régime ?

Ils auront sept enfants, Pierre (1788-1790), Flavie née en 1789, Martial en 1791, Joseph ((1794-1854), Gabriel (1796-1799), Flavie (1798-1828) et Marguerite (1802-1804). Trois d’entre eux mourront à l’âge de deux ans.

François vivra jusqu’à l’âge de 89 ans ayant exercé le métier d’aubergiste à Nexon.

Acte de décès de François DECOUILHAC MAZERIEUX

L’acte porte pour la première fois le nom de DECOUILHAC MAZERIEUX. Une demande sera effectuée par ses enfants pour que ce nom figure à l’Etat-Civil. Ainsi, par jugement du tribunal d’instance de Saint-Yrieix en date du 29 juillet 1873, aux prénom et nom François de Couillat, ont été substitués les prénom et noms de François de Couilhac-Mazérieux. Cette mention figure sur l’acte de naissance de son fils Joseph.

Joseph DECOUILHAC est né le 11 pluviôse an II (30 janvier 1794).

L’acte de naissance précise que son père, le citoyen François DECOUILHAC, est capitaine de la garde nationale et qu’il demeure au village de Mazérieux.

Acte de naissance de Joseph DECOUILHAC

En 1830 Martial est adjoint au maire. Il se nomme Decoulhac-Mazérieux mais signe Mazérieux.

Adjoint au maire, Martial signe Mazérieux

2- Des DECOULHAC quittent Nexon pour la Réunion…

Joseph quitte Nexon et on le trouve médecin à l’Ile de Bourbon (la Réunion) où il épouse le 9 septembre 1822, à Sainte Suzanne, Louise Augustine MASSARD-DESMANIERES, fille d’un avocat.

Sainte Suzanne a été fondée en 1667 en même temps que Saint Denis.

Sainte Suzanne à l’Est de Saint Denis
Eglise de bel Air à Sainte Suzanne

Joseph et Louise auront sept enfants : Louis Joseph (1823-1900), Célest Elizabeth (1825-1826), Jean Baptiste (1827- x), Emile Pierre (1829-1884), François Joseph (1831-1913), Joséphine Marie (1834-1921) et Prosper Marcelin (1836-1900).

Joseph est déclaré décédé en mer le 3 mars 1840 dans un naufrage au large du Cap de Bonne Espérance à l’âge de 46 ans.

L’écriture du nom se modifie, le « i » de COUILHAC disparait et Mazérieux y est accolé.

Parmi ces enfants étudions la descendance de François Joseph et de Joséphine Marie.

François Joseph de COULHAC MAZERIEUX est né le 6 août 1831. Il épouse Marie Arianne DOUYÈRE le 21 février 1861 et ont cinq enfants : Jean Joseph Alfred (1861-1947), Joseph (1864-1926), Marie Joséphine Arianne (1866- x) Marie Joséphine Louise (1873-x) et Jean Marie. Il préside la Chambre d’Agriculture 1868-1874. Il se donne comme objectif principal de relancer l’agriculture. Il encourage les agriculteurs à utiliser plus d’engrais. Les rendements dans la production de sucre vont augmenter.

Jean Joseph Alfred, le fils ainé, est très souvent appelé Alfred MAZERIEUX. C’est sous le patronyme MAZERIEUX qu’est faite sa demande pour la Légion d’Honneur. Pourtant l’extrait de naissance porte la mention de la décision du Tribunal de Saint Denis du 10 avril 1878 de le nommer Jean Joseph Alfred De COULHAC MAZERIEUX. Mais le nom Alfred MAZERIEUX est vivace car c’est avec ce nom qu’il est connu comme maire de Saint Denis. 

Sur l’acte de naissance de Jean Joseph Mazérieux le nom de DECOUILHAC ne figure pas, le père et le fils sont des Mazérieux. Cependant cet extrait rédigé le 11 aout 1921 mentionne la décision du Tribunal d’Instance de Saint Denis du 10 avril 1878 précisant qu’il faut lire Jean Joseph de Coulhac Mazérieux.

Vétérinaire, importateur de bovins il est élu conseiller municipal de Saint Denis en 1903, conseiller général en 1910 il est maire de 1914 à 1919. Pendant son mandat la Première guerre mondiale ravage l’Europe. Elle l’oblige a organiser la mobilisation et à assurer l’approvisionnement en nourriture, principalement le riz. Il crée un orphelinat et une Compagnie de sapeurs-pompiers. L’excellent exercice de son mandat lui vaudra de recevoir la Légion d’Honneur le 6 aout 1921 des mains de Docteur Louis OZOUX, un parent de son épouse Louise OZOUX.

Alfred de Mazérieux, maire de Saint Denis , La Réunion, 1916-1919.

En 1863, François Joseph fait construire dans la propriété du Jardin du Mont Saint-François sur les hauteurs de Saint-Denis, une belle villa créole pour son fils Alfred. Ce dernier s’y installe avec son épouse, Euphrasie Ozoux et leur fils adoptif, baptisé lui aussi Alfred. La maison passe ensuite aux mains de Maurice Ozoux, cousin d’Euphrasie, qui la rachète en 1948.

C’est aujourd’hui une très belle villa dans le vaste domaine de Beaubassin situé au n° 71 chemin Alfred Mazérieux. La villa qui accueille les touristes dans les chambres d’hôtes a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 7 juin 2018.

Monique Ozoux, propriétaire du domaine de Beaubassin, interrogée dans le journal télévisé d’Antenne Réunion du 5 juillet 2018, après le classement de son domaine aux monuments historiques, raconte l’histoire du domaine dans la famille Ozoux depuis 4 générations et rappelle qu’il était autrefois la propriété d’Alfred MAZERIEUX. Ainsi à la fois par le nom du chemin et par la mémoire collective un peu de Nexon vit à la Réunion avec le nom de MAZERIEUX.

https://www.linfo.re/la-reunion/societe/monique-ozoux-nous-souhaitions-que-beaubassin-soit-inscrit-pour-le-partager-avec-tous-les-reunionnais

Domaine de Beaubassin, plaque descriptive
La Villa dans un parc luxuriant sur les hauteurs de Saint François

De nombreux DECOULHAC-MAZERIEUX ont apporté et apportent leur pierre à l’histoire de la Réunion. Emile Pierre MAZERIEUX a été notaire à Saint-Denis de 1871 à 1884 et Charles Marie de COULHAC-MAZERIEUX également notaire à Saint-Denis de 1887 à 1915.

4- A l’ile Maurice et aux Seychelles les DECOULHAC-MAZERIEUX sont présents

Dans un travail de recherche Julien Durup, étudiant en histoire, montre le rôle important de Pierre Antoine Ernest de COULHAC MAZERIEUX pendant la première guerre mondiale aux Seychelles : « The First World War : and its aftermaths in the Seychelles ».

Noël de COULHAC MAZERIEUX, amoureux de son île natale, fait une brillante carrière d’avocat en France et a participé à tous les événements tragique du XXe siècle : l’engagement dans l’armée en vue d’une guerre inévitable, le service sur la ligne Maginot inutile, la Résistance. Comme avocat il était un spécialiste reconnu du droit d’auteur et a défend les peintres Matisse, Utrillo, Picabia. Il revient à Maurice plusieurs fois, accompagné parfois de l’un de ses petits-enfants, pour y retrouver sa sœur Marie à son école de Curepipe-Road. Il prit sa retraite après 56 ans d’exercice professionnel.

Le 2 novembre 2006 le magazine lexpress.mu rendait un « Hommage à Marie de Coulhac Mazérieux »

Marie de Coulhac Mazérieux n’est plus. Son Cours Jeanne d’Arc est en deuil. Une grande Dame de l’Education mauricienne s’en est allée, en cette fin d’octobre 1981. Elle meurt à 86 ans, dans sa maison située dans les locaux de l’établissement scolaire qu’elle fonde, un demi-siècle plus tôt. Avec elle, disparaît l’un des piliers d’une génération d’enseignants pour qui l’éducation n’est pas un métier, encore moins un gagne-pain ni, pire encore, le moyen de se faire du fric non imposable, en tenant en otages élèves et parents, mais une vocation, un sacerdoce, auxquels tout le reste doit, bien sûr, être sacrifié. Des générations d’élèves ont usé leur fond de culotte sur ses bancs de classe. La cour de récréation est modeste mais pleine de souvenirs. Sa hantise de chaque instant fut de veiller à ce que l’instruction, dispensée dans les murs de son Cours Jeanne d’Arc, soit accessible aux élèves, soit accessible à chaque élève. Marie de Coulhac Mazérieux fonde son Cours Jeanne d’Arc en 1927. Pendant le demi-siècle écoulé avant sa mort, elle s’occupe maternellement de ses élèves, de chacun de ses élèves, avec une option préférentielle pour ceux présentant le plus de difficulté sur le plan caractériel et sur celui de la personnalité. Elle sait qu’elle n’en fera pas des lauréats ni des boursiers du gouvernement. Elle se contente de forger leur caractère et de leur donner ce qu’il faut pour devenir d’honnêtes citoyens, des serviteurs efficaces de la patrie, des pères et des mères de famille exemplaires. Elle est l’école de la dernière chance de la réussite et n’en est pas peu fière car il lui revient de redonner espoir et assurance à ceux qui l’ont perdus parce qu’ils ont été rejetés par ceux et celles se prétendant meilleurs pédagogues qu’elle. Cette grande Dame de l’éducation mauricienne vibre d’un amour sacré pour la grammaire française, pour la littérature française, pour la civilisation française, pour la pensée française. Elle dit et répète : L’amour de la langue française réside dans la difficulté qu’on éprouve à la maîtriser totalement. A l’ouverture, en 1927, le Cours Jeanne d’Arc ne compte que six élèves. Ils sont filles et garçons. Cette mixité est particulièrement novatrice. Ses détracteurs, déjà, l’accusent de vouloir fonder une école de « libres penseurs ». Marie de Mazérieux est française d’origine. Elle débarque à Maurice via Madagascar. Le consulat de France l’aide considérablement dans son projet de créer une école suivant le système français d’éducation dans une colonie anglaise, ayant déjà peu glorieusement fait échec à un projet rétrocessionniste, visant à ce que l’ile Maurice redevienne l’Isle de France dans la Mer des Indes. Les descendants des Surcouf et de ses compagnons corsaires préfèrent le Rule Britannia et ses livres sterling achetant leurs sucres. Tout en suivant le système éducatif français, elle donne à l’anglais la place qui lui revient, à savoir celle d’une langue étrangère pour la masse des Mauriciens. Elle est assez intelligente pour le comprendre. Elle enseigne donc intelligemment l’anglais en tant que langue étrangère, au lieu de faire comme ses pairs du système éducatif anglo-mauricien, à savoir enseigner l’inconnu par l’inconnu à des masses de perroquets mauriciens. Un quart de siècle après sa fondation, son Cours Jeanne d’Arc compte 150 élèves à une époque où les meilleurs collèges confessionnels n’en comptent que le triple, sinon le double. Surviennent les cyclones Alix et Carol, de début 1960, qui anéantissent les bâtiments existants. Marie de Mazérieux va alors sur ses 65 ans. Une autre à sa place en aurait profité pour fermer boutique et faire valoir ses droits à une paisible retraite au milieu de ses souvenirs scolaires. Qu’aurait-on pu lui reprocher si elle avait adopté cette solution de facilité ? Elle ne pense qu’à tout rebâtir à zéro. C’est alors que les marins du Jeanne d’Arc, le bâtiment emblématique de la marine française, la Royale, se mettent à son service et reconstruisent son école. Sainte Jeanne d’Arc, à Orléans, ne fut pas mieux soutenue ni épaulée. Jean Pierre Lenoir, qui lui rend un hommage mérité à l’occasion de son décès, conclut ainsi son panégyrique : Marie, nous te devons beaucoup ! Comment lui donner tort ? Le Cours Jeanne d’Arc n’est plus. Il a cédé la place au Collège Saint-Patrick. Y a-t-on pensé à célébrer le souvenir de Marie de Coulhac Mazérieux, décédée le 16 octobre 1981 ?

https://www.lexpress.mu/article/hommage-%C3%A0-marie-de-coulhac-maz%C3%A9rieux

3- De La Réunion certains reviennent en Métropole et leur descendance occupe de hautes fonctions dans la société française mais aussi ailleurs !

Joséphine Marie LE COULHAC de MAZÉRIEUX est née le 24 janvier 1834 à Bel-Air de Sainte Suzanne. Elle se marie le 12 janvier 1853 à Versailles avec Édouard Auguste CONFEX de NEUILLY (1828- 1855) dont naîtront Louis Marie CONFEX de NEUILLY (1854-1916) et Henry Marie CONFEX de NEUILLY (1856-1886). Le 27 octobre 1858 elle épouse en secondes noces, à Paris, Jules ARNOUS-RIVIÈRE (1830-1905).  De ce mariage naîtra le 14 janvier 1862 à Paris Hélène ARNOUS-RIVIÈRE.

Joséphine a eu la douleur de perdre son fils Henry Marie, décédé à Paris le 18 février 1888 dans sa trente deuxième année. Le faire part de son décès permet de retrouver une grande partie de la famille.

Faire part de décès de Henry-Marie Confex de Neuilly

L’accession de Boris JOHNSHON au poste de Premier Ministre de la Grande Bretagne le 24 juillet 2019 a fait retrouver la famille DECOULHAC par l’intermédiaire de Joséphine dont la fille Hélène ARNOUS-RIVIÈRE est la trisaïeule (arrière-arrière-grand-mère). En effet Hélène ARNOUS-RIVIÈRE a épousé à Paris le baron Hubert de PFEFFEL (1843 – 1922). Leur fille Marie Louise de PFEFFEL née à Paris le 16 août 1882 s’est mariée le 22 janvier 1906, à Versailles avec Stanley WILLIAMS (1880-1955). Leur fille Yvonne Eileen dite Irène WILLIAMS a épousé le 10 décembre 1936 Osman Ali Wilfred KEMAL alias JOHNSON (1909-1992). Leur fils, Stanley JOHNSON, sera le père de Boris JOHNSON né à New York le 19 juin 1964. L’arbre généalogique de Boris JOHNSON a été étudié par de nombreux généalogistes dès son accession à la mairie de Londres. Et lorsqu’il a été nommé premier ministre de Grande Bretagne le 23 juillet 2019 plusieurs journaux font état de ses racines françaises, soit pour mettre en avant ses racines alsaciennes par la famille Pfeffel ou ses racines limousines et plus précisément nexonnaises par les DECOUILHAC.

C’est ainsi que le Populaire titrait son article du 28 juillet 2019 :

le Populaire 28 juillet 2019

L’article s’appuie sur le travail effectué par les Amitiés généalogiques du Limousin publiées dans le numéro 100 de leur revue.

Généalogie en Limousin publiée par Les Amitiés généalogiques du Limousin

Le barreau parisien a fait raisonner dans les salles d’audience le nom DECOULHAC MAZERIEUX.

Joseph DE COULHAC-MAZÉRIEUX, Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, né à l’Ile Maurice le 31 janvier 1896, décédé le 14 janvier 1957.Diplômé des Hautes Études Commerciales, – deux certificats de licence ès sciences, – avocat à la Cour d’appel de Paris (25 octobre 1921), – membre du Conseil de l’Ordre (1945-1949).

Aujourd’hui c’est Armelle DE Coulhac-Mazérieux qui est inscrite au barreau de Paris depuis 1988.

4 – La branche issue du second mariage de Jean dit le Rousseau et le moulin des Etangs (moulin Barlet)

Clément DECOUILHAC, né le 30 août 1637 au village de Mazérieux à Nexon. Marié le 15 janvier 1674 à Nexon avec Narde Garreau. Ils auront quatre enfants : Léonarde (ca 1674-1693), Aubin (marié le 12 février 1697, François (marié le 7 mars 1707), Pierre (marié le 14 février 1708) qui suit.

Avec Pierre DECOUILHAC on quitte le village de Mazérieux pour le bourg de Nexon ou il est tailleur d’habits. Il s’y marie le 14 février 1708 avec Marie Brun dont le père, Pierre BRUN est meunier au moulin de l’Etang. Jean DECOUILHAC, né en 1722 de ce mariage prendra la suite de son beau-père comme meunier au moulin de l’Etang et Léonard, son fils né en 1757 lui succèdera.

 Le quatorzième du mois et an (février 1708) après les fiançailles duement faites et la publication des trois bans de mariage entre Pierre de Couilhac tailleur d’habits fils de Clément et Narde Garreau du présent bourg et Marie Brun fille de Pierre et de Marie Guyot du Moulin de l’Etang,… et entre Léonard Sazerat fils de Me Simon Sazerat et de Catherine de Loutre et Jeanne de Combrouze fille à feu Jean et Marie Deguil,… et entre François de Combrouze et Anne Sazerat veufve de feu François de Couilhac tous du présent bourg sans avoir découvert aucun empêchement à leur mariage je les ay mariés et leur ay baillé la bénédiction nuptiale en présence de Pierre Dupuitren, de Jean Deverneuilh, d’Anthoine Joubert et Léonard Hebrard qui ne seurent signer

Du mariage de Pierre naitront Léonarde (1710 – x), deux jumelles Gabrielle et Léonarde nées en 1714 et décédées a quelques mois, Jean (1722-1801) qui suit, Léonarde (mariée en 1730) et Léonard (1715 – x) 

Le même jour (17 avril 1714) ont esté baptisée Léonarde et Gabrielle de Couilhac nées au Moulin de Lestang de Pierre et de Marie Brun son épouse, ldite léonarde a eu pour parrain Martial Sazerat et pour marraine Léonarde de Couilhac et la Gabrielle a eu pour parrein Léonard Limousin et pour marraine Gabrielle Brun Juge cure de nexon

Jean DECOUILHAC (1722 – 1801) se mariera trois fois.

Baptême à Nexon : Le 14e jour du mois de 7bre 1722 a esté baptisé Jean de Coulat fils de pierre de Coulat et de Marie Brun du village du Moulin de l’Etang a esté parain Jean Nouaud et maraine Léonarde de Coulat lesquels nont scu signer de ce enquis Dalmays vicaire

Le premier mariage a eu lieu le 5 février 1742 à Nexon, avec une de ses cousine, Radegonde DECOUILHAC (1719-1753). De ce premier mariage naitront deux filles, Léonarde (1743-1823) qui épousera Annet GUYOT en 1765, et Marcelle (1753 -x).

Après les fiançailles et la publication des bans de mariage entre Jea Decouillac fils de Pierre Decouilliac et de feue Marie Brun meusnier du moulin de Letang et Radegonde Decouilliac fille de Pierre Decouilliac et de Marcelle Hebrard du village du Mazerieux, ne s’étant découvert aucun empêchement ni opposition ce cinq février 1742 Romanet curé de nexon

Après le décès de son épouse Radegonde le 6 juillet 1753 à l’âge de 33 ans, six mois après la naissance de leur fille Marcelle, Jean DECOUILHAC épouse Marie GUYOT le 27 janvier 1754. Ils auront quatre enfants Léonard (1757-1846), Léonarde (mariée avec Pierre LIMOUSIN le 19 février 1776), Aubin (1755 – x) et Jeanne.

Le vingt deux janvier mil sept cent cinquante quatre après les fiançailles et la publication de trois bans de mariage duement faites entre Jean Decouilhac meunier veuf de feue Radegonde Decouilhac habitant du moulin de Letang avec Marie Guyot fille à Jean Guyoy dit le Petit et de Mariguerite Perier ses père et mère du village de Salas, Entre Annet du Puyranaud fils à feu Martial de Puyranaud et de Marcelle de Lombertie ses père et mère habitants du village du Puyranaud avec Catherine Maud fille à Léonard Maud meunier et Anne Redon ses père et mère du moulin de Trouly, n’ayant découvert aucun empêchement ny reçu d’opposition, Les parties s’étant confessée et reçu les sacrements de l’eucharistie après avoir fiancé j’ay dit la messe à laquelle j’ay reçu leur consentement mutuel et leur ay donné la bénédiction nuptialle en présence de François Decouilhac dit Mazerieux, d’Annet de Lombertie, d’Antoine et Léonard Maud tous parents des parties qui avec les susdittes parties ont déclaré ne savoir signer de ce par moy duement enquis Guyot vic à nexon

Le 1er septembre 1767 Jean DECOUILHAC épouse, en troisièmes noces, Séverine GARREAU. De ce mariage il ne naîtra pas d’enfant. Jean décède à Nexon le 2 novembre 1801.

Acte du mariage de Jean Decouilhac et Séverine Garreau Nexon le 1er septembre 1767

Le 1er avril 1872 Jean Baptiste DECOULHAC décède âgé de 67 ans, propriétaire au moulin Barlet, veuf de Jeanne Broussaud.

Acte de décès de Jean Baptiste Decouilhac, le 1er avril 1872

De son mariage avec Jeanne BROUSSAUD (1815-1861) le 14 juillet 1830 à Nexon, sont nés trois enfants : Léonard en 1832, Léonarde en 1835 et Marie en 1838. Léonard s’est marié à Cieux le 9 juillet 1861 avec Marie PERRET. Ils ont eux cinq enfants, quatre filles et un garçon, Jean Auguste né le 16 septembre 1869 au Moulin de l’Étang. Léonard est resté au moulin ou ses enfants sont nés. La construction de la voie de chemin de fer et celle de l’usine de pompage de l’eau dans l’étang du moulin des Étangs ont du générer des conflits puisqu’on trouve trace d’un procès en dommage et intérêts contre la Compagnie d’Orléans. « Pourvoi du Sieur Decoulhac contre un arrêté du Conseil de Préfecture de la Haute-Vienne, du 12 décembre 1877, qui a repoussé la demande en indemnité pour dommages, formée par lui contre la Compagnie d’Orléans, à raison de la prise d’eau pratiquée par cette Compagnie dans l’étang de Nexon. » Avis rendu le 22 février 1879 par la deuxième section. Conseil général des ponts et chaussées 1879

Jean Auguste a quitté Nexon et s’est marié le 18 avril 1899 à Nancy. Il n’a pas eu d’enfant. Avec lui le nom DECOUILHAC disparaît de Nexon.

Les MAZEAUD, une famille d’éminents juristes présente à Nexon (La Vigne), depuis 1835

Un peu d’étymologie

Mazaud, Mazeau, Mazeaud… A l’origine, il y a le verbe latin manere qui signifie demeurer, rester. Toujours en latin la demeure va devenir le nom commun « mansio » puis « mansion » en vieux-français. Ce mot se transforma en « maison » en français.  Mais dans certaines langues locales, Provençal, Occitan … la racine originelle « mans » va se fixer en « mas ».

A partir de la vont se créer des diminutif pour désigner un petit mas : Mazeau, Mazeaux, Mazeaud mais aussi Mazo, Mazou, Mazel, Mazet ou Mazoyer et Mazelier pour désigner les habitants du mas. L’une des formes les plus répandues est Mazères, lieu de plusieurs maisons, hameau…

La Mazaurie est une copie avec agglutination de l’occitan « mas âou ri » lequel est la transposition du latin mansus ad rivum, « la métairie, la ferme, le mas près du ruisseau ».

Naissance de la lignée des MAZEAUD de La Vigne

La lignée des MAZEAUD naît en 1772 avec François MAZEAUD. Il est propriétaire à Saint Yrieix. Il a épousé Catherine VERGNIAUD, fille du frère du célèbre orateur des Girondins, né à Limoges 1753. François a plusieurs enfants dont Alexandre Léonard MAZEAUD, né en 1802, décédé en 1852. Comme son père il possédait des propriétés agricoles autour de St Yrieix et vendait à Limoges le foin qu’elles produisaient.

Alexandre MAZEAUD (1802-1852)

Le premier août 1831 Alexandre Léonard MAZEAUD reçoit, de la part de Louis Philippe 1er Roi des Français, «la médaille » en faveur de ceux qui se sont distingués par leur dévouement à la cause de la liberté dans la révolution de juillet 1830.

Médaille juillet 1830

L’achat du domaine de La Vigne

En 1835, il épouse Marie Abriat LAFOREST (1806 – 1880) dont le père est aussi propriétaire à Saint Yrieix. Alexandre venait d’acheter la propriété de La Vigne située sur la commune de Nexon. Cette propriété faisait partie des biens du Sieur Charles de DAVID, baron des Étangs, maire de Nexon de 1824 à 1830.  Rencontrant de graves difficultés financières, il était poursuivi par son marchand de vin en gros, Guillaume LAUDINAT, qui a demandé la saisie des biens et leur vente à son profit. Elle eut lieu à l’audience des criées du tribunal de Saint Yrieix, le 17 septembre 1834, ouverte sur la mise à prix de 10 000 francs.

Les Annales de la Haute-Vienne du 5 septembre 1834

Alexandre Léonard, aura plusieurs enfants parmi lesquels Camille (1836-1894) qui épouse Marie Le BERTHON de BONNEMIE et Henri Alexandre MAZEAUD, né à Saint Yrieix le 19 novembre 1837, décédé à Douai le 30 octobre 1899.

Cette famille avait une aisance financière qui permettait à leurs enfants de faire des études, principalement en Droit, à Bordeaux ou à Paris. A partir de cette génération, les MAZEAUD quittent définitivement l’habit de « gentleman farmer » pour celui de Juriste.

Henri MAZEAUD obtient son diplôme de Docteur en Droit à Paris le 17 août 1863. Il effectuera une brillante carrière dans la magistrature.  Magistrat sincèrement républicain, il est nommé substitut du procureur général à Limoges le 12 septembre 1870. En 1877 il est nommé avocat général à Rennes et le 11 février 1879 il est promu procureur général à Besançon. Le 5 septembre 1883 il devient premier président de la Cour d’Appel de Douai.


Henri MAZEAUD, premier président de la Cour d’Appel de Douai.

La construction de la maison de maitre.

Henri aime la propriété de La Vigne que son père a achetée. Il y vient en vacances avec sa femme, Marguerite Rosalie David qu’il a épousée le 3 février 1873. Ils logent dans une petite maison, sans grand confort, dans la cour de la ferme. Le couple, très attaché à cette campagne limousine, décide de s’y installer pour leur retraite. Pour cela il décide de faire construire une maison de maître avec parc et jardin potager, le tout doté d’un système pour disposer d’eau à volonté.

L’emplacement de la maison est choisi sur la pente qui descend plein sud avec une vue panoramique sur le vieux moulin de la Mazaurie. Les coteaux étaient sans doute jadis plantés de vignes, d’où le nom actuel, La Vigne.

Les fondations de la maison nécessitent une centaine de tombereaux de pierre qui sont livrés en juin 1888 et à la fin de l’année 1890, les principaux travaux sont terminés.

Pour mener à bien tous ces travaux, Henri MAZEAUD, qui est à Douai, a pris un maître d’œuvre, Charles LEMOYNE de St Yrieix avec lequel il échange une volumineuse correspondance. Mais Henri compte également sur la vigilance de son frère Camille, qui, résidant à Saint Yrieix, surveiller le chantier.

Henri meurt brutalement le 30 octobre 1899 et ne verra pas sa propriété complètement achevée avec les jardins, les allées… C’est son épouse, Marguerite, secondée par son fils unique Félix, qui mettra la dernière main à cet ouvrage. La Vigne ne sera donc pas habitée tout au long de l’année comme l’avaient prévu Henri et Marguerite MAZEAUD, mais deviendra une maison de vacances, utilisée chaque année par les enfants, petits-enfants, cousins…

Le Mémorial Artésien, 24 octobre 1899
Le Courrier du Centre 27 octobre 1899

Félix prend La Vigne en main.

Félix MAZEAUD, fils unique de Henri et Marguerite, né le 24 septembre 1875 à Limoges, est décédé à Nexon le 22 septembre 1954.

Après ses études de droit à la Faculté de Lille Félix MAZEAUD devient avocat à Amiens, puis comme son père, il va embrasser la carrière de la magistrature. Celle-ci l’emmènera d’abord en Bretagne où le 6 mars 1900 il est substitut à Lannion ; le 15 avril 1902, substitut à Rennes ; le 16 juillet 1904, procureur à Ploërmel ; le 28 novembre 1905, procureur à Pontivy ; le 30 mai 1908, procureur à Quimper. Le 12 mai 1912, il est nommé substitut du procureur général près la Cour d’appel de Lyon, puis à Amiens ou il est 1er président de la cour d’appel.

Le Temps 22 février 1932

Procureur de la République à Lyon pour finir à Paris d’abord Conseiller à la Cour de Cassation en 1936 puis président de la Chambre des requêtes de cette Cour en juin 1941.  Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 29 juillet 1925.

Félix MAZEAUD, président de la Chambre des requêtes de la Cour de Cassation

Très éloigné de La Vigne par son métier, Félix MAZEAUD va malgré tout s’occuper très activement de cette propriété qu’il adore et apporter à cette maison du 19ème siècle le confort du 20ème naissant. Mais, surtout, il va planter beaucoup d’arbres ; des chênes, des tilleuls, des hêtres, des douglas, et beaucoup d’espèces fruitières. Il fait entretenir les châtaigneraies avec soin par les métayers. Il faisait participer ses enfants et petits-enfants à ces plantations et attribuait à chacun d’eux un arbre qui devenait sa propriété personnelle.

Avant la guerre de 1914-1918 à La Vigne

A La Vigne, Félix MAZEAUD était loin de la rigueur et de la solennité des Palais de Justice il aimait la vie et les plaisirs simples de la campagne, par exemple la pêche aux écrevisses. C’était une fête à laquelle participaient les enfants, les oncles. La préparation était déjà une cérémonie avec la mise en état des balances, la découpe des boyaux de lapin, la distribution de bâtons à chaque participant en prévision des vipères. Et puis c’était la descente vers les ruisseaux, en procession. A l’arrivée chacun avait son emplacement et deux ou trois balances à surveiller ; En une après-midi c’est une soixantaine d’écrevisses qui étaient prises aux pièges. Le lendemain, c’était un autre cérémonial, une grande serviette autour du cou, débute la lente dégustation pour laquelle chaque étape dure une éternité pour celui qui n’aime pas ces crustacés : chaque écrevisse est décortiquée, suçotée avec délectation jusqu’à la dernière miette.

Le 14 juin 1899, à Amiens, Félix MAZEAUD épousait Alice de ROUSSEN, née en 1879. Elle décédera en 1964.

Le Figaro, 22 juin 1899

Ils auront cinq enfants : Henri et Léon, les jumeaux nés en 1900, que seuls les membres de la famille pouvaient distinguer, Jean né en 1904, Pierre né en 1908 et Marguerite en 1916.

Félix Mazeaud décède à La Vigne le 22 Septembre 1954, âgé de 78 ans. Lors de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation en Octobre 1955 un hommage lui sera rendu dont on lira le texte en annexe.

Henri MAZEAUD, l’héritier de La Vigne.

Henri MAZEAUD naît le 7 mars 1900 à Limoges. Il décède le 23 octobre 1993 à Paris, à l’âge de 93 ans. Il avait un jumeau, Léon (1900 – 1970), deux autres frères, Pierre (1907 – 1959) et Jean (1904 – ), et une sœur, Marguerite.

Bien avant sa mort, son père, Félix MAZEAUD, avait soigneusement préparé les modalités de sa succession. Dans ce partage, Henri recevait La Vigne. Il n’attend donc pas le décès de son père pour prendre en main la propriété et commencer d’importants travaux dans lesquels il englouti une grande partie de ses revenus.

Il épouse Paule MASSE (1907-1947), fille de Jean Masse et Jeanne DELACOUR, à Corbie, chef-lieu de canton dans la Somme.

Ils ont quatre enfants : Jean (Mai 1926 – Juillet 1926), Marie (1929 -1970), Jacques (1930 -), Frédéric, (1939 – ).

Henri et Léon, font leurs études de droit à Paris jusqu’au doctorat qu’Henri obtient en 1921. En 1926, reçu major au concours d’agrégation des universités, Henry est nommé à la Faculté de Droit de Lille ou il est promu Professeur en 1930. Parallèlement il occupe un poste à Varsovie de 1931 à 1939, où il se rend chaque année pendant un semestre. Il devient directeur de l’Institut Français puis Chef de la Mission Universitaire française en Pologne. En 1939 il est accueilli comme Professeur à l’Université de Paris ou il restera jusqu’à sa retraite.

Henri MAZEAUD, jeune professeur de Droit

En 1939 il est mobilisé et affecté dans l’administration militaire ou il s’ennuie. Il demande alors d’être transféré dans la brigade polonaise comme sous-lieutenant et participe brillamment à la Campagne de Norvège début 1940. Démobilisé, il retrouve sa chaire à Paris. Auprès de ses étudiants il prône la lutte contre l’occupant, puis entre dans la Résistance, devient le chef du mouvement Alliance pour la Picardie et Le Nord-Pas-de-Calais. Les actions qu’il mène lui vaudront de recevoir la médaille de la Résistance et d’être officier de la Légion d’Honneur. En 1944 il s’engage avec le grade de capitaine dans la première division blindée polonaise. La paix assurée, il retourne à Paris. En annexe on lira le témoignage de Roland DUMAS qui bénéficia de l’aide d’Henri MAZEAUD pour obtenir des faux-papiers.

Henri Mazeaud est un personnage de légende dans l’univers du droit privé à la fois par le nombre et la qualité de ses publications et la qualité de ses cours mais aussi pour son parcours non universitaire. Mais on ne peut pas parler d’un MAZEAUD sans évoquer les autres, surtout en droit privé. Léon MAZEAUD était, comme Henri, professeur à l’université de Paris. Engagé dans la résistance il est arrêté à Paris et déporté à Buchenwald. Lorsqu’il en revint, il fonda le mouvement l’Union des déportés dont il devint le président et participa à la création du Rassemblement du Peuple Français (RPF). Jean MAZEAUD, leur plus jeune frère n’était pas universitaire mais magistrat, carrière qu’il termina comme conseiller à la Cour de Cassation.

Les frères ne faisaient souvent qu’un lorsqu’ils publiaient. Leur premier ouvrage fut le « Traité théorique et pratique de la responsabilité » rédigé par Henri et Léon MAZEAUD à partir de 1931. Ils seront rejoints par André TUNC puis Jean MAZEAUD.

L’ouvrage le plus magistral est celui publié par les trois frères Henri, Léon et Jean « Les Leçons de droit civil » publié en 1955 en quatre tomes. Ces leçons constituent à la fois un manuel, grâce aux importants résumés qui précèdent chaque leçon, et un traité, grâce aux développements, notes et lectures qui les complètent. Cet ouvrage a été réédité pour la douzième fois en 2000 par Sabine MAZEAUD-LEVENEUR, petite fille de Léon et son mari, Laurent LEVENEUR.

Dans cette saga on ne peut pas oublier Pierre MAZEAUD, fils de Jean MAZEAUD, qui est né le 24 août 1929 à Lyon. Docteur en droit, juriste, il entame une carrière politique qui le mènera dans différents cabinets ministériels avant qu’il soit nommé Secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs de 1973 à 1976. Député des Hauts de seine de 1968 à 1973 puis député de la Savoie de 1988 à 1998. Membre du Conseil constitutionnel en 1998, il en est le Président de 2004 à 2007.

Alpiniste reconnu, il a dirigé la première expédition française qui a escaladé le mont Everest en 1978 et a atteint lui-même le sommet.

Comme tous les MAZEAUD il a souvent passé des vacances à La Vigne. La proximité de Limoges l’a conduit en 1965 à être candidat aux municipales à la mairie de Limoges ou il est battu par Louis Longequeue.

Pierre MAZEAUD, le jour de sa réception à l’Académie

Henri MAZEAUD est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 10 février 1969 dans la section Législation, droit public et jurisprudence. En annexe on lira le discours de réception prononcé par Alain BARRERE, doyen de la Faculté de droit de Paris.

Henri MAZEAUD en habit d’académicien

Comme son père et son grand-père, Henri MAZEAUD est, par son travail, très éloigné de la propriété de La Vigne. Elle ne sera occupée que pendant les vacances. Mais comme eux il va y consacrer une partie de ses revenus. Il va, petit à petit, acheter des terres et des bois pour que La Vigne présente un ensemble cohérent, sans parcelles incluses dans son périmètre. Mais s’il ne réussit pas à acquérir l’étang de la Forêt, lieu des baignades estivales de tous les vacanciers à La Vigne, en 1971 il va pouvoir enfin ajouter au patrimoine familial le moulin de la Mazaurie, convoité depuis plusieurs générations avec les terres qui l’entourent. Ce moulin appartenait à Emile PRADEAU, fils de l’ancien meunier, qui était greffier à Senlis.  Après avoir tout d’abord consentit à le louer il finit par le céder. L’achat fut réalisé avec des fonds provenant de tous les enfants d’Henri et à leurs noms.

Vue vers le moulin de La Mazaurie depuis la terrasse de La Vigne

Les bâtiments bénéficient eux aussi de nombreux travaux d’amélioration afin d’assurer aux résidents un confort conforme à l’époque et rendre la maison habitable en toutes saisons : WC, chauffage central, toitures, allées, …

La maison en 2018

Henri MAZEAUD décède le 23 octobre 1993 à Paris, à l’âge de 93 ans.

C’est Jacques MAZEAUD l’un des quatre enfants d’Henri qui reprend La Vigne en indivision avec son fils Denis. La Vigne reste une demeure de vacances. Jacques n’a pas embrassé la carrière juridique et s’est orienté vers un métier technique, celui de la reprographie. Il a réalisé pratiquement toute sa carrière chez Kodak. Il a épousé Chantal DAURIAC et ils ont eu trois enfants dont Denis, né en 1956, professeur de droit à l’université Panthéon-Assas.  

 A la retraite Jacques s’installe à Limoges. Il vient presque tous les jours à La Vigne et chaque été le domaine résonne des cris joyeux des enfants qui retrouvent les gestes de leurs ancêtres.

ANNEXES

L’arrivée de l’électricité et du téléphone à La Vigne

En 1929 une modeste ligne électrique arrive jusqu’à La Vigne, juste suffisante pour l’éclairage de la maison. Avant cette date, la lampe à pétrole était reine pour les pièces principales, secondée par les bougies. La puissance ne permet d’installer qu’une ampoule dans chaque pièce et rarement une prise.

Par la suite la puissance installée permis d’alimenter un minimum d’appareils électriques et d’améliorer l’éclairage et en 2000-2001 une installation moderne et aux normes a été réalisée.

Jusqu’en 1953, il n’y avait pas de téléphone à La Vigne. Pour téléphoner, il fallait courir à Valette, lieu le plus proche où se trouvait un appareil accessible au public, dans la maison de la famille DEZON. Le télégramme palliait souvent ce manque de communication, il était porté jusqu’à La Vigne, en vélo, par des Nexonnais de bonne volonté.

En 1954 la santé de Félix MAZEAUD déclinant sérieusement, il devenait indispensable de disposer d’un moyen de communication rapide. Son fils Henri fit de nombreuses démarches et obtint, courant 1954, un branchement sur Nexon, via Saint Hilaire les Places, avec le numéro 17. En 1965 un grand progrès a lieu avec un branchement direct sur Nexon, avec le numéro 117, pour devenir aujourd’hui le 05 55 58 11 17.

Hommage au Président Félix Mazeaud, lors de l’audience solennelle de rentrée de la Cour de Cassation le 3 octobre1955.

« Monsieur le premier président Mazeaud a laissé à la Cour de cassation un grand souvenir.

Je n’ai eu l’honneur de le rencontrer qu’une seule fois, alors que, déjà à la retraite, il venait au Tribunal de la Seine assister à la remise de la croix de la Légion d’honneur à son fils, notre collègue Jean Mazeaud.

Il avait conservé ce regard aigu, qui avait dû, en dépit de sa bonté, intimider tant de jeunes magistrats. Je le fus pour ma part, frappé par une réserve et une discrétion qui n’excluaient cependant pas une irrésistible impression d’autorité.

Né à Limoges, en 1875, lauréat de la Faculté de Lille, monsieur Mazeaud est entré dans la magistrature en 1900 ; et nous pouvons penser que s’il a choisi d’être juge, c’est dans un libre mouvement vers une activité toute dominée par la morale.

Tout de suite, il s’est imposé par des qualités exceptionnelles : « Grand travailleur, magistrat remarquable par son savoir, son intelligence et la finesse de son esprit ». Telle est l’appréciation des chefs de Cour sur le jeune magistrat qui avait devant lui le plus bel avenir.

Après quatre ans passés en Bretagne, à Lannion, à Rennes, à Quimper enfin où il succède, comme procureur, à monsieur Le March’hadour, dont nous n’avons pas perdu le souvenir, il est nommé, en 1908, substitut du Procureur Général, à Lyon. Il a trente-trois ans.

C’est dans ce grand ressort, où déjà il a su donner toute sa mesure, que le surprend le conflit de 1914. Il part comme commissaire du Gouvernement dans un Conseil de guerre. Il exerce ses fonctions sur le Front, il y reçoit la Croix de guerre et, lorsque les chefs de la Cour de Lyon le présentent en vue de sa nomination au poste d’avocat général, ils rappellent les services qu’il a rendus dans ces juridictions militaires et les épreuves auxquelles il y a été soumis, ils ajoutent qu’elles sont un nouveau titre et non des moindres à l’avancement qu’il mérite.

Cet avancement, monsieur Mazeaud l’obtiendra bientôt : avocat général, puis chef du Parquet de la seconde ville de France, il a à connaître des affaires les plus importantes, et fait apprécier son tact et sa fermeté, aussi est-il placé, en 1927, à la tête du Parquet général d’Amiens. Pendant dix ans, monsieur Mazeaud exercera les plus hautes fonctions judiciaires de cette Cour, dont il deviendra premier président, en 1930.

Et c’est ainsi qu’une nouvelle carrière s’ouvre devant lui, celle de magistrat du Siège qu’il commence par les sommets. Il y sera vraiment lui-même, je veux dire : un grand juriste.

Sa réputation, déjà, s’est étendue au-delà des frontières ; il avait été appelé, en 1925, à, faire, en Pologne, une série de conférences sur l’institution du jury en France, qui contribuèrent au prestige de notre pays.

A Amiens, le premier président Mazeaud imprimera à la jurisprudence la marque de sa forte personnalité, notamment en ce qui concerne la protection de la famille ; mais c’est surtout en matière de responsabilité qu’il va prendre parti sur de nombreuses questions que le développement de la science et de la technique rend à la fois nouvelles et fréquentes.

Aussi ces questions deviennent-elles sa spécialité lorsqu’il vient siéger, à partir de 1956, à votre Cour.

La responsabilité civile, nous savons tous combien le nom de Mazeaud est attaché à ce domaine, si important en droit moderne. Eh bien ! messieurs, la plupart des arrêts rendus alors en cette matière, et qui vont orienter la jurisprudence, sont le résultat de ses travaux.

C’est ainsi qu’il sera appelé à occuper un des premiers postes de la magistrature française : la présidence de la chambre des requêtes lui est bientôt confiée.

Pendant cinq ans d’un labeur écrasant, il préside cette assemblée qui, déjà sous l’Ancien Régime, réglait le rythme des affaires au Conseil des parties, et dont la disparition s’est fait sentir dans l’afflux des causes civiles et commerciales toujours plus nombreuses.

C’est là qu’il rend le premier arrêt formel sur le calcul de l’indemnité d’après la valeur du dommage au jour où la décision est rendue. C’est là qu’il affirme encore une fois son attachement à un certain idéal moral et social qui a été celui de toute sa vie.

C’est que, dans toute l’acception du terme, monsieur le premier président Mazeaud a été ce que l’on appelait jadis, un grand libéral.

Un grand libéral, c’est un homme qui, dans le libre jeu de sa propre personnalité, garde un respect profond de la personne et de la dignité humaine.

Un grand libéral, monsieur le premier président Mazeaud l’a été avec sérénité, mais aussi avec courage. Aux jours sombres de l’occupation, il a refusé d’accepter ce que d’aucuns appelaient l’ordre et qui n’était que la cristallisation d’un affreux désordre.

Ses trois fils s’étaient jetés dans la résistance active, où ils ont fait partie du groupe « Alliance ». En avril 1944, Léon Mazeaud est arrêté alors qu’il transmettait par radio des renseignements sur les aérodromes ennemis. Il ne rentrera qu’en 1945, après avoir subi le martyre des camps allemands.

Cette déportation, elle avait été pour le président Mazeaud, un coup terrible, il le supporta avec le courage de l’homme fort : en mai 1944, alors que son fils venait de tomber aux mains des Allemands, il avait refusé, sous la menace du revolver, de saluer un drapeau de la milice.

Père des professeurs Henri et Léon Mazeaud, et de notre collègue, le conseiller Jean Mazeaud, il était lui-même fils de magistrat. Dans ce foyer, qui était vraiment la maison des juges, il vivait avec simplicité et noblesse. Imprégné de culture classique, il appartenait à une génération où l’on lisait encore le latin.

Aimant les livres et la musique, ses seules distractions étaient d’aller au concert ou de lire à ses enfants, le soir, les grands classiques ; il adorait Racine.

Les vacances, cependant, le ramenaient à la montagne, car l’équilibre de sa nature avait permis à cet homme de cabinet d’être aussi un sportif : ne l’a-t-on pas vu, à soixante ans, se briser une jambe en faisant du ski.

Aussi, dans la retraite, il est resté un grand serviteur. Lui qui s’était dévoué à notre vieille amicale, dont il fut président, avant la création de l’Union fédérale, il se consacra désormais à la Commission supérieure des dommages de guerre, tout en continuant à donner son concours à l’association Capitant et à rédiger pour le Sirey des notes nombreuses et remarquées.

Et puis, l’hiver dernier, à la suite d’un refroidissement, il s’est alité. Quelques jours après, il s’est éteint dans son sommeil, avec calme et sans souffrance.

Il avait gardé jusqu’au bout cette sérénité qui est la marque d’une certaine qualité d’âme. Un grand magistrat et un grand Français nous avait quittés pour toujours.

A madame Félix Mazeaud, aux professeurs Léon et Henri Mazeaud, à notre collègue Jean Mazeaud, nous adressons nos condoléances les plus émues.

Témoignage de Roland DUMAS

Roland Dumas, Le Fil et la Pelote : Mémoires – Plon -1996

La deuxième personne à laquelle je me suis adressé était le professeur Henri Mazeaud, professeur de droit civil chargé de la première année de licence a la faculté de Paris. Ils étaient deux frères jumeaux, Henri et Léon. Leur ressemblance était telle qu’on les prenait l’un pour l’autre. ]’avais entendu dire que Henri Mazeaud émaillait ses cours de propos favorables à la Résistance. Il fallait du courage pour parler de la sorte dans un amphithéâtre ouvert au public, devant un parterre d’étudiants dont les appartenances étaient diverses, au début de l’année 1944. Me prévalant de ma situation universitaire, je lui rendis visite à la fin d’un de ses cours. C’était un homme grand, mince, l’air grave. Il ne souriait jamais. Il me conseilla de ne plus mettre les pieds à la faculté de droit, imaginant que mon « affaire » de Lyon m’avait suivi et avait laissé des traces et que le premier travail de la police serait de me rechercher place du Panthéon.

Quand je lui dis que j’étais sans papiers d’identité, il m’adressa au greffier en chef de la faculté avec lequel il entretenait les meilleures relations et qui s’occupait du travail administratif, en particulier des inscriptions. Je compris par la suite qu’il était lui-même engagé dans la Résistance. Bonacorssi était connu de tous les étudiants. Il me reçut dans son bureau, ferma les portes, me donna rendez-vous pour le lendemain. Il me remit une fausse carte d’identité. J’étais désormais Robert Faure, né à Bourges. J’avais en même temps une panoplie de papiers d’inscription à la faculté sous ce nom.

Henri Mazeaud me reçut chez lui, rue Lesueur, pour me présenter à un chef de commando de la région parisienne avec lequel je repris mes activités. Interdit de séjour à la faculté de droit, je me rendis dans un établissement où je n’étais pas connu : l’Institut des études hispaniques, rue Gay-Lussac, ou j’avais, à tout hasard, pris une inscription qui n’avait pas eu de suite. Le directeur en était Marcel Bataillon. Je connaissais Marcel Bataillon, professeur d’espagnol à la Sorbonne, de réputation. Il avait fait partie du Comité des antifascistes des années trente.

Candidat pour le compte du Front populaire en Algérie, il avait reçu l’appui d’André Malraux, venu faire campagne pour lui car la réunion publique n’était pas son fort.

De ces quatre années de grande vadrouille, je gardai la « blessure singulière » qui ne se referme jamais, selon le mot du poète, mais aussi le souvenir exaltant de gens simples et généreux, de trois professeurs d’université qui, sans le savoir, s’étaient relayés pour m’aider à franchir la partie du chemin qui fut la plus difficile pour moi. Tous trois, Henri Mazeaud, Marcel Bataillon, Charles Cestre, moururent très âgés. Je me suis toujours plu à croire que la beauté de l’âme est pour quelque chose dans la longévité du corps.

Réception de Henri Mazeaud à l’Académie vendredi 23 janvier 1970

Allocution de M. le Doyen Alain Barrère

Monsieur le Président,

Messieurs les Membres de l’Institut,

Mon cher collègue,

Mesdames, Messieurs,

En accueillant parmi les siens un professeur de notre Faculté, l’Académie des Sciences Morales et Politiques a tenu à rendre hommage à son talent, à sa compétence et à la grande part qu’il a prise au développement des disciplines juridiques.

En même temps, elle permet à notre Maison de recevoir, en cette occasion, de nombreuses personnalités qui, à des titres divers, se réclament de préoccupations identiques aux siennes. Mais aussi se rassemblent ceux qui, lui ayant apporté en un moment de leur vie leur propre activité, n’ont pas cessé de lui appartenir. A tous ces amis que le Doyen de la Faculté accueille avec joie, je tiens à dire merci. Vous me permettrez aussi d’adresser à Monsieur le Président René Cassin, professeur honoraire de la Faculté, Prix Nobel de la Paix, l’expression de nos sentiments d’admiration et de respectueux attachement.

C’est sans nul doute, Monsieur et cher Collègue, dans l’atmosphère familiale qu’a pu naître et se confirmer votre vocation de juriste, puisque aussi bien les hommes de droit vous ont toujours entouré et vous entourent : votre grand-père fut un haut magistrat, votre père était Premier Président honoraire de la Cour de cassation, où l’un de vos frères siège comme Conseiller, alors que l’autre est à vos côtés dans notre Faculté.

Cette vocation s’est affirmée bien vite en vous, puisque, à 19 ans, vous obteniez à Lyon votre licence et que deux thèses remarquées vous valaient, deux ans plus tard, le grade de docteur. Votre orientation paraît, dès cette date, précisée : vous vous orientez vers la préparation de l’agrégation de droit privé. Vous faites vos premières leçons en 1924, à la Faculté de Droit de Lille qui vient de vous offrir une charge de cours. Déjà votre jeune enseignement connaît ses premiers succès ; ils ne tardent pas à mériter la consécration : elle vous est donnée par la place de premier qui vous échoit à la sortie du concours de 1926. Vous revenez ainsi agrégé à la Faculté de Lille qui a vu vos débuts de professeur.

Commence alors une carrière scientifique, épanouissement des promesses que renferment vos thèses de doctorat et qui se poursuivra, qui se poursuit encore, sans retours, ni défaillance. Il ne m’appartient pas d’en retracer les étapes et les œuvres marquantes ; ceci sera fait par une compétence plus autorisée que la mienne, mais je puis dire que l’enseignement et la recherche sont toujours demeurés en vous étroitement associés.

C’est dans cette atmosphère de travail que votre carrière se déroule. En 1930 vous êtes nommé professeur titulaire à Lille ; vous y demeurez en tout quatorze années, trop brèves assurément pour le souhait de vos collègues et de vos étudiants. Mais Paris vous appelle.

Notre Faculté vous confie en 1938 la charge du cours d’enregistrement et, dès le 1″ janvier 1939, vous occupez un poste d’agrégé.

Mais, entre-temps, votre notoriété scientifique a déjà attiré sur vous l’attention des juristes étrangers. On vous demande en Pologne et, conscient de l’importance du rayonnement intellectuel de la France à l’étranger, vous acceptez le poste de professeur qui vous est offert par l’Université de Varsovie, où vous devenez bientôt Directeur de l’Institut français, puis Chef de la Mission Universitaire française en Pologne.

Vous me permettrez d’évoquer un nom : celui du collègue qui fut alors appelé de Toulouse à Paris pour vous suppléer pendant votre séjour polonais. Je dois personnellement beaucoup trop au professeur Jean Plassard, pour ne pas profiter de l’occasion qui m’est ainsi offerte d’évoquer son nom. Mais, pour lui, comme pour vous, la guerre allait interrompre la carrière universitaire.

Vous êtes appelé par la mobilisation en septembre 1939 et versé dans l’administration militaire. Mais votre ardeur ne peut se satisfaire de ce poste et vous demandez votre affectation dans une unité combattante. On se souvient alors de votre récent séjour en Pologne, de la réussite qui a marqué vos efforts, comme vous-même sans doute voulez témoigner de votre amitié pour la nation qui vous a accueilli. Aussi êtes-vous demandé dès le mois d’octobre par la Mission militaire franco-polonaise.

Toutefois, ceci ne saurait vous suffire ; et lorsque se prépare l’expédition de Norvège, vous voulez être affecté à la Brigade polonaise qui va se diriger vers le nord de l’Europe. Vous êtes alors nommé sous-lieutenant. Puis après avoir demandé votre mutation dans l’infanterie et avoir été affecté au détachement français qui part pour la Norvège, vous participez à la campagne de Narvik, où votre bravoure est signalée par une élogieuse citation à l’ordre de la Division.

L’armistice vous ramène en France par un détour à Casablanca et vous allez pouvoir reprendre votre place à la Faculté de Paris, pour enseigner. désormais votre matière de prédilection : le droit civil.

Vous y êtes bientôt nommé professeur sans chaire, puis professeur titulaire, à la suite d’un vote du Conseil qui fait sur votre nom l’unanimité des votants, lesquels sont, à l’époque, au nombre, qui nous laisse aujourd’hui songeurs, de 22.

Mais le hasard des attributions de chaires, au gré des vacances de cette époque troublée, vous a réservé ses malices. Puis-je me permettre de relever que la fiction administrative fait alors de vous un professeur d’économie politique ? Mais tout rentre bientôt dans l’ordre, dans l’ordre du droit et de la raison, puisque vous êtes bientôt muté de la chaire d’économie et législation industrielle dans celle de droit civil que vous ne quitterez plus.

Allez-vous demeurer calmement à dispenser vos cours et à commenter les arrêts, alors que la France est encore aux prises avec les malheurs de la guerre ?

Vous n’avez pas tardé, du haut de votre chaire, à préciser à vos étudiants vos sentiments sur le devoir de continuer la lutte. Mais ce serait mal vous connaître qu’imaginer qu’il vous serait possible de rester inactif.

Vous entrez dans la résistance où vous êtes bientôt chef de secteur au réseau Alliance, ayant sous votre autorité la direction du secteur Somme-Oise-Seine-Inférieure et celle du secteur Nord-Pas-de-Calais que vous avez entièrement reconstitué à la veille de la Libération. Faut-il dire que vous procédez de votre appartement parisien à des émissions de radio clandestines, participez à la rédaction et à la diffusion de la presse de la Résistance, que vous procurez aux étudiants désireux d’échapper au service du travail obligatoire les papiers qui leur sont nécessaires ? La croix d’officier de la Légion d’honneur, une citation à l’ordre de l’armée et la rosette de la Résistance viendront consacrer l’importance de votre action, car vous vous êtes engagé au mois d’octobre 1944 à la 1re division blindée polonaise et vous avez fait les campagnes de Hollande et d’Allemagne.

La paix revenue, vous reprenez place à la Faculté ; vous continuez l’œuvre un moment interrompue pour des tâches plus immédiates et autrement exigeantes.

Votre maîtrise scientifique va s’affirmer avec une autorité reconnue, même par ceux qui ne partagent pas vos opinions ; elle sera invoquée dans les travaux de vos collègues, dans les controverses juridiques, comme dans les conseils et les congrès.

L’étranger veut bénéficier de votre savoir. Commencent alors ces nombreux périples qui vous mèneront en Belgique, en Suisse, au Canada, en Amérique Latine, en Afrique du Nord, en Afrique Noire, en Asie, en Océanie. Honorant votre compétence et consacrant votre œuvre, les titres de docteur honoris causa vous sont conférés par les Universités de Liège et de Montréal, vous êtes nommé à des grades importants dans les ordres étrangers, alors que vous étiez déjà chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1938, officier depuis 1948 et Commandeur des Palmes Académiques en 1961.

Il ne me revient le soin ni de parler de votre œuvre scientifique, ni de votre emprise sur vos collègues. ni de la formation donnée à vos élèves. Il me reste à dire qu’une nouvelle consécration vous attendait : celle que l’Institut de France vient de vous accorder. Là encore, il m’appartient de m’effacer devant plus autorisé que moi. Mais, par contre, me revient le soin de vous dire que ce n’est pas sans fierté que la Faculté voit encore un de ses membres accueilli par l’Illustre Compagnie. Notre Maison cède-t-elle à un sentiment égoïste en pensant qu’à travers ses professeurs, c’est aussi ce qu’elle représente qui est honoré et l’importance de sa mission qui est reconnue ?

Comme nous vous félicitons de l’hommage rendu à votre science et à votre talent, nous nous félicitons nous-mêmes de l’honneur qui rejaillit sur notre Faculté !