Une histoire illustrée de nexon
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C’est un beau document datant du 7 vendémiaire an 5 de la république (28 septembre 1796) que j’ai découvert aux archives départementales. Il s’agit d’un arbitrage entre deux voisins, LEBRUN et CANTILLON, l’un ayant abattu des arbres que l’autre considère comme étant sur son terrain.

Les arbres se trouvent dans le bois de La Fayanne. Ce bois a sans doute disparu aujourd’hui, il était situé près du ruisseau de la Grave, entre le Brouillet et Grand Village.

Les partis ont demandé un arbitrage. C’est une forme de règlement d’un litige qui ne passe pas par un juge mais par un arbitre choisi par les deux partis et dont la décision est sans appel. Le juge arbitre est M. MOULHAC.

Pour rendre sa décision il a établi un plan précis du terrain avec chaque souche. Mais en 1796 il n’y a pas de cadastre aussi faut-il faire des calculs pour savoir où passent les limites. C’est ce que fait M. MOULHAC. Il trace plusieurs triangles et quadrilatères afin de déterminer les limites précises de la propriété de chacun.

Les mesures utilisées sont celles de l’ancien système. En effet système métrique décimal a été adopté par le décret du 18 germinal an III (7 avril 1795) « relatif aux poids et mesures » . Ce décret supprime et interdit toute autre unité de mesure et la loi du 19 frimaire an VIII (10 décembre 1799) prévoit la diffusion de cette unité de mesure au moyen d’étalons calqués sur un mètre de référence, l’étalon mètre en platine conservé au Pavillon de Breteuil.

La mesure agraire utilisée était la sétérée. Une sétérée était obtenue en multipliant les longueurs mesurées en perches. Les sétérées étaient construites avec un nombre variable de perches carrées, les plus fréquentes étant les sétérées de 324 perches, un carré de 18 perches sur 18, de 400 perches (20 x 20), de 576 perches (24 x 24) ou de 900 perches (30 x 30).

la toise était l’ancienne mesure de longueur qui valait 1,949 m. Elle se subdivisait en 6 pieds, 72 pouces, 864 lignes et 10 368 points.

M. MOULHAC trace une ligne entre deux points M et N, du prés de la Grave à celui de Bataille comme points incontestables.

A partir de là il calcule la surface des différents triangles mais j’ai du mal a trouver les mêmes chiffres que lui!

Sa conclusion est que les arbres abattus ne sont pas sur la partie du terrain qui est contestée.

Il reste à régler les honoraires : « Reçu pour les honoraires de mon transport, celui du plan géométrique et remise de mon procès-verbal la somme de cent soixante-huit livres. »

Ce documents nous montre que les conflits de limite de propriété ne sont pas nouveaux, que celui-ci s’est réglé par l’arbitrage, une forme de règlement des conflits qui est rarement appliquée aujourd’hui ailleurs que dans le commerce international et sans doute que l’expert a effectue des calculs que ses clients n’étaient pas capables de contester. En tout c’est un beau documents et c’est pour cela que j’ai choisi de le publier sur mon blog.

A sa création la gare de Nexon était située sur une des lignes de la compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (P.O.). C’est l’une des cinq grandes compagnies privées de chemin de fer qui se partagent le réseau en France. Elle a été créé le 13 août 1838 pour exploiter la ligne de Paris à Orléans et ses embranchements que l’Etat a concédés à Casimir LECONTE (1796-1867) pour 70 ans.

I- De la Compagnie d’Orléans à la SNCF

La première mise en exploitation de la ligne date du 20 septembre 1840, mais elle ne dessert alors que Corbeil via Juvisy. La ville d’Orléans n’est atteinte que le 2 mai 1843.

En 1852, la Compagnie d’Orléans absorbe la Compagnie du chemin de fer de Tours à Nantes puis, par rachat et concessions, elle met en service les lignes Paris-Bordeaux en 1853, Paris-Clermont-Ferrand via Bourges en 1855 et rachète la Compagnie du Grand Central avec ses lignes du sud-ouest et du Massif central.

L’ouverture au trafic du tronçon Paris-Orléans fut suivie d’Orléans-Vierzon (20 juillet 1847), Vierzon-Châteauroux (15 novembre 1847), Châteauroux-Argenton-sur-Creuse (2 mai 1856) pour arriver à Limoges le 2 juin 1856.

La ligne Limoges-Périgueux par Nexon a été mise en service le 26 août 1861 et celle de Limoges à Brive via Nexon le 20 décembre 1875.

Du fait de la forte croissance du trafic, la première gare d’Austerlitz mise en service le 20 septembre 1840, va vite devenir trop petite. Elle est agrandie en 1846 mais rapidement il devient nécessaire d’en construire une nouvelle.  Elle se caractérise par sa grande halle métallique dont les fermes reposent sur les principes de Camille Polonceau (1813-1859), ingénieur inventeur de l’architecture métallique qu’utilisera par la suite Gustave Eiffel.

Achevée peu avant le début de la guerre de 1870, la grande halle, désertée par les trains, sera utilisée comme atelier de fabrication de ballons à gaz.

La concurrence entre les Compagnies et celle de plus en plus forte de l’automobile va entraîner des déficits croissants. la crise économique qui a débuté en octobre 1929 ne va faire qu’accélérer le phénomène et laisser apparaître une faillite économique du système.

Le 31 août 1937, une convention crée la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), société d’économie mixte dont l’Etat détient 51% du capital et les anciennes compagnies 49 %. La convention entre en vigueur le 1er janvier 1938. A partir de cette date la SNCF exploite toutes les lignes, celles appartenant jusque-là aux cinq grandes compagnies et celles du réseau d’Alsace-Lorraine et du réseau de l’Etat.

Le Populaire 1er septembre 1937

La Compagnie d’Orléans a transféré son réseau, dont elle reste toujours concessionnaire, à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et devient une compagnie financière.

II – Le syndicalisme cheminot national

Avant la reconnaissance du droit syndical par la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 avaient été créées des organisations comme la Société fraternelle des mécaniciens français ou l’Association des employés des chemins de fer français mais elles avaient du mal à se développer malgré l’appui de députés comme Charles Alfred de JANZE (1822-1892) qui menèrent une lutte contre les pratiques des compagnies de chemin de fer.

Le premier syndicat professionnel des employés des chemins de fer fut créé en 1884 par un chef d’exploitation, PETIT, qui en fut le président jusqu’en 1893. Opposé à la grève ce syndicat devint vite réformiste aussi le mécanicien GUIMBERT le quitte pour fonder en 1885 le Syndicat général professionnel des mécaniciens et chauffeurs, conducteurs de machines à vapeur.

En aout 1890 la création de la Chambre syndicale des ouvriers et employés de chemins de fer donna un véritable élan au syndicalisme cheminot. Elle élabore un programme revendicatif sur la réglementation et la durée du travail, les retraites, la nationalisation des chemins de fer… En avril 1895, elle changea de nom et devint le Syndicat national des chemins de fer qui rallia la CGT dès sa création au congrès constitutif de Limoges en septembre 1895.

La grève de 1910. Affiche de Jules GRANDJOUAN (1875-1968)

Entre les deux courants opposés, l’un réformiste et l’autre révolutionnaire se développe une voie centriste qui conduit le Syndicat national à regrouper en 1909, près de 60 000 adhérents répartis dans environ 250 syndicats locaux.

Au cours de cette période de nombreux syndicats virent le jour, limités souvent à un métier, une région ou une compagnie.

Les conditions difficiles engendrées par la guerre de 1914 – 1918 conduisent à un regroupement qui s’opère en février 1917 et donne naissance à la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer de France, des colonies et pays de protectorat, affiliée à la CGT. Elle publie « la Tribune des Cheminots ».

Par la suite des scissions et de nouvelles créations virent le jour certains refusant l’adhésion à la CGT, d’autres choisissant une voie réformatrice, d’autres une vision catégorielle.

En 1920 un grève éclate pour un motif anodin : la mise à pied d’un cheminot qui était allé assister à une réunion syndicale pour laquelle il n’avait pas obtenu l’accord de sa direction. Le 19 février 1920, 1 600 cheminots de Villeneuve-Saint-Georges arrêtèrent le travail. En quelques jours la grève s’étend à tout le réseau PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) et le 29 février elle devient une grève générale des chemins de fer qui cessera le 3 mars dans la majorité des régions tandis que les cheminots de Limoges la continuèrent jusqu’au 5 mars.

Le Populaire 29 février 1920

L’Union des syndicats de l’Orléans donne l’ordre aux syndiqués de la ligne de cesser immédiatement le travail. Cet ordre s’adresse, entre autres, au syndicat de Nexon.

Le Populaire 29 février 1920

La grève recommencera le 1er mai et se termina le 28 mai sur un échec, avec pour conséquence la révocation de 18 000 cheminots.

A Limoges, le Populaire soutien la grève et annonce qu’elle est suivie par 95% des cheminots tandis que le Courrier du centre publie une liste de trains qui circulent. La CGT annoncent que ces trains ne circulent pas et fustige Le Courrier du centre dans un communiqué que reprend Le Populaire.

Le Populaire 3 mai 1920

III – Le syndicat des cheminots de Nexon

Lorsque le syndicat se crée à la gare de Nexon il prend le nom de « Syndicat des travailleurs des Chemins de fer de l’Orléans à Nexon ». Il adhère à l’Union des Syndicats des Chemins de fer de l’Orléans, à la Fédération Nationale des Travailleurs des chemins de fer et à l’Union des Syndicats de la Haute-Vienne.

Ses objectifs sont la défense des intérêts professionnels et économique des adhérents et notamment « la nationalisation des chemins de fer » (article 2).

Le syndicat se divise en sections techniques relatives à l’exploitation, la traction et la voie. A Nexon la section Traction n’est pas créée.  Elles sont chargées d’élaborer les revendications propres à leur service et sont dirigées par un secrétaire et un secrétaire adjoint. Le syndicat est administré par un Comité élu en assemblée générale, celle-ci nommant son Secrétaire général. Ce comité se réunit une fois par mois.

Le document ne comporte pas la date de création du syndicat mais il comporte toutes les revendications portées par la Fédération nationale depuis 1920, on peut donc penser qu’il a été créé autours de 1920. La composition du bureau qui y est inscrite peut nous donner des pistes.

Les statuts types de la Compagnie d’Orléans prévoyait un Comité composé de 33 membres. A Nexon ce Comité a été réduit à 7 membres, sans doute pour tenir compte des effectifs affectés à la gare de Nexon qui sont d’environ 80 personnes.

Le Secrétaire, Pierre LAFLAGNIERE, est né en 1879. Il n’est pas le plus âgé , c’est le trésorier, Georges TRAPLOIR qui, né en 1868, est le doyen d’age. parmi les 7 membres du comité Jean MOUNOZ, né en 1874 est le plus âgé et Louis FOUJANET, né en 1882 est le plus jeune. Jean CELERIER est né en 1876, Justin BEAUPUY en 1877, Pierre GAUCHER est né en 1880 comme Pierre BEAUDOU et Antoine OUZEAU en 1882.

Le seul nexonnais est un des contrôleurs, Jean NOUAILHAS, né à Nexon le 6 octobre 1889 de parents cultivateurs à Biard. Il est le plus jeune de tous les membres du bureau. Les deux autres, Jean JAMET et est né en 1878 et Joseph LAFON en 1881.

Au total trois membres du bureau sont nés dans le canton de Nexon, deux sont nés en Haute-Vienne, quatre en Dordogne, un en Corrèze, un dans le Loir et Cher et un dans le Lot.

Quand on parle de la guerre on ne pense généralement pas au vin. Et pourtant il a joué un rôle important pendant les deux guerres mondiales. Des travaux d’historiens ont montré son rôle complexe pendant la première guerre mondiale, à la fois important pour le moral des poilus mais négatif en favorisant une consommation excessive d’alcool. Mais au-delà de la consommation individuelle du vin il y a un marché avec des viticulteurs, des marchands de vins et toute une logistique pour passer de la vigne au verre du buveur.

La participation des nexonnais à la collecte organisée pour « le vin chaud du soldat » le dimanche 3 mars 1940 m’a incité à en savoir plus sur le vin et les soldats.

I – Le vin et les poilus en 1914-1918           

Les historiens spécialistes de l’histoire du vin considèrent que le vin a été un acteur non négligeable de la guerre de 1914-18.

Le vin était l’ami indispensable au Poilu dans les tranchés. Il lui permettait de supporter l’horreur, la peur, le cafard, la perte d’un camarade, l’éloignement et l’inconfort…  

Un certain nombre de médecins décrivent le vin comme un fortifiant, une source de calories pour le soldat. Il n’est pas considéré de la même manière que l’absinthe et l’alcoolisme que sa consommation engendre. Le vin au contraire est présenté comme une boisson hygiénique qui tue les microbes.

Enfin le vin est un facilitateur du lien social. Le chef récompense ses soldats en offrant une ration supplémentaire après une attaque victorieuse, une défense acharnée…

On n’est donc pas surpris que la ration qui était d’un quart de litre de vin par jour en 1914 auquel s’ajoutait 6,25 cl d’eau de vie soit passée à un demi-litre en 1916, puis à un litre en 1918.

Les soldats ne parlaient pas de vin mais de pinard. L’origine de ce mot n’est pas connue avec certitude mais son emploi est devenu courant dans les tranchées. Il est même devenu le « Saint Pinard » et a été célébré avec respect.

 Il alimentait le patriotisme lorsqu’on comparait le poilu avec son quart de vin et le boche avec sa bière,

Il était chanté,

 Revenu des tranchées le soldat retrouvait ses camarades dans les bistrot où la « Madelon » venait leur servir à boire :

S’il a été possible d’offrir tout ce vin aux soldats c’est que la récolte était abondante. Dès le premier mois du conflit les viticulteurs du Languedoc offrent, tant par patriotisme que pour écouler leurs stocks, 200 000 hectolitres de vin à l’armée destinés aux soldats partis au front. Ils produisaient à l’époque autour de 22 millions d’hectolitres par an.

Le pinard des poilus, vin médiocre, est obtenu à partir de l’assemblage de vins à faible degré d’alcool tels que le Maconnais, le Beaujolais et le vin des Charentes, les vins du Languedoc et les vins plus forts du Maroc, d’Algérie et de Tunisie. L’objectif est que le vin atteigne les 9° degrés.

Une fois la guerre terminée les soldats, rentrés chez eux, gardent l’habitude de boire du vin. Mais au même moment les marchés traditionnels des vins cru disparaissent avec les clients fortunés des Empires d’Europe et de la Russie. S’y ajoute la prohibition américaine de 1920 qui ferme un marché important à l’exportation que la crise économique de 1929 affaiblira encore plus. Les vins de consommation courante subirent également la crise. Face à cette diminution de la demande l’offre a vu ses capacités très fortement augmenter avec l’arrivée du vin d’Algérie et l’accroissement des rendements dans de nombreuses régions. Les pouvoirs publics cherchent les moyens de réguler le marché afin d’offrir une juste rémunération aux viticulteurs.  Des mesures de contingentement adossée à la limitation du sucrage et au recours à la distillation pour les vins de mauvaise qualité furent prises ainsi que la mise en place du système des AOC (lois de 1905, 1919, 1927 et de 1935).

C’est dans ce climat d’un marché du vin à peine stabilisé que le 2 septembre 1939 éclate la guerre.

II – Le vin et les soldats en 1939 – 40

Pendant les mois qui suivent cette déclaration il ne se passe pas grand-chose sur le territoire national. Cette « drôle de guerre » n’affecte pas le moral trop le moral des français rassuré par les déclarations encourageantes des dirigeants comme celle de Paul Reynaud assurant à la radio, le 10 septembre 1939 : « Nous vaincrons, parce que nous sommes les plus forts. »

Cette guerre, sans victoire, ni défaite pour la France a déjà permis à l’Allemagne de rayer la Pologne de la carte en trois semaines de guerre éclair et à envahir la Finlande sous le regard neutre de l’URSS avec laquelle elle a signé un pacte de non-agression. Si la France n’est pas encore touchée sur son territoire il faut maintenir le moral des hommes qui ont été mobilisés et qui attendent d’en découdre avec l’ennemi. C’est dans ce cadre que, comme en 1914, le « pinard » va reprendre du service.

Partant des idées qui avaient prévalues pendant la Première Guerre Mondiale, l’Etat-major français va utiliser le vin comme stimulant et comme tonique sans oublier ses vertus hygiénistes. Ainsi le vin est reconnu bon pour le moral du soldat a qui il donne la bonne humeur, la ténacité et le courage.

Les soldats vont donc avoir droit à leur ration de vin comme leurs glorieux anciens de 14-18. Le traditionnel « quart de vin » de la ration quotidienne est doublé pour tous les soldats stationnés au front.

Cela tombe bien car les stock sont abondants. L’intendance va donc organiser des achats massifs de vin pour satisfaire les besoins de la troupe. Le transport jusqu’au soldat plongé dans l’inaction dans sa casemate de la ligne Maginot ou scrutant l’horizon en face de la frontière belge va nécessiter une formidable logistique avec des trains, des camions mais aussi des bidons et des seaux. Deux millions de litres de vin sont distribués tous les jours aux soldats.

C’est dans ce contexte que se met en place l’opération « Vin chaud du soldat ».

  • L’opération « Vin chaud du soldat »

C’est Edouard BARTHE, pharmacien, maire de Béziers, député de l’Hérault depuis 1910 et Président de l’Office international de la vigne et du vin qui est le chef d’orchestre. Pour ses collègues il est le « député du vin ». Au Sénat il a son alter ego, le docteur Georges PORTMANN, cofondateur des « Médecins amis des vins de France ».

Réunie le 18 octobre 1939 sous sa présidence la Commission des boissons demande à la Chambre d’inviter le ministre du Ravitaillement « à décider, pendant les mois d’hiver, la distribution des rations de vin chaud aux troupes en campagne. » L’œuvre du vin chaud aux soldats crée pendant la guerre de 1914 – 1918 est réactivée. Le 23 novembre une grande distribution de vin est organisée à la gare de l’Est en présence d’Henri QUEILLE, le ministre de l’agriculture. Pour satisfaire ceux qui s’opposent à cette politique au nom de la lutte contre l’alcoolisme le vin est coupé de 20% d’eau mais contrairement à ce qui a été dit il n’y a pas été ajouté du bromure. Une vaste campagne de propagande en faveur de dons est mise en œuvre dans toute la France pour acheter du vin.

Dès la fin du mois de décembre 1939, une vague de froid accompagnée d’une tempête de neige déferle d’un seul coup sur l’Est et le Nord de la France. En 24 heures le thermomètre tombe à -20° à Nancy.  Le mois de janvier 1940 est le plus froid depuis l’année 1838…  Il faut lutter contre le froid tout en attendant l’ennemi. Pour faire face à cette situation le vin chaud est une solution.

Le 15 janvier M. QUEILLE donne des instructions pour que 35 millions de litres de vin soit distribués à la troupe sous forme de ration supplémentaire gratuite de vin chaud.

le Populaire 16 janvier 1940

On boit tellement, dans les unités que l’Armée est contrainte d’installer des salles de dégrisement. Une partie de l’opinion publique s’insurge contre cette politique considérant qu’en encourageant la consommation de vin elle va favoriser l’alcoolisme. Mais E. BARTHE défend au contraire l’idée que le vin est l’antidote de l’alcoolisme et qu’il donne du courage aux soldats.

Dans le hall de la gare de Limoges, la cantine pour permissionnaire qui a servi jusqu’à 2 400 casse-croutes aux soldats remplace, en dehors du petit-déjeuner, le café et le thé par du vin offert par les viticulteurs de Carcassonne-Limoux.  

Une nouvelle journée, comme celle du 23 novembre est prévue le dimanche 3 mars 1940 aux Halles de Paris sous l’égide du ministre de l’Agriculture. Le 11 février 1940 le président BARTHE écrit une lettre qui annonce la collaboration avec la Croix-Rouge française et précise les modalités d’organisation de la journée : création d’insignes, de bandes pour les troncs de quête et de brassards pour quêteurs.

Un bon de commande à l’adresse de l’Œuvre, rue Marbeuf à Paris accompagne la lettre. Le prix de l’insigne est de 1 Franc au minimum. Le courrier est aussi adressé aux comités locaux de la Croix-Rouge.

La circulaire n°482 de la Croix-Rouge française confirme sa participation à la Journée du 3 mars. Elle le fait sans manifester un enthousiasme débordant mais comme « chacun des comités retiendra à son profit 20% de la recette brute » les présidentes et le président des 3 organismes qui le 7 août 1940 fusionnent en Croix-Rouge française signent la circulaire.

Les vignettes existent en deux modèles. Elles sont tricolores et représentent un soldat souriant tenant un quart de vin chaud, il est de face dans l’un des modèles et de trois quart dans l’autre. Elles portent deux slogans : « Le VIN donne l’OPTIMISME » en haut, « Le VIN CHAUD chasse la GRIPPE » en bas et en dessous de la précédente, en plus petit et en blanc sur fond bleu « CE TIMBRE PROCURE GRATUITEMENT 2 VERRES DE VIN CHAUD AU SOLDAT ».

Elle sont vendues 1 franc et sont présentées en carnets de 10.

Le carnet du second modèle invite à acheter un timbre grand format au prix de 25 francs.

Vignette pour auto

III- la campagne « Vin chaud du soldat à Nexon »

Le 20 février le préfet de la Haute- Vienne envoi une lettre à tous les maires du département. Il les invite, pour assurer le plein succès de l’opération, à user de leur influence pour que la population réserve le meilleur accueil aux élèves des écoles qui vendront les vignettes.

Lettre du préfet aux maires
L’encart dans le Populaire du 3 mars

Le 8 mars le préfet accuse réception du versement de 264, 75 francs et remercie le Maire pour son aide.

Lettre de remerciement du préfet au maire de Nexon

Quelques jours plus tard, le 16 mars 1940, le maire de de Rilhac-Lastours, dans Le Populaire était « heureux de faire connaître que la vente d’insignes organisée pour l’œuvre du vin chaud du soldat, avec la collaboration de Mesdames les directrices des écoles de Rilhac-Lastours, a produit la somme de 231 francs (115 pour la section de Rilhac et 116 francs pour la section de Lastours).

II est heureux d’exprimer, au nom de l’œuvre, ses remerciements les plus chaleureux aux maîtresses et aux enfants des écoles ayant prêté leurs précieux concours pour la quête, ainsi qu’aux généreux donateurs qui ont répondu avec empressement à l’appel de la Fédération des Anciens Combattants »

Au niveau national les résultats dépassent les prévisions. Ainsi la ville de Narbonne a collecté 6 536 francs

Le Midi Socialiste 7 mars 1940

Sur l’ensemble du territoire c’est plus de 10 millions de francs qui ont été collectés procurant de ce fait 2 millions à la Croix Rouge.

Bulletin de l’Office International de Vin 24 avril 1940

Pour aller plus loin :

Stéphane LE BRAS, « Consommer pour vaincre ? Consommation au front et effort de guerre dans l’armée française en 1916 », Les Grandes Batailles de 1916, Mission du Centenaire, 2016, Paris, France

Stéphane LE BRAS, « L’ivresse dans l’armée française pendant la Grande Guerre. Un mal pour un bien ? » M. Lecoutre (dir.). L’ivresse entre le bien et le mal, de l’antiquité à nos jours, Peter Lang, p. 167-186, 2018

Stéphane LE BRAS, « Et le vin faillit devenir un alcool. Perceptions, représentations et pratiques autour du vin pendant la Première Guerre mondiale » H. Bonin (dir.). Vins et alcools pendant la Première Guerre mondiale (1914-1919), Féret, p. 41-65, 2018

Stéphane LE BRAS, « Le négoce des vins en Languedoc. L’emprise du marché. 1900-1970 », Presses universitaires François-Rabelais, 2019

Stéphane LE BRAS, « Le vin et la guerre », Malakoff, Dunod, 2019

Christophe LUCAND, « Le pinard des poilus », Éditions universitaires de Dijon, 2015

Charles RIDEL « L’ivresse du soldat. L’alcool dans les tranchées (1914-1918 » Paris, Vendémiaire, 2016.

Déjà au cours de la première mondiale la Haute – Vienne avait accueilli des prisonniers de guerre allemands (PGA). Dès le début du conflit, bléssés et prisonniers arrivent à Limoges.

Leur nombre augmente à partir de l’été 1915 pour atteindre 6 000 hommes fin 1918 dans tout le Limousin. Ils sont employés là où il manque des ouvriers, partis au front. On les trouve dans les campagnes affectés aux travaux agricoles et forestiers par groupe de 10 ou 20, mais aussi dans les manufactures d’armes et de munitions. Il y avait un groupe de prisonnier à Gorre mais il ne semble pas y en avoir eu à Nexon.

À Limoges, les prisonniers allemands blessés, sont emprisonnés au Mas-Éloi. Un certain nombre sont morts et ont été enterrés dans les environs : 115 tombes allemandes au cimetière de Chaptelat et 142 au cimetière de Louyat.

I-La situation des prisonniers de guerre allemands à partir de 1943

Il n’y a jamais eu autant de prisonniers de guerre qu’à la fin de la seconde guerre mondiale. On estime leur nombre à plus de 10 millions. On est donc loin de la situation de 1918.

Après le débarquement en Normandie le nombre de prisonniers fait par les soldats américains et anglais augmente rapidement. Ils sont d’abord rassemblés dans d’immenses champs transformés en camps temporaires qui deviendront, à partir d’août 1944, des camps durables. Ils sont juste gardés et très mal nourris. le camp de Foucarville, près de Sainte Mère Eglise, un des plus important, pouvait accueillir jusqu’à 40 000 prisonniers. L’armée américaine ne peut pas gérer ce nombre imprévu et libère immédiatement, sur place, les civils récemment mobilisés. Elle accepte la demande de la France de lui céder une partie d’entre eux.

C’est après le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et les premières victoires que les forces françaises ont faits les premiers prisonniers allemands. Pour les gérer une Direction et Inspection des prisonniers de guerre (DIPG) est créé le 25 mars 1943 à Alger. Le 15 septembre 1944 le Service des PG de la zone avant de l’armée est créé pour gérer les 300 000 prisonniers qui sont sous l’autorité directe de la France. mais il faut une structure plus complexe pour faire face à l’arrivée des prisonniers que vont céder les américains. A partir du 1er août 1945, la DIPG devient la Direction Générale des Prisonniers de Guerre (DGPG) .

Devant la pénurie de main d’œuvre le général de GAULLE souhaite les faire participer à la  reconstruction du pays et au titre des réparations, la France demande 1 750 000 prisonniers, les américains vont leur en fournir une partie et ainsi se libérer de la charge de leur entretien.  De février 1945 à mai 1946, ils en transfèrent 740 000  et les britanniques 25 000. Les libérations sont largement accordées à tous ceux qui sont inaptes au travail, malades ou âgés.

Au total 907 000 prisonniers de guerre Allemands étaient présents en France entre 1945 et 1948.  Ils ont travaillé à la reconstruction de notre pays dans les entreprises, les exploitations agricoles et les communes.


Source : Fabien THEOFILAKIS, Thèse doctorat 2010, p.23

L’utilisation de la force économique des PG repose sur trois principes : en obtenir le maximum pour les placer rapidement dans toutes les branches de l’économie; les utiliser comme main-d’œuvre de remplacement, non d’appoint, pour cela il faut les faire embaucher par des employeurs privés afin de les placer là où ils seront le plus utile à la reconstruction; il faut des PG immédiatement utilisables.

En accord avec l’article 34 de la Convention les PG perçoivent une rémunération. Les employeurs versent aux directions départementales du travail et de la main-d’œuvre une « indemnité compensatrice » correspondant au montant du salaire du prisonnier qui doit être identique à celui d’un Français de même qualification. Ainsi un ouvrier agricole embauché en mars 1946 coûte à son employeur 1 200 F par mois, plus 450 F de frais de garde et 250 F de prime. Une partie de cet argent est reversée au budget du ministère de la Guerre pour faire fonctionner les dépôts. Le prisonnier reçoit environ 250 F par mois dont la moitié est retenue par le dépôt pour lui être remise au moment de sa libération.

Pendant l’année 1947 les Etats Unis, sous la pression des églises qui acceptent mal qu’il reste des prisonniers une fois la guerre terminée, demandent à la France de libérer les prisonniers cédés par l’armée américaine. Le gouvernement français proteste vigoureusement mais accepte de libérer une partie de ses prisonniers et propose le maintien en France, comme travailleurs libres, des prisonniers de guerre volontaires conformément aux accords Caffery-Teitgen du 11 mars 1947. On passe donc d’une logique de réparations à celle de la reconstruction et d’une politique de captivité à une politique d’immigration.

Près de 140 000 prisonniers ont opté pour le statut de travailleur libre. A la fin de le leur contrat ils peuvent revenir en Allemagne ou rester en France. Au début du mois de décembre 1948, à l’exception des criminels nazi, la plupart des PG auront quitté le territoire français. Certains se sont engagés dans la Légion étrangère et ont combattu en Indochine car ils n’avaient plus rien en Allemagne, leur maison avait été détruite avec leur famille lors des bombardements, d’autres ne voulaient pas revenir dans les territoires occupés par les soviétiques, d’autres enfin ont fondé une famille en France. Christophe MOREIGNE* estime que 150 à 200 prisonniers sont restés en Creuse sur les 3 700 qui y avaient été transférés. la presse creusoise relate leur histoire comme La Montagne du 13 avril 2016 avec Claude, fils d’un prisonnier né en 1921 en Silésie et fait prisonnier dans la poche de La Rochelle en mai 1945. Au lieu de repartir il a fondé une famille en Creuse. Le 16 octobre 2019 le même journal publiait un reportage intitulé « Guéret doit son eau aux prisonniers allemands de l’après guerre ».

Prisonniers de guerre allemands 1945 construction sources du Maupuy- La Montagne

*Christophe MOREIGNE « Les prisonniers de guerre de l’Axe dans la Creuse. 1944 – 1948″, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse » Tome 51 -2005

II- Les prisonniers allemands en Haute-Vienne.

Les prisonniers qui travaillent en Haute-Vienne sont regroupés au dépôt 121 établi dans l’ancien camp de Saint Paul d’Eyjeaux qui avait accueilli les soldats allemands capturés lors de la libération de Limoges le 21 août 1944. Le camp est prévu pour gérer 4 500 prisonniers mais leur nombre sur place est très variable car ils sont groupés en commandos de travail et sont logés par leur employeur, à l’extérieur du camp pour des périodes plus ou moins longues.

Dépôt n° 121 à Saint Paul d’Eyjeaux

La 12e Région Militaire dont fait partie la Haute-Vienne comptait 4 autre dépôts. Pour la Corrèze, le 123 à la Trémouille sur la commune de Chameyrat au nord-ouest de Tulle, pour la Creuse, le 124 à Guéret, pour la Dordogne, le 125 à Brantôme et pour l’Indre le 127 à Châteauroux.

Les relations avec la population ne sont pas toujours très favorables. certains les traitent d’assassins, de voyous, de bandits, de criminels, etc. On leur montre des photos du massacre d’Oradour et on les menace de vengeance.

Si la population accepte que les prisonniers travaillent, elle supporte mal de les rencontrer pendant les jours de repos. Ainsi à Eymoutiers les gens n’acceptent pas qu’un prisonnier employé par la dentiste soit en habit civil. Elle déclare que « en raison du métier que j’exerce … je ne tenais pas à ce que mes clients voient que j’occupe un PGA » (Haute-Vienne, 993 W 789). A Saint Sulpice -Laurière un habitant fait comprendre à un prisonnier qu’il n’a rien à faire à la fête du village.

Le Ministère du Travail a mis en place une logique d’attribution de la main-d’œuvre fournie par les PG en fonction du tort que l’ennemi a causé. Les paysans du Limousin considèrent qu’ils ont payé un lourd tribu et s’impatientent de la lenteur des arrivées. Le 12 avril 1945, le président du syndicat des agriculteurs de Bessines, ancien prisonnier, se plaint auprès du préfet du fait que les PG « promis » ne sont toujours pas arrivés, alors qu’arrive le moment de planter les pommes de terre.

Mais dans la plupart des cas les prisonniers allemands étaient bien traités. En effet des la fin de la guerre un mouvement humaniste et pacifiste c’est développé invitant les français à ne pas penser en termes de revanche et à considérer les prisonniers comme des hommes méritant le respect. Ce mouvement a été renforcé du fait d’une campagne qui dénonçait les conditions de logement et de nourriture dans les camps. le 1er octobre 1945, Jacques FAUVET intitule un article qu’il publie dans le Monde « Un prisonnier, même allemand est un être humain » dans lequel il écrit « 

 » Comme on parle aujourd’hui de Dachau, dans dix ans on parlera dans le monde entier de camps comme… « 

Notre correspondant cite celui de Saint-Paul d’Egiaux. Mais il apparaît que ce jugement est valable pour beaucoup des camps ou des dépôts français de prisonniers de l’Axe.

C’est l’intendance qui a la charge de ravitailler les camps, les dépôts et les entreprises où les prisonniers sont en nombre important. Il existe une ration de base dont on s’accorde à dire qu’elle est juste suffisante pour ne point mourir trop vite… Les prisonniers meurent en trop grand nombre. Et non point de maladie, mais de faim. Ceux qui sortent des camps sont pour beaucoup inaptes au travail.

Le problème de l’alimentation supposé résolu, il reste celui de l’habillement. C’est à l’Allemagne qu’il incombe de vêtir les prisonniers. Mais il n’y a plus d’Allemagne. Des collectes vont être organisées outre-Rhin. A défaut d’autorités politiques, les évêques seront touchés par la voie du Vatican. Si ces démarches demeurent vaincs, des réquisitions seront ordonnées. Les couvertures enfin font défaut. Au seuil de l’hiver, il n’y en a pas une par homme. Et l’autorité militaire a peu d’espoir d’en obtenir.

Nos correspondants estiment n’avoir pas lutté et souffert pour que se perpétue l’offense faite à l’homme par des actes ou des faits qu’ils ont réprouvés en d’autres temps, en d’autres lieux. La loi du talion qui a pour nom moderne celui de représailles est étrangère à notre tradition.

Il est un dernier argument qui paraîtrait plus convaincant s’il n’était quelque peu entaché d’intérêt. Ces prisonniers, nous les avons demandés et obtenus pour nous aider à produire et à reconstruire. El pour cela seulement.

Le paysan, lui, sait qu’on n’obtient pas de travail sans nourrir la bête. On ne peut croire que l’État soit moins avisé lorsqu’il s’agit d’êtres humains. »

En Haute-Vienne, une visite du préfet au dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux tente de relativiser, mais une note des renseignements généraux de Limoges du 12 octobre 1945 signale que « de nombreux prisonniers de guerre allemands en provenance du camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux sont employés à Limoges à divers travaux…La maigreur et la faiblesse de ces prisonniers suscite parmi la population des commentaires assez acerbes à l’égard des autorités qui les ont en charge ». Le lendemain de cette visite, le quotidien l’Echo du 13 octobre 1945 écrit un simple calcul économique : il coute moins cher de bien nourrir un prisonnier qui pourra de ce fait travailler que de le soigner s’il est malade du fait de malnutrition.

L’Echo du centre 13 octobre 1945

Dans son rapport d’inspection du dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux du 26 novembre 1945 le commissaire de la République indique que « depuis juillet 157 Allemands sont décédés dont 97 au camp même et 60 dans les divers Kommandos »

Archives de la Haute-Vienne : 186 W 1/135

En Octobre 1945, la commune de Saint-Paul décide d’acheter un terrain contigu au cimetière pour enterrer les P.G. décédés : « L’assemblée exige que la parcelle soit clôturée le plus tôt possible pour éviter les risques d’accident par les tombes creusées à l’avance » (séance du conseil municipal du 7 octobre 1945) ce qui semble confirmer que l’on ne se fait guère d’illusions. Ainsi est créé ce qui deviendra dans la mémoire populaire « le cimetière des allemands » rapidement couvert de petites croix.

Cimetière des Allemand de Saint Paul

La Mairie enregistre 92 décès d’août à octobre 1945 dont 56 pour le mois de septembre ce qui suggère une épidémie. En fait la plupart des décès enregistrés depuis juillet 1944 serait du « à l’état d’extrême débilité physique des prisonniers livrés par les autorités américaines », insuffisante pour résister aux conditions de vie imposée par les Français. Le plus jeune P. G., Rudolf Naschbandt, est âgé de 17 ans lors de son décès le 10 septembre 1945, et Fritz Brockerman, un des plus âgé, décède le lendemain, 11 septembre, à l’age de 50 ans. (http://www.saint-paul.link/spip.php?rubrique21). Dans les années 1960, les sépultures des allemands ont été relevées et dirigées vers le cimetière militaire allemand de Berneuil en Charente Maritime.

 Si les prisonniers ont été mal accueilli pendant l’été 1945 le climat a changé lorsqu’ils ont été employés, en particulier dans les fermes. Leur travail a forcé le respect, voire l’estime. En retour, ils étaient heureux de pouvoir manger à leur faim.

Près de 60% travaillent dans l’agriculture, les autres sont employés dans l’industrie, les travaux publics et tous les secteurs requérant de la main d’œuvre. Les prisonniers employés par des exploitants agricoles doivent être au moins 5 et doivent être placés sous la surveillance d’un gardien.

Le Populaire du 30 novembre 1944

A coté des travaux agricoles les prisonniers sont employés à la réparation des dégâts causés par la guerre ou au développements d’installations pour les communes. Une brochure est adressée à tous les maires pour leur montrer toutes les opportunités qu’offre cette main d’oeuvre :

III- Les prisonniers allemands à NEXON

Le 31 mars 1946, le conseil municipal qui vient d’élire Louis Jean PRADEAU comme maire en remplacement de Mathurin PAULIAT qui avait démissionné, décide la création d’un commando de 10 prisonniers pour 6 mois pour « la remise en état et la construction des chemins, terrain de sport et à l’entretien des bâtiments communaux »

Les prisonniers seront « logés dans une annexe de la mairie ou ils pourraient faire eux même leur cuisine », « la garde sera assurée par une personne de la commune recrutée à cet effet », le coût prévu s’élèverait à 600 francs par jour pour la nourriture (350 francs), le salaire (100 francs) et le garde (150 francs) soit 109 800 francs pour 6 mois auxquels il faut ajouter 15 000 francs de matériel. Au total il est prévu une dépense de 124 800 francs. La prise en charge à 50% par l’Etat des dépenses liées aux prisonniers laisse 69 900 francs à la charge de la commune.

Le 12 avril 1946, le maire de Nexon signe la « Convention de louage de travail n° 121/N 586 » et les « Conditions générales d’utilisation des prisonniers de guerre ennemis ».

Comme le prévoit les conventions d’emploi des prisonniers, ceux ci peuvent être employé par des particuliers. Baptiste GUYOT est le premier à effectuer cette démarche.

Le 27 mai 1947 un prisonnier du commando est cédé à Baptiste GUYOT. Il reste donc 9 PG au commando communal.

Le 7 juin la commune reçoit 10 nouveaux prisonniers ce qui porte l’effectif du commando à 19.

Il ne semble pas que parmi les 19 membres du commando communal certains aient noué des relations amicales avec la population. Ceux qui, employés par des agriculteurs, sont nourris et logés ont des relations, souvent cordiales avec leur patron et surtout leurs enfants quand ils en ont.

Les 19 PG du commando communal fin juin 1947

Le 4 juillet M. le maire remet 4 PG à la disposition du dépôt (avenant 4) et 3 de plus le 7 août ce qui ramène l’effectif à 12 (avenant 5).

Chaque mois l’employeur doit déclarer le nombre de journée travaillé par chaque prisonnier et verser la somme correspondant au relevé liquidatif que lui adresse le dépôt. Les journées de maladie sont exonérées à condition qu’un certificat médical ait été transmis au dépôt dans les 24 heures.

Il arrive que la commune se trompe dans ses déclarations ou paye en retard, oublie un prisonnier… la commune reçois alors un avis signalant un oubli ou une erreur et lorsque le paiement n’est pas effectué dans les délais un avertissement.

Sur les fiches de rappel il est intéressant de noter la liste des dépenses non remboursables : vêtements de travail, sabots, linge, ressemelage, blanchissage, raccommodage, dentiste, nourriture , etc.

Les membres du commando communal ont principalement travaillé à la création du stade mais avant que l’arrêté autorisant sa construction soit publié les 10 P.G. du commando communal ont nettoyé et arrangé les chemins et les bâtiments communaux.

Le conseil municipal avait le 10 février 1946 une délibération autorisant l’achat d’un terrain destiné à l’aménagement d’un terrain de sport. L’obtention de l’accord par le préfet a été longue, en particulier à cause du prix du terrain, aussi le 16 janvier 1947, le maire écrivait au préfet pour lui demander de donner une suite favorable à l’acquisition, « voulant faire commencer les travaux par le commando de P.G. Allemands ».

L’arrêté préfectoral autorisant l’acquisition a été publié le 24 mars 1947. Le commando pouvait donc commencer les travaux de terrassement. c’est a partir de ce moment que la commune a demandé 10 prisonniers supplémentaires. ce sont donc 19 P.G. qui ont travaillé au terrassement du stade.

A coté de la commune plusieurs particuliers ont employé un prisonnier. les archives municipales conservent six copies de conventions mais toutes n’ont pas été enregistrées.

BRINGS Heinrich chez M. DEVAUX Léon la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

DICKMANN Günther chez M. GUYOT Albert du 10 septembre 1947 au 9 septembre 1948

KRONAUER Karl chez M. BRIDGLAND Marie à Lage, travailleur libre du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

LUPPENS Anton chez M. TENOT André à la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

SCHAFF Wolfgang chez MARCOFF Boris, 1 avenue de la gare du 26 septembre 1947 au 25 septembre 1948

SCHMIDT Hermann chez M. GRATADE Henri au Moulin du 23 janvier 1948 au 22 janvier 1949

Tous ces prisonniers ont choisi le statut de travailleur libre ( circulaire n°186 du 30 mai 1947 – B.O.I. n°23 du 7 juin 1947). Ils recevaient une carte de séjour temporaire délivrée pour an après la constitution d’un dossier comprenant :

-Une demande sur papier timbré à 20 fr.

-un tilbre fiscal à 100 fr.

-deux photos de profil côté droitune copie du certificat de libération

-une copie du certificat de libération

-une fiche jaune et une chemise à bulle dûment remplies et assortie de l’avis du maire.

Les travailleurs libres sont autorisés a passer leur congé annuel en Allemagne. Ces voyages ne sont autorisés que pour les trois zones occidentales occupées a l’exclusion su secteur allié de Berlin et de la zone soviétique. La durée maximale du séjour est de 15 jours durée du voyage comprise.

Le 18 novembre 1947, M. DAURIAT à Noyéras a transféré au commando communal 2 prisonniers qu’il avait en compte. La Convention avec M. DAURIAT n’est pas aux archives et on ignore le motif de ce transfert.

Des différents rapports effectuées en Haute-Vienne il ressort que les prisonniers employés dans des fermes jouissent de conditions de travail et de séjour satisfaisantes. Souvent les prisonniers mangent avec leurs employeurs et les plus jeunes nouent des relations amicales avec les enfants de la ferme quand les ages sont pratiquement les mêmes. Par contre aucun prisonnier n’est resté à Nexon après sa libération.

Parfois les bonnes relations établies entre les prisonniers et leur employeur contribuaient à relâcher la surveillance ce que certains ont mis à profit pour s’évader. Ainsi les gendarmes de Nexon ont été amenés à enquêter après une évasion et leurs conclusions vont dans ce sens : André P. emploie depuis plus d’un mois un jeune PG de 19 ans. Il mange manifestement à la même table que ses patrons, partage la vie de famille et parvient à se créer un espace de liberté hors du contrôle de ses employeurs : André ne s’est jamais aperçu que depuis trois semaines Félix rencontrait un camarade employé dans une ferme voisine. Le soir de son évasion, ses deux fils, sortis avec lui prendre l’air dans la cour, vaquent bientôt à leurs occupations. « De ce fait ces deux derniers n’ont pas prêté attention au prisonnier qui était resté seul dans la cour ». PV de gendarmerie de Nexon n° 313 du 21/07/1945 sur « l’évasion du PG Kreutz du camp de St Paul d’Eyjeaux ».

Mais s’il y a eu quelques évasion de prisonniers employés dans les fermes, il y en a eu beaucoup moins que celles de prisonniers enfermés dans les camps. L’expérience a prouvé que le prisonnier qui s’intéresse à son travail éprouve des scrupules à quitter un employeur chez qui il loge et où il est considéré comme faisant partie de la maison, tandis tout le pousse à s’évader d’une enceinte où il est un simple numéro derrière des barbelés.

Pour aller plus loin :

Claude d’ABZAC-EPEZY « La France face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands » Guerres mondiales et conflits contemporains 2009/1 (n° 233), pages 93 à 108

Christophe MOREIGNE « Prisonniers de guerre de l’Axe. Creuse et région administrative (1944-1948) », Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome 51 / 2005

Valentin SCHNEIDER « Un million de prisonniers allemands en France : 1944-1948 », Paris, Vendémiaire, 2011

Fabien THEOFILAKIS « Les prisonniers de guerre allemands en mains françaises (1944-1949) :  captivité en France, rapatriement en Allemagne », Thèse de doctorat d’histoire contemporaine, Paris X Nanterre, 7 décembre 2010.

Fabien THEOFILAKIS « Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949 », Fayard, 2014.

Archives Départementales de la Haute-Vienne, fond 186 W 1/135

Le film de Philippe TOURANCHEAU « Quand les Allemands reconstruisaient la France », un 52 min diffusé le 10 mai 2016 sur France 2 a été réalisé dans le même esprit que « Le camp fantôme » de Tessa RACINE. La bande annonce est ici :

Quand les Allemands reconstruisaient la France

Chaque année, pour le 8 mai et pour le 11 novembre les anciens prisonniers de guerre se retrouvent pour commémorer la fin de la guerre et leur libération. Après une assemblée statutaire ils vont en cortège, avec les ancien combattants, déposer une gerbe au monument aux morts. Puis c’est le traditionnel banquet. Il n’y a pas de restaurant attitré mais une rotation qui évite toute concurrence entre les restaurants de la commune.

Les menus, du moins jusqu’au début des années 1960 sont pantagruéliques. Les entrées comportent systématiquement de la charcuterie et des abats. Les coquillages qui sont un incontournable de nos repas aujourd’hui ne sont pas systématiques. La viande, rare au quotidien à l’exception du porc, est le plus souvent du bœuf ou du veau, plus rarement de l’agneau. Un gibier ou une volaille suit ou précède le plat de viande. Une salade de saison accompagne ces plats. Par contre, il n’y a pas toujours de fromages. Les desserts sont simples. Il y a presque systématiquement une tarte aux fruits et parmi les gâteaux les plus fréquents on trouve les babas au rhum et les éclairs. Les vins ne sont pas des vins de sommeliers. Il n’y a pas toujours d’indication d’origine, jamais de millésime, on se contente de distinguer les vins ordinaires et les vins vieux. Le café et les liqueurs terminent le repas.

Dans toutes les régions la façon de se nourrir est étroitement liées à ce qui est produit au « païs ». On ne parle pas de proximité car elle se vit au quotidien. A la campagne on mange ce qui est produit à la ferme. Les aubergines, les avocats, les brocolis, les épinards, le fenouil… n’arrivent que dans les années 1960- 1970.

La révolution de la « Nouvelle Cuisine » a vu le jour en 1973, lancée par les critiques gastronomiques Henri GAULT et Christian MILLAU. Ils avaient été subjugués par une salade de haricots verts, cuits craquants, dégustée chez Paul BOCUSE. Il devient le chef de file d’un groupe de cuisiniers qui révolutionnent la cuisine traditionnelle en la simplifiant, l’allégeant en supprimant les copieux plats en sauce. Les personnes comme mon père, habitués à manger dans des assiettes bien garnies, ont du mal a prendre du plaisir lorsque le minimalisme a supplanté l’abondance, lorsque la subtilité des saveurs est venue heurter le classicisme de leurs goûts…

Jusqu’alors il y avait peu d’innovation dans la cuisine. Quand on allait au restaurant, que ce soit à l’occasion d’un événement familial, baptême, communion, mariage ou à l’occasion d’une commémoration ce qui comptait c’était de retrouver la cuisine que l’on connaissait en y ajoutant l’abondance. C’est cette abondance qui caractérise le repas de fête. La frugalité n’est pas de mise. La diététique est ignorée, on ne pense ni au cholestérol ni au diabète. Il n’y a pas de contrôle d’alcoolémie. Le banquet est un moment de convivialité, de partage.

Le menu du 13 novembre 1949, dont je ne connais pas le nom du restaurant, se caractérise par l’abondance des viandes. Quatre sont servies : alouettes sans têtes, c’est à dire des paupiettes certainement de bœuf, lapin de garennes, noix de veau, poulet rôti …

Le banquet du 11 novembre 1950 a été servi à l’Hotel de la Gare. Dans les hors d’oeuvre on trouve le « cornet de jambon fourré », un grand classique des repas de fête. Il figure dans 4 des 11 menus que mon père a conservés. Comme pour le menu précédent on trouve plusieurs viandes : paupiettes, lapin de garennes et coquelets rôtis. Comme dessert il y a des tartes dans les deux menus accompagnées de mille feuille et d’une île flottante pour l’un et de baba au rhum avec petits fours pour l’autre. Le vin est « ordinaire », blanc et rouge avec la précision d’origine, Bordeaux pour l’hôtel de la Gare.

En 1951 et 1952 la structure des menus est la même. Pour le premier on est surpris de trouver deux plats de veau : une tête de veau et un rôti de veau. En 1952 le menu est manuscrit . Un poisson y figure avec cette appellation caractéristique de l’époque  » Merveille de l’océan, en mayonnaise ». Il y a également pour la première fois du fromage. Les vins sont sans indication de provenance. Je n’ai pas l’indication des restaurants.

En 1953 mon père est allé au banquet du 8 mai, chez Lathière à la gare et à celui du 11 novembre à l’Hotel Moderne. Les menus sont présentés sur des cartons publicitaires, du même fournisseur, le Cognac Château PAULET pour les deux restaurants. Maintenant les produits de la mer sont intégrés aux menus , merlus mayonnaise le 8 mai et bouquets de l’Océan le 11 novembre. Toujours une volaille en plus de la viande rouge. Du fromage le 8 mai mais des desserts qui ne sont pas décrits. Le 11 novembre, pas de fromage, des fruits de saison viennent s’ajouter aux pâtisseries et les vins sont des Bourgognes.

En 1954 le banquet du 11 novembre est servi au restaurant Crouzille, rue Victor Hugo. Le menu est classique, présenté sur un carton publicitaire du champagne E. de l’Escale, les intitulés simples mais peu précis.

En 1955, pour le banquet du 8 mai, le menu est moins copieux. En viande il n’y a que le poulet, mais il est précédé d’un colin Bellevue, c’est à dire que la peau et l’arrête centrale a été enlevée et le poisson reconstitué, et d’une bouchée financière. Il y a un plateau de fromage, des pâtisseries assorties…

En 1956, le banquet du 8 mai est servi à l’Hotel Moderne. Il retrouve l’abondance des plats des premières années. Les hors d’oeuvre variés avec saucisson et le cornet de jambon fourré, une truite meunière, des abats, un filet de bœuf, un poulet, du fromage et les desserts classiques. Les vins sont des Cotes du Rhône.

Pour le 11 novembre les hors d’oeuvre sont moins détaillés mais la structure est la même que pour le 8 mai, sans précision sur l’origine des vins.

Les deux menus sont imprimés sur des cartons publicitaires.

Pour le 8 mai 1957 le menu comporte de très nombreux hors d’œuvres, charcuterie, truite, asperges mais une seule viande, des coquelets rôtis, un plateau de fromages et un assortiment de desserts classiques avec une corbeille de fruits.

Au début du XXe siècle la rue qui part du centre du bourg et mène à l’église s’appelle la Rue du Centre. Sur le coté droit, en montant, toutes les maisons ont un magasin au rez de chaussée et leur commerce est prospère. Sur le coté gauche, un mur clos le jardin de la maison bourgeoise, située à l’angle de la rue d’Arsonval, qui appartenait à la famille BOUTAUD-LACOMBE.

Il y a un caniveau sur le coté gauche par contre à droite un large trottoir facilite la déambulation des clients des nombreux magasins. Les maisons possèdent des mansardes, les toits sont en ardoise ce qui est le signe d’une certaine aisance. En effet, avant l’arrivé du train, dans les régions éloignées des ardoisières, les toitures étaient en tuiles. Seuls les châteaux, les églises et quelques maisons de notables étaient couvertes d’ardoises.

En 1948, comme presque toutes les rues de Nexon, la rue du Centre a vu son nom changer pour devenir la rue Victor HUGO.

Carte postale éditée par Champeaud-Terrasson
Carte postale éditée par Desprats

Prises presque sous le même angle, ces deux cartes postales donnent un bel aperçu de l’importance des commerces. Elles montrent la rue du Centre avant la Première Guerre mondiale à un moment ou de nombreux militaires stationnaient à Nexon à l’occasion de manœuvres.

La première maison en montant coté droit, numéro 2 actuel, était un bureau de tabac. Il est ici depuis 1910, et avant il se trouvait un peu plus haut dans la rue. Pierre DESPRATS est receveur buraliste depuis 1901. Cet emploi était réservé aux anciens combattants, ou victimes de guerre. Il vendait du tabac, monopole dEtat et percevait les taxes sur les alcools et leurs transports. A coté de la vente des timbres et des vignettes il édite des cartes postales. pendant l’année 1918 son bureau est très fréquenté par les soldats américains qui stationnent à Nexon. L’un deux indique au dos de la carte éditée par DESPRATS  » « Post Card Store ».

Par la suite le bureau de tabac a de nouveau changé de place, il a été installé rue Pasteur puis avenue Gambetta.

Au cours des années 1950 c’est une épicerie à l’enseigne DOC qui s’y est installée. Elle était tenue par M. Claude OLIVERO. Il a présidé l’A.S. Nexonnaise de 1985 à 1987.

Après le DOC c’est une compagnie d’assurance qui s’est installée au numéro 2, la compagnie AXA.

Au dessus de la porte d’entrée, la date de construction de l’immeuble, « 1883 ».

L’agence AXA de Nexon a fermé, seule celle de saint Yrieix est ouverte. la vitrine est vide, seul le nom sur la boite aux lettres permet de connaitre le nouvel occupant : Le service équipent des communes du Conseil départemental.

Au numéro 4 se trouvait l’Hotel de France et la pâtisserie BOURDEIX.

Alexis BOURDEIX (1856 -1890) et son fils Raymond (1883 – 1964) étaient pâtissiers. La maison BOURDEIX était très réputée, l’une de ses spécialités appréciée par les nexonnais était le baba au rhum. La maison était également connue pour ses conserves de gibiers. Au décès de son mari en 1890, Madame BOURDEIX prend la direction des affaires. C’est sans doute la qualité de ses produits qui a conduit un officier américain, H.A. GIFFORD, qui séjournait à Nexon, sans doute à l’hôtel, à coller une vignette sur le livre souvenir de son régiment.

The History of Battery E 66th Artillery C.A.C.

Après les BOURDEIX ce sont les CROUZILLE qui prennent la gérance de la patisserie.

Au début des années 1960 un restaurant vient s’adjoindre à la pâtisserie. Le Doc fait l’angle avec la place Fratellini.

Après la fermeture de la pâtisserie, dans les années 1980, c’est une épicerie-primeur PINTEAUX qui s’y installe.

Puis plusieurs restaurants se sont succédés, sans demeurer très longtemps. L’Orchidée a ouvert en 2005.

Puis lui a succédé Chez Fifi, ouvert de mai 2009 à juin 2013.

Après les restaurants ce fut à partir du 15 juin 2016 un dépôt-vente, « L’Armoire Magique ». Fin avril 2017 l’entreprise a déménagé pour s’installer dans un local plus petit, juste à côté au numéro 6.

C’est une entreprise de services à la personne  » Quartier Libre Services  » qui a pris la place.

A côté, au numéro 6, au début des années 1900 il y avait une chapellerie de M. NOUHAUD qui était en même temps coiffeur et barbier.

Le bourrelier Prosper LAPLAUD qui était rue Gambetta y transfert son atelier.

Au début des années 1950 M. Lucien PASQUET qui était installé à Janailhac a ouvert un magasin d’électricité et d’appareils radio à la marque RADIOLA. .

Au début des années 1960 M. PASQUET a transféré son magasin au N° 1 de la rue d’Arsonval.

A la place, M. Raymond LABREGERE a ouvert un atelier de tailleur d’habits. Il avait comme apprenti Gaston LABREGERE. Il réside à Nexon et m’a raconté le travail du tailleur jusqu’à ce qu’arrive l’industrialisation du prêt à porter. Nexon en a profité pendant quelques années lorsque Vet-France a ouvert un atelier, d’abord dans la rue Pierre et Marie Curie puis aux Gannes. Jusqu’à cette arrivée du « prêt à porter » les notables portaient tous les jours le costume et les dimanches ainsi que les jours de fête la plus grande partie des hommes s’habillaient en costume. Ils étaient faits sur mesure par le tailleur. Certains clients en faisaient faire plusieurs chaque année, et général il fallait un costume neuf pour Pâques. Les tissus étaient choisis sur échantillon et M. LABREGERE commandait le métrage nécessaire. Il fallait en moyenne 2 à 3 semaines pour que le costume soit prêt compte tenu du temps de transport du tissu et de l’essayage nécessaire avant les finitions. Mon grand-père, Henri MALARDEAU fabriquait du tissu que les dames appréciaient pour leurs manteaux.

L’Armoire magique qui avait transféré sa boutique du numéro 4 au 6 le 2 mai 2017 l’a fermée le 30 septembre 2017.

Aujourd’hui il n’y a plus de boutique, ce n’est qu’un logement.

Au numéro 8 il y avait jusqu’en 1910 le bureau de tabac, passé ensuite au numéro 2, et Louis CHARREIX. En 1900 le receveur-buraliste était M. SERRE et en 1896 M. ROUSSEL. On voit bien la carotte, nom donné à l’enseigne rouge que l’on trouve à l’entrée de tous les bureaux de tabac depuis 1906, qui se détache du mur, au bout de la rue.

Le bureau de tabac a été remplacé par l’épicerie de Mme IMBAUD. Elle était la sœur de Léonard LASPOUGEAS, forgeron à Saint Priest Ligoure qui a construit la première automobile du Limousin en 1896. L’épicerie est restée fermée au début des années 1960 puis ce fut le dépôt de pain de la coopérative de panification de la Valoine, la BOCOVAL, lorsque les boulangers n’ont plus accepté de faire l’échange-blé pain. Il ne s’y vendait pas de pain la semaine mais il y avait foule le dimanche. Ensuite s’y est installée l’agence d’assurance Générali.

A gauche de la porte d’entrée c’est la boutique d’Henri CHARREIX, ferblantier. C’est un homme éclectique qui est plombier, électricien, monteur de pompes et qui tient en même temps la salle de bal qui se trouvait sur l’actuelle place Fratellini. Après Henri c’est Jean CHARREIX qui a pris la suite. En 1946 il a cédé la moitié du fond à Robert-Jean CHARREIX

Robert-Jean (1908 – 1983) est le fils de Pierre CHARREIX lui même ferblantier rue du Centre.

Le Populaire du Centre 21 juin 1946
Les factures de Robert n’ont pas la beauté de celles d’Henri

Une boucherie a pris la suite du plombier. Ce fut d’abord M. PRADEAU, dit »Saucisson ». Ensuite pendant quelques mois M. AGARD et ensuite Pierre ASTIER. Ouvrier charcutier à Limoges il s’est installé à Nexon en 1963 et à fermé en décembre 1997. Je l’ai rencontré quelques mois avant son décès, en avril 2020. Il avait une mémoire fabuleuse et connaissait toutes les petites histoires du pays. Il m’a expliqué l’évolution de la consommation de viande, les éleveurs à qui il achetait les bêtes, l’arrivée des agriculteurs Normands qui se sont mis à élever des bovins Limousins… Mais sa vie était marquée par le décès de son fils Eric, tué accidentellement alors qu’il avait 47 ans. Il m’a donné une feuille du papier qui servait à emballer la viande, seul souvenir qui lui restait de sa boucherie. Je la trouve très belle.

L’élégant papier d’emballage de la viande de M. ASTIER

Aujourd’hui le cabinet d’architecture Epure occupe les deux boutiques qui hier étaient séparées.

le 1er janvier 2017 M Fabrice GERVILLE REACHE a quitté le cabinet Epure et cédé ses parts à Anne SIMON.

Au numéro 10 se trouvait la mercerie des demoiselles VIALLE.

Les trois sœurs VIALLE

La famille VIALLE était originaire de Corrèze. Des trois sœurs, Elise, Georgette et Françoise. Georgette et Françoise se sont mariées. Françoise a épousé le 11 mai 1925 à Nexon, Jean Baptiste LELONG, boucher Place de l’Eglise. Ils ont eu une fille, Yvette, une des meilleures amies de Rose FORGERON, née VIGNERON.

De chaque côté du magasin il y avait deux grands comptoirs. Du côté mercerie un grand choix de boutons, rubans, dentelles…de l’autre les tissus tout aussi abondants. Toutes les jeunes filles adoraient aller dans ce magasin.

Un magasin de Radio-Télé et Electro-ménager y a été installé dans les années 1970. A l’automne 1986 M. BETHOULE a fermé son magasin de Nexon et a conservé son atelier de Janailhac.

Puis il y eu Alain BUFFAT avec son atelier de réparation d’ordinateurs et d’équipements périphériques de fin 2009 à juin 2016. Le cabinet d’ostéopathie de Mme Elise GONZALEZ a pris la suite.

Le cabinet d’ostéopathie

L’immeuble du numéro 12 est divisé en deux parties. A droite de la porte d’entrée un immeuble d’habitation qui appartenait au début du XXe siècle à la famille JOUHAUD. Le père, Jean JOUHAUD né à Bourganeuf en 1864 était employé de commerce. Il a épousé le 11 janvier 1890 à Nexon Jeanne BARRET qui était sage femme. Il a ouvert un commerce de vin en gros avec un chais rue Saint Ferréol. Ils ont eu quatre enfants. L’aînée Marie Alice a épousé Jean Paulin LASPOUGEAS grand père de Michèle (1944 -1986) ma première épouse, puis Hélène, Renée et Maurice (1905 -1983). Ce dernier a pris la suite de son père. Sa fille Noëlle a épousé Angel VILLESSOT, garagiste à Jumilhac qui a créé une entreprise de transport par autocars que préside son fils Patrick .

A gauche de la porte d’entrée le magasin a été celui de M. MARTY « Nexon Mobilier » .

Ensuite M. Fernand ERBAULT y a transféré son atelier de moulage de porcelaine de la rue Pasteur et son épouse y a développé un commerce de fleurs.

Annuaire téléphonique 1976

Lorsqu’ils ont pris leur retraite ce fut d’abord l’agence immobilière S.T.I.A.

Puis HM Immo.

L’immeuble au numéro 14 a toujours compté une boulangerie le second commerce ayant changé selon les époques.

Il y a eu une auto-école, le dernier a y avoir un bureau était M. H. RAFFIER. Il est ensuite parti à Limoges.

Depuis novembre 2010 c’est la La Sabataria, un atelier de réparation de chaussures et d’articles en cuir de M. François FESNEAU qui y est installé. Autrefois il y avait ici le magasin de tissus des demoiselles DESCHAMPS. C’était celui dans lequel on trouvait les plus beaux tissus.

A coté la boulangerie existait depuis le XIXe siècle mais je n’ai pas retrouvé la trace des anciens propriétaires. Dans les années 1930 il y avait M. BRECZENSKI. Sa fille Janine allait à l’école avec Rose VIGNERON. Ensuite M. TEXEROT.

Après son départ pour la retraite M. TEXEROT a loué son fonds à M. VILLENEUVE, puis à M. COUTEAU et enfin, à partir du 3 novembre 2015 à Mme S. VALADE. La boulangerie a fermé en mars 2017 et elle cherche toujours un repreneur.


La petite Presse 30 mars 1887

La diphtérie et la rougeole sont les deux premières causes de décès des enfants au XIXe siècle.

On voit dans cet article l’hécatombe dans certaines familles. On savait que cette maladie était hautement contagieuse mais on n’en connaissait pas la cause. Sa nature virale est démontrée en 1911 mais le virus n’est isolé qu’en 1954 par John ENDERS.

Le premier vaccin contre la rougeole par virus atténué est homologué aux États-Unis en 1963, et en 1974, l’Organisation Mondiale de la Santé introduit la vaccination contre la rougeole dans son programme élargi de vaccination.

En France la vaccination contre la rougeole entre au calendrier vaccinal en 1983. A partir de 1987 le nombre de cas décline et passe de 400 000 par ans à 44 000 en 1993 et 10 000 en 2000. A partir de 2008 le nombre de cas augmente aussi les pouvoirs publics rendent obligatoire la vaccination contre la rougeole, via le ROR (rougeole, rubéole, oreillons), pour les enfants français nés à partir du 1er janvier 2018.

Les épidémies font partie de l’histoire. En Limousin, le Mal des Ardents en 994, a été la première grande épidémie. Elle fut conjurée, selon la légende, par la procession autours des reliques de Saint Martial, premières ostensions de l’histoire de Limoges.

Au XVIIe siècle, la peste ravage le Limousin. Plus de 20 000 personnes furent touchées sur toute la région de Limoges. Elle débute en 1630, lorsqu’on constate que le corps d’un voyageur descendu à l’hôtel des Arènes à Limoges se couvre de pustules. Très vite, de nombreux cas se déclarent dans la ville et alentours et fait plusieurs milliers de morts.

En 1918 et 1919 la grippe espagnole a tué plus de 160 000 personnes en France. Le maire de Limoges avait interdit les spectacles et les réunions et fait désinfecter les usines.

L’épidémie du Covid-19 que nous connaissons actuellement n’est pas comparable par le nombre des décès mais elle a conduit à une désorganisation de l’économie plus importante que celle générée par les crises économiques passées.

Aux 650 000 soldats belges faits prisonniers il faut ajouter les 1 845 000 soldats français qui furent capturés par les troupes allemandes en 1940-1941. 80 000 d’entre eux ont réussi à s’évader entre juin 1940 et novembre 1942 mais 51 000 sont morts au cours de leur captivité.

Le sort des prisonniers de guerre a été considérablement amélioré par les Conventions de Genève. La première, signée le 22 août 1864, a eu lieu à l’initiative d’Henri DUNANT qui avait été révolté par la situation des blessés à la bataille de Solférino (1859) mais elle n’abordait pas la question des prisonniers. Elle avait débouché sur la création de la Croix Rouge Internationale.

Une nouvelle convention eu lieu en 1906 mais c’est celle de 1929 qui traite particulièrement la question des prisonniers de guerre. Elle fut signée pour que ne se reproduisent pas les comportements constatés en 1914-1918. Elle prévoit des règles qui doivent s’appliquer dès la capture et elle précise ce que doivent être les camps, le travail auquel sont soumis les prisonniers, leurs relations avec l’extérieur, … jusqu’à leur libération. Le prisonnier doit être correctement traité, y compris s’il cherche à s’évader. Les officiers prisonniers sont exempts de travail.

Du fait du nombre élevé des prisonniers et de la soudaineté de leur capture de nombreuses familles étaient sans nouvelles. La première source d’information était le Comité International de la Croix -Rouge qui agissait par son Agence Centrale des Prisonniers de Guerre.

Un Centre National d’Information sur les Prisonniers de Guerre fonctionnait également à PARIS. Ce Centre a publié dès le 12 août 1940 des listes où les soldats prisonniers sont simplement mentionnés par ordre alphabétique, nom puis prénom, suivis de la date et du lieu de naissance, du grade et de l’unité. Au total cela représente 99 ouvrages d’une soixantaine de pages chacun. Ils ont été fournis par l’autorité militaire allemande.

La première liste publiée

Bâtir la liste des prisonniers d’une commune à partir de celles fournies par le Centre national d’Information n’est pas facile car celles-ci n’indiquent que le lieu de naissance et non celui de la résidence. C’est un travail fastidieux d’éplucher, plusieurs fois par semaine, des listes de plus de 4000 noms écrits en petit caractère mais surtout tous les prisonniers que l’on y trouve comme nés à Nexon n’y résident plus nécessairement.

Avec ses listes et les déclarations des familles les communes élaborent des listes qui sont complétées au fur et à mesure des demandes de l’administration et de l’obtention de nouvelles informations.

Ainsi à Nexon une liste de 47 noms recense les prisonniers travaillant à Nexon pour le milieu agricole. Y figurent les agriculteurs, quel que soit leur statut, propriétaire exploitant, fermier, métayer, ouvrier agricole ainsi que les artisans ruraux : électricien, maréchal ferrant, plombier…

 Parmi ces 47 noms, le plus âgé est Félix FENEROL, né le 12 février 1900 qui est fermier à Noyéras. Il a donc plus de 40 ans ce qui est surprenant. Pendant les guerres, les soldats les plus âgés appartiennent à des classes qui sont rappelées lorsque la guerre dure comme ce fut le cas en en 1914-1918. Ici si la guerre a été longue les combats ont cessés le 25 juin 1940 après l’armistice signé avec l’Allemagne le 22 juin et celui signé avec l’Italie le 24 juin. Un autre prisonnier, Henri NOUAILHAS, est né le 24 novembre 1901 à Beynac. Il est, lui aussi, ouvrier agricole à Noyéras. Ils sont 3 à être nés en 1902 mais la majorité est née en 1910 (6), 1911 (4) et 1912 (8). Le plus jeune est Pierre DESPLANCHES, né le 22 octobre 1918 à Nexon. Il est le seul de cette année.

On constate donc que les prisonniers issus du monde agricole ne sont pas des jeunes de 20 ans. Cela résulte du fait que les classes 1938 traduit le fait que les classes 1935 et suivantes sont des classes creuses, des milliers de jeunes garçons ayant été tués lors de guerre précédente beaucoup de jeunes filles sont restées célibataires. Mais on constate aussi, dès le milieu des années 1930, que les jeunes garçons ne restent plus à travailler à la ferme familiale et s’orientent vers l’industrie ou les services publics.

Une deuxième liste recense les prisonniers rapatriés pour des raisons médicales ou sociales (soutien de famille) ou encore ce sont évadés. Elle comporte 20 noms : 6 propriétaires exploitants, 8 métayers, 4 ouvriers agricoles et 2 artisans ruraux.

  • Les évadés

8 prisonniers se sont évadé : André ASTIER, Jean DENANOT, Armand DENARDOU, Jean DESBORDES, Louis DITLECADET, Henri DUDOGNON, Léon LIMOUSIN, René SEREZAC.

Que ce soit en 1914-1918 ou en 1940-1944, les conditions d’évasion sont les mêmes et elles sont extrêmement difficiles à surmonter : il faut des vivres, des vêtements civils, de faux papiers, éviter d’avoir à parler allemand ou savoir le parler. Pendant la Première Guerre Mondiale ils furent 16 000 à avoir réussi l’opération, soit moins de 3 % des captifs. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils ont été 32 000 à réussir soit 4 % des captifs.

Il ne figure ni dans la liste des prisonniers ni dans celle des évadés car il n’exerçait pas une profession agricole, il était marchand de vin avec son père, il s’agit de Maxime DENIS. Il était prisonnier au Frontstalag 192 à Laon dans l’Aisne. Il travaillait dans un Kommando à Any-Martin-Rieux, chef-lieu de canton situé à 65 km au Nord de Laon. Maxime DENIS était affecté aux cuisines de la Kommandantur lorsqu’un soir il entend une conversation au cours de laquelle l’un des interlocuteur annonce le départ du kommando pour l’Allemagne dès le lendemain. Avec son camarade Fernand CHARBONNIER ils décident de s’évader. Quelques heures plus tard, le 6 décembre 1940 au soir, ils partent à vélo. Fernand a conté leur parcours dans un document de 260 pages que Rachel, la fille de Maxime DENIS m’a confié.

Ce pourrait être un film tant se mêlent les moments de peur, la chance, la solidarité mais surtout la profonde amitié puisque Fernand, une fois arrivé à Nexon y est resté.  Leur objectif est bien de rejoindre Nexon en zone libre plutôt que d’aller chez Fernand dont les parents étaient fermiers en Anjou, zone occupée. Ils prennent les petites routes, sautent dans les fossés quand ils entendent des voitures, se font renvoyer quand ils demandent de l’aide ou au contraire trouvent des gens merveilleux qui leur offrent le gite et le couvert, leur indique les routes à suivre pour éviter les allemands et parfois même les conduisent. Un fois franchie la zone interdite, cette zone qui couvre une partie de l’Aisne et qui devait devenir une zone de peuplement allemand, leur route continue vers le Sud en contournant Reims par l’Ouest et sont orientés vers Damery, commune de la Marne dont la gare est située sur la ligne Paris-Strasbourg.

Pour arriver à Nexon les 2 évadés doivent franchir 2 lignes de démarcation

Les personnes rencontrées les mettent en relation avec des cheminots qui leurs procurent des billets, les font sortir de la gare de l’Est en évitant les contrôles, leurs conseillent de passer par Nevers pour franchir ligne de démarcation et leur fournissent des contacts pour tout leur parcours.  On peut être surpris de constater que dès le mois de décembre 1940 les cheminots avaient organisé des filières pour faciliter les passages en zone libre.

Arrivés à Paris, Fernand demande un rendez-vous au propriétaire de la ferme des ses parents, un Comte P.D.G. d’une société d’assurance place Vendôme. A la surprise du personnel, ce garçon mal habillé est reçu par M. le Comte. Il repart avec des billets de train et 500 francs pour les frais de leur voyage jusqu’à Nexon. Ils rejoignent sans encombre la gare de Lyon puis Nevers et là il fallait franchir la ligne de démarcation. Ils doivent aller à Germigny l’Exempt avec leurs vélos qui les ont suivi en bagages accompagnés dans le train. Là, ils retrouvent leur contact, franchissent la ligne se dirigent vers la première guérite où se trouve un militaire français. Après une nuit de sommeil et des papiers en règle ils sont conduits à la première gare avec un billet pour Châteauroux et l’ordre de se présenter à la caserne de Déols pour être démobilisés. Ils reçoivent un bon de transport pour aller à Limoges et à Nexon le 12 décembre 1940 après 7 jours vers la Liberté.

Ensuite c’est l’arrivée à Nexon que Fernand raconte :

  • La Relève

Parmi les rapatriés deux ont été libérés grâce au mécanisme de la Relève. Cette mesure, instaurée sous l’impulsion de Laval en juin 1942, consistait à envoyer en Allemagne trois travailleurs volontaires pour qu’un prisonnier soit libéré.  Malgré la propagande importante faite tant par le gouvernement de Vichy que par l’Allemagne le nombre de volontaires n’a pas été suffisant et en février 1943 la Relève a été remplacée par le Service du Travail Obligatoire (STO).

En 1943, 200 000 prisonniers sont transformés en travailleurs libres. Libres surtout de continuer à travailler en Allemagne, ils ne quittent un camp que pour un autre camp. Cette mesure permet de libérer 30 000 gardiens allemands qui rejoignent le front russe.

  • Le courrier des prisonniers

La Convention de LA HAYE dont découle la « Convention relative au traitement des Prisonniers de Guerre » du 27 juillet 1929 stipule que les lettres, mandats et articles d’argent, ainsi que les colis postaux destinés aux prisonniers de guerre ou expédiés par eux, seront affranchis de toutes taxes postales (Art. 16).

Les directives allemandes du 6 septembre 1940 permettent à tous les prisonniers de guerre français se trouvant sur les territoires allemand et français d’envoyer et de recevoir des lettres et des cartes postales mais non les colis et paquets.

Les adresses des prisonniers doivent comprendre le nom, les prénoms, le grade, le numéro du prisonnier ainsi que l’indication du Stalag, ou Oflag, mais en aucun cas ne doit figurer l’indication géographique du lieu du camp, même pour ceux situés dans la France occupée, sinon les envois seront retournés à l’envoyeur.

Tout envoi pour les prisonniers de guerre doit porter, en tête les mentions KRIEGSGEFANGENENPOST et GEBÜHRENFREI (Courrier des Prisonniers de Guerre en franchise) en allemand et en français. Les prisonniers peuvent écrire chaque mois une lettre et deux cartes postales. Mais ces règles peuvent être plus souples selon les camps.

Carte postée du Stalag XIII B pour la Belgique le 8 octobre 1941
  • Le retour de captivité

Toutes les familles n’ont pas de nouvelles de leur prisonnier. C’est le cas de Mme CLERMONTEIL qui en juillet 1945 est toujours sans nouvelles de son mari. Elle fait publier une annonce dans le Populaire pour obtenir des informations.

Carte avec l’adresse du camp préimprimée, reçue le 20 mars et postée le 26 février

Dans la lettre qu’écrit Pierre BAILLEUX le 10 janvier 1941 à son épouse à Limoges, il dit que toutes les lettres qu’il a reçu sont du mois de novembre ! Elles ont mis 2 mois pour lui parvenir. C’est un constat que l’on fait souvent en lisant les correspondances des prisonniers.

  • Le retour de captivité

C’est le ministère des Prisonniers, déportés et Rapatriés (PDR) qui est chargé du rapatriement de l’ensemble des français qui étaient en Allemagne. Les problèmes étaient spécifiques à chaque catégorie de ressortissant mais cette structure qui devait traiter un grand nombre de dossiers sans les moyens suffisants, elle privilégiait la rapidité plus que la méthode pour que chacun rejoigne sa famille le plus rapidement possible. On constate la différence avec la méthode rigoureuse employées par américains pour les prisonniers belges.

Le général de Gaulle avait pourtant nommé, dés la fin 1943 à Alger, Henri FRENAY pour assurer ce rapatriement. Il élabore un Plan de rapatriement avec des camps de transit, des Centres d’accueil ou un contrôle sanitaire serait effectué pour éviter que des maladies contagieuses puissent se répandre, une détection d’éventuels espions était également prévue. Mais dans la réalité ce fut souvent l’improvisation qui prima. Il rentrait en moyenne 15 000 personnes par semaine en avril 1945 et 200 000 à la mi-mai. Au début du mois de juillet le rapatriement massif était terminé. Le retour a été rapide pour ceux qui étaient à l’Ouest mais beaucoup plus lent pour ceux qui ont été libérés par les troupes soviétiques.

Les ex-prisonniers libérés à l’Ouest arrivent en France par la Belgique où ils reçoivent un accueil chaleureux, certains trouvèrent qu’il était plus chaleureux que celui qu’ils reçurent en arrivant en France. A la frontière ils accomplissent rapidement quelques formalités Dans les Centres de rapatriement puis ils gagnent la gare la plus proche de leur domicile pour rentrer chez eux.

Certains manquent à l’appel. Leur famille est sans nouvelle d’eux. C’est le cas de Martial CLERMONTEIL, futur président de l’association nexonnaise des anciens prisonniers de guerre. Son épouse lance le 28 juillet un appel dans la presse, comme beaucoup d’autres familles.

le Populaire 28 juillet 1945

Les prisonniers qui sont rentrés de captivité en 1945 n’ont pas connu les mêmes difficultés que leurs camarades de 1918. Ces derniers ont dû lutter contre l’immense prestige dont jouissaient les Poilus pour avoir défendu la patrie, alors qu’eux étaient détenus en Allemagne après avoir été capturés, dans des conditions que beaucoup considéraient comme douteuses. Ils durent donc militer pour défendre leur honneur et obtenir des dédommagements matériels et financiers.

Ce n’est la cas pour les prisonniers qui rentrent de captivité en 1945. Ils sont accueillis comme des militaires et sont inclus dans les commémorations.

Mais ils doivent réapprendre à vivre en famille. Prisonniers ils vivaient entre hommes et sans enfants. A leur retour ceux qui étaient mariés découvrent une épouse qui a des relations avec un autre homme et il s’en suit une hausse considérables des divorces pour adultère de la femme. Certains ont perdus un parent, ne reconnaissent pas le bébé qu’ils ont quitté et qui maintenant va a l’école maternelle. D’autres ont leurs maisons détruites, un commerce en faillite…mais aussi douloureux que soient ces problèmes ils ne touchèrent qu’une petite minorité d’entre eux. Les réintégrations professionnelles sont très variables. Faciles pour ceux qui retrouvent leur emploi, leur commerce ou leur terre, plus difficile pour d’autres. Une « ordonnance relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des déportés et assimilés » est publiée le 1er mai 1945. Comme le pays manque de main d’œuvre il n’est pas difficile de trouver un emploi. Un pécule est versé mais le montant est plus faible que celui versé dans d’autres pays.

La réinsertion sociale n’est pas des plus facile. Les résistants sont auréolés d’une gloire qui laisse les prisonniers un peu dans l’ombre. Il en est de même des anciens combattants de 14-18 qui manifestent un certain dédain pour ceux qui n’ont pas su résister aux allemands comme eux l’ont fait.

Pour retrouver la camaraderie des camps, pour s’entraider, pour améliorer leur image et pour faire aboutir leurs revendications ils créent des associations de prisonniers de guerre spécifiques pour cette guerre.

  • Les associations

« Dès que les premiers prisonniers ont été rapatriés, ils ont senti la nécessité de se grouper pour, à la fois, aider les familles de leurs camarades encore captifs, et apporter à ces derniers toute l’assistance qu’il était possible de leur donner. C’est ainsi que sont nés les Centres d’entraide qui se sont développés dans toute la France…

Au moment de la Libération il existait en France 11 000 Centres d’entraide répartis dans tout le pays.

Dans le même temps, les prisonniers ont senti le besoin de se regrouper par camp, principalement dans les grands centres, et c’est ainsi qu’ont pris naissance les secrétariats de camps transformés, après la libération, en Amicales des camps, et coordonnées par une Union nationale des Amicales de camps.

Ainsi se sont formées deux séries d’organismes à objectifs sociaux : d’une part les Centres d’entraide répartis horizontalement sur toute la France ; d’autre part, les Secrétariats de camps groupant, verticalement par camp, les prisonniers.

Mais, dès la fin de 1942, des camarades se sont groupés dans la clandestinité pour former le mouvement de résistance prisonniers qui s’est appelé le « Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés ».

Après la libération, d’un même accord, éléments prisonniers de M.N.P.G.D. et Prisonniers des Centres d’entraide décidèrent de fusionner dans les Associations départementales qui existent dans tous les départements de France. De la même manière l’action des prisonniers s’unifie, et l’Union nationale des amicales de camps va adhérer à la Fédération nationale des prisonniers de guerre, tout en conservant ses cadres d’action autonomes. » Allocution à la radio de M. DEVAUX, 1er président de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre, prononcée à la radio le 21 mai 1945.

Le Congrès constitutif de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre (FNPG) s’est tenu à Paris les 5, 6, 7 et 8 avril 1945. Elle est reconnue d’utilité publique le 1er avril 1948.

le dimanche 25 novembre 1945, 7000 prisonniers de la Haute-Vienne se réunissent à Limoges pour affirmer leurs revendications.

MM. THOMAS, délégué fédéral et FOUSSAT, député à la Constituante.
Le Populaire 27 novembre 1945

Il a fallu se préoccuper de la réinsertion des anciens prisonniers et leur apprendre à vivre dans le monde de 1946, si différent de celui de 1939. Il faut que les prisonniers obtiennent la carte de combattant, des soins, la compensation des pertes de revenus, la retraite…

A Nexon l’association locale est membre de l’Association des prisonniers de guerre du département de la Haute-Vienne, elle-même adhérente à la F.N.P.G.

Première carte, signée par le président Henri PERRIARD

A peine arrivé à Nexon mon père est accueilli au sein de l’association présidée par Henri PERRIARD . Il en sera membre jusqu’à ce que les activités relatives aux ancien prisonniers de guerre (A.C.P.G.) se réduisent, la plupart étant âgés ou décédés.

L’A.C.P.G. de la Haute Vienne éditait un journal mensuel, très lu dans le département.

Un des président emblématique de cette association était Henri DEFOUGERE pendant les années 1960-1970. Ancien prisonnier au Stalag XVIII A en Styrie (Land Autrichien annexé par l’Allemagne en 1938). Professeur de philosophie il avait créé une université dans le Stalag et il en devint le recteur. A son retour il est professeur de philosophie au lycée Darnet à Saint Yrieix. Je l’ai eu comme professeur en classe de Math-Elem. Il savait que la philo n’était pas la matière principale pour notre classe aussi il se laissait facilement entraîner sur des discussions relatives à la guerre et aux prisonniers. Connaissant son travers il y avait toujours l’un d’entre nous, désigné avant de rentrer en cours, pour lui poser une question sur cette période. Il arrivait parfois que la discussion dure presque la totalité du cours et c’est avec un sourire qui voulait dire qu’il n’était pas dupe de notre stratagème il résumait en 10 mn son cours. Mais le temps de discussion avec lui valait bien une leçon sur la liberté, la haine…

Il rappelait dans chaque éditorial du Journal la nécessité de faire aboutir les revendications des anciens prisonniers. Dans celui de juillet 1974 il redit l’importance de se grouper pour obtenir satisfaction. 30 ans après la fin de la guerre ce n’était pas encore le cas. Fallait-il tout oublier pour construire l’Europe avec l’Allemagne ? Ce n’est qu’après 1981 sous la présidence de François Mitterrand que les A.C.P.G. ont vu leurs revendications globalement satisfaites, mais un certain nombre d’entre eux n’était déjà plus de ce monde.

Les prisonniers demandent la carte du combattant avec les mêmes avantages que ceux de 1914-1918, un pécule pour chaque mois comme prisonnier, la reconnaissance officielle d’un vieillissement accéléré avec comme conséquence la possibilité pour l’ancien P.G. de prendre sa retraite professionnelle plus tôt (5 ans de captivité correspondant à un abaissement de l’âge de 5 ans pour la retraite)… cette dernière revendication demanda des démarches multiples, des discussions sans fin pour obtenir finalement satisfaction avec la loi du 30 juin 1973 qui donne a possibilité pour un P.G. de prendre sa retraite à 60 ans au lieu de 65.

Chaque année les anciens prisonniers se retrouvent le 8 mai pour une cérémonie au monument aux morts suivie du banquet annuel.

La date du 8 mai a donné lieu à de nombreuses manifestations. La loi du 7 mai 1946 fixe au 8 mai, si c’est un dimanche, ou au dimanche suivant cette date les commémorations de la victoire de 1945. Ce n’est qu’en 1953 que le 8 mai devient officiellement un jour férié institué, au même titre que le 11 novembre, quel que soit le jour de la semaine où il tombe. En 1959, un décret cherchant à limiter le nombre de jours chômés supprime ce jour férié. Il va s’en suivre, chaque année, des manifestations pour que le 8 mai soit chômé.

En 1961 la section de Nexon des Anciens prisonniers de guerre compte 79 adhérents, les Anciens combattants sont 126 membres. Le bureau est ainsi composé :

Président : Martial CLERMONTEIL

Vice-Présidents : Louis BEYRAND et Louis DITLECADET

Secrétaire : Camille GARAUD

Secrétaire adjoint : François BONNAUD

Trésorier : Jean TRICARD

Délégué cantonal : Maurice QUEYROI

Pour le 8 mai 1962 le bureau « insiste pourque chacun de nous fasse grève ce jour là afin de démontrer au à un Gouvernement oublieux que, contre tous ses ukases, les A.C.P.G. se rappellent que le 8 mai a marqué, pour eux, la fin d’une interminable captivité et fait luire l’annonce tant attendue du retour dans les foyers.

Chômer le 8 MAI est un devoir pour nous tous qui réclamons depuis 4 ans le rétablissement de cette journée comme fête légale. »

En 1963 les mêmes protestations sont répétées. C’est cette même année qu’au congrès de Pau que les anciens d’Afrique du Nord sont admis dans les rangs de la FNCPG.

Lors du banquet qui a suivi la cérémonie du 8 mai 1965, Maurice QUEYROI, délégué au Congrès national fit part à ses camarades que, 20 ans après la fin de la guerre, leur association connaissait quelques difficultés. La majorité des A.C.P.G. a plus de 50 ans et les plus jeunes ont 45 ans. L’intégration des anciens d’Algérie, Tunisie, Maroc a amené des plus jeunes et compensé la diminution des effectifs mais cela n’a pas suffi. Aussi en 1975, au Congrès de Toulon, les veuves de prisonniers et de combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (CATM) sont reconnues par la Fédération Nationale. Le logo sur les cartes change.

Au cours de cette même année 1975, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, retire tout caractère officiel au 8 mai. Son geste cherche à marquer la réconciliation franco-allemande, mais irrite de nombreux anciens combattants. Finalement par la loi u 2 octobre 1981, François Mitterrand redonne au 8 mai son caractère de jour férié et rajoute cette journée à la liste des jours chômés dans le code du travail.

En 1975, après l’Assemblée générale du 12 janvier, le bureau est ainsi constitué :

Président : François BONNAUD

Vice-président : Louis LAMONERIE

Secrétaire : André PENOT

Secrétaire adjoint : Paul LASSAGNE

Trésorier : Jean TRICARD

Membres : Louis BEYRAND, Henri BOYER, Bernard CHAUFFAILLE, Henri PERRIARD, Maurice QUEYROI, Camille GARRAUD, Jean VALERY.

La Voix des P.G. Février 1975

Par la suite M. GARRAUD présidera l’association mais les anciens prisonniers de 1939-1945 sont de moins en moins nombreux. En 1985, pour le 40ème anniversaire de l’armistice, un certain nombre d’entre eux sont morts et les plus jeunes ont près de 70 ans. C’est Marcel MICHAUD, un ancien d’Algérie de Jourgnac qui préside l’association.

Le 15 mai 2011, Nexon a accueilli le Congrès départemental.

Il n’y a plus d’anciens prisonniers. C’est la dernière grande manifestation organisée par l’association. M. MICHAUD est à la fois président et trésorier et son épouse Denise assure le secrétariat.

Depuis le congrès national de 2012, la Fédération Nationale accueille dans ses rangs des sympathisants, personnes non ressortissantes de l’ONACVG qui partagent les valeurs de la Fédération. Comme toutes les associations du monde combattant la moyenne d’âge des adhérents est élevée. Malgré les regroupements de plusieurs sections, Nexon-Janailhac-Saint Maurice les Brousses il est difficile d’assurer une présence aux journées commémoratives. Le devoir de mémoire s’estompe petit à petit.

Après le décès de son époux, le 18 août 2018, Mme MICHAUD a repris le flambeau et assure seule toutes les fonctions d’un bureau pour l’association des ACPG-CATM-VVG. Pour combien de temps ?

Si un jour il n’y a plus d’association d’Anciens Combattants et Victimes de Guerres, c’est que la PAIX régnera effectivement …

II – La captivité

Le trajet vers l’Allemagne a été l’un des pires moments pour les prisonniers. C’était un départ vers l’inconnu, pour une durée indéterminée. Le sentiment de crainte mêlé à la frustration de la défaite, l’ignorance du sort de ses proches, les conditions du voyage et le manque de tout sont insupportables. Les conditions de transport sont épouvantables ; il fait une chaleur étouffante, les prisonniers ne reçoivent pratiquement rien à manger et à peine à boire, l’hygiène est inexistante.

A l’arrivée au camp ils manquent de tout et n’ont pour seuls vêtements que leur tenue militaire et quelques effets personnels. Ils n’ont eu des nouvelles de leurs familles qu’après l’armistice, au début du mois de juillet.

Le 9 juin 1940, jour de ses 21 ans, mon père est à Nuremberg, au Stalag XIII A. Lors de la distribution du repas il eut droit à une double ration de soupe ! Quelqu’un avait-il remarqué que c’était son anniversaire ou bien était-ce un pur hasard ? Il ne l’a jamais su.

Il est prisonnier avec le numéro 45048.  Il s’en souviendra toute sa vie.

La plaque d’identité de mon père : N° 45048

Puis il est envoyé au Stalag XIII B à Weiden dans le Haut-Palatinat (Bavière) à 85 km de Nuremberg. Il existe en Allemagne un nombre assez élevé de localité qui portent le nom de « Weiden » mais la seule qui ait abrité un camp de prisonnier militaire est la ville de Weiden, située à 100 km à l’Est de Nuremberg qui comptait en 1940 environ 30 000 habitants.

Les camps de prisonniers militaires en Allemagne

Le stalag XIII B s’étendait sur l’Allemagne actuelle mais aussi sur la république Tchèque (territoire des Sudètes). Il y aura une présence constante de 1.800 à 2.000 Belges dans ce Stalag. Une statistique établie vers le mois de juillet 1944 évalue leur nombre à 1.869. Avec eux il y a des Français, des Serbes et des Polonais.

Il y avait une hiérarchie très claire dans la perception que les Allemands avaient des prisonniers. Au sommet, on retrouvait les prisonniers de guerre américains et britanniques, ils étaient généralement traités correctement et en respect de la Convention de Genève. Ils recevaient en outre de nombreux colis en provenance de la Croix-Rouge internationale, ils étaient par conséquent bien nourris sauf à la toute fin de la guerre, lorsque les canaux d’approvisionnement furent rompus. Les prisonniers d’Europe occidentale (français, belges) étaient également traités comme des prisonniers de guerre, mais ils étaient moins bien nourris et avait moins accès à l’aide internationale. Les Serbes et les Polonais échappaient au contrôle des observateurs extérieurs. Les Italiens qui arrivèrent à Sandbostel après septembre 1943 étaient considérés comme des traîtres, tant par les Allemands que par les autres prisonniers et constituaient à ce titre les laissés-pour-compte de cette hiérarchie de prisonniers. Ils étaient mal nourris et, à partir de l’automne 1944, forcés de travailler pour la Wehrmacht ou étaient considérés comme des travailleurs civils forcés. Un groupe de détenus recevaient cependant un traitement encore moins enviable, il s’agissait des prisonniers soviétiques qui se voyaient tout simplement refuser le statut de prisonniers de guerre, ne recevaient aucun colis de l’aide internationale, ni observateurs. Leurs gardes avaient une autorisation spéciale permettant de les abattre. La dénutrition, le manque de place occasionnèrent des épidémies qui les décimèrent. Des milliers d’entre eux moururent de faim, de maladie ou suite aux mauvais traitements infligés par les gardes.

Une tâche est confiée à chaque prisonnier. Certains remplissent des fonctions administratives ou d’intendance au camp, alors que d’autres forment des « Kommando » ou groupes de travail, assignés à un chantier, une usine ou une ferme, à l’extérieur du camp. J’ai d’abord été affecté dans une exploitation forestière qui appartenait à un riche baron.

KGF, Kriegsgefangener, pour montrer le statut de prisonnier de guerre
Mon père, 1er rang, le premier à gauche.
Devant la schlitte pour descendre le bois des forets
Un repos sans doute bien mérité

Juillet 1941 (Kdo 954)

Mon père n’a pas souffert de la faim. les prisonniers de guerre ne subissaient pas le traitement des déportés des camps de concentration. Les propriétaires traitaient correctement ces travailleurs, bon marché, qui suppléaient la jeunesse allemande mobilisée dans les armées.

Puis, sans doute parce que j’étais agriculteur, j’ai été affecté dans des fermes pour remplacer les hommes qui avaient été mobilisés dans la Wehrmacht.

Les prisonniers assignés à un Kommando sont de la main d’œuvre bon marché dont a besoin l’économie de guerre du IIIe Reich. Le prisonnier perçoit un salaire (équivalent à 60% du salaire d’un ouvrier allemand), amputé des frais de nourriture et de logement. Les journées peuvent compter jusqu’à 12h de travail, et le Kommando est toujours accompagné de gardes. Dans l’ensemble, les prisonniers belges sont relativement bien traités, même si les conditions de détention restent pénibles.

Neuf prisonniers sur dix sont en fait affectés dans ces détachements de travail éparpillés dans le ressort du stalag. Le XIII B possédaient 127 Arbeitskommandos, dont 53 étaient des commandos de culture dans les villages.

Un laissez-passer permettait d’aller dans les champs autours de la ferme. Il fallait toujours l’avoir sur soi avec la plaque d’identité.

J’étais affecté à une ferme, dans un petit village des Sudètes qui se trouve aujourd’hui en République Tchèque. jusqu’en 1918 cette région faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Le traité de Versailles en démantelant cet empire a permis la création de la Tchécoslovaquie. Dès septembre 1938 Hitler revendique ces territoires au nom du « pangermanisme ». Réunis à Munich le 29 septembre 1938 pour préserver la paix, la France représentée par DALADIER et le Royaume Unis, représenté par CHAMBERLAIN signent l’accord qui permet à l’Allemagne d’annexer la Région des Sudètes. En échange, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du Reich vont cesser. Le lendemain, la Tchécoslovaquie, qui a commencé à mobiliser ses troupes, est contrainte de s’incliner et de laisser pénétrer la Wehrmacht sur son territoire.

la ferme ou travaille mon père est à Horosedl, aujourd’hui Hořesedly, petit village de moins de 500 habitants situé à mis chemin de Prague et de Karlovy Vary. ( Lorsqu’il y est revenu, en 1982, mon père n’a rien reconnu. Toute la population allemande a été déporté par les troupes soviétiques en 1945 et toutes les traces du passé effacées.)

Arbeitkommando  937

.

Lorsqu’au début du mois de mai 1945 les prisonniers entendent à la radio que les troupes russes s’approchent ils commencent à s’inquiéter car ils n’ont pas envie de tomber entre leurs mains. À l’Ouest, l’armée américaine progresse également et s’arrête à Pilzen le 6 mai. Ils prennent un tracteur et une remorque et vont à leur rencontre. Enfin mon père est libre.

Au fur et à mesure de leur progression les américains ont organisé le rapatriement des prisonniers. Il s’est fait sous le contrôle du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). Les prisonniers, les déportés…, étaient des DP, des “ displaced persons”. L’accueil en première ligne avait lieu juste derrière le front. Une “DP index card” était établie dans les “collecting points”. Seul le nom de la personne et un numéro d’enregistrement unique y figuraient. Mon père n’a pas gardé cette carte qui, pendant tout le trajet de rapatriement, servait de pièce d’identité provisoire.

Les prisonniers belges sont conduits à Neufchâteau, petite ville belge située près de la frontière française, entre Luxembourg et Charleville. Un centre de rassemblement des rapatriés a été mis en place, toujours avec l’aide des américains. A l’arrivée au centre, un entretien individuel de 20 à 30 minutes a lieu avec un officier de liaison belge. Il établit une deuxième carte, le “AEF DP registration record”. Mon père l’a conservée. La compléter équivalait à contrôler l’identité. En plus des données d’usage telles que le domicile et la date de naissance, cet officier indiquait le lieu où la personne voulait se rendre, pour mon père Saint Palais, ainsi que sa possession éventuelle d’argent, 235 marks. Au bas du recto de la carte, un bref aperçu de la captivité était également inscrit.

Au verso figuraient des informations à caractère médical, qui donnaient une idée de la condition physique dans laquelle la personne se trouvait préalablement à son retour.  Au numéro 26, il était ainsi possible de cocher si elle était “apte au travail manuel” (case L), au “transport” (M) ou si elle souffrait d’une maladie contagieuse (CD) ou d’une maladie l’empêchant de travailler (D). Mon était apte au travail et au transport.

Une fois ces formalités accomplies le Ministère de la défense délivrait un titre de congé de repos. A partir de ce moment les personnes pouvaient rejoindre la destination que indiquée sur la fiche.

Son titre de congé est signé le 16 mai 1945 et mon père part rejoindre ses parents en France.

Bien qu’il n’ai jamais mis les pieds chez eux il savais où aller et qu’il était attendu. En effet bien que très contrôlé par la censure mon père recevait du courrier, surtout des photos que prenait ma grand mère ou elle montrait le travail à la ferme, et les personnes, surtout des cousins, qui les avaient rejoints.

Pour certains des prisonniers, dont des camarades de mon père, le retour a été difficile. Leurs parents étaient décédés, leurs femmes les avaient quittés, pour ceux qui étaient commerçants ou artisans leur affaire avait périclité… Pour moi rien de tout cela. Je n’étais pas marié, je travaillais avec mes parents. Ils étaient bien vivants.

Ce n’est que le 19 mars 1946 que j’ai été officiellement démobilisé. Nous avions quitté Saint – Palais et nous habitions au Courdein, à Nexon.

Je recevrai 49.407 francs (6 950 euros en 2009, 425 en 2019 !) pour la période du 29 mai 1940 au 31 août 1945. Je touche cette somme alors que je suis au Courdein. Elle sera bien utile pour y commencer une nouvelle vie.

I- Comment ils sont devenus prisonniers ?

Mon père n’était pas encore nexonnais quand il a été fait prisonnier par l’armée allemande. Il était belge, né le 9 juin 1919 à Chénée, une petite ville de la banlieue de Liège. Au moment d’effectuer son service militaire il travaillait en France avec son père qui avait quitté le moulin familial et avait acheté une ferme. Il arrivera à Nexon, le 1er octobre 1945 où son père a acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Il y passera 62 ans, y épousera celle qui sera notre mère et lui donnera 7 enfants.

D’abord le service militaire

Mon père est appelé sous les drapeaux le 15 février 1939 pour effectuer son service militaire d’une durée théorique de 18 mois contre 21 mois en France. Il aurait donc dû regagner le domicile familial en aout 1940, mais rien ne se passera comme prévu.

Il est affecté au 1er Régiment de lanciers basé à Spa, ville thermale de la province de Liège. C’est un régiment prestigieux, héritier d’un régiment de cavalerie légère créé en 1814. Affecté à la « Garde du Rhin », il est l’un des régiment frontière, sentinelle avancée vers l’Est. Depuis janvier 1936 il est motorisé. C’est donc à moto que mon père effectue son service.

Les premiers mois du service se déroulent sans problème d’autant plus qu’à Spa il retrouve son oncle qui y habite et chez qui il peut aller lors des permissions. Mais à peine a-t-il effectué la moitié de son service que, le 25 aout 1939, est déclarée la mise sur pied de guerre de l’armée d’active et le 3 septembre la mobilisation générale de l’Armée belge. Cependant, contrairement à ses voisins anglais et français, la Belgique ne déclare pas la guerre à l’Allemagne et se proclame neutre.

Grâce à la Ligne Maginot (réputée invulnérable) et aux Ardennes (jugées infranchissables) l’État-major français considère que l’Allemagne, pour attaquer la France, doit passer par la Belgique en réitérant son plan “ Schlieffen ” de 1914. Pour y faire face le général français GAMELIN, commandant unique des armées françaises et de la British Expeditionary Force (B.E.F.) installées le long de la frontière franco-belge, élabore le plan “ Dyle ”.  Il consiste, dès le début de l’attaque allemande et à condition d’en être informé à temps, à pénétrer en Belgique jusqu’à l’alignement Anvers-Wavre (Ligne K.W.) et sa prolongation jusqu’à Namur et, rejoint par l’armée belge, repousser l’attaque allemande.

L’armée belge devait occuper le segment Anvers-Louvain, la Force Expéditionnaire Britannique (B.E.F.) du Général GORT le segment Louvain-Wavre, la 1ère Armée française du Général BLANCHARD le segment Wavre-Namur, la 9ème Armée française du Général CORAP le segment Namur-Doncherry (France) — la position fortifiée de Namur étant défendue par un corps d’armée belge.

L’armée Belge (2) au milieu du dispositif allié censé arrêter l’offensive allemande

L’armée belge devait s’appuyer sur la ligne K.W., construite entre septembre 1939 et mai 1940, partant du fort de Koningshooikt près d’Anvers et se terminant à Wavre, d’où son nom « KW ». Elle consistait en une série de bunkers de combat, de fossés antichars et de structures en acier longeant la Dyle.

Pendant les longs mois de la « drôle de guerre », le 1er Lancier est stationné près de la frontière allemande. Lorsque le 10 mai 1940 HITLER lance ses troupes sur les Pays-Bas, le régiment fut rappelé au nord de Liège pour défendre la position fortifiée menacée par la percée allemande sur le Canal Albert.  En 36 heures le fort d’Ében-Émael, réputé imprenable, capitule et 1200 soldats sont fait prisonniers. Le moral des belges est ébranlé mais leur neutralité ayant été violée ils entrent en guerre avec énergie. Ce fut le premier acte du plan d’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie et le début de la Campagne des 18 jours.

La campagne des 18 jours

L’attaque du 10 mai fut foudroyante. Elle s’appuyait sur une nouvelle tactique militaire baptisée “ Blitzkrieg ” (guerre éclair). Le 1er Lancier a subi ses premières pertes.

Conformément au plan d’obéir au commandant en chef français, l’armée belge fait mouvement vers la ligne K.W. Elle se positionne entre Anvers (Position Fortifiée d’Anvers) et Louvain, les forces britanniques entre Louvain et Wavre et la 1ère armée française entre Wavre et Namur. Pendant tout le repli vers l’Ouest mon père dors sur sa moto ou allongé à côté d’elle.

Les positions à partir du 14 mai 1940

Le 15 mai l’armée néerlandaise capitule. Les Allemands disposent d’un matériel blindé plus évolué et leurs avions, les fameux Stukas, font des ravages. Bientôt, les armées française, anglaise et belge ne peuvent plus tenir la ligne K.W. Le 17 mai, la retraite est générale derrière le canal de Bruxelles-Charleroi.

 Les Allemands se lancent précipitamment vers Bruxelles, qui est occupée dans la journée. Le lendemain, le 18 mai, Anvers tombe. Mais l’avancée allemande est toujours aussi rapide. L’armée belge effectue son repli vers l’Escaut puis il est décidé qu’elle mènera une bataille d’arrêt sur la Lys. Elle y résiste cinq jours sans reculer. Plus de 3000 soldats belges sont tués en 3 jours.  Malgré la dureté des engagements et la supériorité aérienne allemande, le moral des troupes reste excellent. Le 25 mai au matin, tandis que dans un suprême effort, privée de tout soutien aérien, l’armée belge tente d’enrayer la course allemande vers les ports de la mer du Nord, pour renforcer l’esprit de résistance de ses soldats, le Roi fait lire à ses troupes la proclamation suivante :

Dès l’aube du 26 mai, l’ennemi reprend son attaque en force. Les lanciers du 1er Régiment se replient près d’Ypres. L’armée belge résiste tandis que les troupes britanniques se retirent, sans avoir prévenu, afin d’embarquer à Dunkerque et regagner l’Angleterre.

Depuis le 18 mai le gouvernement belge s’était réfugié à Sainte Adresse en Normandie, comme en 1914, sauf quatre ministres que le Roi voulait à ses côtés, Hubert PIERLOT, premier ministre, Paul-Henri SPAAK, ministre socialiste des affaires étrangères, le général DENIS, ministre de la défense nationale et Arthur VANDERPOORTEN, ministre de l’intérieur.  Les ministres étaient convaincus que les Alliés allaient renverser la situation et que le roi devait être à côté du gouvernement pour gouverner la Belgique en guerre et qu’en tant que chef de l’Etat il devait éviter d’être fait prisonnier. De son côté le roi était persuadé que la victoire serait allemande. Il considère que son honneur lui interdisait d’abandonner ses soldats troupes et qu’il devait demeurer avec son peuple. C’est donc sur un désaccord total que les quatre ministres quittent le roi et gagnent la France.

Le 27 mai au matin Plusieurs brèches importantes se créent sur le front tenu par l’armée belge, qui ne dispose plus de réserves. De plus en plus d’unités annoncent qu’elles ne sont plus en mesure de poursuivre le combat, faute de munitions et de nouvelles unités flamandes font défection.

La capitulation de la Belgique

Le 27 mai, en milieu d’après-midi, le chef de l’Etat-major ayant exposé au Roi la situation irrémédiablement perdue de l’armée, le Roi Léopold III envoie le général-major DEROUSSEAUX comme parlementaire auprès des allemands pour demander les conditions d’une suspension des hostilités. Ceux-ci exigèrent une  » reddition sans conditions « . Le roi accepta, contre l’avis de son gouvernement. L’ordre de capitulation de l’armée belge prit effet le lendemain 28 mai, à 4 heures du matin. Cette reddition se fait sans consultations aucune des alliés de la Belgique et leur provoque une certaine confusion. Ils sont obligés de se replier précipitamment pour éviter de laisser les allemands atteindre les plages de Dunkerque. A ce moment environ un million et demi de Belges sont réfugiés en France. Le 1er juin les effectifs militaires belges présents en France sont évalués à 105 700 hommes

Le général DEROUSSEAUX, représentant le Roi, signe le protocole de capitulation au chateau d’Anvaing, Q.G. du général von REICHENAU, cdt la 6e armée allemande
Le Populaire 29 mai 1940
Le 4 juin il ne reste que la poche de Dunkerque pour que regagner l’Angleterre

Mon père est officiellement fait prisonnier le 5 juin 1940 à La Panne, quelque jours avant ses 21 ans. Ceci s’est fait dans une « relative douceur ». Depuis la capitulation tous les militaires belges étaient prisonniers ; Ils ont été poussés, sans violence, vers une destination où les allemands les ont enregistrés, triés pour ensuite les convoyer vers le lieu de leur détention.

Pendant ce temps le gouvernement belge et un certain nombre de parlementaires sont passés en France et ont rejoint Poitiers et Limoges.

Le parlement belge à Limoges

Le 23 mai 1940 le Gouvernement belge quitte sainte Adresse et se replie à Poitiers tandis que les deux chambres du Parlement se sont exilées à Limoges pour quelques semaines. Cinq ans après, mon grand-père et mon père viendront habiter à Nexon et se retrouveront près de Limoges ! Ainsi vont les hasards de la vie.

La capitulation de l’armée belge suscite la colère en France. Dès le matin du 28 mai, Paul REYNAUD, président du Conseil français, exprime à la radio sa colère contre le roi Léopold. Le 29 mai, le gouvernement PIERLOT décide de convoquer à Limoges, le maximum de parlementaires pour une réunion publique solennelle. Dans l’intervalle, Hubert PIERLOT déclare que la capitulation de l’armée n’engage pas le pays et souligne que « La faute d’un homme ne peut être imputée à la nation entière ». Dans le même temps il délie les officiers et les fonctionnaires de leur serment de fidélité envers le Roi. Plus tard dans la journée, le conseil des ministres constate officiellement l’« impossibilité de régner » de Léopold III et décide d’exercer désormais collectivement les prérogatives royales, sous la formule exécutoire : « Au nom du Peuple belge, nous, Ministres réunis en Conseil… » ( art. 79 et 82). Ces dispositions ayant été prises la séance du Parlement réuni à Limoges peut s’ouvrir. Elle est fixée au 31 mai.

Les députés et des sénateurs sont logés dans les hôtels de Limoges réquisitionnés à cet effet, les grands cafés sont très fréquentés. A côté des parlementaires il y a les membres de toute la presse belge qui, le 29 mai, manifeste sa confiance aux Chambres dont la réunion doit se tenir le lendemain. 

Le Populaire 30 mai 1940

Le 30 mai, pour la réunion du Parlement et du Sénat, sur les 202 députés belges, 89 sont présents à Limoges ainsi que 54 sénateurs sur les 167. de ce fait le quorum n’est pas atteint.

Le Populaire 1er juin 1940

Après que le maire de Limoges, Léon BETOULLE, ait prononcé un mot de bienvenue où il accuse Léopold III de trahison.  Puis Frans Van CAUWELAERT, président de la Chambre des représentants de Belgique, adresse ses remerciements à la municipalité de Limoges et assure qu’unies aux forces Alliées la Belgique, ayant reconquis son indépendance, restera fière et non déshonorée.

Le président du Sénat prend ensuite brièvement la parole.

Le Populaire 3 juin 1940

C’est ensuite le premier ministre PIERLOT qui intervient avant que les parlementaires se réunissent à huis clos.

Après une réunion tumultueuse rapportée plus tard par les participants, la résolution proposée par le Gouvernement en accord avec les présidents de la chambre et du Sénat, est adoptée à l’unanimité des parlementaires présents.

Les sénateurs et députés belges résidant en France, expriment à l’unanimité leurs sentiments ;

  • Flétrissent la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire ;
  • S’inclinent avec respect devant ceux qui sont déjà tombés pour la défense de notre indépendance et rendent hommage à notre armée qui a subi un sort immérité ;
  • Affirment leur confiance dans notre jeunesse, qui, à brève échéance, fera réapparaître nos couleurs sur la ligne de feu ;
  • Se déclarent solidaires du Gouvernement qui constate l’impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner ;
  • Adressent à leurs compatriotes de la Belgique occupée par l’ennemi l’expression de leur fraternelle et ardente sympathie, sûrs qu’ils sont de leur indéfectible patriotisme ;
  • Attestent leur ferme résolution de consacrer toutes les forces du pays et de sa colonie à la poursuite de la lutte contre l’envahisseur jusqu’à la libération de la patrie aux côtés des puissances qui, ont répondu sur l’heure à l’appel de la Belgique attaquée,
  • Expriment leur profonde gratitude à la France et à la Grande-Bretagne qui ont accueilli fraternellement à leurs foyers les réfugiés,
  • Et affirment leur inébranlable confiance dans la victoire du Droit et de l’Honneur.

L’action du Gouvernement trouve sa légitimité dans cette séance Parlementaire de Limoges, la dernière avant septembre 1944.

le Populaire 3 juin 1940

Un résumé des discours est publié dans le Populaire du 1er juin 1940.

le Populaire 1er juin 1940

Le gouvernement PIERLOT est sorti consolidé à la suite de la « résolution de Limoges ». Avec l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain il n’était plus question de demander des comptes à la Belgique pour son attitude entre 1937 et 1940. Quant aux parlementaires, unanimes à Limoges pour condamner l’attitude de Léopold III, 74 d’entre eux se rétractent dès le 15 septembre 1940 et signent un Mémorandum d’excuses transmis au roi « prisonnier à Laeken ».

Les prisonniers de guerre belges

Les Allemands ne savaient pas ce qu’ils allaient faire de 500 000 prisonniers. Ils ont été parqués dans des camps provisoires éparpillés à travers la Belgique. Une partie d’entre eux, environ 150 000, parvint à fuir. Mais le 5 juin une instruction émanant d’Hitler précise comment les prisonniers vont être répartis :

« Tous les prisonniers de guerre issus des provinces de la Flandre-Occidentale, de la Flandre-Orientale, d’Anvers, du Limbourg, du Brabant (ville de Bruxelles et arrondissement de Nivelles non compris) seront immédiatement relâchés. Les prisonniers issus des autres provinces, c’est-à-dire des territoires wallons, seront transportés en Allemagne. Toutefois, les prisonniers de ces territoires pouvant établir leur origine flamande ou exerçant une profession d’utilité publique seront libérés immédiatement.

Sont notamment à libérer : les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs et techniciens de tout genre, les directeurs et employés d’entreprises commerciales, les fonctionnaires, le personnel des entreprises d’eau, du gaz, de l’électricité, le personnel des services de transport, les ouvriers et employés agricoles, les ouvriers mineurs, les chauffeurs d’automobile, les ouvriers spécialistes. »

Ainsi 300 000 hommes furent libérés afin de faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports de la Belgique occupée que les allemands comptaient bien utiliser à leur profit. Le reste, environ 215 000 militaires belges, dont mon père faisait partie, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager) et les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamlager camp de base).

L’Allemagne comptait 56 Stalags et 14 Oflags. Ils étaient répartis sur tout son territoire, y compris ceux nouvellement conquis. Les stalags, répartis suivant la numérotation des arrondissements militaires, étaient constitués d’un camp central où se faisait l’immatriculation et où se tenait toute l’administration et les prisonniers étaient réparti en cellules, plus ou moins importantes appelées « kommando ».

Dans le cadre de la Flamenpolitik, HITLER considérait les flamands comme des germaniques et que de ce fait il étaient supérieurs aux wallons. Il décida donc leur libération à partir d’août 1940 à condition qu’ils prouvent qu’ils étaient flamands et pour cela ils devaient passer un test linguistique. De nombreux francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test et purent regagner leur foyer. Parlant mal le flamand mon père n’a pas pu se présenter à ce test. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, ne furent pas libérés avant la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années, 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement. Compte tenu des diverses libérations réalisées en 1941 et 1942, on peut dire qu’environ 65.000 prisonniers de guerre belges sont restés en captivité pendant cinq ans en Allemagne. (A suivre).