Une histoire illustrée de nexon
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Roland LESAFFRE n’est pas né à Nexon, il n’y a vécu que quelques mois lorsqu’il avait 13 ans mais il a toujours gardé un très fort attachement à cette commune. Quand, dans les années 1950, il a commencé à tourner des films avec les vedettes de l’époque, Jean GABIN, ARLETTY, Michèle MORGAN, Simone SIGNORET …, les nexonnais suivaient avec attention sa carrière.

Au mois d’août, quand il était dans la fermette qu’il avait acheté en 1965 au Mazaubert sur la commune de Pageas, il venait assister aux spectacles et aux expositions du Cirque. En témoigne cette lettre, illustrée d’un dessin de Béoc le représentant, qu’il adresse aux organisateurs. Il ne manque pas de leur demander, comme il le fait dans toutes ses lettres, de demander de serrer la main « à son pote René Rebière » qu’il avait connu lors de son séjour de jeunesse à Nexon.

 

Sur un dessin d’Albert ROCH dit Béoc, dessinateur belge. 

Raconter la vie de Roland LESAFFRE nécessiterait que j’y consacre des dizaines de pages. Je vais me contenter de rappeler sa jeunesse en insistant sur son passage à Nexon et les témoignages qu’il a donnés lors de ses visites aux soirées du Cirque.

I- La jeunesse de Roland LESAFFRE.

Roland LESAFFRE est né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand. Son père, d’origine belge, servait dans l’armée, sa mère était blanchisseuse. Ses parents se sont désintéressés de lui de bonne heure et il fut placé en nourrice.

Il considère que son enfance n’a pas été très heureuse et n’en parle jamais. Il l’explique dans MATAF, son livre biographique : « Quand je dis : « Je ne me rappelle pas », c’est que, vraiment je ne me rappelle pas. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. » (Page 18).

Ses souvenirs partent de sa douzième année. Il dit être allé au camp de Jeunesse à Feytiat ou il calait les roues des avions, balayait la cour… Mais il n’y a pas de Chantier de Jeunesse à Feytiat et les allemands n’y avaient pas d’avions en 1941 ! Il dit qu’étant une forte tête et très indiscipliné il a été envoyé en camp disciplinaire à Rochechouart. Or je ne trouve aucune trace de ce camp ou chantier de Jeunesse !

En réalité il est à Nexon. Son père est gardien au camp mais il ne veut pas en parler. M. FAYE, l’un des gardiens note à plusieurs occasions le nom de LESAFFRE sur les carnets qu’il tenait (Carnets montrés par sa nièce par alliance de Josette DUGOT).

Le 13 mai 1944, M. Lesaffre va à Limoges.

Pourtant il aime Nexon. Dans plusieurs des interviews qu’il a donnés il dit que c’est à Nexon qu’il a appris le sport, et on en a la preuve grâce à sa licence à l’Association Sportive Nexonnaise pour l’année 1941, il a alors 14 ans.

Il pratique l’athlétisme, en particulier la course, 100 m, 200 m et 400 m, distances ou il brillera lorsqu’il sera dans la Marine. Il a été sélectionné pour les championnats de la Haute-Vienne en minimes …

Il débute la boxe à 15 ans. Où ? Il dit que c’est à Rochechouart ou il serait allé en camps de Jeunesse disciplinaire à cause de son fort caractère. Il a continué à Brive.

D’après son autobiographie il a rejoint cette ville après avoir obtenu de bons résultats scolaires afin d’entrer dans une école industrielle des Compagnons de France. Il y pratique beaucoup le sport ce qui lui donne une certaine liberté. Un soir de 1943 on prévient les élèves que les Allemands vont venir pour les embarquer. On les invite à partir dans plusieurs directions. Avec un camarade ils marchent dans la nuit à travers bois jusqu’à ce qu’ils soient interceptés par des maquisards. Ils sont conduits au cantonnement d’Adolphe PONTHIEU, alias Dodo. Ils son acceptés mais du fait de leur jeune âge, à peine 16 ans, il est affecté au groupe « As de trèfle ». Il continue à pratiquer du sport mais surtout il découvre la vie au grand air, la vie dans les bois, la fraternité. Il participe à des actions commandos et à la Libération de Brive il reçoit son certificat de maquisard.

Il monte dans le premier train en partance. Il va vers la Côte d’Azur. Dans le compartiment un Monsieur engage la conversation. Il va à Toulon, lui parle de la Marine. Il le suit, passe une journée chez lui et se présente pour s’engager à l’Ecole des Fusiliers Marins. Il signe son engagement le 20 octobre 1944 et se retrouve à l’Ecole des Fusiliers Marins à Siroco, une île près d’Alger. Il apprend à faire la guerre, la devise de l’Ecole est « Tuer sans être tué » amis il apprend surtout à obéir. La discipline est dure, les exercices nombreux, la vie spartiate…

Il avait comme second maître, c’est-à-dire sergent, un certain MONCORGÉ. Il ne le connait que sous ce nom mais il apprend vite qu’il est acteur et connu sous le nom de Jean GABIN. A 39 ans, alors qu’il était sous contrat avec la Fox et vivait à Los Angeles avec Marlène DIETRICH, il quitte les Etats Unis et en avril 1943 s’engage dans les Forces Navales Françaises Libres…

C’est par le sport qu’il devient très proche de son chef. Il représente la Marine en boxe, gagne le 200 et le 400 mètres. Il s’entraine avec Marcel CERDAN, futur champion du monde, qui était simple matelot à la base maritime d’Alger ; il courre avec Alain MIMOUN, futur champion Olympique du Marathon…MONCORGE va avec lui à la salle de boxe, paye le casse-croûte, lui demande de porter des lettres à « sa femme » qui loge à l’hôtel. Il ne sait pas que c’est Marlène DIETRICH, il ne l’apprendra qu’en 1950 lorsqu’il assiste à une projection de L’Ange bleu.

Il embarque pour l’Indochine sur le bateau amiral, l’Emile Bertin, commandé par l’amiral Thierry d’ARGENLIEU. Il y connait les combats dans la jungle contre les Japonais et les plaisirs du sport et de l’amour pendant les permissions à Saïgon. Sa conduite lui vaudra la Croix de Guerre.

Puis c’est la Chine à bord du Suffren. Blessé, miné par le paludisme il est rapatrié à Toulon au début de l’année 1947. Après sa convalescence il est affecté à la base de Toussus le Noble ou il suit les cours pour devenir moniteur de sport. Il s’entraine à la boxe au Racing et en athlétisme au Bataillon de Joinville. Grace à Daniel GUERIN, écrivain, fils de grand bourgeois il découvre Saint Germain des Près, les nuits chaudes, les artistes, en particulier Léonor FINI mais aussi la littérature, et l’art dramatique. Ses titres de champion militaire en boxe, recordman du 200 mètres, champion militaire du 400 mètres, décoré de la médaille militaire du sport par le général de LATTRE de TASSIGNY, lui servent de passeport et lui procurent le respect de tous.

Un jour un photographe l’invite sur un plateau pour voir un tournage. Il s’agit du film de Marcel Carné, La Marie du Port, avec Jean GABIN. Sa vie bascule ? Il suit les cours de Maurice ESCANDE au théâtre Daunou mais rate l’entré au Conservatoire.

Il est démobilisé en septembre 1949. Il est engagé pour des petits rôles par Jean GREMILLON, Marcel CARNÉ … Il n’a plus besoin d’être moniteur de sport. Il peut vivre du cinéma…

Sa grande chance lui est donnée dans « L’air de Paris », où il incarne un boxeur, aux côtés de Jean GABIN et sous la direction de Marcel CARNÉ, ses deux parrains. Le film remporte de nombreuses récompenses. Roland, lui, est lauréat du prix populiste du cinéma français. Sa carrière est, dès lors, lancée.

                Jean Gabin, Roland Lesaffre

Jean Carné, Jean Gabin et Roland Lesaffre

II – Marcel LESAFFRE et le cirque à Nexon

Depuis 1965 Roland LESAFFRE possède une fermette en plein milieu des bois, au bord d’un étang au Mazaubert à Pageas.

Le Populaire, 5 aout 1971

Dès qu’Annie FRATELLINI installe son Ecole du Cirque à Nexon il en sera un fidèle spectateur. En effet il se considère comme un saltimbanque et c’est donc naturellement qu’il est devenu l’ami d’Annie et de Pierre ETAIX, ses voisins de la rue de Caulaincourt, cette rue de Montmartre ou des peintres comme MODIGLIANI, TOULOUSE-LAUTREC, RENOIR … eurent un atelier.

Le 4 aout 1991 Roland  LESAFFRE ne peut être présent à Nexon. Il adresse un télégramme à Annie FRATELLINI et Pierre ETAIX et le même jour il écrit à René REBIERE.

Télégramme remis par téléphone le 4 aout 1991 à 18 h 32.

Les lettres de Roland LESAFFRE sont étonnantes. Elles comportent toutes sa photo du 10 juillet 1986, jour  ou il a reçu la Légion d’Honneur à titre militaire. La liste de ses décorations est impressionnante, il en est fier mais il sait aussi qu’il ne les a pas gagnées seul, ses camarades de combat étaient à ses côtés.

Lettre du 4 aout 1991

Le 30 aout 1992 c’est à Marc DELHIAT qu’il adresse une lettre de remerciement pour l’accueil qui lui a été réservé lors de son passage à Nexon. C’est le même papier qu’il utilise mais ici il annote la liste des décorations « Ces décorations …ce sont mes camarades morts à 20 ans qui les méritaient ».

Lettre du 30 aout 1992

Depuis 1977 Marcel CARNÉ ne tourne plus, la nouvelle vague du cinéma a pris la place mais l’amitié de Roland est indéfectible.

Marcel âgé, il a 20 ans de plus que Roland…

Le 31 octobre 1996 Marcel décède, Roland est son légataire universel.

En Juillet 1997 il est venu visiter l’exposition de sculptures et de dessins de Philippe ARNAULT « Les équilibristes » et il signe le livre d’or :

Dédicace au Livre d’Or, juillet 1997

Mais cette année-là son cœur est triste car, dans la nuit du 1er au 2 juillet 1997, son amie Annie a tiré sa révérence et s’en est allée. Il lui rendra un vibrant hommage le vendredi le vendredi 1er aout en coupant le ruban inaugural du Festival et en lisant la belle préface qu’elle avait écrite pour le livre de RAMUZ, Le Cirque.

« Pour bien parler du cirque

il faut être poète.

Parce que seuls les poètes savent

voir

ce qui échappe à la réalité.

Seuls les poètes ont raison.

Je me souhaite quelquefois d’échapper

au quotidien

pour avoir enfin le droit de rêver…

Comme les poètes.

Ce métier qu’est le cirque

– car c’est un métier –

est rude.

C’est pourtant parce qu’il est rude

qu’il en devient plus grand.

Un sacerdoce,

plus encore qu’une vocation.

Ceux qui le pratiquent

ne s’en rendent pas toujours compte.

Heureusement. C’est ce qui fait leur

humilité :

c’est dans ce rond

Perfection

que l’on gagne son paradis.

Acrobate

ou clown.

Survie.

Le clown c’est le poète en action

écrivait Henry Miller.

Si le clown vit,

travaille en poète,

le poète seul sait le décrire,

Et peut rêver autour du cirque.

Même s’il n’est pas un clown…

Le clown sauta si haut, si haut

qu’il creva le plafond de toiles

Au son du cor et du tambour,

Et, le cœur dévoré d’amour,

Alla rouler dans les étoiles,

écrivait aussi Théodore de Banville.

Voilà, le mot amour est prononcé.

N’est-ce pas d’amour dont il est

question

quand on est clown,

un vrai ?

La passion dévore.

L’amour sonne plus doux.

C’est aussi d’amour dont parle surtout

Ramuz,

quand il écrit Le Cirque.

Et puis de naissance, enfin de

renaissance ou de métamorphose.

“- Miss Anabella -… Ici on est déjà

plus grande qu’on était dans la vie

de tous les jours, comme elle voit

quand elle se regarde, et le miroir

descend du plafond au plancher.

Elle s’y dédouble tout entière, née

d’elle-même, elle existe deux fois ;…

N’est-ce pas ce même miracle que

celui

qui consiste pour le clown

à se revêtir,

à se maquiller…

Pour oublier

et n’être plus qu’un clown-mystère

sans fin.

Dédoublement ou effacement…

pour renaître plus vrai.

“ … Elle n’a plus été que musique…

s’envolant, retombant… Elle monte,

elle redescend… elle avait crevé la

toile et elle avait fui par le trou… »

Les dernières paroles de mon père :

“ Ferme la toile. »

Elle ne s’est pas fermée.

Il a pu ainsi s’envoler,

Comme je voudrais le faire le

moment venu.

Mais à chaque fois que j’entre dans

ce rond de terre

et de sciure,

N’est-ce pas ce que je fais ?

Si un jour je n’avais plus la sensation

du mystère “ sacré »

alors, oui, je m’envolerais. »

Annie Fratellini

La vie continue pour Roland. Il tourne encore des films et des téléfilms. Il gère sa société d’achat de films, il vient souvent à Pageas…


Roland LESAFFRE dans son bureau en 1981

Le 3 Février 2009 Roland LESAFFRE décède au petit matin, à Paris à l’âge de 81 ans. Il est enterré avec son ami Marcel Carné, au cimetière Saint Vincent sur la rue Caulaincourt moins connu que le cimetière de Montmartre. Ils font tombe commune pour l’amitié indestructible qui unissait Marcel et Roland soit éternelle.

La tombe de Marcel Carné et de Roland Lesaffre 

 

Nous invitons tous ceux qui voudraient le connaître un peu plus de lire son autobiographie Mataf, matelot en argot, publiée en 1991 chez Pygmalion devenue depuis 2003 un département de Flammarion.

 

Et pour ceux qui n’auront pas le temps de lire MATAF quelques photos, des interviews et sa filmographie.

 

Repères Biographiques

Né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Décédé à Paris le 03 février 2009.

7 mai 1956/4 avril 1962 – Marié à l’actrice japonaise Yoko Tani.

                                                                     

 

Sa jeunesse

1941/ 1943 – Nexon, Feytiat, Rochechouart, « Compagnons de France ».

1943/1944 – Maquis de Corrèze, à l’As de Trèfle sous les ordres de Hervé Vaujourd, René Jugie et Georges Guingouin, à l’âge de 16 ans.

1944/ 1949 – Cinq ans de Fusiliers Marins. Quartier Maître Fusiliers. Second Maître de Réserve.

Campagnes Militaires :

– Débarquement de France, Algérie, Indochine, Philippines, Pacifique.

– Deux ans sur le croiseur Emile Bertin au P.C. de Commandement de l’Amiral Auboyneau et Thierry d’Argenlieu.

– Un an sur le croiseur Suffren.

– Débarquement en Indochine au Cap St Jacques et Plaine des Joncs.

– Libération de Saigon contre les Japonais, 1945.

– Campagne du Tonkin aux côtés du Général Leclerc, 1946.

1945 – Ala fin de la guerre, après la bombe d’Hiroshima, reste encore un an avec le croiseur Emile Bertin à aider à rapatrier les Français de la Chine Centrale et de la Chine du Nord.

Décorations officielles

1986 – Légion d’Honneur à titre militaire n° 377 CV 86.

Remise de la Légion d’Honneur le 10 juillet 1986, de gauche à droite : Yoko Tani, Claude Autan-Lara, commandant Paul-Louis Weiller, Marcel Carné, Roland Lesaffre, le réalisateur Jean Delannoy.

1989 – Officier Ordre National du Mérite n° 2554 C 89 remise à Paris par le Président de la République François Mitterrand à L’Elysée.

Décoré par le Président Mitterrand- avril 1989

1983 – Officier Ordre des Arts et Lettres.

1986 – Croix de guerre avec citations, 1939/ 1945 + Croix de guerre des moins de 20 ans + Carte des Combattants des moins de 20 ans, n° 4443 + Diplôme Médaille du Combattant des moins de 20 ans, n° 005861.

1943 / 44 – Maquis de Corrèze et Limousin. Décorations et Diplôme des Anciens de l’Armée secrète. (Combat-A-S-Mur-Réseaux) Roland Lesaffre, n°539.

Barrettes :

– Libération, Méditerranée, Indochine, Algérie, engagé volontaire

– Extrême-Orient.

– Croix du Pacifique de Mac Arthur, décernée aux Fusiliers Marins de Leclerc.

– Médaille des blessés, « Les Eléphants ».

– Port de la Fourragère Rouge gagnée par la Section de l’Ecole des Fusiliers Marins commandée par Monsieur l’Officier des Equipages Magadur.

1946 – Champion militaire (boxe) et champion des Jeux Interalliés en 1945 (Rome).

1945/46/47 – Champion de Boxe de la Marine.

1948/49 – Finaliste des Championnats d’Europe Militaire Athlétisme au 400 m. plat.

22.9.49 – Quitte la Marine après avoir été sélectionné en 1948 pour les Jeux Olympiques de Wembley, au relais 4 x 400 m. Détenteur du record du 200 m. et 400 m. de la Marine, en athlétisme.

22.9.49 – La Marine Nationale décerne un Certificat de Conduite exemplaire pendant le temps que Roland Lesaffre est resté sous les drapeaux. Monsieur le Ministre de la Marine, Louis Jacquinot, à titre personnel, lui décerne une lettre en remerciant le Fusilier Marin Roland Lesaffre pour son courage et sa dignité d’homme, en lui souhaitant : « La marine vous remercie, Fusilier LESAFFRE. Bonne et longue route. »

1956 – Office National République Française. Carte du Combattant n° 648308 – N° dossier : 110984.

1968 – Croix du Combattant de l’Europe de la Confédération Européenne des Combattants. N° 1-39.

1986 – Croix de Guerre et Valeur Militaire – Association Nationale n° 4442.

1987 – (1939/ 1945) Croix Internationale des Anciens Combattants Alliés ROLAND LESAFFRE – n° 87087.

1987 – Diplôme d’Honneur et Palme de Vermeil de l’Encouragement Public n° 87259.

1987 – Diplôme d’Honneur de Porte-Drapeau par la République Française.

1988 – Médaille d’Or de l’Elite Française. N° 149/88.

1988 – Chevalier du Mérite International par le Gouvernement Australien. Réf. n°1161.

1988 – Diplôme d’Honneur – Mérite Or – Résistance des Volontaires 39-45. T.O.E. – A.F.N.

1989 – Médaille Association Nationale des Combattants Volontaires de la Résistance. N° 5269

1990 – Diplôme Royal Vétérans du Roi Albert 1er de Belgique. N° 5097.

1990 – Diplôme et Médaille d’Or Nationale Association Franco-Britannique. N° 15609/4312.

15 Mai 1991 – Diplôme et Médaille. Ligue Nationale des Vétérans du Roi Léopold III de Belgique. N° 1559103.

1994 – Diplôme et Médaille du Roi Baudouin (Belgique).

 

Décorations et distinctions honorifiques

1948 – Médaille du Général Leclerc de Hautecloque.

1949 – Médaille du Général de Lattre de Tassigny, décernée à titre de Champion Militaire du 400 m. plat.

1950/ 1991 – Membre du Conseil d’Administration des Comédiens Combattants.

1967 – Commandeur de l’Académie Européenne des Arts.

1968 – Chevalier de l’Académie des Arts.

1968 – Commandeur du Mérite Culturel et Philanthropique de France.

1969 – Etoile et Mérite Civique pour le Prestige National et Médaille des Bénévoles.

1969 – Commandeur du Mérite Scientifique.

1974 – Médaille de la Ville de Paris.

1975 – Chancelier du Mérite Culturel et Philanthropique de France.

1975 – Chevalier Ordre des Arts et Lettres.

1975 – Membre d’Honneur de la Cinémathèque Française.

1977 – Médaille d’Or Hors Concours de l’Académie Internationale de Lutèce.

1977 – Médaille d’Or de la Ville de Nice, par Jacques Médecin.

1982 – Médaille d’Or de la Ville de St Michel-sur-Orge (Essonne).

1960/1983 – Membre de la Commission de Contrôle des Comédiens Combattants.

1983 – Coupe d’Or du Cinéma, Académie Internationale de Lutèce.

1983 – Médaille d’argent de la Ville du Perreux-sur-Marne par Monsieur Michel Giraud, Maire des Maires.

1984 – Médaille d’0r de la Ville de Romans (Drôme), décernée par Monsieur Georges Fillioud, Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre.

1985 – Médaille du Mérite du Patrimoine National Cinématographique.

1986 – Diplôme d’honneur – Union Nationale des Combattants.

1987 – Diplôme – Association des Anciens Cols Bleus.

1985/1991 – Membre de l’Amicale de Neuengamme et de ses Kommandos. Présidente : Madame Renée Aubry.

1988 – Diplôme et Médaille de Vermeil de la Courtoisie Européenne.

1989 – Médaille d’Or de la Ville de Nevers, remise par Pierre Bérégovoy.

1989 – Voyage officiel au Japon – Praemium Impériale à la Cour Impériale TOKYO avec tous les Chefs d’Etats du Monde.

 

Hommages et divers

1979 – Fondateur du Musée Cinématographique de Marcel Carné à Boston, sous l’égide de Mesdames Reagan, Kennedy, Housen.

1981 – Invité par le Gouvernement américain et les Universités : Hommages BOSTON, NEW YORK, MAISON BLANCHE

1984 – Désigné comme porte-drapeau des Comédiens Combattants sous la Présidence du Président de la République François Mitterrand, pour le 40e anniversaire du débarquement allié en Normandie, en présence de la Reine d’Angleterre et de Ronald Reagan – 6 juin 1984-.

Plus toutes cérémonies officielles jusqu’en 1989.

 

Carrière Artistique

1950 – élève de Maurice Escande et Beatrice Dussane. Prépare le Conservatoire, se présente, malheureusement est recalé. Ses années de guerre comptent pour la limite d’âge ; il se représente et devient l’élève, durant un an, de Maurice ESCANDE.

1950/51 – Joue de nombreuses pièces au théâtre : Compagnie Jean Le Poulain, Compagnie Marcel Herrand et Jean Marchat. Théâtre des Mathurins. En outre : « BARABBAS » de Michel de Ghelderode, « PHILIPPE ROI » de Goudal, « LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE » de Gide, du Claudel, etc.

1950 – Au cinéma, commence sa carrière avec « JULIETTE ou LA CLEF DES SONGES » de Marcel Carné.

Plusieurs Grands Prix d’Interprétation :

1953 – VENISE + BELGIQUE + BERLIN pour « THERESE RAQUIN », de Marcel Carné.

1954 – AMERIQUE pour « L’AIR DE PARIS », de Marcel Carné.

1954 – Prix Populiste d’interprétation pour « L’AIR DE PARIS ».

1966 – JAPON pour « LA JEUNESSE AUX PIEDS NUS », de Taniguchi.

 

 

Filmographie de Roland Lesaffre

1949 – LA MARIE DU PORT, de Marcel Carné, avec Jean Gabin, Nicole Courcel, Carette, Roland Lesaffre, Blanchette Brunoy. Primé à Cannes, 1949.

1950 – L’ETRANGE MADAME X, de Jean Grémillon, avec Michèle Morgan, Henri Vidal, Maurice Escande, Roland Alexandre et Roland Lesaffre.

1950 – JULIETTE OU LA CLE DES SONGES, de Marcel Camé, avec Gérard Philipe, Suzanne Cloutier, Yves Robert, Jean-Roger Caussimon et Roland Lesaffre. Primé à Cannes, 1950.

1951 – NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSIN5, de André Cayatte, avec Raymond Pellegrin, Mouloudji, Roland Lesaffre et Balpêtré. Primé à Cannes, 1951.

1951 – CASQUE D’OR, de Jacques Becker, avec Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin, Roland Lesaffre, Raymond Bussières.

1952 – L’AMOUR D’UNE FEMME, de Jean Grémillon, avec Micheline Presle, Massimo Girotti, Roland Lesaffre, Julien Carette, Gaby Morlay et Marc Cassot. Primé à San Sebastian.

1952 – THERESE RAQUIN, de Marcel Carné, avec Simone Signoret, Raf Vallone, Roland Lesaffre, Jacques Duby, Sylvie, Maria-Pia Casilio. Grand Prix Venise 1953. Roland Lesaffre, Prix de Belgique + Prix interprétation 1953 (+ Meilleur film étranger Hollywood 1954). Prix interprétation Festival San Sébastien et Taormina.

1952 – PARIS EST TOUJOURS PARIS, de Luciano Emmer, avec Aldo Fabrizzi et Roland Lesaffre.

1953 – L’AIR DE PARIS, de Marcel Carné, avec Arletty, Jean Gabin, Roland Lesaffre, Marie Daêms, Folco Lulli, Maria-Pia Casilio, Jean Parédès, Simone Paris et Ave Ninchi .

1953 – QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE, de Jean-Pierre Melville, avec Juliette Greco, Philippe Lemaire, Roland Lesaffre, Daniel Cauchy.

1954 – TO CATCH A THIEF (LA MAIN AU COLLET), d’Alfred Hitchcock, avec Grace Kelly, Cary Grant, Roland Lesaffre, Charles Vanel, Brigitte Auber et Georgette Anys. Meilleur film Hollywood 1955.

1954 – NAVIGATION MARCHANDE, documentaire de Georges Franju, avec Roland Lesaffre.

1955 – SI PARIS M’ETAIT CONTE, de Sacha Guitry, avec Michèle Morgan, Jean Marais, Roland Lesaffre, etc.

1956 – CRIME ET CI-IATIMENT, de Georges Lampin, avec Jean Gabin, Marina Vlady, Robert Hossein, Bernard Blier, Roland Lesaffre, René Havard et Albert Rémi.

1956 – SOUPÇONS, de Pierre Billon, avec Roland Lesaffre, Anne Vernon, Frank Villard, Dora Doli.

1956 – LA JEUNESSE AUX PIEDS NUS, de Taniguchi (Tokyo), avec Roland Lesaffre, Yoko Tani et Tatouya Nakadar. Meilleur film au Japon en1957.

1956 – LA LOI DES RUES, de Ralph Habib, avec Raymond Pellegrin, Sylvana Pampanini, Roland Lesaffre, Jean-Louis Trintignant, Lino Ventura.

1957 – MEFIEZ-VOUS FILLETTES, de Yves Allégret, avec Robert Hossein, Antonella Lualdi, Roland Lesaffre, Pierre Mandy, Gérard Oury et Jacqueline Porel.

1957 – FILOUS et Cie, de Tony Saytor, avec Roland Lesaffre, Sophie Desmarets, Marie Daèms, Jean Parédès.

1957 – LA BONNE TISANE, de Hervé Bromberger, avec Raymond Pellegrin, Roland Lesaffre, Madeleine Robinson, Bernard Blier, Estella Blain, Jacques Fabbri et Henri Vilbert.

1958 – LES TRICHEURS, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Pascale Petit, Jacques Charrier, Laurent Terzieff, Jean-Paul Belmondo, Andréa Parizy et Dany Saval. Grand Prix du Cinéma 1958 + Prix du meilleur film français 1958 et 5 Grands Prix Internationaux.

1958 – PARIS C’EST L’AMOUR, de Walter Kapps, avec Roland Lesaffre, Armand Mestral, Danièle Godet.

1959 – LE 7e JOUR de St MALO, de Paul Mesnier, avec Roland Lesaffre, Annie Andrea, Alan Scott, René Kolldhéhoff et Servilange.

1960 – TERRAIN VAGUE, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Danièle Gaubert, Denise Vernac, Georges Wilson et Dominique Davray.

1960 – SURPRISE-PARTIE CHEZ Mme AZAIS, film TV d’André Leroux, avec Roland Lesaffre et Dinan.

1960 – LA FETE ESPAGNOLE, de Jean-Jacques Vierne, avec Roland Lesaffre, Peter Van Eyck, Daliah Lavi et Anne-Marie Coffinet.

1961 – LES MENTEURS, d’Edmond-T. Grévllle, avec Dawn Adams, Jean Servais, Francis Blanche, Roland Lesaffre, Claude Brasseur et Anne-Marie Coffinet.

1961 – LA FILLE DES TARTARES, de Remigio Del Grosso, avec Roland Lesaffre, Yoko Tani, Akim Tamiroff, Ettore Manni. Masque d’Argent, Rome 1962.

1962 – L’ACCIDENT, d’Edmond -T. Gréville, avec Roland Lesaffre, Magali Noêl, Georges Rivière, Danick Patisson.

1962 – DU MOURON POUR LES PETITS OISEAUX, de Marcel Carné, avec Dany Saval, Paul Meurisse, Roland Lesaffre, Suzy Delair, Jean Richard, Jeanne Fusier-Gir, Suzanne Gabriello, Dany Logan et Robert Dalban.

1963 – LE BLUFFEUR, de Sergio Gobbi, avec Roland Lesaffre, Dany Carrel, Paul Guers, Félix Marten.

1963 – LES PARIAS DE LA GLOIRE, d’Henri Decoin, avec Curd Jurgens, Roland Lesaffre, Folco Lulli, Maurice Ronet et Germain Cobos.

1964 – PERIL AU PARADIS, d’Edmond-T. Gréville, avec Roland Desaffre, Armand Mestral, Dario Moreno et Sophie Hardy.

1964 – L’ETRANGE AUTO-STOPPEUSE, de Jean Darcy et Raoul André, avec Roland Lesaffre, Sophie Hardy, Georges Marchai.

1964 – LE TUEUR A GAGES, Téléfilm de Rene Lucot et Frederic Dard, avec Roland Lesaffre, Eddie Constantine, Philippe Clay.

1965 – TROIS CHAMBRES A MANHATTAN de Marcel Carné, avec Annie Girardot, Maurice Ronet, Roland Lesaffre, Otto E. Hasse, Gabriele Ferzetti, Geneviève Page et Robert de Niro. Prix Venise 1966.

1965 – LES SURVIVANTS, de Dominique Genée – Boileau-Narcejac (Films TV), avec Roland Lesaffre, Frédéric de Pasquale, Catherine Diamant.

1965 – L’OR DU DUC, de Jacques Baratier, avec Danielle Darrieux, Claude Rich, Pierre Brasseur, Roland Lesaffre, Jacques Dufilho

1965 – PAS DE PANIQUE, de Sergio Gobbi, avec Pierre Brasseur, Roland Lesaffre, Alain Barrière, Pierre Massirni.

1966 – 2 + 5 MISSIONE HYDRA, de Pietro Franciscí, avec Eleonora Ruffo, Kirk Morris, Roland Lesaffre et Anthony Freeman.

1966 – ALLO POLICE ! de Dominique Genée (Film TV), avec Roland Lesaffre, Guy Tréjean, Georgette Anys.

1967 – LES JEUNES LOUPS, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Haydie Politoff, Christian Hay, Yves Beneyton et Bernard Dhéran.

1967 – LE BAL DES VOYOUS, de Jean-Claude Dague et Jacques Robin, avec Roland Lesaffre, Jean-Claude Bercq, Michel Le Royer, Dona Michèle.

1968 – LES ENFANTS DE CAIN, de René Jolivet, avec Roland Lesaffre, Hans Meyer et Nancy Holloway.

1968 – TRAQUENARDS, de Jean-François Davy, avec Roland Lesaffre, Anna Gaël et Hans Meyer.

1968 – MAITRES CHIENS, de Christian-Jaque, avec Paule Noëlle, Pierre Rousseau et Roland Lesaffre.

1968 – CONTES DU CHAT PERCHE, d’Arien Papazian – Marcel Aymé. (TV) avec Roland Lesaffre et Françoise Arnaud.

1969 – LE BOURGEOIS GENTIL’MEC, de Raoul André, avec Francis Blanche, Jean Lefèvre, Annie Cordy, Darry-Cowl, Roland Lesaffre et Georges Géret.

1969 – LOVE LIFE IN LUXEMBOURG, de Frank Apprédéris, avec Roland Lesaffre, Véra Belmont, Pierre Schneider, Sabine Sur.

1969 – KISS, de Jean Le Vitte, avec Roland Lesaffre, Christine Fersen, Rellys.

1970 – MADAME ETES-VOUS LIBRE ? de Jean-Paul Le Chanois. (TV) avec Roland Lesaffre, Denise Fabre, Michel Coluche, Yves Vincent et Nicole Garcia.

1970 – LES COUPS POUR RIEN, de Pierre Lambert, avec Roland Lesaffre, Pierre Brice, Yanti Sommer.

1970 – LE MUR DE L’ATLANTIQUE, de Marcel Camus, avec Bourvil, Peter Mac Enery, Sophie Desmarets, Jean Poiret, Roland Lesaffre et René Kolldéhoff.

1971 – LES ASSASSINS DE L’ORDRE, de Marcel Camé, avec Jacques Brel, Catherine Rouvel, Roland Lesaffre, Charles Denner, Michel Lonsdale, Didier Haudepin et Françoise Giret.

1972 – EUGENE SUE, de Jacques Nahum. (TV) avec Roland Lesaffre, Bernard Verley, Claudine Coster.

1973 – SIX HOMMES MORTS, de Jacques Nahum, (TV), avec Roland Lesaffre, Jacques Duby, Pierre Vernier, Roger Van Hool.

1973 – LA MERVEILLEUSE VISITE, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Gilles Kohler, Mary Marquet, Deborah Berger, Tania Busselier, Jacques Debary, Lucien Barjon et Jean-Pierre Castaldi.

1974 – LE QUAI DE L’ETRANGLEUR, de Boramy Tioulong. (TV) avec Roland Lesaffre, Daniel Gélin, Jean-Paul Zehnacker et Tania Busselier.

1975 – IL FAUT VIVRE DANGEREUSEMENT, de Claude Makovski, avec Annie Girardot, Sydne-Rome, Claude Brasseur, Roland Lesaffre, Mylène Demongeot et Roger Blin.

1976 – LA BIBLE, Collaboration au Documentaire Long Métrage « LA BIBLE », avec Marcel Carné, auprès du Vatican et des Eglises de Sicile et Sardaigne, en tant que Directeur de Production.

1977 – LE CASQUE, de Robert Legrand. Film de prestige S.N.C.F. – Roland Lesaffre.

1977 – LA POUPEE de PLOUBALAY, de Daniel Martineau. (TV) avec Roland Lesaffre, Louis Lyonnel, Germaine Delbat.

1977 – LA VIE de ROLAND LESAFFRE, SPORT et CINEMA, de Jean-Daniel Christophe – FR3.

1979 – OPERATION TRAFICS (Sainte Famille), de Christian-Jaque (TV), avec Guy Marchand, France Dougnac, Roland Lesaffre, Bernard La Jarrige, Jean Martinelli, Madeleine Barbulée.

1979 – LA VIE A BELLES DENTS ou CARNE, L’HOMME à LA CAMERA, de Christian-Jaque, avec Roland Lesaffre, Arletty, Yves Montand, Jean-Louis Barrault. (Film retraçant toute la vie artistique de Marcel Carné.)

1980 – AU BOUT DU CHEMIN, Téléfilm de Daniel Martineau, avec Roland Lesaffre, Serge Moati, Claude Jade, Tania Busselier, Robert Benoist.

1980 – MON AMIE SOCIA, Téléfilm de Daniel Martineau, roman de Joseph Joffo, avec Roland Lesaffre, Valérie Pascale, Danick Patisson.

1980 – ARCH OF TRIUMPH, de Daniel Mann (Américain) (Inachevé), avec Suzanne Pleshette, Maximilian Schell, Trevor Howard, Roland Lesaffre.

1981 – ULTIMATUM, Téléfilm de Georges Farrel, avec Marcel Bozzuffi, Pierre Massimi, Roland Lesaffre, Louis Velte, Chantal Nobel.

1981 – SALUT, J’ARRIVE, de Gérard Poteau, avec Michel Galabru, Pierre Vernier, Christiane Kruger, Roland Lesaffre.

1983 – VENISE ATTENDRA, de Daniel Martineau. (TV) avec Roland Lesaffre, Raymond Pellegrin, Tania Busselier, Daniel Colas, Daniel Russo, Fernand Guiot.

1987 – BERNADETTE, de Jean Delannoy, avec Sidney Penny, Roland Lesaffre, Jean-Marc Bory, Michèle Simonnet, Bernard Dhéran, Arlette Didier.

1987 – LE JARDIN d’ALICE, de Charles Tible (Court métrage), avec Roland Lesaffre, Maka Kotto, Henri Marteau.

1988 – ETERNELLE PRISON, de Medhi Nassradine Haddaoui (Court métrage), avec Roland Lesaffre, Charlotte Very.

1988 – PAUVRE PETIT GARÇON, de Allan Wisniewski (Court métrage), avec Roland Lesaffre.

1988 – LE RETOUR d’ARSENE LUPIN, de Philippe Condroyer (TV), avec Roland Lesaffre, Jacques Boudet, François Dunoyer, Sophie Baijac.

1989 – LA PASSION de BERNADETFE, de Jean Delannoy, avec Sidney Penny, Emmanuelle Riva, Roland Lesaffre, Georges Wilson., Tania Busselier, Malka Ribowska.

1990 – L’EMPIRE DU MILIEU, de Georges Barrier (TV), avec Roland Lesaffre, François Bourcier, Laure Sabardin, Stéphane Bierry.

1990 – DAMES GALANTES, de Jean-Charles Tacchella, avec Richard Bohringer, Isabella Rossellini, Marianne Basler, Marie-Christine Barrault, Laura Betti, Robin Renucci et Roland Lesaffre.

1990 – EDOUARD ET SES FILLES, de Michel Lang (TV), avec Pierre Mondy, Sydne Rome, Laurence Badie, Sophie Carle, Vanessa Guedj, Nathalie Mazéas et Roland Lesaffre.

1990 – LA JAVA BLEUE, de François Rossini (TV), avec Jacqueline Danno, Roland Lesaffre, Philippe Dormoy.

1990 – NOCE, de Didier Decoin, Film européen de prestige du nucléaire, avec Karin Alf, Roland Lesaffre, Pierre Londiche.

1992 – MOUCHE, de Marcel Camé. Nouvelle de Guy de Maupassant. Film européen. Avec Virginie Ledoyen, Roland Lesaffre, Wadeck Stanczak, Patrick Mille, Luca Vellani, Gédéon Burkhard.

1994 – LA BORE DE DIAMANTS, de Nicolas Ribowski (TV) « Les Nouveaux Exploits d’Arsène Lupin » de Maurice Leblanc. Avec François Dunoyer, Roland Lesaffre, Paul Le Person, Michèle Laroque etc….

 

 

 

Roland Lesaffre : 15 ans de Cinéma par Georges Lange, Jeunesse Cinéma- Hors-série 1er trimestre 1963

La vie de Roland Lesaffre mériterait d’inspirer le scénario d’un film. Il a connu mille aventures dans divers pays du monde. Il a côtoyé tout ce qui compte dans le cinéma. Il a tourné dans plus de 50 productions. Aussi ses confidences sont-elles pleines d’intérêt. Notre envoyé spécial Georges Lange les a recueillies pour vous. Vous verrez, c’est du vrai cinéma… A vous de juger.

Plantons le décors

Roland LESAFFRE occupe deux appartements ; dans l’un il vit ; dans l’autre il a installé ses bureaux. Ils sont situés tous les deux au dernier étage de maisons mitoyennes de la rue Caulaincourt, sur les pentes de Montmartre. De là-haut, on découvre tout PARIS.

Dans le salon, on remarque une porte monumentale, en bois sculpté, sur laquelle est gravée une curieuse inscription : « Ni moy sen toy, ni toy sen moy ».

– Cette porte, je l’ai achetée à TAORMINA, dans un couvent de Sicile. Je n’ai pas l’explication de cette curieuse orthographe, dit Roland LESAFFRE.

Une imposante bibliothèque munie de portes massives dépassant soixante kilos chacune, monte jusqu’au plafond.

– Elle a été construite par Eugène FASQUELLE, l’éditeur de ZOLA, pour y ranger les œuvres du célèbre romancier.

Bien d’autres objets sollicitent l’attention : une torche du Palais des Doges de VENISE, des tableaux modernes, un piano, un aquarium immense contenant les poissons les plus rares, une très grande volière où chantent des oiseaux extraordinaires… des poupées et une quantité incroyable de menus objets ravissants.

– J’ai rapporté beaucoup de souvenirs du JAPON et de tous les autres pays où j’ai eu l’occasion d’aller.

Les bureaux se trouvent dans la maison voisine. Il faut descendre dans la rue et reprendre l’ascenseur pour s’y rendre. Pourquoi des bureaux ? Parce que Roland LESAFFRE n’est pas uniquement comédien ; il vend également des films dans tous les pays du monde.

 

 

 

LESAFFRE mesure 1 rn 75, et pèse 68 kg. Il a les cheveux châtain foncé et les yeux marron clair. Ses signes particuliers sont très nombreux mais on peut se contenter de citer un tatouage représentant une tête de mort, sur une jambe. Il n’est pas possible d’en savoir davantage…

Moi, je voulais apprendre un métier et l’on me faisait faire surtout du jardinage. J’avais horreur de cela. Alors, un jour, pour me venger, j’ai planté des poireaux à l’envers. J’ai fait plusieurs camps, dont ceux de Feytiat et Brive la Gaillarde. A Feytiat, je me suis révolté parce qu’on me faisait caler les roues des avions Allemands (c’était un camp d’aviation.) Considéré comme un insurgé, j’ai été envoyé dans un camp disciplinaire où il y avait beaucoup de gars comme moi, abandonnés dans la vie ou dont la famille avait été déportée en Allemagne. Ensuite, j’ai été envoyé à Brive la Gaillarde. Nous commencions à huit heures du matin, nous apprenions le dessin industriel, la forge, la menuiserie. J’ai travaillé avec enthousiasme pendant un an et demi et j’allais passer mon C.A.P. (j’avais choisi la menuiserie) lorsque les Allemands sont arrivés. Je suis parti dans le maquis.

-Comment viviez-vous ?

– Oh, à la dure. Nous avions un sac de couchage et une couverture. Réveillés à six heures nous allions casser la glace à la rivière pour nous laver. Ensuite, il y avait la montée des couleurs. Le drapeau français était hissé en haut d’un mat et l’un de nous criait : « A moi, compagnons ! » Et nous répondions : « FRANCE » ! Au moment de la soupe, il y avait une chanson qui disait : « Si la soupe a du bon, le travail aussi. Merci ». Aussitôt après ce « merci » chacun enfournait sa soupe.

– Quel genre de blagues faisiez-vous avec vos camarades ?

– Nous allions surtout dévaliser les vergers et nous rentrions les vêtements bourrés de pommes.

– Et le sport ?

– Nous faisions du Cross. Dans les Minimes, j’avais été sélectionné pour les championnats de la Haute-Vienne et j’étais arrivé troisième. Puis, ce furent les championnats inter-régionaux et enfin ma sélection pour le National. J’avais demandé et obtenu une permission pour aller à Paris, mais l’argent du voyage me manquait ! Arrivé à la gare, j’ai acheté seulement un ticket de quai et montai dans le train. Dans le compartiment j’ai expliqué ma situation à mes voisin et me suis caché sous la banquette quand le contrôleur est passé. A la gare de Lyon, j’ai pris mes jambes à mon cou et je suis passé dans la cohue. Le lendemain, j’étais au départ du National. Je suis arrivé dans les premiers et mon nom a été imprimé dans les journaux !

– Comment êtes-vous revenu au Camp ?

– En voyageant de la même façon. Comme je n’avais pas les moyens de coucher à l’hôtel, j’avais passé la nuit dans un square. Quand on connut les circonstances de mon voyage, on me punit en m’envoyant ramasser les blés dans une ferme. Mais à mon retour de la ferme, on me donna un poste à mon goût, celui d’aide-moniteur d’éducation physique.

– Par la suite, vous deviez vous distinguer dans divers sports… Voulez-vous citer quelques-uns de vos titres ?

– J ‘ai été finaliste d’Europe de boxe, champion et recordman de la marine des 100 et 400 m plats. Je suis allé aux Jeux Olympiques pour les 400 m plats, j’ai été classé 5ème dans les militaires en 1948, aux Jeux du Monde, toujours sur les 400 m plats… Mais c’est surtout la boxe, qui m’a apporté les plus grandes joies et qui a eu une importance décisive sur ma carrière.

Je prends le maquis

Roland LESAFFRE n’avait que treize ans lorsqu’il connut, après les camps de jeunesse, le dramatique épisode du maquis.

– Les Allemands étaient venus au camp, un matin de bonne heure, pour nous chercher mais nous étions déjà partis ! Lorsque nous avons rejoint les combattants maquisards, en raison de mon âge, on m’a affecté au ravitaillement en munitions, c’est-â-dire que je portais les munitions destinées aux fusils-mitrailleurs.

– Vous avez dû connaitre des heures… mouvementées ?

– Oui. Je me rappelle notamment ma première mission : il s’agissait d’attaquer un convoi allemand d’une quinzaine de camions. La guerre me faisait jusqu’alors un peu l’effet d’une série d’aventures comparables à celles que je lisais dans les journaux illustrés. Bref, voilà que ça pétarade dans tous les coins et que je vois des gars tomber. Les Allemands cherchaient à se protéger en sautant dans les fossés. Soudain le garçon pour lequel je portais des munitions ouvrit la bouche et se mit à crier. Puis, il ne cria plus. Il était mort. A un autre moment, je vis un Allemand debout comme moi. Il me mit en joue et à l’instant où il allait tirer, il tomba, mort. Je me suis sauvé mais dans une mauvaise direction et je me suis trouvé nez à nez avec un Allemand qui, me voyant soudain, me montra son brassard de la Croix Rouge en bredouillant des mots qui, dans sa langue, devaient signifier « Non, non pas moi ! Il faut que je soigne les blessés ». Or je n’avais aucune arme et je n’étais qu’un gamin de treize ans. Je me suis agenouillé à côté de lui et il m’a pris dans ses bras pour me protéger. Quand ce fut terminé, il a été fait prisonnier par mes compagnons et, avant de partir, il m’a embrassé. Je ne l’ai jamais revu.

Le jeune Roland LESAFFRE avait quinze ans quand il réussit à rejoindre, en Algérie, les forces du Général LECLERC. Il voulut s’engager mais on commença par lui faire passer des examens…

– Il y eut des épreuves de dissertations, de géographie, d’algèbre… et l’on refoulait sur les fusiliers-marins ceux qui avaient les notes les plus basses, tandis que les autres devenaient matelots d’équipage. Ces examens se déroulèrent dans des conditions que je n’oublierai jamais ! On m’avait placé à côté d’un grand garçon très maigre qui avait ses deux bachots et préparait une licence. Comme ma page restait blanche et que je regardais machinalement ce que mon voisin faisait, il me passa sa copie. C’était la dissertation ; mais il me passa aussi les problèmes et tout le reste. Au moment de l’oral, je me débrouillai tant bien que mal et j’obtins la moyenne ! Et j’entendis appeler « LESAFFRE, Instruction 6, Ecole des Pilotes ». Après trois mois dans cette école, on s’est aperçu que j’étais assez cancre et l’on n’a pas insisté. On m’a dirigé sur l’Ecole des Fusiliers-Marins, à Siroco où régnait une discipline de fer. C’est là qu’il m’arriva de faire une fameuse connaissance.

Je rencontre Gabin

Le quartier-maître de la chambrée où était le jeune LESAFFRE s’appelait MONCORGE. Et ce MONCORGE n’était autre que Jean GABIN.

– D’abord, explique LESAFFRE., je ne savais pas qui était ce MONCORGE. Alors les copains m’ont dit : « GABIN, voyons ! Pépé-le-Moko ».

– Était-il sévère ?

– Oui, mais pas méchant. Un jour, comme je ne marchais pas au pas, il me l’a fait remarquer : « Et le pas, alors ? ». Je me suis insurgé, bêtement : « Ah ! ce qu’il peut être embêtant, le Pépé ! ». « Qu’est-ce que vous dites ? Je vais vous mettre sur le rapport, moi. Vous aurez de mes nouvelles ! ». Mais les mois ont passé et GABIN ne mit jamais sa menace à exécution.

L’entraînement continuait avec des marches de nuit, des parachutages, etc… C’était exténuant. Je ne pesais plus que quarante kilos. Puis, un jour, on s’est aperçu que j’étais doué pour la boxe. Toute les compagnies avaient leurs championnats de boxe, de natation, de course. Je me suis engagé dans diverses épreuves et j’ai gagné une course, le saut en hauteur, le décathlon, un match de boxe.

– Etiez-vous, de ce fait, exempt de corvées ?

– Oui. Pour moi, plus de marches épuisantes de nuit, plus d’exercices de tir… Et, à la salle de boxe j’ai retrouvé…

– GABIN !

– Parfaitement. Mais quelqu’un d’autre aussi : Marcel CERDAN, le fameux bombardier marocain, l’homme qui devait devenir un très grand champion et finir de façon si dramatique… Et plus tard, nous devions être réunis, GABIN et moi, grâce à la boxe, dans le film « L’AIR de PARIS ».

– Citez-nous des anecdotes concernant GABIN et CERDAN.

– Le vrai GABIN, pour moi, c’était le monsieur qui était debout à six heures et qui, en short et chandail, courait et sautait pendant des heures, qui mangeait avec les hommes de troupe, qui s’entraînait chaque jour à la salle de boxe.

– Quel écart d’âge aviez-vous ?

– J ‘avais dix-sept ans et il devait en avoir dans les quarante… Quel chic bonhomme ! Quand je n’avais pas le sou, à la cantine, il me payait un casse-croûte. Pourtant, il avait un caractère bougon, renfrogné et voulait se faire respecter. Par exemple, si on se baignait dans un endroit interdit, il arrivait furieux et criait « Espèces de vauriens, je vous mets sur la peau de bouc ! ». La peau de bouc, c’était le rapport. Mais les jours passaient et l’on ne voyait rien venir. Quant à CERDAN, qui était matelot d’équipage, il s’entrainait souvent dans une salle d’Alger où j’allais aussi. Un jour, on me dit de boxer contre un Américain appartenant à l’équipage d’un bateau arrivé la veille. Le gars fort de son avantage au poids, me sonne, me balance dans les cordes et m’ouvre l’arcade sourcilière. CERDAN avait assisté au combat. « Tu es fatigué ? » me demanda-t-il. « Oui, dis-je, j’ai l’arcade et la lèvre fendue et je combats après-demain ». « Ne t’inquiète pas, reprit-il, je vais lui régler son compte ». Il prend mon adversaire et pan ! en l’air. Un deuxième arrive… pan ! en l’air. Et un troisième arrive et fonce sur CERDAN en tenant sa garde. Or, CERDAN était un gars très gentil ; si vous vouliez boxer, il boxait mais si vous vouliez jouer au tueur sur un ring, il ne l’admettait pas. Alors, il a frappé et allongé l’américain qui est resté plusieurs minutes inconscient.

Ensuite, pendant six mois, le matelot LESAFFRE suivit les cours de moniteur d’éducation physique. GABIN était rentré en FRANCE, CERDAN était parti pour les championnats d’Europe. La France était libérée.

– Alors, je participai à la libération d’Alger, aux opérations des Hauts-Plateaux, de Sétif, Kerrata, Bougie. Il me restait encore cinq ans à passer dans la marine. Je voulais voyager, embarquer… voir du pays. On formait un détachement de volontaires pour terminer la guerre d’Indochine et du Pacifique. Alors je me suis présenté…

La Grande aventure

C’était au début de 1945 ; Roland LESAFFRE avait dix-huit ans. Embarqué sur L’Emile Bertin, comme fusilier marin et moniteur d’éducation physique, il passa quartier-maitre.

– Nous commençâmes par débarquer à Saïgon, puis nous nous enfonçâmes dans la jungle… Et cela a duré sept mois. Nous étions six-cents au débarquement de la baie d’Along, en 1944, et, le soir-même, il y eut près de six-cents morts. Le même drame s’est reproduit un an plus tard à la baie de Tourane.

– Quelle est l’action la plus héroïque à laquelle vous avez participé ?

– Je préfère ne pas répondre à cette question… Pour moi, il n’y eut rien de tellement héroïque… Foncer pour enlever un piton de mitrailleuse, ce n’est pas de l’héroïsme, c’est de la folie… Une fois, oui, j’ai fait un combat de boxe héroïque parce que l’honneur de la Marine Française était en jeu. On m’appelait KID CHAMPION. J’étais opposé à un Anglais pour les championnats du Pacifique. Grand tralala avec drapeaux, Marseillaise et les Hymnes anglais et américain. Et tout-à-coup quelque chose s’est déclenché en moi, je me suis senti Français l Et quand le combat fut commencé, mes supporters criaient : « Vas-y, FRANCE… vas-y KID ! ». J’ai fini par gagner par abandon et je me suis retrouvé recevant l’accolade des amiraux et de tous les gradés. Oui, ce jour-là, j’ai fait quelque chose d’héroïque pour la FRANCE.

Si l’on demande à Roland LESAFFRE de citer quelques-unes des dix-sept décorations qui constellèrent sa poitrine, il hausse les épaules et admet qu’il en est une qu’il porte discrètement sur ses vestons : La Médaille de Moniteur de Joinville. Mais il a encore : les décorations de la Méditerranée, du Cambodge, de l’Afrique du Nord, la fourragère rouge des survivants du commando Emile-Bertin etc… Il a reçu la première à dix-sept ans !

Roland LESAFFRE finit par rentrer en France, en passant par la Chine et la Russie, rapatrié par le Suffren tandis que l’Emile Bertin continuait son tour du monde.

L’inespéré arrive

– Un jour, j’appris qu’ESCANDE allait faire passer des auditions pour Marcel CARNE qui préparait un film : JULIETTE ou la CLEF des SONGES. J’ai dit à ESCANDE : « CARNE, je le connais, j’ai travaillé avec lui et mon ami GABIN ». Il m’a regardé en souriant puis m’a dit : « Alors, tu as peut-être ta chance… Viens aux auditions ». Le lendemain, j’étais sur place de bonne heure, CARNE était dans la salle, entouré de quelques personnes. Il assistait aux auditions sans mot dire. Quand une vingtaine d’élèves furent passés sur la scène, j’insistai pour auditionner. J’ai donné une tirade de « Mithridate ». Ce fut une catastrophe. Tout le monde jacassait, on ne me prêtait pas la moindre attention. Puis, quand ESCANDE m’eut dit poliment : « Merci, mon petit, c’est très bien » je lui demandai : « Je voudrais passer autre chose ». Pris au dépourvu, il me regarda en soupirant : « Ce n’est pas très long ? ». « Non, non ». Et je récitai un poème de Camille François : Mon Chien. Je le terminai avec des larmes dans les yeux et descendis de la scène. Alors, l’inespéré arriva : Marcel CARNE m’a appelé et m’a tendu une carte de visite en me disant : « Passez au bureau de la production de Sacha GORDINE, pour des essais ».

Deux semaines passèrent… Les essais eurent lieu et, à cette occasion Roland LESAFFRE faisait la connaissance d’une toute jeune fille qui dansait alors dans un ballet de Léonor FINI ; elle avait un minois de chat sauvage et s’appelait Leslie CARON. Sur le plateau, il y avait un personnage qu’on ne connaissait pas non plus, qui assistait aux essais. C’était Gene KELLY.

Quand il vit les bouts de film de la danseuse, il la demanda à CARNE pour en faire la vedette de son film « Un américain à PARIS ».

– Mais, vos essais ?

– J’attendis en vain des nouvelles de la production. Alors, au bout d’un mois, n’y tenant plus, je téléphonai à Marcel CARNE. Il me répondit alors que je ne jouerais pas le rôle principal du film qui serait tenu par Gérard PHILIPPE, mais un rôle de légionnaire. Ce fut mon premier rôle marquant au cinéma.

1950… Roland LESAFFRE a vingt-trois ans. Il est devenu un acteur. Pendant toute sa carrière il tournera avec les plus grands metteurs en scène : CAYATTE, BECKER, CARNE, HITCHCOCK etc. … et avec les artistes les plus en vue.

Comment je travaille mes rôles

Dans « L’ETRANGE MADAME X », Roland LESAFFRE joua le rôle d’un barman. Il était entouré de Michèle MORGAN, Henri VIDAL et Roland ALEXANDRE. Le metteur en scène GREMILLON voulait faire vrai et, comme une scène du film se déroulait dans un petit café restaurant du Faubourg saint Antoine…

– Pour bien entrer dans la peau de mon personnage, j’ai pensé que je devais effectuer un stage de garçon de café. En effet, je ne voulais pas risquer d’être critiqué parce que je n’aurais pas su porter un plateau ou verser un apéritif. J’allai chez MANIERE, rue Caulaincourt, tout à côté de mon domicile et expliquai au patron de quoi il s’agissait. Comme je n’étais pas encore connu comme acteur, je ne risquai pas d’être découvert ! Or, il arriva une aventure amusante en ce sens que le chef des garçons du bar fut jaloux de moi. Pour hériter de mes pourboires, il m’envoyait toujours à la cuisine ou à la cave. Le dernier jour, j’ai offert le champagne à tout le monde et le garçon en question a donc appris pour quelle raison j’étais là. Il n’a rien dit mais il m’a adressé une lettre merveilleuse pour s’excuser de son attitude et me remercier de la leçon que je lui avais donnée.

– Avez-vous fait d’autres stages pour la préparation de certains rôles ?

– Oui, dès l’année suivante, en 1951. Aux côtés de Raymond PELLEGRIN et MOULOUDJI, je tournai, sous la direction d’André CAYATTE dans NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS, qui devait obtenir le Grand Prix à Venise. Mon rôle était celui du coiffeur de la prison. Donc, il fallait que je sache tenir ciseaux, peigne et tondeuse… Je travaillai pendant trois semaines dans une école de coiffure. Je mangeais à la cantine avec les autres et le soir j’étais de corvée pour balayer.

CASQUE D’OR de Jacques BECKER a permis également à Roland LESAFFRE de faire une apparition marquante, en compagnie d’artistes exceptionnels : Simone SIGNORET, Serge REGGIANI, Claude DAUPHIN.

– Puis, ce fut l’année 1952 et je tournai L’AMOUR d’une FEMME de GREMILLON, avec Massimo SERATO, Micheline PRESLES, Gaby MORLAY et CARETTE, Marc CASSOT… J ‘étais un gardien de phare, ancien marin. Pendant trois mois, nous avons vécu à OUESSANT, mais je suis parti avant les autres car j’étais attendu pour un autre film qui devait faire parler de lui et de moi : Thérèse Raquin. GREMILLON est venu m’accompagner sous la pluie battante, jusqu’à l’un des bateaux qui n’avaient pu accoster de la journée entière à cause de la tempête.

Et il m’a dit : « Tu vas tourner avec CARNE… Pars confiant. Je te souhaite d’être meilleur encore qu’avec moi ».

 

Après avoir refusé quatre films, Roland LESAFFRE signa un contrat pour LA MAIN AU COLLET d’HITCHCOCK, avec Grace KELLY, Cary GRANT, Charles VANEL, Brigitte AUBER…

– HITCHCOCK me téléphona lui-même et me demanda de venir le voir. Nous avons parlé… Je lui ai fait remarquer que mon anglais était très défectueux et il m’a dit : « C’est sans importance. Je vous ai vu à l’écran, vous avez du talent ». J ‘ai signé un contrat magnifique, se montant à plusieurs millions. Alors, j’ai peut-être perdu un peu la tête. J’ai invité quantité de gens à dîner, j’ai habillé des copains, je croyais que je tenais la fortune et qu’elle était inépuisable. Mais il faut bien comprendre que c’était pour moi une revanche contre toute la vie que j’avais eue jusqu’alors, surtout pendant ma jeunesse… J’ai été jalousé, je me suis découvert des ennemis… N’en parlons plus, puisque tout cela c’est du passé.

– Alors, parlez-nous de l’Amérique et d’HITCHCOCK.

– J’ai dépensé beaucoup d’argent à HOLLYWOOD car je voulais tout connaître… De ce fait, je ne dormais guère, j’allais au Dancing, à la boxe, et je me couchais à des heures impossibles. De ce fait, j’arrivais en retard au Studio. Alors, un jour, HITCHCOCK m’interpella : « Hé ! la Butte Montmartre, quand on dit huit heures-et-demi, ce n’est pas neuf heures ! Comment dit-on en Français ? ». Je lui répondis « L’heure c’est l’heure. Avant l’heure c’est pas l’heure et après l’heure, c’est plus l’heure non plus ! ». Le lendemain je trouvais dans ma loge un grand écriteau portant cette phrase. HITCHCOCK l’y avait fait placer bien en évidence.

1958 avait vu l’avènement de la nouvelle vague. Les anciens, acteurs et metteurs en scène ne travaillaient plus… Comme tant d’autres, Roland LESAFFRE dut tenir tête à cette marée. Quelques rôles se succédèrent dans : PARIS, c’est l’AMOUR, Le SEPTIEME JOUR de SAINT MALO. Puis, brusquement, sans transition, en 1959, ce fut pour lui un des sommets de sa carrière avec l’un de ses meilleurs rôles, celui de BIG CHIEF de TERRAIN VAGUE (Marcel CARNE).

….

Fin de l’article

 

L’AIR DE PARIS 1954

https://moncinemaamoi.blog/2016/06/05/lair-de-paris-marcel-carne-1954/

 

A l’automne 1953, le nouveau film de Marcel Carné, Thérèse Raquin, reçoit un excellent accueil. C’est donc avec confiance que le réalisateur se lance avec le scénariste Jacques Viot dans un nouveau projet : l’histoire d’un entraîneur de boxe qui jette son dévolu sur un jeune ouvrier pour en faire son poulain. Carné est à l’époque un passionné de boxe et, comme il l’expliquera dans son autobiographie, l’arrière-plan social d’une telle intrigue lui plaît également: « Ce qui m’intéressait – en plus de l’atmosphère particulière du milieu – c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui, ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour « mettre les gants » et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring… ». Malheureusement, les producteurs de l’époque voient les choses d’un autre œil, estimant que les films sur la boxe n’intéressent pas le public. Après moult refus, Carné finit tout de même par signer avec Robert Dorfmann, heureux producteur de Jeux interdits et de Touchez pas au grisbi, qui se trouve être lui aussi un grand amateur de boxe.

L’histoire

Propriétaires à Paris dans le quartier de Grenelle d’une salle d’entraînement de boxe, le couple Victor (Jean Gabin) et Blanche (Arletty), n’envisagent pas le même avenir : Lui veut continuer à organiser des combats, Elle rêve d’une retraite au soleil sur la Côte d’Azur. Victor croit en l’avenir d’André Ménard (Roland Lesaffre) qu’il a recueilli chez eux, il l’encourage et le forme ; mais « paumé », le jeune homme délaisse vite l’entraînement par amour pour Corinne (Marie Daëms), joli et volage mannequin qui, selon Victor, le détourne de son destin de champion ; Victor finira par le ramener sur le chemin du sport.

Retrouvailles

Pour Carné, il est évident que le rôle de Le Garrec, l’entraîneur, revient à Jean Gabin, avec qui il a déjà tourné trois films. De son côté, Gabin se déclare rapidement partant – et le restera, même après avoir découvert la nouvelle version du scénario écrite par Carné et Jacques Sigurd, qui a entre-temps remplacé Jacques Viot. Le tandem a en effet développé considérablement le rôle du jeune boxeur, le dotant notamment d’une histoire d’amour, ce qui relègue quasiment le rôle de Gabin au second plan. Bien qu’il n’apprécie qu’à moitié ces modifications, l’acteur respecte sa parole. Il sera donc à l’écran l’entraîneur de Roland Lesaffre, ancien compagnon d’armes (ils se sont croisés à Alger pendant la guerre) qui vient grâce à Gabin – de jouer dans deux films de Carné. Le réalisateur a en fait eu des doutes sur les capacités de Lesaffre à tenir un rôle aussi important, mais le jeune homme est un ancien champion de boxe, ce qui le rendra crédible pour les scènes de combat… Fidèle, Carné engage pour le rôle de Blanche Le Garrec son amie Arletty, réunissant ainsi, quinze ans après, le couple du Jour se lève. Quant au personnage de Corinne, il le destine à Agnès Delahaie, qui n’est autre que « Madame Robert Dorfmann », Mais, découvrant qu’une récente dispute a opposé la jeune femme à l’épouse du coproducteur italien engagé dans le film, Carné doit faire appel in extremis, à la veille du tournage, à Marie Daëms…

Si Arletty se réjouit de partager l’affiche avec Gabin, elle est beaucoup moins emballée par le film : « Trop conventionnel, dit-elle. Pas assez équivoque. On ne voyait pas qu’il avait un look pour Lesaffre. Carné n’a pas voulu. Il aurait dû le faire jouer en plus « pédoque » [homosexuel].» Évidemment, aidé de son dialoguiste Jacques Sigurd (Dédée d’Anvers d’Yves Allégret), Carné a écrit tout spécialement le rôle du jeune champion pour son « protégé » Roland Lesaffre, auquel il réserve, les meilleures scènes.

– Dis donc, c’est plus mon histoire, c’est celle de Lesaffre, maugrée Gabin après lecture du scénario dialogué.

– Mais comme tu dis, à ton âge tu ne veux plus jouer les godants [amoureux], rétorque Carné.

Au terme de quelques-uns de ces échanges verbaux, dans un réel souci d’apaisement mais surtout parce qu’il connaît parfaitement « son » Gabin, Carné lui offre de discuter d’éventuels changements de texte en sa faveur :

– Non, non… J’ai signé, je jouerai ce qui est écrit, répond-il, l’air buté.

Sur le plateau, il n’adresse pratiquement plus la parole à Lesaffre ; celui-ci se révèle être, selon des témoins, « un sacré cabochard » : il estime être la vedette du film, ce que confirme le réalisateur. « Carné me disait que j’en faisais trop et que je lui « cachais » sa vedette ! » révèle Gabin. Quant à la presse toujours en perpétuel conflit avec le monstre sacré, elle désigne ouvertement Lesaffre comme son remplaçant : « Il y a dans le personnage de Lesaffre quelque chose de Gabin jeune, du Gabin de Gueule d’amour et de Pépé le Moko. Lesaffre me fait songer à la réplique musicale de Gabin en plusieurs octaves plus aiguës … », écrit le critique André Bazin.

 

Sur le ring

L’atmosphère des salles de boxe a-t-elle déteint sur l’équipe du film ? Toujours est-il que des tiraillements se produiront tout au long du tournage. D’une part entre CARNE et GABIN, ce dernier reprochant au réalisateur – non sans raison – de continuer à privilégier par sa mise en scène le personnage de LESAFFRE. Les relations entre l’acteur et son ancien « copain de régiment » s’en trouvent du même coup refroidies, d’autant que LESAFFRE ne joue pas exactement la carte de l’humilité. À en croire CARNE, après le succès inattendu de sa prestation dans THERESE RAQUIN et sa brève collaboration avec HITCHCOCK pour TO CATCH A THIEF (LA MAIN AU COLLET), la tête du comédien a quelque peu « enflé », et il regimbe souvent aux indications de son metteur en scène. Des frictions qui viennent s’ajouter à la complexité des scènes de matches, tournées avec de vrais professionnels : LESAFFRE affronte ainsi Séraphin FERRER, champion d’Europe de l’époque. Un combat dont il se tire honorablement, mais qui le laisse épuisé pour le reste du tournage. Malgré ces multiples difficultés, CARNE sera au final satisfait par le film. En partie sans doute parce que l’histoire de Le Garrec et du jeune André dépeint au fond sa propre relation avec Roland LESAFFRE, aspirant comédien qu’il a pris sous son aile, et qui fera grâce à lui une honnête carrière.

 

Fin

 

Roland Lesaffre – la fidélité dans le talent par Joe van COTTOM, Ciné Revue 1981.

http://www.marcel-carne.com/la-bande-a-carne/roland-lesaffre/1981-roland-lesaffre-la-fidelite-dans-le-talent-cine-revue/

 

www.youtube.com/watch?v=p88wbyG-Ssg

 

I – La guerre de 1914-1918 de mon grand-père Arthur.

Mon grand-père Arthur n’est pas né à Nexon mais il y a passé les 40 dernières années de sa vie. Il y est arrivé en 1945, il a développé son activité, joui de sa retraite et y est enterré depuis 1985.

Né en Belgique en 1894 il avait 20 ans en 1914. Il a donc participé à la Guerre de 14 comme on disait quand j’étais jeune. Mon grand-père  resté fidèle à sa nationalité de naissance bien qu’il ait vécu plus de la moitié de sa vie   en France.

Il bénéficiait d’une carte de résident privilégié mais également d’une carte d’étranger qui lui permettait d’exercer son métier de minotier.

Au moment de la déclaration de la guerre mon grand-père travaillait avec son père dans le commerce de grains que celui-ci tenait dans la banlieue de Liège. Les belges ne s’inquiétaient pas outre mesure de la déclaration de guerre puisque la Belgique était neutre. Mais l’Allemagne n’a pas respecté cette neutralité. Elle lui demande de laisser passer ses troupes sans combattre ce que refuse le roi Albert 1er. Il se rend à cheval au Palais de la Nation et le 4 aout 1914 il prononce devant les Chambres réunies un discours de résistance à l’envahisseur dont un extrait montre la volonté de préserver l’indépendance de son pays et la résistance qu’il manifeste :

« Si l’étranger, au mépris de la neutralité dont nous avons toujours scrupuleusement observé les exigences, viole le territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour du Souverain, qui ne trahira jamais son serment constitutionnel, et du Gouvernement investi de la confiance absolue de la nation toute entière. J’ai foi dans nos destinées : un pays qui se défend s’impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante ! »

Cependant, la ville de Liège tombe le 7 août sans résistance, mais les combats de l’armée belge qui durèrent jusqu’au 16 aout, s’appuyant sur les nombreux forts construits dans la campagne, suscita un vif intérêt pour Liège et lui valut la Légion d’honneur décernée par la France. À Paris, on débaptisa le café viennois qui évoquait l’ennemi, pour le renommer café liégeois. Cependant, à Liège, coupée de Paris durant les quatre ans d’occupation, c’est l’expression « café viennois » qui resta en usage. La résistance de l’armée belge en retardant fortement l’avancée allemande a laissé à la France le temps de se reprendre et d’arrêter les troupes allemandes sur la Marne.

Le café liégeois,une glace au café sur du café chaud, de la crème chantilly et un biscuit à la cannelle.

En 1914, les Belges n’ont plus aucune expérience directe de ce qu’est une guerre car depuis le 18 juin 1815 jour de la sinistre défaite française à la bataille de Waterloo, à 20 km au sud de Bruxelles, il n’y a pas eu de grande bataille sur leur territoire national. Les Belges s’apprêtaient à en fêter le centenaire en même temps que le siècle de paix qu’ils venaient de vivre.

Devant l’avancée des armées allemandes, le gouvernement belge gagne la France et s’installe au Havre mais le Roi Albert décide de rester au front, à la tête de ses soldats. Il s’établit, avec son épouse, à La Panne, dernière ville belge avant Dunkerque. Le courage du Roi l’a non seulement fait aimer de ses concitoyens mais aussi des français. Il fut décoré de la Médaille Militaire, reçut une épée d’honneur (mars 1915), et une journée du Drapeau belge fut organisée le 20 décembre 1914 avec quête, vente d’insignes au profit des réfugiés (voir l’article sur ce blog), etc. L’engouement du public conduisit même à débaptiser un dessert d’origine autrichienne qui devint le « café liégeois » !

Ne pouvant pas rester indifférent à la guerre mon grand-père décide de s’engager et de rejoindre une unité belge en France. Il sera un « volontaire de guerre », V.D.G., sigle qui figure sur tous ses documents militaires. Mais il lui est impossible de traverser la Belgique pour rejoindre la France, la ligne de front s’étend tout le long de la frontière. Avec quelques camardes ils décident de passer par la Hollande dont la frontière est à moins de 20 kilomètres, se rendre à Maastricht et de là rejoindre la Grande-Bretagne puis la France.

Il a noté tout son parcours sur un petit carnet noir. Départ de Chênée le mercredi 5 janvier 1915 à 3h30 pour rejoindre une ferme à 3 km, attendre les autres pour finalement partir à 6h30 à neufs dans une charrette et une douzaine qui suivent à pied. Le convoi chemine à travers les champs et les près pour éviter la cavalerie allemande. Leur guide les conduit jusqu’à la frontière qu’ils franchissent en plusieurs endroits. Ils arrivent le 6 janvier vers midi à Maastricht, crottés et mouillés.

Le lendemain ils vont au Consulat de Belgique qui leur délivre un laissez – passer pour aller en France en passant par l’Angleterre.

Le document est signé le 10 janvier 1915. Mon grand-père arrive à Londres le 14 janvier 1915 ou l’accueil est chaleureux. Puis c’est le départ pour Southampton, la traversée jusqu’au Havre et enfin l’arrivée au Centre d’Instruction pour recrues et anciens militaires (CIAM) à  Fécamp, le 15 février 1915.

Il est nommé ordonnance d’officier. Mais dans ce poste il faut passer beaucoup de temps à cheval. Mo grand-père n’a pas l’habitude et cela le fatigue aussi il demande à être versé au corps de transport de l’armée. Son souhait ne sera pas exhaussé et le 18 juin 1915 il est désigné pour la commission de recrutement de Watou, ville belge située près de la frontière française. Il y arrive le 21 juin et commence aussitôt son travail de rédacteur.

Mais ce travail ne convient pas à mon grand-père qui a toujours été habitué à bouger. Renvoyé à Fécamp, le 15 aout il entre à l’hôpital ou il est déclaré inapte au service sédentaire et envoyé au camp d’Autours, près du Mans. C’est un très grand camp de 1 000 hectares, base arrière des armées alliées où les soldats belges et britanniques se reposent et s’entraînent. Les soldats logent dans des tentes de 10 personnes et la nourriture n’est pas bonne.

Mon grand-père suit les cours au centre d’instruction pour brancardiers d’infanterie (C.I.B.I). Il note tout sur son petit carnet. Il s’en servira toute sa vie.

Sur la page consacrée aux antiseptiques on trouve la teinture d’iode, son remède miracle ! Combien de fois l’ai-je vu boire un grand bol de lait chaud dans lequel il avait versé quelques gouttes de teinture d’iode !

Le 14 décembre 1915 il est affecté comme infirmier à l’Hôpital Complémentaire 49 à  dans la Manche.

Au début de la guerre les blessés belges étaient soignés dans les hôpitaux français de la région de Calais. Mais les milliers de soldats belges qui se retrouvaient dans les hôpitaux militaires de Calais posaient des problèmes aux autorités françaises. Aussi le Gouvernement Français décida à la fin février 1915 d’autoriser 32 hôpitaux complémentaires français situés en Bretagne d’hospitaliser des soldats belges. Puis il permet aux autorités belges de créer des hôpitaux à administration exclusivement belge dont celui de Cherbourg qui fonctionnera du 6 mai 1915 au 27 novembre 1918.

En 1917 mon grand-père est ensuite affecté à l’Hôpital Militaire Belge (H.M.B.) à Cherbourg.

Il travaille principalement dans les services de chirurgie ou il découvre les trépanations.

Mais c’est aussi dans cette ville qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme. Le mariage à lieu à Cherbourg le 6 décembre 1917. Le 7 mai 1918 naît  une jeune fille qui se prénommée Elise, ma tante.

Mon grand-père et ma grand mère avec ma tante Elise 

Le service militaire de mon grand-père se poursuit à l’hôpital militaire belge de Cherbourg, loin du front mais avec de plus en plus de blessés.

Il aime ce qu’il fait et une fois sa journée effectuée il peut rejoindre son épouse et, plus tard, il aura le plaisir de pouvoir prendre sa fille dans ses bras ou de la promener dans un grand landau.

Après l’armistice les unités militaires belges regagnent la Belgique. L’Hôpital militaire de Cherbourg ferme le 27 novembre 1918. Mon grand-père est affecté à l’Hôpital militaire de Liège. Sa femme et sa fille découvrent la Belgique.

Mon grand-père est mis en congé définitif le 26 aout 1918.

La commune de Chênée éditera un bel album pour tous ses 440 concitoyens engagés dans la guerre de 1914-1918. Mon grand -père y figure avec cette photo :

Entre temps il a eu un fils, Lothaire, mon père, né le 19 juin 1919 à Chênée, comme son père. Belge, il effectuera son service militaire dans son pays et sera fait prisonnier le 5 juin 1940 avec une grande partie de l’armée belge. Il sera libéré le 16 mai 1945 et quelques mois après il arrivera à Nexon avec ses parents qui ont acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Mais c’est une autre histoire…

 

Un bon d’échange blé-pain

 

II – La guerre de 1914-1918 de mon arrière grand père Pierre BOUCHER

Mon arrière grand-père Pierre BOUCHER, que j’ai eu la chance de connaitre, est né le 27 novembre 1873 aux Cars ou ses parents sont colons dans une ferme à La Veyssière.

Quelques années  ses parents font quelques kilomètres et vont s’installer à Bussière Galant, dans le village d’Aurin ou ils exploitent une toute petite propriété, moins de 10 hectares. Après son certificat d’études Pierre travaille à la ferme avec ses parents.

A 25 ans, le 11 juillet 1898 il épouse Catherine VEYRIER. De ce mariage sont nés 4 enfants : Marie, née le 6 septembre 1899 décède quelques mois plus tard ; Martin naît le 7 octobre 1900. Il prendra la suite de son père et exploitera la propriété ; Marguerite, ma grand-mère, naît le 8 juillet 1902 et Thérèse vient au monde le 10 mars 1906.

La maison dans laquelle habite la famille Boucher est simple. Elle ne possède pas l’électricité. L’éclairage est assuré par une lampe à pétrole. Le pain est rangé sur une planche, au-dessus de la table.

 

Pierre Boucher et son épouse devant chez eux.

Dans un premier temps Pierre BOUCHER est dispensé du service militaire car sa mère est veuve. Mais le 13 novembre 1894, il a vingt et un ans, il est incorporé au 153ème RI. Il y reste jusqu’au 24 septembre 1895.

A son retour il travaille la ferme, se marie et a quatre enfants. Quand la guerre éclate en ce funeste mois d’août 1914 il ne pense pas une seconde qu’il y participera : il a 41 ans.

Et pourtant, après la Mobilisation générale décrétée le 1er aout 1914 il sera rappelé.

Il arrive le 4 décembre 1914 au 89ème Régiment Territorial d’infanterie. Le 15 décembre il passe au 97ème Territorial à Riom et le 11 février 1915 il est versé au 34ème Régiment d’infanterie coloniale. Il monte au front du 12 mars au 24 octobre 1915. Il rejoint le 88ème Régiment d’Infanterie le 5 décembre 1915. Il y restera jusqu’au 4 mai 1917.

Il part au front avec le 34ème colonial du 12 mars au 24 octobre 1915 puis avec le 88ème territorial du 5 décembre 1915 au 24 janvier 1916.

Le 10 mars 1916, il écrit à son épouse :

« Ma très chère femme,

…..

Ces jours-ci il est tombé de la neige. Si l’hivers n’a pas été rigoureux au commencement, il le fait bien sentir à la fin. Nous devons être relevés des tranchées le 11 au soir pour prendre quelques jours de repos, pour nous nettoyer un peu. Pendant les 6 jours que nous y avons passé on n’a pas eu beaucoup trop chaud. On n’a pas froid au corps parce que les habits sont bien fourrés mais ce sont les pieds qui nous perdent. On est obligé de toujours taper des pieds sans ça on ne résisterait pas. La privation de sommeil fatigue aussi. Il faut bien en avoir l’habitude pour pouvoir résister à tout ça.

Je ne croyais pas y retourner dans cette saloperie de tranchées mais il y en a parmi nous qui sont encore plus vieux que moi (Pierre à 42 ans et demi).

Je sais bien qu’il y a des régiments de territoriaux qui ne sont jamais allé aux tranchées mais cette fournée ( ?) de 88 de Bretons est sur le front depuis le début. On nous disait quand nous sommes partis de la Champagne qu’on ne monterait plus en première ligne, que l’on resterait pour travailler à l’arrière mais on n’a pas pu trouver de place pour nous … Je vois qu’il y a des faveurs pour les autres, le 88 est toujours bon pour marcher. On a sorti tous les pères de 5 enfants de n’importe quelle classe. Ils sont à l’arrière employés au ravitaillement. Les plus vieux de 93 et 94, également pères de 5 enfants sont allés travailler dans des fermes… En écrivant ma lettre je suis en face de mon créneau, regardant de temps en temps si je vois remuer les boches. Mais on n’en voit pas souvent. Pendant la nuit ils tirent quelques coups de fusils dans la lune pour faire voir qu’ils sont là. Je pense que ça doit être des vieux comme nous autres. Il n’y a que leur artillerie et là notre qui s’échangent quelques obus de temps en temps. Ça ne doit pas être ainsi du côté de Verdun à entendre dire par les journaux. Depuis le milieu de février ça été terrible et la bataille continue toujours. C’est bien malheureux car on ne voit pas venir la fin de tout ça qui cause tant d’ennuis et de malheurs… Ton cher mari… »

On voit dans cette lettre que de nombreux père de famille nombreuse, au moins 5 enfants, âgés de plus de 40 ans sont encore en première ligne en mars 2016. On les envoient juste les plus âgés, 42 et 43 ans, à l’arrière. Ils attendent avec impatience des permissions, non seulement pour retrouver leurs familles mais pour aider au travail des champs.

Les permissions

Comme la guerre devait être courte, il avait été décidé qu’il n’y aurait aucune permission. Il n’y en a donc pas eu avant juillet 1915. Le 30 juin 1915, le général Joffre instaure un régime de permissions pour tous et décide d’accorder 8 jours de permission à tous les soldats, par roulements. Mais en août 1915, on passe de 8 à 6 jours seulement. A compter du 1 octobre 1916 les soldats peuvent de 3 permissions de 7 jours chaque année. Il s’agit de soutenir autant le moral des militaires que celui des civils.

Des permissions agricoles de 15 jours peuvent être accordées à la demande des maires. Des permissions peuvent être également accordées pour des événements familiaux (décès, naissances…). Globalement les soldats se plaignent des injustices dans l’attribution des permissions, du favoritisme et du pouvoir mesquin de certains chefs. Les permissions de convalescence sont plus objectivement attribuées puisqu’elles sont la conséquence de maladies, de blessures ou d’accidents.

A partir du 1er février 1917, les officiers ou hommes de troupe bénéficiaient, tous les quatre mois, d’une permission de détente de 7 jours, délai de route non compris.
La durée de ces permissions est augmentée de délais de route, 1 jour pour 
un trajet aller-retour de 401 à 800 kilomètres, 2 jours pour un trajet aller-retour de 801 à 1600 kilomètres….

La durée des permissions a été modifiée le 1er octobre 1917 : les permissions de détente sont portées à 30 jours en trois périodes de 10 jours (tous les quatre mois) pour la France et Monaco et deux périodes de 15 jours pour les permissionnaires à destination de la Corse. 

Les blessures de Pierre BOUCHER

En décembre 1916 il se fracture la clavicule, il est envoyé à l’Hôpital d’évacuation H.O.E 37-1, « l’achoé » pour le poilu, dans l’Oise puis à l’Hôpital complémentaire n° 8 au Havre. Dans les lettres qu’il écrit quotidiennement à sa « Très chère femme » il lui dit qu’il préfère être ici, malgré son bras « ligoté » qu’être au 88ème Régiment d’Infanterie et pour y retourner le plus tard possible il « dira qu’il a toujours mal ». Dans sa lettre du 20 janvier 1917, toujours au Havre mais à l’Hôpital temporaire n° 10 il écrit qu’il est  » content car je passe l’hivers au chaud ». Paradoxe que l’on retrouvera plus tard ou le soldat préfère être blessé, quand c’est une blessure somme toute peu grave, qu’être au front ou il risque la mort a chaque instant et ou les conditions de vie sont très dures.

Il passe au 64ème RI, toujours au front et il est blessé le 4 mai 1917 au Mont des Singes (Aisne). Un éclat d’obus lui ouvre la cuisse. La bataille du Mont des Singes est l’un des grands moments de l’année 1917. C’est une des clefs de la réussite de l’offensive Nivelle à l’Ouest du Chemin des Dames. La 3e Division d’Infanterie Coloniale (notamment le 7e RIC) attaque le Mont des Singes le 16 avril 1917 au matin à partir du Bois Mortier. Elle parvient à s’en emparer au prix de pertes terribles, mais doit se retirer dans la soirée malgré les ordres de tenir la position coûte que coûte. Dans le Journal des marches et opérations (JMO) on lit : « nos vagues d’assaut tombent sous les feux croisés de mitrailleuses embusquées […] par surcroît, les réseaux ennemis ont été insuffisamment endommagés par l’artillerie. » Le Mont des Singes devient français après la victoire de La Malmaison, le 23 octobre 1917. Repris par les Allemands fin mai 1918, il est à nouveau le lieu de durs combats mi-septembre, lors de la contre-offensive française.

Pierre BOUCHER passe sa convalescence dans l’hôpital de Vert en Drouai, situé à 4 km à l’ouest de Dreux. Cet hôpital a été ouvert dans son château par Bertha Harjes, fille des riches banquiers « Drexel, Morgan, Harjes & Co. » et épouse de Charles Waddington, fils d’un industriel dans le textile.  Il écrit à sa femme le 4 juillet 1917, 2 mois après sa blessure, « ça ne se referme pas à vue d’œil. C’est un peu long naturellement car la plaie était grande comme toute la main ouverte, mais pas bien profonde ». Il ne manque de rien si ce n’est des enveloppes et du papier car il écrit tous les jours a sa femme et il lui précise qu’il n’a pas besoin de tabac car « Tous les dimanches, Madame nous en achète chacun un paquet ».

Le 27 aout, alors qu’il a été transféré à l’hôpital de Dreux il écrit a son épouse et lui raconte que « Dimanche nous sommes revenus à Vert passer la journée chez Madame Waddington. Nous sommes partis le matin à 8 heures. Ça faisait une bonne voiture , on était 16… Nous avons passé une bonne journée qui m’a semblée bien moins longue que de l’avoir passée à Dreux. Nous avons fait deux repas qui ont du coûter quelque chose! Le soir en partant on a eu chacun un petit billet de 5 francs. Nous pourront tous en garder un bon souvenir. J’aurais bien voulu y passer les jours que je suis obligé de passer à Dreux. Ils auraient passés plus vite ». Le 12 septembre il est toujours à l’hôpital de Dreux et il attend avec impatience une permission de convalescence afin de pouvoir retrouver sa femme et ses trois enfants.

On voit ainsi le paradoxe de cette guerre ou les soldats semblent plus heureux quand ils sont blessés et restent à l’hôpital, loin des champs de bataille, du froid et de la boue.

Le 27 novembre 1917, le jour de ses 44 ans, la Commission de Réforme de Lorient constate qu’il n’est plus apte à l’infanterie et propose un changement d’arme. Il est maintenu au Service armée avec une Invalidité inférieure à 10% et le 8 décembre 1917 il est affecté au 28ème régiment d’Artillerie et détaché au centre de bois à Nantes, puis le 6 mars 1918 à la scierie militaire de Vannes.

Le 4 mars 1918 il passe au 65ème RI et il est mis en congé le 18 janvier 1919 par le Dépôt démobilisateur du 63ème RI de Limoges, il a 45 ans et 2 mois.

Le caporal Pierre BOUCHER en juillet 1918.

Il racontait assez facilement cette guerre, les tranchées, les combats à la baïonnette ou celui qui frappe le premier a une chance de sauver sa peau.

 

A Nexon on ne connait pas ou peu Joseph ROIG. Pourtant il est né à Nexon et ce fut un as de l’aviation en 1914-1918 et un pionnier de l’aérospatiale. Il est vrai qu’il n’y a vécu que sa petite enfance. En effet son père qui était gendarme à cheval a passé moins de dix ans Nexon. Il est arrivé dans la commune en 1882 et sa première fille, Thérèse, y est née le 11 avril 1883 ; une autre fille, Berthe, est née le 11 avril 1887 et Joseph est venu au monde le 27 juillet 1889.

De 1902 à 1907, il est enfant de troupe à l’Ecole Militaire Préparatoire de l’Artillerie et du Génie, à Billom, dans la banlieue de Clermont – Ferrand. Cette école, créée en 1886 a fermé ses portes en 1963.

Le 29 juillet 1907, il s’engage pour cinq ans dans l’Artillerie. Il est affecté au 36ème régiment d’artillerie de campagne (RAC) puis au 19ème RAC. Il entre le 1er octobre 1911 à l’Ecole militaire de l’Artillerie à Versailles. Le 1er octobre 1912 il est nommé sous-lieutenant au 13ème Régiment d’Artillerie à Nîmes.

Le 24 septembre 1912 à Billom, Puy-de-Dôme, il épouse Marcelle MOSNIER (1890-1964). Une fille, Madeleine Marie naîtra en 1914. Après le décès de son épouse il se remarie le 21 décembre 1965, à Tours, avec Anny FLORENTIN.

Un as de l’aviation en 1914-1918.

Le 25 septembre 1914 il passe à l’aéronautique militaire comme observateur. Après sa formation il est affecté à l’escadrille C 13 ou il restera jusqu’au 19 mars 1916.

Le travail de l’observateur est essentiel pour guider le tir des batteries françaises. Une fois le tir commencé, Joseph ROIG tapote sur son manipulateur pour aider les artilleurs à régler leur tir : deux traits, deux points, deux traits deux points…, « réglé en direction ». Quelques instants plus tard, un obus tombe sur la batterie allemande. Joseph ROIG continue. Un trait, un point, un trait, un point… « réglé en portée ». Au sol, les canons se mettent à tirer en même temps. (voir en annexe l’article de Patrice HERREYRE dans le Populaire du Centre 24 avril 2016)

ROIG, à gauche, en compagnie d’un pilote de l’escadrille C13 

En février 1915 il est décoré de la Croix de Guerre avec une citation à l’ordre de l’armée et le 7 juillet 1915 il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Il a 26 ans.

 

« A pris part, depuis la fin du mois de septembre, à de nombreuses reconnaissances exécutées sous le feu de plus en plus violent des batteries ennemies. S’est fait remarquer par la sûreté des renseignements recueillis, ainsi que par sa grande habilité à diriger les réglages de tir. »

Citation à l’ordre de l’armée au Lieutenant Joseph ROIG, observateur de l’escadrille C 13

Le 19 mars 1916 il obtient son Brevet de pilote militaire avec le numéro 3033. Il devient alors Pilote de l’escadrille C 13 ou il restera jusqu’au 1er octobre 1916. Au cours de cette période il obtient une nouvelle citation à l’ordre de l’armée :

« Officier d’élite et observateur de premier ordre, continue à se distinguer par le succès avec lequel il s’acquitte de toutes ses missions, déployant sans relâche ses qualités d’audace et d’habileté. Le 2 février 1916, a exécuté avec un plein rendement un vol d’une durée de quatre heures quarante minutes, le 23 juin, attaqué par deux avions de chasse ennemis, les a contraints à la retraite afin de poursuivre l’exécution des réglages dont il était chargé. Coutumier des faits, montre en toutes circonstances un sentiment du devoir et un esprit de dévouement au-dessus de tout éloge. »ROIG, à gauche, en compagnie d’un pilote de l’escadrille C13 en octobre 1916

Il est promu Commandant de l’escadrille C 224 du 1er octobre 1916 au 19 septembre 1917. Il est nommé Capitaine à titre temporaire, le 16 février 1917. Il part à l’Ecole militaire de Fontainebleau du 19 septembre 1917 au 13 mars 1918 et à son retour il est nommé Commandant de l’escadrille SALMSON 58. Cette escadrille est équipée de Salmson 2A2, appareils dont Pierre-Georges LATECOERE avait obtenu un contrat de fabrication en sous-traitance.

Cet avion était un biplan biplace monomoteur construit en bois entoilé. Sa propulsion était assurée par un moteur en étoile Salmson de 230 chevaux. Il disposait d’une mitrailleuse synchronisée Vickers de calibre 7.7mm et de deux mitrailleuses Lewis de même calibre installées en position arrière sur affût annulaire mobile. Deux appareils photos installés à l’arrière du fuselage étaient déclenchés par le copilote. Construit à plus de 3200 exemplaires le Salmson 2A2 est incontestablement un des grands succès aéronautiques français de la Première Guerre mondiale.

Un Salmson

 Il est détaché au 37ème régiment d’aviation, en date du 25 mars 1919

Il cesse son congé sans solde, le 25 mai 1925 pour être réaffecté au 37ème régiment d’aviation. Il est nommé lieutenant-colonel, le 2 septembre 1939.

En 1919, il devient chef de la 1ère Section du personnel du 4e Bureau de la Direction Aéronautique du Ministère de la Guerre. C’est là qu’un jour d’été 1919 il fait une rencontre déterminante. « Nous sommes à la fin de l’été 1919, racontera-t-il dans ses souvenirs, dans le bureau que j’occupais au ministère de la Guerre. Le planton introduisit un visiteur : Pierre-Georges LATECOERE. » Le fondateur des lignes aériennes qui portent son nom demande un petit service à l’officier, celui de différer de quelques jours la prise de fonction dans l’armée de l’air de MORAGLIA, alors chef d’aéroplace à Malaga, en attendant l’arrivée de son successeur, un certain Didier DAURAT.

En 1926, il revient à l’armée de l’Air où il commande successivement les bases de Fez, Alger-Maison-Blanche, Istres et Casablanca avant d’être mis en congé du personnel navigant en 1940.

Un pionnier de l’Aéropostale.

La 1ère guerre mondiale à peine finie, les journaux français s’interrogent : “Que vont devenir nos pilotes ?” Certains vont trouver un métier inattendu : facteur livrant par voie aérienne le courrier de France vers son récent protectorat : le Maroc.

Pierre-Georges LATECOERE, industriel reconverti dans la construction d’avions, a ce projet fou. Pour prouver qu’il ne rêve pas il effectue, le 8 mars 1919, un vol Toulouse-Rabat. A l’atterrissage, sur la piste, l’attend le résident général, le Maréchal LYAUTEY. LATECOERE a un cadeau pour lui : un exemplaire du journal Le Temps, daté de la veille. C’est un exploit à une époque où une lettre, postée à Paris, met une dizaine de jours pour arriver à Casablanca. Pour parachever sa démonstration il a amené un bouquet de violettes cueilli à Toulouse qu’il offre à Madame la Maréchale. Convaincu, LYAUTEY lui accorde une subvention de 1 million de francs et une exclusivité du transport du courrier vers la France.

En juillet 1919, LATECOERE engage le pilote Didier DAURAT. Il signe un contrat d’exploitation de la ligne Toulouse-Rabat.

En septembre 1919, sept mois à peine après le vol inaugural de Latécoère, les postiers de l’air acheminent de façon régulière le courrier entre la France et Casablanca. Mais leur employeur voit déjà plus loin. Latécoère veut relier Paris à Dakar, et au-delà, délivrer le courrier jusqu’en Amérique du Sud. Ses avions doivent pour cela traverser le Maroc.

Deux ans plus tard, Latécoère se souviendra de cette première rencontre et proposera, par l’intermédiaire de Beppo de MASSIMI, à Joseph ROIG de rejoindre son équipe au Maroc. Mis en disponibilité de l’armée il se lance dans l’aventure.

  • La ligne Casablanca-Dakar.

Ainsi en janvier 1921, Joseph ROIG est chef de service des Lignes Aériennes Latécoère Maroc.

Grâce à son action auprès du Maréchal LYAUTEY et des services de la Résidence Générale au Maroc, et à ses relations avec le gouverneur de la Mauritanie, il donne une impulsion décisive aux Lignes Aériennes Latécoère.

L’idée de LATECOERE, un peu folle, est de transporter par avion le courrier de Paris en Amérique du sud. La première étape est de créer une ligne jusqu’à Dakar, en passant par des terrains qui deviendront célèbres : Cap Juby, Villa Cisneros, Port Etienne… C’est Joseph ROIG qui se charge de défricher le terrain et crée de toutes pièces les infrastructures qu’utiliseront plus tard SAINT-EXUPERY ou MERMOZ.

Pour cela Joseph ROIG va effectuer le reconnaissance du tronçon Casablanca-Dakar en faisant du cabotage sur une goélette « La Frasquita ».

Une partie du parcours traverse le Rio de Oro et le désert mauritanien sous contrôle espagnol. C’est un tronçon de 1.500 kilomètres à haut risque, du fait des difficultés à contrôler efficacement cette immense étendue de désert qui, des frontières du sud marocain aux frontières de l’Afrique Occidentale Française, est en réalité contrôlée par des tribus Maures. Il installe les futurs aérodromes de Cap Juby, Villa Cisneros, et Port-Etienne, avec mise en place du ravitaillement en essence et huile.

Du 3 mai au 5 mai 1923, chef de mission du premier courrier postal aérien Casablanca-Dakar, Jean ROIG effectue la liaison avec trois Breguet 14 avec les pilotes Louis DELRIEU, Robert CUEILLE et Victor HAMM, les mécaniciens LEFROIT et BONNORT et un passager M. G. LOUIS de la  » Vigie Marocaine « .

 

Le départ des trois Breguet 

Au retour du raid Casa-Dakar-Casa, J. ROIG, chef de mission, prend sa fille dans les bras.

La ligne Casablanca-Dakar est inaugurée officiellement le 1er juin 1925 par les pilotes Georges DROUIN et Emile LECRIVAIN. Un an et demi plus tard, elle faisait ses premières victimes. Deux pilotes meurent abattus par des membres de tribus du Rio de Oro, tandis qu’un troisième est fait prisonnier. Blessé par balles, criblé de coups de couteaux, le pilote-otage “préfère mettre fin à ses souffrances en buvant d’un trait la teinture d’iode et l’acide phénique qu’il portait en deux flacons sur lui. Ses ravisseurs le crurent mort et l’abandonnèrent dans le désert. Récupéré par une mission de sauvetage, il s’éteignit dix jours plus tard dans un hôpital de Casablanca, l’intestin perforé par les substances chimiques qu’il avait absorbé”, raconte Joseph KESSEL dans “Vent de Sable”.

 

  • La ligne Natal – Buenos Aires – Rio de Janeiro

En 1924 Pierre-Georges LATECOERE envoie le capitaine Joseph ROIG puis le prince Charles MURAT assisté de Marcel PORTRAIT, tous deux administrateurs de la CGEA (ex lignes Aériennes Latécoère), en Amérique du Sud, par bateau, avec des Breguet XIV. Il n’est pas encore question de traverser l’Atlantique en avion. Une fois arrivés au port les avions sont débarqués et les vols de reconnaissance sont accomplis en se posant sur les plages, d’abord au sud vers Montevideo et Buenos Aires puis au nord vers Recife, avec des fortunes diverses.

Si le courrier entre Dakar et Natal, ville la plus à l’Est du Brésil, est transporté par bateau l’idée de LATECOERE est de reconnaître la liaison aérienne qui doit permettre l’acheminement du courrier vers Rio, Buenos Aires ou Montevideo. Encore une fois, c’est Joseph ROIG qui se charge de cette opération périlleuse, en janvier 1925.

Joseph ROIG en 1925

Pour préparer la liaison Rio de Janeiro-Buenos Aires il est aidé par le héros national argentin Vicente ALMANDOS ALMONACID, as de l’aviation en France pendant la guerre. En effet ALMANDOS ALMONACID s’était engagé dans la Légion étrangère en 1914 et, pilote remarquable, il a obtenu la médaille militaire, la croix de guerre et la Légion d’honneur. Le contact entre deux as de l’aviation ne pouvait qu’être fraternel et leur collaboration a facilité les contacts de Joseph ROIG pour l’élaboration de la ligne aérienne Natal – Buenos Aires puis la ligne Rio – Buenos Aire. Sa notoriété en Argentine lui permettra de faire recevoir son ami ROIG par le Président ALVEAR.

Le 14 janvier 1925, chef de mission du premier courrier aérien Rio de Janeiro-Buenos Aires, il effectue la liaison avec trois Breguet XIV et avec les pilotes Paul VACHET, Victor HAMM, Etienne LAFAY et les mécaniciens CHEVALIER, ESTIVAL et GAUTHIER.

14 janvier 1925 – Reconnaissance de l’itinéraire Rio – Buenos Aires

Mars 1925 Brésil

Le parcours n’était pas sans risque ! ROIG était à bord du Breguet piloté par VACHET lorsqu’il s’est retourné au décollage de Bahia.

 

Au cours de son passage aux lignes aériennes Latécoère, Jean ROIG a joué un rôle déterminant dans la création de la liaison aérienne française entre la France et l’Amérique du Sud, et a servi avec un dévouement total M. P.G. Latécoère qui lui avait fait entièrement confiance. La mission rentre en France en juillet 1926 laissant à Rio Paul VACHET et ses avions. Les autorisations vont arriver l’année suivante et le courrier partira de Paris pour Buenos Aires avec une traversée en bateau jusqu’à ce que MERMOZ réussisse la traversée de l’Atlantique de l’Atlantique entre Dakar et Natal les 12 et 13 mai 1930.

Rentré en France, Joseph ROIG réintègre l’armée de l’Air où il commande successivement les bases de Fez, Alger-Maison-Blanche, Istres et Casablanca.

Nommé lieutenant-colonel, le 2 septembre 1939 il est mis en congé du personnel navigant en 1940.

Mort en 1984, il est enterré à Corbère (Pyrénées-Orientales)

La suite sans Joseph ROIG

Le 11 avril 1927, la propriété de la Compagnie Générale d’Entreprises Aéronautiques passe pour 93% de Pierre Georges LATECOERE à Marcel BOUILLOUX-LAFONT. Elle prendra le 20 septembre suivant la nouvelle raison sociale de Compagnie Générale Aéropostale

Octobre 1927 : SAINT-EXUPERY devient chef d’aéroplace à Cap Juby

Novembre 1927 : Inauguration de la ligne Natal – Rio – Buenos Aires par PIVOT et VACHET sur Laté 25.

1er Mars 1928 : Premier service postal France – Amérique du Sud (la traversée se faisant par aviso)

12-13 mai 1930 : Première traversée commerciale de l’Atlantique sud entre Saint-Louis du Sénégal et Natal par MERMOZ, DABRY et GIMIE sur Latécoère 28.3 (Comte-de-La-Vaulx).

13 – 20 juin 1930 : Henri GUILLAUMET, pris dans une tempête de neige dans la Cordillère des Andes, fait un atterrissage forcé à la Laguna Diamante et capote. Indemne, il marche en direction de l’Argentine pendant 5 jours et 4 nuits et est recueilli par une villageoise.

31 mai 1933 : La Société Centrale pour l’Exploitation des Lignes Aériennes (SCELA) qui regroupe Air Orient, la CIDNA, Farman et Air Union, rachète l’Aéropostale.

7 octobre 1933 : la SCELA devient Air France

On oublie aujourd’hui à quel point la mise en place des lignes aériennes dans le monde mettait en jeu des intérêts nationaux, de plus, dans le contexte de l’immédiat après-guerre. La deuxième mission ROIG fut décidée entre Pierre-Georges Latécoère et le sous-secrétaire d’Etat à l’aviation civile, LAURENT-EYNAC, sur la base du rapport rédigé en octobre 1924 par Joseph ROIG, qui recommandait de procéder à une deuxième mission, cette fois de façon opérationnelle, avec des avions.

Le prince MURAT, de la famille impériale de Napoléon, est sollicité au Maroc, où il est président de l’Aéro-club du Maroc ; son nom et son titre seront précieux pour transformer les contacts pris par ROIG en autorisations officielles. C’est donc, au-delà de son entreprise, le prestige de la France à l’étranger que vont représenter les émissaires de la société Latécoère lors de la deuxième mission de reconnaissance, fin novembre 1924.

 

http://postale.free.fr/aeropostale/roig/good/Roig_Joseph-Pour_que_passe_le_courrier.html#yacht

http://www.latecoere.com/web/latecoere.php?lang=fr&art=36

Quelques articles du FIGARO relatant le développement de l’Aéropostale.

Le Figaro, 22 janvier 1924. La liaison aérienne France-Maroc

L’administration de la compagnie Latécoère, qui exploite les lignes aériennes reliant le Maroc à la France et à l’Algérie, vient de publier quelques chiffres relatifs à qui vient de s’écouler.

Rappelons d’abord les étapes de sa remarquable progression ;

L’ouverture de la ligne eut lieu le 1er septembre 1919, avec deux courriers par semaine jusqu’à Rabat. Au 14 juillet 1920 on passait à deux courriers par semaine jusqu’à Casablanca. Au 1er janvier 1921 : trois courriers par semaine. 1er avril 1921 quatre courriers par semaine. 1er août 1922 courrier quotidien. 1er octobre 1922 ouverture de la ligne Casa-Fez-Oran. 1er janvier 1923 ouverture de l’escale de Tanger. 1er mai 1923 ouverture de la ligne Casa-Dakar par le raid de la mission Roig.

Voici maintenant les résultats de l’exploitation en 1923.

2 910 619 lettres transportées en 1923, représentant un poids de 62 835 kilos. Il convient de noter que dans ce total la part du courrier expédié par le Maroc en France qui représente 1 410 052 lettres, est supérieur à celui expédié par la France au Maroc, qui est de 1 294 219 lettres.

Passagers transportés 1 279, aucun accident de personne. Kilomètres parcourus par les courriers réguliers 1 511 240 kilomètres. Raid Casa-Dakar (mission Roig par trois avions) 16,590 kilomètres. Le nombre de lettres transportées en décembre 1923 dépasse les 300 000 (319 477 lettres).

Ajoutons que ces chiffres postent à 3 747 000 kilomètres le parcours effectués par les avions Latécoère depuis la fondation de la ligne, ce qui représente un peu plus de 93 fois le tour du monde. On voit les progrès réalisés, tant pour la périodicité des voyages et leur rendement commercial que pour l’amélioration de la sécurité. J. F.

Le Figaro, 19 février 1925. Les prouesses de l’aviation française. Le raid des trois avions de Rio-de-Janeiro à Buenos-Aires

Le grand événement français, ce fut l’atterrissement le 14 janvier, 17h20, à l’aérodrome militaire argentin du «Palomar», des avions de la Compagnie Latécoère, qui viennent de réaliser avec une exactitude presque mathématique et une incomparable maestria, le difficile programme de route que le capitaine Roig, organisateur du voyage, leur avait tracé.

Une distance de 2.350 kilomètres, à travers des terrains de composition géologique très diverse, sous des climats différents et des conditions météorologiques variables sépare Rio-de-Janeiro de Buenos-Aires. Nos excellents appareils Breguet dirigés par nos habiles pilotes Vachet, Lafay et Hamm, l’ont franchie avec une régularité et une aisance vraiment impressionnantes, en six étapes et en deux jours, comme le commandant de l’expédition l’avait prévu et fixé. Seul, l’avion dirigé par le pilote Hamm est resté momentanément en panne, avant l’étape de Montevideo, non par suite d’accident, mais parce qu’on n’a pu remplacer sur-le-champ une roue de l’avion en mauvais état sans le concours de laquelle il n’a pu prendre son vol en même temps que ses camarades. La roue réparée, il arrivera le lendemain à Palomar.

Les aviateurs sont partis hier, à 4 heures du matin, de Rio-de-Janeiro ; ils sont arrivés à 8h5 à San-Pablo, après avoir lutté constamment contre vent debout ; repartis à 10h15, ils arrivèrent à Florianópolis à 12h.40, avec une vitesse de 130 kilomètres à l’heure. Ils ne poussèrent pas plus loin ce jour-là. Ce matin, ils reprennent leur vol, de Florianópolis, à 4 heures, par un fort brouillard qui, s’épaississant, les oblige à s’arrêter un moment ce qui ne les empêche pas d’atteindre Porto-Alegre à 6h30, et Pelotas à 9h30, où Hamm doit rester. Décollant à 11h, Vachet et Lafay descendent à 15h30, à Montevideo puis, une heure plus tard, ils côtoient le Rio de la Plata jusqu’en face de la Colonia, pour piquer vers le Palomar où ils atterrissent à 17h20.

L’impression produite par ce vol magnifique est considérable, non seulement aux yeux des hommes de métier, mais aux yeux du public qu’il réconcilie avec l’idée que l’aviation peut devenir un moyen pratique de translation, en cessant d’être une folle aventure. On retrouve cette impression réconfortante qu’avait déjà répandue la célèbre mission française, commandée par le colonel Précardin, qui, pendant six mois suivis, exécuta, chaque jour, à Buenos-Aires des vols de ̃ toutes sortes, avec des passagers amateurs sans que le moindre incident soit venu interrompre leur enseignement de l’air, ni diminuer l’absolue confiance qu’ils étaient arrivé à inspirer.

Le Figaro 6 Mars 1925. Le raid des aviateurs de la mission Latécoère.

Buenos-Aires est, une fois encore, remplie de la France, de son esprit et de sa cause. Elle vient d’accueillir les aviateurs de la mission Latécoère qui couvrit en deux jours de vol la distance qui sépare la capitale du Brésil de la capitale argentine en inaugurant le courrier aérien entre les deux pays.

Le capitaine Roig, chef de la mission, a expliqué avec précision la portée de l’entreprise destinée à nous relier à l’Europe et à l’Amérique du Nord par des communications qui s’effectueraient normalement en un peu plus d’une semaine. La ligne pourrait s’appeler Toulouse-Buenos-Aires avec escales à Perpignan, Barcelone, Alicante, Malaga, Tanger, Casablanca, Mogador, Agadir, Cabo July, Villa Cisneros, Port Etienne, Saint-Louis, Dakar, Natal, Recife, Bahia, Rio, Santos et Montevideo, et son extension se calcule suivant le capitaine Roig à douze mille, quatre cents, kilomètres.

Buenos-Aires. Il a reçu une correspondance envoyée la veille de Rio-de-Janeiro alors que les vapeurs la conduisent régulièrement en cinq jours. Les pilotes de la mission française ont été l’objet de manifestations enthousiastes de la part de leurs compatriotes résidant parmi nous, du peuple et de nos autorités. Le président de Alvear les a reçus à la maison du gouvernement.

 

Le Figaro 27 mars 1925. Les prouesses des aviateurs français.

Mais nous oublions volontiers ces petites misères momentanées pour nous réjouir des bonnes nouvelles qui nous arrivent.

̃L’Argentine est profondément impressionnée, par les prouesses répétées de nos aviateurs français, tant sur le continent américain que sur celui de l’Afrique. A peine l’enthousiasme soulevé par le vol du capitaine Roig de Rio de Janeiro à Buenos-Aires en deux jours, s’est-il calmé, que le câble nous apprend la magnifique randonnée du capitaine Lemaître et de son compagnon Arrachart, de Paris à Dakar, à peine interrompu à Cisneros par un incident, sans gravité et sans conséquence. Ces raids surprenants ont d’autant plus d’attrait qu’aucune réclame tapageuse ne vient par avance en enfler l’importance pour en atténuer ensuite l’échec. On les apprend presque en même temps qu’ils se réalisent, et l’heure de l’émotion se confond avec celle des applaudissements.  Jamais on n’avait vu réaliser des choses aussi extraordinaires avec autant de simplicité et de modestie. Nos grands aviateurs sont les excellents artisans du bon renom de la France et de sa gloire, ils sont aussi les bons artisans de la conquête de l’air, en démontrant que l’avion entre des mains habiles et mené d’un cœur résolu, devient rapidement un coursier docile.

Il y a cent ans, Français et Allemands s’affrontaient dans une lutte à mort pour Verdun

Le Populaire, 24 avril 2016

Juillet 1916. La bataille fait rage sur la rive droite de la Meuse. Sur la rive gauche, après les terribles combats de mai et juin pour le Mort-Homme et la Cote 304, le front s’est stabilisé. Mais le secteur n’est pas calme pour autant. À l’escadrille C13, qui est chargée du secteur, les vols succèdent aux vols.

Le grondement sourd qui vient du nord-est ne laisse guère de doute. Une nouvelle offensive allemande est en préparation sur la rive droite de la Meuse. Sur le terrain d’aviation de Brocourt-en-Argonne, les hommes de l’escadrille C13 ne s’en soucient guère. Ils volent au profit des unités du XV e corps, qui tient la ligne entre Avocourt et la Cote 304. Ce secteur, le plus occidental du front de Verdun sur la rive gauche de la Meuse, a été l’objet de terribles combats au mois de mai et juin. Mais, en ce 10 juillet, les Allemands ont décidé de faire porter leurs efforts sur la rive droite.

La zone d’Avocourt n’est pas pour autant calme. Les duels d’artillerie sont quotidiens. Les pilotes et les observateurs de la C13 volent tous les jours pour effectuer du réglage d’artillerie, leur mission principale.

En milieu d’après-midi, Robert de Louvencourt et Joseph Roig s’approchent de leur Caudron G4. Pendant que les mécaniciens préparent les moteurs et vérifient l’armement de bord, les deux lieutenants enfilent leur épaisse combinaison fourrée par-dessus leur uniforme.

Robert de Louvencourt, malgré ses trente-six ans, est un jeune pilote. Il n’est à la C13 que depuis le mois de février. En revanche, Joseph Roig, né à Nexon le 29 juillet 1889, est un observateur expérimenté, entré dans l’aéronautique militaire en septembre 1914. C’est aussi un soldat courageux qui vient d’obtenir sa troisième citation à l’ordre de l’Armée pour sa conduite lors d’une mission qui a failli mal tourner.

L’avion d’observation est hautement vulnérable

Les deux premières missions de la journée sont rentrées. Un autre équipage est parti en reconnaissance depuis une vingtaine de minutes. Robert de Louvencourt et Joseph Roig sont le quatrième équipage de la C13 à prendre l’air. Ils vont tenter de repérer des batteries d’artillerie allemandes dans le secteur de la Cote 304.

Le frêle bimoteur décolle à 17 h 10 et met cap au nord. Après une petite dizaine de kilomètres de vol, l’appareil est au-dessus des premières lignes allemandes. Joseph Roig se penche vers son appareil TSF et tape le signal convenu, trois longs traits qui signifient « je peux observer » (*). Quelques kilomètres en arrière, deux batteries de 120 mm long se préparent à ouvrir le feu.

L’équipage français repère rapidement deux positions de tir allemandes. Des fumées de départs de coups sont nettement visibles sur l’une d’elles. Immédiatement, Joseph Roig demande le tir des batteries françaises.

Technique rodée

La technique est rodée. Quelques obus sont envoyés isolément. Dans l’avion, l’observateur note les impacts et transmet aux batteries, grâce à sa TSF, les corrections à effectuer.

L’avion de Joseph Roig et de Robert de Louvencourt tourne en vue de sa cible. Les obus se rapprochent. Les artilleurs travaillent rapidement. En quelques minutes, ils trouvent le bon azimut. Joseph Roig tapote sur son manipulateur. Deux traits, deux points, deux traits deux points…, « réglé en direction ». Quelques instants plus tard, un obus tombe sur la batterie allemande. Joseph Roig continue. Un trait, un point, un trait, un point… « réglé en portée ». Au sol, les douze tubes de 120 mm se mettent à tirer en même temps. En l’air, Roig et Louvencourt peuvent passer à un autre objectif.

Dans ces moments, l’avion d’observation est hautement vulnérable. Il est évidemment la cible des tirs venus du sol. Il peut aussi être la proie d’un avion de chasse profitant de la moindre attention de l’observateur occupé à régler un tir.

Le Caudron G4 de la C13 n’a pas cette malchance. L’aviation allemande est elle aussi concentrée sur l’offensive qui se déclenche sur la rive droite de la Meuse. Du coup, le ciel de la rive gauche est moins dangereux pour les avions français.

Roig et Louvencourt continuent à survoler la ligne de front. Ils repèrent rapidement une autre batterie allemande qui entre en action. Le manège recommence. Trait long, trait long, … « Je peux observer ». Deux traits, deux points, deux traits, deux points, … « Réglé en direction ». Un trait, un point, un trait, un point, … « Réglé en portée ».

Voilà plus d’une heure et demie que les deux hommes sont en l’air. Le carburant s’épuise. Il est temps de rentrer au bercail.

Le Caudron G4 se pose sur la piste de Brocourt à 19 h 10. Avant de se reposer, Joseph Roig et Robert de Louvencourt vont faire le compte rendu de leur mission. Outre les deux réglages de tir qu’ils ont effectué, ils ont découvert deux autres batteries allemandes. Elles sont notées sur la carte. Elles seront « traitées » lors d’un vol ultérieur.

(*) Les appareils d’observation et de réglage d’artillerie étaient équipés de postes TSF, pour émettre seulement. Ils communiquaient avec les batteries d’artillerie dont ils réglaient le tir, selon un code dérivé de l’alphabet morse.

Patrice Herreyre

 

 

 

100 ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, revenons sur quelques chiffres qui nous rappelleront les drames vécus par les familles qui ont vu mourir leurs enfants dans la fleur de l’âge.

La lecture du Journal le 12 novembre 1918 a envahie de joie les familles qui voyaient enfin la Victoire et la Paix.

117 jeunes garçons nés à Nexon sont morts lors de la Première Guerre Mondiale. Le nom de chacun d’entre eux ne figure pas sur le monument aux morts de Nexon, leur décès ayant été transcrit sur les registres d’une autre commune du fait de leur déménagement depuis leur naissance.

J’ai déjà publié la liste des nexonnais qui figure sur le monument aux morts. Mais tous ne sont pas nés à Nexon. Certains nés à Nexon avaient quitté la commune au moment ou ils ont été mobilisés et inversement d’autres qui n’étaient pas nés à Nexon y résidaient lorsqu’ils sont partis au combat. Ainsi sur les 110 noms transcrits à Nexon, 43 sont nés dans cette commune.

Voici la liste des 63 garçons nés à Nexon, morts ou disparu lors de cette guerre, dont le nom a été transcrit dans une autre commune.

Nés à Nexon et morts à la guerre leur nom figure sur d’autres monuments aux morts.

ADAM   Jean Baptiste, né le 21 octobre 1894 à Nexon, Caporal au 14e RI, décédé le 25 décembre 1918 des suites d’une maladie, inscrit à Limoges.

ASTIER Louis, né le 25 août 1886 à Nexon, soldat au 209e RI, tué à l’ennemi le 26 septembre 1914 à Perthes-lès-Hurlus (Marne) inscrit à St. Hilaire-les- Places.

AUDOIN Jean, né le 7 octobre 1890 à Nexon, Soldat au 1e RCA, Tué à l’ennemi le 12 décembre 1914 à Anzin-St-Aubin (Pas-de-Calais) inscrit à Limoges. Né à Mazerieux de père inconnu

AUTHIER Antoine, né le 9 juin 1870 à Nexon, soldat au 102e RI, décédés des suites de blessures le 6 octobre 1915 à     Sains-en-Gohelle (Pas-de-Calais) inscrit à La Roche-L’Abeille

AUZEMERY Pierre, né le 28 avril 1897 à Nexon, Soldat au 135e RI, décédé suite à des blessures de guerre le 20 août 1918 à l’hôpital complémentaire de Beauvais          (Oise), inscrit à Limoges.

AYMARD Louis, né le 02 octobre 1888 à Nexon, Trompette au 52e RAC, tué à l’ennemi   le 28 août 1914 à Moislains (Somme) inscrit à Limoges.

BEAUDEMOULIN Léonard, né le 17 avril 1892 à Nexon, Sapeur au 2e RG, Tué à l’ennemi le 15 mai 1915 au Bois de la Gruerie (Marne) inscrit à Limoges.

BERGER Ferréol né le 27 mai 1879 à Nexon, Adjudant au 50e RI, tué le 1 juillet 1915 à Nevraumont (Belgique) transcrit à Périgueux.

BONNAUD Léonard, né le 29 juin 1884 à Nexon, soldat au 207e RI, Tué à l’ennemi le 7 janvier, tué le 7 janvier 1916 dans les tranchées d’Agny (Pas-de-Calais) inscrit aux Cars.

BORIE Adrien, né le 17 juin 1895 à Nexon, soldat au 122e RI, décédé d’une maladie en service le 3 novembre 1915 à l’hôpital mixte de Saint-Yrieix, transcrit à St. Yrieix.

BOUBY Martial, né le 1 décembre 1881 à Nexon, soldat au 106e RI, décédé à Grand Rattentout près de Dieue (Meuse) le 13 avril 1915 à la suites de blessures, inscrit à Janailhac.

BOYER Jean, né le 29 juin 1885 à Nexon, soldat au 250e RI, Tué à l’ennemi le 13 octobre 1914 à Nesle (Somme) transcrit à Jourgnac.

BREUIL Louis, né le 06 décembre 1888 à Nexon , Brigadier au 53e RA, Tué à l’ennemi le 10 avril 1917 à Soupir (Aisne), transcrit à Limoges.

CHARRIER Pierre, né le 5 juin 1884 à Nexon, soldat au 7e RI, tué à l’ennemi le 2 avril 1916 à La Harazée (Marne), transcrit à Landouge – Limoges.

CHAUSSE Adrien né le 11 avril 1892, soldat au 172e RI, Tué à l’ennemi le 13 février 1915 à Burnhaupt (Alsace) transcrit à La Meyze.

CHAUSSE Jean Baptiste, né le 29 août 1896 à Nexon, soldat au 65e RI, tué à l’ennemi le 23 juin 1916 à Thiaumont (Meuse) transcrit à La Meyze.

CHEMINAUD Pierre, né le 28 mars 1877 à Nexon, soldat au 95e RIT, décédé suite à des blessures de guerre à Bras (Meuse) le 25 octobre 1915, transcrit à Ladignac.

COUDERT Jules  né le 30 juin 1887 à Nexon, Soldat au 204e RI, tué à l’ennemi le 30 mai 1918 à Villers-la-Fosse (Aisne) transcrit à Limoges.

COULON Etienne, né le 8 aout 1886-09-08 à Nexon, soldat au 263e RI, tué à l’ennemi le 22 octobre 1914 à Rouvroy-en-Santerre (Somme) transcrit à Thiviers (Dordogne).

DELOTTE Antoine, né le 21 septembre 1896 à Nexon, soldat au 363e RI, tué à l’ennemi le 16 avril 1917 à Brimont (Marne) transcrit à Pageas.

DENIS Léonard, né le 25 juillet 1884 à Nexon, Soldat au 207e RI, tué à l’ennemi le 29 avril 1917 à Prosnes  (Marne), transcrit à Limoges.

DESBORDES Marius, né le 26 mai 1898 à Nexon, soldat au 279e RI, tué à l’ennemi le 31 juillet 1918 à Fère-en-Tardenois (Aisne), transcrit à Paris.

DESBORDES Pierre, né le 28 novembre 1881 à Nexon, soldat au 4e RG, Tué à l’ennemi le 4 novembre 1918 à Tielt (Belgique) transcrit à Isle.

DIEUAIDE Gabriel Marcel, né le 8 mai 1894 à Nexon, Soldat au 2e RMZ, tué à l’ennemi le 24 mai 1915 sur le Canal de l’Yser (Belgique) transcrit à Limoges.

DINTRAS Pierre, né le 07 octobre 1899 à Nexon, Soldat au 85e RAL, mort de maladie en service le 24 juillet 1919 à l’hôpital militaire Desgenettes à Lyon (Rhône) transcrit à Limoges.

DURAND Jean Baptiste, né le 21 janvier 1894 à Nexon, soldat au 152e RI, tué à l’ennemi le 22 décembre 1915 à Hartmannswillerkopf  (Alsace), transcrit au Vigen (Haute-Vienne)

DUVERNEIX Martial, né le 13 avril 1891 à Nexon, soldat au 127e RI, tué à l’ennemi le 15 mars 1915 à la ferme Beauséjour à Minaucourt (Marne), transcrit à Janailhac.

FAUCHER Jean, né le 10 mai 1887 à Nexon, soldat au 106e RAL, décédé de ses blessures de guerre le 6 avril 1918 à Rouvroy-les-Merles (ambulance 4/6) dans l’Oise, transcrit à Ladignac.

FAURE Marcel, né le 22 octobre 1888 à Nexon, soldat au 412e RI, tué à l’ennemi le 10 avril 1916 à Marson (Marne), transcrit à La Roche-l’Abeille.

FITTE Jean, né le 28 décembre 1880 à Nexon, Adjudant au 155e RI, décédé de maladie en service le 19 juillet 1918 à l’hôpital mixte de Beauvais (Oise), transcrit à Paris.

FONCHY Jean, né le 3 octobre 1884 à Nexon, soldat au 13e RI, décédé de ses blessures de guerre le 8 avril 1918 dans l’ambulance 5/59 à Royallieu (Oise). Transcrit à St. Hilaire-les-Places

FRAISSE Jean, né le 08 décembre 1895 à Nexon, Soldat au 37e RIC, tué à l’ennemi le 4 octobre 1915 au Camp d’Elberfeld en Champagne (Marne). Transcrit à Limoges.

FRUGIER Edouard Marie né le 24 septembre 1886 à Nexon, Soldat au 213e RA, tué le 3 juin 1918 à La Ferté-Milon (Aisne), transcrit à Limoges. Fils du Dr Frugier.

GIBAUD Martial, né le 5 mars 1893 à Nexon, soldat au 21e RI, disparu le 30 septembre 1914 à Souain (Marne). Transcrit à St. Yrieix la Perche.

GRELONNEAU Jean Baptiste, né le 5 avril 1895 à Nexon, soldat au 83e RI, tué à l’ennemi le 3 aout 1915 à Arras (Pas-de-Calais). Transcrit à Rilhac Lastours.

HELIAS Jules né le 07 mars 1889 à Nexon, Caporal au 63e RI, décédé à la suite d’une chute le 6 septembre 1917 à la station sanitaire de Montlieu (Charente-Inférieure). Transcrit à Limoges.

JOUHAUD Jean, né le 10 septembre 1882 à Nexon, caporal au 42e RI, tué à l’ennemi le 27 mai 1918 à Locre (Belgique). Transcrit à Flavignac.

JOUHAUD Louis, né le    1er janvier 1887 à Nexon, soldat au 91e RI, décédé des suites de ses blessures de guerre le 29 avril 1915 à l’hôpital temporaire n°1 à Verdun (Meuse). Transcrit à Thiviers (Dordogne).

LABORIE Léonard, né le 21 septembre 1890 à Nexon, soldat au 78e RI, tué à l’ennemi à Flirey (Meurthe-et-Moselle) le 14 avril 1915. Transcrit à Limoges.

LAMONERIE Louis, né le 31 mars 1883 à Nexon, soldat au 151e RI. Tué à l’ennemi le 28 janvier 1915 à La Harazée (Marne). Transcrit à Périgueux (Dordogne).

LAVERGNE René, né le 26 mars 1898 à Nexon, soldat au 14e RI. Tué à l’ennemi  le 29 novembre 1917 à Gouvieux (Oise). Transcrit à Les Hurlus (Marne).

LELONG Henri Laurent, né le 6 janvier 1873, soldat au 112e RIT, décédé des suites de ses blessures de guerre le 10 décembre 1916 à Suzanne (ambulance 2/67) dans la Somme. Transcrit à Caen (Calvados).

MASSALOUX François, né le 15 décembre 1888 à Nexon, soldat au 100e RI. Tué à l’ennemi le 13 septembre 1915 à La Harazée (Marne). Transcrit à Tulle (Corrèze).

MATHIEU Jean  Baptiste, né le 9 mars 1881 à Nexon. Soldat au 11e RI. Tué à l’ennemi le 4 aout 1916 à Fleury (Aude). Transcrit à Limoges.

MAUD   Simon, né le 15 aout 1895 à Nexon, soldat au 115e RI. Mort des suites de ses blessures de guerre le 8 mars 1916 à Braux-Sainte-Cohière (Marne). Transcrit à Le Blanc (Indre).

MEINIER Paul, né le 2 avril 1890 à Nexon. Soldat au 134e RA. Décédé d’une maladie en service (Grippe et bronchite) le 7 octobre à 1918-10-07 à hôpital militaire 89 bis de Vizille (Isère). Transcrit à St. Dié (Vosges).

MOUNIER François né le 7 mars 1890 à Nexon, soldat au 78e RI. Mort pour la France le 28 aout 1914 à Raucourt (Ardennes), transcrit à Limoges.

NOUAILHAS Louis, né le 7 octobre 1886 à Nexon. Soldat au 117e RI, tué à l’ennemi le 17 mai 1917 à Moronvilliers (Marne). Transcrit à Burgnac.

PASCAL Henri, né le 26 février 1892 à Nexon, soldat au 78e RI.  Disparu le 28 aout 1914 à Raucourt (Ardennes). Transcrit à             St. Yrieix la Perche.

PATAUD Léonard, né le 22 mai 1882 à Nexon. Soldat au 31e RI. Tué à l’ennemi le 16 mai 1915 à Vauquois (Meuse). Transcrit à Eymoutiers.

PATAUD Pierre, né le 12 avril 1889 à Nexon. Soldat au 78e RI. Tué à l’ennemi le 21 décembre 1914 à Jonchery (Marne). Transcrit à Nedde.

PIQUET Antoine, né le 1er octobre 1893 à Nexon. Caporal au 63e RI. Décédé des suites de ses blessures de guerre le 25 septembre 1915 à Habarcq (Pas-de-Calais). Transcrit à Condat.

PIQUET Antoine, né le 13 avril 1885 à Nexon. Soldat au 151e RI . Tué à l’ennemi le 15 mars 1916 à la Côte du Poivre (Bois d’Haudremont) dans la Meuse. Transcrit à St. Hilaire-les-Places.

PIQUET Martial, né le 2 janvier 1894 à Nexon, soldat au 26e RI. Tué à l’ennemi   le 18 octobre 1915 à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais). Transcrit à St. Hilaire-les-Places.

PLANTADIS Martial, né le 11 aout 1888 à Nexon. Soldat au 7e RI. Tué à l’ennemi le 26 septembre 1914 à Minaucourt (Marne). Transcrit à Beynac         .

PRADEAU Pierre né le 3 aout 1882 à Nexon, soldat au 241e RI. Tué à l’ennemi le 27 juin 1916 à Fleury (Meuse). Transcrit à St. Martin-le-Vieux.

ROCHE Jean, né le 26 avril 1892 à Nexon. Soldat au 138e RI. Disparu le 31 aout 1914 à Terron-sur-Aisne (Ardennes). Transcrit à Burgnac.

TRICARD Guillaume, né le 26 juin 1894 à Nexon. Soldat au 90e RI. Décédé des suites de ses blessures le 27 juin 1915  à Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais). Transcrit à La Meyze.

TRICARD Pierre né le 29 mars à Nexon. Soldat au 90e RI. Décédé des suites de ses blessures le 21 décembre 1914 à Zonnebecke             (Belgique). Transcrit à Bosmie.

VALETTE Paul, né le 31 aout 1884 à Nexon, soldat au 138e RI. Tué à l’ennemi le 11 avril 1916 à Thierville (Meuse). Transcrit à Peyrilhac.

VENTAUD François né le 6 février 1875 à Nexon. Soldat au 135e RI. Tué à l’ennemi le 16 avril 1916 à Marre (Meuse). Transcrit à Beynac.

VEYRETOUT François Paul dit Emile, né le 13 mai 1887 à Nexon, soldat au 7e RI. Tué à l’ennemi le 11 juillet 1916 à Souville (Meuse). Transcrit à Levallois-Perret.

VIGNAUD François né le 28 novembre 1893 à Nexon. Soldat au 9e RI. Tué à l’ennemi le 3 aout 1916 à Fleury     (Meuse). Transcrit à Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne). Né de père inconnu.

 

Les premiers tués parmi les soldats nés à Nexon :

Le 18 aout 1914 Léon JOUHAUD, âgé de 21 ans, soldat au 21e RI est porté disparu à Russ en Alsace.

Le lendemain, le 19 aout, Louis BRUNERIE, 21 ans, soldat au 21e RI est tué à Hersbach en Alsace.

Le 22 aout, BERGER Ferréol, âgé de 35 ans, soldat au 50e RI trouvait la mort à Névraumont en Belgique.

Le 24 aout, GUYOT Jean, 26 ans, soldat au 211e RI est tué à Etain dans la Meuse.

Le 28 aout six jeunes sont tués : Louis AYMARD, 25 ans, Trompette au 52e à Moislains (Somme) ; Pierre LACORE, 23 ans, soldat au 63e RI, à La Besace (Ardennes) et Jean MATHIEU, 23 ans, soldat au 100e RI au même endroit. François MOUNIER, 24 ans et PASCAL Henri, 22 ans, tous les deux soldats au 78e RI, sont tués à Raucourt dans les Ardennes. Jean PRADEAU, 29 ans, soldat au 263e RI est tué à Rocquigny (Pas-de-Calais).

Le 31 aout Jean ROCHE, le 26 avril 1892, 22 ans, soldat au 138e RI est porté disparu à Terron-sur-Aisne (Ardennes).

Le dernier mort parmi les garçons nés à Nexon

Le dernier mort a été tué le 4 novembre 1918. DESBORDES Pierre qui servait au 4e RG  a été tué en Belgique à Tielt (ambulance 8/6 SP 180) lors de la reconquête lancée à partir de septembre 1918 par le Roi Albert. Il avait reçu du maréchal Foch le commandement du « Groupe d’armées des Flandres » constitué de l’armée belge, de la Deuxième armée britannique, de même taille (10 divisions britanniques + 2 divisions US), ainsi que de deux corps français (6 divisions), en plus d’une cavalerie.

Il y a eu 3 morts en novembre 1918, tous décédés de maladie. Léon LATOUILLE décédé le 19 octobre à Montmirail (ambulance 239) ; Marcel GUYONNAUD décédé le 9 octobre à l’hôpital n°64 à Arcis-sur-Aube (Aube) ; Paul MEINIER, le 7 octobre à l’hôpital militaire 89 bis de Vizille en Isère.

La grippe espagnole a fait des ravages au cours de l’année 1918. La première vague qui sévit au printemps 1918 fut assez peu virulente. Mais la seconde, à l’automne s’avéra particulièrement agressive pour les jeunes adultes. Du fait de la promiscuité, du manque d’hygiène et de l’affaiblissement physique et de leurs nombreux déplacements de nombreux soldats en furent victimes.

Soldats du camp militaire du Kansas aux Etats Unis, région d’où est partie l’épidémie

Des consignes strictes sont données aux habitants pour limiter la propagation de l’épidémie, les manifestations, spectacles…sont interdites.

Le Populaire 28 septembre 1918

Francisque Poulbot (1879 -1946), célèbre dessinateur et illustrateur dont le nom est devenu le synonyme du titi parisien à illustré la crainte qu’engendrait l’épidémie de grippe espagnole.

Carte postale de Poulbot

 

Les plus jeunes enfants de Nexon tués à la guerre

Le plus jeune est René LAVERGNE tué à 19 ans et 8 mois le 29 novembre 1917 au Village des Hurlus, l’un des 5 villages détruit du camp de Suippes.

Suippes: Monument en mémoire des villages disparus de Champagne

Dix jeunes sont morts alors qu’ils avaient juste 20 ans : Léonard BECHADE, Adrien BORIE, Jean Baptiste CHAUSSE, Marius DESBORDES, Pierre DINTRAS, Jean FRAISSE, Jean Baptiste GRELONNEAU, Marcel   GUYONNAUD, Jean Baptiste GUYOT et Pierre TRICARD. Jean Baptiste GUYOT est mort en captivité au Lazaret n°4 à Trèves.

Ainsi sur les 33 jeunes nés en 1898 à Nexon 10 sont morts à 20 ans. On mesure les ravages faits par cette guerre dans les campagnes !

Mais il n’y a pas que des jeunes qui meurent.

Le plus âgé des nexonnais avait 45 ans. Il s’agit d’Antoine AUTHIER qui était né le 9 juin 1870 au village de Montezol. Ayant perdu un frère au service il est dispensé mais il est appelé le 10 novembre 1891 à l’activité au 63e RI. Il est mis en congé le 22 septembre 1892. Il est rappelé à l’activité par décret du 1er aout 1914. Il arrive au corps le 30 mars 1915, passe au 102e Régiment territorial d’infanterie. Il décède le 6 octobre 1915 des suites de ses blessures de guerre.

Henri LELONG est mort à 43 ans et François VENTAUD à 41 ans.

Jean PERRIER est palefrenier. Au Conseil de révision il tire le numéro 44 et il déclaré propre au service. Appelé au 31e RI le 16 novembre 1897 il est réformé temporairement le 19 mai 1899 pour bronchite chronique suspecte. Rappelé à la suite du décret de Mobilisation générale il arrive au corps le 6 aout 1914 et décède le 7 février 1915, à 39 ans des suites d’une fièvre typhoïde.

Registre militaire de Jean PERRIER

Pierre CHEMINAUD et Jean Baptiste LAMONERIE avaient 38 ans et Ferréol BERGER 35 ans.

 

Registre militaire de Jean Baptiste LAMONERIE 

Tous ces hommes étaient des soldats de 2ème classe.

Les batailles meurtrières

La bataille de VERDUN en 1916.

Elle débute le 21 février 1916 et pendant plusieurs mois des combats féroces vont se dérouler autours des forts construits sur les collines au Nord-Est de Verdun. 4 jeunes y trouvent la mort : Pierre PRADEAU le 27 juin à Fleury, François VIGNAUD le 3 aout également à Fleury, Jean Baptiste MATHIEU le 4 aout et le 8 aout Jean Martial MEYNIER lors de la reprise de l’ouvrage de Thiaumont.

Les lieux de la bataille de Verdun. Thiaumont et Fleury dans le cercle rouge.

L’ouvrage de Thiaumont en 1915 et en 1916 après les bombardements incessants des allemands

En 1917 les offensives du général NIVELLE.

En décembre 1916 JOFFRE qui préparait une offensive est remplacé par le général Robert NIVELLE qui jouit d’une grande popularité en raison de ses succès à Verdun. Il reprend le plan de JOFFRE et souhaite percer le front compris entre Soissons et Reims (environ 40 km) avec deux armées ; une troisième doit exploiter la percée vers la Belgique. Le chemin des Dames constitue une partie du secteur d’attaque (25 km).

L’optimisme du généralissime et les préparatifs gigantesques suscitent un immense espoir, au front comme à l’arrière. Cependant, le haut commandement ne tient pas compte des difficultés que représentent le terrain et les défenses en profondeur allemandes.Après une préparation d’artillerie d’une dizaine de jours, les fantassins français attaquent dans l’Aisne le 16 avril à 6 heures du matin. Dès les premières heures, les hommes réalisent que l’offensive est un échec, avec des pertes importantes. Le désastre est amplifié par les insuffisances logistiques et un service de santé dépassé. Interrompue le 20 avril, l’offensive reprend le 4 mai avant d’être abandonnée le 15 mai.

Le 16 avril Antoine DELOTTE est tué, le 23 avril Léonard DENIS et Henri DUVERNEIX tombent.

Interrompue le 20 avril, l’offensive reprend le 4 mai avant d’être abandonnée le 15 mai. Le ministre de la Guerre PAINLEVÉ remplace alors NIVELLE par PÉTAIN.

Les attaques se poursuivent en particulier à l’Est de Reims avec la conquête du massif de Moronvilliers du 17 avril au 20 mai 1917. Louis NOUAILHAS et Jean PATAUD perdent la vie respectivement le 17 et le 20 mai.

Fin de la Guerre

L’armistice est signé dans le wagon spécial du généralissime Foch, au carrefour de Rethondes, au milieu de la forêt de Compiègne, le lundi 11 novembre à 5h15 du matin.

 

Après la signature de l’armistice, au premier plan le maréchal Foch, encadré par les amiraux britanniques Hope et Rosslyn Wemyss.

A 11 heures, dans toute la France, les cloches sonnent à la volée.

Au front, les clairons sonnent le « Cessez-le-Feu », la « Marseillaise » jaillit à pleins poumons des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand.

Année 1939

Le 7 mai 1939 le conseil décide d’abandonner le projet de remplacement du chemin surplombant la carrière GUYOT et de demander sa suppression pure et simple à partir de la maison ROCHE. Il demande que la carrière GUYOT soit entourée de barrières solides.

Le 2 juillet 1939 vote de crédits pour réparations aux chemins.

Le conseil qui avait supprimé l’heure d’ouverture des foires, considérant que les foires commencent à trois heures du matin, décide de reprendre la réglementation et demande au Maire de prendre un arrêté à cet effet.

Le 29 Octobre 1939, le Maire soumet au conseil le projet de désaffectation du chemin de la carrière du Courdein et devant les très nombreuses protestations des habitants contre cette suppression, rejette le projet et renvoie l’affaire à la fin des hostilités.

En 1954, plus de dix après cette décision, mes frères et moi partons du Courdein pour aller à l’école à pied. Plusieurs garçons et filles nous ont rejoint, les plus éloignés venaient du Mas Pélissou et de Noyéras puis La Bouenne. Nous nous retrouvions à une dizaine à passer par ce chemin des Rochilles. La carrière était exploitée par M. GUYOT, dit Cadirou. Lorsqu’il y avait un tir de mine, un homme avec un chiffon rouge nous arrêtait pendant la durée des explosions. Nous marchions en file indienne sur le bord de l’ancienne carrière jusqu’à la maison de Madame Roche, aujourd’hui maison Buisson. Parfois il y avait quelques bousculades mais nous n’avons jamais eu conscience d’un danger. Ce n’était pas le cas de nos parents. Ils ont souvent rappelé cette décision de 1939, ils ont essayé de faire décaler le chemin à une dizaine de mètres du bord de l’ancienne carrière. Et puis un jour plus personne n’est allé à l’école à pied, le ramassage scolaire a été mis en place, la carrière a cessé son activité…

Année 1940

Le 5 Mai 1940, Clément BOYER est désigné comme gérant de la bascule.

Le 14 Juillet 1940 le Conseil décide l’adhésion de la commune au Fonds de Compensation.

Année 1941

Le 1er mars 1941 est installé le nouveau conseil municipal, désigné par le Préfet, à savoir : MOURET, GARRAUD, JUMEAUX LAFOND, MASPATAUD, de NEXON Thérèse, QUEYROI, SANCIAUD, PRADEAU, JOURDE, AUTHIER, VILLOUTREIX, BARRET, CHIROL, FAUCHER, GUYOT, ADAM, QUINQUE, GIRARDY.

M. BOUTAUD LACOMBE reste Maire et Messieurs GARRAUD et MOURET sont désignés comme adjoints.

Le 9 Mai le conseil décide la création d’un terrain de sport en bordure de l’étang de La Lande sur la parcelle SAZERAT et il en demande l’expropriation.

Par suite de la construction du camp d’internement sur la route de Limoges, l’eau manque dans le bourg et il est demandé de nouvelles recherches de sources et de captages.

Le 9 juillet 1941, quatre personnes sont embauchées pour l’établissement et la distribution des cartes d’alimentation.

Le Maire est autorisé à passer bail avec M. BEZIAU pour l’installation d’une tuerie.

Le 10 août 1941 location d’un immeuble à M. THOMAS pour l’installation d’un dispensaire.

Le 5 octobre 1941 les réparations à la toiture de l’église sont adoptées. Les Arbres de la Place seront élagués.

Un emprunt de 70,000 francs est contracté pour les chemins de Bonnetie et des Réserves,

400 francs seront payés à M. PAUZET aux Vanneaux pour dégâts occasionnés par les recherches d’eau.

Une machine à écrire est prise en location à raison de 60 francs par mois.

Mme Vve LASPOUGEAS ayant cédé à ses enfants, ceux-ci demandent une augmentation de 2 F par mètre cube sur le prix de 36 francs convenu pour le transport des pierres sur la route de Bonnetie.

M. CHAMBON Vétérinaire est désigné en remplacement de M. BEZIAU.

La Commune de St-MAURICE LES BROUSSES demande son rattachement au canton de NEXON.

Année 1943

Le 15 janvier mil neuf cent quarante-trois le Préfet désigne M. François LAPLAUD comme Maire de Nexon. Il est installé le 29 janvier en présence du Secrétaire Général de la Préfecture. A la suite de cette nomination, et avant de se séparer, le Conseil vote un ordre du jour de confiance au Maréchal PÉTAIN et au Président LAVAL.

Le 14 février le conseil décide de louer le terrain de la Seyne à M. de NEXON pour servir de terrain de sport sur la base de 3.000 Kg de foin par an.

Le 30 mai le conseil contracte un emprunt de 23.000 F pour divers travaux, cloisons mairie, caisses pour armes, réparations Eglise

Une somme de 50 F est allouée à chaque élève reçu au certificat d’études.

Le règlement départemental de lutte contre l’incendie est approuvé.

Des guérites seront construites pour les gardes voies.

Mme MARAUD est désignée comme femme de service aux Ecoles.

Une subvention de 5 000 F est allouée à la Ville de CALAIS.

Le prix des concessions au cimetière est porté à 200 F le mètre.

Le conseil vote une somme de 6.000 F pour envoi de colis aux prisonniers de guerre.

Année 1944

Le 13 février 1944, vente de 3 sapins au cimetière.

Le 14 Mai 1944 le Service des Ponts et Chaussées est désigné comme conseil de la commune en matière de voirie et distribution d’eau.

Le 3 septembre 1944 le conseil donne sa démission au Préfet de la Haute-Vienne, par suite de la création du Comité de Libération et pour ne pas gêner le fonctionnement de ces comités et lui permettre de prendre ses responsabilités.

Le 22 Septembre 1944 à 15 heures, la Délégation Municipale désignée par Mr le Préfet, par arrêté du 20 septembre 1944 prend possession de ses fonctions. Elle se compose de : M.M. NOUHAUD Jean, GAUMY Roger, PERRIARD Pierre, FAURE Raymond, BUISSON Georges, LAGORCE Louis, LARCHER Antoine, ANDRÉ Serge, ABEILLON Louis, LONGEQUEUE André, LASPERAS René, DUPUYDENUS René, PRADEAU Louis-Jean, DUDOGNON Henri, LATHIERE Emile, CHAUVIER Léonard.

Cette délégation est installée par M. LAPLAUD, ancien Maire, comme la Loi le veut.

Aussitôt il est procédé à l’élection du Maire.  M. GAUMY est élu Maire par 15 voix sur 16. M.M. LONGEQUEUE et LAGORCE obtiennent chacun 8 voix sur 16 votants, et M. LAGORCE est élu 1er adjoint au bénéfice de l’âge, après 3 tours de scrutin. M. LONGEQUEUE est élu 2ème Adjoint par 8 voix contre 4 à M. SERGE André et 2 à M. ABEILLON. Diverses commissions sont désignées. La démission de Mme PINGARD est acceptée.

La création d’un marché le samedi est demandée,

M. DUDOGNON Henri est désigné comme représentant du Comité aux Milices Patriotiques,

Une demande est faite pour obtenir du sulfate de cuivre pour les semailles.

M.M. PERRIARD, DUDOGNON et SERGE sont désignés pour faire partie de la commission du lait en vue d’examiner les réclamations.

Une demande est adressée au ravitaillement général pour qu’il soit attribué un veau de lait par semaine à chaque boucher.

Une collecte faite parmi les membres du Conseil au profit des FFI produit la somme de 1 020 F.

Mademoiselle PAULIAT Alice est nommée secrétaire adjointe. Le Conseil Municipal demande que des élections Municipales aient lieu normalement afin que les électeurs fassent leur choix et s’¬élève contre le rétablissement des municipalités en place en 1939.

Le 15 Octobre 1944, la commission administrative du bureau de bienfaisance est désignée comme suit : GAUMY, ANDRÉ, SERGE, PRADEAU Jean.

Le 20 novembre 1944, l’école ménagère s’installe pour 3 mois à Nexon.

Les pesées résultant des réquisitions seront effectuées à la bascule publique de Nexon,

M. BREIX est chargé de réparer le pont en bois au village d’Aixette.

Un délaissé de chemin public est vendu, à Mr de Nexon.

Mesdames FAUCHER et GUYOT sont désignées comme cuisinières à la cantine scolaire.

Un don de 5 000 F est accepté pour l’entretien de la tombe de J.B. LAFARET.

Les indemnités des Sapeurs-Pompiers sont relevées. Les salaires du personnel sont augmentés.

Année 1945

Le 15 avril 1945, M. FAURE , Secrétaire de Mairie, donne sa démission.

M. SAUTARAINIER est adjudicataire pour l’enlèvement des boues.

Une rente de 90 F est acceptée pour l’entretien de la tombe de Mme Vve GROPAS.

Des pourparlers sont engagés avec Mr de NEXON pour l’acquisition de terrains nécessaires à l’aménagement d’un terrain de sport.

Le 29 avril 1945 sont élus conseillers municipaux : LATHIERE Emile, PAULIAT Mathurin, BREIX, LALLET François, MAGNAUD François, DESMOULIN Pierre, NARDOT Jean, MOURIER Pierre, CHAUVIER Léonard, DUDOGNON Henri, RIVIÈRE Louis, PRADEAU Jean, MENICOT Jean, PERRIARD Pierre, MONTY Pierre, LARCHER Antoine, BECHADE, BUISSON Georges, ABEILLON Louis, CHABRIER, BECHADE Germain.

Le conseil est installé par M. GAUMY Roger le 18 Mai 1945. Monsieur PAULIAT est élu Maire par 19 voix, M. PERRIARD Pierre 1er adjoint par 16 voix et M. LATHIERE Emile 2° adjoint par 17 voix.

Le 10 juin 1945 les diverses commissions sont désignées. Le conseil émet le vœu que la retraite des vieux travailleurs soit étendue à tous les artisans, commerçants, fermiers, métayers et agriculteurs.

Le 22 juillet 1945, une boite aux lettres sera installée au village de Biard.

Un lavoir sera construit au centre du bourg (lavoir rue des écoles)

M. REYNES est désigné comme architecte. Deux bancs seront installés sous les arbres.

Le conseil proteste contre la suppression du poste d’agent voyer de Nexon.

Le 6 septembre 1945, M. THEBAULT est désigné comme Secrétaire de Mairie. Mademoiselle Germaine MASSALOUX est désignée pour la distribution des cartes d’alimentation.

M. THEBAULT est nommé sous caissier de la Caisse d’Epargne, succursale de Nexon.

Le conseil autorise le Maire à faire le nécessaire pour la libération du logement occupé par Mme Vve FAURE.

M. MALITTE est désigné comme porteur de dépêches. Les travaux de réparations seront effectués à la bascule publique, au lavoir de Biard et de la Grange.

L’indemnité de fonctions est votée à M. PAULIAT, Maire.

Le conseil demande le déclassement du chemin des Rochilles au Courdein et la mise à l’enquête de cette demande.

Le conseil demande la construction d’une tuerie municipale.

Une demande est adressée aux Ponts et Chaussées pour l’agrandissement du carrefour du cimetière.

 

Une famille belge est venue à Nexon cet été et a cherché à retrouver une ferme où leurs parents avaient séjourné en juin 1940 comme réfugiés. Ils n’avaient qu’une photo et un lieur Nexon.

Le secrétariat de la mairie n’a pas pu les renseigner et les a aiguillés vers ce blog.

Je vous montre la photo en espérant que quelqu’un reconnaîtra la ferme ou l’une des personne présente sur la photo.

Merci.

Ça y est, la ferme est reconnue !

Grace à M. DELIAT, président de l’Amicale des aînés, la ferme a été identifiée. Elle est située au Mas Pataud à Janailhac. Monsieur René GIBAUD s’est reconnu sur la photo où figurent ses parents et son oncle. Ils étaient métayers sur la ferme de M. BOUTAUD-LACOMBE où ils sont restés jusqu’au début des années 1960.

En Juillet 1940, Denise PIRAUX épouse ELIS  avait quitté la Belgique envahie pour se réfugier en France avec sa fille Marie-Louise ELIS, Clarisse LUSIAUX et René LUSIAUX âgé alors de onze ans. C’est Geneviève LUSIAUX, la nièce de René LUSIAUX, qui de passage à Nexon en août dernier espérait voir la ferme où sa famille avait séjourné lors de l’exode de juillet 1940.

La ferme a été vendue à la fin des années 1960. La tempête de 1999 a détruit la toiture. Le propriétaire ne l’a pas faite réparer. La végétation a envahi les murs qui s’effondrent.

La ferme en septembre 2018

I- Les anciens combattants au niveau national

  Les blessés et mutilés s’organisent avant la fin de la guerre.

Les blessés et les mutilés sont relativement mal pris en charge par l’administration. Ce sont donc des initiatives privées qui vont suppléer les carences de l’administration. Ainsi en août 1915, la première association voit le jour dans un hôpital privé : l’Association générale des mutilés de la guerre (ou AGMG). Les associations de mutilés se multiplient alors partout en France, regroupant des mutilés mais aussi des veuves et même des ascendants. Un premier congrès à l’initiative d’une structure parisienne, l’Union nationale des mutilés et réformés (UNMR), se réunit le 11 novembre 1917 à Paris et jette les bases et les principes de l’Union.

A Lyon, les 23, 24 et 25 février 1918 « l’Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés, anciens combattants de la grande guerre, veuves, orphelins et ascendants » prend officiellement naissance. Elle devient quelques années plus tard « Union fédérale des associations françaises d’anciens combattants et victimes de guerre (U.F.) ». Son siège est à Paris, rue de Brissac, dans un immeuble acheté en 1928 grâce aux dons de ses groupements et fédérations départementales. Il y est toujours actuellement. L’U.F. a été reconnue d’utilité publique par décret en date du 25 juin 1952.

La guerre terminée les démobilisés sont mécontents.

La révolution russe de 1917 a suscité un immense espoir. Dès la fin de la guerre des grèves éclatent. Le 1er mai 1919 CLEMENCEAU fait quadriller Paris par la troupe, le gouvernement calme la colère des démobilisés en les exonérant, ainsi que les veuves, des impôts dus pour les années de guerre, si leur revenu est inférieur à 5 000 F. Il institue une prime de démobilisation de 250 F, majorée de 20 F par mois de séjour au front.

Mais la parade la plus efficace consiste à organiser les démobilisés avant que la gauche ne le fasse en suscitant la création de l’Union Nationale des Combattants (UNC). A la différence de l’U.F., qui vient d’en-bas, et lentement, l’UNC vient d’en-haut, et vite.

Clemenceau encourage le Père BROTTIER, aumonier militaire, qui demande aux anciens combattants de « rester unis comme au front ». Avec l’appui de l’armée qui autorise l’UNC à faire sa propagande dans les foyers du soldat, des milieux d’affaire et de l’église catholique l’UNC se développe rapidement. Déclarée le 11 novembre 1918, elle compte près de 100.000 membres à sa première assemblée générale, en février 1919. En 1921, avec 317 000 cotisants, elle devance l’UF qui compte 255 000 votants à son congrès.

A coté des anciens combattants il y une catégorie de citoyens qu’il ne faut pas oublier : les orphelins. La proposition de loi initiée par Léon Bourgeois en avril 1915 débouche sur la loi du 27 juillet 1917 qui institue les pupilles de la nation et crée un Office national des pupilles de la nation (ONMR). Enfin, la loi de Finances du 19 décembre 1926 permet la création d’un Office national du combattant (ONC).

En 1922, le 11 novembre devient jour férié.

Il ne suffisait pas d’aider les anciens combattants il fallait leur rendre hommage et tout faire pour qu’un tel conflit ne se renouvelle pas. Aussi la loi du 24 octobre 1922 décide que la république française célèbrera annuellement la commémoration de la victoire et de la Paix et que cette fête sera célébrée le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice. Le 11 novembre devient jour férié.

 

Un défenseur des droits des combattants : René CASSIN, prix Nobel de la Paix

Pendant toute cette période un homme a joué un rôle prépondérant : René CASSIN. Ancien combattant épris de justice, il participe dès 1917 à la création à Aix en Provence, d’une des toutes premières associations de victimes de guerre et à la création de l’Union fédérale. Devenu l’un des dirigeants nationaux les plus écoutés, il participe activement à l’élaboration du texte de loi sur le droit à réparation que le député Georges LUGOL fera adopter le 31 mars 1919. En 1922 il devient président de l’Union fédérale en 1922. En 1926 il est la base de la création de la carte du combattant et de l’O.N.C. En 1929, il est vice-président du conseil supérieur des pupilles de la nation. On l’appelle « le père des pupilles de la nation. » En 1930, il obtient la retraite du combattant ; celle-ci sera alors versée aux intéressés dès l’âge de 50 ans !

Dès le 19 juin 1939 il embarque à Saint Jean de Luz pour rejoindre Londres ou il arrive le 29 juin. Il se présente au Général DE GAULLE, dont il deviendra le juriste.

Dès la fin de la guerre, c’est en tant que représentant de la France dans la commission des droits de l’Homme des Nations unies, qu’en collaboration avec Mrs Eleanor ROOSEVELT, René CASSIN établit la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Premier Président de l’Ecole Nationale d’Administration,  qui vient d’être créée, à la tête du Conseil d’Etat de 1944 à 1960 puis membre du conseil constitutionnel du 18 juin 1960 au 22 février 1971 il siège à la cour européenne des droits de l’Homme de 1960 à 1968 et la préside de 1965 à 1968.

Le 10 décembre 1968, vingt ans jour pour jour après la déclaration universelle des droits de l’homme, le prix Nobel de la Paix est attribué à René CASSIN. Il s’est éteint en 1976 à 89 ans.
Le 5 octobre 1987, jour du centième anniversaire de sa naissance, ses cendres ont été transférées au Panthéon.

 

II- Les associations d’anciens combattants en Haute-Vienne.

 

A Limoges c’est d’abord une Œuvre d’Assistance aux Invalides et Mutilés de Guerre qui voit le jour dès 1916. Elle va principalement se consacrer à la rééducation des mutilés dans un Centre de Rééducation ou sont logés plus de 200 élèves avec des infirmiers, des cuisiniers, des lingères… et 29 professeurs. La majorité des élèves rééduqués entre le 1er octobre 1915 et le 1er mai 1918 placés par l’école étaient comptables (81), cordonniers (45), employés (45), instituteurs (29), dessinateurs industriels (18), tailleurs (13) et coiffeurs (12).

En annexe à ce Centre la Fédération a créé, en mai 1917, une Ecole des Soldats blessés aux yeux puis le 5 janvier 1918 un Centre de rééducation agricole dans la ferme école de Chavaignac près de Peyrilhac.

A coté des Centres, la Fédération distribue des secours en numéraire aux Réformés dans le besoin  et aide les mutilés dans toutes leurs démarches administratives.

La Haute-Vienne comptait de nombreuses associations de mutilés et de sections de l’association des combattants du Limousin et du Centre. Un grand nombre d’entre elles décident de s’unir afin d’être plus fortes. Réunies le 8 janvier 1928 à l’hôtel de ville de Limoges elles créent « L’Union Fédérale de la Haute-Vienne des associations d’anciens combattants et victimes de la guerre, de leurs veuves, orphelins et ascendants du département de la Haute-Vienne. » Le même jour est créé le journal « Le combattant du Limousin ».

Le numéro 102, daté de décembre 1937 annonce la tenue du 9ème Congrès départemental dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Limoges, le 16 janvier 1938, sous la présidence de René CASSIN et en présence de 2 ministres, Albert RIVIERE, ministre des pensions et André COT, ministre de l’Air. Ce même jour sera inauguré la maison de l’Union fédérale, au 37bis de la rue Montmailler à Limoges.

Le numéro 112 de décembre 1938 annonce la tenue du Congrès le 26 février 1939.  Pas de ministre cette fois ci et un ton pessimiste. Hitler a en effet annoncé qu’il voulait récupérer les anciennes colonies allemandes qui ont été confisquées en 1919. La menace de la guerre se fait sentir…

 

III- Les Anciens Combattants à Nexon.

 La première manifestation de la municipalité a été le 1er décembre 1919, la décision d’ériger un monument à la mémoire des combattants morts au combat.

Le 20 février 1919 par une annonce dans le Populaire du centre « les mutilés et réformés, les veuves et les anciens combattants du canton de Nexon sont priés d’assister à l’assemblée générale qui aura lieu le dimanche 2 mars à Nexon, salle Defaye, vers 2 heures (heure nouvelle) » en vue de constituer une association pour la défense de leurs intérêts.

Cette association réunit un large public et le but n’est pas de se retrouver amicalement mais de défendre ses intérêts.

La réunion du 2 mars a dépassé les espérances des organisateurs. Il y avait tellement de monde que la salle Defaye était trop petite et les participants se sont déplacés dans la grande salle du Café de la Promenade.

LAPLAUD, instituteur à Saint Priest Ligoure préside la réunion. Il montre la nécessité d’être unis et présente les statuts de la future association ainsi que le règlement intérieur. Les choses avaient donc été préparées à l’avance. Le nom « Association Fraternelle des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre du canton de Nexon » est adopté. On constate un léger changement par rapport à la convocation : les anciens combattants figurent en tête du nom et celui des mutilés n’est pas mentionné mais tous sont représentés au bureau par un délégué.

Il n’y a pas de président mais un Secrétaire général, M. J. LAPLAUD avec comme adjoint M. SENIGOUT à La Meyze. Le trésorier est M. Guyot à Nexon et son adjoint M. JARY à Saint Hilaire les Places.

Les délégués sont :

– délégués des Réformés : MM. MARTIN à la Meyze et DEBORD à Nexon.

– délégués des veuves et ascendants : Mmes CHARLINE à La Roche et VILLENEUVE à Saint Priest.

– délégués des anciens combattants : MM. JARRAUD à Fressinet et PEYROT à Saint Priest.

A ces personnes s’ajoutent les délégués de chaque commune.

Au 31 décembre 1919 l’association comptait 151 membres cotisants à 5francs et un membre honoraire ayant versé 50 francs.

Les dépenses s’élèvent à 565, 70 francs dont :

  • 87 cotisations à 2 francs à la Fédération …….. : 174 francs
  • Journaux payés à la fédération ……………… : 110 francs
  • Imprimés (cartes de membre, papier, statuts… : 186,20 francs
  • Déclaration et insertion au Journal Officiel ….. : 60 francs
  • Location de salle pour l’assemblée du 2 mars … : 20 francs

 

Les nexonnais sont 21 cotisants, loin derrière ceux de Saint Priest Ligoure qui sont 36 plus Jean Laplaud qui a payé 50 francs comme membre honoraire. C’est sans doute lui qui a su mobiliser ses compatriotes pour le taux d’adhésion soit aussi élevé.

Les membres nexonnais de La Fraternelle en 1919

L’association n’a pas dû fonctionner par la suite, le cahier ne comporte pas d’autres listes. Il faudra attendre 1928 pour qu’une nouvelle association soit créée.

 

Les associations de Nexon n’ont pas pris part à la création de l’Union départementale en janvier 1928. Elles la rejoindront à la fin de l’année 1928.

Octobre 1928 : La 28eme section départementale de l’UF est créée à Nexon.

Le bureau de la section des Mutilés avait convoqué, pour le 21 octobre 1928, tous les anciens combattants de la commune à une réunion amicale. Beaucoup répondirent à l’appel, la salle de la mairie avait peine à les contenir. M. MELON, le très sympathique président de la section des mutilés remercie les camarades présents d’être venus et les engage à faire de la propagande afin que pas un seul ancien Combattant mutilé ou non reste isolé.

Sur sa proposition l’assemblée est unanime pour décider d’organiser un cortège qui se rendra le dimanche 11 novembre au Monument aux Morts pour y déposer une palme.

, délégué du bureau central de Limoges, explique ensuite que le devoir et l’intérêt des anciens Combattants non pensionnés est de se grouper. Leurs frères dermes, mutilés, ont depuis longtemps donné l’exemple et recueillent aujourd’hui les fruits de leur cohésion. Les non pensionnés ne voudront pas rester plus longtemps inactifs et voudront travailler à améliorer et augmenter les maigres avantages qui leur sont concédés par les lois et règlements en vigueur.

A la suite de cet exposé, l’assistance décide la création d’une section d’anciens Combattants à Nexon et nomme immédiatement un bureau provisoire. Sont élus comme :

Président : M. le docteur JUMEAU-LAFOND

Secrétaire : M. TOULEMONT

Secrétaire adjoint : M. PIGNOULET

Trésorier : M. PERIER Baptiste

Trésorier adjoint : M. ROUGERIE J-B

 

La réunion se termine par une courte causerie sur la Retraite Mutuelle de l’Union Fédérale, qui est le système le plus parfait et le plus avantageux d’épargne et de prévoyance pour les vieux jours.

18 novembre 1928 1er congrès de l’Association « Les Combattants du Limousin et du Centre »

22 avril 1929 assemblée générale de la section de Nexon.

Plus de 100 camarades ont répondu à l’appel du président, le docteur JUMEAU-LAFOND. La section de Nexon approuve les décisions du Congrès régional du 14 avril rapportées par leur délégué Perrier. Ils invitent le bureau fédéral à faire pression sur les pouvoirs publics pour voter la retraite du combattant, pour faire accorder aux Anciens Combattants les réductions accordées aux Mutilés par les compagnies de chemin de fer, à leur faire consentir des prêts analogues à ceux accordés aux Mutilés.

Le Combattant du Limousin 15 avril 1933 : « Le 19 mai dernier dans la grande salle Charreix s’est tenue l’Assemblée générale ordinaire des deux sections de Nexon, de l’U. F des Mutilés et Combattants du Limousin.

Le docteur JUMEAU-LAFOND préside, assisté des camarades TOULEMONT et LABIDOIRE. Il présente les camarades du bureau central, SENAMAUD, trésorier général des Mutilés du Limousin, NAUCODIE, président de la mutuelle retraite et FOUCHARD, président de l’U. F. départementale.

SENAMAUD fait l’historique des Associations dans le département. 1925 a vu la création de l’Union Fédérale et c’est en 1933 un faisceau de 25 000 bonnes volontés qui la compose. Il rappelle quelles ont été les réalisations : d’abord un siège social avec une permanence journalière ; un véritable office de renseignement ou plus de cent camarades défilent chaque jour ; un foyer de Mutilés qui donne des repas à des prix abordables ; une société de Mutuelle-Retraite ; la création d’une maison d’hébergement et d’assistance par le travail.

Dans tous les organismes ou l’on s’occupe des victimes de la guerre et des Anciens Combattants l’Union fédérale est présente et souvent la seule représentée.

NAUCIDIE a ensuite la parole pour exposer la question importante de la société Mutuelle de retraite des Combattants et des Victimes de la guerre de l’Union Fédérale du département de la Haute-Vienne.

Au cours d’un récent voyagé à Paris dit-il, j’ai pu parcourir, les services de la France Mutualiste et je puis vous dire que vous pouvez avoir confiance en cet organisme qui possède actuellement plus de huit cents millions d’immeubles et de deux cents en valeurs diverses. C’est d’ailleurs la caisse autonome la plus importante de France.

Il est entièrement sous le contrôle du Ministère des Finances car, vous le pensez bien, si l’Etat majore vos versements de 25 à 60% il est juste qu’il exerce un contrôle journalier sur les opérations qui sont faites par France Mutualiste.

Il invite les camarades Anciens Combattants et leur famille à adhérer à la Mutuelle. Il cite de nombreux exemples, tel celui de l’Ancien Combattant qui âgé de 52 ans arrive à doubler sa retraite à 63 ans s’il se contente de percevoir d’une main et de verser de l’autre à la Société Mutuelle sans pour cela d’ailleurs que le capital soit perdu en cas de décès.

FOUCHARD fait ensuite un exposé très complet sur la situation financière actuelle et les différents projets établis contre les droits acquis des Anciens Combattants par les ministres des finances qui se sont succédé.

Il rappelle qu’avant de consentir des sacrifices, il y a lieu pour le Gouvernement de mettre de l’ordre dans la maison et de supprimer les nombreux abus de toutes sortes que tout le monde connaît et qu’il appartient au Gouvernement de réprimer.

La révision des pensions est également à l’ordre du jour et il fait connaître la position de l’Union Fédérale, qui d’ailleurs a toujours été la même : suppression des pensions dites scandaleuses, par un réexamen des droits à pension, des mobilisés des dépôts et des engagés spéciaux de l’arrière

Les trois exposés furent très applaudis et la réunion se termina par le vote de l’ordre du jour suivant : « Les deux sections de l’Union Fédérale des Mutilés et Combattants du Limousin, réunis salle Charreix à Nexon le 19 mars 1933, après avoir entendu les camarades Sénamaud, Naucodie et Fouchard font confiance à l’Union Fédérale des Mutilés et Combattants du Limousin pour défendre leurs droits, exprimant leur conviction formelle que toute mesure de redressement financier doit comporter la suppression immédiate des abus dans tous les domaines. Déplorent que des Anciens Combattants et Victimes de Guerre trop nombreux n’aient pas obtenus réparation.

Décident qu’avant de demander aux Mutilés et aux Combattants des sacrifices, il est nécessaire d’attendre les résultats définitifs du redressement financier afin de connaître et d’évaluer l’effort exigé de tous, aucun citoyen ne pouvant se dérober à ses devoirs civiques et fiscaux ».

 

L’Assemblée, en raison du décès survenue du père du camarade Melon, décide ensuite de lui envoyer l’adresse suivante : « Les sections des Mutilés et Combattants de Nexon envoient à leur camarade Melon, président de la section des Mutilés du Limousin leurs sympathiques condoléances pour le deuil qui vient de le frapper ».

Les bureaux ont été renouvelés dans leur entier à savoir :

Pour les Mutilés

Président : MELON

Secrétaires : DUROUX, DESPLANCHES

Trésorier : LABIDOIRE

Pour les Combattants

Président : JUMEAU-LAFOND

Secrétaires : TOULEMONT et PERRIER

Trésorier : MOURET

 

1er Juin 1933 : Le camarade MOURET Louis, trésorier de la section des Combattants de Nexon, invite tous les adhérents en retard de leur cotisation de bien vouloir s’en acquitter le plus tôt possible, car passée la date du 31 mai prochain, ces camarades seront avisés de payer leur cotisation par chèque postal et dans le cas où ils ne répondraient pas à cet appel, le journal leur sera supprimé.

Il compte sur la bonne volonté de tous pour l’aider dans sa tache.

 

6 décembre 1933, assemblée générale dans la salle de cinéma présidée par le docteur JUMEAU-LAFOND. Le point principal de cette assemblée est la désignation des délégués du canton au Comité administratif fédéral. Sont élus pour les Combattants : QUEYROI Fernand de Nexon titulaire, RENAUDIE de la Meyze suppléant. Pour les Mutilés : MARQUET Gabriel de Saint Priest Ligoure titulaire, LAMAUD de Rilhac Lastours suppléant.

Le délégué fédéral fustige ceux qui ont démissionné car les avantages accordés aux Combattants et mutilés sont aléatoires et il faut sans cesse batailler pour qu’on ne les supprime pas. Ensuite le délégué des Mutilés s’en prend aux « peinards » qui n’ont pas été mobilisés et se sont enrichis pendant que d’autres souffraient tant moralement que physiquement.

 

Le 11 novembre 1935 les sections des Mutilés et des Combattants de Nexon appartenant à l’Union Fédérale, ont fêté dignement la commémoration de l’armistice.

Le matin, le pèlerinage habituel au monument aux Morts, accompli pour y déposer une palme, eut lieu avec le concours de la plus grande partie de la population, y compris le maire et des représentants du conseil municipal.  Le docteur JUMEAU-LAFOND, président des sections d’Anciens Combattants de l’U. F., en quelques phrases bien de circonstances rappela la raison de cette commémoration et demanda une minute de silence, Après quoi les camarades de l’Union Fédérale se groupèrent pour entendre CLEMENT, délégué du Conseil d’administration de l’U.F. dont il est le président.

La réunion ne fut que de courte durée, parce qu’il était midi et qu’il fallait prendre place au banquet organisé par les camarades de l’U.F. Une centaine de convives se trouvaient réunis dans une salle fort bien aménagée où, durant plus de deux heures des plats nombreux, des mets succulents circulèrent sur les tables. Enfin, lorsque le vin mousseux et pétillant emplit les Verres, on eut le plaisir d’applaudir maints orateurs. Le premier, le Dr JUMEAU-LAFOND eut un mot aimable pour chacun et son discours fut accueilli avec une aimable déférence. Tous ceux qui lui succédèrent furent copieusement applaudis. On eut ensuite le plaisir d’entendre des chanteurs qui, accompagnés par un expert ménétrier, se taillèrent un beau succès. Et quand on se sépara, on songeait que le 11 novembre 1918, la joie n’était pas plus vive qu’elle ne le fut à Nexon en 1935.

Le 25 avril 1937 les adhérents ont tenu leur assemblée générale sous la présidence du Dr JUMEAU-LAFOND, président fédéral et les présidents des Combattants et des Mutilés, BONNET et FILHOULAUD.

A l’unanimité les bureaux ont été constitués comme suit :

Président fédéral : Dr JUMEAU-LAFOND

Mutilés – Président : LABIDOIRE

Secrétaire : DESPLANCHES

Trésorier : DUROUX

Combattants – Président : QUEYROI

Secrétaire : COUEGNAS

Trésorier : MOURET

Trésoriers adjoints : LONGEQUEUE et JOURDE.

On rappelle aux adhérents que dans le département de la Haute-Vienne 17 000 cartes sont délivrées aux membres de l’Union Fédérale sur les 28 000 membres regroupés en association ce qui en fait un acteur efficace auprès de l’Office départemental des victimes de guerre. Mais il y a 7000 personnes titulaires de la carte qui ne sont membres d’aucune association.

Le nombre élevé de membres a permis l’acquisition d’une Maison avec des permanents qui répondent quotidiennement aux adhérents. 26 000 correspondances ont été reçues en 1936.

Les délégués insistent sur l’importance qu’ils attachent à la paix et au rôle que doit jouer pour cela la S.D.N. Son rôle dans la question de la Sarre, l’affaire Ethiopienne et la guerre civile espagnole ont été rappelés. Le but poursuivi est un désarmement total.

 

Le 28 février 1938, les membres des sections de Nexon se sont réunis en Assemblée générale, sous la présidence du Dr JUMEAU-LAFOND. Une centaine d’entre eux étaient présents, et c’est à l’unanimité que les bureaux sortants ont été réélus.

Cette formalité remplie, le camarade CLEMENT, délégué du conseil d’administration, a pris la parole pour évoquer le dernier congrès : « Nous avons eu un beau congrès, a t-il dit, parce que l’U.F. est la plus belle association départementale. » Il insiste sur la nécessité de rester groupés.

CLEMENT termine par un vibrant appel en faveur des groupes de jeunes de l’U.F.

Le fonctionnement de l’Office départemental est présenté avec les aides qu’il peut accorder.

 

Les mutilés et anciens combattants de Nexon, réunis en assemblée générale le 12 février 1939, ont pris connaissance de la lettre de démission de leur camarade LABIDOIRE. Ils lui expriment leurs regrets de le voir abandonner la présidence de la section des mutilés et lui adressent leur témoignage de vive sympathie et souhaitent que son état da santé lui permette, dans un avenir prochain, de revenir sur sa décision.

Après avoir entendu l’exposé de leur camarade PUYNEGRE, délégué par le bureau central, ils font confiance à l’Union fédérale pour la défense de leurs droits et passent à l’ordre du jour

Une quête faite au profit des réfugiés espagnols de Nexon a donné la somme de 102 fr. 50 malgré que de nombreux camarades aient déjà versé sur les listes de souscription qui sont en circulation.

 

Deux mariages franco-américains figurants sur les registres d’état civil. Les deux soldats ont épousé leur marraine de guerre.

Le premier mariage :

Le 6 mai 1918 union de Percy Montfort BELL soldat américain né à Hulut (Minnesota), le 11 Janvier 1881 avec Henriette Clémence HAMON, corsetière née à Bordeaux le 8 Février 1898.

Le couple a eu un fils, Jean Henri, né le 10 Janvier 1919 à Pauillac en Gironde. Ils sont partis aux Etats-Unis en 1919. Par la suite ils ont divorcés. Henriette Hamon est restée aux Etats-Unis ou elle est enterrée. Percy M BELL est décédé le 17 Octobre 1963.

En 2004 la petite fille de ce couple, Judy McCOY effectuait des recherches pour connaitre la famille de sa grand-mère, Henriette HAMON.

Le second mariage :

Le 20 Juin 1918 union de Charles D. RICE soldat américain né à Wheaton (Illinois) le 29 Juillet 1892 avec Odette LAGUZON sans profession, née à PAUILLAC (Gironde) le 30 Janvier 1894.

On perd la trace d’Odette RICE-LAGUZON.

Les marraines de guerre.

La guerre devant être courte, rien n’avait été prévu en 1914 pour soutenir le moral des soldats. Mais lorsque la guerre s’enlise, le moral de certains soldats commence à flancher. Certes de nombreuses associations apportent un soutien aux soldats par l’envoie de colis mais rien ne remplace l’affection d’une mère, d’une épouse ou d’une sœur. De là est née l’idée des marraines de guerre.

Une première association, La Famille du soldat, nait en janvier 1915. Bénéficiant de la publicité gratuite de L’Écho de Paris elle voit affluer les lettres de soldats demandant qu’on leur écrive. Peu à peu d’autres journaux comme La Croix, Le Journal… vont ouvrir leurs colonnes aux soldats. De nombreuses dames patronnesses créent des œuvres. Les mamans qui ont perdu leur fils unique au combat cherche un réconfort en prenant en charge un jeune soldat.

Mais assez vite de patriotiques des relations sentimentales vont naitre dans les échanges épistolaires.  Constatant cette évolution, le 1er mai 1915, une revue bimensuelle légère, Fantasio, crée « Flirt sur le front », une rubrique destinée aux jeunes filles et aux jeunes soldats à la recherche de l’amour. Le succès est fulgurant et en 3 mois ce sont plus de 6000 soldats et marraines qui ont été mis en relation.

                                                                                    

Fantasio mettra un terme à cette action dès novembre 1915 mais d’autres revues prendront la suite, augmentant régulièrement le prix de la ligne d’annonce tant le succès de ce courrier du cœur était grand.

Demandes de marraines toutes domiciliées chez Iris, la principale poste restante privée pendant la Première Guerre Mondiale.

Notons que l’armée ne voit pas d’un bon œil ces échanges de courrier grossir et craint que dans les lettres des informations militaires se glissent, des espions ingénieux ayant pris l’apparence de jeunes filles amoureuses. Les Lettres qui sont envoyées aux journaux avec de simples initiales ou des numéros et celles qui sont adressées en poste restante vont directement au rebus.

Des mariages ont été célébrés entre des soldats et leur marraine. Le hasard fait qu’il y en a eu deux à Nexon.

 

Robert de Nexon est le fils d’Auguste de Nexon (1854-1932) et de Gertrude Hainguerlot (1859-1886). Il est né le 30 septembre 1892 à Saché (37)  et il est mort à l’âge de 74 ans, le 10 septembre 1967 dans une maison de retraite à Sceaux dont les frais étaient pris en charge par son vieil ami Pierre Wertheimer, puis à sa mort, par son fils Jacques Wertheimer.

Le jeune Robert arrive à Nexon en 1897, au château de La Garde que son père vient de faire construire. Il y passera sa jeunesse mais une fois entré dans la vie professionnelle il viendra occasionnellement à Nexon, pour voir ses parents.

Mes très sincères remerciements au baron Ferréol de Nexon pour les nombreuses photographies qu’il m’a prêté et les documents qu’il m’a fournis.

Le militaire héroïque   

Il est admis à Saint-Cyr ou il est élève officier de 1912 à 1914,au sein de la « Promotion « Montmirail ».

Robert de Nexon en « Grand Uniforme » de Saint-Cyrien (collection F. de Nexon)

A la sortie de l’école il est affecté au 3ème régiment de Hussards. Il est cité à l’ordre du Corps d’Armée le 9 avril 1915 et reçoit la Croix de guerre.

Jeune lieutenant dans les tranchées en 1916, une canne à la main à la suite de ses blessures.(collection F. de Nexon)

Trouvant que son régiment n’est pas assez engagé, il a demandé à servir chez les chasseurs alpins. C’est presque un sacrilège dans cette famille qui ne compte que des cavaliers ! En août 1916 il est affecté au 14ème bataillon et le 13 novembre 1916 il est cité à l’ordre de l’armée.

Citation à l’ordre de l’armée signée par le général Fayolle, commandant la 6ème armée.

Il est promu capitaine le 6 juillet 1917.


Robert de Nexon, capitaine au 14e bataillon de chasseurs alpins en 1918. (collection F. de Nexon)

 

En congé sans solde à partir de 1920 il passe ensuite dans la réserve où il est promu commandant en juillet 1937.

Le commandant Robert de Nexon en sur la ligne Maginot 1939. (collection F. de Nexon)

Il prend une année sabbatique pour jouer au bridge et part ensuite aux Etats-Unis pour effectuer un stage chez  Esso. Il rentre en France comme sous-directeur de cette société.

L’élégant Robert de Nexon à New-York en 1921 -1922

Il épouse en 1930 Marthe BIDEGAIN (1900-2001). Il n’auront pas d’enfant.

Lorsque la deuxième guerre mondiale éclate il a 47 ans mais il n’hésite pas à s’engager. Il est fait prisonnier en juin 1940 et interné à l’oflag 10 B.

L’homme qui a du caractère…

 La croix de guerre qu’a obtenu Robert de Nexon récompensait son courage et sa témérité. Mais même en dehors de la guerre il sait se faire respecter et corriger ceux qui l’attaquent.

C’est ainsi que, dans un numéro du journal satirique Le Grand Guignol du mois de janvier 1923, Robert de Nexon était attaqué dans sa vie privée en même temps que Monsieur Pierre de Jumilhac. Ils décidèrent de punir l’auteur de l’article, qui bien que signé Fantômas, était sans aucun doute pour eux Georges Anquetil, le directeur de ce journal.

Le 29 janvier, arrivés en taxi devant son domicile ils le suivirent jusque devant la porte du Journal afin d’être certain qu’ils ne se trompaient pas de cible. Ils l’interpellèrent par son nom et lorsqu’il se retourna ils lui assénèrent des coups de canne, assez violents pour que des employés des autobus accourent et mettent fin à l’algarade.

Pour montrer qu’ils agissaient en parfaite connaissance de cause les deux compères se rendirent aussitôt au commissariat de police pour expliquer leur geste. Toute la Presse a rendu compte de cet événement. Voici l’article publié dans « Le Journal » le 30 janvier 1923.

Le Journal, 30 janvier 1923

Les deux protagonistes écrivent aux journaux qui ont relaté les faits pour expliquer les raisons de leur action :

La demande d’insertion publiée le 30 janvier 1923 par Le Matin.

Leur victime ayant porté plainte pour coups et blessures ils furent convoqués au tribunal correctionnel le 20 mars 1923 qui les a condamnés à 200 francs d’amende et à 1000 francs de dommages et intérêts alors que M. Anquetil en demandait 20 000. La encore la presse a largement rendu compte du procès, comme par exemple Le Journal des débats du 22 mars 1923

Le Journal des débats du 22 mars 1923

Le brillant champion de bridge

Quand, jeune officier, Robert de Nexon venait à Nexon il en profitait pour aller au cercle des officiers ou il regardait les parties tout en « kibitzant », c’est-à-dire en faisant des commentaires pas toujours désirés par les joueurs. Mais son talent va vite être reconnu au niveau national et il va faire partie de l’équipe de France. Des Championnats d’Europe sont organisés à partir de 1932 et en 1935, la France y envoie sa meilleure équipe composée de Pierre Albarran, Robert de Nexon, Georges Rousset, Sophocle Venizelos (colonel grec exilé à Paris, qui deviendra, en 1950, premier ministre de la Grèce), Emmanuel Tulumaris et Joseph Broutin. Ils deviennent champions d’Europe et on les surnommera les « Mousquetaires », en référence à la victoire de l’équipe Lacoste en Coupe Davis contre les Etats-Unis…

L’équipe championne d’Europe en 1935. Robert de Nexon est le deuxième en partant de la droite

Son palmarès donne à Robert de Nexon une telle notoriété que des affiches sont éditées et qu’il est croqué par des dessinateurs :

Le baron à la table de jeu en 1935.

L’équipe sera invitée à disputer un match de trois cents donnes contre la meilleure équipe américaine du moment, surnommée les « Four Aces », au Madison Square Garden, à New-York, en 1936, pour un virtuel championnat du monde. Elle perd par une courte défaite alors que l’on prédisait, en Amérique, une défaite magistrale. Ce succès lui inspire des propos plus que jamais d’actualité : « il faut former des paires pour faire des équipes. (…) Il faut se mettre au travail pour perfectionner sa technique. En tournoi, on ne peut pas jouer sur la réussite et, encore moins, improviser. Il est indispensable pour se comprendre de jouer une méthode commune ». Rentré en France le baron de Nexon reçoit 200 dollars du directeur du Madison Square Garden. Il verse 100 $ à l’hôpital américain de Neuilly et 100 $ à la Croix Rouge.

Le Figaro, 20 avril 1936

Le baron Robert n’est pas seulement un excellent joueur de bridge, c’est un brillant orateur capable de parler de sa passion avec des mots simples :

Le Journal 18 février 1936. 

La notoriété du baron est telle que les parties qu’il organise dans les salons des grands hôtels ou des clubs privés sont suivies par l’aristocratie parisienne et la haute bourgeoisie. La presse s’en fait l’écho comme le Figaro ci-dessous:

Le Figaro 11 avril 1937

Il se cantonne ensuite au rôle de capitaine non joueur pour de nombreuses équipes de France qu’il conduira à la victoire en 1953 et 1955 (championnat d’Europe), 1956 (Bermuda Bowl).

Equipe de France 1956. Au premier plan, René Bacherich, Robert Lattès, Pierre Jaïs.

Debout, Roger Trézel, Pierre Ghestem, le Capitaine Robert de Nexon qui tient la coupe et Bertrand Romanet.

Pendant un tournois . (collection F. de Nexon)

En 1928, il fût de ceux qui décidèrent d’adopter un code commun à l’ensemble des clubs parisiens, puis il participa en 1935 à la création de la Fédération Française de Bridge (FFB) dont il devint le second président en 1941, succédant au comte de Chambure. Il conserva cette présidence jusqu’en 1965. Il fût élu en 1951, président de la Fédération Européenne de Bridge. Il conserva cette présidence pendant 14 ans ! Enfin, il fût élu Président de la Fédération Mondiale en Bridge en 1958. Simultanément président des trois fédérations, il était alors l’homme le plus influent du bridge mondial. Il donna au bridge un nouvel élan, notamment en organisant en 1960, les premières Olympiades de bridge à Turin. La France gagne avec Jaïs-Trézel, Ghestem-Bacherich et Bourchtoff-Delmouly.

De gauche à droite Pierre Jaïs, Roger Trézel, Gérard Bourchtoff, Claude Delmouly, René Bacherich, Pierre Ghestem, Robert de Nexon, capitaine non joueur.

La 1ère Olympiade de bridge. Turin 23 avril – 4 mai 1960

L’histoire retiendra de lui son rôle majeur dans le développement des instances nationales et internationales du bridge et dans l’organisation des grandes épreuves internationales. Président de la fédération française de 1943 à 1965, de la fédération européenne de 1951 à 1965, et de la fédération mondiale (qu’il a largement contribué à mettre sur pied) de 1958 à 1964, on lui doit notamment la création des Olympiades, en 1960. Son prestige à l’étranger est considérable et, quand il cesse ses activités en 1964, le monde du bridge lui rend hommage en lui décernant le titre de président emeritus des fédérations européenne et mondiale. Véritable ambassadeur du bridge, il a contribué au rapprochement des bridgeurs de compétition du monde entier.

Lorsqu’au cours de l’année 1965, Robert de Nexon se sent fatigué aussi il démissionne de ses mandats de président. Il est unanimement regretté et ses qualités sont louées par tous ceux qui l’ont côtoyé.

Vulgarisateur avec Pierre Alabarran

Avec Pierre Albarran, il élabore en 1935 un système à base de majeure quatrième, le Canapé, qui va longtemps rester le « standard » français. Pierre Albarran n’est pas seulement un grand champion de bridge, c’est un brillant médecin, professeur agrégé d’urologie . Robert de Nexon écrira avec lui plusieurs méthodes de jeu de bridge : Notre Méthode de Bridge, 1936, Le Bridge pour Tous, A. Fayard, 1949, Le Nouveau Bridge Pour Tous, 1958.

 

L’industriel éclairé

Après avoir quitté l’armée, Robert de Nexon entre Chez Esso Standard au service des ventes d’essence et de pétrole. Il effectue un stage au siège new-yorkais de la compagnie dont il devient, une fois rentré en France sous-directeur. En 1932, Pierre Wertheimer le recrute pour diriger les parfums Bourjois. Une longue coopération va naître entre les deux hommes et les lier à la fois dans la vie professionnelle et dans la vie privée.

Robert va ainsi se trouver à côtoyer dans son travail Coco Chanel, qui est associée depuis 1924 avec les Wertheimer pour la fabrication du célèbre Parfum No 5. Les Wertheimer détiennent 70 % du capital, Coco Chanel 10 % et Théophile Bader,  propriétaire des Galeries Lafayette, 20 %. Dès 1928, les difficultés surgissent entre Coco Chanel et les Wertheimer, celle–ci se considérant comme spoliée. En 1934, elle prendra un jeune avocat pour la défendre, Maître René de Chambrun.

Au début de la guerre la famille Wertheimer s’étant réfugiée aux Etats-Unis, leurs biens sont placées sous séquestre. Coco Chanel joue de ses relations avec les Allemands pour récupérer ses parfums mais contre toute attente ce n’est pas un administrateur allemand qui est nommé à la tête de la société mais Robert de Nexon qui vient d’être libéré de l’Oflag X B près de Hanovre ou il était prisonnier. Les Wertheimer ont encore un puissant réseau d’influence. Robert de Nexon dirige alors les Parfums Bourjois et la maison Chanel. A la fin de la guerre les Wertheimer rentrent en France et retrouvent leurs biens que Robert de Nexon a parfaitement gérés. Ils lui en seront très reconnaissants.

En 1947 un accord est trouvé avec la Société des Parfums. Coco Chanel reçu une forte indemnité pour les ventes réalisées pendant la guerre et une redevance de 2% sur toutes les ventes. Elle était alors à l’abri du besoin !

Robert de Nexon a dirigé la société des parfums Chanel avec toute la confiance de la famille Wertheimer dont il était également un conseiller écouté en matière d’élevage de chevaux.

Le baron Robert de Nexon, dans son bureau de directeur de Chanel à Neuilly.(collection F. de Nexon)

Le passionné d’équitation

Cavalier émérite, suivant de près l’élevage des chevaux à Nexon, le baron Robert va être un conseiller précieux pour Pierre Wertheimer. Pour bien exploiter les saillies d’Epinard, le premier grand crack de Pierre Wertheimer, Robert de Nexon le pousse à louer un haras en Normandie, dans l’Orne, à Saint-Léonard-des-Parcs. Et c’est d’ailleurs lui qui s’en occupe. Pendant la guerre, les pur-sang de Pierre Wertheimer pourront même courir sous les couleurs – casaque grise, brassards rouges et toque grise – de Robert de Nexon, qui gère son écurie.

C’est encore sur le conseil de Robert de Nexon qu’en 1949, Pierre Wertheimer a confié son écurie à Jacques-Alexandre Head, 24 ans, petit-fils d’entraîneur, fils de jockey, lui-même ancien jockey (d’obstacles) victime d’une mauvaise chute. Pour la casaque bleue et blanche des Wertheimer, il va gagner les plus grandes classiques avant de raccrocher en 1983.

Robert de Nexon a terminé sa vie dans une maison de retraite, dans la campagne près de Sceaux. Il y a été conduit en 1964, et Pierre Wertheimer s’est occupé de son cher et vieil ami. A la mort de Pierre, le 24 avril 1965, c’est Jacques, son fils, qui a pris le relais. « Mon oncle s’est éteint le 10 septembre 1967, souligne Ferréol de Nexon, et Jacques a subvenu à ses besoins jusqu’à son ultime souffle.»[1]

 

Le bridge à Nexon.

Robert de Nexon ne venait pas souvent à Nexon mais pour autant son empreinte a été forte. En effet Roger Trézel, membre de l’équipe de France, possédait une maison à Nexon, en face de la grille du château.

Trois fois champion du monde, vingt-cinq fois champion de France il retrouvait avec plaisir les bridgeurs de Limoges et de Nexon chaque fois qu’il venait en Limousin. Il apportait sans aucun doute de judicieux conseils au Nexonnais qui s’adonnaient, pratiquement tous les samedis après-midi, dans la pharmacie d’André Longequeue,à ce divertissement que beaucoup considèrent comme un sport. Il y avait toujours quatre joueurs parmi les habitués, messieurs Albert Adam, Georges Jalicon, François Laplaud, René Laplaud et André Longequeue. D’autres joueurs se joignaient occasionnellement à eux, comme M. Urbain, gendre d’Albert Adam…

 

[1] Bruno Abescat, Yves Stavridès «Derrière l’empire Chanel- La fabuleuse histoire des Wertheimer 4- Jacques, fils de Pierre » L’Express 25/07/2005

 

1 -Les jeunes années d’Adrienne

Adrienne Clotilde CHANEL est née le 5 avril 1882 à Saintes (Charente-Maritime) et sa naissance a été enregistrée le lendemain. Son père, Henri Adrien CHANEL (1832-1916), âgé de 49 ans est marchand ambulant. Sa mère Virginie Angéline Fournier (1836 – 1912) a 44 ans et elle est sans profession. Elle a épousé Henri Adrien en 1854 dont elle a eu 19 enfants dont Henri-Adrien, né en 1856 qui a donc 26 ans de plus que sa sœur Adrienne. Lorsque le 19 août 1883 naîtra à Saumur, Gabrielle, fille d’Henri-Adrien CHANEL, tante et nièce n’ont qu’un an de différence. COCO en jouera beaucoup quand elles étaient jeunes en faisant souvent passer sa tante pour sa sœur.

On ne connait pas les premières années de sa vie mais la notoriété de sa nièce, Gabrielle CHANEL, va faire que l’on va s’intéresser aussi à elle et la suivre à partir du moment la nièce et la tante vont se retrouver ensemble.

Son père l’aurait alors placée avec ses deux sœurs, dans l’orphelinat de l’abbaye cistercienne d’Aubazine en Corrèze. À l’orphelinat, elle aurait appris la couture et mené une vie austère et rigoureuse pendant les six années qu’elle y aurait passées.

Ce séjour de Coco Chanel à Aubazine est controversé, en particulier par Henri PONCHON . Dans son livre « L’enfance de Chanel » publié en juin 2016 aux Éditions Bleu Autour, l’auteur montre qu’au printemps 1896, Gabrielle Chanel vivait à Thiers chez une cousine germaine de sa mère ou elle était  « bonne d’enfants et domestique ». Elle ne pouvait donc pas être à Aubazine ! La légende d’Aubazine aurait été créée par Edmonde Charles-Roux dans son livre « L’Irrégulière » publié chez Grasset en 1974, soit 3 ans après la mort de COCO, sans véritable enquête sur la jeunesse de Coco CHANEL.  Les révélations d’Henri Ponchon sont remises en cause par ceux qui se demandent pourquoi Coco Chanel est venue plusieurs fois à Aubazine, entre 1950 et 1970 ?

En 1901 Gabrielle et Adrienne se retrouvent à l’Institut Notre Dame à Moulins ou elles vont rester deux ans. En 1903 elles sont placées comme commis dans une maison spécialisée dans la dentelle tenue par la famille Grampayre. Sur l’enseigne de la boutique on lit : « A Sainte Marie, soieries, dentelles et rubans ».

A gauche la boutique ou travaillaient Adrienne et Gabrielle Chanel en 1903

Adrienne et Gabrielle étaient logées par leur employeur et partageaient la même chambre ce qui accroit leur complicité. Chargées des commandes et des retouches elles sont vite appréciées par les clientes. Elles sont alors affectées au rayon confection pour dames et fillettes ou elles ont comme clientes les familles bourgeoises de Moulins.

Après quelques mois Gabrielle prend une chambre rue du Pont Ginguet dans un quartier populaire de Moulins ou elle est rejointe par Adrienne. Elles profitent de leurs heures de loisir pour confectionner des vêtements et se constituent ainsi clientèle fidèle.

Gabrielle et Adrienne qui avaient en commun la beauté et l’élégance sont toujours ensemble si bien qu’on les prend pour deux sœurs, ce qu’elles ne démentent pas. Elles sortent ensemble, fréquentent le Grand Café, la Rotonde… Pendant l’hivers 1905 elles vont à Vichy ou une clientèle fortunée vient en cure. Elles y admirent les beaux vêtements et les belles coiffures.

Gabrielle et Adrienne à Vichy en 1905

De retour à Moulins Gabrielle séduit un jeune officier, Étienne Balsan, héritier d’une riche famille. Passionné de chevaux il renonce à la carrière militaire pour se consacrer à l’élevage et aux courses. Il va faire découvrir ce monde à Gabrielle qui accepte de le suivre à Royallieu, son domaine de la forêt de Compiègne en 1907. Leur idylle ne dura que quelques mois, mais il lui permis de rencontrer des gens de la haute société qui influenceront son destin.

Adrienne était aussi séduisante que sa nièce mais elle ne fréquentait pas les mêmes personnes aussi elle ne reste pas à Moulins et choisi d’habiter à Souvigny, à une douzaine de kilomètres de Moulins chez Maud Mazuel. Gabrielle vient souvent la voire et toutes les deux continuent à vivre de leurs travaux de couture.

2- Adrienne et sa nièce Gabrielle rencontrent les jeunes aristocrates.

L’année 1908 va être importante pour toutes les deux. Au cours de randonnées à cheval Gabrielle rencontre un joueur de polo et homme d’affaires anglais, Boy Capel, qui deviendra son grand amour. Adrienne rencontre Maurice de Nexon.

En 1909, Gabrielle ouvre un atelier à Paris dans la garçonnière d’Etienne Balsan, au rez-de-chaussée du 160 boulevard Malesherbes. Elle vie avec Boy Capel qui l’encourage et l’aide à ouvrir en 1910 sa première boutique de chapeaux, « Chanel Modes », au 21 rue Cambon.

Adrienne n’oublie pas ses parents. Elle leur rend régulièrement visite par le train. Lorsqu’elle arrive à la gare de Varennes sur Allier elle fait l’admiration des habitants peu habitués à voir arriver une femme aussi élégante dans leur village.

Gabrielle continue sa marche vers la notoriété et le 29 mai 1913 ouvre une boutique rue Gontaut-Biron à Deauville. Elle y vend ses chapeaux à larges bords sobrement ornés d’une plume ou d’un ruban, mais surtout, elle propose à des clientes aisées des tenues de plein air qui rompent avec le style « Belle Epoque » corsetée et surchargée de mise jusqu’alors. Pour l’aider elle a fait venir sa jeune sœur Antoinette et sa tante Adrienne. Toutes les trois se promènent sur la jetée avec les vêtements et chapeaux de COCO qu’elles changent tous les jours.

Gabrielle avec Adrienne à Deauville en 1913, devant la première boutique Chanel

Adrienne , sans doute au Maroc

Son amoureux, le baron Maurice de Nexon en 1913 aux ventes de Yearling

Au mois d’aout 1914, lorsqu’éclate la Première Guerre Mondiale, Adrienne n’a pas le cœur à être à Deauville, loin de son amoureux, le baron Maurice qui est mobilisé. Elle vient quand même rejoindre Gabrielle pour la saison.

La pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que le manque relatif de main-d’œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes de ce milieu, et Chanel perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d’un jersey utilisé à l’époque uniquement pour les sous-vêtements masculins, et lance la marinière. Adrienne sera toujours la première à porter les vêtements que sa nièce aura conçu.

3- Adrienne n’est pas acceptée par la famille de son amoureux

La relation du baron ne plait pas à sa famille. Le baron Auguste de Nexon n’apprécie pas que son fil ainé fréquente une roturière. Il craint qu’Adrienne ne soit qu’une courtisane qui pourrait ruiner son fils et lui briser le cœur. Malgré de refus de son père de recevoir Adrienne, le jeune baron resta ferme et ne quitta pas Adrienne. Mais pour ne pas risquer les foudres de son père il vit discrètement avec Adrienne à Paris et à Vichy jusqu’à ce que la mort de son père.

A la fin de l’année 1914 Adrienne a la tristesse de perdre son père, un an après le décès de sa mère . Elle fait inhumer les deux à Vichy.

En septembre 1915 Gabrielle ouvre sa première maison de couture à Biarritz et de nouveau fait venir sa sœur Antoinette et sa tante Adrienne. Celle-ci ne répond pas immédiatement car elle a rendu visite à son amoureux qui est au front. Gabrielle n’aime pas qu’on ne réagisse pas immédiatement à ses appels et elle répondait sèchement « Ton plus tard est désormais trop tard »[1].

A la fin de la guerre Coco Chanel avait créé son style : des vêtements qui libèrent le corps, simples et confortables…

Le 11 novembre 1919 Antoinette, la jeune sœur de Gabrielle, épouse Oscar Flemming, un canadien chez qui elle va partir. Elle a comme témoins Arthur Capel et Maurice de Nexon. En 1921 le baron Maurice est le témoin de Jeanne sa jeune sœur pour son mariage avec M. de Lauzun. Il est seul puisque son père n’accepte pas de recevoir Adrienne.

Une fois la guerre terminée le baron Maurice va s’adonner à sa passion : les chevaux. Depuis 1912 il est propriétaire du haras de Nexon avec son père, le baron Auguste de Nexon. Remarquable cavalier il dispute sa première course en 1904. Elle sera suivie de de nombreuses autres couronnées de plus de 170 victoires. Il consacre beaucoup de temps à l’administration des courses et dès 1919 il est élu  au comité et commissaire de la Société des Sports de France qui possède les hippodromes du Tremblay et de Colombes. En 1925 il est membre de la Société des Steeple Chase de France. Adrienne l’accompagne sur les champs de course, ceux ou ses chevaux courent et ceux où il est commissaire. Le baron Maurice est également propriétaire du château mais compte tenu de l’hostilité de son père à l’égard d’Adrienne il n’y séjourne pratiquement pas.

4- Adrienne épouse le baron Maurice de Nexon

Le mardi 29 avril 1930, à la mairie du 17ème arrondissement de Paris, « Mademoiselle Gabrielle Chanel, costumière, résidant au 29 rue Faubourg Saint-Honoré », était le principal témoin d’Adrienne pour son mariage avec son amoureux dont le témoin était son frère, Robert de Nexon. Certains des anciens amis de Royallieu, dont Etienne Balsan, étaient présents ce jour-là par ailleurs heureux.

Maurice de Nexon et Adrienne

Aux courses à Vichy

Le 22 janvier 1932 le baron Auguste de Nexon décède. Si son fils à la douleur de perdre son père, ce décès le libère et lui permet de venir à Nexon dans le château dont il hérite en tant que fils ainé.

C’est également en 1932 que Pierre Wertheimer, principal actionnaire des « Parfums Chanel » et habitué des champs de course, cherche un dirigeant pour les parfums Bourjois. Il recrute un dirigeant d’Esso Standard : Robert de Gay de Nexon. Mais s’il dirige Bourjois, Robert de Nexon qui, comme toute la famille , « est né avec les étriers aux pieds », pousse Pierre Wertheimer à louer un haras en Normandie, à Saint-Léonard-des Parcs et c’est lui qui va s’en occuper. Maurice et Robert non seulement sont frères mais, directement ou indirectement, ils sont liés aux Chanel.

Une des premières affiche du n° 5, en 1921

Soir de Paris, lancé en 1928

Maurice continue à étoffer son palmarès de brillant cavalier en disputant les courses de gentlemen comme ici au Tremblay en 1938. Son épouse l’accompagne sur les champs de course ou elle fait briller les couleurs Chanel.

La guerre éclate et Robert qui est officier de réserve est mobilisé. Une fois libéré du camp de prisonnier ou il était retenu en Allemagne, il reprend en main Bourjois et l’écurie de Pierre Wertheimer dont les pur-sang courront sous les couleurs des Nexon,  casaque grise, brassards rouges et toque grise.

Revenu en France à la fin de la guerre Pierre Wertheimer gardera une profonde estime à Robert de Nexon et lorsque celui-ci, à la fin de sa vie, sera obligé de se retirer dans une maison de retraite, Pierre puis son fils Jacques subviendront à ses besoins jusqu’à son dernier souffle, le 10 septembre 1967.

5- Adrienne à Nexon

Une fois mariée et son beau-père décédé, Adrienne peut venir à Nexon. Elle passera son temps entre sa résidence à Paris, 60 rue de Lisbonne, près du parc Monceau et le château de Nexon. Les nexonnais l’ont croisée, toujours élégante, vêtue des tailleurs Chanel  dont elle était toujours une parfaite ambassadrice. Ma mère m’a souvent raconté le plaisir qu’elle avait de pouvoir admirer ses vêtements lorsqu’Adrienne les amenait à la teinturerie de mon grand-père pour qu’ils soient nettoyés.

 

              

 

                                                  

Une série de photos prises à Nexon entre 1940 et 1943. Assis à droite d’Adrienne, Foulques du Bourdieu.  ( collection Ferreol de Nexon)

 

Adrienne et le jeune Pierre de Longuemar dans le parc du château.

Son époux était toujours très occupé par ses responsabilités dans les sociétés hippiques, en particulier la Société de Sport de France qu’il préside de 1937 à 1966, date à laquelle la Ville de Paris lui rachète l’hippodrome du Tremblay qu’elle avait fait construire en 1906. Mais il n’oublie pas qu’il est, malgré son âge, un excellent cavalier et le 5 mai 1951 à Fontainebleau, alors qu’il a 67 ans, il remporte sa 176e victoire.

Adrienne décède le jeudi 22 novembre 1956 au château de Nexon à l’âge de 74 ans. Elle est inhumée dans la chapelle du Parc. Son mari continue à fréquenter les hippodromes et gérer son haras. Il décède le 27 mai 1967 au château de Nexon. Il est inhumé dans la chapelle du parc.

[1] Edmonde Charles Roux, L’irrégulière ou mon itinéraire Chanel, Grasset 1974.