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Flore DIEVAL, acquittée après avoir lancé de l’acide sulfurique au visage d’Antoine TRUCHASSOU, un jeune nexonnais…

Antoine TRUCHASSOU est né à Nexon le 30 avril 1869. Ses parents, Martial TRUCHASSOU (1835-1896) et Anne DESCHAMP (1840-?), sont employés chez le baron de Nexon.

Il part à Paris avant d’avoir 20 ans où il trouve un emploi de cocher. Au début de l’année 1891 il rencontre une jeune fille et vont devenir amants. Le marquis au service duquel il est, part en Bourgogne. Elle le rejoint. Constatant qu’elle est enceinte elle lui en fait part mais, devant revenir à Nexon pour se présenter une nouvelle fois devant le conseil de révision car il avait été ajourné pour faiblesses en 1890, il lui dit qu’il l’aidera mais sans parler de mariage.

Un soir il va diner chez un camarade mais elle ne le voit pas rentrer. Elle apprend qu’il est parti à Nexon. Elle va donc s’y rendre quelques semaines plus tard pour lui demander des explications. Arrivée à Nexon elle trouve facilement ou il habite. Elle y rencontre sa mère et lui annonce qu’elle est enceinte de son fils. Le soir elle prend une chambre dans un hôtel.

Le lendemain matin, 8 septembre 1891, elle retourne chez Antoine. Elle lui demande de rentrer avec elle mais il refuse. Il remarque qu’elle a une main sous ses vêtements mais, avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, elle lui lance à la figure le contenu d’une fiole d’acide sulfurique. Il est blessé au visage. Elle est arrêtée par les gendarmes et incarcérée.

La presse avait largement rendu compte de ce fait divers :

Le Courrier du Centre 12 septembre 1891

Elle sera jugée le 3 novembre par la Cour d’Assise de la Haute-Vienne, moins de 2 mois après les faits ! La justice ne connaissait pas alors les lenteurs qui sont les siennes aujourd’hui. Elle est détenue et Antoine, son ancien amant, porte encore sur le visage les traces du vitriol.

Le procès va avoir une certaine audience. les procès d’Assise attirent toujours des spectateurs, dont certains sont des habitués. La tribune des femmes est remplie, curieuse de savoir ce que les jurés vont dire. A cette époque il est de règle qu’un garçon qui a mis enceinte une jeune fille doit normalement l’épouser et au minimum prendre à sa charge les frais entrainés par la naissance d’un enfant. Pour beaucoup Antoine a commis une faute d’honneur tandis que pour d’autre la jeune Flore DIEVAL s’est fait justice elle même et a causé des blessures graves à Antoine. Tout le monde attend le verdict.

La presse va en rendre compte le 5 novembre. Je retranscris l’intégralité de l’article qu’à consacré à cette affaire le Courrier du Centre et vous découvrirez le verdict.

Le Courrier du Centre 5 novembre 1891

Beaucoup plus de monde que le matin, à la tribune des dames, principalement.

L’accusée est introduite, c’est une fort belle blonde de 18 ans. Elle est vêtue de noir. A son entrée dans la salle d’audience elle porte sur les épaules un fichu de laine blanche.

Après la constitution du jury, M. DEBAY, greffier donne lecture de l’acte d’accusation qui révèle les faits suivants : Flore-Coralie DIEVAL, âgée de dix-huit ans, domestique, née le 11 juillet 1873, à Saint-Nicolas-les-Arras, arrondissement d’Arras (Pas-de Calais), demeurant à Paris (détenue), a été renvoyée devant la cour d’assises de la Haute-Vienne.

Après un nouvel examen des pièces, expose qu’il en résulte les faits suivants : Dans les premiers mois de l’année 1891, l’accusée DIEVAL avait noué des relations intimes avec le sieur TRUCHASSOU alors cocher à Paris. Pour subvenir à leurs besoins communs, les deux amants, dénués de toutes ressources, avaient été contraints d’engager au Mont de Piété tous les objets qui pouvaient y être acceptes.

Après quelques mois de cette existence précaire, TRUCHASSOU résolut de quitter Paris et de revenir dans sa famille, à Nexon. Il mit son projet à exécution le 24 août dernier, à l’insu de sa maîtresse qui s’était toujours opposée à ce départ.

L’accusée ne tarda pas à connaître l’adresse de son amant ; une première lettre qu’elle lui adressa resta sans réponse ; A une seconde, le sieur TRUCHASSOU répondit qu’il se trouvait sans argent.

Elle prit alors la résolution de se rendre à Nexon et de se venger de l’abandon dont elle était l’objet. Elle acheta une fiole de vitriol chez un marchand de couleurs à Paris et partit le dimanche soir 6 septembre, pour Nexon. Les démarches qu’elle fit le soir même de son arrivée pour retrouver son amant demeurèrent infructueuses.

Mais le mardi matin, 8 septembre, après s’être procuré un bol dans lequel elle vida l’acide sulfurique apporté de Paris, elle se rendit chez le beau-frère de TRUCHASSOU et fut introduite dans la chambre de ce dernier. Après quelques instants de conversation au cours de laquelle TRUCHASSOU demanda à plusieurs reprises à l’accusée ce qu’elle cachait sous son fichu de dentelle, celle-ci lui en lança le contenu à la figure.

Le sieur TRUCHASSOU a été grièvement atteint à l’oreille gauche, à la figure et au cou. Les blessures ne sont pas encore guéries et entraîneront, d’après le médecin-légiste, une infirmité permanente de l’ouïe.

En conséquence, Flore-Caroline DIEVAL est accusée d’avoir : Le 8 septembre à Nexon (Haute-Vienne), volontairement fait des blessures au sieur Antoine TRUCHASSOU.

Avec ces circonstances :

1° Que lesdites blessures ont occasionné une infirmité permanente ;

2° Que lesdites blessures ont occasionné au sieur TRUCHASSOU une incapacité de travail personnel de plus de vingt jours ;

3° Qu’elles ont été faites avec préméditation.

Crime prévu et puni par les articles 309 et 310 du code pénal.

Lorsque le nom de son amant cité comme témoin est appelé par le greffer, l’accusée se met à pleurer.

Les témoins sont an nombre de six.

Interrogatoire de l’accusée

Flore DIEVAL répond d’une voix ferme et avec beaucoup de modération aux questions qui lui sont posées par M. le Président. Elle indique de quelle façon elle a fait la connaissance de TRUCHASSOU son séducteur et sa victime, alors cocher chez le vicomte de X… Ce jeune homme, elle l’aima et devint sa maîtresse.

« C’est la passion qui m’a poussée, dit l’accusée, je n’avais pas besoin d’argent car j’étais placée chez un marchand de volaille. Pourtant, cette place, je l’ai perdue pour aller le rejoindre en Bourgogne, où l’avait appelé ses fonctions de cocher auprès de son maître.

« Lorsque je me suis vue enceinte.je lui ai fait part de ma grossesse, il m’a promis de m’épouser s’il n’était pas soldat : à ce moment il allait passer le conseil de révision, et, en tout cas, il m’a assuré qu’il m’aiderait à élever notre enfant.

» Un beau jour, il m’annonça qu’il allait dîner chez des amis, et depuis ne revint plus. Il s’était rendu à Nexon dans sa famille.

« Vous n’avez pas été très ennuyée de ce départ, dit M. le président, et ce qui le prouve, c’est la lettre que vous lui écriviez quelque temps après, au mois d’août, lui disant que vous aviez reçu quelque argent de chez vous et que vous aviez l’intention de retirer du Mont-de-Piété certains objets qu’il avait engagés dans les derniers temps de votre liaison.

» Enfin, le 6 du mois de septembre, vous vous rendiez à Nexon, et, en route, vous rencontrez un sieur CHATARD à qui vous confiez votre intention de réclamer à TRUCHASSOU une certaine somme d’argent qu’il vous devait. »

« Ceci est faux, interrompt l’accusée, je ne pouvais lui réclamer de l’argent que je ne lui avais jamais prêté. »

Arrivée à Nexon, vous vous êtes rendu avec votre compagnon de voyage, auquel vous aviez offert à boire pendant le voyage chez Truchassou. Vous n’avez trouvé que sa mère ?

C’est exact, dit l’accusée, lui était à Pompadour. J’ai trouvé sa mère et lui ai dit que j’étais enceinte des œuvres de son fils, puis je me suis retirée et suit allée coucher à l’hôtel, CHATARD était parti aussitôt après ma visite à TRUCHASSOU.

Le lendemain, continue M. le président, après avoir déjeuné vous avez caché sous votre tablier une fiole d’acide sulfurique et vous vous êtes rendue chez TRUCHASSOU ?

Parfaitement, répond Flora DIEVAL, je l’ai trouvé et lui ai demandé de revenir avec moi. Il a refusé, et m’a fait des reproches parce que j’étais venue me faire voir à Nexon. Je lui ai alors demandé de m’accompagner à la gare. Il n’a n’as voulu et voyant que j’avais une main immobile sous mes vêtements, il m’a dit : « Je regrette ce que j’ai fait, mais il est trop tard. »

Ainsi se termine l’interrogatoire de l’accusée.

Audition des témoins

— M. le docteur ESCORNE, médecin à Saint Yrieix, a constaté que tout le front, l’oreille gauche et le cou de Truchassou étaient brûlés. Les yeux n’avaient pas été atteints, le nez et les paupières l’étaient à peine.

Des constatations de l’honorable docteur, il résulte que l’œil est absolument perdue du côté gauche. Quant à la déformation du visage, elle ne sera pas très visible.

— L’entrée d’Antoine TRUCHASSOU produit une certaine sensation dans l’auditoire. Il n’est pas encore rétabli des brûlures produites par l’acide sulfurique et porte sur le front un bandeau qui lui fait le tour de la tête. Il raconte comment il a fait la connaissance de l’accusée, qu’il savait avoir été la maîtresse d’un autre.

Il n’a jamais été question de mariage entre nous, dit le témoin ; je tenais beaucoup à elle, mais quand il m’a fallu quitter Paris, où je me trouvais sans place, ayant dépensé avec elle la somme que m’avait envoyé mon beau-frère, je lui ai dit que j’allais dîner chez un ami, et je suis parti pour Nexon.

Elle est venue me rejoindre et m’a envoyé à la figure un bol d’acide sulfurique. J’ai été étonné, mais la preuve que je ne lui en voulais pas, c’est que j’aurais tout donné pour qu’elle ne fût pas poursuivie.

— Antoine LAVERGNE, palefrenier à Nexon, est le beau-frère de TRUCHASSOU. Il a été témoin de la discussion qui a éclaté entre TRUCHASSOU et Flore DIEVAL, mais, n’a pas assisté à la scène du vitriol.

— Marie LAMONERIE, 14 ans, servante chez le précédent témoin, a reçu le matin de son arrivée Flore DIEVAL qui lui a demandé si TRUCHASSOU était à la maison. Elle répondit que non. Le lendemain, Flore revint ; le témoin entendit des cris et sur la demande de TRUCHASSOU qui se roulait sur son lit, alla chercher le médecin.

— Alfred MERAUX, 34 ans, maréchal-ferrant à Nexon, où il exerce également la profession d’aubergiste, a vu le soir du 7 septembre Flore DIEVAL qui lui demanda s’il n’existait pas à Nexon une famille TRUCHASSOU.

« TRUCHASSOU, a-t-elle dit au témoin, m’a enlevé 150 fr. et je vais les lui réclamer. »

— Louise FOUGERE, femme COUVIDOU, aubergiste à Nexon, a vu également l’accusée, elle lui a tenu le même propos qu’au précédent témoin. C’est chez elle que Flore DIEVAL a pris le vase où elle avait mis l’acide sulfurique.

L’audition des témoins est terminée.

Une suspension d’audience d’un quart d’heure a lieu.

Réquisitoire

M. GIACOBBI, avocat général, commence à 4 heures son réquisitoire. Il met en parallèle le caractère emporté de l’accusée et la placidité de TRUCHASSOU. Flore DIEVAL n’en était pas à son premier amant, elle en a eu un autre avant le témoin qui vient de déposer contre elle. Elle n’est donc pas si naïve qu’elle veut le paraître, ni si intéressante qu’elle désirerait le faire croire.

Elle a agi comme beaucoup de jeunes filles malheureusement agissent ; elle s’est donnée de son plein gré et sans condition, puis, poussée par son caractère, elle a voulu faire du bruit autour d’elle lorsque son amant, ne pouvant plus vivre à Paris où il était sans ressources, se retira à Nexon dans sa famille.

Arrivé à la scène où Flore DIEVAL a lancé l’acide sulfurique à la figure de son amant, l’honorable organe du ministère public insiste sur la gravité des blessures produites par le liquide corrosif.

M. GIACOBBI termine son réquisitoire en demandant qu’une peine soit prononcée contre l’accusée.

Plaidoirie

Me OGER du ROCHER commence à quatre heures et demie une plaidoirie émue, prenant à parti TRUCHASSOU auquel il reproche sa conduite à l’égard de Flore DIEVAL par laquelle, dit-il, il s’est fait nourrir. « Il a toléré, ajoute l’honorable avocat, que sa maîtresse vende jusqu’à son dernier meuble, et quand il a vu qu’il était sans ressource, il a simplement abandonné la malheureuse ne voulant pas partager sa misère. »

« Il ne tenait pas à ce que Flore DIEVAL fut traduite devant les assises et cela se comprend, lui-même devait y comparaître, et il savait fort bien que sa position était délicate ».

Me OGER du ROCHER discute ensuite la gravité des blessures occasionnées par l’acide sulfurique et termine sa plaidoirie en faisant appela la pitié du jury pour sa cliente.

« Pitié, Messieurs les jurés, dit-il, pitié, pardon pour elle. Pitié pour ses souffrances, pardon pour ses erreurs. Donnez-lui cette joie suprême qu’elle vous demande : la possibilité de se faire honorer de ce petit enfant qui déjà vit en elle et qui reste aujourd’hui avec de vieux parents le seul être que Flore puisse aimer. »

Répliques

M. GIACOBBI ajoute quelques mots à son réquisitoire et insiste sur le fait que TRUCHASSOU, ainsi que le fit entendre la défense, n’a pas vécu aux dépens de sa maîtresse. Il gagnait de l’argent lui aussi et il est prouvé qu’il engagea sa montre et sa chaîne au Mont-de-Piété. S’il est parti pour Nexon sans prévenir Flore, c’est parce qu’il savait fort bien qu’elle ne le laisserait pas s’éloigner.

M. GIACOBBI termine en insistant sur l’application d’une peine proportionnée au crime commis par l’accusée.

Me OGER du ROCHER prend la parole le dernier. Il fait valoir une fois de plus les arguments de sa défense, et laisse le jury sous une bonne impression.

Le verdict

A 5 heures 1/4, le jury se retire pour délibérer, et rapporte, un quart d’heure après un verdict négatif aux questions qui lui sont posées.

Des applaudissements éclatent dans la salle que M. le président menace de faire évacuer.

En conséquence, la cour acquitte Flore DIEVAL, et ordonne qu’elle soit mise en liberté si elle n’est retenue pour une autre cause.

L’audience est levée à six heures moins le quart.

Ainsi donc celle qui était détenue se retrouve libre. Les jurés ont été sensibles au fait qu’Antoine n’assumait pas sa future paternité.

Qu’est devenue Flore et son enfant je l’ignore. par contre Antoine TRUCHASSOU a été réformé du fait de sa surdité à l’oreille gauche occasionnée par le vitriol moins de 15 jours après le jugement.

Son handicap ne l’a pas empêché de se marier. Le 28 octobre 1898, à Nexon, il a épousé Marie COUVIDOU (1873-1957).

De ce mariage naitront deux enfants, un garçon, Robert TRUCHASSOU (1899-1957) et Suzanne TRUCHASSOU (1900-1960).

Robert et Suzanne en 1911 au mariage d’Edmond Quinque dont la mère était une Couvidou

Antoine TRUCHASSOU meurt très jeune, il a 33 ans, le 25 octobre 1902. Il était reparti dans la banlieue parisienne, à Vincennes ou après avoir repris son métier de cocher il était devenu épicier. Son fils Robert est resté dans la banlieue parisienne ou il était cafetier. Il ne s’est pas marié. Sa fille Suzanne est également restée dans la banlieue parisienne et elle non plus ne s’est pas mariée. Quant à sa femme elle s’est remariée en 1807 avec Galmier GARAT dont elle a eu un fils. Mais il faut croire qu’il y a une malédiction puisque son mari est, lui aussi, mort jeune, à 34 ans, le 20 aout 1914.

Le plébiscite de Louis Napoléon du 20 décembre 1851- Les résultats à Nexon et les conséquences : fermeture de cabarets

A la fin du 1er Empire tous les membres de la famille de Napoléon BONAPARTE furent bannis du territoire français et durent s’exiler (loi du 12 janvier 1816). Louis-Napoléon BONAPARTE part en Suisse avec sa mère Hortense de BEAUHARNAIS, séparée de son mari, Louis BONAPARTE, frère de NAPOLEON 1er.

Louis NAPOLEON est vite tenté par la politique et participe à de nombreuses tentatives de soulèvement contre la monarchie française. Lors de sa tentative d’août 1840 il est fait prisonnier et enfermé au fort de Ham dans la Somme ou il restera 6 ans. Il s’en évade le 25 mai 1846 et s’établit à Londres.

Lors de Révolution de 1848 il se présente aux élections de l’Assemblée Constituante le 4 juin 1948. Il est élu mais renonce à son mandat. Il se présente aux élections législatives des 17 et 18 septembre 1848. Il est élu et rentre en France et se présente à l’élection présidentielle des 10 et 11 octobre 1848. Il est élu président de la République avec 74,2% des voix. Il est le premier président de la République française. À 40 ans et huit mois, il demeure le plus jeune président de l’histoire de France jusqu’à l’élection d’Emmanuel MACRON en 2017, âgé de 39 ans et quatre mois.

Les électeurs de la Haute-Vienne ont voté à 89,2% pour Louis NAPOLEON et à Nexon 95,8% des électeurs lui ont accordé leurs suffrages. Il a bénéficié de l’adhésion massive des agriculteurs, d’une opposition hétérogène et de la légende impériale

Louis NAPOLEON est élu pour 4 ans et il est non rééligible. Mais très vite il va entrer en opposition avec l’Assemblée dont une partie lui est hostile. Aussi le 2 décembre 1851, date choisie pour le symbole qu’elle représente, anniversaire du sacre de son oncle NAPOLEON 1er et également de la victoire d’Austerlitz en 1805, il décide d’un coup d’Etat. Il fait occuper les imprimeries, arrêter des parlementaires et proclame sa légitimité due a son élection a une forte majorité. Les réactions sont faibles.

Il rétabli le suffrage universel et convoque les électeurs les 20 et 21 décembre pour un plébiscite.

Plébiscite du 20 décembre 1851
 « Le Peuple français veut le maintien de l’autorité de Louis Napoléon Bonaparte, et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour établir une constitution sur les bases proposées dans sa proclamation du 2 décembre 1851. »

Les résultats sont encore plus favorables que ceux du 12 décembre 1848 puisque pratiquement tous les votants, 524, sauf 2 ont voté OUI:


Il faut pour avoir une idée précise de l’adhésion au principe de ce plébiscite mesurer le taux de participation au vote. 524 électeurs se sont déplacé sur 669 inscrits soit 78,8% .

Les résultats de la Haute-Vienne montrent un plus fort taux d’abstention, 26,9%, qu’à Nexon et quelques votes non, 8,1%.

Le Courrier de Limoges, s’enthousiasme de ces résultats :

Conséquence de l’élection : l’ordre promis entraîne un contrôle des cafés, cabarets …

Le coup d’Etat a donné à Louis NAPOLEON les pouvoirs qu’il demandait et sans perdre de temps il va mettre en application les promesses d’un retour à l’ordre. S’appuyant sur le décret du 29 décembre 1852, le préfet de la Haute-Vienne, considérant que certains cabarets ont une activité contraire aux intérêts moraux des familles de les fermer temporairement. Dans son arrêté du 12 fevrier 1852 le préfet vise 13 établissements de l’arrondissement de Saint Yrieix dont 5 à Nexon.

Le recensement le plus proche est celui de 1841. Je ne trouve aucun nom de cafetier, aubergiste ou cabaretier correspondant à ceux visés par l’arrêté. Il y avait au recensement de 1841, un cafetier, Gabriel GIZARDIN.

L’arrêté du 12 février précise que les établissements fermés le sont jusqu’à nouvel ordre. Un mois plus tard un nouvel arrêté, publié le 19 mars 1852, ferme définitivement un certain nombre des établissements qui étaient touchés par l’arrêté précèdent. Sur les 5 de Nexon 2 échappent à la fermeture définitive : celui de la Veuve RICHJARD et celui de Jacques VERGNON.

Le coup d’État ayant été ratifié par le plébiscite du 20 décembre 1851, Louis NAPOLEON fait préparer un texte pour remplacer la Constitution de 1848. Ce texte, adopté le 14 janvier 1852, est présenté au Sénat. Certains sénateurs y introduisent la notion d’Empire. Le plébiscite qui doit approuver la transformation de la République en Empire est organisé les 20 et 21 novembre 1852. Il est formulé ainsi :

« Le Peuple français veut le rétablissement de la dignité impériale dans la personne de Louis-Napoléon Bonaparte, avec hérédité dans sa descendance directe, légitime ou adoptive, et lui donne le droit de régler l’ordre de succession au trône dans la famille Bonaparte, ainsi qu’il est prévu par le sénatus-consulte du 7 novembre 1852. »

Les résultats sont encore plus favorables à Louis NAPOLEON :

Le taux d’abstention n’est plus que de 18,4% et le oui l’emporte à 81,3% des inscrits.

Ce plébiscite donne une majorité écrasante en faveur du rétablissement de l’Empire : 7 824 189 voix « pour », et 253 145 voix « contre », avec un taux de participation de 80%.

Le 2 décembre 1852 Louis NAPOLEON proclame le second Empire et devient NAPOLEON III.

Voir le chapitre consacré à l’Empire dans ce blog : https://etsinexonmetaitconte.fr/lhistoire-de-nexon-vue-a-travers-les-deliberations-du-conseil-municipal-xiii-le-second-empire-1852-1870/

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Les prénoms donnés aux enfants à Nexon en 1892 et en 2020 : de la conformité à l’originalité.

En 2018, Jérôme Fourquet publie « L’Archipel français » , dans lequel il constate ce qu’il appelle une «archipelisation» de la France. Aux clivages binaires qui l’ont structurée pendant des siècles, ruraux/urbains, monarchistes/républicains, droite/gauche… se substituent un émiettement des groupes et une individualisation croissante. Il prend, entre autres, l’exemple des prénoms et montre la disparition progressive des prénoms judéo-chrétiens et leur remplacements par des prénoms anglo-saxons et arabo-musulmans.

J’ai cherché à vérifier son constat sur les prénoms donnés aux enfants nés à Nexon en 1892 et 2020. Si la quasi disparition des prénoms d’origine judéo-chrétienne et leur remplacement par des prénoms anglo-saxons est vérifiée on ne trouve pratiquement pas de prénoms d’origine arabo-musulmane.

Au constat de l’évolution dans le choix des prénoms s’ajoute celui du nombre annuel des naissances. De 1884 à 1914 le nombre annuel des naissances baisse régulièrement. Il passe de 86 en moyenne pour la période 1884 -1900, on tombe à 69 entre 1901 et 1913. Et depuis la fin du baby-boom, à la fin des années 1970, le nombre de naissance annuel est tombé à moins de 30 avec 26 naissances en 2019 et 25 en 2020.

Signalons un autre phénomène, sans effet apparent sur le choix des prénoms, mais qui permet de comprendre la prolifération des prénoms sans lien avec les traditions familiales. Jusqu’au début des années 1950 la presque totalité des naissances s’effectuait au domicile des parents. A la fin de cette décennie plus de la moitié des mamans accouchaient dans une maternité, soit à Limoges soit à Saint Yrieix. Ainsi en 1961 sur 27 naissances, 16 ont eu lieu en maternité et 11 au domicile. Lorsque la déclaration de l’enfant à l’Etat Civil s’effectuait à la mairie du domicile familial on peut penser que les grands parents ont pu parler avec les jeunes parents et suggérer que le prénoms d’un anciens soit donné, souvent celui du parrain pour les garçons et celui de la marraine pour les filles. Ce n’était pas toujours le premier prénom mais le deuxième ou le troisième quand il y en avait plus de deux. A la maternité, l’éloignement des grands parents ne fait plus peser le poids de ces traditions sur les épaules des jeunes parents. Ce poids familial était encore plus lourd lorsque la jeune maman venait passer les derniers jours de sa grossesse au domicile de sa mère, l’officier de l’Etat Civil précisant le domicile réel des parents et ajoutait  » la mère étant chez ses parents ou elle a fait ses couches ».

Les prénoms des enfants nés à Nexon en 1892.

80 enfants sont nés à Nexon en 1892. Quatre d’entre-eux étaient des enfants naturels qui ont été reconnus par leur mère en moyenne huit jours après leur naissance, c’est à dire dès que la mère a pu se rendre à la mairie pour accomplir cet acte.

Sur ces 80 naissance on comptait 47 garçons et 33 filles. Ces chiffres sont conformes aux constats des démographes qui dénombrent plus de naissances de garçons que de filles.

Pour les 47 garçons, 17 prénoms ont été utilisés. Dans ce calcul nous avons compté ensemble tous les « Jean » dans la mesure ou il n’est pas facile de vérifier sur le document d’Etat-Civil s’il y a un trait d’union entre « Jean » et le prénom suivant. Pour mon cas personnel mon prénom habituel est « Jean-François » mais pour mes papiers, l’officier d’Etat-Civil m’a fait remarquer qu’il n’y avait pas de tiret entre Jean et François et de ce fait sur ma carte d’identité je m’appelle Jean, François…

En prenant en compte ce mode de calcul 12 garçons s’appellent Jean , soit un quart (25,5%) de ce groupe. On trouve ensuite 6 Léon, 4 François, Léonard et Pierre … de sorte qu’avec 5 prénoms on été nommés près des deux tiers des garçons, (63,8%) et 83% avec 8 prénoms.

Le constat est encore plus marqué pour les filles. En appliquant pour Marie la même règle que celle utilisée pour Jean nous constatons que sur les 33 filles nées en 1892, 17 se prénomment Marie, soit un peu plus que la moitié d’entre elles. 5 prénoms ont suffit pour nommer les trois quarts des filles.

Les prénoms des enfants nés à Nexon en 2020

Il est sans doute abusif de parler des enfants nés à Nexon puisqu’aujourd’hui la presque totalité des enfants naissent dans une maternité. Ils sont de ce fait déclarés à l’Etat civil du lieu ou se trouve la maternité mais celle-ci transmet l’information à la mairie où sont domiciliés les parents.

Ainsi en 2020, 25 enfants sont nés de parents habitant à Nexon. Il y avait 14 filles (56 %) et 11 garçons (44%). Cette proportion ne correspond pas aux chiffres nationaux pour lesquels on constate qu’il nait en moyenne 104,5 garçons pour 100 filles. On retrouve ce ratio « naturel » dans la plupart des pays du monde.

En 2019, à Nexon l’écart entre le nombre de garçons et celui des filles à la naissance était encore plus grand. En effet il était né 26 enfants dont 16 filles (61,5 %) et 10 garçons (38,5%).

A la différence de ce que l’on constatait dans la France du 18ème et du début du 20ème siècle presque tous les enfants portent un prénom différent. En 2020 seuls deux garçons ont le même prénom, Antoine. En 2019 les 26 enfants ont un prénom différent.

Les prénoms donnés à Nexon sont-ils différents de ceux que les Français ont choisi pour leurs enfants en 2020 ?

Le classement des prénoms les plus donnés en France en 2020 publié par l’INSEE permet de constater que Nexon ne suit pas les tendances nationales. Est-ce du à des caractéristiques socio-économiques, à l’âge des parents ?

Quelles qu’en soient les raisons on constate qu’aucun des 11 jeunes garçons de Nexon porte l’un des 10 prénoms les plus donnés en 2020 et que seules 2 filles ont un prénom qui figure dans cette liste : Lina et Chloé.

Cette individualisation des prénoms rendra la tache plus facile pour les généalogistes dans les années futures. Ils ne trébucherons pas comme c’est le cas aujourd’hui quand on trouve dans une famille que le grand-père, le père et le fils se nomment tous Pierre, Jean ou François. On comprend pourquoi jusqu’au milieu du 20 ème siècle il y avait autant de surnom.

Pour aller plus loin:

« Léonard, Marie, Jean et les autres : les prénoms en Limousin depuis un millénaire » Louis Perouas, Bernadette Barriere, Jean Boutier, Jean-Claude Peyronnet, Jean Tricard et le groupe Rencontre des historiens du Limousin. Paris : Editions du Centre national de la recherche scientifique, 1984. In-8°, 229 pages

La place de l’église, entrée Est, l’immeuble BLANCHARD-LACHENAUD.

L’entrée « Est » de la place de l’église s’effectue par la rue Victor Hugo que l’on appelait autrefois « route de la plaine ».

Du coté pair la numérotation des immeubles de la rue Victor Hugo commence à la limite de la place Fratellini et se poursuit avec le numéro 16 au delà de la place de l’église. Du coté impair la numérotation commence à la sortie de la place de l’église et le n°1 est donné à une partie de l’ancienne propriété BLANCHARD LACHENAUD.

Une seule entrée dessert la propriété

Mais jusqu’en 1945 cet immeuble était recensé avec ceux de la place de l’église. En 1891 l’immeuble est la propriété de Joseph FAURE (-1899) qui est banquier. Il vit avec sa sœur Aline et son gendre Gabriel BLANCHARD, avoué à la cour d’Appel de Limoges qui a épousé Alice FAURE le 11 septembre 1883 à Nexon. Ils ont une fille, Madeleine, née le 17 juillet 1884. Trois domestiques sont logés dont une cuisinière et une servante.

Recensement de 1891 – A.D.H.V.

On constate qu’en 1891 les FAURE et les BLANCHARD constituent un seul ménage. Ce ne sera plus le cas en 1896.

Recensement de 1896 A.D.H.V.

Gabriel BLANCHARD qui n’a que 42 ans est rentier. Il vit avec son épouse et sa fille et ils n’ont pas de domestique logé. Son beau-père, Joseph FAURE vit avec sa sœur et ils ont deux domestiques.

Joseph FAURE décède le 13 mai 1899, il ne reste que sa sœur Aline qui est célibataire. Quelques mois plus tard, le 24 février 1900, c’est sa fille Alix qui décède à 41 ans. Gabriel BLANCHARD se retrouve veuf. Au moment du recensement de 1901 il vit avec sa mère, sa fille, sa tante et trois domestiques.

Recensement de 1901 – A.D.H.V.

En 1903, Gabriel BLANCHARD marie sa fille Madeleine âgée de 19 ans à Léonard LACHENAUD, rentier qui a 31 ans.

Une fois marié L. LACHENAUD vient habiter à Nexon chez son beau-père. Au recensement de 1906 la famille Blanchard qui s’est enrichie du gendre a toujours 3 domestiques à son service, mais ce ne sont plus les mêmes. Certaines familles changent fréquemment de personnel de maison tandis que d’autres s’attachent les services de domestiques pour une longue durée.

Recensement de 1906 – A.D.H.V.

Le 21 novembre 1909 Gabriel BLANCHARD décède à 55 ans. Georges LACHENAUD devient le chef de famille. En 1911 il y a 4 domestiques au service de la famille.

Georges LACHENAUD a été exempté de service militaire pour raison de santé, exemption qui a été renouvelée en 1914 afin qu’il ne soit pas mobilisé pour la guerre. Mais sa santé se dégrade et il décède le 4 avril 1915 à 41 ans. Madeleine LACHENAUD est maintenant cheffe de la famille.

En 1921, pour le recensement, elle sont 3 femmes, Madeleine LACHENAUD, sa grand-mère qui a 93 ans et sa tante. Ils ont maintenant 5 domestiques dont le couple BONNAUD qui en 1914 a donné naissance à une petite fille, Marie Madeleine. En 1934 elle épousera le coiffeur Georges André qui habitait la maison voisine.

Recensement de 1921 -A.D.H.V.

Le 27 mai 1924, la grand-mère BLANCHAD, née LONGEAU-LAUBANIE décède à 96 ans. Au recensement de 1926 Madeleine LACHENAUD n’a plus que sa vieille tante de 82 ans pour lui tenir compagnie. C’est sans doute pour s’occuper de sa tante qu’elle emploie à demeure une infirmière et 5 domestique parmi lesquels la famille BONAUD est toujours présente.

Recensement de 1926 – A.D.H.H.

Madeleine LACHENAUD décède le 18 janvier 1928 à 44 ans. Sa tante Aline FAURE se retrouve seule. En 1931 elle a conservé la famille BONNAUD à son service.

Recensement de 1931 – A.D.H.V.

Les familles BLANCHARD et LACHENAUD disparaissent du paysage nexonnais. Elles ont été frappées par de nombreux décès de personnes jeunes. La maison a tour poivrière va changer de mains.

Les TREZEL vont pendant quelques temps leur succéder. Ils vont rester une trentaine d’années à Nexon mais ils ne fréquenterons pas trop les nexonnais. Pierre Léon TREZEL (1883-1956) après avoir commencé une carrière d’avocat à la Cour d’appel de Paris intégra la Cour des Comptes où il termina sa brillante carrière comme conseiller référendaire. Il est mort à Nexon le 18 octobre 1956. Son fils Roger TREZEL (1918-1986) fut un brillant bridgeur, membre de l’équipe de France qui sous le capitanat du baron Maurice de Nexon remportât plusieurs titres mondiaux ( voir l’article sur Robert de Nexon ) mais il ne vint pas souvent à Nexon.

Pendant les années 1945-1970 elle abrita les cabinets de plusieurs médecins dont les noms resonnent encore aux oreilles de plus anciens nexonnais : les docteurs CARRERE, VARNOUX et LEYCURAS.

Les médecins louaient la partie gauche de la propriété et la famille TREZEL vivait dans la partie droite, aujourd’hui n° 3 rue Victor Hugo. En entrant par la rue Victor Hugo la salle d’attente était à droite et le cabinet médical à gauche. Le docteur LEYCURAS est arrivé à Nexon en 1956, il est resté rue Victor Hugo jusqu’au début de l’année 1970 au cours de laquelle il s’est installé dans la maison qu’il avait fait construire rue du 11 novembre. Il a cessé son activité le 30 juin 1990. Son fils Dominique se souvient de madame TREZEL, une femme âgée qui sortait peu lorsqu’elle venait séjourner à Nexon. Il n’a pas le souvenir d’avoir vu Roger TREZEL à Nexon.

La propriété des BLANCHARD-LACHENAUD a été découpée et aujourd’hui la partie gauche au n° 1, appartient à M. et Mme MITTEAU et la partie droite, au n° 3 à M. et Mme FERNANDES LOPES.

La place de l’église, entrée Ouest, la maison « Boutaud-Lacombe ».

Jusqu’au début des années 1950 la place de l’église, pour beaucoup de nexonnais, commençait à l’angle de la rue d’Arsonval. L’immeuble qui aujourd’hui porte le numéro 1 de cette rue était considéré comme situé place de l’église. Il faut dire que le débouché de la rue d’Arsonval sur la rue Victor Hugo ne figure pas sur le plan cadastral rénové de 1956. Sur ce plan la place de l’église est tracée comme elle l’était sur le plan napoléonien de 1817. Les rénovations portent principalement sur la construction de la gare et des vois ferrées.

En jaune , la rue d’Arsonval

Partons donc de l’immeuble qui fait l’angle de la rue d’Arsonval et de la rue Victor Hugo et qui porte le numéro 1 de la rue d’Arsonval. Cet immeuble est connu de tous car c’est un bel immeuble, imposant. Le parc à l’arrière n’a sans doute le même lustre qu’il avait lors de la construction de l’immeuble. Le garage en brique en son milieu le lui a fait perdre.

Lors du recensement de 1886 l’immeuble, recensé place de l’église, est occupé par la famille de M. Louis BOUTAUD-LACOMBE notaire.

Recensement de 1886 – ADHV

Louis BOUTAUD-LACOMBE est né le 9 juillet 1837 à Bourganeuf (Creuse) d’une famille de propriétaires terriens. Il s’est marié le 19 janvier 1864 (mardi) à Nexon avec Léonide-Eudoxie CUBERTAFON (1843-1929), fille d’Arnoul CUBERTAFON (1797-1871) notaire et maire de Nexon de 1830 à 1848. Après son mariage Louis BOUTAUD-LACOMBE va succéder à son beau-père comme notaire.

Au moment du recensement leurs deux enfants, Albert, né en 1864, et Marthe, née en 1867, vivent au domicile de leurs parents. Une servante vit avec eux.

La famille CUBERTAFON habite dans l’immeuble voisin qui, alors, est référencé rue Neuve :

Recensement de 1886 – ADHV

D’un style différent, moins massif, avec des lucarnes ouvragées, il bénéficie d’un vaste parc donnant sur la place de la république.

La maison « CUBERTAFON » avec ses lucarnes ouvragées

Les deux immeubles sont reliés par un garage qui aurait été construit après l’alliance entre les deux familles consécutifs au mariage de leurs enfants.

Au recensement de 1891, Marthe BOUTAUD-LACOMBE ne vit plus avec ses parents. Elle a épousé le 4 juin 1889, Jean Baptiste SAZERAT, négociant à Limoges. Albert, son grand frère est clerc dans l’étude de son père dont il prendra bientôt la suite. Avec eux vit un jeune couple de domestiques.

Recensement de 1891 – ADHV

En 1896, la maison BOUTAUD n’est plus recensée place de l’église mais rue Neuve. Louis BOUTAUD-LACOMBE a cédé son office de notaire à son fils Albert. Ce dernier a épousé en 1892 Marthe BARBE, la fille d’un propriétaire foncier dont le grand-père était notaire à Châteauneuf. Le couple n’aura pas d’enfants et Marthe décèdera à 41 ans, le 1er novembre 1914. La famille emploie un couple de domestiques qui a un jeune enfant.

Recensement de 1896 – ADHV

En 1901 la composition de la famille n’a pas changé et elle a gardé le même couple de domestiques dont le fils a maintenant 14 ans. Et en 1906 le fils des domestiques qui a maintenant 19 ans ne vit plus avec ses parents.

En 1908, le 7 mars, Louis BOUTAUD-LACOMBE décède. Il a 70 ans.

Au recensement de 1911 la famille est réduite à 3 personnes mais elle conserve toujours le couple de domestiques à son service.

Recensement de 1911 – ADHV

Le 2 novembre 1914 Marthe BARBE, épouse d’Albert BOUTAUD-LACOMBE décède à Limoges. Comme famille, Albert n’a plus que sa mère. Il n’a pas eu d’enfant, sans doute pour combler ce vide, il va se lancer dans la gestion des affaires communales. Il est élu maire en novembre 1919 et il le restera jusqu’en 1942.

Au recensement de 1921, Albert BOUTAUD-LACOMBE vit avec sa mère âgée de 75 ans et leur fidèle couple de domestiques. C’est la même situation en 1926. Notons pour ce recensement de 1926 un changement pour la maison voisine qui n’est plus occupée par les CUBERTAFON mais par le Docteur JUMEAUX-LAFONT. Originaire de Tulle il s’est marié à Limoges en 1922 et il est venu ensuite s’installer à Nexon ou leur fille Monique est née en 1926.

Recensement de 1921 – ADHV

Mme BOUTAUD-LACOMBE mère décède le 29 mars 1929 et c’est son fils qui, en temps que maire, signe l’acte de décès :

A partir du décès de sa mère, Albert BOUTAUD-LACOMBE va rester seul dans sa vaste maison. Il va changer de domestiques lorsque les DESBORDES qui sont de la même génération que lui vont dépasser les 60 ans et au recensement de 1936 il a comme domestiques le couple MAZEAU et leur fils âgé de 9 ans.

Recensement de 1936 – ADHV

M. BOUTAUD-LACOMBE sera réélu maire en 1935 et nommé pour un 4ème mandat en 1941 jusqu’à ce qu’il soit révoqué en 1943. Il décède le 7 mars 1960 âgé de 95 ans. Il sera resté veuf pendant 46 ans, maire de Nexon pendant 23 ans.

La maison va être ensuite vendue à M. PASQUET qui y installe son magasin à l’enseigne « TELE RADIO ».

Magasin « TELE RADIO »

Puis, à partir du 1er juillet 1981, Patrice LISSANDRE ouvre son magasin Photo-Ciné au nom de « Studio Luc ».

L’immeuble est ensuite acheté par M et Mme MANHES. Il n’y a plus de commerce au rez de chaussé mais des appartements. Après le décès brutal d’Alain MANHES en septembre 2012 par alors qu’il n’avait que 66 ans, l’immeuble sera mis en vente et racheté par M et Mme BONNAUD et loué en appartements.

La place de l’église, côté Sud, n° 9 et 10.

Sur le plan d’alignement de 1901 l’immeuble situé au n° 9 actuel est appelé « maison GUYOT ».

Jean GUYOT figure dans le registre du recensement de 1886 avec son épouse Marie BARBARY et 3 de ses 8 enfants. L’un d’eux, Jules, est cordonnier. Il a 19 ans en 1886 et c’est lui qui va rester le plus longtemps dans cette maison.

Recensement de 1886

Jean GUYOT décède le 3 avril 1890 âgé de 70 ans. Il est déclaré propriétaire-cultivateur. Son épouse va continuer à habiter la maison avec son fils Jules. Il n’y a pas encore de GUYOT boucher et lorsque son petit-fils, Jean Baptiste GUYOT (1890-1972) choisira de ce métier comme le fera son fils Albert GUYOT (1921-2000) les gens pour les distinguer des autres familles GUYOT bouchers préciseront GUYOT-BABARY et parfois simplement BARBARY. J’ai souvent entendu les gens parler ainsi.

Le 26 mars 1905, Marie VILLOUTREIX, l’épouse de Jean GUYOT décède. L’acte de décès précise que son mari est cordonnier et qu’ils habitent place de l’église.

Décès de Marie VILLOUTREIX. Archives départementales de la Haute-Vienne

En 1906 Marie BARBARY est toujours présente. Elle a 73 ans. On notera que les épouses sont alors appelées par leur nom de naissance, pratique qui varie selon les époques. On notera également que souvent les prénoms changent selon les documents. En effet dans les familles il était habituel de donner les prénoms des parents et des grands parents pour les honorer. Ainsi Jean GUYOT né en 1779 a eu un fils qu’il a nommé Jean, né en 1820 lequel a donné ce prénom a deux de ses fils, Jean né le 28 mars 1860 et Jean né le 28 avril 1866. Tous les deux ont eu une épouse dont le prénom était Marie… Ceci conduit parfois à des erreurs que l’on rencontre sur les sites généalogiques!

Recensement de 1906

En 1907, le 14 mai, Jean GUYOT épouse Marie DUFOUR. Lors du recensement de 19011, contrairement à ma remarque précédente, Marie DUFOUR est nommée Marie GUYOT comme sa belle mère. Il faut faire attention à la date de naissance pour ne pas se tromper. Jean GUYOT est appelé Jules-Jean.

Recensement de 1911

De son premier mariage, Jean GUYOT a eu 2 enfants, Jean Baptiste né le 21 septembre 1898 et Hélène née le 24 décembre 1901. Ils sont tous les deux écoliers au moment du recensement en 1911.

Après la guerre de 1914-1918, le recensement de 1921 montre que Jules GUYOT est toujours présent avec sa fille Hélène âgée de 19 ans mais son épouse ne figure plus sur le registre. D’autres personnes résident dans la maison dont la famille DEBORD dont le père est tailleur.

Recensement de 1921

En 1925 il y a toujours Jules GUYOT et sa fille Hélène et la famille DEBORD qui s’est agrandie puisqu’il y a maintenant 5 enfants avec les parents.

Recensement de 1926

En 1931 Jules GUYOT est toujours cordonnier et sa fille habite encore avec lui. Les DEBORD ne sont plus là et l’appartement qu’ils occupaient a été loué à Denise PAROT et ses deux enfants.

Recensement de 1931

En 1936 les GUYOT sont toujours présent. Il n’y pas d’autre famille dans l’immeuble.

Il y eu ensuite l’antenne nexonnaise de la régie d’électricité devenue EDF par la loi de nationalisation du 8 avril 1946. Puis M. et Mme. DELIAT y sont venu. Marie Jeanne DELIAT, née COUVIDOU (1920-2010), y tenait un atelier de couture. Ma mère y faisait faire ses manteaux et ses tailleurs et nous l’accompagnions souvent lorsqu’elle allait choisir les modèles et procéder aux essayages. M. Louis DELIAT (1918-1992) était coiffeur à la gare. Il était également apiculteur amateur et élevait des poules qui lui ont donné des œufs sortant de l’ordinaire :

Les œufs « géants » de M. DELIAT en 1984

En janvier 2013 Les Ateliers de l’Esperluette* y ouvrent une galerie d’art. L’exposition inaugurale (juillet-septembre 2013) était intitulées « La légèreté des pierres ». La dernière, perturbée par la crise de la COVID, était consacrée à « l’horizontale ».

  • L’esperluette est le signe &, une liaison du « e » et du « t ». Si on prononce en occitan es-per-lou-et  cela se traduit par : C’est pour le « et »

Au numéro 10 on trouve la « maison LELONG », au débouché de la rue St Ferréol. C’est une maison à la construction particulière. Le mur latéral s’amenuise en s’élevant, on dit que c’est le fruit du mur. Il est fait pour garantir sa solidité et sa résistancecdu mur.

Pendant plus de trois siècles cette maison a appartenu à la famille LELONG qui y a exploité une boucherie-charcuterie. Le premier de cette lignée est François LELONG, né en 1676 et mort en 1757. Parmi ses enfants on trouve un des aubergistes, des cordonniers, des boulangers, des bouchers, des médecins… Parmi eux François LELONG (1861-1925) qui fut maire de Nexon de mars 1904 à novembre 1919 et aussi le docteur François Philibert LELONG (1870-1956). Sa fille Lucienne, épouse du Dr. Marcoff, à son décès fit don de son patrimoine à la commune.

Lors du recensement de 1896 Laurent LELONG (1832-1927) est le patron de la boucherie. Il est le descendant à la sixième génération de François LELONG (1676-1757). , père d’une longue lignée de bouchers, de boulangers, de médecins et aussi de François LELONG (1861-1925)

Laurent LELONG est avec son épouse, Jeanne COMBROUZE, et ses deux fils Pierre LELONG (1858-1926) marié à Augustine LABREGERE et Jean LELONG (1880-1950) qui a 22 ans de moins que son frère Pierre. Trois enfants de Pierre vivent également avec eux comme cela se faisait à l’époque où trois générations vivaient sous le même toit.

Recensement de 1896

En 1901 Laurent LELONG est toujours le patron; Il travaille avec son fils Pierre et son petit fils Jean comme apprenti.

Recensement 1901

Laurent LELONG a plus de 70 ans continue a diriger la boucherie. Son fils Pierre et ses petits enfants prennent petit à petit la suite.

Après la guerre de 1914-1918, André et Baptiste ont pris les rênes de l’affaire.

André est resté célibataire tandis que son frère Jean-Baptiste a épousé, le 11 mai 1925 à Nexon, Françoise VIALLE, sa voisine de la rue du Centre (aujourd’hui Victor Hugo) ; leur fille, Yvette (1926-1987), a épousé en 1948 Michel COURAUD, pépiniériste en Creuse.

Mariage Michel COURAUD et Yvette Lelong. source : legermariefr

la boucherie LELONG était une boucherie très réputée avec un importante clientèle qui allait bien au-delà de la commune de NEXON.

A la fin des années 1960, lorsque tous les LELONG prirent leur retraite la boutique fut louée à l’auto école REYTIER. Celle ci y exerça son activité du 1er janvier 1979 au 31 décembre 1997.

A la fermeture de l’auto-école, Paul BUFORN quitte Limoges et y installe son atelier d’émailleur. C’est un Maître émailleur de renommée internationale qui a gagné en 1990 le Grand Prix du public de la Biennale Internationale de l’émail et en 1992 le Prix National du Travail Manuel.

En 2016 il arrête de créer et transforme son atelier en musée où il aime accueillir tous ceux qui ont envie de découvrir l’artiste et ses œuvres. En entrant on est surpris de trouver en vitrine des vélos, son autre passion. Il cherche des vieux vélos qu’il rénove et qu’il utilise pour parcourir les dizaines de kilomètres quotidiens qu’il effectue sur les routes du Limousin.

La place de l’église (II), le côté Sud, numéros 5 à 8.

En continuant le tour de la place, ayant traversé la rue Victor Hugo, on se trouve en face d’une grande maison portant le numéro 5. Elle faisait partie du domaine du baron de Nexon qui y logeait son régisseur ou d’autres salariés du haras. Elle n’était pas particulièrement bien entretenue jusqu’à ce qu’elle soit vendue à un particulier qui a fait refaire les crépis et les peintures.

Pendant les années 1900-1910 le régisseur est Alfred DESMAISON. Il y habite avec son épouse et sa fille. Les 3 servantes sont sans doute employées au château.

Après la guerre de 1914-1918 on constate que les résidants sont palefreniers, cuisiniers, servantes… Une partie du personnel du château est logé dans cet immeuble.

Après la seconde guerre mondiale on retrouve les mêmes catégories de résidents. Le dernier régisseurs, le dernier en date ayant été M. Louis FABRE. Au début des années 1970, l’annuaire des abonnés au téléphone indique Nexon, Haras et domaine de, 5 place de l’église

Annuaire 1976

En 1999 l’immeuble et ses dépandances ont été achetés par l’antiquaire Michel NAUDET. En 2021 l’ensemble est en vente.

Les jours de foire, pendant longtemps les 16 de chaque mois, le marché des porcs se tenait devant l’entrée du château et face à l’immeuble du régisseur.

Sur cette carte postale on peut constater que le marché aux cochons est animé. Les hommes sont en blouse bleue ou noire et portent un chapeau de feutre plat. Les femmes, peu nombreuses ici, sont en robe avec fichus et ombrelle. Le marché aux volailles quant à lui se tient devant la sacristie de l’église et celui des bovins sur le foirail en face de la poste.

Les marchands se plaignaient de ne pas pouvoir embarquer sur place les animaux qu’ils achetaient. En effet la place est vide de tout quai d’embarquement.

Un quai pour le chargement des porcs a été construit en 1922 et il existe toujours, bien qu’il n’y ait plus de foire depuis longtemps.

Le quai d’embarquement en 2021

N° 6, la conciergerie du château à l’entrée de la cour d’honneur.

C’était autrefois l’entrée de la loge du concierge. C’est devenu l’Office de Tourisme. Une partie du personnel du château logeait dans la tour et la construction attenante. Elle est suffisamment vaste pour accueillir plusieurs couples.

N° 6 Actuellement l’Office de Tourisme occupe la tour et le bâtiment accolé.

Au coin de la rue Saint Ferreol, qui s’appelait autrefois la rue du Midi, il y avait des urinoirs. On constate sur la photo précédente qu’ils n’y sont plus.

L’urinoir au coin de la rue saint Ferréol

Après le débouché de la rue St Ferréol sur la place, on trouve un ensemble de 5 immeubles. Un croquis d’alignement approuvé par le préfet en 1901 permet d’identifier les propriétaires de ces immeubles à l’époque.

Plan d’alignement 1901

N° 7, les cartes postales du début du siècle montrent une grande maison de deux étages avec des mansardes en toiture. C’était l’une des nombreuses auberges de Nexon qui en comptait 25 en 1905.

En 1843, le 3 juillet, Emile GIZARDIN, s’engage par écrit à ne pas nuire à son voisin Pierre LELONG par la construction qu’il fait à la place du poulailler. Mais il ne dit pas l’usage qu’il va faire de l’agrandissement de sa salle. Est-ce une salle de restaurant ?

Emile GIZARDIN (1808-1875) était le fils de Léonard Dit Pierre GIZARDIN (1771-1854). Comme son père, Emile était aubergiste place de l’église. Son fils Ferdinand (1841-1910) n’a pas continué l’activité de son père. Il a du quitter Nexon puisqu’il est mort à Limoges le 8 février 1910. Il avait sans doute rejoint son jeune frère Antoine qui avait épousé Berthe BERTRAND, héritière du magasin de chaussure « A la grâce de dieu ». J’ai raconté son histoire ici : http://etsinexonmetaitconte.fr/?s=a+la+gr%C3%A2ce+de+dieu

Au recensement de 1886 on constate qu’un plâtrier, Jean TREBUCHERE, et sa famille habitent l’immeuble avec deux ouvriers plâtriers. Son épouse est débitante aubergiste. L’auberge fonctionne donc encore.

Recensement de 1886

En 1890, aux mois de mai et de juin, plusieurs annonces sont publiées dans la Courrier du Centre pour louer la maison dont on dit qu’elle sert d’auberge avec écurie.

Le Courrier du Centre 26 mai 1890

Jean TREBUCHERE décède à Nexon le 8 juin 1894 à l’âge de 50 ans.

En 1896 la patronne de l’auberge est Louise Herminie BONNET (1849-1901). Elle a 45 ans et elle est veuve. Son mari, Louis RICHARD (1839-1889), est décédé à 49 ans. Il était marchand de vin en gros. Elle travaille avec ses deux enfants Arthur et Paul RICHARD qui sont voituriers. Elle emploie deux domestiques dont l’un est boulanger. On peut donc penser que l’auberge a une bonne clientèle.

Recensement de 1896

Au recensement de 1901 la famille BONNET-RICHARD n’est plus présente, l’auberge est tenue par Marcelle AUROYER et Ferdinand GIZARDIN y habite avec une servante.

Recensement de 1901

C’est la maison GIZARDIN du plan 1901. Ferdinand GIZARDIN, rentier de 58 ans est célibataire et s’il est rentier c’est qu’il est issu d’une famille de la bourgeoisie nexonnaise. Un des premiers GIZARDIN de cette lignée, Pierre, était apothicaire à Nexon au début des années 1700. Son fils Mathurin GIZARDIN (1692-1762) fut notaire ainsi que son petit-fils Nicolas GIZARDIN (1742-1806). Léonard GIZARDIN (1771-1854), fils ainé de Nicolas, était aubergiste à Nexon en 1823. Ayant acheté une propriété à Saint Hilaire les Places il s’y installa et fut adjoint au maire. Gabriel GIZARDIN (1789-1866), jeune frère de Léonard, fut épicier à Nexon ainsi que son fils Léonce GIZARDIN (1859-1922). Ceux-ci habitaient au numéro 11 actuel.

Mais, avant 1910, l’immeuble va changer d’allure. Des 2 étages avec 4 fenêtres en façades et 4 chambres mansardées il ne reste plus qu’un seul étage avec 3 fenêtres en façade et il n’y a plus de mansardes sur le toit.

La place de l’église dans les années 1930
N° 7 inoccupée en avril 2021

A l’arrière de la maison est accolé une autre habitation entourée d’un jardin. Un vieille pompe à main est accolée au mur.

Ce n’est plus un établissement qui reçoit du public mais la maison d’un cordonnier. En 1921 c’est Edmond TRUCHASSOU qui y est avec son épouse Anne. Il a avec lui un jeune apprenti, André DESBORDES.

En 1926 c’est Antoine DEBORD (1885-1978) qui est cordonnier-sabotier. Il a épousé Zélie LATOUILLE le 29 avril 1920 et ils ont eu en 1925 une fille, Berthe. Elle a été assistante sociale à Nexon et était très appréciée des nexonnais . C’était une camarade du docteur Rose FORGERON-VIGNERON qui me parlait souvent d’elle.

Recensement de 1926

Puis ce fut le cabinet de madame le docteur GARNIER. Elle comptait s’installer à Nexon mais cela ne s’est pas fait. Il eut ensuite plusieurs propriétaire et actuellement, début 2021, elle n’est pas occupée.

Au n° 8, une maison avec perron, « Maison TOURENNE » sur le document d’alignement de 1901 vu précédemment. Il s’agit d’un immeuble qui appartenait à Pierre LELONG (1806-1877) dont sa fille Marie (1846-1919) avait. Elle avait épousé Elie TOURAINE à Nexon le 9 juin 1866 et elle est parti habiter à Limoges. A son décès le 2 janvier 1919 sa fille Léonie TOURAINE en a hérité pour moitié avec sa sœur Jeanne, épouse LANTERNIER. Elles l’ont très rapidement vendu à Pierre DUROUX, l’acte étant signé le 25 janvier 1920.

C’est lui qui figure comme résidant au recensement de 1926. Avec son épouse Marie il y a également leur fille. En 1926 elle s’appelle Jeanne née en 1922 et en 1931 son nom est Berthe, également née en 1922!

Recensement de 1926

Quand les BONNET quittent leur logement celui-ci est loué à Emile LELONG qui y ouvre une boucherie. Les DUROUX sont trois, Monsieur, Madame et leur fille Berthe née en 1922.

Recensement de 1931

En 1936 la fille DUROUX n’est plus chez ses parents. Comme elle a 14 ans, elle devait être pensionnaire au moment du recensement. Chez les LELONG, Emile est appelé Octave mais il s’agit de la même personne. En effet les enfants avaient souvent 3 prénoms, les deux premiers étaient ceux des grands parents et c’était le 3ème prénom qui était le prénom d’usage. La boucherie est très connu à Nexon et, sans doute pour ne pas la confondre celle de leurs cousins au n°10, les gens parlaient de la boucherie « Chez Milord ». Les anciens se souvenaient des tournées qu’il effectuait à cheval dans les villages alentours.

Recensement de 1936

A la mort de Pierre DUROUX le 27 aout 1936, quelques mois après son épouse Marie, l’un des quatre enfants, Adrien Jean, achète la part des ses deux frères Aimé et Henri et de sa sœur Marie Louise. Il confirme la location à M. LELONG et loue l’étage à M. DUDOGNON, cordonnier. Maintenant il y a deux locataire dans la maison.

N° 8 de la viande est pendue à la porte.

A la fin de la guerre M. DUROUX décide de vendre son immeuble. Le 23 janvier 1948, chez Me GARRAUD, il signe l’acte de vente au profit de M. et Mme LASCAUX habitant à Meilhac. Il donne congé à ses locataires.

23 janvier 1948- Vente par M. et Mme Jean DUROUX à M. et Mme LASCAUD

M. et Mme LASCAUX viennent y habiter avec la famille de leur fille Marcelle. Celle-ci a épousé Paul DESSELAS (1919-1985). Du mariage naitront deux garçons, Gérard (1944-2019) et Jean Marie, bien connus à Nexon.

La maison a deux entrées, l’une au 8 place de l’église et l’autre au 11 rue Saint Ferréol. De ce fait il est facile de loger deux familles. Une grange et un jardin, situés rue saint Ferréol, font partie de la propriété.

Les enfants n’étant plus à la maison, le 18 mai 1976, M. et M. DESSELAS louent une partie de leur maison à la mairie de Nexon au profit de l’amicale du 3ème qui vient de se créer. A l’échéance du 30 juin 1988 le bail n’est pas renouvelé.

Après le décès de Mme Marcelle DESSELAS, le 13 janvier 2014, la maison va être mise en vente.

Elle est achetée par M. Bernard BEAUFILS qui y entreprend d’importants travaux afin de la transformer en chambres d’hôtes. La belle cheminée en pierre est mise en valeur dans la pièce d’entré avec son dallage en pierre. je ne sais pas ce qu’est devenu le sous-terrain dont Jean Marie me parlait et qu’il avait exploré avec ses copains quand il était jeune. Ce sous-terrain partait de la cave et se dirigeait vers le Nord, en direction du parc du château. Il était suffisamment haut pour qu’un personne se tienne debout. Son exploration n’a pas dépassé quelques dizaines de mètres et n’a pas permis de découvrir sa sortie.

Le décès de M. BEAUFILS, en juin 2020, alors que les travaux n’étaient pas terminés, amène son fils à mettre de nouveau en vente l’immeuble.

Avril 2021

Merci à Jean Marie DESSELAS pour toutes les informations et documents fournis.

Les gendarmes à Nexon : les gendarmeries (IV)

Lorsqu’en 1810, le Juge de Paix qui ne savait pas où loger ses délinquants sollicite le maire Nexon il n’y a pas encore de gendarmerie dans la commune. Il propose de transformer la petite chapelle qui se trouvait dans le vieux cimetières, en haut de l’ancien champ de foire, aujourd’hui place de la République.  C’était un petit bâtiment d’à peine 50m2.

Lorsque la brigade de gendarmerie a été créée, il a fallu loger les gendarmes. On a donc cherché une maison assez grande pour loger au moins cinq familles. Ce type de maison n’était pas rare et il y avait des propriétaires qui étaient disposés à les louer. Notons que dans certains cantons les gendarmes étaient logés dans une caserne appartenant au département. C’était le cas, dès les années 1840, à Limoges, Saint Léonard, Rochechouart…

A la création de la brigade de Nexon les gendarmes ont été logés dans la maison d’un propriétaire privé dont le département payait le loyer. C’était le cas de la majorité des brigades en Haute-Vienne où, jusqu’en 1850, seules les casernes de Limoges, Rochechouart et Saint Léonard appartenaient au département.

1 – La caserne dans l’immeuble BONNET (1854-1881)

On ne connait ni le propriétaire ni le loyer qui était payé au premier propriétaire. On trouve d’un loyer à M. BONNET lorsque le Conseil Général a négocié le renouvellement du bail qui arrivait à échéance le 1er janvier 1873. Le propriétaire souhaitait une augmentation du loyer tandis que le Conseil Général n’était pas favorable. Mais faute de trouver un local satisfaisant aux exigences de la gendarmerie M. BONNET a obtenu satisfaction et le bail fut renouvelé.

En 1881 M. BONNET ne souhaite pas prolonger le bail de son bâtiment avec la gendarmerie. Le Conseil général en prend acte et cherche un autre immeuble.

Ou se trouvait la gendarmerie jusqu’en 1881 ? Lors des recensements de 1836 et de 1841 les immeubles du bourg ne sont pas classés par rue. Les familles des gendarmes apparaissent immédiatement après les habitants du château et de ses dépendances. On peut donc penser que la gendarmerie se situait sur la place de l’église. Quant à M. BONNET, le propriétaire de la gendarmerie, il s’agit sans aucun doute de la famille de Mathurin BONNET (1761-1840), aubergiste rue du Nord dont le fils, Jean Baptiste BONNET (1819 – 1896) est déclaré propriétaire en 1841 alors qu’il n’a que 21 ans. Il entamera des études de notariat puis deviendra commerçant à Limoges et sera nommé maire de Nexon par décret le 15 fevrier 1878.

2-La caserne dans l’immeuble FRUGIER (1881-1910)-BONNAFY Pierre Arsène (1852 – 1937)

M. BONNET ne voulant plus louer à la gendarmerie, le département fait affaire avec M. FRUGIER.

Conseil Général – Première session ordinaire 1881

Maintenant le recensement classe les maisons par rue et la gendarmerie est clairement située route de la gare, notons que cette dénomination correspond à une partie de la rue Gambetta actuelle. Les cartes postales du début des années 1900 permettent de situer la gendarmerie dans la maison qui abrite aujourd’hui le restaurant MASSY.

Propriété des FRUGIER, l’immeuble tombera dans le patrimoine des BONNAFY après le mariage en 1885 de Jeanne FRUGIER (1864-1941) avec Pierre Arsène BONNAFY (1852-1937), d’abord Greffier de le justice de paix du canton de Nexon puis Juge de paix.

En 1898 au moment d’une nouvelle négociation du bail, le maire de NEXON, M. THOMAS, demande au Conseil Général un délais afin de chercher un autre immeuble, plus proche du centre du bourg car il trouve la caserne, situé à 800 mètres du centre, trop éloignée.

Conseil Général 1898

Les recherches ayant été vaines, dans sa session d’aout 1898, le Conseil Général renouvelle le bail avec M. BONNAFY jusqu’en 1911.

Conseil Général 1898

En 1910, lors de la négociation pour le renouvellement du bail, M. BONNAFY demande une augmentation que le Conseil Général trouve trop élevée. Les recherches pour trouver un immeuble moins cher sont tout aussi vaines qu’en 1898. L’hypothèse de la construction d’une gendarmerie est envisagée mais le terrain pressenti appartenant au baron de Nexon est jugé trop cher. Finalement les Conseillers trouvent le loyer plus avantageux qu’une construction neuve et le bail est renouvelé avec M. BONNAFY.

Conseil Général 1910

Sur trois cartes postales de Nexon on voit la gendarmerie située rue de la gare. Sur les deux premières elle est en gros plan sans que l’on puisse déterminer la date du cliché. Sut la troisième carte on voit la gendarmerie sur le côté de la rue.

Collection F.G.R.

La croix au dessus du chef de brigade pouvait laisser penser que son nom figurait au verso, mais le verso ne comporte aucune correspondance.

C’est la même chose sur une autre carte postale.

Une troisième carte ne montre pas la gendarmerie de face, on l’aperçoit en montant à droite, cerclée en jaune. Au delà de la gendarmerie on peut admirer la tenue des dames pour la promenade du dimanche. Les piétons ne sont pas gênés par la circulation, les seuls véhicules sont les carrioles comme celle qui descend vers la gare sur la gauche de la carte postale.

En 1923 le bail arrive à échéance. Du fait de la guerre de 1914 – 1918 les prix ont augmenté et M. BONNAFY demande une hausse du loyer. De 1 400 francs par ans il passera à 3 000 francs; Le Conseil Général n’a pas de marge de manœuvre non seulement parce que de telle augmentations ont été acceptées pour d’autres brigades et surtout, à Nexon, il n’y a pas de solution de rechange. On notera que le nouveau bail est négocié pour trois ans et plus sur 12 ans. Il semble en effet difficile de s’engager pour une longue durée quand on n’a pas d’idée de la hausse des prix possibles et il semble qu’il n’y a pas de clause d’indexation de prévue.

Conseil Général 1923

Lors des réunions du Conseil Général de 1925 la négociation du nouveau bail est abordée. Une hausse du loyer de 1 000 francs est acceptées et le bail est signé pour 9 ans. De plus le propriétaire a accepté de faire pour 3 000 francs de travaux et les logements satisfont les gendarmes.

Conseil général 1925

Au début de l’année 1931 un texte législatif, la loi du 31 mars 1931, prévoit que les loyers versés pour les casernes par les départements sont remboursées par l’Etat. cela ne change rien pour les gendarmes et pour les propriétaires mais réduit les charges des départements.

Conseil général 1934

M. Bonnafy consent à renouveler le bail et propose un loyer de 7 000 francs que le Ministre des Armées accepte et de ce fait le département accepte la proposition.

Conseil Général 1934

En 1944 le bail a été renouvelé avec la famille BONNAFY mais deux inconvénients vont faire que la mairie de Nexon va chercher un autre immeuble. Le premier argument qui avait déjà été évoqué en 1898 par le maire, M. THOMAS, est celui de l’éloignement du centre du bourg. le second est le manque de confort et l’exiguïté des appartements qui ne correspondent plus aux besoins d’une famille avec des enfants.

3- La gendarmerie rue Champlain (1954-1971)

La mairie de Nexon se met donc en quête de trouver un nouvel emplacement pour la gendarmerie. Un grand bâtiment existe, à coté des écoles, au croisement de la rue Champlain et de la rue Lavoisier. Ces bâtiments appartiennent à la famille PAPEL qui possède également les terrains qui sont autours et sur lesquels sera construite la salle des fêtes.

L’emprise de la gendarmerie est encerclée en jaune sur le plan cadastral suivant. Un grand bâtiment longe la route et entoure une cour dans laquelle est construit un petit immeuble. L’immeuble est mitoyen de l’école dont il est séparé par le mur de l’école maternelle.

Le conseil municipal se met d’accord avec le famille Papel et achète les bâtiments pour 6, 3 millions de francs ( ce qui équivaut, en pouvoir d’achat, à 145 000 euros en 2020) et engage des travaux pour 5 millions de fracs. Pour financier cette dépense la commune emprunte 11, 3 millions de francs à 6% sur vingt ans à la Caisse des Dépôts et des Consignations.

Quand on passe devant ces bâtiments aujourd’hui on a du mal à imaginer que c’était la gendarmerie.

On voit de suite que le bâtiment est beaucoup plus spacieux que celui de l’avenue de la gare. En s’approchant du porche, sur l’arc, on devine sous la couche de peinture blanche, de « République Française « .

On devine au centre les lettres R et F, plus difficilement Gendarmerie nationale

Je n’ai pas de photos de l’intérieur de la caserne de l’époque ou la gendarmerie l’occupait si ce n’est la porte d’un cachot qu’avait photographié Jean ATZEMIS :

La porte de la prison -Photo J. ATZEMIS

Une visite à l’école élémentaire m’a permis de faire des photos qui rendent compte de ce qu’était la caserne. Le bâtiment principal qui longe la rue Champlain n’a pas changé. La sirène que déclenchait le gendarme de service pour alerter les pompiers est toujours sur le toit. Les salles du rez de chaussée sont utilisées par l’école élémentaire et les appartements des étages sont loués. Sur le sol de la cour sont dessinés les aires de jeux et d’apprentissage d’activités physique. A gauche le porche d’entrée par la rue Champlain n’est pas utilisé.

L’ancienne caserne de gendarmerie le 9 avril 2021
Seules les marques sur le sol laissent deviner que ce n’est pas une caserne

A l’extrême droite de la cour se trouvent 5 cachots. Seuls les deux premiers étaient utilisés à cet effets, les trois autres qui n’ont pas de grille sont en fait des caves. Elles sont attribuées aux locataires des appartements et à l’école. La vue d’ensemble est altérée par le plan incliné qui permet d’accéder à l’école pour les personnes qui souffrent de handicap.

La maison qui était au centre de la cour dans laquelle logeai le commandant de brigade et une autre famille de gendarme a été démolie pour laisser la place à la nouvelle école élémentaire.

L’école primaire construite à la place de la maison des gendarmes

Les gendarmes seraient peut-être restés plus longtemps rue Champlain mais le nombre des élèves augmentant il fallait agrandir l’école. Dès le milieu des années 1960 la question d’une nouvelle gendarmerie c’est posée. Il était évident qu’il fallait une construction neuve.

Le Conseil Municipal du 11 septembre 1968, afin de permettre l’extension du groupe scolaire dans la gendarmerie et le jardin décide d’acquérir un terrain pour construire une nouvelle gendarmerie et un centre de secours incendie. Le pré jouxtant le terrain acheté par la commune pour agrandir le cimetière est acquis aux consorts PRADIER ainsi que 32m2 à M. Sazerat des Rochilles pour redresser la limite du cimetière.

La construction de la nouvelle gendarmerie et du centre de secours va se faire pendant l’année 1971 et le samedi 17 juin 1972 à 11 heures régnait une animation inhabituelle Rue Gambetta. Monsieur Olivier PHILIP, Préfet de Région, avait accepté de venir inaugurer les nouveau immeubles récemment mis en service. De nombreuses personnalités étaient présentes : M. LAUCOURNET, Sénateur, Le Dr. BOUTARD, Député de la circonscription, M. RABAUD, Conseiller General, les Maires du Canton, le Colonel VIRY, Commandant le Groupement de Gendarmerie de la Haute-Vienne, le Commandent PELAPRAT, le Colonel CONSTANT, ancien Inspecteur Départemental des Services d’Incendie, M. JALOUX, Architecte et ses proches collaborateurs, tous les Ingénieures, Techniciens et Entrepreneurs ayant travaillé à la construction des immeubles et de leurs abords, les Présidents des Sociétés Locales, les représentants du Crédit Agricole, de l’Administration des Impôts, des P.T.T. etc… les Conseillers Municipaux, le Maire, René REBIERE et le Corps des Sapeurs-Pompiers de NEXON.

Après avoir coupé le ruban tricolore tendu à l’entrée des locaux de service de la nouvelle Gendarmerie, Monsieur Le Préfet accompagné de quelques personnalités visitait le rez de chaussée très fonctionnel, un appartement, les cours de service et enfin le garage du Service Incendie.  Un Vin d’Honneur regroupait tous les invités à la Mairie.

Le Maire remerciait les personnes présentes, rappelait les motifs de la création de cet ensemble, le montant des travaux soit 675 000 Frs ( soit 713 000 € en 2020) pour la Gendarmerie et 210 000 Frs (220 000 € en 2020) pour les garages, ces derniers étant subventionnes à concurrence de 34 000 Frs, rappeler les services rendus par les Gendarmes et les Sapeurs-Pompiers….

Le Colonel VIRY devait dire à son tour sa satisfaction de compter a NEXON une caserne neuve fonctionnelle et dotée de logements confortables et le Colonel CONSTANT pour sa part se félicitait de voir le Corps de Sapeurs-Pompiers doté de garages importants et bien situes. Enfin, M. Le Préfet a dit tout le bien qu’il pensait de ces réalisations et a rappelé les projets d’investissements en cours d’étude sans pouvoir annoncer le financement des travaux des écoles qui étaient pourtant à l’origine de la nouvelle gendarmerie. (Source Bulletin Municipal n° 74 Juin-Juillet 1972).

Dès 2006, à peine 35 ans après l’inauguration de la caserne, la construction d’une nouvelle est envisagée. Mais dans un communique publié dans le Bulletin Municipal n°219 du 4e trimestre 2007, Mme JAMAIN, maire, annonçait la renonciation à ce projet car le cout aurait été trop élevé pour la commune.

Cependant le projet d’une nouvelle gendarmerie n’est pas enterré. En effet construite sur des plans qui ont plus de 40 ans la gendarmerie ne correspond plus aux besoins des gendarmes. Les exigences de confort sont celles de tous leurs concitoyens aussi bien en therme de confort, thermique et acoustique, que d’environnement, d’économie d’énergie…

Des échanges ont eu lieu avec le commandement de la gendarmerie de la Haute-Vienne et le projet pourrait voir le jour dans les années 2022-2023…

Les tentatives d’escroqueries ne sont pas nouvelles ! Le baron de Nexon en a été victime en 1861 et 1862.

Le Rapport annuel de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement 2019 révèle que le chèque est le moyen de paiement le plus fraudé en France et cette fraude
s’élevait à 539 millions d’euros en 2019. Si la somme est peu impressionner elle ne représente que un euro pour 1 510 euros de paiement. Parmi les moyens de la fraude il y a le vol de chéquiers, la falsification, la contrefaçon…

Au XIXe siècle les chèques n’existaient pas et les escrocs créent de faux billets à ordre à leur nom. C’est ce qu’ont fait deux individus en fabriquant un faux billet au nom du baron Armand de NEXON reconnaissant leur devoir 8 000 francs pour l’un et 7 000 pour l’autre. On peut estimer que le franc de 1860 vaut environ 2 euros ce sont donc de coquettes sommes que les deux lascars pensaient soutirer au baron.

Ces deux affaires, au delà du fait qu’elle mettent en scène le baron de Nexon, montrent qu’à toutes les époques il y a des escrocs et que la seule solution pour mettre en échec leurs tentatives est la vigilance. Notez qu’à une époque ou il n’y a pas le téléphone M. de Nexon qui était à Paris fut prévenu, rentra à Limoges pour constater que le document était un faux et que sa signature avait été imitée. On notera la sévérité des condamnations avec de la prison ferme pour des sommes qui varient autours de 15 000 euros actuels et également la manière dont les journaux rendent compte des procès et aiment citer les plaidoiries grandiloquentes des avocats.

I- Première affaire

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE-VIENNE.

PRÉSIDENCE DE M. DE LAMIRANDE.

Audience du 24 mai.

FAUX EN ÉCRITURE PRIVÉE. — CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES. — CONDAMNATION. —

Le 25 juin 1860, un individu, disant se nommer COMBROUZE et être domicilié à Saint-Hilaire-Lastours, se présenta chez M. COSTE, épicier et escompteur à Limoges, et demanda à faire escompter un billet de 8 000 fr., signé par M. de NEXON, daté du jour même et payable le 25 septembre suivant. M. COSTE lui remit en échange 7 880 fr., dont 1 000 fr. en billets de banque de 100 fr., et le surplus en argent.

Le billet fut passé à la Banque de France et protesté à l’échéance. M. de NEXON, alors à Paris, en fut prévenu, se rendit à Limoges, examina le billet et déclara qu’il était faux ; qu’il était revêtu d’une signature imitant assez habilement la sienne, mais en différant par quelques points très sensibles pour lui.

Les recherches faites par la justice, sur la plainte de M. COSTE, étaient restées infructueuses, lorsque, le 21 mars dernier, M. COSTE fils se trouvant dans son magasin, crut reconnaître dans un palefrenier du haras de Pompadour qui montait l’allée du Pont-Neuf, le négociateur de la fausse valeur de 8 000 fr.

Cet homme fut arrêté, et, tout en protestant énergiquement de son innocence, déclara se nommer FALAISE (Léonard), être palefrenier à Pompadour, et attaché depuis 1853 à la station de Nexon.

Les preuves les plus accablantes ont été réunies contre FALAISE ; on a retrouvé notamment chez lui une somme de 6 010 fr., dont deux rouleaux de 1 000 fr. encore pliés dans les papiers qui les enveloppaient au moment où ils lui avaient été remis par M. COSTE. Néanmoins, il a persisté jusqu’au bout dans un système de dénégation impossible à soutenir.

FALAISE avait d’ailleurs les meilleurs antécédents. Il jouissait de l’estime de tous ceux qui l’entouraient, et M. de NEXON avait en lui la confiance la plus absolue.

M. de LA MARSONNIERE, premier avocat général, a soutenu l’accusation avec une énergie remarquable. Il a insisté surtout sur les dénégations absolues de l’accusé qui, en excluant toute idée de repentir, aggravaient encore la faute commise.

M. de LA MARSONNIERE, que nous entendions pour la première fois, est un orateur remarquable de cour d’assises. Un charme singulier s’attache à sa parole abondante et facile, à son geste sobre et modéré. Une grande force de pensée parée d’une rare élégance de style, beaucoup de simplicité dans l’exposé des faits, dans la discussion des preuves et même dans la péroraison, donnent à ses plaidoiries de la puissance et de la séduction. C’est une diction toujours égale et soutenue, sans monotonie ; c’est une force calme et tranquille. Pas de passion, pas d’emportement, mais aussi pas de faiblesse, ni même de froideur. C’est un type du genre tempéré.

Me Othon PECONNET avait été chargé de la défense de Falaise. Il l’a présentée avec une habileté et une éloquence qu’il était tout à fait impossible de prévoir dans une cause d’une extrême pauvreté et où tous les faits étaient de la dernière évidence. Il a raconté d’abord la vie de FALAISE, jusque-là pure de tout reproche, de tout soupçon ; puis, arrivant à ces dénégations obstinées de l’accusé : Loin de me disposer à la sévérité, s’est-il écrié, elles me forceraient, si j’étais juge, à l’indulgence ; elles sont comme un dernier hommage rendu par FALAISE à sa vie passée. Deux fois il s’est levé, dans cette enceinte, pour commencer un aveu, et deux fois il s’est rassis vaincu par la honte ; c’est que son passé se dressait devant lui, ce passé irréprochable que vous connaissez ; c’est qu’il voyait autour de lui ces témoins dont il avait su mériter l’estime, et qui, aujourd’hui encore, peuvent à peine croire au crime qu’il a commis ; et, poussé par une dernière pudeur, il n’a osé avouer son infamie en face de ce passé, en présence de ces témoins. Ce n’est donc pas de l’obstination, c’est de la faiblesse que je trouve dans ses dénégations, et le sentiment qui les dicte, loin d’aggraver son crime, m’impose une sorte de respect et diminue, à mes yeux, sa culpabilité.

Grâce à cette plaidoirie, dont nous ne pourrions malheureusement donner qu’une idée bien imparfaite, l’accusé a obtenu du jury le bénéfice des circonstances atténuantes. Il a été condamné à cinq ans de prison.

Le Courrier du Centre 31 mai 1861

Le Courrier du centre 31 mai 1861

II- Seconde affaire

De la lecture de l’acte d’accusation contre le sieur Pierre BUISSON, cultivateur, âgé de 21 ans, natif de Beyrand, commune de Flavignac, résulte ce qui suit :

Le 15 juin 1862, un individu se présentait, à six heures environ du matin, au domicile de MM. LAMY, banquier à Limoges. Il insistait vainement pour voir M. Edouard LAMY, et il revenait à huit heures. Il fut alors reçu par M. Octave LAMY, auquel il présenta, pour le faire escompter, un billet de 7 000 francs portant la signature « baron Armand de NEXON » et souscrit à l’ordre d’un sieur Jacques BUISSON.

C’était évidemment un billet faux. Sur l’observation qu’en fit M. LAMY, le porteur protesta énergiquement, disant qu’il était Jacques BUISSON et que c’était à lui-même que le billet avait été souscrit. Cependant, cet individu se retira, laissant le billet dans les mains de M. LAMY.

Ce fait se répandit bientôt el une instruction fut commencée. Elle établit qu’un individu, dont le signalement se rapportait exactement à celui du porteur du billet, était allé le malin dans une auberge de la rue du Saint-Esprit, et qu’il avait demandé s’il y avait des habitants de Nexon. Il était probable que le prétendu Jacques BUISSON habitait Nexon ou les environs.

Dirigées dans ce sens, les investigations de la justice amenèrent la constatation de diverses circonstances qui fixèrent les soupçons sur le nommé Pierre BUISSON, demeurant chez son père au village de Beyrand, commune de Flavignac.

Pierre BUISSON était resté quelque temps à l’école des frères établie à Nexon. Il s’y était trouvé avec les enfants de M. de NEXON, et il avait pu savoir le prénom de leur père. Il avait, à diverses reprises, manifesté le désir d’apprendre à faire un billet à ordre. Il lui avait été donné ou vendu un manuel dans lequel il y avait des modèles de billets. Sa moralité était du reste très mauvaise. Il avait, a une certaine époque, dissipé une somme de 80 francs que son père lui avait remise pour le directeur de l’école. On savait aussi qu’il maltraitait ses parents et qu’il voulait les quitter.

Il fut arrêté le 1er juillet au village de Beyrand. Interrogé sur l’emploi de son temps, le 15 juin, il a déclaré qu’il avait passé la journée à la frairie de Burgnac, et il a nié être allé ce jour à Limoges ; mais il a dit qu’il y avait fait, dans le courant du mois de juin, deux voyages : le premier vers le 8, et le second le 21.

Le 15 juin était un dimanche, il y avait à Limoges une grande fête religieuse. Cette circonstance a permis aux témoins de préciser leurs souvenirs, et trois, surtout, ont déclaré très nettement avoir vu le 15 juin Buisson à Limoges. A six heures du matin, il a demandé à une servante d’auberge l’adresse de M. LAMY, banquier. Vers onze heures, il était chez une femme qui préparait une couronne pour la procession. Il voulait parler à son mari, et elle lui a dit qu’il assistait à la cérémonie religieuse. Le domestique de cette femme était alors avec elle, et il se rappelle la conversation qui a été tenue.

BUISSON a été vu, il est vrai, à Burgnac, mais un seul témoin indique l’heure où il l’a rencontré : il était cinq heures. Or, BUISSON a pu parfaitement passer toute la matinée à Limoges et être arrivé à cinq heures à Burgnac.

Il nie avoir jamais eu aucun manuel en sa possession. Il est démenti par un témoin, et le billet est la reproduction littérale d’un des modèles du manuel. Parmi les papiers saisis dans sa chambre, on a trouvé une partie de la feuille sur laquelle le billet a été écrit. Enfin, un expert a vérifié l’écriture de BUISSON, et il déclare que le billet est son œuvre. Il ne peut donc y avoir aucune incertitude sur la culpabilité de BUISSON.

En conséquence, etc.

M. DELTHEIL occupe le siège du ministère public et soutient l’accusation.

La défense est présentée par Me NINARD.

Déclaré coupable des faits qui lui sont imputés, l’accusé obtient néanmoins des circonstances atténuantes. Il est condamné à un an d’emprisonnement.

Le Courrier du Centre 21 aout 1862

En 1897 une jeune fille est relaxée après avoir défiguré au vitriol le garçon qui lui a fait un enfant et ne l’a pas épousée…

Le 14 septembre 1996 la presse limougeaude rendait compte de ce fait divers :

Le Courrier du Centre 14 septembre 1896

Le procès qui va se dérouler quelques mois après va révéler toute la complexité de cette affaire. Le garçon et la jeune Catherine étaient amoureux mais le père de la jeune fille trouvait que le garçon n’était pas un bon parti. Il a interdit à sa fille de le revoir… et bien sur celui-ci a rencontré quelqu’un d’autre ce que la jeune fille n’a pas supporté, d’où sa vengeance.

Dans un premier temps elle a été mise en prison et son enfant est né pendant son incarcération.

La Charente 17 octobre 1896

Le procès à lieu le 16 février 1897 devant la Cour d’Assise de Limoges. La salle est comble et la tribune des dames est complète.

Le Courrier du Centre 16 février 1897

La presse a donné une large place à ce procès. Voici le compte rendu publié dans le Courrier du centre du 17 février 1897 :

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE—VIENNE

Audience du 15 février 1897

Affaire Catherine Pradaud (Coups et blessures)

Catherine Pradaud. 21 ans, est originaire de Nexon, où elle est née le 6 octobre 1873 ; elle est cultivatrice a Sazerat. C’est une jeune femme aux traits réguliers, vêtue de noir. Un fichu de même couleur lui couvre la tête.

Elle tient entre ses bras un mignon bébé de quatre mois, joufflu et bien portant, une petite fille qui ne demande qu’à vivre et regarde de ses grands yeux étonnés cette foule qui se presse dans l’auditoire.

M. Debay, greffier, donne lecture de l’acte d’accusation, et, pendant cette lecture, l’enfant, dont l’heure du goûter est arrivée, saisit avidement l’extrémité d’un biberon que lui tend sa mère et tète.

Acte d’accusation

Le 11 septembre 1896, vers midi, la fille Catherine Pradeau se rendit dans un champ où travaillait le sieur Jean Denardou et lui lança par surprise le contenu d’une fiole d’acide nitrique. Gravement atteint au visage, à la poitrine et à l’œil droit, Denardou, malgré des soins immédiats et un long traitement, a complètement perdu l’usage de l’œil.

La victime de cet attentat avait entretenu, pendant longtemps, des relations intimes avec Catherine Pradeau.

Mais le père de la jeune fille, ne voulant pas la donner en mariage à un jeune homme sans fortune, avait fait interdire a Denardou l’entrée de sa maison.

Apprenant que, malgré sa défense, les deux amants continuaient à se voir, il avait proféré des menaces de mort contre le jeune homme, disant qu’il le tuerait, s’il le surprenait avec sa fille. L’état de grosses de cette dernière n’aurait pu modifier de si hostiles dispositions et, au mois d’août, le sieur Pradeau déclarait encore qu’il ne consentirait jamais à accepter Denardou pour gendre.

Celui-ci cependant, désespérant de le faire revenir sur sa détermination, avait cessé depuis quelque temps de fréquenter Catherine Pradeau lorsqu’il fit, à Aixe, le 15 août 1896, la connaissance d’une jeune fille qui lui plut et qu’il fit demander en mariage. Sa demande avant été favorablement accueillie, le mariage fut fixé au 19 septembre et les publications furent faites à Nexon.

Catherine Pradeau, à la nouvelle de cette union, qui ruinait ses dernières espérances, se rendit auprès de Denardou, le 8 septembre et le supplia de revenir à elle, lui disant qu’il n’avait plus à craindre le refus de ses parents. Mais le jeune homme lui répondit que son mariage avec Maria Denis était trop avancé, à l’heure actuelle, et qu’il ne pouvait le rompre.

Malgré ce refus, le sieur Pradeau fit faire le lendemain par l’entremise du voisin, une démarche auprès de Denardou dans le but de le décider à épouser sa fille.

C’est à la suite de l’insuccès de cette dernière tentative que Catherine Pradeau se porta, le 11 septembre, à la rencontre de son amant et lui jeta au visage le liquide corrosif que, dès le 8 septembre, elle avait acheté chez un pharmacien de Nexon, dans un but de vengeance.

En conséquence, la fille Catherine Pradeau est accusée d’avoir, au mois de septembre 1896, en la commune de Nexon, volontairement fait des blessures au nommé Jean Denardou, avec, ces circonstances :

1° Que lesdites blessures ont été suivies de la perte d’un œil ;

2°Que ladite Catherine Pradeau avait, avant l’action, formé le dessein d’attenter à la personne dudit Jean Denardou.

L’interrogatoire

M. le président procède à l’interrogatoire de l’accusée.

Celle-ci se lève et, pour apaiser son enfant qui commence â s’impatienter, elle le berce doucement ; vainement, car les cris continuent ; il faut que Camille, le garde du palais, le prenne dans ses bras et l’emporte chez lui avec son biberon.

L’interrogatoire commence ; elle répond d’une voix faible aux questions préliminaires qui lui sont posée. Elle avoue avoir jeté à la figure de son amant un bol d’acide azotique et avoir causé la perte d’un œil.

— Et pourquoi avez-vous commis cette action lui demande le président.

C’est un garçon que j’aimais beaucoup et que J’aime encore, répond l’accusée, il m’avait promis le mariage et m’avait juré de ne m’abandonner qu’a la mort. Il venait chez moi, à la veillée, c’était un camarade de mon frère. Après la départ de mon frère pour le service, Denardou n’est pas revenu, mon père le lui avait défendu. Nos rapports ont duré trois ans, ils ont cessé trois mois après que je me suis reconnue enceinte.

D. Denardou est-il le père de votre enfant ?

R. Monsieur le président, il en est le père comme j’en suis la mère.

D. Ce n’est pas ce que dit votre victime. Vous a-t-il demandée à votre père ?

R. Non, monsieur, mais la première fois que j’eus des rapports avec Denardou, c’est après une promesse formelle de sa part de me prendre pour femme.

D. Voire père ne voulait pas de ce mariage, il ne vous l’avait pas caché.

R. C’est vrai, mais j’aimais Denardou et lui m’avait promis de ne me quitter qu’a la mort.

D. A quelle époque vos parents se sont-ils aperçus de votre état de grossesse ?

R. Six ou sept mois après.

D. A ce moment, dites-vous ils ont déclaré ne plus voir d’obstacles à votre mariage avec Denardou. Eh bien ! il parait qu’il n’en est rien. A quelle époque avez-vous appris le projet de mariage entre Denardou et Mlle D.… ?

R. Vers le mois de septembre, alors je suis allé trouver mou amant et lui ai demandé si la nouvelle que je lui répétai était exacte. Il m’a répondu affirmativement, et a déclaré qu’il ne pouvait pas m’épouser puisque mes parents ne le voulaient pas. Je lui ai répondu que c’était faux.

D. Et c’est le 8 que vous avez acheté de l’eau forte chez M. Bonnel, pharmacien à Nexon, sous prétexte que vous en aviez besoin pour faire disparaître des verrues.

R. C’est exact.

D. Était-ce bien pour en faire l’usage que vous disiez ?

R. Non, monsieur. J’étais affolée et je voulais me venger.

D. Le 11 septembre, vous avez eu un second entretien avec Denardou ?

R. Oui, je suis allée le trouver et une fois de plus Je lui ai demandé s’il voulait m’épouser ; il m’a répondu non ; alors je lui ai jeté un bol d’acide à la figure.

L’audience est suspendue à 11 heures1/4.

Audience du soir

L’audience est reprise à une heure un quart. La salle est comble, la tribune des dames est au grand complet.

L’accusée est introduite et s’assoit à son banc ; elle tient toujours entre ses bras son enfant qui dort doucement sur le sein de sa mère.

Les Témoins

L’audition des témoins commença.

— Denardou, la victime de cette affaire passionnelle, raconte la scène au cours de laquelle il reçut au visage le liquide corrosif.

Il prétend que s’il n’a pas voulu se marier avec la fille Pradaud, c’est, qu’on lui avait dit que le père de celle-ci voulait le tuer s’il devenait son gendre.

Le président lui demande s’il est certain d’avoir été le seul à entretenir des relations avec Catherine Pradaud.

Le témoin dit qu’elle se rencontrait souvent avec plusieurs d’e ses amis et qu’il était bien possible qu’elle se fût donnée à d’autres que lui.

A une question catégorique du président sur ce point, Denardou répond « qu’il croit qu’il pourrait bien y en avoir eu d’autres, mais qu’il ne peut l’affirmer ».

Sur la demande du défenseur, Denardou reconnaît implicitement qu’il avait entamé des démarches en vue d’un mariage avec une autre jeune fille avant de savoir quelle était l’attitude des parents de Catherine Pradaud à son égard.

Il reconnaît également avoir objecté à la malheureuse jeune fille qui le suppliait de l’épouser, « qu’il était décidément trop tard, que les habits de sa noce avec Mlle D.… étaient achetés et qu’enfin il n’y avait plus rien à faire ».

Cet aveu cynique soulève un murmure dans l’auditoire.

— François Pradaud, 30 ans, cultivateur à Nexon, avait eu des idées matrimoniales sur la fille Catherine Pradaud, mais ayant appris que cette dernière était enceinte, il changea d’avis.

— M. Firmin-Barthélemy Tarrade, 65 ans, propriétaire à La Plaine, reçût la visite de la mère de l’accusée, trois ou quatre jours avant l’affaire qui amène Catherine Pradaud devant les assises.

Le témoin se chargea de faire une démarche auprès, de Denardou. Cette démarche n’aboutit pas et M. Tarrade le fit savoir au père de la jeune fille. Cet homme se mit alors à pleurer pendant une demi-heure, ajouta le témoin.

— Mme Bonnel, femme de M. Bonnel, pharmacien à Nexon, a délivré sur sa demande à l’accusée, du l’acide nitrique pour brûler des verrues.

— Jean Pradaud, 27 ans, employé de commerce, a assisté un jour à un entretien qu’avait à l’auberge le père de l’accusée avec une autre personne. Il était question de Denardou. « Il ne se mariera pas avec ma fille, dit le père Pradaud, je les tuerai plutôt tous les deux ». Ceci se passait le 1er août.

— M. le docteur Escorne a examiné Denardou aussitôt après le jet d’acide azotique dont il a été victime. L’honorable témoin explique d’une façon très précise les constatations qu’il a faites et termine en déclarant que l’œil droit de Denardou est complètement perdu, sans espoir de guérison.

— M. Gabriel Thomas, maire de Nexon, donne d’excellents renseignements sur la famille Pradaud, et en particulier sur l’accusée, fille très honnête et très sage. I

De son côté, Denardou est un excellent garçon qui n’avait jusqu’alors jamais fait parler de lui.

Le témoin a vu Catherine Pradaud à la gendarmerie après son arrestation, elle a regretté son acte de désespoir et a ajouté : j’aime toujours Denardou, et fut-il aveugle, s’il me voulait encore, je suis prête à l’épouser.

On est ému dans l’auditoire.

Le Réquisitoire et la Plaidoirie

M. Barnardbeig, substitut de l’avocat général, prononce un réquisitoire où perce une certaine émotion sympathique en faveur de l’accusée.

Néanmoins, se basant sur le principe qu’on ne doit pas se faire justice soi-même, l’honorable organe du ministère public conclut à l’application d’une peine mitigée par l’admission de Iarges circonstances atténuantes.

Le rôle de M. Nicard des Rieux est singulièrement facilité ; autant on est touché de la situation pénible dans laquelle se trouve sa cliente, autant Denardou est indifférent a tous.

Et avec son éloquence habituelle, le sympathique avocat rappelle tout ce qui a précédé la scène du 11 septembre, il montre le désespoir de la Jeune fille enceinte et l’égoïsme du séducteur.

Il insiste sur son cynisme lorsqu’il lui objecta qu’il ne pouvait l’épouser, ses habits de noces étant acheté pour une autre.

Me Nicard termine en demandant un acquittement.

Le jury se retire pour délibérer et rapporte le verdict que tout le monde attendait, un verdict négatif, un verdict d’acquittement.

Et dans la salle on applaudit lorsque lecture en est donnée à l’accusée.

L’audience est levée à 4 heures 1/2, une foule sympathique s’était massée au pied des escaliers du palais de justice pour voir sortir Catherine Pradaud que l’on a accompagnée jusqu’à la prison où a eu lieu la levée d’écrou.

Le Courrier du Centre 1897/02/17

Que déciderait un jury aujourd’hui ? Le respect de la parole donnée est la base de la société et c’est un déshonneur pour un garçon de ne pas épouser la fille qu’il a mise enceinte. Et pourtant, à Nexon comme dans toutes les communes, les enfants naturels n’étaient pas rares.