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LOGO2Les bons points et les cahiers à l’école : les miens à Nexon de 1953 à 1957 et ceux de mon père en 1927 à Gleixhe, petit village de Belgique.

En rangeant de vieux papier j’ai retrouvé les bons points que mon père avait reçu lorsqu’il était à l’école à Gleixhe, petit village de Belgique situé à 16 km de Liège sur la route de Namur. Mon père y vivait, son père ayant repris le moulin familial au décès de son père.

Bon élève mon père a reçu de nombreux bons points tant pour la conduite que pour le travail. Ce qui m’a frappé c’est le côté pédagogique des images qui y étaient associées.

En Belgique comme en France les bons points récompensaient le mérite tant pour le travail que pour la conduite. C’était des petits rectangles en carton léger et lorsque l’élève en avait il les échangeait contre une image. Dans certaines écoles contre dix images, l’élève avait droit à un livre. Mais le bon point servait aussi à « rembourser » les bêtises, par exemple en cas de bavardage, l’élève devait rendre un de ses bons points et se trouvait quitte ! Ce système de gratifications est peu à peu tombé en désuétude après Mai 68.

Les bons points étaient simples, souvent comme ceux-ci :

I – Mes bons points et mes cahiers à Nexon

Je vais passer 4 ans à l’école primaire du CP avec Mme PRADIER au CM1 avec Melle BOISSIERE qui deviendra Mme ROUSSIN. A l’issu du CM1 j’irai en pension et entrerai directement en 6ème.

  • Le CP, 1953-1954

Je suis entré au CP en septembre 1953 à 6 ans comme c’est la règle. La maitresse était Mme Pradier. Je ne me souviens pas bien d’elle mais je me rappelle qu’elle amenait souvent sa fille et elle se trouve sur la photo de classe. Comme l’école n’était pas mixte il est facile de l’identifier. Bernard Sanciaud la tient par l’épaule. Bernard était mon meilleur camarade, nous nous disputions les premières places. Je reconnais un certains nombre des élèves mais je les ai presque tous perdus de vue si ce n’est, sur cette photo, Patrice VALETTE et moins souvent Jean Pierre LAMONERIE. J’ai revu Christian DERLIN, à coté de moi, pendant les années 1970-1980 avec son groupe de musiciens et j’ai appris son décès en fevrier 2020.

J’ai conservé quelques cahiers et ce qui m’a frappé ce sont les leçons de morale. Elles commencent en décembre 1954 avec les vœux puis à partir du mois de janvier, tous les deux jours en moyenne une phrase qui, en les relisant aujourd’hui, me montrent que le monde a changé :

Cette phrase est d’autant plus importante pour moi que je l’entendais souvent à la maison, non seulement parce que mes parents avaient une boulangerie mais surtout parce que mon père, ayant été prisonnier pendant cinq ans, ne supportait pas qu’on ne finisse pas le morceau de pain qu’on nous avait donné.

Les autres leçons traitaient du comportement : politesse, respect, orgueil, égoïsme…

Je terminerai pas ces deux leçons sur le courage, a la fois ne pas reculer devant le danger mais aussi faire face à la douleur…

Les journées se déroulaient sur le même rythme et avec les mêmes rituels : en rang en silence devant la porte de la classe , entrée lorsque la maitresse donne le signal, debout derrière sa table, assis au signal puis leçon de morale, écriture, calcul, dictée, grammaire, récitation ou dessin, le tout entrecoupé d’une récréation le matin et l’après-midi et le repas de midi pour beaucoup pris à la cantine. La maitresse ne faisait pas de cours d’éducation physique, c’était M. DUGUET qui venait de Limoges qui les assurait les mercredi après midi ou toutes les classes de garçons montaient au stade, en rangs par quatre…

A la fin de chaque journée il avait la distribution des bons points, trois ou quatre, parfois plus, parfois moins pour ceux qui avaient bien travaillé. Nous échangions dix bons points contre une image. J’en ai gardé, du moins c’est ma mère qui l’a fait pour moi, et pour être certain que c’était bien une image donnée par la maitresse elle la signait au dos.

Image signée par Mme PRADIER, mon prénom est ajouté par ma mère pour ne pas mélanger les bons points entre ceux de mes frères et de mes sœurs.
  • Le Cours Elémentaire CE1,1954-1955

Le maitre, M. Guy BARJOU, rentrait juste de son service militaire. C’est le maitre qui m’a le plus marqué et c’est avec plaisir que je l’ai retrouvé à Limoges, alors qu’il était à la retraite et que nous participions aux mêmes conférences.

La classe de CE1 avec M. BARJOU

Les CE1 et les CE2 sont ensemble ce qui fait une classe de 35 élèves, mais il n’y avait aucun problème de discipline, M. BARJOU était naturellement respecté. Bernard SANCIAUD est au premier rang et j’ai un nouveau très bon camarade dont la maman est institutrice à l’école des filles, Jacques MATHIEU, également au premier rang. Comme pour la classe de CP j’ai perdu de vue la plupart de ces camarades de classe mais j’ai toujours gardé des contacts avec certains d’entre eux, ceux que j’ai cité de la classe du CP, Patrice VALETTE et Jean Pierre LAMONERIE que je n’ai jamais perdu de vue comme François MARCELLAUD, au dernier rang à côté du maitre, Guy DEFAYE au dernier rang… Je suis au 2ème rang, le 6ème en partant de la gauche et je porte une blouse noire. Elle était obligatoire, grise ou noire, seuls deux ou trois n’en portent pas faute de moyens insuffisants pour les parents, ce qui n’était pas le cas de Jacques, au premier rang.

C’est avec ces garçons que nous étions « de la classe ». le 14 avril 1965, nous avons passé le conseil de révision ensemble. Ce fut le dernier ou nous étions tout nu devant les autorités! Notre bal des conscrits a rempli la salle des fêtes au point qu’il était impossible de danser et la cagnotte que nous nous sommes partagée était si importante qu’elle nous a permis de sortir pendant plusieurs samedi de suite, d’aller au bal ou dans les bars comme l’Azur, rue Baudelaire, où il était de tradition de conduire les plus niais pour qu’ils perdent leur innocence…

Je n’ai qu’un seul cahier du cours élémentaire, le cahier de récitation :

M. BARJOU distribuait des bons points et j’ai gardé une image :

L’image a pour but de montrer la manière dont on s’habillait aux différentes époques. Ici c’est Louis XVI dont le costume est décrit au verso. Comme pour le CP, le maitre signe au dos, sans doute parce que ces bons points sont des images publicitaires quelques élèves malins auraient pu faire croire qu’une image trouvée dans un paquet de gâteaux était un bon point ! Le CE, 1955-1956

  • Le CE2, 1955-1956

Cette année là nous avons changé de maitre, M. BARJOU est parti à Limoges et nous sommes avec M. Albert GRAFEUILLE. Il est sorti de l’Ecole Normale en 1954, c’est donc un tout jeune prof. Nous avons eu la chance pour nos années de CE et de CM d’avoir des jeunes profs dont l’enthousiasme transparaissait dans leur manière d’enseigner. Autoritaires sans être caractériels, proches des élèves sans être familiers, dynamiques même si nous n’avons pas profité des talents de footballeur d’Albert GRAFEUILLE à la différence des jeunes de Lubersac. Il fut un excellent joueurs de la JS Lubersac avec laquelle il remporta la Coupe de la Corrèze en 1961 et dont il devint un dirigeant jusqu’à son décès en septembre 2016. Sa passion pour le sport l’a conduit à devenir prof d’EPS au collège de Lubersac puis conseiller pédagogique dans cette discipline.

J’ai plusieurs cahiers de cette classe et je dispute toujours les places du podium avec Bernard SANCIAUD. Outre ceux avec qui j’étais au CE1 je suis maintenant avec mon frère Michel, au milieu de 3ème rang, et deux camarades malheureusement disparus, Michel CANARD, au dernier rang, et Jean Claude CLERMONTEIL au 2ème rang.

J’ai plusieurs cahiers de cette année de CE2. Ce qui m’a marqué c’était les compositions. Au cours de la même journée on avait géométrie ( j’aimais beaucoup cette discipline…), leçon de chose, histoire, vocabulaire, récitation… Je joins le contrôle du vendredi 27 janvier 1956 :

Je n’ai pas réussi à être premier mais de troisième le mois précédent j’ai gagné la deuxième place et j’ai reçu les encouragements du maitre.

Ce qui me frappe c’est l’absence de note en éducation physique. Il est vrai que pendant plusieurs années il fallait avoir une tête bien faite, le corps était moins important et souvent les sportifs étaient considérés comme ayant une  » petite cervelle » ! Cette vision a bien changé et je l’ai vécu de prêt lorsque j’enseignais l’économie du sport au centre de droit et d’économie du sport a Limoges ou à la faculté des sports de Marseille ou j’ai eu l’occasion d’avoir comme étudiants des champions Olympiques, des Champions de France…

Tout bon travail était accompagné de bons points qui se transformaient en images :

L’image n’appartient pas à une série publicitaire mais provient d’une édition éducative. A l’époque la Cote française des Somalis était une colonie . Elle est devenue en 1967 le Territoire français des Afars et des Issas puis en 1977 la République de Djibouti.

  • Le CM1, 1956-1957

Avec le changement de classe, changement de maitre et c’est de nouveau un maitresse, une jeune maitresse, Melle BOISSIERE qui deviendra plus tard Mme ROUSSIN. Comme MM. BARJOU et GRAFEUILLE c’était une excellente maitresse, exigeante et sévère. Nous n’aimions pas quand elle prenait sa règle en fer et nous tapait sur le bout des doigts que nous devions tenir droits, collés les uns aux autres.

Je n’ai pas la photo de ma classe de CM1, mais peut-être qu’un lecteur de ce blog l’a ? Mais j’ai quelques cahiers et bons points.

A cette époque il ne fallait pas faire de fautes, avec cinq fautes on avait zéro. Je faisais beaucoup de fautes d’étourderie et ici avec 4 fautes j’ai 2 sur 10 !

Mais cela ne m’empêchait pas d’avoir des bons points et des images :

J’ai beaucoup insisté sur les cours de morale de Mme PRADIER en CP et je suis surpris de n’en avoir pas eu par la suite. Aujourd’hui on ne parle plus de morale mais d’éducation civique et citoyenne mais le rappel d’une morale universelle ne serait pas inutile !

II Les bons points de mon père en Belgique en 1928.

En 1928 mon père avait 9 ans et était dans une classe équivalente au CE2 que j’ai suivi.

Ses cahiers étaient remarquablement bien tenus. L’exigence pour une belle écriture était forte :

Sur cette page la correction de « l » de mal en surprendrait plus d’un aujourd’hui mais le modèle de l’écriture cursive doit être respecté.

En plus de l’exigence « calligraphique » je trouve que la morale est intéressante. C’est presque la même que celle que j’ai copié avec Mme PRADIER sous une forme que je ne connaissais pas :  » pain mal acquit remplit la bouche de gravier ».

Les bons points eux mêmes étaient de véritables leçon d’éducation civique. Sur les 11 images que j’ai trouvé j’en choisi quelques une que l’on peut toujours mettre en pratique aujourd’hui:

Si la règle est claire  » Respectons la liberté d’autrui », certaines maximes ne seraient plus acceptées aujourd’hui. C’est le cas de celle du Jeudi relative au Congo. Le territoire actuel de la République démocratique du Congo a été de 1885 à 1908 la propriété personnelle du roi des Belges, Léopold II. S’il a le pays délivré du fléau des esclavagistes venant des pays arabes ce fut au prix de confiscation de terres, de travail forcé, de bouleversement des coutumes et d’une exploitation de la population.

Au début des années 1900 une vague d’indignation nait en Grande Bretagne et se répand aux Etats-Unis. Sous la pression internationale et conscient de sa faible popularité dans son pays, en 1908, Léopold II transfert le Congo à la Belgique qui en fait une colonie sous le nom de Congo Belge. Elle accèdera à l’indépendance le 30 juin 1960 sous le nom de Congo Belge. En 1927 le mouvement anticolonialiste n’existait pas et la Belgique, comme la France, ventait les mérites de la colonisation, source de Progrès.

Le verso ne me semble pas lisible par un élève de 9 ans ni même plus âgé. Si la première phrase est facile, elle est écrite dans un style désuet. L’élève comprend t’il ce qu’est une « clause attentatoire à sa liberté  » ? On voit bien que ces bons points s’adressent à des enfants d’agriculteurs et qu’on incite ceux ci à utiliser des engrais, surtout le sulfate d’ammoniaque que l’on trouve cité dans presque tous les bons points. Comme aucun nom de marque ne figure on peut penser que c’est un moyen d’inciter les parents qui vont lire ces textes, à utiliser plus d’engrais afin d’accroitre les rendements.

Le bon point suivant traite d’un thème qui est rarement pour ne pas dire jamais en éducation civique à l’école élémentaire, celui de la défense nationale. C’est en troisième que le programme d’enseignement moral et civique aborde explicitement la défense et la sécurité. Il est vrai qu’en 1927, aussi bien Belgique qu’en France la défense était assurée par les citoyens qui effectuaient leur service militaire. Celui-ci ayant été suspendu, l’armée est devenue une armée de professionnels.

Pour la dernière image je choisi celle qui parle de l’Avenir. Il y a plein de sagesse dans les maximes qui sont proposées :

Lorsque mon père est arrivé en France l’année suivante, les bons points qu’il a obtenu ressemblent aux miens. En 1928 , ce sont des images sur des animaux, des métiers, autrefois et au verso une publicité principalement Blédine, une farine pour les enfants en bas âge Liebig. Queques rares bons points ne comportent pas de publicité.

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Sur ces bons points, le motif de leur obtention est indiqué.

Sur la série suivante on trouve la publicité Liebig. Cette marque a été créée en 1847, quand le chimiste allemand Justus von Liebig a déposé un brevet pour son invention d’un procédé d’extrait de viande de bœuf.

Au verso l’image est expliquée, mais la publicité est plus visible.

Sur la série suivante on trouve la publicité pour Blédine. Au verso le métier est expliqué mais la place réservée à la publicité est plus importante.

La série des animaux compte de nombreuses espèces avec au verso une courte description de l’animal et une très grande place à Blédine.

Le dernier bon point que je présente m’a surpris car il a été attribué à mon père pour le ménage !

Si vous avez des bons points, des images, des cahiers de Nexon ils pourront enrichir ce texte…

LOGO2Les américains à Nexon en 1918, quelques compléments.

Quelques photos pour compléter les articles publiés le 27 juillet 2015, « Nexon, une étape pour les soldats américains.. », et le 6 juillet 2018, « En 1918, 2 soldats américains se marient à Nexon ».

D’abord une photo prise par Martial DESPLANCHES, né en 1873, horloger place de la mairie à Nexon. Ce sont deux soldats américains dans une cariole. Ces jeunes étaient tous surpris par les modes de vie en France et ils prenaient des photos qu’ils envoyaient à leurs parents. Le jeune garçon en habit blanc avec un chapeau, à gauche, indiqué par une croix, est René DESPLANCHES qui sera lui aussi horloger à Nexon. Il a 9 ans.

Les autres photos ont été prises au château de La Garde. L’épouse du baron Auguste de Nexon, Gertrude RICARDO, était anglaise. Elle faisait venir d’Angleterre des nurses afin que leurs enfants parlent régulièrement l’anglais.

Quand les américains sont arrivés en France Robert, le quatrième fils du baron Auguste de Nexon, avait 28 ans. Au moment de la déclaration de guerre il effectuait son service militaire comme officier de cavalerie. Son brillant comportement pendant les combats lui avait valu d’être rapidement promu capitaine. Détaché comme officier de liaison auprès de l’armée américaine il favorisa le séjour d’un régiment à Nexon. Les officiers, ceux qui étaient logés au château de La Garde et ceux qui logeaient en dehors de Nexon, se retrouvaient pour des réceptions ou des parties de tennis avec les jeunes enfants du baron. Plusieurs photos, confiées par le baron Ferreol, montrent la famille de NEXON avec les officiers américains du 66ème régiment d’artillerie (66th CAC).

La partie de tennis vient juste de se terminer et tout le monde est réuni pour la photo. Le baron Auguste est au second rang, au centre, derrière le Colonel HOWELL. A la droite de celui-ci sur la photo, la baronne Gertrude de NEXON, née RICARDO. Sa fille Thérèse est à coté d’elle et Claire à l’autre extrémité du banc. Entre Claire et le colonel se trouve le Major MONROE.

Au second rang, à droite du baron, le Lieutenant Colonel KERFOOT. C’est lui qui commande le détachement qui séjourne à Nexon, l’autre partie du régiment est à Aixe sur Vienne. Les trois officiers supérieurs sont en uniforme et n’ont pas joué au tennis. Les trois officiers qui ont joué sont en tenue décontractée. Ils ont du jouer avec les trois filles qui, elles, sont en tenue de sport blanche. Marguerite est la première à gauche au second rang, à coté d’elle son frère Georges de NEXON, qui a 18 ans, est en costume et cravate. Il est à coté du capitaine HATCHER qui vient de disputer une partie de tennis. A coté du Lieutenant Colonel KERFOOT se trouve le capitaine RANNEY. Le dernier officier n’est pas identifié.

On remarque que pour être admis au château il faut au moins être capitaine. L’un deux pose dans l’allée qui y mène, en arrière plan sans doute la voiture du colonel.

Une autre photo a été prise un autre jour, également après une partie de tennis. On y retrouve pratiquement les mêmes personnes.

le Baron Armand de Nexon est décédé en 1912, sa veuve, née Chérade de MONBRON, est assise au premier rang, à l’extrême droite, à coté de la baronne Auguste de NEXON dont l’époux est absent. On dit que n’étant pas aussi à l’aise en anglais que son épouse il n’était pas aussi souvent présent qu’elle pour discuter avec les officiers. Une des filles qui était absentes sur la photo précédente, Jeanne, est ici la deuxième au premier rang à coté de sa sœur Thérèse qui tient sa raquette à la main.

Dans une lettre qu’elle a envoyé à son oncle Ferréol sa tante Claire, qui avait 15 ans en 1918, écrit :  » Nos amis HATCHER et RANNEY jouaient aux tennis avec nous, surtout avec mes sœurs ainées car les plus jeunes avaient surtout le droit de rouler et marquer le tennis et ramasser les balles. On jouait tout de même après. Ces officiers étaient très gentils. Ils nous ont aussi appris à danser…

Je me suis rappelé quelques noms. Je ne suis pas sur du colonel qui est assis. On le voyait peu. C’est KERFOOT qui commandait à Nexon. Ils aimaient chanter. Un soir ou mes sœurs ainées avaient chanté au piano des Negro spirituals, HATCHER avait pleuré… »

Il y a sans doute des photos de Nexon aux Etats-Unis. Les courriers que j’ai envoyé n’ont pas permis d’entrer en contact avec des familles de ces anciens soldats. M. LAVAUD qui a fait un très important travail sur la présence américaine à Aixe et Chalus a pu joindre les descendants d’un soldat qui était à Aixe. Il m’a confié quelques une des photos qu’il a reçu.

D’abord à Aixe sur Vienne : Les soldats sont toujours attirés par les charrettes tirées par des bœufs, choses qu’ils ne connaissent pas aux Etats-Unis, les églises qu’ils prennent pour des cathédrales, le tramway, les cimetières avec les nombreuses perles sur les croix … mais aussi les moments de leur propre vie avec leur toilette à la pompe, les séances d’épouage ( cootie= poux)…

La toilette

A Chalus on les voit toujours intéressés par les vieilles pierres dont ils manquent chez eux. Ils se font prendre en photo dans les ruines du château ce qui permet de voir les changements entre 19118 et 2020..

Concert sur la place

LOGO2Pour reprendre les derniers commentaires …

L’auteur du blog sur Saint Yrieix la Perche nous invite à regarder plusieurs sites qui traitent du barbichet, ceci pour actualiser le chapitre que j’ai consacré au barbichet le 6 novembre 2017 : http://etsinexonmetaitconte.fr/wp-admin/post.php?post=2363&action=edit

Il commence par une photographie qui lui donne la nostalgie du barbichet : https://saintyrieixlaperche.wordpress.com/2020/12/27/jai-la-nostalgie-du-barbichet/

Puis il nous donne l’adresse de deux sites limousin qui consacrent un article au barbichet

L’eicolau dau barbichet : https://eicoladaubarbichet.jimdofree.com/costumes/

Lou rossigno do limouzi : http://www.lourossignodolimouzi.fr/le-barbichet/

Un autre correspondant m’a envoyé des photos en me demandant si elles correspondaient au domaine de La Vigne appartenant à la famille MAZEAUD. Ayant eu par M. jacques MAZEAUD que certaines avaient bien été prise à La Vigne j’en extrait deux ou l’on voit le groupe des servantes en costume limousin, devant la maison, dans les années 1880-1890, les photos ayant été tirées de plaques photographiques.

L’article sur La Vigne et les MAZEAUD a été publié le 10 mars 2019 : http://etsinexonmetaitconte.fr/wp-admin/post.php?post=3213&action=edit

LOGO2Recherche d’informations sur la famille BALAIZE.

Claude BALAIZE qui a 85 ans et habite Senlis cherche des informations sur ses arrières grands parents qui ont vécu à Nexon.

Yrieix Balaize, son arrière grand-père est né le 27-05-1849 à Le Chalard et décédé à Nexon le 12-10-1908. Il a été inhumé dans le cimetière communal (concession 289).

Quant à son arrière-grand-mère, veuve Balaize, elle est née Marie Eléonore Léonard le 21-03-1849 à Rochechouart et décédée à Nexon le 20 janvier 194. Il n’y a pas de registre des inhumations qui remontent a cette date donc on ne sait pas si elle est inhumée dans ce caveau.

Ces deux personnes se sont mariées le 09-05-1871 à Rochechouart. Ils ont eu une fille, Balaize Marie Louise, née le 11-04-1872, veuve en 1ères noces de Gabriel Meunier-Quinsac, veuve en 2èmes noces de François Lelong, maire de Nexon. Elle est décédée le 21-07-1960 à Tulle. François Lelong est mort à Nexon le 27-03-1925.

Balaize Yrieix a d’abord été instituteur et ensuite Agent voyer et il aurait été un citoyen « actif » à Nexon !

Merci à tous ceux et celles qui pourront apporter des informations.

LOGO2En 1887 une épidémie de rougeole a fait des ravages à Nexon, 21 jeunes de moins de 10 ans décèdent entre le 6 janvier et le 21 mai, les écoles ont été fermées …

Nous vivons l’épidémie liée au Coronas virus mais dans le passé nos anciens ont connus de violentes épidémies. Sans remonter à la peste ou au choléra, la rougeole faisait régulièrement des ravages. Ce fut le cas à Nexon au début de l’année 1887.

Le 6 janvier 1887 la jeune Marie GUYONNAUD, âgée de 14 mois, décède à la petite Bouène. Le lendemain Marguerite CHARRIER n’a que 6 mois lorsqu’elle meurt. Ce sont ensuite des jeunes hommes qui décèdent, Jean LAPLAUD a 17 ans, Jean baptiste ADAM 26 ans, Charles LENFUME 27 ans …

Mais c’est au mois de mars que l’épidémie s’emballe. Le 14 mars Marie SABOURDY décède après quelques heures de vie, puis c’est Marie Lucie VERNEUIL qui a 4 mois. Et la famille VERNEUIL va être cruellement frappée avec le décès, le lendemain, de leurs deux autres filles, Jeanne âgée de 2 ans et demi et Gabrielle Marie qui a 6 ans.

Marie Lucie Verneuil

Pour enrayer l’épidémie, aujourd’hui comme hier, le confinement est la solution.

Avec l’accord du préfet le Maire ferme toutes les écoles pour 3 semaines. L’émotion est vive dans la commune.

Le Gaulois, 28 mars 1887.

Jusqu’au 24 avril douze enfants de moins de 10 ans vont perdre la vie. Après une accalmie en juin, une seconde vague, moins violente, va de nouveau frapper en juillet. le 14 juillet Françoise AUZEMERY est emportée alors qu’elle n’a que 6 mois puis, le 18, Pierre MASSALOUX qui a 14 ans et le 23 c’est François JOUHAUD âgé de 2 mois et le 25 Henri SAZERAT, un bébé de 15 jours.

Au cours de cette année terrible, 27 jeunes enfants de moins de 10 ans ont perdu la vie, 3 enfants sont nés sans vie. La commune a enregistré 70 décès dont 43 de moins de 40 ans. Les années précédentes, comme les années suivantes, le nombre des décès était compris entre 45 et 58.

Après l’épidémie le Gouvernement a interrogé l’Académie de Médecine afin de définir la durée de la mise à l’écart des élèves touchés par une maladie contagieuse, la quarantaine apparaissant trop logue pour certaines maladie et trop perturbante pour les études. Pour la rougeole, l’Académie de médecine propose un isolement de 25 jours.

Le Courrier du Centre 13 mars 1888

La circulaire du Ministre aux recteurs précise également les mesures de désinfection à appliquer.

Liste des personnes de moins de 40 ans décédées en 1887.

Trois enfants sans vie : les 20 avril, 21 mai et 19juin.

Pour ces enfants il n’était pas délivré d’acte de naissance mais un acte de présentation et il ne leur était attribué ni nom ni prénom.

LOGO2Un très bel article sur le baron Robert de Nexon dans la revue BeBridge de Novembre – Décembre 2020.

Robert de NEXON a non seulement été un grand joueur de bridge et sans doute le seul nexonnais à avoir conquis un titre de champion du monde mais il fut aussi un brillant officier et un chef d’entreprise performant. Marc MECHENOUA, qui a écrit l’article que lui consacre la revue BeBridge, a eu connaissance de mon blog et nous avons longuement échangé sur le sujet qu’il souhaitait traiter. Il m’a autorisé à mettre son article ainsi que le numéro de la revue sur mon blog, ce que je fais avec plaisir.

Que l’on soit ou non joueur de bridge on ne peut qu’apprécier la qualité de BeBridge. Cette revue a pris la suite du très ancien Le Bridgeur en le modernisant et en abordant des sujets comme la musique, le cinéma, la musique, la gastronomie …

Bonne lecture.

LOGO2Les évacués de Buhl racontent leur arrivée à Nexon

A la suite de mon article sur les évacués de Buhl, Monsieur Robert BALL m’a envoyé un article qu’il a publié dans le Bulletin communal de Buhl pour l’année 2019. C’est l’histoire de son village pendant la deuxième guerre mondiale avec une première évacuation vers la Haute-Vienne, d’abord à Darnac puis à Nexon. Il décrit le choc que cet épisode a créée chez les 335 habitants du village, alertée par le tocsin le 1er septembre 1939 et recevant l’ordre d’évacuer en 2 heures en emportant 30 kg d’effets personnels. Après 8 jours de marche et d’arrêts plus ou moins longs c’est le départ en train, sans confort et sans hygiène. Puis c’est l’arrivée au Dorat et le choc des cultures. Un grand nombre des Alsaciens ne parlaient pas un mot de français ce qui fait qu’ils ont parfois été traités de « Boches ». Mais outre la langue tout les séparaient des Limousins: le paysage, le climat, l’habitat avec des fermes dispersées alors les fermes en Alsace sont toutes regroupées dans des villages, le travail des champs avec des bœufs alors que chez eux on utilise les chevaux, la nourriture, la boisson…

La photo est prise en haut de la rue Pasteur.

Avec l’armistice c’est le retour à la maison mais une maison sous occupation et une germanisation forcée accompagnée d’un endoctrinement. C’est particulièrement dur pour les jeunes de 17 à 25 ans soumis au service du travail, le « Reichsarbeitsdienst ». puis à partir du 26 aout 1942 l’incorporation de force dans la « Wehrmacht ». La fin de l’année 1944 a été très difficile. L’arrivée des troupes américaines à Buhl le 14 décembre 1944 ne donne pas lieu à une liesse débordante car ce qui reste de l’armée allemande se prépare à une vaste offensive contre les Alliés. Des combats violents opposent le 315e régiment d’infanterie US à la 21e Panzerdivision. le 14 janvier 1945 des bombes tombent sur Buhl. Les habitants évacuent pour la seconde fois leur village qu’ils retrouveront en partie détruit, à partir du 16 mars après que la grande offensive lancée par la 2ème DB du général Leclerc ait permis la libération des villages alsaciens. Cette fois ci c’était la joie et le début d’une nouvelle vie pour cette population qui en 75 ans a changé 4 fois d’appartenance politique.

J’avais une image imprécise de la ligne Maginot. J’ai découvert que Buhl se trouvait en plein milieu de ce qui n’est pas une ligne mais un couloir de plusieurs kilomètres de large avec des postes d’observation près de la frontière, puis, environ 5 kilomètres en arrière de la frontière, une ligne de points d’appui et d’avant postes avec des blockhaus antichars devant opposer une première résistance et, à 10 kilomètres de la frontière, la LIGNE PRINCIPALE DE RESISTANCE précédée d’un obstacle antichar, un champ de rails plantés verticalement. Celui-ci est combiné avec un obstacle anti-personnel fait de réseaux de fil de fer barbelé très dense et d’ardillons, petites pointes émergeant du sol. Des barrières routières antichars permettaient d’obstruer les routes aux points de passage dans le champ des rails. Les casemates sont armées de mitrailleuses et de canons antichars. Elles ont généralement 2 étages, un niveau de combat et un étage inférieur de repos et de services (groupes électrogènes, réserves d’eau, de carburant, de vivres, ventilation, etc.). Elles sont surmontées de 1 à 2 cloches de guetteur et leur équipage est de 20 à 30 hommes.

Buhl se trouvait entre les avant-postes et la ligne principale de défense.

es constructions ont été réalisées par les Sections Techniques du Génie (STG) ou par la Main d’Œuvre Militaire (MOM).

Voici les 20 pages du texte de Robert Ball. Elles nous permettent de comprendre les drames vécus par les habitants de cette région et, avec eux, militer pour que nos enfants et petits enfants vivent dans une Europe en paix qu’il nous faut consolider.

LOGO2L’enlèvement des ordures : le fumier et les boues à Nexon de 1850 à 1950.

En France c’est Philippe Auguste qui en 1184 fut le premier roi à vouloir régler le problème de l’amoncellement des ordures et des boues dans Paris. Pour lutter contre la puanteur qui l’incommodait il ordonna le pavage des rues de Paris ainsi plus facile à nettoyer. Après lui tous les rois ont eu le soucis de faire « enlever boues et immondices des chaussées » mais les habitants rechignaient à faire ce travail.

Les quelques médecins qui pensent que les immondices jouent un rôle dans les épidémies comme celles de la peste ou du choléra ne sont pas écoutés. Il faut attendre 1506 pour que Louis XII décide la création d’un service d’enlèvement des boues de la capitale, ce service étant financé par une taxe. Les habitants n’ont plus la charge d’enlever leurs boues (c’était le nom alors donné aux ordures), les « boueux » allaient s’en occuper. Mais devant l’impopularité de la taxe l’ordonnance de 1506 ne fut pas appliquée. Les excréments sont toujours jetés dans les rues qui ne sont pas toutes pavées et il y a toujours beaucoup de boues puantes que les agriculteurs utilisent pour fertiliser leurs champs…

En 1515 François Ier reprend l’idée de son prédécesseur et demande aux parisiens de déposer leurs ordures dans des paniers qui seront ensuite enlevés par les boueux. Il demande également aux riverains de balayer devant leurs maisons avant le passage des tombereaux de ramassage, ancêtre du camion poubelle. Il exige également que les poules et les porcs ne soient plus élevées dans les villes.

Ainsi au fil du temps le ramassage des ordures est devenu un métier. Leur nom a souvent changé. Au XIIIème siècle c’était les loquetier, pattier, drillier, chiffonnier…, tous ces noms provenant du nom des étoffes usagées qui étaient ramassées : loques, pattes, drilles, chiffes… Au départ le chiffonnier collectait principalement des chiffons, mais peu à peu, il s’est mis à récupérer également des os, des vieux papiers, des métaux, des cuirs, des peaux, des cheveux. Le chiffonnier est souvent considéré comme le premier recycleur, car les matières récoltées sont transformées en de nouveaux objets.

Un pas décisif est franchi avec le nouveau préfet de la Seine. Eugène POUBELLE, à peine nommé, signe le 24 novembre 1883 un arrêté imposant aux propriétaires d’immeubles de fournir à leurs locataires des boîtes, munies de couvercles, pour recueillir les ordures ménagères. Les concierges doivent sortir ces boites quinze minutes avant le passage des tombereaux et les rentrer une fois la collecte terminée.

Le préfet Eugène POUBELLE (1831 – 1907)

Ce texte est mal accueillis par tous, surtout les chiffonniers,car ils ne peuvent plus fouiller dans les tas de déchets. Aussi le texte est révisé et les boîtes à ordures peuvent être sorties le soir laissant ainsi aux chiffonniers le temps de les fouiller avant le passage des tombereaux.

Les boîtes à ordures mettront du temps à entrer dans les mœurs et finalement elles prendront le nom de leur inventeur et les boites à ordure deviendront des poubelles.

Limoges a connue les mêmes déboires que Paris et donne l’image d’une ville sale. Les habitants déposes les immondices et les ordures dans la rue. Aussi, le 25 août 1908, le Conseil municipal adopte un arrêté obligeant les résidents à utiliser les boîtes à ordures qui seront installées dans chaque rue et qui porteront le numéro de la maison. Mais cet arrêté n’est pas respecté, les habitants utilisent des boites non réglementaires.

L’appel d’offre qui est lancé en 1912 a pour but d’organiser un nettoyage efficace. L’entreprise FARGEAUDOU qui est adjudicataire du marché de ramassage des boues et immondices ne dispose que des deux-tiers des attelages préconisés dans le cahier des charges (14 au lieu de 20 à 25). Les chevaux sont maigres et souvent blessés par les harnais, la moitié des tombereaux ne sont pas étanches et fuient… Le Maire reçoit de nombreuses plaintes mais M. FARGEAUDOU accuse les tramways départementaux de salir les rues…

Il aura fallu attendre près d’un siècle entre l’invention de la poubelle et la mise en place d’une véritable collecte et de lieux de stockage des déchets. En effet c’est la loi du 15 juillet 1975 qui confie aux collectivités locales la responsabilité d’organiser la collecte des déchets ainsi que leur traitement ou leur stockage dans un lieu agréé.

Comment les choses se sont passées à Nexon ?

A Nexon, comme partout en France dans les bourgs les gens déposaient devant leur porte tout ce qui les encombrait et à la campagne c’était mis dans un ravin, dans un taillis ou sur le tas de fumier. Si un conflit surgissait entre voisins c’était le maire qui était sollicité pour le régler.

Ainsi le 27 du mois de Mai 1790, le Maire étant absent, se présenta par devant les sieurs Annet TARRADE et Pierre SAZERAT, Officiers Municipaux, le sieur Jean Baptiste DUVERNEILH, notaire royal, habitant le bourg de Nexon, lequel a dit qu’il possédait au-devant de la Place Publique, une maison avec jardin entourée d’une muraille joignant un chemin public qui partait de la Place publique pour aller en Cornedie. Or un sieur GUYOT Laboine, huissier, était également propriétaire de l’autre côté du chemin. Le sieur DUVERNEILH exposa que GUYOT s’était approprié la moitié du chemin public et qu’en outre il avait déposé des tas de bois, de matériaux et du fumier. Il requit que la Municipalité fasse rétablir les lieux et condamner le sieur GUYOT à 30 francs de dommages intérêts pour les pauvres de la paroisse. A 14 heures le même jour, les Officiers Municipaux disponibles se transportèrent sur les lieux et dressèrent un procès-verbal constatant les litiges et entendirent contradictoirement les deux parties qui s’accusèrent de faussetés et qui requirent que lesdits officiers mesurent la longueur et la largeur du chemin, ce qui fut fait séance tenante. On ne retrouve pas trace de la décision rendue.

Le 13 mai 1813 le Maire prend un arrêté contre les sieurs Martial LIMOUSIN et Annet LELONG qui journellement se lancent des injures et en viennent à des voies de faits et encombrent de matériaux une partie de la voie publique qu’ils revendiquent. Par ces arrêtés il met en demeure les susdits de nettoyer et enlever à leurs frais tous matériaux, pierres, troncs d’arbre, bois, branches, fumier etc. qu’ils déposent ou ont déposé sur une partie de la voie publique, et leur fait défense d’en déposer à l’avenir, sous peine de poursuites devant les tribunaux de police.

Le 13 mars 1834 le conseil engage des poursuites contre SIRIEIX, aubergiste, et RICHARD, tailleur d’habits, qui se sont accaparé des terrains appartenant à la commune. Il désigne trois de ses membres pour surveiller tous nouveaux empiétements et ordonne l’enlèvement de tous fumiers, terreaux, immondices, bois et matériaux qui seraient déposés sur la voie publique.

Le 12 novembre 1854, le maire publie un arrêté interdisant de faire  » tout dépôt ou amas de fumier, bois, immondices, pailles, feuilles, litières, décombres ou autres objets nuisibles à la salubrité publique dans les rues, places, chemins et autres voies publiques »(article 1). sans doute parce qu’il était mal appliqué il a été remis en vigueur en 1885.

En septembre 1911 un appel d’offre est lancé pour l’adjudication aux enchères publiques le 26 novembre 1911 pour un bail de 5 ans afin de ramasser les « balayures et autres immondices réunis en petits tas par les cantonniers et les habitants des rues et places de Nexon ».

Le 15 décembre 1956 le conseil municipal a décidé l’achat d’un camion pour le ramassage des ordures ménagères.

Les ferrailles, chiffons, peaux de lapins étaient récupérées par deux professionnels : un artisan, M. SAUVE et l’entreprise de M. MATHIEU dont le dépôt était à la ferme du Moulin Barlet, puis dans le quartier des Garennes dans ce qui est aujourd’hui la partie à deux niveaux de l’Espace Rousseau. La rampe d’accès à l’étage pouvait supporter le passage de camions de 20 tonnes de poids total.

Le père SAUVE était connu dans toute la campagne, les enfants l’appelaient « peaux de lapin », c’était le peilharot. La peau de lapin était principalement revendue aux chapeliers qui utilisaient les poils pour confectionner des chapeaux de feutre dont la France était le premier fabriquant. La peau servait à faire de la colle très prisée des artistes peintres.

Avec le développement des intercommunalités ce sont elles qui ont pris à leur charge le ramassage des ordures et leur traitement. En 2009 Nexon adhère au Syndicat Intercommunal de Collecte et de Traitement des Ordures Ménagères de Sud-Haute-Vienne (Sictom) qui avait été créé en 1981 et dont le siège était à Saint Yrieix la Perche. Un établissement secondaire est alors créé dont les bureaux son établis a Nexon, 6 place de l’église.

En 2014 le Sictom réuni 26 communes dont il collecte et le traite les ordures ménagères de leurs 27.900 habitants et gère 6 déchetteries. Après les élections municipales, les membres se sont réunis à Nexon et ont élu à la présidence Edmond LAGORCE, conseiller municipal de Saint Yrieix la Perche.

Les administrateurs du Sictom en 2014 à Nexon

À partir du 1er janvier 2020, le service de collecte des déchets a changé de structure en devenant commun aux 15 communes du Pays de Nexon et des Monts de Châlus et en adhérant au Syndicat Départemental pour l’élimination des Déchets ménagers et assimilés de la Haute-Vienne (SYDED). En novembre 2019, les nouvelles modalités de collecte ont été présentées lors d’une réunion animée par Stéphane DELAUTRETTE, président de la communauté de communes, Bernard DELOMENIE, maire de Saint-Priest-Ligoure et Fabrice GERVILLE-REACHE, maire de Nexon.

LOGO2Hommage au Docteur Rose FORGERON (1926-2020)

Quelle ne fut pas ma stupeur en lisant mon journal de voir l’avis d’obsèques de Rose FORGERON. Depuis quelques semaines je sentais bien que la fatigue prenait le dessus mais j’étais loin de penser à une fin aussi rapide.

J’ai pris contact avec Rose FORGERON à la suite de ses commentaires sur mon site. J’ai découvert alors une personne passionnée par l’histoire de Nexon, soucieuse de l’exactitude des faits et attachée à la « vérité historique ». Après quelques échanges par mail et par téléphone elle m’a invité à lui rendre visite, chez elle, à Limoges.

C’était un véritable plaisir de passer quelques heures avec elle. Lors de ma première visite je n’ai pas été surpris lorsque je l’ai vue. La ressemblance avec sa mère était frappante, même physique, même autorité naturelle. L’autorité de sa maman avait marqué tous les gamins de Nexon qui, quelques sous en poche, allaient faire un tour dans le bazar de Madame VIGNERON, véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle on trouvait toujours quelque chose, ne serait-ce que quelques minutes de rêve. L’autorité de sa fille se lisait dans son regard et dans ses mots. Elle était le fruit de ses connaissances et de sa mémoire. Plusieurs fois elle a corrigé des erreurs que j’avais faites dans les prénoms de personnes qu’elle connaissait bien ou lorsque je lui posais une question et qu’elle me répondait « je vous l’ai déjà dit ».

J’ai aimé ces moments où, assis dans la cuisine plutôt que dans le salon pour profiter de la table ou il était facile d’étaler cartes postales, photos et vieux papiers. A chacune de mes visites elle avait préparé des documents. Conservatrice elle avait de nombreux albums, boites, cartons remplis de documents hérités de sa famille et enrichis par ses soins. Sa maman était une des rares nexonnaise qui dès les années 1930 possédait un appareil photo. Dépositaire de presse elle avait fait éditer des cartes postales et conservait des clichés des événements marquants comme les ostensions, les fêtes et bien sur la Libération. Je n’ai pas eu le plaisir de tout voir car elle en a beaucoup prêté, en particulier les ostensions et elle ne les pas tous revus. Cela la contrariait beaucoup.

Le temps passait toujours trop vite mais la pause-café était toujours la bienvenue au cours de ces moments studieux, elle me permettait de changer de sujet.

Désireuse de perpétrer la mémoire des anciens commerçants de Nexon elle a retracé toute l’histoire des commerces dans les rues principales de Nexon. Je n’avais plus qu’à illustrer, compléter. Ses lettres étaient toujours d’une belle écriture, très lisible, au contraire des ordonnances de beaucoup de médecins aujourd’hui, sans ratures tellement elle avait cherché avant d’écrire. Elle a commencé par la rue Gambetta, ancienne rue du Nord, la rue ou elle est née en 1926. Elle commence par dire qu’elle est heureuse d’être née à Nexon et cela se sentait dans ses propos. Elle voulait que Nexon soit mise en valeur et pour elle mon blog y contribuait. Mais elle ne recherchait rien pour elle, elle me disait « ne parlez pas de moi ». Par contre elle aimait dire des personnes qu’elle connaissait « c’était ma petite camarade ». Elle a insisté pour que la municipalité rende hommage à l’une d’entre elles, Lucienne LELONG. A son décès, comme elle n’avait pas eu d’enfant, elle a fait don de son patrimoine à la commune qui parlait alors de l’héritage MARCOFF. Elle n’aimait pas que seul le nom du Docteur MARCOFF soit associé à la médiathèque construite grâce à ce don. Elle m’a demandé d’utiliser mon site et de contacter le maire pour que le nom de Lucienne LELONG soit associé au nom de son mari puisque la plus grosse partie de leur fortune immobilière venait des propriétés dont elle avait hérité de son père, le docteur LELONG. Elle a été satisfaite lorsque la réalisation de l’« Espace LELONG-MARKOFF » a rétabli ce qu’elle considérait comme la vérité historique. C’est ce côté « battante » qui m’a beaucoup frappé et qui m’a rappelé sa mère, une des rare femme résistante à Nexon.

Depuis quelque temps je lui avait dit qu’en 2020 j’écrirai sur la période 1940-1945, 80 ans s’étant écoulés depuis les événements dont il a toujours été difficile de parler à Nexon. Elle a donc commencé à rassembler ses souvenirs mais dans son dernier mail, le 9 août, elle m’écrivait « J’ai essayé d ‘écrire quelques pages sur la guerre 1939-1945, je n’y arrive pas, çà me rappelle trop de mauvais souvenirs ». C’est en pensant à elle et à tous ceux qui ont vécu ces moments douloureux que j’écrirai sur cette période.

Au début de l’année 2018 une chute ayant entraîné une fracture du col du fémur elle a du être hospitalisée. Cet accident a modifié le style de nos rencontre. Nous correspondions surtout par mail et elle espérait que je puisse rapidement reprendre le rythme de mes visites. Elle ne pouvait plus conduire et venir à Nexon comme elle le faisait régulièrement. Je devais visiter ce qui fut le café de La Promenade et sa grande salle de théâtre, y sentir l’atmosphère des années 1900, parcourir les vieux journaux mais cet accident a changé sa vie…

Elle qui était médecin a très mal vécu son séjour à l’hôpital. Très soucieuse de la relation à l’autre elle a souffert de n’être considérée que comme un cas et non comme une personne. Elle a été choquée que l’on ne voit que la personne âgée alors qu’avant sa chute elle ne pensait pas à son âge tant elle était dynamique et active. Lorsqu’elle m’a écrit : « C’est lamentable ; le manque d’empathie de tout le personnel hospitalier me désespère, on ne voit pas votre maladie, on voit votre âge », elle devait se revoir, jeune médecin de santé scolaire faisant passer les visites médicales aux jeunes élèves. J’ai passé trois visites à Nexon à ce moment là et elle prenait le temps de réaliser un examen complet et pourtant nous étions nombreux, nous les enfants du « baby-boom ». Elle était admirée car, à cette époque, il n’y avait pas beaucoup d’enfant né à Nexon qui soit devenu médecin. Si pour la suite de sa carrière elle a choisi la voie de l’administration de la santé elle restait très attachée à la relation humaine.

Mon carnet de santé avec les visites médicales par le Docteur VIGNERON

Avant d’aller au lycée et de poursuivre ses études en faculté de médecine elle avait fréquenté l’école religieuse. Elle se souvenait de ma mère plus âgée qu’elle de deux ans. Elle m’a donné une photo de sa classe, une des rares ou on la voit car elle n’aimait pas être photographiée. Elle gardait de son éducation religieuse un attachement à l’Eglise. Elle m’a montré des prières que sa mère écrivait pour les cérémonies en l’honneur des soldats américains qui stationnaient à Nexon en 1918 dont certains logeaient chez ses grands parents.

Nexon 15 novembre 1931. Rose Vigneron avec le nœud blanc dans les cheveux

Son parcours scolaire et universitaire a été brillant, comme son parcours professionnel. Il l’a conduit à diriger la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales, la fameuse DDASS dont elle devait être l’une des rare femme directeur. Elle n’aurait pas aimé que j’écrive « directrice », fidèle à la tradition dans laquelle elle a été élevée.

A la tête de la DDASS je suis certain qu’elle a toujours cherché à garder au même niveau le coté sanitaire et le coté social de cette institution. Une fois à la retraite elle a toujours suivi les activités des associations qui s’occupent des « enfants de la DDASS » et assistait à leurs assemblées générales.

Le docteur Rose Forgeron chez elle ( Merci à sa fille, Pascale Forgeron – Sirieix)

Son départ rapide a surpris tout ceux qui la connaissaient. Elle laisse un grand vide et pour paraphraser l’écrivain et historien malien, Hamadou Hampâté Bâ, je dirai qu’avec sa mort c’est une bibliothèque qui a disparu.

Mes condoléances à sa fille Pascale et ses petits-enfants Clément et Eloi.

LOGO2Les réfugiés (évacués) Alsaciens en Juin 1939 : 335 seront hébergés à Nexon

Pendant presque un an, de septembre 1939 à septembre 1940, 67 000 Alsaciens originaires du Bas-Rhin ont vécu dans la partie rurale de la Haute-Vienne, Limoges ayant été exclue à cause du risque de bombardement qui pesait sur elle. En quelques jours la campagne limousine a vu sa population augmenter d’un tiers, ce qui n’a pas été sans poser des problèmes.

Les réfugiés n’ont pas toujours été accueillis à bras ouverts car les circonstances ne s’y prêtaient pas. Le 2 septembre est le premier jour de la mobilisation pour tout le territoire et en même temps c’est l’ordre d’évacuation pour la zone frontalière.

La guerre était déclarée mais c’était la « drôle de guerre », un grand nombre des réfugiés parlaient alsacien entre eux ce qui les faisaient prendre pour des allemands, comme ils répondaient souvent par « ya-ya », on finit par les appeler les : Ya-yas. Le confort qui leur était offert était souvent des plus spartiate : granges, salles de bal, pas toujours l’eau courante et souvent les WC au fond du jardin. Les réfugiés arrivaient fatigués par un long voyage qu’ils n’avaient pas choisi avec très peu d’affaires, 30 kg par personne. Compte tenu de la mobilisation la SNCF est obligée de mettre en service tout son matériel, y compris les wagons à marchandise. Les personnes s’entassent au milieu des bagages.

Il a fallu plusieurs mois pour apprendre à se connaitre, pour que tous les problèmes administratifs soient réglés, que les conditions de logement s’améliorent. Peu à peu la solidarité à pris le pas sur la méfiance. Des activités communes dans le sport et la culture se sont développées et parfois des amitiés durables sont nées.

Et pourtant l’hypothèse d’une arrivée massive de réfugiés en Limousin était prévue depuis 1933 !

  1. Les préparatifs pour une évacuation en cas de guerre

La construction d’une ligne fortifiée, la ligne Maginot, à partir de l’année 1929, s’effectue à une dizaine de kilomètres de la frontière afin d’éviter un conflit diplomatique avec l’Allemagne. Mais de faisant plusieurs centaines de communes vont se trouver encastrée entre cette ligne et la frontière. Comme de leur côté les allemands ont construit une ligne de défense analogue, la ligne Siegfried, le seul type de guerre qui en résulte pour l’Etat-major est une guerre de position. On imagine la future guerre comme un Verdun bis !  Pour préserver la population de ces communes on va prévoir son évacuation dès les premières menaces.

Une circulaire du ministre de l’Intérieur d’août 1933 désigne la Haute-Vienne et la Dordogne pour accueillir le Bas-Rhin. Ces fiançailles sont confirmés par l’instruction générale du 18 juin 1935 et la Haute-Vienne est désignée pour recevoir les habitants des arrondissements de Wissembourg, Haguenau, Strasbourg-Campagne et Saverne du Bas-Rhin.

Les administrations des départements concernés planifient ce grand mouvement de population sous l’autorité du ministre de l’Intérieur et en relation avec l’Armée, sans savoir quand il aura lieu et peut-être avec l’espoir que ce ne soit jamais ! Les premières années les administrations travaillent sans pression excessive, la menace de guerre étant diffuse. Les choses changent à partir de 1936 lorsque l’Allemagne remilitarise la Rhénanie. Elles s’accéléreront avec le début de la guerre d’Espagne qui ouvre un nouveau front de réfugiés potentiels.

L’année 1938 voit la mise en forme d’un plan double : le plan d’évacuation appelé « plan de repliement de la population civile de la partie nord du département du Bas-Rhin » et celui de la réception dans la zone de repliement.

L’Armée délimite des zones militaires :

  • La zone avant, comprise entre la frontière et la ligne Maginot, doit être évacuée dès la déclaration de guerre.
  • La zone arrière qui sera évacuée en fonction des besoins de l’Armée.
  •  La zone de repliement qui comprend les autres communes du département.

Le préfet du Bas-Rhin dresse la liste des communes de la zone avant avec le nombre potentiel d’évacués civils qu’il transmet au préfet de Haute-Vienne. 84 communes qui touchent la frontière seront évacuées dès l’ouverture des hostilités. 96 autres communes constituent la zone arrière dont la population sera évacuée selon les besoins.

Au début de l’année 1939 une carte prévoit la répartition de la population alsacienne évacuée dans les communes de la Haute-Vienne.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Les quatre arrondissements alsaciens sont ainsi répartis : l’arrondissement de Saverne est rattaché à l’arrondissement de Bellac, celui de Wissembourg est partagé entre les cantons de de Laurière, Eymoutiers et Châteauneuf-la-Forêt), celui de Haguenau se retrouve sur l’ancien arrondissement de Saint Yrieix et l’arrondissement de Strasbourg-Campagne couvre celui de Rochechouart augmenté des cantons de Nieul, Aixe-sur-Vienne, Châlus. Nexon n’est pas désignée pour recevoir les évacués de l’avant mais doit être prête pour ceux de la zone arrière.

Partant d’un ratio d’accueil de 32% pour l’évacuation et de 50% si on ajoute le repli on a déterminé les capacités d’absorption des 4 zones.  

2. L’arrivée des réfugiés

Dans les villages, chaque maison avait été répertoriée et dotée d’un numéro d’ordre. Toutes les caractéristiques de la famille étaient connues : nombre d’adultes, d’enfants ou de vieillards, d’infirmes, malades, … ainsi que les moyens de transport dont pouvait disposer la famille pour se rendre à la gare de rassemblement. La seule chose qu’ignoraient les personnes c’était leur destination.

Le 1er septembre, dans les villages concernés, une annonce de ce type est faite à la population :« dans une heure et demi, le village sera évacué, les villageois devront être prêts à partir sur …, vous emmenez une petite valise avec quelques effets personnels, les portes des étables devront être ouvertes et les animaux mis en liberté ».

Les premiers évacués alsaciens arrivent de Wissembourg par 2 trains dans la nuit du 3 au 4 septembre 1939 en gare de Saint-Sulpice-Laurière. Les 468 personnes du premier train sont dirigées sur Magnac-Laval et les 715 du second train vont vers le Dorat et Dinsac. Entre le 6 et le 16 septembre se sont en moyenne 4000 personnes qui arrivent chaque jour et au total, au 1er octobre l’administration a recensé 58 784 arrivants.

Leur voyage est décrit par Raymond STROH, évacué de Kilstett, comme située à 15 km au Nord de Strasbourg pour aller à La Roche l’Abeille. Ce voyage est transcrit dans le Bulletin Municipal de La Roche l’Abeille d’Août 2017 : « 

Lucie et Ida KRESS, filles de Rosalie KRESS née Henninger, évacuées avec leur mère, le père étant mobilisé ; elles avaient respectivement 16 ans et 9 ans en 1939 : « Ma grand-mère attela deux vaches au chariot, en hâte ma mère ramassait quelques vêtements, le nécessaire, dans des sacs de toile, des taies d’oreiller, nous n’avions pas de valises. Une fois assis sur le chariot (…) grand-mère donnait le coup de fouet pour faire avancer notre attelage et nous partions avec tous les villageois. (…) deux jours plus tard, arrivés à Marlenheim, nous étions embarqués dans des wagons à bestiaux. Le cœur lourd, j’ai vu repartir ma grand-mère pour aller s’occuper des vaches. C’était le soir du 3 septembre que notre train s’ébranla et nous entraina vers l’inconnu.

Le voyage dura trois jours, nous étions trente, voire quarante personnes dans le même wagon, à même le plancher recouvert de paille (…). Aux arrêts du train, la Croix Rouge nous donnait à boire et à manger (…). Quand notre train s’arrêta une dernière fois, nous étions arrivés à La Meyze. On nous demanda de descendre avec nos affaires, pour aller rejoindre à pied notre village d’accueil, La Roche l’Abeille.

(…) Au milieu de la nuit, à notre arrivée sur la place du village, le maire a fait débarrasser les meubles, tables de la mairie et de l’école, de la paille fut étalée par terre, afin que nous puissions dormir. Nul n’était au courant de notre arrivée.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Nexon n’est pas concernée par les premières arrivées et un plus grand nombre de communes que dans le plan initial sont dans la même situation. Cela ne va pas durer.

3. L’arrivée des réfugiés à Nexon

Darnac, dans le nord du département, a accueilli les évacués de Niedersteinbach auxquels se sont ajoutés ceux de Buhl soit 614 évacués pour 937 habitants ce qui constitue une charge très lourde de 65 % soit le double de la norme fixée à 32%. Très vite le maire de Darnac est confronté aux plaintes et aux revendications des évacués, insatisfaits des conditions d’accueil qui leurs sont faites. Par exemple les membres des familles nombreuses ne veulent pas être séparés et refusent les logements proposés, souvent trop petits. Malgré la médiation du sous-préfet toutes les difficultés ne peuvent pas trouver de solutions et le départ des habitants de Buhl est inéluctable.

Nexon n’a pas encore reçu d’évacués de la zone  » arrière  » aussi la commune va être désignée pour accueillir ceux de Buhl. Les 16 et 17 novembre 1939 les 335 évacués de Buhl quittent Darnac et prennent la route pour Nexon.  Pour les 2580 habitants de Nexon c’est une charge de 13%, très en dessous de la moyenne théorique fixée par l’administration.

Buhl est une petite commune rurale qui compte en 1939 un peu plus de 400 habitants qui vivent en majorité de l’agriculture. En décembre 1944 de terribles combats opposèrent américains et allemands et le village, délivré le 16 mars 1945, fut détruit aux deux tiers.

Comment ont été logés ces personnes ? Il ne semble pas qu’il y ait eu des difficultés pour loger les 335 évacués de Buhl. 56 familles ont offert de 1 à 5 pièces et certains plus comme TREZEL avec 13 pièces dans lesquelles sont accueillis 16 adultes et 3 enfants, DUMONT qui offre une grande salle et 6 pièces et GUYOT 5 pièces et un immeuble.

Le témoignage de Raymond STROH montre la diversité des situation et la grande précarité de certains :  » Dans le bourg de La Roche l’Abeille, par exemple, dix familles, soit 59 personnes ont été hébergées dans le presbytère. Comme il n’y avait pas de cuisine, cette dernière était faite collectivement à l’ancien café restaurant Barry, à côté de la mairie. L’approvisionnement en eau se faisait à la fontaine qui se trouvait près du Monument aux Morts. »

« Au village de Royères, les 26 membres de cinq familles « kilstetters » occupaient les vieux bâtiments en bordure de route et les granges de la ferme.

« Les conditions de logement étaient vraiment très précaires, Lucien Hommel ( famille Margraffs n° 170 a) raconte que, dans un premier temps, sa famille fut hébergée dans deux pièces pour 17 personnes, sans eau ni électricité »

Le plus souvent il n’y avait pas de moyens de chauffage, mais heureusement, selon les témoignages, l’hiver 39/40 ne fut pas très rigoureux.

Si elles avaient un toit, les familles manquaient d’équipements pour leur logement : matelas, draps, couvertures mais aussi vaisselle et vêtements…

Les feuilles d’attribution des logements indiquent les besoins en lits et les poêles apportés. Au total il faut 196 lits et petits lits. Une feuille isolée donne une liste de personnes ayant fourni matelas et couverture mais la liste est loin d’atteindre les 150 couvertures et les 20 matelas indiqués dans le titre ! On peut supposer qu’ils ont été trouvés.

Assez rapidement la presse locale relaye les appels aux dons lancés par les autorités ou les comités qui se sont constitués, comme celui des Limousins de Paris présidé par le général A. MARIAUX, alors Gouverneur des Invalides.

Le Populaire 1 décembre 1939

Le préfet organise le 17 décembre une « Journée alsacienne » dans toutes les communes. Au cours de cette journée des insignes sont vendues au profit des évacués.

Pour le canton de Nexon ce sont 1012 évacués qui étaient présents en avril 1940. Nexon, chef-lieu du canton et commune la plus peuplée en accueille le plus grand nombre,335, devant La Roche l’Abeille (263) et Janailhac (242). Trois communes n’ont reçu aucun alsacien : Meilhac, Rilhac-Lastours et Saint-Hilaire les Places.

Les trois communes ce Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest Ligoure ont accueilli ensemble 550 personnes. En 2004 elles se sont regroupées pour organiser un jumelage avec Kilstett, commune située à 15 km au Nord de Strasbourg dont les habitants avaient trouvé refuge dans ces communes en juin 1939.

4. La création de « villages alsaciens » pour résoudre les difficultés de logement

Fin septembre 1939, constatant que les capacités d’accueil existantes étaient insuffisantes pour faire face à l’arrivée probable d’une masse de réfugiés de la zone arrière les autorités limousines décident la création de plusieurs « villages alsaciens ». Il s’agit d’un ensemble d’une dizaine de bâtiments, à l’écart du bourg, avec cuisine, installations sanitaires, réfectoire et alimentation en eau potable. Cela devait ressembler aux villages limousins mais au lieu de constructions en pierre il s’agissait de baraques en matériaux légers avec couvertures fibrociment et tôle ondulée galvanisée avec une vie collective imposée. En fait de villages on a construit des camps avec des baraques. A la mi-octobre, les travaux sont commencés pour 7 communes : Le Dorat, La Meyze, Nexon, Saint-Germain-les-Belles, Saint-Junien, Saint-Paul-d’Eyjeaux et Séreilhac. Le tableau suivant donne le programme de construction en novembre 1939 et la réalisation en juillet 1940.

Avancement des travaux en juillet 1940

Au printemps 1940, les villages alsaciens projetés à l’automne 1939 ne sont pas terminés mais ils sont sortis de terre. Sur les 96 baraquements prévus, 18 sont réalisés et pourtant ils ne sont pas utilisés. Pour quelles raisons ? Il semble que très rapidement, au moins à la fin du mois de novembre 1939, l’idée de ce qui apparaît comme la création de camps d’hébergement n’entre plus dans les objectifs de l’administration centrale mais le préfet de la Haute-Vienne poursuit le programme afin de parer à un nouveau flux de réfugiés.

En septembre 1940 l’inventaire de l’Ingénieur des Ponts et Chaussées montre que le programme de novembre 1939 est globalement réalisé : 86 baraques sont construites pouvant héberger 4492 personnes auxquelles il faut ajouter les 6 baraques de Saint Germain les Belles qui ont été remises à l’autorité militaire. On peut se demander si le décompte de juillet traduisait exactement la réalité ? Comment en moins de 2 mois le programme a t’il pu être pratiquement réalisé en construisant 74 baraques ?

Inventaire dressé le 18 septembre 1940 par l’Ingénieur des Ponts et Chaussées des baraques construites. (ADHV 187 W 41)

Les craintes du préfet étaient fondées puisque l’offensive allemande du 10 mai 1940 conduit à une nouvelle vague d’évacuation : 33 000 Alsaciens quittent la région. Le 14 mai 1940 le préfet écrit au maire de Nexon pour lui annoncer l’arrivée probable de 343 nouveaux réfugiés.

Au moment ou il écrit sa lettre et annonce 343 réfugiés supplémentaires le préfet savait que le camp était sorti de terres et que des réfugiés pourraient y être logés puisque la veille, le 13 mai, il écrit au maire de Nexon pour lui demander de rechercher une famille de réfugiés pour garder les baraquements.

Sont-ils effectivement arrivés ? Je n’ai pas trouvé de traces dans les archives municipales. Les voisins du camps ont dit à Tessa RACINE lorsqu’ils ont été interrogés pour son documentaire « Le camp fantôme » qu’il n’y avait jamais eu de réfugiés au camp. Ce document et une lettre adressée à Madame LEDUC le 25 juillet 1940 porte comme adresse « Camp des réfugiés, baraquement 12 ». Il est donc probable que le camp ait accueilli des réfugiés.

5. La vie des réfugiés

A Nexon toute la population de Buhl était réunie et sa vie administrative dépendait de son maire, replié avec son conseil. Il continue à administrer la ville de Buhl comme si rien n’avait changé. De même les élèves retrouvent leurs professeurs, les pasteurs et les curés leurs paroissiens et les contribuables leur percepteur. A Nexon on trouvait, en plus, les bureau de poste de Mertzwiller et de Reischoffen avec leur personnel.

Un décret de décembre 1939 prévoit que les communes évacuées restent placées sous le régime en vigueur dans leur département. Le statut spécial qui a été accordé en 1919 avec les spécificités liées à l’école et à la religion sera parfois source de frictions.

Le Populaire 8 décembre 1939

Lorsque c’est possible, l’enseignement donné aux enfants évacués doit demeurer spécifique et doivent correspondre aux programmes spéciaux aux départements concernés. C’est facile lorsqu’il est facile d’organiser des classes autonomes mais c’est contraire au principe d’intégration. La solution est préconisée est d’organiser des classes communes mais se pose alors la question des locaux. des programmes de constructions avec des baraquements sont lancés mais les délais de réalisation dépassent parfois le temps de l’année scolaire. On a également utilisé le système de classes par demi journée. Le matin, de 8 heures à midi, un groupe est dans la classe et l’après midi il fait du sport ou des travaux pratiques. L’après midi, le second groupe classe prend le relais. Et pour permettre satisfaire la durée hebdomadaire des cours il y a classe le jeudi.

Pour renforcer les services municipaux le Préfet de la haute-Vienne écrit aux maires le 28 mai pour leur indiquer qu’avec les nouveaux évacués se trouvent des instituteurs sans emploi qui peuvent apporter leur concours aux communes dont les taches sont accrues du fait de la présence des réfugiés.

Les frictions qui ont existé étaient souvent liées à l’enseignement religieux. Au programme en Alsace-Lorraine il heurtait les enseignants des écoles publiques soucieuses du respect de la laïcité. L’Inspectrice alsacienne, après avoir visité 83 communes s’inquiète auprès de sa hiérarchie de l’activisme du clergé catholique et elle croit de son devoir  » de faire connaître l’existence de deux courants contraires prêts à s’affronter; un courant d’anticléricalisme qui va s’exaspérant et une tendance marquée à abuser de la situation ».(Rapport de l’Inspectrice à l’Inspection générale, 2 novembre 1939. ADHV 3 R 16). Nexon n’était pas concernée car les évacués de Buhl n’étaient pas encore arrivés. Lorsqu’ils sont arrivés les élèves nexonnais avaient repris la classe depuis le 2 octobre. Je n’ai pas trouvé trace de la manière dont la question scolaire a été réglée.

Dans certaines communes le fait que des cérémonies religieuses soient faites en langue allemande a exacerbé les tensions entre les communautés. Maude WILLIAMS cite un certain nombre de cas mais pas en Haute-Vienne si ce n’est le peu d’empressement à prendre part à la création du Foyer alsacien comme il s’en crée dans toutes les communes ou se trouvent des évacués. Maude Willliams. La communauté catholique d’Alsace Lorraine face aux évacuations septembre 1939 – mai 1940. Annales de l’Est, Association d’historiens de l’Est, 2014, La Lorraine (1814-1940) Invasions et occupations, pp.203-226. ffhal-01740475f

Pour vérifier la qualité des logements offerts aux réfugiés des contrôleurs sont recrutés soit parmi les juges de paix en activité ou à la retraite, soit parmi les ingénieurs subdivisionnaires. C’est dans cette dernière catégorie que sera recruté le contrôleur pour Nexon. Mais il ne semble pas qu’il y ai eu de problèmes importants vu le ratio réfugiés/habitants de 13%, l’un des plus faible du département.

Les personnes logeant reçoivent une indemnité de un franc par jour pour un lit d’une personne et de 25 centimes s’il ne couche pas dans un lit fourni par le propriétaire.

Le Populaire 3 décembre 1939

Pour faciliter les relations entre les deux populations on incite les habitants des communes limousines à inviter les alsaciens aux fêtes et aux manifestations religieuses. Il y a bien parfois des incompréhensions entre les réfugiés en majorité protestants et les limousins catholiques. Mais Noel est une fête chrétienne et tous sont invités à participer aux différents arbres de Noel.

Le Populaire 27 décembre 1939
Le Populaire 21 décembre 1939

Des équipes de foot se rencontrent, des fêtes sont organisées mais le regard alsacien est relativement sévère sur les manières de vivre limousines. Dans de nombreuses lettres ils s’étonnent des conditions de vie frustes avec des toilettes au fond du jardin, de l’eau que l’on puise ou que l’on va chercher à la fontaine, l’électricité peu fréquente, la cheminée qui fume en guise de chauffage…

Pendant leur séjour en Limousin de nombreux évacués ont manifesté leur reconnaissance comme ici à Cognac la Foret :

Le populaire 25 octobre 1939

6. Le retour des évacués

Dès l’armistice du 22 juin 1940 les Allemands exigent le retour au pays des Alsaciens-Mosellans évacués en 1939. Ces retours ont ainsi été organisés :

– de fin juillet à début octobre 1940, 228 000 personnes, avec des trains spéciaux de rapatriement ;

– à partir de novembre 1940, 20 000 personnes par des liaisons ferroviaires régulières ;

– le restant de la population a emprunté les cars, voitures particulières, camions et autres moyens divers de rapatriement.

Les premiers à partir furent les réfugiés des communes du Sud et Sud-Est de la Haute-Vienne qui partirent dès le 2 août puis en remontant vers le Nord du département les départs se sont échelonnés jusqu’au mois d’octobre.

Pour Nexon les départs ont eu lieu du 12 au 21 août et du 11 au 30 septembre. Par exemple un train est parti le 1er septembre venant de Bussière Galant et 50 personnes à Nexon.

Un nouveau train doit partir de Nexon le 15 septembre à 11h02. le maire et le représentant des réfugiés ont reçu le télégramme annonçant ce départ la veille à 8h30.

Le voyage de retour ne se passe pas dans les meilleurs conditions si l’on en croit la lettre qu’adresse, le 9 septembre, le chef du convoi du train de réfugiés n°2 en provenance de Bergerac au Maire de Nexon. parti depuis le 6 septembre son train avec 712 voyageurs est bloqué en gare de Nexon. Il demande du ravitaillement en précisant que beaucoup n’ont pas d’argent et un local avec de la paille ou ils puissent dormir. Triste retour !

Mais tous les évacués ne sont pas retournés en Alsace, soit parce qu’ils ne voulaient pas être « germanisés », soit parce que les autorités d’occupation leur ont interdit le retour dans leur commune placée sous administration allemande. C’est ce qui c’est passé pour les Juifs, une circulaire du préfet de la Haute-Vienne aux maires datée du 29 juillet 1940 leur indique clairement que les Alsaciens israélites étaient interdits de retour.(ADHV 187 W 5).

A l’arrivée, tout ne se passe pas très bien, car beaucoup de maisons avaient été pillées malgré l’engagement des autorités de les surveiller.

Il faut dire un mot aussi des jeunes gens qui, réfugiés en Limousin, se sont trouvés, à leur retour, enrôlés dans l’armée allemande. certains sont morts au front, d’autres sont intervenu sur le territoire national et ont participé aux exactions des nazis, c’est la douloureuse histoire des « malgré nous ».

7. 80 ans après le retour

Dans certaines communes de solides liens d’amitié se sont noués pendant ces mois de cohabitation entraînant par la suite, parfois plusieurs dizaines d’années après. Ainsi en mai 1981 Bessines et Morterolles firent un voyage à Schoenenbourg et ses communes voisines qui déboucha par la suite sur un Jumelage. De même Saint Yrieix la Perche et La Wantzenau sont jumelées depuis 1971 et se visitent à raison d’une rencontre tous les quatre ans, la dernière ayant eu lieu à Saint Yrieix en 2018. Le Jumelage entre Le Dorat et Wissembourg a eu lieu en 1998-1999. Saint Hilaire Bonneval et Auenheim ont signé un pacte d’amitié en 2012 et se rencontrent régulièrement. Depuis 2016, Saint-Léonard de Noblat et Drusenheim, déjà jumelées, ont décidé que les deux harmonies ne forment qu’un ensemble baptisé « Orchestre Alsace Limousin ».

Dans le canton de Nexon, comme nous l’avons déjà indiqué, les trois communes de Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest-Ligoure sont jumelées avec Kilstett depuis 2004. Des échanges réguliers ont lieu et les manifestations du lien Alsace-Limousin sont visible des deux cotés. La Meyze, qui avait accueilli 70 évacués de Kilstett ayant quitté la Roche l’Abeille pour trouver mieux dans cette commune, participe aux échange avec ses communes voisines.

A Nexon il n’y plus de traces de ces 335 alsaciens de Buhl qui y ont passé près de 10 mois. Une volonté d’oubli ou un repli sur soi ?

Beaucoup d’autres points pourraient être abordés comme les indemnités aux évacués et aux loueurs , leur activité pendant cette période…

Cette lettre de Camille CHAUTEMPS, Vice Président du Conseil, radical socialiste au début de sa carrière puis soutien de Pétain en 1940, il pose des questions qui reviennent de manière récurrente chez les libéraux : est ce que les indemnités versées à une personne sans emploi sont un frein à la recherche d’un travail ? Quand une personne trouve un travail doit-il continuer à percevoir des indemnités ? Un demandeur d’emploi peut-il refuser une offre lucrative s’il est en mesure de s’acquitter de la tache qui lui est proposée …?

Pour en savoir plus : Daniel BERNUSSOU, UNE SAISON D’ALSACE EN LIMOUSIN, Septembre 1939 – Septembre 1940 http://bernussou.daniel.free.fr/