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La place de l’église, entrée Est, la maison « Boutaud-Lacombe ».

Jusqu’au début des années 1950 la place de l’église, pour beaucoup de nexonnais, commençait à l’angle de la rue d’Arsonval et l’immeuble qui aujourd’hui porte le numéro 1 de cette rue était considéré comme situé place de l’église. Il faut dire que le débouché de la rue d’Arsonval sur la rue Victor Hugo ne figure pas sur le plan cadastral rénové de 1956. Sur la partie de ce plan la place de l’église est tracée comme elle l’était sur le plan napoléonien de 1817. Les rénovations portent principalement sur la construction de la gare et des vois ferrées.

En jaune , la rue d’Arsonval

Partons donc de l’immeuble qui fait l’angle de la rue d’Arsonval et de la rue Victor qui porte le numéro 1 de la rue d’Arsonval. Cet immeuble est connu de tous car c’est un bel immeuble, imposant. Le parc à l’arrière n’a sans doute le même lustre qu’il avait lors de la construction de l’immeuble. Le garage en brique en son milieu le lui a fait perdre.

Lors du recensement de 1886 l’immeuble, recensé place de l’église, est occupé par la famille de M. Louis BOUTAUD-LACOMBE notaire.

Recensement de 1886 – ADHV

Louis BOUTAUD-LACOMBE est né le 9 juillet 1837 à Bourganeuf (Creuse) d’une famille de propriétaires terriens. Il s’est marié le 19 janvier 1864 (mardi) à Nexon avec Léonide-Eudoxie CUBERTAFON (1843-1929), fille d’Arnoul CUBERTAFON (1797-1871) notaire et maire de Nexon de 1830 à 1848. Après son mariage Louis BOUTAUD-LACOMBE va succéder à son beau-père comme notaire.

Au moment du recensement leurs deux enfants, Albert, né en 1864, et Marthe, née en 1867, vivent au domicile de leurs parents. Une servante vit avec eux.

La famille CUBERTAFON habite dans l’immeuble voisin qui, alors, est référencé rue Neuve :

Recensement de 1886 – ADHV

D’un style différent, moins massif, avec des lucarnes ouvragées, il bénéficie d’un vaste parc donnant sur la place de la république.

La maison « CUBERTAFON » avec ses lucarnes ouvragées

Les deux immeubles sont reliés par un garage qui aurait été construit après l’alliance entre les deux familles consécutifs au mariage de leurs enfants.

Au recensement de 1891, Marthe BOUTAUD-LACOMBE ne vit plus avec ses parents. Elle a épousé le 4 juin 1889, Jean Baptiste SAZERAT, négociant à Limoges. Albert, son grand frère est clerc dans l’étude de son père dont il prendra bientôt la suite. Avec eux vit un jeune couple de domestiques.

Recensement de 1891 – ADHV

En 1896, la maison BOUTAUD n’est plus recensée place de l’église mais rue Neuve. Louis BOUTAUD-LACOMBE a cédé son office de notaire à son fils Albert. En 1892 il a épousé Marthe BARBE, la fille d’un propriétaire foncier dont le grand-père était notaire à Châteauneuf. Le couple n’aura pas d’enfants et Marthe décèdera à 41 ans, le 1er novembre 1914. la famille emploie un couple de domestiques qui a un jeune enfant.

Recensement de 1896 – ADHV

En 1901 la composition de la famille n’a pas changé et elle a gardé le même couple de domestiques dont le fils a maintenant 14 ans. Et en 1906 le fils des domestiques qui a maintenant 19 ans ne vit plus avec ses parents.

En 1908, le 7 mars, Louis BOUTAUD-LACOMBE décède. Il a 70 ans.

Au recensement de 1911 la famille est réduite à 3 personnes mais elle conserve toujours le couple de domestiques à son service.

Recensement de 1911 – ADHV

Le 2 novembre 1914 Marthe BARBE, épouse d’Albert BOUTAUD-LACOMBE décède à Limoges. Comme famille, Albert n’a plus que sa mère. Il n’a pas eu d’enfant, sans doute pour combler ce vide, il va se lancer dans la gestion des affaires communales. Il est élu maire en novembre 1919 et il le restera jusqu’en 1942.

Au recensement de 1921, Albert BOUTAUD-LACOMBE vit avec sa mère âgée de 75 ans et leur fidèle couple de domestiques. C’est la même situation en 1926. Notons pour ce recensement de 1926 un changement pour la maison voisine qui n’est plus occupée par les CUBERTAFON mais par le Docteur JUMEAUX-LAFONT. Originaire de Tulle il s’est marié à Limoges en 1922 et il est venu ensuite s’installer à Nexon ou leur fille Monique est née en 1926.

Recensement de 1921 – ADHV

Mme BOUTAUD-LACOMBE mère décède le 29 mars 1929 et c’est son fils qui, en temps que maire, signe l’acte de décès :

A partir du décès de sa mère, Albert BOUTAUD-LACOMBE va rester seul dans sa vaste maison. Il va changer de domestiques lorsque les DESBORDES qui sont de la même génération que lui vont dépasser les 60 ans et au recensement de 1936 il a comme domestiques le couple MAZEAU et leur fils âgé de 9 ans.

Recensement de 1936 – ADHV

M. BOUTAUD-LACOMBE sera réélu maire en 1935 et nommé pour un 4ème mandat en 1941 jusqu’à ce qu’il soit révoqué en 1943. Il décède le 7 mars 1960 âgé de 95 ans. Il sera resté veuf pendant 46 ans, maire de Nexon pendant 23 ans.

La maison va être ensuite vendue à M. PASQUET qui y installe son magasin à l’enseigne « TELE RADIO ».

Magasin « TELE RADIO »

Puis, à partir du 1er juillet 1981, Patrice LISSANDRE ouvre son magasin Photo-Ciné au nom de « Studio Luc ».

L’immeuble est ensuite acheté par M et Mme MANHES. Il n’y a plus de commerce au rez de chaussé mais des appartements. Après le décès brutal d’Alain MANHES en septembre 2012 par alors qu’il n’avait que 66 ans, l’immeuble sera mis en vente et racheté par M et Mme BONNAUD et loué en appartements.

La place de l’église, côté Sud, n° 9 et 10.

Sur le plan d’alignement de 1901 l’immeuble situé au n° 9 actuel est appelé « maison GUYOT ».

Jean GUYOT figure dans le registre du recensement de 1886 avec son épouse Marie BARBARY et 3 de ses 8 enfants. L’un d’eux, Jules, est cordonnier. Il a 19 ans en 1886 et c’est lui qui va rester le plus longtemps dans cette maison.

Recensement de 1886

Jean GUYOT décède le 3 avril 1890 âgé de 70 ans. Il est déclaré propriétaire-cultivateur. Son épouse va continuer à habiter la maison avec son fils Jules. Il n’y a pas encore de GUYOT boucher et lorsque son petit-fils, Jean Baptiste GUYOT (1890-1972) choisira de ce métier comme le fera son fils Albert GUYOT (1921-2000) les gens pour les distinguer des autres familles GUYOT bouchers préciseront GUYOT-BABARY et parfois simplement BARBARY. J’ai souvent entendu les gens parler ainsi.

Le 26 mars 1905, Marie VILLOUTREIX, l’épouse de Jean GUYOT décède. L’acte de décès précise que son mari est cordonnier et qu’ils habitent place de l’église.

Décès de Marie VILLOUTREIX. Archives départementales de la Haute-Vienne

En 1906 Marie BARBARY est toujours présente. Elle a 73 ans. On notera que les épouses sont alors appelées par leur nom de naissance, pratique qui varie selon les époques. On notera également que souvent les prénoms changent selon les documents. En effet dans les familles il était habituel de donner les prénoms des parents et des grands parents pour les honorer. Ainsi Jean GUYOT né en 1779 a eu un fils qu’il a nommé Jean, né en 1820 lequel a donné ce prénom a deux de ses fils, Jean né le 28 mars 1860 et Jean né le 28 avril 1866. Tous les deux ont eu une épouse dont le prénom était Marie… Ceci conduit parfois à des erreurs que l’on rencontre sur les sites généalogiques!

Recensement de 1906

En 1907, le 14 mai, Jean GUYOT épouse Marie DUFOUR. Lors du recensement de 19011, contrairement à ma remarque précédente, Marie DUFOUR est nommée Marie GUYOT comme sa belle mère. Il faut faire attention à la date de naissance pour ne pas se tromper. Jean GUYOT est appelé Jules-Jean.

Recensement de 1911

De son premier mariage, Jean GUYOT a eu 2 enfants, Jean Baptiste né le 21 septembre 1898 et Hélène née le 24 décembre 1901. Ils sont tous les deux écoliers au moment du recensement en 1911.

Après la guerre de 1914-1918, le recensement de 1921 montre que Jules GUYOT est toujours présent avec sa fille Hélène âgée de 19 ans mais son épouse ne figure plus sur le registre. D’autres personnes résident dans la maison dont la famille DEBORD dont le père est tailleur.

Recensement de 1921

En 1925 il y a toujours Jules GUYOT et sa fille Hélène et la famille DEBORD qui s’est agrandie puisqu’il y a maintenant 5 enfants avec les parents.

Recensement de 1926

En 1931 Jules GUYOT est toujours cordonnier et sa fille habite encore avec lui. Les DEBORD ne sont plus là et l’appartement qu’ils occupaient a été loué à Denise PAROT et ses deux enfants.

Recensement de 1931

En 1936 les GUYOT sont toujours présent. Il n’y pas d’autre famille dans l’immeuble.

Il y eu ensuite l’antenne nexonnaise de la régie d’électricité devenue EDF par la loi de nationalisation du 8 avril 1946. Puis M. et Mme. DELIAT y sont venu. Marie Jeanne DELIAT, née COUVIDOU (1920-2010), y tenait un atelier de couture. Ma mère y faisait faire ses manteaux et ses tailleurs et nous l’accompagnions souvent lorsqu’elle allait choisir les modèles et procéder aux essayages. M. Louis DELIAT (1918-1992) était coiffeur à la gare. Il était également apiculteur amateur et élevait des poules qui lui ont donné des œufs sortant de l’ordinaire :

Les œufs « géants » de M. DELIAT en 1984

En janvier 2013 Les Ateliers de l’Esperluette* y ouvrent une galerie d’art. L’exposition inaugurale (juillet-septembre 2013) était intitulées « La légèreté des pierres ». La dernière, perturbée par la crise de la COVID, était consacrée à « l’horizontale ».

  • L’esperluette est le signe &, une liaison du « e » et du « t ». Si on prononce en occitan es-per-lou-et  cela se traduit par : C’est pour le « et »

Au numéro 10 on trouve la « maison LELONG », au débouché de la rue St Ferréol. C’est une maison à la construction particulière. Le mur latéral s’amenuise en s’élevant, on dit que c’est le fruit du mur. Il est fait pour garantir sa solidité et sa résistancecdu mur.

Pendant plus de trois siècles cette maison a appartenu à la famille LELONG qui y a exploité une boucherie-charcuterie. Le premier de cette lignée est François LELONG, né en 1676 et mort en 1757. Parmi ses enfants on trouve un des aubergistes, des cordonniers, des boulangers, des bouchers, des médecins… Parmi eux François LELONG (1861-1925) qui fut maire de Nexon de mars 1904 à novembre 1919 et aussi le docteur François Philibert LELONG (1870-1956). Sa fille Lucienne, épouse du Dr. Marcoff, à son décès fit don de son patrimoine à la commune.

Lors du recensement de 1896 Laurent LELONG (1832-1927) est le patron de la boucherie. Il est le descendant à la sixième génération de François LELONG (1676-1757). , père d’une longue lignée de bouchers, de boulangers, de médecins et aussi de François LELONG (1861-1925)

Laurent LELONG est avec son épouse, Jeanne COMBROUZE, et ses deux fils Pierre LELONG (1858-1926) marié à Augustine LABREGERE et Jean LELONG (1880-1950) qui a 22 ans de moins que son frère Pierre. Trois enfants de Pierre vivent également avec eux comme cela se faisait à l’époque où trois générations vivaient sous le même toit.

Recensement de 1896

En 1901 Laurent LELONG est toujours le patron; Il travaille avec son fils Pierre et son petit fils Jean comme apprenti.

Recensement 1901

Laurent LELONG a plus de 70 ans continue a diriger la boucherie. Son fils Pierre et ses petits enfants prennent petit à petit la suite.

Après la guerre de 1914-1918, André et Baptiste ont pris les rênes de l’affaire.

André est resté célibataire tandis que son frère Jean-Baptiste a épousé, le 11 mai 1925 à Nexon, Françoise VIALLE, sa voisine de la rue du Centre (aujourd’hui Victor Hugo) ; leur fille, Yvette (1926-1987), a épousé en 1948 Michel COURAUD, pépiniériste en Creuse.

Mariage Michel COURAUD et Yvette Lelong. source : legermariefr

la boucherie LELONG était une boucherie très réputée avec un importante clientèle qui allait bien au-delà de la commune de NEXON.

A la fin des années 1960, lorsque tous les LELONG prirent leur retraite la boutique fut louée à l’auto école REYTIER. Celle ci y exerça son activité du 1er janvier 1979 au 31 décembre 1997.

A la fermeture de l’auto-école, Paul BUFORN quitte Limoges et y installe son atelier d’émailleur. C’est un Maître émailleur de renommée internationale qui a gagné en 1990 le Grand Prix du public de la Biennale Internationale de l’émail et en 1992 le Prix National du Travail Manuel.

En 2016 il arrête de créer et transforme son atelier en musée où il aime accueillir tous ceux qui ont envie de découvrir l’artiste et ses œuvres. En entrant on est surpris de trouver en vitrine des vélos, son autre passion. Il cherche des vieux vélos qu’il rénove et qu’il utilise pour parcourir les dizaines de kilomètres quotidiens qu’il effectue sur les routes du Limousin.

La place de l’église (II), le côté Sud, numéros 5 à 8.

En continuant le tour de la place, ayant traversé la rue Victor Hugo, on se trouve en face d’une grande maison portant le numéro 5. Elle faisait partie du domaine du baron de Nexon qui y logeait son régisseur ou d’autres salariés du haras. Elle n’était pas particulièrement bien entretenue jusqu’à ce qu’elle soit vendue à un particulier qui a fait refaire les crépis et les peintures.

Pendant les années 1900-1910 le régisseur est Alfred DESMAISON. Il y habite avec son épouse et sa fille. Les 3 servantes sont sans doute employées au château.

Après la guerre de 1914-1918 on constate que les résidants sont palefreniers, cuisiniers, servantes… Une partie du personnel du château est logé dans cet immeuble.

Après la seconde guerre mondiale on retrouve les mêmes catégories de résidents. Le dernier régisseurs, le dernier en date ayant été M. Louis FABRE. Au début des années 1970, l’annuaire des abonnés au téléphone indique Nexon, Haras et domaine de, 5 place de l’église

Annuaire 1976

En 1999 l’immeuble et ses dépandances ont été achetés par l’antiquaire Michel NAUDET. En 2021 l’ensemble est en vente.

Les jours de foire, pendant longtemps les 16 de chaque mois, le marché des porcs se tenait devant l’entrée du château et face à l’immeuble du régisseur.

Sur cette carte postale on peut constater que le marché aux cochons est animé. Les hommes sont en blouse bleue ou noire et portent un chapeau de feutre plat. Les femmes, peu nombreuses ici, sont en robe avec fichus et ombrelle. Le marché aux volailles quant à lui se tient devant la sacristie de l’église et celui des bovins sur le foirail en face de la poste.

Les marchands se plaignaient de ne pas pouvoir embarquer sur place les animaux qu’ils achetaient. En effet la place est vide de tout quai d’embarquement.

Un quai pour le chargement des porcs a été construit en 1922 et il existe toujours, bien qu’il n’y ait plus de foire depuis longtemps.

Le quai d’embarquement en 2021

N° 6, la conciergerie du château à l’entrée de la cour d’honneur.

C’était autrefois l’entrée de la loge du concierge. C’est devenu l’Office de Tourisme. Une partie du personnel du château logeait dans la tour et la construction attenante. Elle est suffisamment vaste pour accueillir plusieurs couples.

N° 6 Actuellement l’Office de Tourisme occupe la tour et le bâtiment accolé.

Au coin de la rue Saint Ferreol, qui s’appelait autrefois la rue du Midi, il y avait des urinoirs. On constate sur la photo précédente qu’ils n’y sont plus.

L’urinoir au coin de la rue saint Ferréol

Après le débouché de la rue St Ferréol sur la place, on trouve un ensemble de 5 immeubles. Un croquis d’alignement approuvé par le préfet en 1901 permet d’identifier les propriétaires de ces immeubles à l’époque.

Plan d’alignement 1901

N° 7, les cartes postales du début du siècle montrent une grande maison de deux étages avec des mansardes en toiture. C’était l’une des nombreuses auberges de Nexon qui en comptait 25 en 1905.

En 1843, le 3 juillet, Emile GIZARDIN, s’engage par écrit à ne pas nuire à son voisin Pierre LELONG par la construction qu’il fait à la place du poulailler. Mais il ne dit pas l’usage qu’il va faire de l’agrandissement de sa salle. Est-ce une salle de restaurant ?

Emile GIZARDIN (1808-1875) était le fils de Léonard Dit Pierre GIZARDIN (1771-1854). Comme son père, Emile était aubergiste place de l’église. Son fils Ferdinand (1841-1910) n’a pas continué l’activité de son père. Il a du quitter Nexon puisqu’il est mort à Limoges le 8 février 1910. Il avait sans doute rejoint son jeune frère Antoine qui avait épousé Berthe BERTRAND, héritière du magasin de chaussure « A la grâce de dieu ». J’ai raconté son histoire ici : http://etsinexonmetaitconte.fr/?s=a+la+gr%C3%A2ce+de+dieu

Au recensement de 1886 on constate qu’un plâtrier, Jean TREBUCHERE, et sa famille habitent l’immeuble avec deux ouvriers plâtriers. Son épouse est débitante aubergiste. L’auberge fonctionne donc encore.

Recensement de 1886

En 1890, aux mois de mai et de juin, plusieurs annonces sont publiées dans la Courrier du Centre pour louer la maison dont on dit qu’elle sert d’auberge avec écurie.

Le Courrier du Centre 26 mai 1890

Jean TREBUCHERE décède à Nexon le 8 juin 1894 à l’âge de 50 ans.

En 1896 la patronne de l’auberge est Louise Herminie BONNET (1849-1901). Elle a 45 ans et elle est veuve. Son mari, Louis RICHARD (1839-1889), est décédé à 49 ans. Il était marchand de vin en gros. Elle travaille avec ses deux enfants Arthur et Paul RICHARD qui sont voituriers. Elle emploie deux domestiques dont l’un est boulanger. On peut donc penser que l’auberge a une bonne clientèle.

Recensement de 1896

Au recensement de 1901 la famille BONNET-RICHARD n’est plus présente, l’auberge est tenue par Marcelle AUROYER et Ferdinand GIZARDIN y habite avec une servante.

Recensement de 1901

C’est la maison GIZARDIN du plan 1901. Ferdinand GIZARDIN, rentier de 58 ans est célibataire et s’il est rentier c’est qu’il est issu d’une famille de la bourgeoisie nexonnaise. Un des premiers GIZARDIN de cette lignée, Pierre, était apothicaire à Nexon au début des années 1700. Son fils Mathurin GIZARDIN (1692-1762) fut notaire ainsi que son petit-fils Nicolas GIZARDIN (1742-1806). Léonard GIZARDIN (1771-1854), fils ainé de Nicolas, était aubergiste à Nexon en 1823. Ayant acheté une propriété à Saint Hilaire les Places il s’y installa et fut adjoint au maire. Gabriel GIZARDIN (1789-1866), jeune frère de Léonard, fut épicier à Nexon ainsi que son fils Léonce GIZARDIN (1859-1922). Ceux-ci habitaient au numéro 11 actuel.

Mais, avant 1910, l’immeuble va changer d’allure. Des 2 étages avec 4 fenêtres en façades et 4 chambres mansardées il ne reste plus qu’un seul étage avec 3 fenêtres en façade et il n’y a plus de mansardes sur le toit.

La place de l’église dans les années 1930
N° 7 inoccupée en avril 2021

A l’arrière de la maison est accolé une autre habitation entourée d’un jardin. Un vieille pompe à main est accolée au mur.

Ce n’est plus un établissement qui reçoit du public mais la maison d’un cordonnier. En 1921 c’est Edmond TRUCHASSOU qui y est avec son épouse Anne. Il a avec lui un jeune apprenti, André DESBORDES.

En 1926 c’est Antoine DEBORD (1885-1978) qui est cordonnier-sabotier. Il a épousé Zélie LATOUILLE le 29 avril 1920 et ils ont eu en 1925 une fille, Berthe. Elle a été assistante sociale à Nexon et était très appréciée des nexonnais . C’était une camarade du docteur Rose FORGERON-VIGNERON qui me parlait souvent d’elle.

Recensement de 1926

Puis ce fut le cabinet de madame le docteur GARNIER. Elle comptait s’installer à Nexon mais cela ne s’est pas fait. Il eut ensuite plusieurs propriétaire et actuellement, début 2021, elle n’est pas occupée.

Au n° 8, une maison avec perron, « Maison TOURENNE » sur le document d’alignement de 1901 vu précédemment. Il s’agit d’un immeuble qui appartenait à Pierre LELONG (1806-1877) dont sa fille Marie (1846-1919) avait. Elle avait épousé Elie TOURAINE à Nexon le 9 juin 1866 et elle est parti habiter à Limoges. A son décès le 2 janvier 1919 sa fille Léonie TOURAINE en a hérité pour moitié avec sa sœur Jeanne, épouse LANTERNIER. Elles l’ont très rapidement vendu à Pierre DUROUX, l’acte étant signé le 25 janvier 1920.

C’est lui qui figure comme résidant au recensement de 1926. Avec son épouse Marie il y a également leur fille. En 1926 elle s’appelle Jeanne née en 1922 et en 1931 son nom est Berthe, également née en 1922!

Recensement de 1926

Quand les BONNET quittent leur logement celui-ci est loué à Emile LELONG qui y ouvre une boucherie. Les DUROUX sont trois, Monsieur, Madame et leur fille Berthe née en 1922.

Recensement de 1931

En 1936 la fille DUROUX n’est plus chez ses parents. Comme elle a 14 ans, elle devait être pensionnaire au moment du recensement. Chez les LELONG, Emile est appelé Octave mais il s’agit de la même personne. En effet les enfants avaient souvent 3 prénoms, les deux premiers étaient ceux des grands parents et c’était le 3ème prénom qui était le prénom d’usage. La boucherie est très connu à Nexon et, sans doute pour ne pas la confondre celle de leurs cousins au n°10, les gens parlaient de la boucherie « Chez Milord ». Les anciens se souvenaient des tournées qu’il effectuait à cheval dans les villages alentours.

Recensement de 1936

A la mort de Pierre DUROUX le 27 aout 1936, quelques mois après son épouse Marie, l’un des quatre enfants, Adrien Jean, achète la part des ses deux frères Aimé et Henri et de sa sœur Marie Louise. Il confirme la location à M. LELONG et loue l’étage à M. DUDOGNON, cordonnier. Maintenant il y a deux locataire dans la maison.

N° 8 de la viande est pendue à la porte.

A la fin de la guerre M. DUROUX décide de vendre son immeuble. Le 23 janvier 1948, chez Me GARRAUD, il signe l’acte de vente au profit de M. et Mme LASCAUX habitant à Meilhac. Il donne congé à ses locataires.

23 janvier 1948- Vente par M. et Mme Jean DUROUX à M. et Mme LASCAUD

M. et Mme LASCAUX viennent y habiter avec la famille de leur fille Marcelle. Celle-ci a épousé Paul DESSELAS (1919-1985). Du mariage naitront deux garçons, Gérard (1944-2019) et Jean Marie, bien connus à Nexon.

La maison a deux entrées, l’une au 8 place de l’église et l’autre au 11 rue Saint Ferréol. De ce fait il est facile de loger deux familles. Une grange et un jardin, situés rue saint Ferréol, font partie de la propriété.

Les enfants n’étant plus à la maison, le 18 mai 1976, M. et M. DESSELAS louent une partie de leur maison à la mairie de Nexon au profit de l’amicale du 3ème qui vient de se créer. A l’échéance du 30 juin 1988 le bail n’est pas renouvelé.

Après le décès de Mme Marcelle DESSELAS, le 13 janvier 2014, la maison va être mise en vente.

Elle est achetée par M. Bernard BEAUFILS qui y entreprend d’importants travaux afin de la transformer en chambres d’hôtes. La belle cheminée en pierre est mise en valeur dans la pièce d’entré avec son dallage en pierre. je ne sais pas ce qu’est devenu le sous-terrain dont Jean Marie me parlait et qu’il avait exploré avec ses copains quand il était jeune. Ce sous-terrain partait de la cave et se dirigeait vers le Nord, en direction du parc du château. Il était suffisamment haut pour qu’un personne se tienne debout. Son exploration n’a pas dépassé quelques dizaines de mètres et n’a pas permis de découvrir sa sortie.

Le décès de M. BEAUFILS, en juin 2020, alors que les travaux n’étaient pas terminés, amène son fils à mettre de nouveau en vente l’immeuble.

Avril 2021

Merci à Jean Marie DESSELAS pour toutes les informations et documents fournis.

Les gendarmes à Nexon : les gendarmeries (IV)

Lorsqu’en 1810, le Juge de Paix qui ne savait pas où loger ses délinquants sollicite le maire Nexon il n’y a pas encore de gendarmerie dans la commune. Il propose de transformer la petite chapelle qui se trouvait dans le vieux cimetières, en haut de l’ancien champ de foire, aujourd’hui place de la République.  C’était un petit bâtiment d’à peine 50m2.

Lorsque la brigade de gendarmerie a été créée, il a fallu loger les gendarmes. On a donc cherché une maison assez grande pour loger au moins cinq familles. Ce type de maison n’était pas rare et il y avait des propriétaires qui étaient disposés à les louer. Notons que dans certains cantons les gendarmes étaient logés dans une caserne appartenant au département. C’était le cas, dès les années 1840, à Limoges, Saint Léonard, Rochechouart…

A la création de la brigade de Nexon les gendarmes ont été logés dans la maison d’un propriétaire privé dont le département payait le loyer. C’était le cas de la majorité des brigades en Haute-Vienne où, jusqu’en 1850, seules les casernes de Limoges, Rochechouart et Saint Léonard appartenaient au département.

1 – La caserne dans l’immeuble BONNET (1854-1881)

On ne connait ni le propriétaire ni le loyer qui était payé au premier propriétaire. On trouve d’un loyer à M. BONNET lorsque le Conseil Général a négocié le renouvellement du bail qui arrivait à échéance le 1er janvier 1873. Le propriétaire souhaitait une augmentation du loyer tandis que le Conseil Général n’était pas favorable. Mais faute de trouver un local satisfaisant aux exigences de la gendarmerie M. BONNET a obtenu satisfaction et le bail fut renouvelé.

En 1881 M. BONNET ne souhaite pas prolonger le bail de son bâtiment avec la gendarmerie. Le Conseil général en prend acte et cherche un autre immeuble.

Ou se trouvait la gendarmerie jusqu’en 1881 ? Lors des recensements de 1836 et de 1841 les immeubles du bourg ne sont pas classés par rue. Les familles des gendarmes apparaissent immédiatement après les habitants du château et de ses dépendances. On peut donc penser que la gendarmerie se situait sur la place de l’église. Quant à M. BONNET, le propriétaire de la gendarmerie, il s’agit sans aucun doute de la famille de Mathurin BONNET (1761-1840), aubergiste rue du Nord dont le fils, Jean Baptiste BONNET (1819 – 1896) est déclaré propriétaire en 1841 alors qu’il n’a que 21 ans. Il entamera des études de notariat puis deviendra commerçant à Limoges et sera nommé maire de Nexon par décret le 15 fevrier 1878.

2-La caserne dans l’immeuble FRUGIER (1881-1910)-BONNAFY Pierre Arsène (1852 – 1937)

M. BONNET ne voulant plus louer à la gendarmerie, le département fait affaire avec M. FRUGIER.

Conseil Général – Première session ordinaire 1881

Maintenant le recensement classe les maisons par rue et la gendarmerie est clairement située route de la gare, notons que cette dénomination correspond à une partie de la rue Gambetta actuelle. Les cartes postales du début des années 1900 permettent de situer la gendarmerie dans la maison qui abrite aujourd’hui le restaurant MASSY.

Propriété des FRUGIER, l’immeuble tombera dans le patrimoine des BONNAFY après le mariage en 1885 de Jeanne FRUGIER (1864-1941) avec Pierre Arsène BONNAFY (1852-1937), d’abord Greffier de le justice de paix du canton de Nexon puis Juge de paix.

En 1898 au moment d’une nouvelle négociation du bail, le maire de NEXON, M. THOMAS, demande au Conseil Général un délais afin de chercher un autre immeuble, plus proche du centre du bourg car il trouve la caserne, situé à 800 mètres du centre, trop éloignée.

Conseil Général 1898

Les recherches ayant été vaines, dans sa session d’aout 1898, le Conseil Général renouvelle le bail avec M. BONNAFY jusqu’en 1911.

Conseil Général 1898

En 1910, lors de la négociation pour le renouvellement du bail, M. BONNAFY demande une augmentation que le Conseil Général trouve trop élevée. Les recherches pour trouver un immeuble moins cher sont tout aussi vaines qu’en 1898. L’hypothèse de la construction d’une gendarmerie est envisagée mais le terrain pressenti appartenant au baron de Nexon est jugé trop cher. Finalement les Conseillers trouvent le loyer plus avantageux qu’une construction neuve et le bail est renouvelé avec M. BONNAFY.

Conseil Général 1910

Sur trois cartes postales de Nexon on voit la gendarmerie située rue de la gare. Sur les deux premières elle est en gros plan sans que l’on puisse déterminer la date du cliché. Sut la troisième carte on voit la gendarmerie sur le côté de la rue.

Collection F.G.R.

La croix au dessus du chef de brigade pouvait laisser penser que son nom figurait au verso, mais le verso ne comporte aucune correspondance.

C’est la même chose sur une autre carte postale.

Une troisième carte ne montre pas la gendarmerie de face, on l’aperçoit en montant à droite, cerclée en jaune. Au delà de la gendarmerie on peut admirer la tenue des dames pour la promenade du dimanche. Les piétons ne sont pas gênés par la circulation, les seuls véhicules sont les carrioles comme celle qui descend vers la gare sur la gauche de la carte postale.

En 1923 le bail arrive à échéance. Du fait de la guerre de 1914 – 1918 les prix ont augmenté et M. BONNAFY demande une hausse du loyer. De 1 400 francs par ans il passera à 3 000 francs; Le Conseil Général n’a pas de marge de manœuvre non seulement parce que de telle augmentations ont été acceptées pour d’autres brigades et surtout, à Nexon, il n’y a pas de solution de rechange. On notera que le nouveau bail est négocié pour trois ans et plus sur 12 ans. Il semble en effet difficile de s’engager pour une longue durée quand on n’a pas d’idée de la hausse des prix possibles et il semble qu’il n’y a pas de clause d’indexation de prévue.

Conseil Général 1923

Lors des réunions du Conseil Général de 1925 la négociation du nouveau bail est abordée. Une hausse du loyer de 1 000 francs est acceptées et le bail est signé pour 9 ans. De plus le propriétaire a accepté de faire pour 3 000 francs de travaux et les logements satisfont les gendarmes.

Conseil général 1925

Au début de l’année 1931 un texte législatif, la loi du 31 mars 1931, prévoit que les loyers versés pour les casernes par les départements sont remboursées par l’Etat. cela ne change rien pour les gendarmes et pour les propriétaires mais réduit les charges des départements.

Conseil général 1934

M. Bonnafy consent à renouveler le bail et propose un loyer de 7 000 francs que le Ministre des Armées accepte et de ce fait le département accepte la proposition.

Conseil Général 1934

En 1944 le bail a été renouvelé avec la famille BONNAFY mais deux inconvénients vont faire que la mairie de Nexon va chercher un autre immeuble. Le premier argument qui avait déjà été évoqué en 1898 par le maire, M. THOMAS, est celui de l’éloignement du centre du bourg. le second est le manque de confort et l’exiguïté des appartements qui ne correspondent plus aux besoins d’une famille avec des enfants.

3- La gendarmerie rue Champlain (1954-1971)

La mairie de Nexon se met donc en quête de trouver un nouvel emplacement pour la gendarmerie. Un grand bâtiment existe, à coté des écoles, au croisement de la rue Champlain et de la rue Lavoisier. Ces bâtiments appartiennent à la famille PAPEL qui possède également les terrains qui sont autours et sur lesquels sera construite la salle des fêtes.

L’emprise de la gendarmerie est encerclée en jaune sur le plan cadastral suivant. Un grand bâtiment longe la route et entoure une cour dans laquelle est construit un petit immeuble. L’immeuble est mitoyen de l’école dont il est séparé par le mur de l’école maternelle.

Le conseil municipal se met d’accord avec le famille Papel et achète les bâtiments pour 6, 3 millions de francs ( ce qui équivaut, en pouvoir d’achat, à 145 000 euros en 2020) et engage des travaux pour 5 millions de fracs. Pour financier cette dépense la commune emprunte 11, 3 millions de francs à 6% sur vingt ans à la Caisse des Dépôts et des Consignations.

Quand on passe devant ces bâtiments aujourd’hui on a du mal à imaginer que c’était la gendarmerie.

On voit de suite que le bâtiment est beaucoup plus spacieux que celui de l’avenue de la gare. En s’approchant du porche, sur l’arc, on devine sous la couche de peinture blanche, de « République Française « .

On devine au centre les lettres R et F, plus difficilement Gendarmerie nationale

Je n’ai pas de photos de l’intérieur de la caserne de l’époque ou la gendarmerie l’occupait si ce n’est la porte d’un cachot qu’avait photographié Jean ATZEMIS :

La porte de la prison -Photo J. ATZEMIS

Une visite à l’école élémentaire m’a permis de faire des photos qui rendent compte de ce qu’était la caserne. Le bâtiment principal qui longe la rue Champlain n’a pas changé. La sirène que déclenchait le gendarme de service pour alerter les pompiers est toujours sur le toit. Les salles du rez de chaussée sont utilisées par l’école élémentaire et les appartements des étages sont loués. Sur le sol de la cour sont dessinés les aires de jeux et d’apprentissage d’activités physique. A gauche le porche d’entrée par la rue Champlain n’est pas utilisé.

L’ancienne caserne de gendarmerie le 9 avril 2021
Seules les marques sur le sol laissent deviner que ce n’est pas une caserne

A l’extrême droite de la cour se trouvent 5 cachots. Seuls les deux premiers étaient utilisés à cet effets, les trois autres qui n’ont pas de grille sont en fait des caves. Elles sont attribuées aux locataires des appartements et à l’école. La vue d’ensemble est altérée par le plan incliné qui permet d’accéder à l’école pour les personnes qui souffrent de handicap.

La maison qui était au centre de la cour dans laquelle logeai le commandant de brigade et une autre famille de gendarme a été démolie pour laisser la place à la nouvelle école élémentaire.

L’école primaire construite à la place de la maison des gendarmes

Les gendarmes seraient peut-être restés plus longtemps rue Champlain mais le nombre des élèves augmentant il fallait agrandir l’école. Dès le milieu des années 1960 la question d’une nouvelle gendarmerie c’est posée. Il était évident qu’il fallait une construction neuve.

Le Conseil Municipal du 11 septembre 1968, afin de permettre l’extension du groupe scolaire dans la gendarmerie et le jardin décide d’acquérir un terrain pour construire une nouvelle gendarmerie et un centre de secours incendie. Le pré jouxtant le terrain acheté par la commune pour agrandir le cimetière est acquis aux consorts PRADIER ainsi que 32m2 à M. Sazerat des Rochilles pour redresser la limite du cimetière.

La construction de la nouvelle gendarmerie et du centre de secours va se faire pendant l’année 1971 et le samedi 17 juin 1972 à 11 heures régnait une animation inhabituelle Rue Gambetta. Monsieur Olivier PHILIP, Préfet de Région, avait accepté de venir inaugurer les nouveau immeubles récemment mis en service. De nombreuses personnalités étaient présentes : M. LAUCOURNET, Sénateur, Le Dr. BOUTARD, Député de la circonscription, M. RABAUD, Conseiller General, les Maires du Canton, le Colonel VIRY, Commandant le Groupement de Gendarmerie de la Haute-Vienne, le Commandent PELAPRAT, le Colonel CONSTANT, ancien Inspecteur Départemental des Services d’Incendie, M. JALOUX, Architecte et ses proches collaborateurs, tous les Ingénieures, Techniciens et Entrepreneurs ayant travaillé à la construction des immeubles et de leurs abords, les Présidents des Sociétés Locales, les représentants du Crédit Agricole, de l’Administration des Impôts, des P.T.T. etc… les Conseillers Municipaux, le Maire, René REBIERE et le Corps des Sapeurs-Pompiers de NEXON.

Après avoir coupé le ruban tricolore tendu à l’entrée des locaux de service de la nouvelle Gendarmerie, Monsieur Le Préfet accompagné de quelques personnalités visitait le rez de chaussée très fonctionnel, un appartement, les cours de service et enfin le garage du Service Incendie.  Un Vin d’Honneur regroupait tous les invités à la Mairie.

Le Maire remerciait les personnes présentes, rappelait les motifs de la création de cet ensemble, le montant des travaux soit 675 000 Frs ( soit 713 000 € en 2020) pour la Gendarmerie et 210 000 Frs (220 000 € en 2020) pour les garages, ces derniers étant subventionnes à concurrence de 34 000 Frs, rappeler les services rendus par les Gendarmes et les Sapeurs-Pompiers….

Le Colonel VIRY devait dire à son tour sa satisfaction de compter a NEXON une caserne neuve fonctionnelle et dotée de logements confortables et le Colonel CONSTANT pour sa part se félicitait de voir le Corps de Sapeurs-Pompiers doté de garages importants et bien situes. Enfin, M. Le Préfet a dit tout le bien qu’il pensait de ces réalisations et a rappelé les projets d’investissements en cours d’étude sans pouvoir annoncer le financement des travaux des écoles qui étaient pourtant à l’origine de la nouvelle gendarmerie. (Source Bulletin Municipal n° 74 Juin-Juillet 1972).

Dès 2006, à peine 35 ans après l’inauguration de la caserne, la construction d’une nouvelle est envisagée. Mais dans un communique publié dans le Bulletin Municipal n°219 du 4e trimestre 2007, Mme JAMAIN, maire, annonçait la renonciation à ce projet car le cout aurait été trop élevé pour la commune.

Cependant le projet d’une nouvelle gendarmerie n’est pas enterré. En effet construite sur des plans qui ont plus de 40 ans la gendarmerie ne correspond plus aux besoins des gendarmes. Les exigences de confort sont celles de tous leurs concitoyens aussi bien en therme de confort, thermique et acoustique, que d’environnement, d’économie d’énergie…

Des échanges ont eu lieu avec le commandement de la gendarmerie de la Haute-Vienne et le projet pourrait voir le jour dans les années 2022-2023…

Les tentatives d’escroqueries ne sont pas nouvelles ! Le baron de Nexon en a été victime en 1861 et 1862.

Le Rapport annuel de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement 2019 révèle que le chèque est le moyen de paiement le plus fraudé en France et cette fraude
s’élevait à 539 millions d’euros en 2019. Si la somme est peu impressionner elle ne représente que un euro pour 1 510 euros de paiement. Parmi les moyens de la fraude il y a le vol de chéquiers, la falsification, la contrefaçon…

Au XIXe siècle les chèques n’existaient pas et les escrocs créent de faux billets à ordre à leur nom. C’est ce qu’ont fait deux individus en fabriquant un faux billet au nom du baron Armand de NEXON reconnaissant leur devoir 8 000 francs pour l’un et 7 000 pour l’autre. On peut estimer que le franc de 1860 vaut environ 2 euros ce sont donc de coquettes sommes que les deux lascars pensaient soutirer au baron.

Ces deux affaires, au delà du fait qu’elle mettent en scène le baron de Nexon, montrent qu’à toutes les époques il y a des escrocs et que la seule solution pour mettre en échec leurs tentatives est la vigilance. Notez qu’à une époque ou il n’y a pas le téléphone M. de Nexon qui était à Paris fut prévenu, rentra à Limoges pour constater que le document était un faux et que sa signature avait été imitée. On notera la sévérité des condamnations avec de la prison ferme pour des sommes qui varient autours de 15 000 euros actuels et également la manière dont les journaux rendent compte des procès et aiment citer les plaidoiries grandiloquentes des avocats.

I- Première affaire

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE-VIENNE.

PRÉSIDENCE DE M. DE LAMIRANDE.

Audience du 24 mai.

FAUX EN ÉCRITURE PRIVÉE. — CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES. — CONDAMNATION. —

Le 25 juin 1860, un individu, disant se nommer COMBROUZE et être domicilié à Saint-Hilaire-Lastours, se présenta chez M. COSTE, épicier et escompteur à Limoges, et demanda à faire escompter un billet de 8 000 fr., signé par M. de NEXON, daté du jour même et payable le 25 septembre suivant. M. COSTE lui remit en échange 7 880 fr., dont 1 000 fr. en billets de banque de 100 fr., et le surplus en argent.

Le billet fut passé à la Banque de France et protesté à l’échéance. M. de NEXON, alors à Paris, en fut prévenu, se rendit à Limoges, examina le billet et déclara qu’il était faux ; qu’il était revêtu d’une signature imitant assez habilement la sienne, mais en différant par quelques points très sensibles pour lui.

Les recherches faites par la justice, sur la plainte de M. COSTE, étaient restées infructueuses, lorsque, le 21 mars dernier, M. COSTE fils se trouvant dans son magasin, crut reconnaître dans un palefrenier du haras de Pompadour qui montait l’allée du Pont-Neuf, le négociateur de la fausse valeur de 8 000 fr.

Cet homme fut arrêté, et, tout en protestant énergiquement de son innocence, déclara se nommer FALAISE (Léonard), être palefrenier à Pompadour, et attaché depuis 1853 à la station de Nexon.

Les preuves les plus accablantes ont été réunies contre FALAISE ; on a retrouvé notamment chez lui une somme de 6 010 fr., dont deux rouleaux de 1 000 fr. encore pliés dans les papiers qui les enveloppaient au moment où ils lui avaient été remis par M. COSTE. Néanmoins, il a persisté jusqu’au bout dans un système de dénégation impossible à soutenir.

FALAISE avait d’ailleurs les meilleurs antécédents. Il jouissait de l’estime de tous ceux qui l’entouraient, et M. de NEXON avait en lui la confiance la plus absolue.

M. de LA MARSONNIERE, premier avocat général, a soutenu l’accusation avec une énergie remarquable. Il a insisté surtout sur les dénégations absolues de l’accusé qui, en excluant toute idée de repentir, aggravaient encore la faute commise.

M. de LA MARSONNIERE, que nous entendions pour la première fois, est un orateur remarquable de cour d’assises. Un charme singulier s’attache à sa parole abondante et facile, à son geste sobre et modéré. Une grande force de pensée parée d’une rare élégance de style, beaucoup de simplicité dans l’exposé des faits, dans la discussion des preuves et même dans la péroraison, donnent à ses plaidoiries de la puissance et de la séduction. C’est une diction toujours égale et soutenue, sans monotonie ; c’est une force calme et tranquille. Pas de passion, pas d’emportement, mais aussi pas de faiblesse, ni même de froideur. C’est un type du genre tempéré.

Me Othon PECONNET avait été chargé de la défense de Falaise. Il l’a présentée avec une habileté et une éloquence qu’il était tout à fait impossible de prévoir dans une cause d’une extrême pauvreté et où tous les faits étaient de la dernière évidence. Il a raconté d’abord la vie de FALAISE, jusque-là pure de tout reproche, de tout soupçon ; puis, arrivant à ces dénégations obstinées de l’accusé : Loin de me disposer à la sévérité, s’est-il écrié, elles me forceraient, si j’étais juge, à l’indulgence ; elles sont comme un dernier hommage rendu par FALAISE à sa vie passée. Deux fois il s’est levé, dans cette enceinte, pour commencer un aveu, et deux fois il s’est rassis vaincu par la honte ; c’est que son passé se dressait devant lui, ce passé irréprochable que vous connaissez ; c’est qu’il voyait autour de lui ces témoins dont il avait su mériter l’estime, et qui, aujourd’hui encore, peuvent à peine croire au crime qu’il a commis ; et, poussé par une dernière pudeur, il n’a osé avouer son infamie en face de ce passé, en présence de ces témoins. Ce n’est donc pas de l’obstination, c’est de la faiblesse que je trouve dans ses dénégations, et le sentiment qui les dicte, loin d’aggraver son crime, m’impose une sorte de respect et diminue, à mes yeux, sa culpabilité.

Grâce à cette plaidoirie, dont nous ne pourrions malheureusement donner qu’une idée bien imparfaite, l’accusé a obtenu du jury le bénéfice des circonstances atténuantes. Il a été condamné à cinq ans de prison.

Le Courrier du Centre 31 mai 1861

Le Courrier du centre 31 mai 1861

II- Seconde affaire

De la lecture de l’acte d’accusation contre le sieur Pierre BUISSON, cultivateur, âgé de 21 ans, natif de Beyrand, commune de Flavignac, résulte ce qui suit :

Le 15 juin 1862, un individu se présentait, à six heures environ du matin, au domicile de MM. LAMY, banquier à Limoges. Il insistait vainement pour voir M. Edouard LAMY, et il revenait à huit heures. Il fut alors reçu par M. Octave LAMY, auquel il présenta, pour le faire escompter, un billet de 7 000 francs portant la signature « baron Armand de NEXON » et souscrit à l’ordre d’un sieur Jacques BUISSON.

C’était évidemment un billet faux. Sur l’observation qu’en fit M. LAMY, le porteur protesta énergiquement, disant qu’il était Jacques BUISSON et que c’était à lui-même que le billet avait été souscrit. Cependant, cet individu se retira, laissant le billet dans les mains de M. LAMY.

Ce fait se répandit bientôt el une instruction fut commencée. Elle établit qu’un individu, dont le signalement se rapportait exactement à celui du porteur du billet, était allé le malin dans une auberge de la rue du Saint-Esprit, et qu’il avait demandé s’il y avait des habitants de Nexon. Il était probable que le prétendu Jacques BUISSON habitait Nexon ou les environs.

Dirigées dans ce sens, les investigations de la justice amenèrent la constatation de diverses circonstances qui fixèrent les soupçons sur le nommé Pierre BUISSON, demeurant chez son père au village de Beyrand, commune de Flavignac.

Pierre BUISSON était resté quelque temps à l’école des frères établie à Nexon. Il s’y était trouvé avec les enfants de M. de NEXON, et il avait pu savoir le prénom de leur père. Il avait, à diverses reprises, manifesté le désir d’apprendre à faire un billet à ordre. Il lui avait été donné ou vendu un manuel dans lequel il y avait des modèles de billets. Sa moralité était du reste très mauvaise. Il avait, a une certaine époque, dissipé une somme de 80 francs que son père lui avait remise pour le directeur de l’école. On savait aussi qu’il maltraitait ses parents et qu’il voulait les quitter.

Il fut arrêté le 1er juillet au village de Beyrand. Interrogé sur l’emploi de son temps, le 15 juin, il a déclaré qu’il avait passé la journée à la frairie de Burgnac, et il a nié être allé ce jour à Limoges ; mais il a dit qu’il y avait fait, dans le courant du mois de juin, deux voyages : le premier vers le 8, et le second le 21.

Le 15 juin était un dimanche, il y avait à Limoges une grande fête religieuse. Cette circonstance a permis aux témoins de préciser leurs souvenirs, et trois, surtout, ont déclaré très nettement avoir vu le 15 juin Buisson à Limoges. A six heures du matin, il a demandé à une servante d’auberge l’adresse de M. LAMY, banquier. Vers onze heures, il était chez une femme qui préparait une couronne pour la procession. Il voulait parler à son mari, et elle lui a dit qu’il assistait à la cérémonie religieuse. Le domestique de cette femme était alors avec elle, et il se rappelle la conversation qui a été tenue.

BUISSON a été vu, il est vrai, à Burgnac, mais un seul témoin indique l’heure où il l’a rencontré : il était cinq heures. Or, BUISSON a pu parfaitement passer toute la matinée à Limoges et être arrivé à cinq heures à Burgnac.

Il nie avoir jamais eu aucun manuel en sa possession. Il est démenti par un témoin, et le billet est la reproduction littérale d’un des modèles du manuel. Parmi les papiers saisis dans sa chambre, on a trouvé une partie de la feuille sur laquelle le billet a été écrit. Enfin, un expert a vérifié l’écriture de BUISSON, et il déclare que le billet est son œuvre. Il ne peut donc y avoir aucune incertitude sur la culpabilité de BUISSON.

En conséquence, etc.

M. DELTHEIL occupe le siège du ministère public et soutient l’accusation.

La défense est présentée par Me NINARD.

Déclaré coupable des faits qui lui sont imputés, l’accusé obtient néanmoins des circonstances atténuantes. Il est condamné à un an d’emprisonnement.

Le Courrier du Centre 21 aout 1862

En 1897 une jeune fille est relaxée après avoir défiguré au vitriol le garçon qui lui a fait un enfant et ne l’a pas épousée…

Le 14 septembre 1996 la presse limougeaude rendait compte de ce fait divers :

Le Courrier du Centre 14 septembre 1896

Le procès qui va se dérouler quelques mois après va révéler toute la complexité de cette affaire. Le garçon et la jeune Catherine étaient amoureux mais le père de la jeune fille trouvait que le garçon n’était pas un bon parti. Il a interdit à sa fille de le revoir… et bien sur celui-ci a rencontré quelqu’un d’autre ce que la jeune fille n’a pas supporté, d’où sa vengeance.

Dans un premier temps elle a été mise en prison et son enfant est né pendant son incarcération.

La Charente 17 octobre 1896

Le procès à lieu le 16 février 1897 devant la Cour d’Assise de Limoges. La salle est comble et la tribune des dames est complète.

Le Courrier du Centre 16 février 1897

La presse a donné une large place à ce procès. Voici le compte rendu publié dans le Courrier du centre du 17 février 1897 :

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE—VIENNE

Audience du 15 février 1897

Affaire Catherine Pradaud (Coups et blessures)

Catherine Pradaud. 21 ans, est originaire de Nexon, où elle est née le 6 octobre 1873 ; elle est cultivatrice a Sazerat. C’est une jeune femme aux traits réguliers, vêtue de noir. Un fichu de même couleur lui couvre la tête.

Elle tient entre ses bras un mignon bébé de quatre mois, joufflu et bien portant, une petite fille qui ne demande qu’à vivre et regarde de ses grands yeux étonnés cette foule qui se presse dans l’auditoire.

M. Debay, greffier, donne lecture de l’acte d’accusation, et, pendant cette lecture, l’enfant, dont l’heure du goûter est arrivée, saisit avidement l’extrémité d’un biberon que lui tend sa mère et tète.

Acte d’accusation

Le 11 septembre 1896, vers midi, la fille Catherine Pradeau se rendit dans un champ où travaillait le sieur Jean Denardou et lui lança par surprise le contenu d’une fiole d’acide nitrique. Gravement atteint au visage, à la poitrine et à l’œil droit, Denardou, malgré des soins immédiats et un long traitement, a complètement perdu l’usage de l’œil.

La victime de cet attentat avait entretenu, pendant longtemps, des relations intimes avec Catherine Pradeau.

Mais le père de la jeune fille, ne voulant pas la donner en mariage à un jeune homme sans fortune, avait fait interdire a Denardou l’entrée de sa maison.

Apprenant que, malgré sa défense, les deux amants continuaient à se voir, il avait proféré des menaces de mort contre le jeune homme, disant qu’il le tuerait, s’il le surprenait avec sa fille. L’état de grosses de cette dernière n’aurait pu modifier de si hostiles dispositions et, au mois d’août, le sieur Pradeau déclarait encore qu’il ne consentirait jamais à accepter Denardou pour gendre.

Celui-ci cependant, désespérant de le faire revenir sur sa détermination, avait cessé depuis quelque temps de fréquenter Catherine Pradeau lorsqu’il fit, à Aixe, le 15 août 1896, la connaissance d’une jeune fille qui lui plut et qu’il fit demander en mariage. Sa demande avant été favorablement accueillie, le mariage fut fixé au 19 septembre et les publications furent faites à Nexon.

Catherine Pradeau, à la nouvelle de cette union, qui ruinait ses dernières espérances, se rendit auprès de Denardou, le 8 septembre et le supplia de revenir à elle, lui disant qu’il n’avait plus à craindre le refus de ses parents. Mais le jeune homme lui répondit que son mariage avec Maria Denis était trop avancé, à l’heure actuelle, et qu’il ne pouvait le rompre.

Malgré ce refus, le sieur Pradeau fit faire le lendemain par l’entremise du voisin, une démarche auprès de Denardou dans le but de le décider à épouser sa fille.

C’est à la suite de l’insuccès de cette dernière tentative que Catherine Pradeau se porta, le 11 septembre, à la rencontre de son amant et lui jeta au visage le liquide corrosif que, dès le 8 septembre, elle avait acheté chez un pharmacien de Nexon, dans un but de vengeance.

En conséquence, la fille Catherine Pradeau est accusée d’avoir, au mois de septembre 1896, en la commune de Nexon, volontairement fait des blessures au nommé Jean Denardou, avec, ces circonstances :

1° Que lesdites blessures ont été suivies de la perte d’un œil ;

2°Que ladite Catherine Pradeau avait, avant l’action, formé le dessein d’attenter à la personne dudit Jean Denardou.

L’interrogatoire

M. le président procède à l’interrogatoire de l’accusée.

Celle-ci se lève et, pour apaiser son enfant qui commence â s’impatienter, elle le berce doucement ; vainement, car les cris continuent ; il faut que Camille, le garde du palais, le prenne dans ses bras et l’emporte chez lui avec son biberon.

L’interrogatoire commence ; elle répond d’une voix faible aux questions préliminaires qui lui sont posée. Elle avoue avoir jeté à la figure de son amant un bol d’acide azotique et avoir causé la perte d’un œil.

— Et pourquoi avez-vous commis cette action lui demande le président.

C’est un garçon que j’aimais beaucoup et que J’aime encore, répond l’accusée, il m’avait promis le mariage et m’avait juré de ne m’abandonner qu’a la mort. Il venait chez moi, à la veillée, c’était un camarade de mon frère. Après la départ de mon frère pour le service, Denardou n’est pas revenu, mon père le lui avait défendu. Nos rapports ont duré trois ans, ils ont cessé trois mois après que je me suis reconnue enceinte.

D. Denardou est-il le père de votre enfant ?

R. Monsieur le président, il en est le père comme j’en suis la mère.

D. Ce n’est pas ce que dit votre victime. Vous a-t-il demandée à votre père ?

R. Non, monsieur, mais la première fois que j’eus des rapports avec Denardou, c’est après une promesse formelle de sa part de me prendre pour femme.

D. Voire père ne voulait pas de ce mariage, il ne vous l’avait pas caché.

R. C’est vrai, mais j’aimais Denardou et lui m’avait promis de ne me quitter qu’a la mort.

D. A quelle époque vos parents se sont-ils aperçus de votre état de grossesse ?

R. Six ou sept mois après.

D. A ce moment, dites-vous ils ont déclaré ne plus voir d’obstacles à votre mariage avec Denardou. Eh bien ! il parait qu’il n’en est rien. A quelle époque avez-vous appris le projet de mariage entre Denardou et Mlle D.… ?

R. Vers le mois de septembre, alors je suis allé trouver mou amant et lui ai demandé si la nouvelle que je lui répétai était exacte. Il m’a répondu affirmativement, et a déclaré qu’il ne pouvait pas m’épouser puisque mes parents ne le voulaient pas. Je lui ai répondu que c’était faux.

D. Et c’est le 8 que vous avez acheté de l’eau forte chez M. Bonnel, pharmacien à Nexon, sous prétexte que vous en aviez besoin pour faire disparaître des verrues.

R. C’est exact.

D. Était-ce bien pour en faire l’usage que vous disiez ?

R. Non, monsieur. J’étais affolée et je voulais me venger.

D. Le 11 septembre, vous avez eu un second entretien avec Denardou ?

R. Oui, je suis allée le trouver et une fois de plus Je lui ai demandé s’il voulait m’épouser ; il m’a répondu non ; alors je lui ai jeté un bol d’acide à la figure.

L’audience est suspendue à 11 heures1/4.

Audience du soir

L’audience est reprise à une heure un quart. La salle est comble, la tribune des dames est au grand complet.

L’accusée est introduite et s’assoit à son banc ; elle tient toujours entre ses bras son enfant qui dort doucement sur le sein de sa mère.

Les Témoins

L’audition des témoins commença.

— Denardou, la victime de cette affaire passionnelle, raconte la scène au cours de laquelle il reçut au visage le liquide corrosif.

Il prétend que s’il n’a pas voulu se marier avec la fille Pradaud, c’est, qu’on lui avait dit que le père de celle-ci voulait le tuer s’il devenait son gendre.

Le président lui demande s’il est certain d’avoir été le seul à entretenir des relations avec Catherine Pradaud.

Le témoin dit qu’elle se rencontrait souvent avec plusieurs d’e ses amis et qu’il était bien possible qu’elle se fût donnée à d’autres que lui.

A une question catégorique du président sur ce point, Denardou répond « qu’il croit qu’il pourrait bien y en avoir eu d’autres, mais qu’il ne peut l’affirmer ».

Sur la demande du défenseur, Denardou reconnaît implicitement qu’il avait entamé des démarches en vue d’un mariage avec une autre jeune fille avant de savoir quelle était l’attitude des parents de Catherine Pradaud à son égard.

Il reconnaît également avoir objecté à la malheureuse jeune fille qui le suppliait de l’épouser, « qu’il était décidément trop tard, que les habits de sa noce avec Mlle D.… étaient achetés et qu’enfin il n’y avait plus rien à faire ».

Cet aveu cynique soulève un murmure dans l’auditoire.

— François Pradaud, 30 ans, cultivateur à Nexon, avait eu des idées matrimoniales sur la fille Catherine Pradaud, mais ayant appris que cette dernière était enceinte, il changea d’avis.

— M. Firmin-Barthélemy Tarrade, 65 ans, propriétaire à La Plaine, reçût la visite de la mère de l’accusée, trois ou quatre jours avant l’affaire qui amène Catherine Pradaud devant les assises.

Le témoin se chargea de faire une démarche auprès, de Denardou. Cette démarche n’aboutit pas et M. Tarrade le fit savoir au père de la jeune fille. Cet homme se mit alors à pleurer pendant une demi-heure, ajouta le témoin.

— Mme Bonnel, femme de M. Bonnel, pharmacien à Nexon, a délivré sur sa demande à l’accusée, du l’acide nitrique pour brûler des verrues.

— Jean Pradaud, 27 ans, employé de commerce, a assisté un jour à un entretien qu’avait à l’auberge le père de l’accusée avec une autre personne. Il était question de Denardou. « Il ne se mariera pas avec ma fille, dit le père Pradaud, je les tuerai plutôt tous les deux ». Ceci se passait le 1er août.

— M. le docteur Escorne a examiné Denardou aussitôt après le jet d’acide azotique dont il a été victime. L’honorable témoin explique d’une façon très précise les constatations qu’il a faites et termine en déclarant que l’œil droit de Denardou est complètement perdu, sans espoir de guérison.

— M. Gabriel Thomas, maire de Nexon, donne d’excellents renseignements sur la famille Pradaud, et en particulier sur l’accusée, fille très honnête et très sage. I

De son côté, Denardou est un excellent garçon qui n’avait jusqu’alors jamais fait parler de lui.

Le témoin a vu Catherine Pradaud à la gendarmerie après son arrestation, elle a regretté son acte de désespoir et a ajouté : j’aime toujours Denardou, et fut-il aveugle, s’il me voulait encore, je suis prête à l’épouser.

On est ému dans l’auditoire.

Le Réquisitoire et la Plaidoirie

M. Barnardbeig, substitut de l’avocat général, prononce un réquisitoire où perce une certaine émotion sympathique en faveur de l’accusée.

Néanmoins, se basant sur le principe qu’on ne doit pas se faire justice soi-même, l’honorable organe du ministère public conclut à l’application d’une peine mitigée par l’admission de Iarges circonstances atténuantes.

Le rôle de M. Nicard des Rieux est singulièrement facilité ; autant on est touché de la situation pénible dans laquelle se trouve sa cliente, autant Denardou est indifférent a tous.

Et avec son éloquence habituelle, le sympathique avocat rappelle tout ce qui a précédé la scène du 11 septembre, il montre le désespoir de la Jeune fille enceinte et l’égoïsme du séducteur.

Il insiste sur son cynisme lorsqu’il lui objecta qu’il ne pouvait l’épouser, ses habits de noces étant acheté pour une autre.

Me Nicard termine en demandant un acquittement.

Le jury se retire pour délibérer et rapporte le verdict que tout le monde attendait, un verdict négatif, un verdict d’acquittement.

Et dans la salle on applaudit lorsque lecture en est donnée à l’accusée.

L’audience est levée à 4 heures 1/2, une foule sympathique s’était massée au pied des escaliers du palais de justice pour voir sortir Catherine Pradaud que l’on a accompagnée jusqu’à la prison où a eu lieu la levée d’écrou.

Le Courrier du Centre 1897/02/17

Que déciderait un jury aujourd’hui ? Le respect de la parole donnée est la base de la société et c’est un déshonneur pour un garçon de ne pas épouser la fille qu’il a mise enceinte. Et pourtant, à Nexon comme dans toutes les communes, les enfants naturels n’étaient pas rares.

En 1887 une épidémie de rougeole a fait des ravages à Nexon, 21 jeunes de moins de 10 ans décèdent entre le 6 janvier et le 21 mai, les écoles ont été fermées …

Nous vivons l’épidémie liée au Coronas virus mais dans le passé nos anciens ont connus de violentes épidémies. Sans remonter à la peste ou au choléra, la rougeole faisait régulièrement des ravages. Ce fut le cas à Nexon au début de l’année 1887.

Le 6 janvier 1887 la jeune Marie GUYONNAUD, âgée de 14 mois, décède à la petite Bouène. Le lendemain Marguerite CHARRIER n’a que 6 mois lorsqu’elle meurt. Ce sont ensuite des jeunes hommes qui décèdent, Jean LAPLAUD a 17 ans, Jean baptiste ADAM 26 ans, Charles LENFUME 27 ans …

Mais c’est au mois de mars que l’épidémie s’emballe. Le 14 mars Marie SABOURDY décède après quelques heures de vie, puis c’est Marie Lucie VERNEUIL qui a 4 mois. Et la famille VERNEUIL va être cruellement frappée avec le décès, le lendemain, de leurs deux autres filles, Jeanne âgée de 2 ans et demi et Gabrielle Marie qui a 6 ans.

Marie Lucie Verneuil

Pour enrayer l’épidémie, aujourd’hui comme hier, le confinement est la solution.

Avec l’accord du préfet le Maire ferme toutes les écoles pour 3 semaines. L’émotion est vive dans la commune.

Le Gaulois, 28 mars 1887.

Jusqu’au 24 avril douze enfants de moins de 10 ans vont perdre la vie. Après une accalmie en juin, une seconde vague, moins violente, va de nouveau frapper en juillet. le 14 juillet Françoise AUZEMERY est emportée alors qu’elle n’a que 6 mois puis, le 18, Pierre MASSALOUX qui a 14 ans et le 23 c’est François JOUHAUD âgé de 2 mois et le 25 Henri SAZERAT, un bébé de 15 jours.

Au cours de cette année terrible, 27 jeunes enfants de moins de 10 ans ont perdu la vie, 3 enfants sont nés sans vie. La commune a enregistré 70 décès dont 43 de moins de 40 ans. Les années précédentes, comme les années suivantes, le nombre des décès était compris entre 45 et 58.

Après l’épidémie le Gouvernement a interrogé l’Académie de Médecine afin de définir la durée de la mise à l’écart des élèves touchés par une maladie contagieuse, la quarantaine apparaissant trop logue pour certaines maladie et trop perturbante pour les études. Pour la rougeole, l’Académie de médecine propose un isolement de 25 jours.

Le Courrier du Centre 13 mars 1888

La circulaire du Ministre aux recteurs précise également les mesures de désinfection à appliquer.

Liste des personnes de moins de 40 ans décédées en 1887.

Trois enfants sans vie : les 20 avril, 21 mai et 19juin.

Pour ces enfants il n’était pas délivré d’acte de naissance mais un acte de présentation et il ne leur était attribué ni nom ni prénom.

La Place de la République n°7 à 11.

En continuant le tour de la place, en longeant la rue pasteur nous arrivons au numéro 7. S’y trouve un immeuble dont j’ai déjà parlé car c’était celui de mes grands-parents. Ma mère n’a pas vécu dans celui que nous voyons aujourd’hui puisqu’il a été construit au début des années 1950 et qu’à cette époque elle était mariée. Mais elle a passé sa jeunesse dans la vieille maison qui existait alors. C’était une petite maison à un étage avec la boutique au rez de chaussée et le logement à l’étage.

La maison en 1943

Ma mère à la fenêtre en 1943

La maison a été achetée par mon grand-père, Henri MALARDEAU, au début des années 1930. Il était arrivé à Nexon en 1931 après que sa filature, au pied du village d’Aurin sur la commune de Bussière Galand ait été détruite par un incendie causé par un orage. Il ne reste aucune trace de cette filature mais je ne désespère pas d’en trouver un jour !

Le Populaire du centre 15 mars 1929

Le stock de laine et la voiture qui étaient dans un bâtiment annexe n’ont pas été touché. Ceci permis la continuation de l’activité en attendant que tout soit réglé avec l’assurance ce qui a pris plus d’un an. Finalement la filature ne sera pas reconstruite. Aussi en 1931 Henri MALARDEAU décide de déménager et d’aller s’installer à Nexon. Il choisit ce bourg car il est connu pour son dynamisme économique et la qualité de ses foires, élément essentiel du commerce de la laine.

Il loue une maison rue Pasteur, juste après la boulangerie et poursuit son commerce de laine. Mais cela ne lui suffit pas. Mon grand-père est un manuel, très adroit de ses mains, il va donc créer une teinturerie. Pour cela il lui faut un grand local pour y installer des cuves. En 1935 la maison du maréchal-ferrant qui possède un grand garage à l’arrière est en vente. Il l’achète. Cette maison appartenait à Mr SANCIAUD. Elle n’a pas changé entre 1900 et 1930, seul l’environnement a évolué. Sur les cartes postales suivantes on constate l’arrivée de l’électricité avec le poteau au beau milieu de la carte postale, avec aussi le trottoir de rue Pasteur et enfin, sur la troisième carte le trottoir vautours de la place. On remarque également que la maison mitoyenne a été totalement refaite avec 2 étages. 

Lorsque mon grand-père achète la maison, le sol de l’atelier est en terre battue. Il le fait cimenter et transforme le rez de chaussée en boutique de teinturier, nettoyage et vente de laine. Dans le garage, situé à l’arrière du magasin, il fait monter, sur des foyers en brique, trois cuves en cuivre utilisées chacune pour une couleur différente. La teinture impliquait une série d’opérations que devaient subir les écheveaux de laine : bain colorant, rinçage, essorage et séchage. Le nettoyage s’effectue à la benzine dans un gros tambour qui tourne comme une machine à laver.

Avec l’énorme tas de fagots pour la boulangerie

Devant la maison on voit toujours l’énorme tas de fagots qui alimente le four du boulanger, de l’autre côté de la rue. Mais le feu frappe une nouvelle fois mon grand-père. Un incendie éclate, le 22 octobre 1941, dans l’atelier de la teinturerie et se repend rapidement à la toiture et gagne la maison voisine.

Le Populaire 30 octobre 1941

Dès la guerre terminée mon grand-père fait entièrement reconstruire sa maison. Elle a maintenant deux étages et la boutique occupe la totalité du rez de chaussée. Mais surtout il fait poser en grandes lettres rouges, le mot « Laines » au fronton.

Pendant les années 1950-1960 l’activité est variée. Dans l’atelier qu’il a acheté à la sortie du bourg, route du moulin Trouly, il a monté une filature pour retrouver le métier de sa jeunesse. Il est secondé par deux de ses gendres, René PEYRICHOUX et Marcel JEUDY. En même temps il sillonne les foires des environs pour acheter de la laine brut et vendre des pelotes tout en continuant a nettoyer et teindre les vêtements. A l’époque il est indispensable de respecter les codes et après un décès le deuil doit être porté par les proches pendant plusieurs mois. Aussi après un décès il fallait en quelques heures, l’engagement était de 8 heures, teindre en noir toute la garde-robe des parents du défunt. L’en tête de la facture résume cette activité variée.

Lorsqu’Henri MALARDEAU a pris sa retraite son gendre René PEYRICHOUX et son épouse Marie-Thérèse ont repris le commerce en le faisant évoluer. Le développement du prêt à porter a réduit les ventes de laine, le nettoyage était devenu la spécialité des « pressings » aussi c’est vers les vêtements de confection qu’ils se sont orientés.

En octobre 1989 le fond est repris par Mme Catherine DEBORD COUQUET. Elle baptisé son commerce « Cathy Boutique ».

L’immeuble du numéro 8 a lui aussi beaucoup changé au cours du siècle précédent. En 1900 c’est une petite maison d’un étage avec un grenier mansardé. Au rez de chaussée il y a deux commerces dont l’un, à droite, était une épicerie qui si je déchiffre bien l’enseigne était l’épicerie BREIX, l’autre l’atelier d’un peintre-vitrier.

Quelques années plus tard la vieille maison est remplacée par un immeuble de 2 étages avec au fronton, en grosses lettres « Horlogerie Bijouterie ».

 Cette construction a été faite par M. Henri DESPLANCHES qui y a transféré la boutique qu’il avait, rue Pasteur, à côté de la pharmacie. Sa première boutique était située rue Victor Hugo.

Henri DESPLANCHES était né à Nexon le 12 juillet 1873. De son mariage avec Louise GRANGER le 24 juin 1900 à Nexon il a eu deux enfants, Alice née en 1906 et René, né en 1909.

Henri et Louise le jour de leur mariage

Avec l’année 1900 le monde occidental et la France en particulier, ont connu jusqu’en 1914 des années heureuses que l’on a appelé « La belle époque ». Le 14 avril 1900, jour de l’inauguration de l’Exposition Universelle Paris est le centre du monde. Les nouveaux bâtiments comme le Grand et le Petit Palais, la gare d’Orsay ou le pont Alexandre III font briller Paris. La première ligne de métro est ouverte le 19 juillet 1900, l’électricité commence à éclairer les rues de celle qui est alors appelée la « Ville lumière ». A Nexon aussi règne une certaine joie de vivre. On déjeune sur l’herbe le dimanche et on va à la pêche en famille.

Les jours de fête, pour aller à la frairie les femmes revêtent leurs plus beaux habits.

Après la difficile période de la guerre ce sont de nouvelles années d’effervescence, « Les années folles ». Les bijoutiers sont un passage obligé pour chaque fête et à chaque évènement. Pour la naissance et le baptême des enfants on offre des médailles et des chaines en or ou en argent, des gobelets, des ronds de serviettes… Pour la communion solennelle les garçons reçoivent leur première montre, en or pour les familles aisées, et les filles une croix avec sa chaine. Il y a les boucles d’oreilles pour les filles, et les chevalières pour les garçons, puis vient le mariage avec les bagues et les alliances et l’incontournable ménagère en argent…

Comme horloger M. DESPLANCHES vendait pendules et horloges qu’il réparait.

En 1944 Henri DESPLANCHES transmet son commerce à son fils René-Jean DESPLANCHES.

Le Populaire 7 décembre 1944

L’horlogerie-bijouterie va petit à petit connaitre la concurrence des bijoux fantaisie et des montres bon marché. Dès 1955 le géant américain Timex s’associe à un fabricant de montre de Besançon pour produire des montres a bas cout sous le nom de TIMEX. La marque innove dans le choix de son réseau de distribution en ciblant les bureaux de tabac, les papeteries, les stations-service, les drugstores et les grands magasins. KELTON devient une marque emblématique avec son slogan « Vous vous changez, changez de KELTON ». Elle vend plus de 4 000 000 de montres au début des années 70. Au début des années 80, une nouvelle technologie arrive du Japon avec les montres à Quartz…

Françoise, la fille de M. et Mme DESPLANCHE n’a pas choisi de suivre la voie de ses parents et s’est orientée vers la coiffure. Elle a ouvert son salon dans la maison d’à coté et quand ses parents ont pris leur retraite la bijouterie a fermé.

C’est Michel CROZET-ROBIN qui a ouvert un salon de coiffure le 1er janvier 1979. Jeune et dynamique il choisit d’appeler son salon « Attitude coiffure ».

Le salon de coiffure au numéro 8

Il est le premier salon du groupe que M. CROZET-ROBIN va ensuite constituer. Il donnera à ce groupe le nom de sa fille Laurie. De ce fait, derrière le salon, un immense espace de travail réuni ceux qui gèrent la quinzaine de salons du groupe « Holding Laurie ».  Attitude Coiffure et Studio M sont les deux enseignes de ce groupe dont les salons sont implantés à Nexon, Limoges, Boisseuil, Montluçon – Domérat, Saint-Étienne – Villars, Moulins.

L’immeuble situé au numéro 9 était le plus imposant au début des années 1900. Deux commerces sont abrités sous le même toit, la bijouterie PAROT et une épicerie-poterie-buvette.

L’immeuble en 1900

La bijouterie est tenue par Eugène PAROT. Marié avec Emilie NOUHAUD, ils auront 2 garçons, François né le 22 août 1905 et René, né le 9 mai 1907 qui travailleront comme horlogers avec leur père.

Lorsque la famille PAROT a cessé ses activités, Melle Renée MOUNIER qui habitait à Valette installa son atelier de modiste à la place de la boutique. Puis Mme CLERMONTEIL dite « Nénette » lui a succédé en ouvrant une épicerie-primeurs.

Chaque matin elle se rendait aux halles, à Limoges, pour s’approvisionner en fruits et légumes. Elle partait avant le jour afin d’être de retour à Nexon pour servir ses clients à partir de 8 heures. Très courageuse, très avenante pour ses clients, elle était très appréciée de ses clients. Son mari, Martial CLERMONTEIL avait été fait prisonnier et sans nouvel de lui après l’armistice son épouse a publié, comme plusieurs autres femmes, un avis de recherche dans la presse :

Le Populaire 28 juillet 1945

Martial CLERMONTEIL était également pompier volontaire. Il a terminé son engagement avec le grade de sergent.

Au 1er étage se trouvait, pendant quelques années, le cabinet dentaire de M. et Mme DURENGUE. Ils avaient, depuis 1933 un cabinet place de l’église et ils travaillaient également dans des cabinets secondaires à Châteauneuf la Foret et à La Meyze. Ils ont ensuite transféré leur cabinet avenue de la gare. Au 2ème étage habitait M. Henri FOUILLAUD et sa famille. Lui était peintre mais il n’était pas associé à son frère Louis. A la Libération, du fait d’un engagement dans la milice et d’une collaboration active toute la famille a disparu et n’a plus jamais donné de nouvelles.

Quand l’épicerie a fermé, Françoise CONORT, a ouvert un salon de coiffure qui a très vite acquis une excellente réputation. Fille de M. et Mme DESPLANCHES, les bijoutiers de l’immeuble contiguë, elle est avait épousé Jean Pierre CONORT, fils du vétérinaire de Nexon. Leur fille Sophie est devenue coiffeuse. Elle a travaillé avec sa mère puis elle lui a succédé.

Aujourd’hui c’est Stéphanie TABESSE qui tient ce salon à l’enseigne « Art Coiff’»

Au numéro 10, au début des années 1900 il y avait une épicerie-buvette -poterie. C’était la maison de Mme Marie Christine HAUTIN. Ses parents étaient commerçants à Limoges mais sa mère, comme cela se faisait fréquemment à l’époque, est venue accoucher, le 18 juin 1883, chez son frère Jean VILLOUTREIX, épicier à Nexon. Puis le commerce a disparu et le rez de chaussée a été transformé en appartement. C’est ce que l’on constate sur cette photo de 1943.

La maison a été achetée au début des années 1950 par M. et Mme BOSBATY. En 1947 ils avaient acheté le fonds de commerce de boucherie-charcuterie de François LELONG. Ils l’ont d’abord installé 2 rue Michelet puis quand l’immeuble HAUTIN a été libre à l’achat ils y ont installé leur boucherie-charcuterie.

Le Populaire 27 novembre 1947

La boucherie-charcuterie a rapidement acquis une bonne clientèle, à la fois grâce à la qualité des produits et à la qualité de l’accueil.

Monsieur Emile BOSBATY faisait également preuve d’un fort engagement citoyen. Caporal du Corps des pompiers de Nexon en 1961 il en est promu chef de corps le 15 juin 1970 avec le grade de sous-lieutenant. Il quitte son commandement le 11 juin 1978 après 27 ans de services.

En 2005, quand ils ont pris leur retraite les BOSBATY ont été remplacés par la société GUINARD-RATIER dont le siège était à Saint Paul et le gérant M. Alain RATIER. La boucherie a fermé en 2007 et M. RATIER a alors créé Le Noctambule, place Fratellini.

Aujourdh’hui le rez de chaussée n’est pas occupé.

La dernière maison de la place, au numéro 11, abritait autrefois un restaurant. L’immeuble appartient à M. et Mme Henri DESBORDES. C’est Mélanie DESBORDES qui tenait le restaurant tandis que son époux était camionneur. Il avait un attelage à cheval et c’est lui qui faisait office de corbillard.

L’attelage conduit par René LASPOUGEAS

Madame le docteur FORGERON se souvient que lorsqu’elle était petite fille Mme Desbordes élevait des oies en toute liberté. Elles étaient agressives et menaçaient ses mollets quand elle apportait une lettre à la Poste.

Après la retraite de Mme DESBORDES le restaurant est devenu bistrot, tenu par Mme Ginette BANCAUD puis ce fut une annexe de la boulangerie DIVRY. Au début des années 2000 une brasserie au nom ironique « Aux vers de vin » s’est installée. Elle vendait également du vin. LA brasserie a fermé en 2006 et « Aux vers de vin » a déménagé pour s’établir 1 bis rue saint Ferréol.

Il y eu ensuite une boutique d’informatique puis pendant quelques mois David MAURY y a installé son entreprise de plomberie avant de la transférer rue Gambetta.

Le 1 mars 2017, Mme ISABELLE AUMAITRE a créé un salon original, un bar à ongle, qu’elle a appelé  « Mad Nails ».  

Une Caisse de retraite pour les pompiers volontaires dès 1958 ?

Les Sapeurs-pompiers sont des bénévoles. Ils sont défrayés lors des interventions mais aucune cotisation sociale n’est retenue sur cette indemnité.

En 1958, le chef de bataillon CONSTANT, Inspecteur départemental des services d’incendie de la Haute-Vienne, s’investi pour que soit créée une Caisse de retraite pour les sapeurs-pompiers volontaires. Dans un courrier adressé aux maires du département il leurs faisait part de ce projet et leur demandait de participer au financement de cette caisse. La plupart des maires ont répondu que leurs finances communales ne leur permettaient pas de participer à un tel financement mais ils suggéraient que celui-ci soit assuré au plan départemental ou au plan national.

Lettre du chef de Bataillon CONSTANT

Un vœu demandant le financement par l’Etat d’une telle caisse présenté au Conseil général de la Haute Vienne le 28 octobre 1958 par le Docteur BARRIÈRE, maire de Saint Léonard et conseiller général, a été adopté à l’unanimité.

Vœux du Docteur BARRIÈRE

De la création d’une allocation de vétérance à la prestation de fidélisation et de reconnaissance.

Un arrêté du 18 août 1981 permettait le versement d’une allocation de vétérance aux anciens sapeurs-pompiers non professionnels ayant accompli en cette qualité vingt années de service effectif et qui avaient atteint la limite d’âge de leur grade (60 ans pour les officiers, 55 ans pour les non-officiers, la condition de limite d’âge étant ramenée à 50 ans pour les sapeurs-pompiers reconnus médicalement inaptes au service).

Le montant maximum de cette allocation annuelle, actualisé chaque année, était de 1.871 F pour 1995 soit l’équivalent de 383 euros en 2019.

Dans la pratique, les conditions d’attribution et les montants effectivement versés variaient suivant les départements et certains n’attribuaient pas cette allocation.

La loi n° 96-370 du 3 mai 1996 relative au développement du volontariat dans les corps des sapeurs-pompiers a entendu remédier aux disparités dans le versement de cette allocation et unifier les conditions de son financement. Son article 12 a généralisé l’allocation de vétérance en rendant son versement obligatoire en faveur de tous les sapeurs-pompiers volontaires dont l’engagement prend fin lorsqu’ils atteignent la limite d’âge de leur grade, après avoir effectué au moins vingt ans de service.

Les deux conditions, avoir accompli vingt années de service et s’être engagé jusqu’à la date de la limite d’âge, n’étaient pas remplies par tous les volontaires. Aussi en 2004 les conditions d’obtention de cette allocation ont été modifiées et une nouvelle prestation créée.

La loi du 13 août 2004 relative à la modernisation de la sécurité civile crée la Prestation de Fidélisation et de Reconnaissance. Pour la percevoir il faut avoir au moins 20 ans de service à la date de cessation d’activité et entre 55 et 65 ans

Le montant de la PFR résulte d’une participation financière à part égale du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et de l’Etat abondée par la cotisation obligatoire du sapeur-pompier volontaire à partir de sa 6ème année d’engagement et éventuellement de la majoration facultative de sa cotisation.

Une Nouvelle Prestation de Fidélisation et de Reconnaissance (NPFR) a été publié par le décret n° 2017-912 du 9 mai 2017 pris en application de la loi du 27 décembre 2016 relative aux sapeurs-pompiers professionnels et aux sapeurs-pompiers volontaires.

Pour la percevoir il faut avoir accompli au moins 20 ans de services (15 ans en cas d’incapacité opérationnelle reconnue médicalement), à partir de 55 ans en cas de cessation d’activité. Il n’y a plus de cotisations personnelles des sapeurs-pompiers volontaires, ni obligatoires ni facultatives.

Les prestations sont financées par les SDIS (avec une participation de l’État à hauteur de 50 %), les communes ou EPCI concernés.

Le Décret n° 2019-691 publié au journal officiel du 3 juin 2019 apporte essentiellement des ajustements rédactionnels et techniques permettant de clarifier le dispositif NPFR.

Les indemnités versées au sapeur-pompier volontaire au titre de l’exercice de ses fonctions et de ses activités au sein des services d’incendie et de secours définies par l’arrêté du 5 juillet 2019 et appliquées à compter du 1er août 2019 sont de 11,77 € pour les officiers ; 9,49 € pour les sous-officiers ; 8,40 € pour les caporaux et 7,83 € pour les sapeurs.

Les pompiers volontaires de la Haute-Vienne ont une section syndicale. C’est ce qui ressort de l’entretien de Bernard Buisson, pompier volontaire à Saint-Yrieix-la-Perche, et secrétaire de cette section syndicale le 14 novembre 2017 avec les journalistes de France Bleu Limousin. Cette création s’appuie sur un Arrêt du Conseil d’Etat du 12 mai 201 confirmant son avis de 1993 et réaffirmant la notion d’agent public contractuel des pompiers volontaires.

Rue Gambetta, coté impair, n°1 à 9

Le numéro 1 n’existe plus. Il a été démoli pour que le virage soit moins dangereux.

Au rez de chaussée de la maison il y avait un café dont l’entrée se trouvait rue Champlain.Il était tenu par M. et Mme Paul DESBORDES, dit « Paulou ».Il était pensionné de la guerre de 1914- 1918 pour une affection pulmonaire. Sa fille Marguerite a épousé Simon Desbordes. Le café s’appelait le Café de la Poste

Un jour de foire en 1914. On voit une colonne de soldats, fusil a l’épaule qui passe devant le café de la Poste.

Dans les années 1950 le café s’est appelé « Sporting Café ». Il était tenu par Mme CHIBOIS, dite « Coucou », fille du garagiste situé au n° 23 de la rue Gambetta. Ce fut ensuite monsieur R. ROBARD qui tint le café.

Le Sporting Café avant sa démolition

Le virage étant dangereux, surtout pour les poids lourds, la municipalité a décidé de racheter l’immeuble et de le faire démolir.La démolition a eu lieu en Juillet 1974. Elle a coûté 10 819 francs ( 8 500 € de 2019) et les aménagement 30 421 francs (24 000 € de 2019).

Les photos de la démolition m’ont été confiées par Madame le docteur Rose FORGERON, fille de M. et Mme VIGNERON qui habitaient aux numéros 3 et 5 de la rue Gambetta. L’essentiel de l’historique de cette rue est du à sa plume et à sa prodigieuse mémoire.

N°3-5-7

L’ancien numéro 1 devenu un petit square et le numéro 3, entrée de Jardi Flore

C’est la maison de Madame FORGERON. Elle a été construite par la réunion de plusieurs petites maisons, toutes communicantes. Plusieurs étaient à colombages et sont antérieures à 1830. mais c’est le cas de beaucoup de maisons de la rue.

Les grands parents de Mme FORGERON, Jean et Jeanne THOMAS ont acquis cette maison en 1919. Ils en étaient locataires depuis 1912.

Elle appartenait alors à M. et Mme PEYRAT, café, charron et forgeron.

A cette époque, au rez de chaussé des n°3 et 5, il y a le Café de la Promenade. Il comprend un café-restaurant, une salle de théâtre, des billards, une salle de tir et une salle de bal.La cuisine et une salle à manger sont au numéro 5. Le café de la Promenade a fermé en 1930.

Le café de la promenade est fermé mais Jean Thomas en utilise encore le papier à entête.

A l’étage il y a les appartements ou habitent M. et Mme THOMAS, leur fille Alice qui a épousé M. VIGNERON et leur fille Rose.

La cour est la cour de l’atelier qui est au fond. M. THOMAS est charron, forgeron et taillandier.

Après la fermeture du café le local a été loué à M. Paul BITAUD qui louait également le magasin situé juste en face , au numéro 6 de la rue.

En 1936, M. VIGNERON, une fois M. BITAUD parti installer son commerce dans l’ancien pensionnat, va ouvrir un magasin d’électricité et de radio. M. VIGNERON fait les installations électriques et son épouse tient le magasin. Elle ajoutera d’abord un rayon quincaillerie, puis papeterie-librairie, jouets, épicerie, parfumerie. Elle en fera un véritable bazar ou on trouve tout … ou presque. Quand j’étais enfants nous aimions y aller car on achetait aussi bien des « roudoudou » que des cages à hannetons! on attachait un fil à la patte d’une ces petite bête et on la faisait voler dans la classe…

Madame VIGNERON passe beaucoup de temps dans son magasin, elle a l’œil sur tous les faits et gestes des jeunes garnements que nous sommes. Elle décèle toute tentative que nous aurions eu de vouloir mettre dans notre poche un petit jeu ou une friandise !Elle tiendra son magasin même après le décès de son mari en 1970. Elle le quitte après une fracture du col du fémur pour le transférer au numéro 5 jusqu’à son décès en 1986.

Le « Bazar » de Mme VIGNERON en 1953

En 1987 le magasin est loué à Mme EYLIER qui en fait un commerce de bonneterie et layette.

En 1989 c’est Mme MOUGNAUD qui devient locataire et ouvre une boutique de fleuriste et en 1991 Mme Valérie DUBOISGACHET qui est la nouvelle locataire ouvre le magasin Jardi Flore.

Le numéro 5, ancienne cuisine et salle à manger du Café de la Promenade, a été transformé en magasin en 1930 et loué à M. et Mme Henri LENOIR pour un commerce de radio-électricité. Madame LENOIR était la fille de M. Louis AYMARD, le créateur de l’usine électrique . Voir l’article  » Une grande figure de Nexon : Louis AYMARD « 

Au départ de Henri LENOIR arrivent de Thiviers M. et Mme Jean BUSSIERE. Ils ouvrent un magasin à l’enseigne « A la Tentation » ou l’on trouve des tissus, de la confection,de la mercerie avec des articles de belle qualité. Madame BUSSIERE qui était couturière fait les retouches et son mari fait, avec sa fourgonnette, des tournées dans les campagnes. M. BUSSIERE, passionné par le football était vice président de l’Amicale Sportive Nexonnaise.

Après la retraite de M. et Mme BUSSIERE, Mme Vigneron y transfère les rayons papeterie, parfumerie, librairie et bijouterie fantaisie jusqu’en 1986. Le fonds est alors acheté par Mme Chantal PECOUT. En 1993 elle le transférera au n° 7.

Le magasin devient alors le cabinet des infirmières, puis il est loué à Mme DUBOISGACHET et le numéro 5 communique de nouveau avec le numéro 3

Les numéros 3 et 5 communiquent et forment une seule boutique « Jardi Flore »

La cour de l’atelier et l’atelier lui-même sont le fief de M. THOMAS puis de son gendre M. VIGNERON.

Au fond de la cour l’atelier avec tout son matériel . Les beaux colombages sont mis en valeur.

Au numéro 7, au 1er étage il y avait un grenier à bois, fermé par les seuls bois des colombages. Donnant sur la rue, une petite pièce où étaient stockées les pièces détachées : dents et lames de faucheuses, socs de charrue neufs, etc. C’est maintenant un appartement

Au rez de chaussée l’atelier a été transformé en magasin en 1982. Plusieurs commerces s’y sont succédés. D’abord le magasin des laines Phildar tenu par Mesdames GRAMAGNAT, RAINAUD puis DESROZIERS jusqu’en 1992.

Ensuite Madame PECOUT y transfère le commerce qu’elle tenait au numéros 5. Il fermera en 2006. Une boutique de sacs, petite maroquinerie et accessoires de modes tenu par Madame PERAIN restera en activité jusqu’en 2006.

C’est alors une épicerie associative, V’la Aut’Chose, qui s’y installe de 2011 à 2018.

Des nexonnais passionnés gèrent bénévolement l’épicerie et une personne salariée tient la boutique. Pour consommer, il faut être adhérent et s’acquitter d’une cotisation annuelle de 5€. 

Au numéro 9 il y avait dans les années 1930 l’épicerie CUBERTAFOND. Ensuite ce fut un salon de coiffure tenu par Mademoiselle FAUCHER devenue Madame ANGARD. C’étai une très bonne coiffeuse et le salon était réputé. C’est devenu ensuite un magasin d’électro-ménager et Télévision de M. et Mme J.C. FONCHY. Ensuite, pendant très peu de temps les Assurances AG2R s’y sont installées puis M. ROCHE a ouvert un commerce de vin et d’épicerie fine. Il est parti rue Pasteur en 2018. En 2019 le magasin n’est pas occupé.