Une histoire illustrée de nexon
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Aux 650 000 soldats belges faits prisonniers il faut ajouter les 1 845 000 soldats français qui furent capturés par les troupes allemandes en 1940-1941. 80 000 d’entre eux ont réussi à s’évader entre juin 1940 et novembre 1942 mais 51 000 sont morts au cours de leur captivité.

Le sort des prisonniers de guerre a été considérablement amélioré par les Conventions de Genève. La première, signée le 22 août 1864, a eu lieu à l’initiative d’Henri DUNANT qui avait été révolté par la situation des blessés à la bataille de Solférino (1859) mais elle n’abordait pas la question des prisonniers. Elle avait débouché sur la création de la Croix Rouge Internationale.

Une nouvelle convention eu lieu en 1906 mais c’est celle de 1929 qui traite particulièrement la question des prisonniers de guerre. Elle fut signée pour que ne se reproduisent pas les comportements constatés en 1914-1918. Elle prévoit des règles qui doivent s’appliquer dès la capture et elle précise ce que doivent être les camps, le travail auquel sont soumis les prisonniers, leurs relations avec l’extérieur, … jusqu’à leur libération. Le prisonnier doit être correctement traité, y compris s’il cherche à s’évader. Les officiers prisonniers sont exempts de travail.

Du fait du nombre élevé des prisonniers et de la soudaineté de leur capture de nombreuses familles étaient sans nouvelles. La première source d’information était le Comité International de la Croix -Rouge qui agissait par son Agence Centrale des Prisonniers de Guerre.

Un Centre National d’Information sur les Prisonniers de Guerre fonctionnait également à PARIS. Ce Centre a publié dès le 12 août 1940 des listes où les soldats prisonniers sont simplement mentionnés par ordre alphabétique, nom puis prénom, suivis de la date et du lieu de naissance, du grade et de l’unité. Au total cela représente 99 ouvrages d’une soixantaine de pages chacun. Ils ont été fournis par l’autorité militaire allemande.

La première liste publiée

Bâtir la liste des prisonniers d’une commune à partir de celles fournies par le Centre national d’Information n’est pas facile car celles-ci n’indiquent que le lieu de naissance et non celui de la résidence. C’est un travail fastidieux d’éplucher, plusieurs fois par semaine, des listes de plus de 4000 noms écrits en petit caractère mais surtout tous les prisonniers que l’on y trouve comme nés à Nexon n’y résident plus nécessairement.

Avec ses listes et les déclarations des familles les communes élaborent des listes qui sont complétées au fur et à mesure des demandes de l’administration et de l’obtention de nouvelles informations.

Ainsi à Nexon une liste de 47 noms recense les prisonniers travaillant à Nexon pour le milieu agricole. Y figurent les agriculteurs, quel que soit leur statut, propriétaire exploitant, fermier, métayer, ouvrier agricole ainsi que les artisans ruraux : électricien, maréchal ferrant, plombier…

 Parmi ces 47 noms, le plus âgé est Félix FENEROL, né le 12 février 1900 qui est fermier à Noyéras. Il a donc plus de 40 ans ce qui est surprenant. Pendant les guerres, les soldats les plus âgés appartiennent à des classes qui sont rappelées lorsque la guerre dure comme ce fut le cas en en 1914-1918. Ici si la guerre a été longue les combats ont cessés le 25 juin 1940 après l’armistice signé avec l’Allemagne le 22 juin et celui signé avec l’Italie le 24 juin. Un autre prisonnier, Henri NOUAILHAS, est né le 24 novembre 1901 à Beynac. Il est, lui aussi, ouvrier agricole à Noyéras. Ils sont 3 à être nés en 1902 mais la majorité est née en 1910 (6), 1911 (4) et 1912 (8). Le plus jeune est Pierre DESPLANCHES, né le 22 octobre 1918 à Nexon. Il est le seul de cette année.

On constate donc que les prisonniers issus du monde agricole ne sont pas des jeunes de 20 ans. Cela résulte du fait que les classes 1938 traduit le fait que les classes 1935 et suivantes sont des classes creuses, des milliers de jeunes garçons ayant été tués lors de guerre précédente beaucoup de jeunes filles sont restées célibataires. Mais on constate aussi, dès le milieu des années 1930, que les jeunes garçons ne restent plus à travailler à la ferme familiale et s’orientent vers l’industrie ou les services publics.

Une deuxième liste recense les prisonniers rapatriés pour des raisons médicales ou sociales (soutien de famille) ou encore ce sont évadés. Elle comporte 20 noms : 6 propriétaires exploitants, 8 métayers, 4 ouvriers agricoles et 2 artisans ruraux.

  • Les évadés

8 prisonniers se sont évadé : André ASTIER, Jean DENANOT, Armand DENARDOU, Jean DESBORDES, Louis DITLECADET, Henri DUDOGNON, Léon LIMOUSIN, René SEREZAC.

Que ce soit en 1914-1918 ou en 1940-1944, les conditions d’évasion sont les mêmes et elles sont extrêmement difficiles à surmonter : il faut des vivres, des vêtements civils, de faux papiers, éviter d’avoir à parler allemand ou savoir le parler. Pendant la Première Guerre Mondiale ils furent 16 000 à avoir réussi l’opération, soit moins de 3 % des captifs. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils ont été 32 000 à réussir soit 4 % des captifs.

Il ne figure ni dans la liste des prisonniers ni dans celle des évadés car il n’exerçait pas une profession agricole, il était marchand de vin avec son père, il s’agit de Maxime DENIS. Il était prisonnier au Frontstalag 192 à Laon dans l’Aisne. Il travaillait dans un Kommando à Any-Martin-Rieux, chef-lieu de canton situé à 65 km au Nord de Laon. Maxime DENIS était affecté aux cuisines de la Kommandantur lorsqu’un soir il entend une conversation au cours de laquelle l’un des interlocuteur annonce le départ du kommando pour l’Allemagne dès le lendemain. Avec son camarade Fernand CHARBONNIER ils décident de s’évader. Quelques heures plus tard, le 6 décembre 1940 au soir, ils partent à vélo. Fernand a conté leur parcours dans un document de 260 pages que Rachel, la fille de Maxime DENIS m’a confié.

Ce pourrait être un film tant se mêlent les moments de peur, la chance, la solidarité mais surtout la profonde amitié puisque Fernand, une fois arrivé à Nexon y est resté.  Leur objectif est bien de rejoindre Nexon en zone libre plutôt que d’aller chez Fernand dont les parents étaient fermiers en Anjou, zone occupée. Ils prennent les petites routes, sautent dans les fossés quand ils entendent des voitures, se font renvoyer quand ils demandent de l’aide ou au contraire trouvent des gens merveilleux qui leur offrent le gite et le couvert, leur indique les routes à suivre pour éviter les allemands et parfois même les conduisent. Un fois franchie la zone interdite, cette zone qui couvre une partie de l’Aisne et qui devait devenir une zone de peuplement allemand, leur route continue vers le Sud en contournant Reims par l’Ouest et sont orientés vers Damery, commune de la Marne dont la gare est située sur la ligne Paris-Strasbourg.

Pour arriver à Nexon les 2 évadés doivent franchir 2 lignes de démarcation

Les personnes rencontrées les mettent en relation avec des cheminots qui leurs procurent des billets, les font sortir de la gare de l’Est en évitant les contrôles, leurs conseillent de passer par Nevers pour franchir ligne de démarcation et leur fournissent des contacts pour tout leur parcours.  On peut être surpris de constater que dès le mois de décembre 1940 les cheminots avaient organisé des filières pour faciliter les passages en zone libre.

Arrivés à Paris, Fernand demande un rendez-vous au propriétaire de la ferme des ses parents, un Comte P.D.G. d’une société d’assurance place Vendôme. A la surprise du personnel, ce garçon mal habillé est reçu par M. le Comte. Il repart avec des billets de train et 500 francs pour les frais de leur voyage jusqu’à Nexon. Ils rejoignent sans encombre la gare de Lyon puis Nevers et là il fallait franchir la ligne de démarcation. Ils doivent aller à Germigny l’Exempt avec leurs vélos qui les ont suivi en bagages accompagnés dans le train. Là, ils retrouvent leur contact, franchissent la ligne se dirigent vers la première guérite où se trouve un militaire français. Après une nuit de sommeil et des papiers en règle ils sont conduits à la première gare avec un billet pour Châteauroux et l’ordre de se présenter à la caserne de Déols pour être démobilisés. Ils reçoivent un bon de transport pour aller à Limoges et à Nexon le 12 décembre 1940 après 7 jours vers la Liberté.

Ensuite c’est l’arrivée à Nexon que Fernand raconte :

  • La Relève

Parmi les rapatriés deux ont été libérés grâce au mécanisme de la Relève. Cette mesure, instaurée sous l’impulsion de Laval en juin 1942, consistait à envoyer en Allemagne trois travailleurs volontaires pour qu’un prisonnier soit libéré.  Malgré la propagande importante faite tant par le gouvernement de Vichy que par l’Allemagne le nombre de volontaires n’a pas été suffisant et en février 1943 la Relève a été remplacée par le Service du Travail Obligatoire (STO).

En 1943, 200 000 prisonniers sont transformés en travailleurs libres. Libres surtout de continuer à travailler en Allemagne, ils ne quittent un camp que pour un autre camp. Cette mesure permet de libérer 30 000 gardiens allemands qui rejoignent le front russe.

  • Le courrier des prisonniers

La Convention de LA HAYE dont découle la « Convention relative au traitement des Prisonniers de Guerre » du 27 juillet 1929 stipule que les lettres, mandats et articles d’argent, ainsi que les colis postaux destinés aux prisonniers de guerre ou expédiés par eux, seront affranchis de toutes taxes postales (Art. 16).

Les directives allemandes du 6 septembre 1940 permettent à tous les prisonniers de guerre français se trouvant sur les territoires allemand et français d’envoyer et de recevoir des lettres et des cartes postales mais non les colis et paquets.

Les adresses des prisonniers doivent comprendre le nom, les prénoms, le grade, le numéro du prisonnier ainsi que l’indication du Stalag, ou Oflag, mais en aucun cas ne doit figurer l’indication géographique du lieu du camp, même pour ceux situés dans la France occupée, sinon les envois seront retournés à l’envoyeur.

Tout envoi pour les prisonniers de guerre doit porter, en tête les mentions KRIEGSGEFANGENENPOST et GEBÜHRENFREI (Courrier des Prisonniers de Guerre en franchise) en allemand et en français. Les prisonniers peuvent écrire chaque mois une lettre et deux cartes postales. Mais ces règles peuvent être plus souples selon les camps.

Carte postée du Stalag XIII B pour la Belgique le 8 octobre 1941
  • Le retour de captivité

Toutes les familles n’ont pas de nouvelles de leur prisonnier. C’est le cas de Mme CLERMONTEIL qui en juillet 1945 est toujours sans nouvelles de son mari. Elle fait publier une annonce dans le Populaire pour obtenir des informations.

Carte avec l’adresse du camp préimprimée, reçue le 20 mars et postée le 26 février

Dans la lettre qu’écrit Pierre BAILLEUX le 10 janvier 1941 à son épouse à Limoges, il dit que toutes les lettres qu’il a reçu sont du mois de novembre ! Elles ont mis 2 mois pour lui parvenir. C’est un constat que l’on fait souvent en lisant les correspondances des prisonniers.

  • Le retour de captivité

C’est le ministère des Prisonniers, déportés et Rapatriés (PDR) qui est chargé du rapatriement de l’ensemble des français qui étaient en Allemagne. Les problèmes étaient spécifiques à chaque catégorie de ressortissant mais cette structure qui devait traiter un grand nombre de dossiers sans les moyens suffisants, elle privilégiait la rapidité plus que la méthode pour que chacun rejoigne sa famille le plus rapidement possible. On constate la différence avec la méthode rigoureuse employées par américains pour les prisonniers belges.

Le général de Gaulle avait pourtant nommé des la fin 1943 à Alger, Henri FRENAY pour assurer ce rapatriement. Il élabore un Plan de rapatriement avec des camps de transit, des Centres d’accueil ou un contrôle sanitaire serait effectué pour éviter que des maladies contagieuses puissent se répandre, une détection d’éventuels espions était également prévue. Mais dans la réalité ce fut souvent l’improvisation qui prima. Il rentrait en moyenne 15 000 personnes par semaine en avril 1945 et 200 000 à la mi-mai. Au début du mois de juillet le rapatriement massif était terminé. Le retour a été rapide pour ceux qui étaient à l’Ouest mais beaucoup plus lent pour ceux qui ont été libérés par les troupes soviétiques.

Les ex-prisonniers libérés à l’Ouest arrivent en France par la Belgique où ils reçoivent un accueil chaleureux, certains trouvèrent qu’il était plus chaleureux que celui qu’ils reçurent en arrivant en France. A la frontière ils accomplissent rapidement quelques formalités Dans les Centres de rapatriement puis ils gagnent la gare la plus proche de leur domicile pour rentrer chez eux.

Certains manquent à l’appel. Leur famille est sans nouvelle d’eux. C’est le cas de Martial CLERMONTEIL, futur président de l’association nexonnaise des anciens prisonniers de guerre. Son épouse lance le 28 juillet un appel dans la presse, comme beaucoup d’autres familles.

le Populaire 28 juillet 1945

Les prisonniers qui sont rentrés de captivité en 1945 n’ont pas connu les mêmes difficultés que leurs camarades de 1918. Ces derniers ont dû lutter contre l’immense prestige dont jouissaient les Poilus pour avoir défendu la patrie, alors qu’eux étaient détenus en Allemagne après avoir été capturés, dans des conditions que beaucoup considéraient comme douteuses. Ils durent donc militer pour défendre leur honneur et obtenir des dédommagements matériels et financiers.

Ce n’est la cas pour les prisonniers qui rentrent de captivité en 1945. Ils sont accueillis comme des militaires et sont inclus dans les commémorations.

Mais ils doivent réapprendre à vivre en famille. Prisonniers ils vivaient entre hommes et sans enfants. A leur retour ceux qui étaient mariés découvrent une épouse qui a des relations avec un autre homme et il s’en suit une hausse considérables des divorces pour adultère de la femme. Certains ont perdus un parent, ne reconnaissent pas le bébé qu’ils ont quitté et qui maintenant va a l’école maternelle. D’autres ont leurs maisons détruites, un commerce en faillite…mais aussi douloureux que soient ces problèmes ils ne touchèrent qu’une petite minorité d’entre eux. Les réintégrations professionnelles sont très variables. Faciles pour ceux qui retrouvent leur emploi, leur commerce ou leur terre, plus difficile pour d’autres. Une « ordonnance relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des déportés et assimilés » est publiée le 1er mai 1945. Comme le pays manque de main d’œuvre il n’est pas difficile de trouver un emploi. Un pécule est versé mais le montant est plus faible que celui versé dans d’autres pays.

La réinsertion sociale n’est pas des plus facile. Les résistants sont auréolés d’une gloire qui laisse les prisonniers un peu dans l’ombre. Il en est de même des anciens combattants de 14-18 qui manifestent un certain dédain pour ceux qui n’ont pas su résister aux allemands comme eux l’ont fait.

Pour retrouver la camaraderie des camps, pour s’entraider, pour améliorer leur image et pour faire aboutir leurs revendications ils créent des associations de prisonniers de guerre spécifiques pour cette guerre.

  • Les associations

« Dès que les premiers prisonniers ont été rapatriés, ils ont senti la nécessité de se grouper pour, à la fois, aider les familles de leurs camarades encore captifs, et apporter à ces derniers toute l’assistance qu’il était possible de leur donner. C’est ainsi que sont nés les Centres d’entraide qui se sont développés dans toute la France…

Au moment de la Libération il existait en France 11 000 Centres d’entraide répartis dans tout le pays.

Dans le même temps, les prisonniers ont senti le besoin de se regrouper par camp, principalement dans les grands centres, et c’est ainsi qu’ont pris naissance les secrétariats de camps transformés, après la libération, en Amicales des camps, et coordonnées par une Union nationale des Amicales de camps.

Ainsi se sont formées deux séries d’organismes à objectifs sociaux : d’une part les Centres d’entraide répartis horizontalement sur toute la France ; d’autre part, les Secrétariats de camps groupant, verticalement par camp, les prisonniers.

Mais, dès la fin de 1942, des camarades se sont groupés dans la clandestinité pour former le mouvement de résistance prisonniers qui s’est appelé le « Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés ».

Après la libération, d’un même accord, éléments prisonniers de M.N.P.G.D. et Prisonniers des Centres d’entraide décidèrent de fusionner dans les Associations départementales qui existent dans tous les départements de France. De la même manière l’action des prisonniers s’unifie, et l’Union nationale des amicales de camps va adhérer à la Fédération nationale des prisonniers de guerre, tout en conservant ses cadres d’action autonomes. » Allocution à la radio de M. DEVAUX, 1er président de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre, prononcée à la radio le 21 mai 1945.

Le Congrès constitutif de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre (FNPG) s’est tenu à Paris les 5, 6, 7 et 8 avril 1945. Elle est reconnue d’utilité publique le 1er avril 1948.

Il a fallu se préoccuper de la réinsertion des anciens prisonniers et leur apprendre à vivre dans le monde de 1946, si différent de celui de 1939. Il faut que les prisonniers obtiennent la carte de combattant, des soins, la compensation des pertes de revenus, la retraite…

A Nexon l’association locale est membre de l’Association des prisonniers de guerre du département de la Haute-Vienne, elle-même adhérente à la F.N.P.G.

Première carte, signée par le président Henri PERRIARD

A peine arrivé à Nexon mon père est accueilli au sein de l’association présidée par Henri PERRIARD . Il en sera membre jusqu’à ce que les activités relatives aux ancien prisonniers de guerre (A.C.P.G.) se réduisent, la plupart étant âgés ou décédés.

L’A.C.P.G. de la Haute Vienne éditait un journal mensuel, très lu dans le département.

Un des président emblématique de cette association était Henri DEFOUGERE pendant les années 1960-1970. Il était professeur de philosophie au lycée Darnet à Saint Yrieix. Je l’ai eu comme professeur en classe de Math-Elem. Il savait que la philo n’était pas la matière principale pour notre classe aussi il se laissait facilement entrainer sur des discussions relatives à la guerre et aux prisonniers. Connaissant son travers il y avait toujours l’un d’entre nous, désigné avant de rentrer en cours, pour lui poser une question sur cette période. Il arrivait parfois que la discussion dure presque la totalité du cours et c’est avec un sourire qui voulait dire qu’il n’était pas dupe de notre stratagème il résumait en 10 mn son cours. Mais le temps de discussion avec lui valait bien une leçon sur la liberté, la haine…

Il rappelait dans chaque éditorial la nécessité de faire aboutir les revendications des anciens prisonniers. Dans celui de juillet 1974 il redit l’importance de se grouper pour obtenir satisfaction. 30 ans après la fin de la guerre ce n’était pas encore le cas. Fallait-il tout oublier pour construire l’Europe avec l’Allemagne ? Ce n’est qu’après 1981 sous la présidence de François Mitterrand que les A.C.P.G. ont vu leurs revendications globalement satisfaites, mais un certain nombre d’entre eux n’était déjà plus de ce monde.

Les prisonniers demandent la carte du combattant avec les mêmes avantages que ceux de 1914-1918, un pécule pour chaque mois comme prisonnier, la reconnaissance officielle d’un vieillissement accéléré avec comme conséquence la possibilité pour l’ancien P.G. de prendre sa retraite professionnelle plus tôt (5 ans de captivité correspondant à un abaissement de l’âge de 5 ans pour la retraite)… cette dernière revendication demanda des démarches multiples, des discussions sans fin pour obtenir finalement satisfaction avec la loi du 30 juin 1973 qui donne a possibilité pour un P.G. de prendre sa retraite à 60 ans au lieu de 65.

Chaque année les anciens prisonniers se retrouvent le 8 mai pour une cérémonie au monument aux morts suivie du banquet annuel.

La date du 8 mai a donné lieu à de nombreuses manifestations. La loi du 7 mai 1946 fixe au 8 mai, si c’est un dimanche, ou au dimanche suivant cette date les commémorations de la victoire de 1945. Ce n’est qu’en 1953 que le 8 mai devient officiellement un jour férié institué, au même titre que le 11 novembre, quel que soit le jour de la semaine où il tombe. En 1959, un décret cherchant à limiter le nombre de jours chômés supprime ce jour férié. Il va s’en suivre, chaque année, des manifestations pour que le 8 mai soit chômé.

En 1961 la section de Nexon des Anciens prisonniers de guerre compte 79 adhérents, les Anciens combattants sont 126 membres. Le bureau est ainsi composé :

Président : Martial CLERMONTEIL

Vice-Présidents : Louis BEYRAND et Louis DITLECADET

Secrétaire : Camille GARAUD

Secrétaire adjoint : François BONNAUD

Trésorier : Jean TRICARD

Délégué cantonal : Maurice QUEYROI

Pour le 8 mai 1962 le bureau « insiste pourque chacun de nous fasse grève ce jour là afin de démontrer au à un Gouvernement oublieux que, contre tous ses ukases, les A.C.P.G. se rappellent que le 8 mai a marqué, pour eux, la fin d’une interminable captivité et fait luire l’annonce tant attendue du retour dans les foyers.

Chômer le 8 MAI est un devoir pour nous tous qui réclamons depuis 4 ans le rétablissement de cette journée comme fête légale. »

En 1963 les mêmes protestations sont répétées. C’est cette même année qu’au congrès de Pau que les anciens d’Afrique du Nord sont admis dans les rangs de la FNCPG.

Lors du banquet qui a suivi la cérémonie du 8 mai 1965, Maurice QUEYROI, délégué au Congrès national fit part à ses camarades que, 20 ans après la fin de la guerre, leur association connaissait quelques difficultés. La majorité des A.C.P.G. a plus de 50 ans et les plus jeunes ont 45 ans. L’intégration des anciens d’Algérie, Tunisie, Maroc a amené des plus jeunes et compensé la diminution des effectifs mais cela n’a pas suffi. Aussi en 1975, au Congrès de Toulon, les veuves de prisonniers et de combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (CATM) sont reconnues par la Fédération Nationale. Le logo sur les cartes change.

Au cours de cette même année 1975, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, retire tout caractère officiel au 8 mai. Son geste cherche à marquer la réconciliation franco-allemande, mais irrite de nombreux anciens combattants. Finalement par la loi u 2 octobre 1981, François Mitterrand redonne au 8 mai son caractère de jour férié et rajoute cette journée à la liste des jours chômés dans le code du travail.

M. GARAUD préside l’association mais les anciens prisonniers de 1939-1945 sont de moins en moins nombreux. En 1985, pour le 40ème anniversaire de l’armistice, un certain nombre d’entre eux sont morts et les plus jeunes ont près de 70 ans. C’est Marcel MICHAUD, un ancien d’Algérie de Jourgnac qui préside l’association.

Le 15 mai 2011, Nexon a accueilli le Congrès départemental.

Il n’y a plus d’anciens prisonniers. C’est la dernière grande manifestation organisée par l’association. M. MICHAUD est à la fois président et trésorier et son épouse Denise assure le secrétariat.

Depuis le congrès national de 2012, la Fédération Nationale accueille dans ses rangs des sympathisants, personnes non ressortissantes de l’ONACVG qui partagent les valeurs de la Fédération. Comme toutes les associations du monde combattant la moyenne d’âge des adhérents est élevée. Malgré les regroupements de plusieurs sections, Nexon-Janailhac-Saint Maurice les Brousses il est difficile d’assurer une présence aux journées commémoratives. Le devoir de mémoire s’estompera petit à petit.

 Après le décès de son époux, le 18 aout 2018, Mme MICHAUD a repris le flambeau et assure seule toutes les fonctions d’un bureau pour l’association des ACPG-CATM-VVG. Pour combien de temps ?

Si un jour il n’y a plus d’association d’Anciens Combattants et Victimes de Guerres, c’est que la PAIX régnera effectivement …

II – La captivité

Le trajet vers l’Allemagne a été l’un des pires moments pour les prisonniers. C’était un départ vers l’inconnu, pour une durée indéterminée. Le sentiment de crainte mêlé à la frustration de la défaite, l’ignorance du sort de ses proches, les conditions du voyage et le manque de tout sont insupportables. Les conditions de transport sont épouvantables ; il fait une chaleur étouffante, les prisonniers ne reçoivent pratiquement rien à manger et à peine à boire, l’hygiène est inexistante.

A l’arrivée au camp ils manquent de tout et n’ont pour seuls vêtements que leur tenue militaire et quelques effets personnels. Ils n’ont eu des nouvelles de leurs familles qu’après l’armistice, au début du mois de juillet.

Le 9 juin 1940, jour de ses 21 ans, mon père est à Nuremberg, au Stalag XIII A. Lors de la distribution du repas il eut droit à une double ration de soupe ! Quelqu’un avait-il remarqué que c’était son anniversaire ou bien était-ce un pur hasard ? Il ne l’a jamais su.

Il est prisonnier avec le numéro 45048.  Il s’en souviendra toute sa vie.

La plaque d’identité de mon père : N° 45048

Puis il est envoyé au Stalag XIII B à Weiden dans le Haut-Palatinat (Bavière) à 85 km de Nuremberg. Il existe en Allemagne un nombre assez élevé de localité qui portent le nom de « Weiden » mais la seule qui ait abrité un camp de prisonnier militaire est la ville de Weiden, située à 100 km à l’Est de Nuremberg qui comptait en 1940 environ 30 000 habitants.

Les camps de prisonniers militaires en Allemagne

Le stalag XIII B s’étendait sur l’Allemagne actuelle mais aussi sur la république Tchèque (territoire des Sudètes). Il y aura une présence constante de 1.800 à 2.000 Belges dans ce Stalag. Une statistique établie vers le mois de juillet 1944 évalue leur nombre à 1.869. Avec eux il y a des Français, des Serbes et des Polonais.

Il y avait une hiérarchie très claire dans la perception que les Allemands avaient des prisonniers. Au sommet, on retrouvait les prisonniers de guerre américains et britanniques, ils étaient généralement traités correctement et en respect de la Convention de Genève. Ils recevaient en outre de nombreux colis en provenance de la Croix-Rouge internationale, ils étaient par conséquent bien nourris sauf à la toute fin de la guerre, lorsque les canaux d’approvisionnement furent rompus. Les prisonniers d’Europe occidentale (français, belges) étaient également traités comme des prisonniers de guerre, mais ils étaient moins bien nourris et avait moins accès à l’aide internationale. Les Serbes et les Polonais échappaient au contrôle des observateurs extérieurs. Les Italiens qui arrivèrent à Sandbostel après septembre 1943 étaient considérés comme des traîtres, tant par les Allemands que par les autres prisonniers et constituaient à ce titre les laissés-pour-compte de cette hiérarchie de prisonniers. Ils étaient mal nourris et, à partir de l’automne 1944, forcés de travailler pour la Wehrmacht ou étaient considérés comme des travailleurs civils forcés. Un groupe de détenus recevaient cependant un traitement encore moins enviable, il s’agissait des prisonniers soviétiques qui se voyaient tout simplement refuser le statut de prisonniers de guerre, ne recevaient aucun colis de l’aide internationale, ni observateurs. Leurs gardes avaient une autorisation spéciale permettant de les abattre. La dénutrition, le manque de place occasionnèrent des épidémies qui les décimèrent. Des milliers d’entre eux moururent de faim, de maladie ou suite aux mauvais traitements infligés par les gardes.

Une tâche est confiée à chaque prisonnier. Certains remplissent des fonctions administratives ou d’intendance au camp, alors que d’autres forment des « Kommando » ou groupes de travail, assignés à un chantier, une usine ou une ferme, à l’extérieur du camp. J’ai d’abord été affecté dans une exploitation forestière qui appartenait à un riche baron.

KGF, Kriegsgefangener, pour montrer le statut de prisonnier de guerre
Mon père, 1er rang, le premier à gauche.
Devant la schlitte pour descendre le bois des forets
Un repos sans doute bien mérité

Juillet 1941 (Kdo 954)

Mon père n’a pas souffert de la faim. les prisonniers de guerre ne subissaient pas le traitement des déportés des camps de concentration. Les propriétaires traitaient correctement ces travailleurs, bon marché, qui suppléaient la jeunesse allemande mobilisée dans les armées.

Puis, sans doute parce que j’étais agriculteur, j’ai été affecté dans des fermes pour remplacer les hommes qui avaient été mobilisés dans la Wehrmacht.

Les prisonniers assignés à un Kommando sont de la main d’œuvre bon marché dont a besoin l’économie de guerre du IIIe Reich. Le prisonnier perçoit un salaire (équivalent à 60% du salaire d’un ouvrier allemand), amputé des frais de nourriture et de logement. Les journées peuvent compter jusqu’à 12h de travail, et le Kommando est toujours accompagné de gardes. Dans l’ensemble, les prisonniers belges sont relativement bien traités, même si les conditions de détention restent pénibles.

Neuf prisonniers sur dix sont en fait affectés dans ces détachements de travail éparpillés dans le ressort du stalag. Le XIII B possédaient 127 Arbeitskommandos, dont 53 étaient des commandos de culture dans les villages.

Un laissez-passer permettait d’aller dans les champs autours de la ferme. Il fallait toujours l’avoir sur soi avec la plaque d’identité.

J’étais affecté à une ferme, dans un petit village des Sudètes qui se trouve aujourd’hui en République Tchèque. jusqu’en 1918 cette région faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Le traité de Versailles en démantelant cet empire a permis la création de la Tchécoslovaquie. Dès septembre 1938 Hitler revendique ces territoires au nom du « pangermanisme ». Réunis à Munich le 29 septembre 1938 pour préserver la paix, la France représentée par DALADIER et le Royaume Unis, représenté par CHAMBERLAIN signent l’accord qui permet à l’Allemagne d’annexer la Région des Sudètes. En échange, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du Reich vont cesser. Le lendemain, la Tchécoslovaquie, qui a commencé à mobiliser ses troupes, est contrainte de s’incliner et de laisser pénétrer la Wehrmacht sur son territoire.

la ferme ou travaille mon père est à Horosedl, aujourd’hui Hořesedly, petit village de moins de 500 habitants situé à mis chemin de Prague et de Karlovy Vary. ( Lorsqu’il y est revenu, en 1982, mon père n’a rien reconnu. Toute la population allemande a été déporté par les troupes soviétiques en 1945 et toutes les traces du passé effacées.)

Arbeitkommando  937

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Lorsqu’au début du mois de mai 1945 les prisonniers entendent à la radio que les troupes russes s’approchent ils commencent à s’inquiéter car ils n’ont pas envie de tomber entre leurs mains. À l’Ouest, l’armée américaine progresse également et s’arrête à Pilzen le 6 mai. Ils prennent un tracteur et une remorque et vont à leur rencontre. Enfin mon père est libre.

Au fur et à mesure de leur progression les américains ont organisé le rapatriement des prisonniers. Il s’est fait sous le contrôle du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). Les prisonniers, les déportés…, étaient des DP, des “ displaced persons”. L’accueil en première ligne avait lieu juste derrière le front. Une “DP index card” était établie dans les “collecting points”. Seul le nom de la personne et un numéro d’enregistrement unique y figuraient. Mon père n’a pas gardé cette carte qui, pendant tout le trajet de rapatriement, servait de pièce d’identité provisoire.

Les prisonniers belges sont conduits à Neufchâteau, petite ville belge située près de la frontière française, entre Luxembourg et Charleville. Un centre de rassemblement des rapatriés a été mis en place, toujours avec l’aide des américains. A l’arrivée au centre, un entretien individuel de 20 à 30 minutes a lieu avec un officier de liaison belge. Il établit une deuxième carte, le “AEF DP registration record”. Mon père l’a conservée. La compléter équivalait à contrôler l’identité. En plus des données d’usage telles que le domicile et la date de naissance, cet officier indiquait le lieu où la personne voulait se rendre, pour mon père Saint Palais, ainsi que sa possession éventuelle d’argent, 235 marks. Au bas du recto de la carte, un bref aperçu de la captivité était également inscrit.

Au verso figuraient des informations à caractère médical, qui donnaient une idée de la condition physique dans laquelle la personne se trouvait préalablement à son retour.  Au numéro 26, il était ainsi possible de cocher si elle était “apte au travail manuel” (case L), au “transport” (M) ou si elle souffrait d’une maladie contagieuse (CD) ou d’une maladie l’empêchant de travailler (D). Mon était apte au travail et au transport.

Une fois ces formalités accomplies le Ministère de la défense délivrait un titre de congé de repos. A partir de ce moment les personnes pouvaient rejoindre la destination que indiquée sur la fiche.

Son titre de congé est signé le 16 mai 1945 et mon père part rejoindre ses parents en France.

Bien qu’il n’ai jamais mis les pieds chez eux il savais où aller et qu’il était attendu. En effet bien que très contrôlé par la censure mon père recevait du courrier, surtout des photos que prenait ma grand mère ou elle montrait le travail à la ferme, et les personnes, surtout des cousins, qui les avaient rejoints.

Pour certains des prisonniers, dont des camarades de mon père, le retour a été difficile. Leurs parents étaient décédés, leurs femmes les avaient quittés, pour ceux qui étaient commerçants ou artisans leur affaire avait périclité… Pour moi rien de tout cela. Je n’étais pas marié, je travaillais avec mes parents. Ils étaient bien vivants.

Ce n’est que le 19 mars 1946 que j’ai été officiellement démobilisé. Nous avions quitté Saint – Palais et nous habitions au Courdein, à Nexon.

Je recevrai 49.407 francs (6 950 euros en 2009, 425 en 2019 !) pour la période du 29 mai 1940 au 31 août 1945. Je touche cette somme alors que je suis au Courdein. Elle sera bien utile pour y commencer une nouvelle vie.

I- Comment ils sont devenus prisonniers ?

Mon père n’était pas encore nexonnais quand il a été fait prisonnier par l’armée allemande. Il était belge, né le 9 juin 1919 à Chénée, une petite ville de la banlieue de Liège. Au moment d’effectuer son service militaire il travaillait en France avec son père qui avait quitté le moulin familial et avait acheté une ferme. Il arrivera à Nexon, le 1er octobre 1945 où son père a acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Il y passera 62 ans, y épousera celle qui sera notre mère et lui donnera 7 enfants.

D’abord le service militaire

Mon père est appelé sous les drapeaux le 15 février 1939 pour effectuer son service militaire d’une durée théorique de 18 mois contre 21 mois en France. Il aurait donc dû regagner le domicile familial en aout 1940, mais rien ne se passera comme prévu.

Il est affecté au 1er Régiment de lanciers basé à Spa, ville thermale de la province de Liège. C’est un régiment prestigieux, héritier d’un régiment de cavalerie légère créé en 1814. Affecté à la « Garde du Rhin », il est l’un des régiment frontière, sentinelle avancée vers l’Est. Depuis janvier 1936 il est motorisé. C’est donc à moto que mon père effectue son service.

Les premiers mois du service se déroulent sans problème d’autant plus qu’à Spa il retrouve son oncle qui y habite et chez qui il peut aller lors des permissions. Mais à peine a-t-il effectué la moitié de son service que, le 25 aout 1939, est déclarée la mise sur pied de guerre de l’armée d’active et le 3 septembre la mobilisation générale de l’Armée belge. Cependant, contrairement à ses voisins anglais et français, la Belgique ne déclare pas la guerre à l’Allemagne et se proclame neutre.

Grâce à la Ligne Maginot (réputée invulnérable) et aux Ardennes (jugées infranchissables) l’État-major français considère que l’Allemagne, pour attaquer la France, doit passer par la Belgique en réitérant son plan “ Schlieffen ” de 1914. Pour y faire face le général français GAMELIN, commandant unique des armées françaises et de la British Expeditionary Force (B.E.F.) installées le long de la frontière franco-belge, élabore le plan “ Dyle ”.  Il consiste, dès le début de l’attaque allemande et à condition d’en être informé à temps, à pénétrer en Belgique jusqu’à l’alignement Anvers-Wavre (Ligne K.W.) et sa prolongation jusqu’à Namur et, rejoint par l’armée belge, repousser l’attaque allemande.

L’armée belge devait occuper le segment Anvers-Louvain, la Force Expéditionnaire Britannique (B.E.F.) du Général GORT le segment Louvain-Wavre, la 1ère Armée française du Général BLANCHARD le segment Wavre-Namur, la 9ème Armée française du Général CORAP le segment Namur-Doncherry (France) — la position fortifiée de Namur étant défendue par un corps d’armée belge.

L’armée Belge (2) au milieu du dispositif allié censé arrêter l’offensive allemande

L’armée belge devait s’appuyer sur la ligne K.W., construite entre septembre 1939 et mai 1940, partant du fort de Koningshooikt près d’Anvers et se terminant à Wavre, d’où son nom « KW ». Elle consistait en une série de bunkers de combat, de fossés antichars et de structures en acier longeant la Dyle.

Pendant les longs mois de la « drôle de guerre », le 1er Lancier est stationné près de la frontière allemande. Lorsque le 10 mai 1940 HITLER lance ses troupes sur les Pays-Bas, le régiment fut rappelé au nord de Liège pour défendre la position fortifiée menacée par la percée allemande sur le Canal Albert.  En 36 heures le fort d’Ében-Émael, réputé imprenable, capitule et 1200 soldats sont fait prisonniers. Le moral des belges est ébranlé mais leur neutralité ayant été violée ils entrent en guerre avec énergie. Ce fut le premier acte du plan d’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie et le début de la Campagne des 18 jours.

La campagne des 18 jours

L’attaque du 10 mai fut foudroyante. Elle s’appuyait sur une nouvelle tactique militaire baptisée “ Blitzkrieg ” (guerre éclair). Le 1er Lancier a subi ses premières pertes.

Conformément au plan d’obéir au commandant en chef français, l’armée belge fait mouvement vers la ligne K.W. Elle se positionne entre Anvers (Position Fortifiée d’Anvers) et Louvain, les forces britanniques entre Louvain et Wavre et la 1ère armée française entre Wavre et Namur. Pendant tout le repli vers l’Ouest mon père dors sur sa moto ou allongé à côté d’elle.

Les positions à partir du 14 mai 1940

Le 15 mai l’armée néerlandaise capitule. Les Allemands disposent d’un matériel blindé plus évolué et leurs avions, les fameux Stukas, font des ravages. Bientôt, les armées française, anglaise et belge ne peuvent plus tenir la ligne K.W. Le 17 mai, la retraite est générale derrière le canal de Bruxelles-Charleroi.

 Les Allemands se lancent précipitamment vers Bruxelles, qui est occupée dans la journée. Le lendemain, le 18 mai, Anvers tombe. Mais l’avancée allemande est toujours aussi rapide. L’armée belge effectue son repli vers l’Escaut puis il est décidé qu’elle mènera une bataille d’arrêt sur la Lys. Elle y résiste cinq jours sans reculer. Plus de 3000 soldats belges sont tués en 3 jours.  Malgré la dureté des engagements et la supériorité aérienne allemande, le moral des troupes reste excellent. Le 25 mai au matin, tandis que dans un suprême effort, privée de tout soutien aérien, l’armée belge tente d’enrayer la course allemande vers les ports de la mer du Nord, pour renforcer l’esprit de résistance de ses soldats, le Roi fait lire à ses troupes la proclamation suivante :

Dès l’aube du 26 mai, l’ennemi reprend son attaque en force. Les lanciers du 1er Régiment se replient près d’Ypres. L’armée belge résiste tandis que les troupes britanniques se retirent, sans avoir prévenu, afin d’embarquer à Dunkerque et regagner l’Angleterre.

Depuis le 18 mai le gouvernement belge s’était réfugié à Sainte Adresse en Normandie, comme en 1914, sauf quatre ministres que le Roi voulait à ses côtés, Hubert PIERLOT, premier ministre, Paul-Henri SPAAK, ministre socialiste des affaires étrangères, le général DENIS, ministre de la défense nationale et Arthur VANDERPOORTEN, ministre de l’intérieur.  Les ministres étaient convaincus que les Alliés allaient renverser la situation et que le roi devait être à côté du gouvernement pour gouverner la Belgique en guerre et qu’en tant que chef de l’Etat il devait éviter d’être fait prisonnier. De son côté le roi était persuadé que la victoire serait allemande. Il considère que son honneur lui interdisait d’abandonner ses soldats troupes et qu’il devait demeurer avec son peuple. C’est donc sur un désaccord total que les quatre ministres quittent le roi et gagnent la France.

Le 27 mai au matin Plusieurs brèches importantes se créent sur le front tenu par l’armée belge, qui ne dispose plus de réserves. De plus en plus d’unités annoncent qu’elles ne sont plus en mesure de poursuivre le combat, faute de munitions et de nouvelles unités flamandes font défection.

La capitulation de la Belgique

Le 27 mai, en milieu d’après-midi, le chef de l’Etat-major ayant exposé au Roi la situation irrémédiablement perdue de l’armée, le Roi Léopold III envoie le général-major DEROUSSEAUX comme parlementaire auprès des allemands pour demander les conditions d’une suspension des hostilités. Ceux-ci exigèrent une  » reddition sans conditions « . Le roi accepta, contre l’avis de son gouvernement. L’ordre de capitulation de l’armée belge prit effet le lendemain 28 mai, à 4 heures du matin. Cette reddition se fait sans consultations aucune des alliés de la Belgique et leur provoque une certaine confusion. Ils sont obligés de se replier précipitamment pour éviter de laisser les allemands atteindre les plages de Dunkerque. A ce moment environ un million et demi de Belges sont réfugiés en France. Le 1er juin les effectifs militaires belges présents en France sont évalués à 105 700 hommes

Le général DEROUSSEAUX, représentant le Roi, signe le protocole de capitulation au chateau d’Anvaing, Q.G. du général von REICHENAU, cdt la 6e armée allemande
Le Populaire 29 mai 1940
Le 4 juin il ne reste que la poche de Dunkerque pour que regagner l’Angleterre

Mon père est officiellement fait prisonnier le 5 juin 1940 à La Panne, quelque jours avant ses 21 ans. Ceci s’est fait dans une « relative douceur ». Depuis la capitulation tous les militaires belges étaient prisonniers ; Ils ont été poussés, sans violence, vers une destination où les allemands les ont enregistrés, triés pour ensuite les convoyer vers le lieu de leur détention.

Pendant ce temps le gouvernement belge et un certain nombre de parlementaires sont passés en France et ont rejoint Poitiers et Limoges.

Le parlement belge à Limoges

Le 23 mai 1940 le Gouvernement belge quitte sainte Adresse et se replie à Poitiers tandis que les deux chambres du Parlement se sont exilées à Limoges pour quelques semaines. Cinq ans après, mon grand-père et mon père viendront habiter à Nexon et se retrouveront près de Limoges ! Ainsi vont les hasards de la vie.

La capitulation de l’armée belge suscite la colère en France. Dès le matin du 28 mai, Paul REYNAUD, président du Conseil français, exprime à la radio sa colère contre le roi Léopold. Le 29 mai, le gouvernement PIERLOT décide de convoquer à Limoges, le maximum de parlementaires pour une réunion publique solennelle. Dans l’intervalle, Hubert PIERLOT déclare que la capitulation de l’armée n’engage pas le pays et souligne que « La faute d’un homme ne peut être imputée à la nation entière ». Dans le même temps il délie les officiers et les fonctionnaires de leur serment de fidélité envers le Roi. Plus tard dans la journée, le conseil des ministres constate officiellement l’« impossibilité de régner » de Léopold III et décide d’exercer désormais collectivement les prérogatives royales, sous la formule exécutoire : « Au nom du Peuple belge, nous, Ministres réunis en Conseil… » ( art. 79 et 82). Ces dispositions ayant été prises la séance du Parlement réuni à Limoges peut s’ouvrir. Elle est fixée au 31 mai.

Les députés et des sénateurs sont logés dans les hôtels de Limoges réquisitionnés à cet effet, les grands cafés sont très fréquentés. A côté des parlementaires il y a les membres de toute la presse belge qui, le 29 mai, manifeste sa confiance aux Chambres dont la réunion doit se tenir le lendemain. 

Le Populaire 30 mai 1940

Le 30 mai, pour la réunion du Parlement et du Sénat, sur les 202 députés belges, 89 sont présents à Limoges ainsi que 54 sénateurs sur les 167. de ce fait le quorum n’est pas atteint.

Le Populaire 1er juin 1940

Après que le maire de Limoges, Léon BETOULLE, ait prononcé un mot de bienvenue où il accuse Léopold III de trahison.  Puis Frans Van CAUWELAERT, président de la Chambre des représentants de Belgique, adresse ses remerciements à la municipalité de Limoges et assure qu’unies aux forces Alliées la Belgique, ayant reconquis son indépendance, restera fière et non déshonorée.

Le président du Sénat prend ensuite brièvement la parole.

Le Populaire 3 juin 1940

C’est ensuite le premier ministre PIERLOT qui intervient avant que les parlementaires se réunissent à huis clos.

Après une réunion tumultueuse rapportée plus tard par les participants, la résolution proposée par le Gouvernement en accord avec les présidents de la chambre et du Sénat, est adoptée à l’unanimité des parlementaires présents.

Les sénateurs et députés belges résidant en France, expriment à l’unanimité leurs sentiments ;

  • Flétrissent la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire ;
  • S’inclinent avec respect devant ceux qui sont déjà tombés pour la défense de notre indépendance et rendent hommage à notre armée qui a subi un sort immérité ;
  • Affirment leur confiance dans notre jeunesse, qui, à brève échéance, fera réapparaître nos couleurs sur la ligne de feu ;
  • Se déclarent solidaires du Gouvernement qui constate l’impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner ;
  • Adressent à leurs compatriotes de la Belgique occupée par l’ennemi l’expression de leur fraternelle et ardente sympathie, sûrs qu’ils sont de leur indéfectible patriotisme ;
  • Attestent leur ferme résolution de consacrer toutes les forces du pays et de sa colonie à la poursuite de la lutte contre l’envahisseur jusqu’à la libération de la patrie aux côtés des puissances qui, ont répondu sur l’heure à l’appel de la Belgique attaquée,
  • Expriment leur profonde gratitude à la France et à la Grande-Bretagne qui ont accueilli fraternellement à leurs foyers les réfugiés,
  • Et affirment leur inébranlable confiance dans la victoire du Droit et de l’Honneur.

L’action du Gouvernement trouve sa légitimité dans cette séance Parlementaire de Limoges, la dernière avant septembre 1944.

le Populaire 3 juin 1940

Un résumé des discours est publié dans le Populaire du 1er juin 1940.

le Populaire 1er juin 1940

Le gouvernement PIERLOT est sorti consolidé à la suite de la « résolution de Limoges ». Avec l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain il n’était plus question de demander des comptes à la Belgique pour son attitude entre 1937 et 1940. Quant aux parlementaires, unanimes à Limoges pour condamner l’attitude de Léopold III, 74 d’entre eux se rétractent dès le 15 septembre 1940 et signent un Mémorandum d’excuses transmis au roi « prisonnier à Laeken ».

Les prisonniers de guerre belges

Les Allemands ne savaient pas ce qu’ils allaient faire de 500 000 prisonniers. Ils ont été parqués dans des camps provisoires éparpillés à travers la Belgique. Une partie d’entre eux, environ 150 000, parvint à fuir. Mais le 5 juin une instruction émanant d’Hitler précise comment les prisonniers vont être répartis :

« Tous les prisonniers de guerre issus des provinces de la Flandre-Occidentale, de la Flandre-Orientale, d’Anvers, du Limbourg, du Brabant (ville de Bruxelles et arrondissement de Nivelles non compris) seront immédiatement relâchés. Les prisonniers issus des autres provinces, c’est-à-dire des territoires wallons, seront transportés en Allemagne. Toutefois, les prisonniers de ces territoires pouvant établir leur origine flamande ou exerçant une profession d’utilité publique seront libérés immédiatement.

Sont notamment à libérer : les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs et techniciens de tout genre, les directeurs et employés d’entreprises commerciales, les fonctionnaires, le personnel des entreprises d’eau, du gaz, de l’électricité, le personnel des services de transport, les ouvriers et employés agricoles, les ouvriers mineurs, les chauffeurs d’automobile, les ouvriers spécialistes. »

Ainsi 300 000 hommes furent libérés afin de faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports de la Belgique occupée que les allemands comptaient bien utiliser à leur profit. Le reste, environ 215 000 militaires belges, dont mon père faisait partie, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager) et les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamlager camp de base).

L’Allemagne comptait 56 Stalags et 14 Oflags. Ils étaient répartis sur tout son territoire, y compris ceux nouvellement conquis. Les stalags, répartis suivant la numérotation des arrondissements militaires, étaient constitués d’un camp central où se faisait l’immatriculation et où se tenait toute l’administration et les prisonniers étaient réparti en cellules, plus ou moins importantes appelées « kommando ».

Dans le cadre de la Flamenpolitik, HITLER considérait les flamands comme des germaniques et que de ce fait il étaient supérieurs aux wallons. Il décida donc leur libération à partir d’août 1940 à condition qu’ils prouvent qu’ils étaient flamands et pour cela ils devaient passer un test linguistique. De nombreux francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test et purent regagner leur foyer. Parlant mal le flamand mon père n’a pas pu se présenter à ce test. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, ne furent pas libérés avant la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années, 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement. Compte tenu des diverses libérations réalisées en 1941 et 1942, on peut dire qu’environ 65.000 prisonniers de guerre belges sont restés en captivité pendant cinq ans en Allemagne. (A suivre).

La signature de la capitulation de l’Allemagne

Le 7 mai 1945, à 2 h 41, l’armée allemande signe sa reddition à Reims, dans l’actuel lycée Roosevelt qui abritait alors le Quartier général des Forces alliées (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). La reddition allemande est signée par le maréchal JODL en présence des généraux américains SMITH et EISENHOWER (resté dans son bureau à l’étage), du général français SEVEZ et du général soviétique SOUSLOPAROV, les combats devant cesser le 8 mai à 23 h 01. L’acte signé est purement militaire.


Reims le 7 mai 1945. Le Général JODL signe les documents de la capitulation pour le Haut Commandement de la Wehrmacht. À sa droite, le Major OXENIUS; à sa gauche l’amiral FRIEDEBURG, commandant en chef de la Kriegsmarine ; derrière lui supervisant les signatures, le Major Général STRONG, du SHAEF ; au fond de face, le colonel ZENKOWITCH, aide de camp, Union soviétique.

En face, assis de gauche à droite, Gal. MORGAN, Gal. SEVEZ, Amiral BURROUGH, Gal. BEDELL-SMITH, Lt. CHERNIAEV (interprète), Gal. SOUSLOPAROV, Gal. SPAATZ, Gal. ROBB, Gal. BULL, colonel ZENKOWITCH. Debout derrière le général Sevez et l’amiral Burrough, Cdt. BUTCHER.
La chaise vide située entre le général Bedell-Smith et le général Sousloparov, était celle du général STRONG. Il est resté debout durant toute la cérémonie de la signature. Il a servi d’interprète auprès des plénipotentiaires allemands et leur a présenté l’acte de capitulation à signer. Il est présent sur la photo précédente, debout derrière le général JODL.

 À aucun moment, à Reims, les Français n’ont été associés aux préliminaires qui ont débouché sur la signature de l’acte de capitulation : pas de drapeau français, pas de version française de l’acte de capitulation.

Le général SEVEZ, adjoint du général JUIN, chef d’État-major de l’armée française, qui se trouvait alors aux États-Unis où il représentait la France à la Conférence de San Francisco réunie pour adopter la Charte des Nations-unies, a été convoqué à Reims à la dernière minute. Introduit au dernier moment dans la salle des cartes, le général SEVEZ est invité à signer comme simple témoin ; son nom a été ajouté en bas de l’acte, tapé en hâte avec une autre machine à écrire.

Cette signature provoque la fureur de Staline qui veut que la capitulation allemande soit signée à Berlin, occupée par l’Armée rouge.

Une nouvelle signature a donc lieu dans la nuit du 8 au 9 mai à 0 h 16 heure russe soit à 23 h 16 heure de l’Ouest et donc le 8 mai. La cérémonie se déroule dans une villa de la banlieue Est de Berlin, à Karlshorst, quartier général du maréchal JOUKOV.  L’acte de capitulation a été signé par l’amiral Von FRIEDEBURG et le maréchal KEITEL.

Le maréchal Keitel signe l’acte de capitulation

Cette fois-ci la France était représentée par le chef de la 1ère Armée française, le général de LATTRE de TASSIGNY. En arrivant à Karlshorst, il exige qu’un drapeau français soit joint aux drapeaux américain, soviétique et britannique dans la salle de capitulation. Puis il dut convaincre les Alliés anglo-saxons de le laisser signer au nom de la France. Il fut finalement admis à signer comme témoin, à la demande des Soviétiques, permettant de faire reconnaître la France au rang des pays vainqueurs. L’honneur était sauf.

Le général de Lattre de Tassigny à gauche du général Spaatz,commandant la 8e US Air Force

L’annonce de la capitulation par le Populaire

Les nexonnais qui lisent le journal apprennent que la capitulation sera annoncée ce jour par les chefs alliés, c’est à dire le 8 mai. Les habitants commencent à sortir les drapeaux bleu, blanc, rouge et les accrochent aux fenêtres, ils sortent dans les rues mais c’est surtout le lendemain, le 9 mai, que la foule va envahir les rues…

Le Populaire du mai annonce que la capitulation sera annoncée ce jour.

Le matin du 9 mai la radio d’abord et le journal ensuite, quand il arrive chez les marchands de journaux et encore plus tard chez les abonnés, annoncent que la capitulation allemande a été signée.

Le Populaire du 9 mai annonce que les hostilités ont pris fin à 0h01.

Les délais entre la signature de la capitulation peut sembler long, mais il était nécessaire pour que les ordres soient donnés à toutes les troupes en Europe avant de l’annoncer à la population.

La réaction des nexonnais.

Les enfants se déguisent et défilent dans les rues, les gens se rassemblent discutent, deux petits canons sont amenés devant la mairie et la victoire va être annoncée par des tirs d’allégresse, un bal est organisé sur l’esplanade de la gare.

Mais on peut être surpris de l’absence de manifestation officielle. En fait l’élection du nouveau conseil municipal a eu lieu le 29 avril. Ont été élus :  ABEILLON, BECHADE, BECHADE Germain, BREIX, BUISSON, CHABRIER, CHAUVIER, DESMOULIN, DUDOGNON, LALLET, LARCHER, LATHIERE, MAGNAUD, MENICOT, MOURIER, MONTY, NARDOT, PAULIAT, PERRIARD, PRADEAU, RIVIERE.

Le maire en poste, Roger GAUMY, élu le 22 septembre 1944 après la victoire de la résistance ne se représentait pas et le nouveau conseil ne s’était pas encore réuni pour élire le nouveau c’est lui qui exerce officiellement la fonction de maire.  C’est donc d’une manière spontanée que les choses se passent et que la fête s’organise. Le nouveau conseil se réunira le 18 mai et Mathurin PAULIAT sera élu Maire.

Les drapeaux sortent, les maisons sont décorées, les enfants se déguisent, le canon est sorti et gronde, on danse… LA GUERRE EST FINIE, C’EST LA VICTOIRE…

Madame VIGNERON a réalisé une série de photos qui retracent cette journée.

Ce sont les enfants qui réagissent les premiers. Il n’y a pas encore de drapeaux aux fenêtres qu’ils se déguisent et défilent dans les rues.

Très vite des cortèges se forment. Partant de la gare les enfants suivent l’attelage de René LASPOUGEAS dit « La Gazette » ou « Fléfette ».

Au départ de la gare

Dans le bourg les gens sont sortis et se rassemblent.

A l’angle de la rue Gambetta et de la rue Gay Lussac, la famille PERRIARD.
En face de l’Hotel du Commerce, au bout de la il y a du monde
Place de la République il y a des drapeaux partout, mais pas encore la foule.
devant la mairie, on a trouvé le canon. Il va annoncer la Victoire.

Il n’y a pas de fête sans un bal populaire. Les jeunes en ont été privés puisqu’ils furent interdits. Alors ils se regroupent sur l’esplanade de la gare. On tire également au canon et un bal est improvisé.

Dans les communes voisines c’est la même liesse populaire, comme ici à Meilhac ou s’est rendue une délégation nexonnaise.

Des nexonnais en délégation à Meilhac

A Saint Hilaire les places c’est également la joie de la Victoire.

Le canon tonne aux Places
Autours du monument aux morts

Le 8 mai jour férié et chômé en France depuis 1981

Dès 1946, la France choisi de commémorer la fin des combats de la Deuxième Guerre Mondiale, le 8 mai de chaque année (loi du 7 mai 1946). En 1947 et jusqu’en 1951, la commémoration perd de son importance. Mais les associations d’anciens combattants réclament la reconnaissance du 8 mai comme jour férié et chômé et elles organisent ainsi leur propre manifestation.

L’adoption de la loi du 20 mars 1953 clarifie la situation : le 8 Mai est déclaré jour férié mais non chômé.

En 1959 (décret du 11 avril 1959), dans une logique de réconciliation avec l’Allemagne, le Général de Gaulle supprime le caractère férié de ce jour et fixe la date de la commémoration au deuxième dimanche du mois de mai. Puis le décret du 17 janvier 1968 décrète que le 8 mai sera commémoré chaque année, à sa date, en fin de journée.

En 1975, le président Giscard d’Estaing, dans la lignée du général De Gaulle de se réconcilier avec les Allemands, supprime la commémoration de la victoire alliée de 1945. Cette décision suscite un tollé des associations d’anciens combattants.

En 1981, le président Mitterrand prend le contre-pied de son prédécesseur. Il rétabli la commémoration de la victoire de 1945 le 8 mai de chaque année et en fait du un jour férié et chômé.

On peut noter que ni les Anglais, ni les Américains ne chôment le 8 mai bien qu’ils aient de bonnes raisons pour commémorer cet anniversaire. Quant aux Russes, c’est le 9 mai qu’ils célèbrent la capitulation de l’Allemagne, la cessation des combats ayant été enregistrée ce jour-là à Moscou.

Sur le coté Est , faisant l’angle avec la rue Victor Hugo, autrefois rue du Centre, se trouvait l’Hotel de France. Depuis la place on ne voyait son nom que sur l’écurie – remise. Jusqu’aux années 1920 la plupart des voyageurs venaient en train ou en voiture attelée. D’un côté il fallait loger les hommes, de l’autre les chevaux. Dans les hôtels de luxe les écuries étaient comparables à celles des châteaux.

Après l’Hotel de France le rez de chaussée de l’immeuble a été transformé en épicerie à l’enseigne DOC, succursale des Docks de France puis en agence d’assurance. Nous verrons ceci avec la rue Victor Hugo

-Numéro 1, place Annie Fratellini

C’était autrefois la maison d’habitation des propriétaires de l’Hotel de France, la famille BOURDEIX. Le rez de chaussée a été transformé en cordonnerie. Elle était tenue par M. Henri DUDOGNON (1907-1989). Il habitait au premier étage avec sa femme Germaine, née PIQUET (cousine de Mme VIGNERON) et leurs trois enfants Yvonne, Jean et Marie (dite Ninou).

Après la fermeture de la cordonnerie la maison a retrouvé sa fonction initiale et est redevenue maison d’habitation.

Le numéro 1 redevenu maison d’habitation.

Numéro 2

A la fin des années 1920, un salon de coiffure pour hommes à été créé à cet endroit par M. Jean DEBORD (1904-1977). En 1967 Marie Noëlle DEBORD le transforme en salon de coiffure pour femme et le baptise « Salon Gisèle », son troisième prénom. . Elle va le tenir pendant 50 ans et cesse son activité le 31 décembre 2016. En janvier 2017, Mme Mireille BONNETAUD-AUVERT ouvre son salon qui devient Naturel Coiff’.

Numéro 2 bis

C’étaient autrefois les écuries de l’Hotel de France.

En 1942, les lettres de l’enseigne se sont estompées mais l’allure n’a pas changée.

Puis quand le lavoir de la fontaine a été démoli il ne resta plus qu’un robinet. L’enseigne pour la remise n’était presque plus lisible.

Au début des années 1950

Aujourd’hui c’est une maison d’habitation et la fontaine est à peine visible de la place, cachée qu’elle est par les voitures.

Numéro 2 ter

Cette maison, faisant l’angle avec la rue Saint-Ferréol, est l’ancienne maison de Louis FOUILLAUD, peintre, associé à son frère, Henri. Ils avaient pris la suite de leur père dans leur entreprise de peinture. Robert FOUILLAUD a continué le métier de son père Louis.

De leurs fenêtres du premier étage les FOUILLAUD pouvaient regarder le lavoir.

Le lavoir de la Mazerole à l’angle de la place et de la rue Saint Ferréol

Coté sud de la Place

De ce coté de la place, on se trouve dans le prolongement de la rue Saint Ferréol.

Numéro 3.

On est face à un bel immeuble, avec deux parties séparées par un porche.

La partie gauche abritait, depuis le début des années 1900, l’Hôtel du Champ de Foire tenu par M. GUYOT. Je ne sais pas s’il est de la famille des bouchers ? Par la suite il fut tenu par la famille NOUAILHAS et leurs deux filles, Marthe et Marcelle Monsieur NOUAILHAS était également laitier, .

L’Hotel du Champ de foire en 1942

C’est bien parce que les foires se déroulaient sur cette place. En effet l’ancienne mairie se trouvaient alors sur l’actuelle place de la République, puis après la démolition de la mairie c’est le monument aux morts qui y a été érigé et ce n’est qu’après son déplacement à côté du cimetière que les foires y ont eu lieu.

Aujourd’hui il n’y a plus d’hôtel, c’est une maison d’habitation.

A gauche débute la rue saint Ferréol

Au numéro 4 actuel c’était la Poste. Celle ci a déménagé plusieurs fois, d’abord dans l’actuelle rue Gambetta puis place de la République. C’est devenu ensuite le bar et la salle de spectacle CHARREIX.

Même pendant la guerre des concerts sont donnés :

5 avril 1942
24 avril 1943

La salle est également utilisées pour des réunions, des assemblées, des mariages et des bals.

C’est aussi l’atelier de Monsieur Henri CHARREIX, plombier, zingueur, couvreur… Ils sont apparentés aux PERRIARD de la rue Gambetta.

Avec la construction de la salle des fêtes les salles de bal privées ont perdu de l’activité, le bar perd sa clientèle et l’ensemble n’est plus entretenu. Le bâtiment est acheté par M. David BONNEAU, entrepreneur de maçonnerie à Valeix sur la commune de Nexon. Après l’avoir rénové, le 1er janvier 2014 il y transfert le siège social de son entreprise qu’il cède en mai 2016 à Cédric RIMBAUX.

Entraid’service, entreprise de service à la personne s’installe également dans ces locaux et après son dépôt de bilan locaux de l’agence sont repris par le réseau Free Dom qui poursuivant son expansion en France ouvre en juin 2017 sa deuxième en Haute-Vienne.

Numéro 5

A l’origine c’est la maison de la famille JOUHAUD, marchand de petits cochons. Puis elle deviendra la poissonnerie de M. BREUIL et de son épouse, Bernadette LAGORCE, (fille des LAGORCE épiciers). Madame BREUIL habite toujours dans sa maison. Elle est la plus ancienne habitante de la Place.

A gauche, volet baissé l’ancienne poissonnerie, à droite la fenêtre du salon

En prolongeant, vers l’ouest, la maison contiguë est dans la rue des écoles. C’est une belle maison en pierres qui appartenait au baron de Nexon. C’est ici que logeaient les palefreniers, la cour arrière servait d’espace pour la saillie des juments du haras. Elle a été acquise par M. Robert FOUILLAUD, peintre, et son épouse Denise.

3 rue des Ecoles

Numéro 6

C’est un très beau bâtiment du 19ème siècle se composant de deux maisons en équerre formant une cour intérieure bordée au sud par des communs qui longent la rue des écoles. Ceci explique les deux portes d’entrée sur la façade que l’on remarque sur les cartes postales anciennes. Aujourd’hui les deux maisons communiquent par le rez de chaussée et le deuxième étage.

La seconde porte a été transformée en fenêtre dont on voit l’assise. La glycine est toujours là

Le Docteur THOMAS et sa famille habitaient dans cette belle demeure. Sa petite fille Claude était dans la même classe que Rose VIGNERON, épouse FORGERON, à l’école libre.

Après le Docteur THOMAS la maison  a été vendue à la famille JOUHAUD, marchand de petits cochons. Ensuite, c’est le docteur Thierry LE BRUN qui a acheté la maison, au début des années 2000. Il quitte Nexon en 2008 et M. Jean Pierre BEL et son épouse achètent la maison. Elle est mise en vente à la fin de l’année 2019.

Au numéro 7 il y avait la boulangerie PRESSICAUD.

Il y a du monde !

Elle figure déjà dans les annuaires de 1897 mais elle doit dater de 1891. En effet Louis PRESSICAUD, âgé de 29 ans et de son état boulanger avec ses parents à Saint Just, épouse le 2 décembre 1890 à Nexon, Marguerite AUDEVARD dont les parents possèdent un café. On peut supposer que le café a été remplacé par la boulangerie que son mari a créé.

Acte de mariage de Louis PRESSICAUD et Marguerite AUDEVARD à Nexon le 2/12/1890

Louis PRESSICAUD n’a pas exploité pendant de longues années. Il le cède à Aristide MARTIGNE. En décembre 1924, celui-ci le revend à la société anonyme « L’Avenir du Centre-Ouest » dont le siège social était au 63 rue François Chénieux à Limoges. Le directeur était M. BERLAND et à cette adresse la société exploitait une épicerie. L’acte spécifie que la boulangerie est connue sous le nom de « Boulangerie PRESSICAUD ».

En 1934 le fond est de nouveau vendu à M. Léon BOUBY (1902 – 1962) qui, né à Saint Cyr, a épousé le 7 décembre 1928 une nexonnaise, Marguerite BONNET dont les parents étaient aubergistes à la Croix de Valette à Nexon.

De grands travaux sont réalisés et à la place de la vieille bâtisse un immeuble moderne est construit. La boulangerie est devenue le Café Moderne, tenu par M. GIBAUD. Dans le « Tout Limoges et Limousin » on lit « Café Moderne- F. GIBAUD, place du Champ de Foire, consommations de marque, concert-dancing, pick-up, brasserie, bar, Noces et Banquets, Billard.

La famille MASSY a succédé aux GIBAUD, et après transformations, le café est devenu l’Hôtel-Café-Moderne.       

                                                        

Carte postée le 26 juin 1940
En 1943
Le Moderne au début des années 1950

Au premier étage la grande salle était utilisée pour les banquets, les mariages et pour les bals.

M. CHAULET a repris le commerce dans les années 1950.

Passionné par le football il est devenu dirigeant de l’A.S. Nexonnaise. Les banquets étaient toujours l’occasion de réunir joueurs, dirigeants et élus municipaux.

Comme d’autres à Nexon, l’hôtel a été fermé et le nom a disparu de l’enseigne qui est devenue « Le Moderne ».

En 2002 le Moderne est repris par  Nathalie HYVERNAUD, née DESBORDES. L’établissement cesse son activité en juin 2007. M. Alain RATIER rachète l’établissement et crée LE NOCTAMBULE.

Le Noctambule

Au numéro 8 se trouvaient autrefois les écuries de l’Hôtel de la Poste qui était contiguë. Cet hôtel était tenu, dans les années 1910, par la famille DEFAYE puis dans le courant des années 1920 par la famille LEYMARIE. A la fermeture de l’hôtel de la Poste la famille LEYMARIE a exploité l’hôtel du Nord.

Après la démolition des vieilles écuries, un immeuble moderne a été construit. Il appartenait à la famille Jean PRADEAU, propriétaire de la maison d’à coté.

C’est le fils, Louis Jean PRADEAU (1909 – 2012), huissier de justice et maire de Nexon de 1946 à 1965 qui s’y installa.

Après la cession de l’activité de M. PRADEAU, le rez de chaussé a été transformé en magasins qui ont connus plusieurs gérants.

On y trouve les Ambulances Nexonnaises. Ces dernières gérées par Agnès BRUZAT puis par Catherine DUMAIN s’y sont installées en juillet 2000. Après le dépôt de bilan en novembre 2018, les Ambulances ont été reprises au début de l’année 2019 par la Société PIRONNEAU dont le siège social est à Saint Yrieix la Perche et deviennent les Taxis Nexonnais.

Du coté droit de l’immeuble il y avait la boutique de Tapisserie d’ameublement de M. Philippe MONAQUE dont l’atelier était à Bel Air. Ouvert en juillet 2012 la boutique a été transférée à Limoges, avenue Georges Dumas, en septembre 2019.

Le tapissier a été remplacé par Marylène RAMBERT qui pratique l’hypnose, le reiki…Son atelier s’appelle L’Etoile à 7 branches.

Au numéro 9 se trouve une maison que nous avons rencontré plusieurs fois (voir le chapitre « Place de la République »). C’est une des cartes postales les plus connues de Nexon car elle est très largement illustrée de personnes en costumes d’époque.

L’hôtel de la Poste et l’épicerie.

L’Hotel de la Poste a été créé au début des années 1930. Il été fermé et transformé par M. Jean PRADEAU en un commerce de vente de produits agricoles.


Sur la porte : Pâtes 1F63 – Beurre 2F75

Puis c’est M. BOUNY qui a pris la suite. Il a fait éditer quelques cartes postales. Ensuite du début des années 1960 jusqu’à la fin des années 1970 ce fut l’épicerie CELERIER.

L’épicerie est devenue ensuite dans les années 1980 une boutique de confection tenue par Madame MAZEAU.

En 1984 le docteur FARRANDO qui exerçait avec ses confrères ATZEMIS et CONORD avenue du général de Gaulle a acheté l’immeuble et l’a transformé en « Clinique Vétérinaire Saint Ferréol ».

La clinique décorée pour les Ostensions de 2002

Le docteur Joël BESSERON lui a succédé. La clinique a été fermée le 31 octobre 2013.

La clinique est fermée et un panneau « A Louer » est affiché sur la vitrine

Après quelques mois de fermeture la clinique est transformée en établissement de vente de produits alimentaires.

Travaux avant l’ouverture

La Fromagerie-Épicerie Fine « Crèmerie de Jadis » créée par Gwenaëlle GAUDIOZ a ouvert le samedi 17 décembre 2016. Après quelques mois d’activité la couleur des boiseries a changé.

La place a retrouvé un commerce d’alimentation, comme cela avait été le cas pendant plus de 100 ans.

Autrefois se tenait un marché le vendredi. Certains commerçants faisaient de la publicité pour leur stand, comme M. REBEYRAT :

Qui était Annie FRATELLINI ? Comment se fait-il quelle soit venue à Nexon ? Le 9 août 1997, une place de Nexon porte son nom.

I- Qui était Annie FRATELLINI ?

Annie FRATELLINI est une artiste aux talents variés, née à Alger le 14 novembre 1932 elle décède à Neuilly-sur-Seine le 1er juillet 1997.

Son père, Victor FRATELLINI (1901 – 1978) était clown et trapéziste. Sa mère, Suzanne ROUSSEAU (1913 – 1999) était la fille de Gaston Rousseau, dernier directeur du « Cirque de Paris », cirque en dur situé près des Invalides qui a été détruit le 15 janvier 1932. Elle est née à Alger car son père y était en engagement.

« Elle est élevée à la dure par son père qui l’enfermait dans sa chambre pour qu’elle travaille la musique. Quand il entendait le métronome s’arrêter, il ouvrait la porte. Il la surveillait. Il fallait qu’elle apprenne le métier et elle a commencé à travailler et à gagner de l’argent dès l’âge de 13-14 ans. Tous ses cachets étaient remis à la famille. Annie voulait aller à l’école, étudier, être comme toutes ses amies… » (Entretien avec Valérie FRATELLINI dans Hommes & Migrations 2017/4, pages 155 à 157). Elle va à la fois à l’école communale du Perreux et commence à apprendre les métiers du cirque : acrobatie, danse, musique.

En 1948 elle entre en piste pour la première fois à Medrano.

Mais Annie se sentait comédienne et chanteuse et elle a fui le poids de la famille, entièrement engagée dans le monde du cirque. Elle rencontre Philippe BRUN. Il est né en 1908, c’est un grand trompettiste de Jazz qui a monté un orchestre avec Django REINHARDT et Stéphane GRAPPELLI. Elle l’épouse en premières noces, le 13 Avril 1953. Il a 45 ans, elle en a 21.  Ils se produisent ensemble dans un numéro musical à l’Olympia en 1955 et 1956. Elle chante dans son orchestre qui joue dans des boites de jazz et des cabarets, en France et en Suisse. Il la fait travailler et, avec son orchestre, elle enregistre ses premiers disques.

A partir de 1958 elle n’enregistre plus avec Philippe BRUN mais avec une section rythmique composée par Kenny CLARKE ou Sacha DISTEL est à la batterie. Elle chante des chansons écrites par Charles AZNAVOUR, Gilbert BECAUD, Georges GERSHWIN, Charles TRENET, Henri SALVADOR, Boris VIAN…

Annie FRATELLINI accompagnée de Kenny CLARKE à la batterie, Raymond FOL au piano, Pierre MICHELOT à la contrebasse, Roger GUERIN à la trompette et Sacha DISTEL à la guitare.

Elle rencontre en France un petit succès aussi, en 1965, elle part en Roumanie effectuer une tournée ou elle remportera un grand succès.

Rentrant en France elle décide de monter un orchestre de dixieland et passe avec succès à Bobino en 1970, puis entame des tournées dans les cabarets et les boites de jazz… Elle enregistre chez Decca ou chez Ducretet-Thomson de nombreux disques

Au total elle a enregistré 37 disques : 3 albums, 32 disques 45 tours et 2 compilations.

En même temps que sa carrière de chanteuse elle tente sa chance au cinéma. En 1957 elle tourne dans un film en noir et blanc, « Rascel-Fifì » de Guido LEONI dans lequel elle est Barbara, une ballerine de boite de nuit. Puis en 1958 elle est la chanteuse dans « Miss Pigalle » de Maurice CAM et Jeannette dans « Et ta sœur » de Maurice DELBEZ.

Elle rencontre Pierre GRANIER-DEFERRE qui est assistant réalisateur de Marcel CARNE et elle l’épouse. Il lui donne son unique fille Valérie, qui nait le 2 janvier1960.  Aujourd’hui Valérie a pris la suite de sa mère et dirige l’Académie FRATELLINI.

Annie continue à tourner. Elle est Mado dans « Zazie dans le métro » de Louis MALLE (1960), Rose dans « Tout l’or du monde » de René CLAIR (1961), et la servante du duc dans « Le Pas de trois » d’Alain BORNET (1964). En 1965, dans le film de son mari, « La Métamorphose des cloportes », elle joue le rôle de Léone, une prostituée.

En 1969 elle est Florence, l’épouse délaissée, dans « Le Grand Amour », que réalise Pierre ETAIX (1928-2016). Passionné par le cirque il connait toute l’histoire de la famille FRATELLINI et tombe vite amoureux d’Annie et il l’épouse.

Dans ce film, Pierre et Florence se marient et vivent une vie douillette chez les parents de Pierre, propriétaires d’une tannerie prospère jusqu’au jour ou la secrétaire de Pierre, la vieille Mme Louise est remplacée par Agnès, une ravissante jeune fille de 19 ans (Nicole CALFAN).

On peut en voir un extrait ici :http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19119172&cfilm=53540.html

Durant l’été 1969, Pierre ETAIX réalise « Pays de cocagne ». Il suit la tournée estivale du Grand Podium d’Europe 1 à laquelle sa femme, Annie FRATELLINI participe. Il recueille le témoignage des participants sur la société dans laquelle ils vivent : les vacances, l’érotisme, le succès artistique, la publicité, la musique, le mariage … et en creux, il dessine le portrait de la France de l’après-Mai 68.

Le film n’est pas apprécié par la critique qui lui reproche sa vulgarité et sa méchanceté et il est boudé par le public.

On peut voir quelques images sur cette vidéo :

A cause du manque de succès de son film il pousse son épouse Annie à revenir vers le cirque. Il lui a dit un jour : « Tu es une Fratellini, tu ne peux qu’être clown. » Pierre outre la réalisation cinématographique était clown, magicien, dessinateur… C’est lui qui a créé les gags de Jacques TATI dans « Mon Oncle ». Il va alors revêtir les habits de clown et devenir un admirable clown blanc sur la piste du cirque Pinder lors de la tournée de 1971 avec son épouse Annie.

 Au cours de cette tournée Annie et Pierre remarquèrent qu’il y avait de moins en moins d’artistes français sur les pistes des cirques. Une fois la tournée terminée ils prennent rendez-vous avec Jacques DUHAMEL, alors ministre des Affaires Culturelles. Tous les trois conclurent que le cirque était bien vivant dans les pays où il y avait des écoles. Il était donc urgent de concevoir une école française de cirque.

Pendant ce temps Pierre et Annie continuent à travailler pour le cinéma. En 1971 ils sont acteurs dans le film de FELLINI, « les clowns. Le film provoque la colère d’ÉTAIX : « C’est une vision tellement misérabiliste. Pour FELLINI, les clowns sont soit des alcooliques, soit des débiles… »

La bande annonce : https://www.acaciasfilms.com/film/les-clowns/

Ni lui, ni Annie n’abandonnent totalement le cinéma. En 1990, Pierre joue l’ami d’Henry MILLER et Annie FRATELLINI la patronne d’une maison close dans le film de Philip KAUFMAN, « Henry et June ». Ils ont des second rôles. Ce sera le dernier film d’Annie.

Pendant plus de 10 ans, à la suite d’un imbroglio juridique, les films de Pierre ETAIX ont été bloqués et interdits de diffusion. De nombreuses pétitions ont circulé pour mettre fin à cette absurdité. Parmi elles, celle de Laurent RUQUIER qui a invité Jean-Claude CARRIERE et Pierre ETAIX qui a invité dans son émission, On n’est pas couché, le 2 février 2008 :

En 1973 Jacques DUHAMEL, malade, quitte la politique. Pierre et Annie tentèrent de convaincre les différents directeurs de cirque de soutenir leur projet d’école du cirque. Seul Jean Richard adhère à l’idée et propose même de l’accueillir chez lui à Ermenonville. Mais Pierre et Annie souhaitent installer cette école à Paris.

Pour se rappeler leur talent on peut revoir un duo intemporel sur You Tube ou sur Daily motion : Annie FRATELLINI joue sur un concertina (mini accordéon) un Prélude de Bach que Pierre ETAIX en clown ouvrier vient perturbateur puis il termine en l’accompagnant avec son concertina

Après deux ans de démarches et de nombreux revers, la première école Fratellini-Etaix ouvre dans une Maison pour les Jeunes à Paris. En octobre 1975 un chapiteau, ayant pour nom “Le nouveau Cirque de Paris” est planté dans le 14ème arrondissement ce qui allait devenir le cirque de l’Ecole Nationale.

En 2003 l’École Nationale de cirque devient l’Académie FRATELLINI et s’installe à Saint Denis. L’académie porte aujourd’hui un centre de formation supérieure aux arts du cirque (CFA), qui délivre le Diplôme national supérieur professionnel d’artiste de cirque (niveau licence) après trois années de formation. En plus d’être un lieu de transmission et de formation, l’Académie est un centre de création et de diffusion de spectacles ainsi qu’un pôle d’action artistique et culturelle à l’échelle du Grand Paris. La direction générale est assurée par Stéphane SIMONIN et Valérie FRATELLINI est directrice adjointe et pédagogique.

Et parmi toutes ses activités Annie FRATELLINI a trouvé le temps de passer par Nexon …

II-Comment Annie FRATELLINI est-elle arrivée à Nexon ?

À l’automne 1986, en visite au Salon du Cheval à Paris, Robert LECOMTE, président du comité départemental du tourisme et son directeur, Jacques BOUCHET, s’étaient rendus au stand de l’Ecole Nationale du Cirque Annie Fratellini où se trouvait  Jacques GRALL*, enseignant à l’école du Cirque et également éleveur et dresseur de chevaux à Champsac (Haute-Vienne) les présentent à Annie FRATELLINI. Elle leur parle des stages d’été qu’elle organise dans la vallée du Rhône et leur indique qu’elle ne serait pas hostile à l’idée de changer de région.

*Ses deux enfants sont dans le cirque, Luc est acrobate et Yann, directeur de cirque.

En rentrant à Limoges les deux hommes se sont dit qu’il serait intéressant de proposer à Annie FRATELLINI un site en Haute-Vienne, où elle pourrait planter un chapiteau et organiser ses stages dès 1987. Ils ont pensé à Nexon, la commune ayant acquis le château et son parc fin 1983.

Ils ont fait part de cette idée à René REBIERE alors maire de NEXON et Conseiller Général. Il saisit cette opportunité et la présente au Conseil municipal. Après plusieurs réunions au cours desquelles ont été abordés tous les problèmes posés : hébergement des stagiaires, des parents, vente des stages, subventions, partenariats, etc., le conseil municipal décida de s’engager dans l’aventure.

Annie Fratellini découvrit le site de Nexon en février 1987, sous une couche de neige d’environ dix centimètres. Le site lui plut et les négociations sont rapidement engagées. Deux stages sont prévus pour l’été 1987 mais il y a eu tout juste assez de candidats pour un seul stage. René REBIERE souhaitait alors rompre le contrat qui liait la commune avec Annie FRATELLINI mais finalement un arrangement est trouvé et les stages continuèrent l’année suivante.

L’aventure continue, le succès est grandissant, nous y consacreront un chapitre plus tard.

Pendant 10 années Annie FRATELLINI vient à Nexon. Dans un entretien avec Carlos PAREDES publié dans le Magazine INFO du 15 juin 1997 elle parle de sa venue à Nexon du 15 Juillet au 22 août et annonce qu’elle présentera un nouveau spectacle musical qu’elle a travaillé avec l’ensemble de percussions de l’orchestre symphonique régional du Limousin…

Mais elle n’aura pas le temps de réaliser son projet, Annie FRATELLINI décède le 30 juin 1997. Les nexonnais sont tristes et pour lui rendre hommage, le conseil municipal présidé par Madame Liliane JAMIN décide de donner son nom à la place du marché qui accueillait autrefois les cirques de passage à Nexon.

Au revoir…

III- La place du marché devient la Place Annie FRATELLINI.

La cérémonie a lieu le 9 août 1997, dans l’après-midi, en présence de Valérie FRATELLINI, sa fille.

Liliane JAMIN, qui a succédé à René REBIERE à la tête de la commune, entourée de Valérie, de rené REBIERE, vice président du du Conseil général, des organisateurs du festival, Guiloui KARL et Marc DELHIAT donne les raisons de cette manifestation et le choix de cette place. Une foule nombreuse était présente pour rendre hommage à celle qui a permis à Nexon d’être reconnue dans le monde du cirque, des loisirs et du tourisme.

Centre France Dimanche 10 août 1997
Le Populaire lundi 11 août 1997
Le Populaire 11 août 1997
l’Echo 11 août 1997

Dès le triomphe de la République en 1879 et jusqu’en 1914 des sociétés de Libre pensée se sont créées un peu partout en France. Le Limousin n’a pas échappé à ce mouvement et l’histoire des Libres-Penseurs en Limousin est bien connue grâce aux travaux de Louis PEROUAS.

Les premières sociétés apparaissent à Limoges en 1880 puis en Creuse, dans le Lot et la Charente. Elles sont actives pendant quelques années avant de connaitre une léthargie dont elles sortiront avec le début de l’affaire DREYFUS (1894-1906). L’Association Nationale des Libres-Penseurs de France se constitue en 1902, restructurant une ancienne fédération de 1890. En 1905 un second groupement voit le jour, la Fédération française de la Libre-Pensée. C’est à cette fédération que va se rattacher la fédération régionale créée à Limoges en 1904 à l’occasion du premier congrès régional qui une centaine de délégués de Corrèze, Creuse, Dordogne et Haute-Vienne. La jeune fédération est animée par Emile NOEL, ouvrier imprimeur arrivé à Limoges au milieu des années 1890, très engagé dans l’action syndicale mais aussi politique. Il parcourt la région en donnant de nombreuses conférences et se démène pour créer un périodique. Il y réussira en lançant « Le Libre Penseur du Centre » le 29 octobre 1905. Sa devise est « Tout pour la laïcité par la laïcité ».

*Publié à Limoges, Le Libre Penseur du Centre devient en 1908 Le Libre Penseur du Centre et du Centre Ouest puis en 1910 Le Libre Penseur de France et de Libre Pensée Universelle, sous-titré Journal anticlérical de défense socialiste, républicaine et laïque. Bimensuel. Il réapparaît à Tours de 1920 jusqu’en 1938, à la mort de son principal animateur Emile Noel.

Bandeau du premier numéro

En lisant ce journal on trouve les traces d’un groupe de libre penseur dans le canton de Nexon actif jusqu’au début de la guerre en 1914 grâce au dynamisme de Paul NONATEL de Saint-Hilaire-les-Places (I). Partout la guerre a conduit à la mise entre parenthèse de l’activité de ces groupes. Leur réveil en 1919 a été lent, d’autant plus à Nexon que Paul NONATEL avait été tué au front en 1915. On retrouve une activité dans les années 1930 avec la montée du fascisme en Europe (II).  

I- Le Libre penseur du Centre et le canton de Nexon jusqu’en 1914

C’est en parcourant les numéros de ce périodique que l’on peut se faire une idée de l’importance de ce mouvement de pensée dans les différentes régions. Le principal rédacteur du journal était Emile NOEL lui-même pour les articles de portée nationale. Les chroniques locales étaient alimentées par un réseau de correspondants dont la plume était plus ou moins féconde.

Pour le canton de NEXON, le correspondant était un feuillardier de Saint-Hilaire les Places, Paul NONATEL, qui a joué un rôle important dans la création du syndicat de cette profession.  

Comme dans la plupart des communes ce sont les relations entre le curé de la paroisse et les libres-penseurs qui font l’essentiel des chroniques, les libres penseurs militant pour les cérémonies laïques, qu’il s’agisse du baptême ou du mariage. Dans les villages les affrontements verbaux sont fréquents mais NONATEL reproche à ses adversaires de ne pas venir en discuter dans les réunions publiques.

Dans une chronique de novembre 1905 il rappelle qu’il a déjà organisé deux conférences aux quelles il avait invité Emile NOEL en personne mais qu’aucun des adversaires de la Libre Pensée n’était intervenu.

Le Libre Penseur du Centre , 12 novembre 1905

Dans le même numéro il est fait référence à une conférence qu’il donnera à la Grènerie le 19 novembre 1905 à l’occasion d’une fête laïque.

Le Libre Penseur du Centre, 12 novembre 1905

La fête du mois de novembre annonçait un prochain mariage civil à Saint-Hilaire -les-Places. Le 27 janvier 1906, Pierre LAVAUD et Marie PONCET se sont mariés et NONATEL a prononcé une allocution dans laquelle il félicite les jeunes mariés d’avoir bravé les critiques pour être les premiers dans la commune à s’unir sans passer par l’église.

Le Libre Penseur du Centre, 10 février 1906

Avant sa chronique sur le mariage civil à Saint Hilaire les Places, Paul NONATEL a écrit un long article demandant une réforme du Code du mariage qui est toujours le même depuis Napoléon. Il demande une plus grande liberté pour les futurs mariés, contraints pour le moment de se soumettre à l’autorité des parents et il souhaite une juste indemnité de l’épouse en cas de divorce.

« CHOSES A RÉFORMER

Chaque jour, nous, habitants des campagnes assistons au départ de quelques jeunes filles lesquelles contrariées dans l’affection très chère de l’amour, le désir du mariage, voient s’en produire la rupture, parce que souvent cela ne plaît pas aux familles. Quittant, son pays, la jeune fille suivant en cela ce qu’elle a appris chez elle, se dirige vers la grande ville et une fois arrivée rentre comme domestique, si elle trouve, au service de la bourgeoisie, et a défaut de cela, ne pouvant pas faire autre chose, se loue’ comme bonne ou servante de cabarets, de brasseries. Celles oui tombent mal en place, et je dis cela pour faire une exception vont grossir les rangs des sans pain, des sans-logis, et finalement voient inscrire leurs noms sur les registres tenus par la police des mœurs, elles sont à jamais perdues ; et nos campagnes perdent en elles leurs plus robustes auxiliaires féminins.

Il y a un remède à cela, dans la faible mesure de mes connaissances, je vais en parler.

Depuis un siècle, nous jouissons d’un code dont les lézardes se montrent et s’effritent de plus en plus. Construit dans l’esprit romain, le code Napoléon n’est plus en rapport, ni avec nos mœurs, ni avec le régime politique qui doit faire éclore les légitimes aspirations de demain.

La nécessité de le transformer, de l’adapter aux exigences de la société est déjà reconnue. De tous côtés en ce moment des voix généreuses s’élèvent proclamant le besoin d’un tel progrès. De toutes les lois dont est chargé le chantier parlementaire, celle de la réforme du code, touchant si près la famille par la voie du mariage, s’impose au premier chef. Décrétons le mariage laïque affranchi de ce restant d’empire et de l’église, la société s’en portera bien mieux.

Une des premières modifications à apporter au mariage sera d’en abréger la formalité paperassière et administrative, et nul doute aussi que l’autorité parentale, abusive de nos jours, en sortirait fortement restreinte, car il n’est pas admissible que l’homme atteignant 25 ans, la femme 21 ans, soient, tenus à accomplir toutes sortes de formalités pour s’unir. Je sais qu’on a déjà réduit à un, les actes respectueux, mais pourquoi laisser, au moins pour cet âge, le droit, inique d’opposition, je sais qu’il découle de tout ceci des procès onéreux et toujours, ou à peu près, des brouilles méchantes et parfois éternelles dans les familles. Je demande qu’on déblaie la porte d’entrée du mariage ; cela fait, on en aura élargi l’accès en supprimant tout un tas de choses à réformer et ridicules.

Ensuite, on poursuivra le texte du régime de la communauté, celui de la séparation de biens, on introduira, on imprimera dans les obligations réciproques des époux le mot « Amour », celui tout au moins d’« affection », qui dégrade la femme, et de « fidélité », qui ne tiennent toujours pas certains hommes ; alors, à quoi servent tous ces mots ?

Le mariage s’établira sur le consentement mutuel des individus. Leur séparation de biens ne pourra pas être l’objet d’une spéculation malhonnête ; le divorce établissant la faute de l’homme, les juges puniront ce dernier en le condamnant au paiement d’une indemnité envers la femme, la famille, basée sur ses revenus annuels.

Les juges, qui n’en souffrent pas, ne devraient pas avoir le droit de différer un divorce en maintenant rivés à la chaîne deux êtres qui se haïssent. Je sais que l’Eglise désapprouve le divorce, parce que souvent elle a à ratifier l’union, et qu’en se rompant, elle prouve le peu d’importance de l’Etre suprême, qui a présidé à la cérémonie religieuse ; que de ce fait sa nullité apparaît éclatante.

Pourquoi, les élections approchant, n’obligerait-on pas les candidats à donner leur opinion sur les réformes dont je viens de parler ; s’ils restent muets, que les électeurs leur en parlent, et je dis que si les villes n’y perdraient rien, les campagnes y gagneraient. NONATEL. Le Libre Penseur du Centre 10 février 1906.

Mais NONATEL ne se limite pas à écrire sur le mariage. Il intervient sur tous les sujets qui intéressent les habitants comme ici, le 14 avril 1906, au sujet de la distribution du courrier à la Grènerie.

Le Libre Penseur du Centre, 14 avril 1906

Il a également défendu le repos hebdomadaire sans que ce repos soit nécessairement pris le dimanche, ce qui lui a valu les foudres de ses amis socialistes de Limoges. Il leur répond en expliquant que le paysan qui ne va pas à la messe le dimanche va à Limoges se promener et faire des emplettes. Il faut bien alors que les magasins soient ouverts ! La question de l’ouverture des commerces le dimanche n’est donc pas nouvelle.

Le Libre Penseur du Centre 26 août 1906

Une autre fois il s’indigne de la vétusté des écoles et l’absence de « fosses d’aisance » et il met en parallèle les travaux dans les églises 

Le Libre Penseur du Centre , 9 mars 1907

Le 4 avril 1909, à la salle Charreix à Nexon, NONATEL avait organisée une réunion à laquelle il avait invité Emile NOEL. qui pendant une heure présente son rêve d’une République dans laquelle le peuple aurait de larges pouvoirs.  cette fois-ci c’est un long compte rendu qui est publié dans le Populaire du Centre.

Le Populaire du Centre 15 avril 1909

Au total, de 1905 à 1909, NONATEL exprime ses convictions en plus de 25 articles ou chroniques dans le Libre-Penseur du Centre. Mais il dut attendre 1908 pour fonder une section, bientôt étendue, du moins officiellement, à l’ensemble du canton. Grace à sa ténacité, Paul NONATEL sera élu en 1910 président de l’Union syndicale des feuillardiers du Centre.

Soldat de 2ème classe au 327e Régiment d’infanterie, il trouvera la mort sur le champ de bataille le 10 juin 1915 à Colincamps dans la Somme. Il avait 40 ans.

2 – Les libres penseurs à Nexon dans les années 1930.

Avant la première guerre mondiale c’est la personnalité de Paul NONATEL qui domine les actions de la libre pensée dans le canton. Après la guerre, du fait du décès de NONATEL, Le Libre Penseur ne relate plus les actions de la section nexonnaise. On en trouve une référence dans le numéro du 15 décembre 1920.  Du fait de l’absence de trésorerie il devait être le dernier publié. Mais un vaste mouvement de solidarité des militants s’organise et de nombreux dons arrivent au journal. Emile Noel écrit : « Ce numéro devait être celui de la disparition du Libre Penseur mais les invitations pressantes, les promesses faites, me font un devoir de tenter l’impossible afin que j’en sorte la possibilité de sauver notre journal. »

Il publie sur plusieurs pages les mots d’encouragement accompagnés de dons qu’il a reçus parmi lesquels j’ai relevé celui d’un nexonnais, PIQUET :

« Mon cher Noël,

Malgré la destinée qui s’obstine à me serrer de son frein, elle ne m’empêchera pas d’arriver pour déposer un peu de baume bienfaisant sr la plaie saignante de notre cher organe, car plus que jamais, c’est le moment qu’il vive. La religion catholique, c’est inouï ! a une recrudescence de vie, mais je crois que semblable au moribond qui se cramponne, elle crèvera tout de même, si les nôtres sont courageux. Je vous adresse 5 francs et je consens à faire partir mon réabonnement du 1er janvier. Au revoir, mon cher Noël, comptez sur moi.

PIQUET, Nexon (Haute-Vienne) »

Pour autant les libres penseurs n’avaient pas disparu. Un groupe qui a pris comme nom « L’Aurore » se réuni.  On les retrouve dans les années 1930, principalement au travers d’articles dans le Populaire.

 Ainsi ils sont invités à participer au banquet du vendredi saint de 1933 organisé par la section socialiste de Nexon. Sans doute que la personnalité de son secrétaire, la pharmacien PIALLOUX, avait amené un plus grand nombre de militants vers les socialistes que vers la libre pensée.  

« Banquet du vendredi-saint. — Les libres penseurs de Nexon et des environs, désirant assister au banquet du vendredi-saint sont priés, le nombre des places étant limité, d’envoyer leur adhésion à M. Pialloux, à Nexon, avant le mercredi soir 13 avril, dernier délai.

Ce banquet, dont le prix a été fixé à 15 francs, aura lieu vendredi 14 avril, à 20 heures, au restaurant Autier

Le Populaire du Centre 1 avril 1933 »

A la fin de l’année 1933, alors que le parti communiste n’a pas encore abandonné la politique de non-coopération avec les sociaux-démocrates des comités antifascistes se créent un peu partout en France dont un à Nexon. Il organise un meeting le 12 décembre 1933 dont le Populaire rend ainsi compte :

« Meeting antifasciste. — La réunion organisée salle Paul-Faure, par le comité antifasciste de Nexon (cellule communiste, groupe de libre pensée, section socialiste), a obtenu le plus vif succès.

Les membres des trois organisations adhérentes et de très nombreux sympathisants se trouvaient dans la salle avant l’heure indiquée et c’est finalement devant plus de 200 personnes que notre ami Laplaud, président, assisté des citoyens Autier et Fâcherie, ouvre la séance. En termes très heureux, il indique dans quelles circonstances cette, réunion avait été organisée, demande à l’assistance de respecter la liberté de parole et de contradiction et donne la parole au citoyen Pialloux, représentant du groupe de libre pensée « l’Aurore ».

Pialloux explique les raisons de son intervention et lit la copie d’une lettre recommandée, par lui adressée à M. Meynier, principal avocat de la Ligue des contribuables dans le département, lettre où il invitait ce dernier à venir défendre la cause de l’organisation qu’il représente. M. Meynier, dans une réponse qui voudrait être ironique, mais dont les termes trahissent l’embarras, se dérobe et se refuse à toute discussion. Pialloux constate que M. Meynier, brillant (??) avocat ne condescend pas à venir s’expliquer devant des prolétaires. (Il serait certainement plus à son aise dans un salon de douairières, parmi ses amis les Chevaliers de la Matraque.)

Après avoir fait en termes cinglants le procès annoncé de la Ligue des contribuables, l’orateur conclut, aux applaudissements de l’auditoire, que cette association sera énergiquement combattue par la classe ouvrière et paysanne, dont elle est en réalité l’adversaire irréductible. Il termine en déclarant la guerre au fascisme sous toutes ses formes.

Le citoyen Charlet, du Parti socialiste, lui succède. Après avoir remercié le comité antifasciste d’avoir bien voulu l’associer à cette manifestation do front Unique, il fait l’historique du fascisme en Italie, puis en Allemagne, indique dans quelles conditions il a pris naissance et dégage les responsabilités de la France depuis le Traité de Versailles jusqu’à nos jours, il montre ensuite sous quels masques divers le fascisme pourrait se développer dans notre pays. Très applaudi, avec une belle éloquence, il tient pendant près d’une heure toute l’assistance sous le charme de sa parole, dénonçant toutes les menaces de guerres et de dictatures qui pèsent sur le monde.

Il exhorte, dans une vibrante péroraison, tous les travailleurs présents à oublier leurs querelles intestines pour lutter, sans défaillance, contre les dangers terribles d’une guerre imminente ; « Soyez unis, soyez persévérants et ayez confiance », conclut-il, sous un tonnerre d’applaudissements.

Après lui, le citoyen Texier, représentant le parti communiste, se déclare particulièrement heureux du rapprochement opéré à Nexon pour la lutte contre la guerre et le fascisme, entre deux groupements politiques différents. Il définit le rôle du comité d’Amsterdam, explique son action contre la guerre, fait le procès du chauvinisme, du pangermanisme et de tous les nationalismes qui conduisent inévitablement à la guerre. Il trace rapidement le tableau de toutes les calamités effroyables que déchainerait une nouvelle guerre, essentiellement chimique et bactériologique. Il démontre que les haines entre races ou peuples différents proviennent toujours de l’incompréhension mutuelle. Il termine très applaudi, apportant son adhésion sans restriction à la lutte engagée contre le fascisme et la guerre.

Le citoyen Laplaud, après avoir fait un vain appel à la contradiction, remercie l’assistance pour sa bonne tenue et la sympathie profonde qu’elle n’a cessé de témoigner aux orateurs. Il met aux voix l’ordre du jour ci-dessous qui est adopté à l’unanimité et par acclamations.

Il est plus de 23 heures quand cette magnifique réunion prend fin. Tous les assistants se retirent enthousiasmés, beaucoup exprimant le désir de voir se renouveler pareille manifestation et commentant de diverses façons la dérobade des marquis, des comtes, des barons et de M. Meynier.

Texte de l’ordre du jour adopté à l’issue de cette réunion :

« Les travailleurs de tontes tendances, réunis salle Paul-Faure, à Nexon, le samedi 25 novembre, sur appel du comité antifasciste, après avoir entendu Pialloux, de la libre pensée ; Charlet, du Parti socialiste, et Texier, du parti communiste, et constaté la défaillance des contradicteurs, dénoncent les organisations telles que la Ligue des contribuables ou la Fédération agraire comme des organisations essentiellement fascistes.

S’engagent à rester unis pour mener sur le terrain de la lutte des classes une action énergique contre la poussée du fascisme dans leur propre pays.

Et devant toutes les menaces de guerre qui assombrissent l’horizon mondial, se déclarent plus que jamais partisans d’un désarmement général, simultané et contrôlé par le prolétariat, seul et unique moyen d’empêcher une conflagration générale où sombrerait la civilisation. »

L’année suivante le Populaire publie une invitation du groupe « L’aurore » à une réunion ordinaire.

Le Populaire du Centre 20 juillet 1934

Depuis mai 1934 le parti communiste a abandonné la politique de non-collaboration avec les sociaux-démocrates aussi communistes, socialistes, libres-penseurs peuvent siéger dans une même organisation.

A Nexon, un Comité antifasciste réorganisé a été constitué le 30 décembre 1934. Y sont représentés, à raison de trois délégués chacun, les groupements suivants : sections socialistes de Nexon, Saint-Hilaire-les-Places, La Meyze et La Roche-l’Abeille ; cellule communiste de Nexon ; Groupe de Libre-Pensée de Nexon ; Section du Secours Rouge de Nexon. Le Syndicat des feuillardiers de Saint-Hilaire-les-Places sera invité à se faire représenter au Comité

Un bureau, comprenant un secrétaire général, deux secrétaires-adjoints et un trésorier a été élu.

Des réunions d’information et de propagande sont prévues dans toutes les communes du canton et, si le temps le permet, dans certaines communes des cantons voisins.

La première réunion a lieu à Nexon, salle Paul Faure, le dimanche 27 janvier. Le populaire en rend compte la semaine suivante.

Le Populaire du Centre 6 janvier 1935

André LORULOT, délégué à la propagande de la Fédération nationale des libres penseurs de France, devant être de passage dans la Haute-Vienne fin janvier, tous les groupements libres penseurs ou antifascistes sont invités à se mettre en relations avec M. PIALLOUX, pharmacien à Nexon et secrétaire de la section socialiste.

Le Populaire du Centre , 5 janvier 1935

A. LORULOT (1885-1963) est une figure de la Libre pensée. Libre-penseur antireligieux et anarchiste individualiste il est directeur de la revue L’anarchie de 1909 à 1911, puis il fonde L’Idée libre en 1911 et La Calotte en 1930. Nommé au Comité directeur de la Fédération nationale de la Libre Pensée en août 1921 et en devient le délégué à la propagande. Il est un brillant orateur et parcourt toute la France, l’Afrique du Nord, la Belgique, la Suisse pour donner des conférences au cours desquelles il aime affronter ses adversaires, en particuliers les grands orateurs comme le chanoine DESGRANGES, l’abbé VIOLLET… Son livre le plus célèbre, « Pourquoi je suis athée » est paru en 1933. En août 1958 il est élu président de la Fédération nationale des Libres penseurs de France.

Pour cette année 1935, une réunion commune du secteur A qui comprend les communes de Nexon, Meilhac, Rilhac-Lastours et Saint-Hilaire-les-Places est prévue le 9 novembre 1935.

Le Populaire du Centre 1935

C’est le dernier article sur la Libre-Pensée à Nexon.

Sources : Le Libre Penseur du Centre, Louis PEROUAS, Limoges une capitale régionale de la Libre-Pensée à l’orée du XXe siècle, dans : Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 91, N°142, 1979. pp. 165-185

Pour aller plus loin : Jacqueline Lalouette, La Libre-pensée en France, 1848-1940, Albin Michel 2001

Dominique DANTHIEUX, Le département rouge : république, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940). Pulim 2005 

Autrefois, a l’occasion du 1er avril, on envoyait des cartes postales ornées d’un poisson et richement décorées pour se souhaiter amour, amitié et bonheur !

J’en ai trouvé deux, oblitérées du 30 mars 1913 avec le cachet ambulant apposé dans le train Nexon-Brive.

L’hypothèse la plus couramment avancée fait remonter la tradition du poisson d’avril à l’Édit de Roussillon pris en le 9 aout 1564 par le roi Charles IX. Par cet édit l’année débute désormais le 1er janvier, au lieu de commencer, comme c’était le cas au Moyen Age, le 1er avril, voir le 25 mars, jour de l’Annonciation à Marie. Le pape Grégoire XIII étend cette mesure à l’ensemble de la chrétienté avec l’adoption du calendrier grégorien en 1582.

A cette époque beaucoup de personnes conservèrent la date du 1er avril pour débuter l’année, soit par habitude, soit par ignorance. Ils continuèrent donc à s’offrir des cadeaux et des étrennes le 1er Avril. La légende dit que c’est pour se moquer d’elles qu’on leur offrait de faux poissons correspondant à la fin du carême. Ainsi serait né le poisson d’avril, le jour ou l’on ne distingue pas la réalité des faits.

Pour d’autre l’origine viendrait du fait que dans certains pays la pêche ouvrait le 1er avril tandis que dans d’autres elle fermait.  Ce jour-là on offrait aux pêcheurs un poisson, soit pour se moquer des pêches faciles du fait de l’abondance le jour de l’ouverture, soit pour compatir à leur peine de ne pas pouvoir continuer à pratiquer leur passion le jour de la fermeture.  Un habitude serait alors née d’accrocher subrepticement un vrai poisson dans le dos des gens qui ne s’en apercevaient pas tout de suite, de sorte que le poisson commençait à sentir et on se moquait d’eux.

On n’envoie plus de cartes aujourd’hui mais jusqu’en 1914 il y avait un choix très important de modèles. Beaucoup se ressemblaient mais il y avait quelques originalités.

Les plus classiques représentaient des enfants ou des femmes avec des poissons.

Parfois c’est un homme qui offre un poisson :

On peut aussi ne voir que des poissons pour offrir l’amour ou l’amitié :

Le poisson est parfois accompagné de fleurs :

Il est rare qu’il n’y ai pas de poisson, comme ici ou ce sont des petits cochons :

Quelques illustrateurs célèbres, comme Xavier SAGER. On ne sait pas grand chose de ce peintre et illustrateur. Dans son atelier qui comptait 6 ou 7 artistes il a été dessiné une grande quantité de cartes dont la plupart illustrent la vie mondaine à Paris. La plupart des cartes ont été dessinées autours des années 1910.

Il y a des cartes humoristiques

On trouve également quelques caricatures politiques:

Emile COMBES, président du Conseil en 1902 met en oeuvre une politique anticléricale

En continuant le tour de la place, en longeant la rue pasteur nous arrivons au numéro 7. S’y trouve un immeuble dont j’ai déjà parlé car c’était celui de mes grands-parents. Ma mère n’a pas vécu dans celui que nous voyons aujourd’hui puisqu’il a été construit au début des années 1950 et qu’à cette époque elle était mariée. Mais elle a passé sa jeunesse dans la vieille maison qui existait alors. C’était une petite maison à un étage avec la boutique au rez de chaussée et le logement à l’étage.

La maison en 1943

Ma mère à la fenêtre en 1943

La maison a été achetée par mon grand-père, Henri MALARDEAU, au début des années 1930. Il était arrivé à Nexon en 1931 après que sa filature, au pied du village d’Aurin sur la commune de Bussière Galand ait été détruite par un incendie causé par un orage. Il ne reste aucune trace de cette filature mais je ne désespère pas d’en trouver un jour !

Le Populaire du centre 15 mars 1929

Le stock de laine et la voiture qui étaient dans un bâtiment annexe n’ont pas été touché. Ceci permis la continuation de l’activité en attendant que tout soit réglé avec l’assurance ce qui a pris plus d’un an. Finalement la filature ne sera pas reconstruite. Aussi en 1931 Henri MALARDEAU décide de déménager et d’aller s’installer à Nexon. Il choisit ce bourg car il est connu pour son dynamisme économique et la qualité de ses foires, élément essentiel du commerce de la laine.

Il loue une maison rue Pasteur, juste après la boulangerie et poursuit son commerce de laine. Mais cela ne lui suffit pas. Mon grand-père est un manuel, très adroit de ses mains, il va donc créer une teinturerie. Pour cela il lui faut un grand local pour y installer des cuves. En 1935 la maison du maréchal-ferrant qui possède un grand garage à l’arrière est en vente. Il l’achète. Cette maison appartenait à Mr SANCIAUD. Elle n’a pas changé entre 1900 et 1930, seul l’environnement a évolué. Sur les cartes postales suivantes on constate l’arrivée de l’électricité avec le poteau au beau milieu de la carte postale, avec aussi le trottoir de rue Pasteur et enfin, sur la troisième carte le trottoir vautours de la place. On remarque également que la maison mitoyenne a été totalement refaite avec 2 étages. 

Lorsque mon grand-père achète la maison, le sol de l’atelier est en terre battue. Il le fait cimenter et transforme le rez de chaussée en boutique de teinturier, nettoyage et vente de laine. Dans le garage, situé à l’arrière du magasin, il fait monter, sur des foyers en brique, trois cuves en cuivre utilisées chacune pour une couleur différente. La teinture impliquait une série d’opérations que devaient subir les écheveaux de laine : bain colorant, rinçage, essorage et séchage. Le nettoyage s’effectue à la benzine dans un gros tambour qui tourne comme une machine à laver.

Avec l’énorme tas de fagots pour la boulangerie

Devant la maison on voit toujours l’énorme tas de fagots qui alimente le four du boulanger, de l’autre côté de la rue. Mais le feu frappe une nouvelle fois mon grand-père. Un incendie éclate, le 22 octobre 1941, dans l’atelier de la teinturerie et se repend rapidement à la toiture et gagne la maison voisine.

Le Populaire 30 octobre 1941

Dès la guerre terminée mon grand-père fait entièrement reconstruire sa maison. Elle a maintenant deux étages et la boutique occupe la totalité du rez de chaussée. Mais surtout il fait poser en grandes lettres rouges, le mot « Laines » au fronton.

Pendant les années 1950-1960 l’activité est variée. Dans l’atelier qu’il a acheté à la sortie du bourg, route du moulin Trouly, il a monté une filature pour retrouver le métier de sa jeunesse. Il est secondé par deux de ses gendres, René PEYRICHOUX et Marcel JEUDY. En même temps il sillonne les foires des environs pour acheter de la laine brut et vendre des pelotes tout en continuant a nettoyer et teindre les vêtements. A l’époque il est indispensable de respecter les codes et après un décès le deuil doit être porté par les proches pendant plusieurs mois. Aussi après un décès il fallait en quelques heures, l’engagement était de 8 heures, teindre en noir toute la garde-robe des parents du défunt. L’en tête de la facture résume cette activité variée.

Lorsqu’Henri MALARDEAU a pris sa retraite son gendre René PEYRICHOUX et son épouse Marie-Thérèse ont repris le commerce en le faisant évoluer. Le développement du prêt à porter a réduit les ventes de laine, le nettoyage était devenu la spécialité des « pressings » aussi c’est vers les vêtements de confection qu’ils se sont orientés.

En octobre 1989 le fond est repris par Mme Catherine DEBORD COUQUET. Elle baptisé son commerce « Cathy Boutique ».

L’immeuble du numéro 8 a lui aussi beaucoup changé au cours du siècle précédent. En 1900 c’est une petite maison d’un étage avec un grenier mansardé. Au rez de chaussée il y a deux commerces dont l’un, à droite, était une épicerie qui si je déchiffre bien l’enseigne était l’épicerie BREIX, l’autre l’atelier d’un peintre-vitrier.

Quelques années plus tard la vieille maison est remplacée par un immeuble de 2 étages avec au fronton, en grosses lettres « Horlogerie Bijouterie ».

 Cette construction a été faite par M. Henri DESPLANCHES qui y a transféré la boutique qu’il avait, rue Pasteur, à côté de la pharmacie. Sa première boutique était située rue Victor Hugo.

Henri DESPLANCHES était né à Nexon le 12 juillet 1873. De son mariage avec Louise GRANGER le 24 juin 1900 à Nexon il a eu deux enfants, Alice née en 1906 et René, né en 1909.

Henri et Louise le jour de leur mariage

Avec l’année 1900 le monde occidental et la France en particulier, ont connu jusqu’en 1914 des années heureuses que l’on a appelé « La belle époque ». Le 14 avril 1900, jour de l’inauguration de l’Exposition Universelle Paris est le centre du monde. Les nouveaux bâtiments comme le Grand et le Petit Palais, la gare d’Orsay ou le pont Alexandre III font briller Paris. La première ligne de métro est ouverte le 19 juillet 1900, l’électricité commence à éclairer les rues de celle qui est alors appelée la « Ville lumière ». A Nexon aussi règne une certaine joie de vivre. On déjeune sur l’herbe le dimanche et on va à la pêche en famille.

Les jours de fête, pour aller à la frairie les femmes revêtent leurs plus beaux habits.

Après la difficile période de la guerre ce sont de nouvelles années d’effervescence, « Les années folles ». Les bijoutiers sont un passage obligé pour chaque fête et à chaque évènement. Pour la naissance et le baptême des enfants on offre des médailles et des chaines en or ou en argent, des gobelets, des ronds de serviettes… Pour la communion solennelle les garçons reçoivent leur première montre, en or pour les familles aisées, et les filles une croix avec sa chaine. Il y a les boucles d’oreilles pour les filles, et les chevalières pour les garçons, puis vient le mariage avec les bagues et les alliances et l’incontournable ménagère en argent…

Comme horloger M. DESPLANCHES vendait pendules et horloges qu’il réparait.

En 1944 Henri DESPLANCHES transmet son commerce à son fils René-Jean DESPLANCHES.

Le Populaire 7 décembre 1944

L’horlogerie-bijouterie va petit à petit connaitre la concurrence des bijoux fantaisie et des montres bon marché. Dès 1955 le géant américain Timex s’associe à un fabricant de montre de Besançon pour produire des montres a bas cout sous le nom de TIMEX. La marque innove dans le choix de son réseau de distribution en ciblant les bureaux de tabac, les papeteries, les stations-service, les drugstores et les grands magasins. KELTON devient une marque emblématique avec son slogan « Vous vous changez, changez de KELTON ». Elle vend plus de 4 000 000 de montres au début des années 70. Au début des années 80, une nouvelle technologie arrive du Japon avec les montres à Quartz…

Françoise, la fille de M. et Mme DESPLANCHE n’a pas choisi de suivre la voie de ses parents et s’est orientée vers la coiffure. Elle a ouvert son salon dans la maison d’à coté et quand ses parents ont pris leur retraite la bijouterie a fermé.

C’est Michel CROZET-ROBIN qui a ouvert un salon de coiffure le 1er janvier 1979. Jeune et dynamique il choisit d’appeler son salon « Attitude coiffure ».

Le salon de coiffure au numéro 8

Il est le premier salon du groupe que M. CROZET-ROBIN va ensuite constituer. Il donnera à ce groupe le nom de sa fille Laurie. De ce fait, derrière le salon, un immense espace de travail réuni ceux qui gèrent la quinzaine de salons du groupe « Holding Laurie ».  Attitude Coiffure et Studio M sont les deux enseignes de ce groupe dont les salons sont implantés à Nexon, Limoges, Boisseuil, Montluçon – Domérat, Saint-Étienne – Villars, Moulins.

L’immeuble situé au numéro 9 était le plus imposant au début des années 1900. Deux commerces sont abrités sous le même toit, la bijouterie PAROT et une épicerie-poterie-buvette.

L’immeuble en 1900

La bijouterie est tenue par Eugène PAROT. Marié avec Emilie NOUHAUD, ils auront 2 garçons, François né le 22 août 1905 et René, né le 9 mai 1907 qui travailleront comme horlogers avec leur père.

Lorsque la famille PAROT a cessé ses activités, Melle Renée MOUNIER qui habitait à Valette installa son atelier de modiste à la place de la boutique. Puis Mme CLERMONTEIL dite « Nénette » lui a succédé en ouvrant une épicerie-primeurs.

Chaque matin elle se rendait aux halles, à Limoges, pour s’approvisionner en fruits et légumes. Elle partait avant le jour afin d’être de retour à Nexon pour servir ses clients à partir de 8 heures. Très courageuse, très avenante pour ses clients, elle était très appréciée de ses clients. Son mari, Martial CLERMONTEIL avait été fait prisonnier et sans nouvel de lui après l’armistice son épouse a publié, comme plusieurs autres femmes, un avis de recherche dans la presse :

Le Populaire 28 juillet 1945

Martial CLERMONTEIL était également pompier volontaire. Il a terminé son engagement avec le grade de sergent.

Au 1er étage se trouvait, pendant quelques années, le cabinet dentaire de M. et Mme DURENGUE. Ils avaient, depuis 1933 un cabinet place de l’église et ils travaillaient également dans des cabinets secondaires à Châteauneuf la Foret et à La Meyze. Ils ont ensuite transféré leur cabinet avenue de la gare. Au 2ème étage habitait M. Henri FOUILLAUD et sa famille. Lui était peintre mais il n’était pas associé à son frère Louis. A la Libération, du fait d’un engagement dans la milice et d’une collaboration active toute la famille a disparu et n’a plus jamais donné de nouvelles.

Quand l’épicerie a fermé, Françoise CONORT, a ouvert un salon de coiffure qui a très vite acquis une excellente réputation. Fille de M. et Mme DESPLANCHES, les bijoutiers de l’immeuble contiguë, elle est avait épousé Jean Pierre CONORT, fils du vétérinaire de Nexon. Leur fille Sophie est devenue coiffeuse. Elle a travaillé avec sa mère puis elle lui a succédé.

Aujourd’hui c’est Stéphanie TABESSE qui tient ce salon à l’enseigne « Art Coiff’»

Au numéro 10, au début des années 1900 il y avait une épicerie-buvette -poterie. C’était la maison de Mme Marie Christine HAUTIN. Ses parents étaient commerçants à Limoges mais sa mère, comme cela se faisait fréquemment à l’époque, est venue accoucher, le 18 juin 1883, chez son frère Jean VILLOUTREIX, épicier à Nexon. Puis le commerce a disparu et le rez de chaussée a été transformé en appartement. C’est ce que l’on constate sur cette photo de 1943.

La maison a été achetée au début des années 1950 par M. et Mme BOSBATY. En 1947 ils avaient acheté le fonds de commerce de boucherie-charcuterie de François LELONG. Ils l’ont d’abord installé 2 rue Michelet puis quand l’immeuble HAUTIN a été libre à l’achat ils y ont installé leur boucherie-charcuterie.

Le Populaire 27 novembre 1947

La boucherie-charcuterie a rapidement acquis une bonne clientèle, à la fois grâce à la qualité des produits et à la qualité de l’accueil.

Monsieur Emile BOSBATY faisait également preuve d’un fort engagement citoyen. Caporal du Corps des pompiers de Nexon en 1961 il en est promu chef de corps le 15 juin 1970 avec le grade de sous-lieutenant. Il quitte son commandement le 11 juin 1978 après 27 ans de services.

En 2005, quand ils ont pris leur retraite les BOSBATY ont été remplacés par la société GUINARD-RATIER dont le siège était à Saint Paul et le gérant M. Alain RATIER. La boucherie a fermé en 2007 et M. RATIER a alors créé Le Noctambule, place Fratellini.

Aujourdh’hui le rez de chaussée n’est pas occupé.

La dernière maison de la place, au numéro 11, abritait autrefois un restaurant. L’immeuble appartient à M. et Mme Henri DESBORDES. C’est Mélanie DESBORDES qui tenait le restaurant tandis que son époux était camionneur. Il avait un attelage à cheval et c’est lui qui faisait office de corbillard.

L’attelage conduit par René LASPOUGEAS

Madame le docteur FORGERON se souvient que lorsqu’elle était petite fille Mme Desbordes élevait des oies en toute liberté. Elles étaient agressives et menaçaient ses mollets quand elle apportait une lettre à la Poste.

Après la retraite de Mme DESBORDES le restaurant est devenu bistrot, tenu par Mme Ginette BANCAUD puis ce fut une annexe de la boulangerie DIVRY. Au début des années 2000 une brasserie au nom ironique « Aux vers de vin » s’est installée. Elle vendait également du vin. LA brasserie a fermé en 2006 et « Aux vers de vin » a déménagé pour s’établir 1 bis rue saint Ferréol.

Il y eu ensuite une boutique d’informatique puis pendant quelques mois David MAURY y a installé son entreprise de plomberie avant de la transférer rue Gambetta.

Le 1 mars 2017, Mme ISABELLE AUMAITRE a créé un salon original, un bar à ongle, qu’elle a appelé  « Mad Nails ».  

Aujourd’hui la place de la république recouvre 4 espaces différents qui, autrefois, ne portaient pas tous le même nom. Le numéro 1 se trouve au coin de la place FRATELLINI et de l’ancien champ de foire, sur la rue qui s’appelait autrefois la rue de la Poste. La numérotation s’effectue en se déplaçant dans le sens des aiguilles d’une montre.

Numéro 1. Les cartes postales du début du siècle montrent que la grande maison faisant l’angle était l’Hôtel de la Poste, tenu par M. DEFAYE. C’était l’un des 8 hôtels qui existaient à Nexon en 1905. On peut être surpris par ce nombre sachant qu’il n’y a plus d’hôtel aujourd’hui à Nexon !

L’hôtel de la poste en 1900
L’hôtel de la Poste et la maison mitoyenne, futur n° 1 et n° 2 de la place de la République

En 1900, date de la photographie de cette carte postale on remarque qu’un mur prolonge l’hôtel de la poste, la poste actuelle n’est pas encore construite. On voit également l’ancienne mairie, un bâtiment vétuste qui a été démoli après une décision du conseil municipal du 20 avril 1919.

Certains, dont des nexonnais, pensent que le bâtiment qu’ils voient sur la droite de cette carte postale est l’ancienne mairie devenue le Centre Agora. Il n’en est rien. Un regard attentif permet de constater qu’il n’y a pas de marches pour accéder au rez de chaussée et que le bâtiment est très proche de la route. Il s’agit de la vieille mairie qui a été démolie en 1919.

Sur la carte postale suivante on voit à gauche la vieille mairie à droite le bâtiment dans lequel a été installé la mairie en 1920. Elle remplira cette fonction jusqu’en 1986.

Vers 1910, à gauche la mairie et à droite la future mairie

Progressivement l’hôtel a laissé la place à l’épicerie PRADEAU. Avec le temps elle s’est développée et a proposé des articles de poterie et de vannerie.

Après M. PRADEAU, la grande épicerie a été tenu par M. BOUNY. Il a édité plusieurs cartes postales. On remarque la pompe à essence mécanique.

Lorsque l’épicerie a fermé l’immeuble est devenu un cabinet vétérinaire dans lequel Yves FARRANDO a exercé seul puis associé à Joel BESSERON.

L’immeuble a été rénové et en 1984 a été créée la « Clinique vétérinaire St Ferréol ». Elle a fermé le 31 octobre 2013.

L’entrée du numéro 1, nouvel appartement

La clinique vétérinaire a été remplacée par une fromagerie-crèmerie. Le local au numéro 1 de la place de la République est depuis 2017 la permanence parlementaire du député Jean-Baptiste DJEBBARI et de son suppléant, Pierre VENTEAU.

Jean-Baptiste DJEBBARI devant sa permanence le 13 octobre 2017

Au numéro 2, lorsque l’épicerie n’a plus occupé l’ensemble de l’immeuble, un magasin vendant de la vaisselle a ouvert. Puis c’est la Caisse d’Epargne qui s’y est installée. La façade change avec l’évolution du logo et de la signalétique de la Caisse d’Epargne.

Au numéro 3, on trouvait l’un des nombreux café de Nexon, particulièrement fréquenté les jours de foire. Il était tenu par M. Pierre JOUHETTE qui était en même temps tailleur. Les deux activités se déroulaient dans la même salle.

le bar de la Poste en 1984

Avec la retraite de M. JOUHETTE le bar a fermé.

Le bar de la poste en 2019

Au numéro 4 se trouve le bureau de poste construit en 1930-1931.

Au début du XIXe siècle la poste fonctionnait mal en Limousin, en grande partie du fait du mauvais état de la voirie, restée sans entretien jusqu’à la restauration. Sous le règne de Louis-Philippe (1830-1848) de nouvelles routes sont créées. La route Limoges Poitiers, achevée en 1843, avec les relais de Conore, Bellac, Bussière-Poitevine et Lussac-les-Eglises. Celle d’Angoulême à Nevers, traverse le nord du département avec des relais à Confolens, Champeaux, Bellac, Saint-Sornin-Leulac et la Souterraine. La liaison Limoges -Périgueux se faisait par Aixe, Chalus et Thiviers. Il n’était pas nécessaire d’en établir une autre par Saint-Yrieix. Mais un personnage important, le maréchal BUGEAUD, né à Limoges, s’était retiré dans sa propriété de La Durantie à Lanouaille. Il obtint la création d’une ligne de poste avec les relais de la Plaine (la liaison avec Nexon se faisait par un facteur à pied), Saint-Yrieix et Lanouaille à deux kilomètres de son domaine.

Le 2 mai 1830 le conseil municipal de Nexon proteste contre la lenteur du courrier. En effet une lettre postée à Limoges n’arrive à Nexon que 4 ou 5 jours après car le service est fait par un piéton qui va de Limoges à St-Yrieix tous les 2 jours. Il demande la création d’un bureau de poste à La Plaine ou au Plantadis où la commune ferait prendre son courrier à ses frais. Ce n’est que le 4 mai 1846 que Jacques PENICAULT, Maitre de Poste est installé au relais de Poste de La Plaine, par arrêté du Roi, avec engagement d’avoir de nombreux postillons, chevaux et équipages nécessaires et prescrits par le service.

 Le 10 mars 1929 décision est prise de construire l’actuel Hôtel des Postes. M. SAUTERAUD est désigné comme architecte. Il réalise les plans suivants :

Le 25 janvier 1931 le chauffage central est posé. Au milieu de l’automne le bâtiment est terminé et il est réceptionné le 7 novembre 1931.

Le Procès verbal de réception de la Poste

Lorsque le bureau de poste ouvre ses portes le receveur est M. LACOUR. Son fils, André LACOUR dit « Dédé » sera médecin à Nexon ; Un vieux garçon au verbe haut et au langage truculent toujours disponible. Je me souviens de l’avoir vu arriver chez mes parents à 10 heures du soir au moment des grippes. Il n’avait pas mangé et il avait encore des patients à voir.

A cette époque le monument aux morts se trouve en face de la Poste. Il sera déplacé en 1950 pour permettre d’agrandir le champ de foire sur lequel seront alors installées des barres pour attacher le bétail.

On remarque la Peugeot 402, sans doute celle du Dr Jumeaux-Lafond

Les Postes, télégraphes et téléphones, les fameux  PTT, changent de nom et deviennent Postes et télécommunications à partir de 1959. Au fur et à mesure des réformes de l’État la poste et les télécommunications sont séparés en deux sociétés de service public, France Télécom en 1988 et La Poste en 1991.

Au numéro 5, s’élève une belle villa dans le style Art-Déco qui appartenait au docteur JUMEAUX-LAFOND.

Après le décès de Monique JUMEAUX-LAFOND en mars 2018, la maison a été mise en vente.

A côté se trouve la maison la plus récente de la place. Elle a été construite en 1954 sur un terrain qui appartenait à M. PAPEL, terrain sur lequel sera également construite la salle des fêtes.

Sur la carte postale suivante reproduisant une cérémonie de mars 1941 un grand mur longe la place . Mme le docteur FORGERON se rappelle que lorsqu’elle était encore la petite Rose VIGNERON, les carrioles des gitans stationnaient devant le mur, et,comme tous les enfants elle en avait peur. C’est aussi devant ce mur que certains jours de frairies, les montgolfières gonflées à l’air chaud s’envolaient devant une foule admirative.

Ayant acheté le terrain M. LONGEQUEUE demande au Conseil municipal l’autorisation d’ouvrir un portail dans le mur qui sépare son terrain de la place. Cette ouverture entraînant l’enlèvement d’une barre les conseillers ont délibéré à huis clos et malgré la diminution de la taille du champ de foire qui allait en résulter, « considérant que M. LONGEQUEUE allait construire un immeuble important qui allait embellir la place, ont donné leur accord.

En 1984
En 2019

En continuant vers la droite on arrive au numéro 6 où il y avait autrefois un atelier de cordonnier, d’abord M. CLERMONTEIL puis M. ROUSSE. On voit la boutique avec le pare soleil baissé sur cette vue des années 1950.

Aujourd’hui il n’y a plus de cordonnier.