Une histoire illustrée de nexon
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Autrefois, entre l’actuelle rue Lafontaine et la rue Jean Jacques Rousseau, il y avait un grand mur derrière lequel se trouvaient deux institutions religieuses. Il s’agissait de deux écoles, l’une pour les filles, l’autre pour les garçons. L’école des filles, la première en venant du bourg et en allant vers la gare, dépendait des Sœurs de l’enfant Jésus, congrégation née au Puy au XVIIe siècle. Celle des garçons située après correspondant aux numéros 32 à 38 actuels, dépendait des Frères du Sacré Cœur, congrégation fondée à Lyon en 1827 par le Père André COINDRE. L’école de garçon, comme celle des filles, a été créée par la volonté du baron Astolphe de NEXON qui a mis à disposition le terrain et apporté un financement. L’histoire de ces institutions figure sur ce blog au chapitre « Les écoles religieuses à Nexon ».

Les cartes postales anciennes montrent le long mur mais, à ma connaissance, il n’y a de vues en gros plan sur les écoles.

Le premier bâtiment en allant vers la gare abrite l’école de filles, le suivant l’école de garçons.

N° 28 -30 : ce sont les bâtiments qui correspondent à l’ancienne école de filles.

Les bâtiments du pensionnat de jeunes filles ont été vendus à Monsieur Paul BITAUD. Il a fait démolir le mur et agrandir l’aile gauche où il a transféré son commerce de quincaillerie. Il l’a baptisé « SAM SUFFY », nom que l’on peut lire aujourd’hui encore sur le mur du magasin d’optique.

On trouvait de tout chez M. BITAUD. Les marchandises sont exposées jusque sur le trottoir et la cour sert également de dépôt.

La boutique est trop petite, le trottoir sert d’étal…
Monsieur Bitaud devant sa camionnette abondamment chargée !

Après le décès de M. Paul BITAUD en 1950, son épouse Marie BITAUD avec sa fille et son gendre M. Armand DENARDOU ont dirigés l’affaire.

M. DENARDOU qui était électricien a ajouté son métier à celui de ses beaux-parents.

Puis c’est M. F. LE GUEN, fille DENARDOU qui a dirigé les galeries nexonnaises de 1981 à 2002.

Le commerce change ensuite de nature. Pendant quelques mois un commerce de fleurs a pris la suite, MILLE FLEURS GALERIES NEXONNAISES, un établissement secondaire de Mme E. FORINO. Ensuite un opticien M. Lionel BERTRAND – GERBAUD à ouvert NEXON OPTIQUE.  

Dans le prolongement de Nexon Optique on trouve d’autres commerces.

On trouve d’abord un salon de toilettage pour animaux. Il y eu A QUAT PAT puis Mme Romane CORRET a ouvert PILS POILS.

A côté on trouve une supérette. Elle fut d’abord ouverte à l’enseigne SITIS, un groupe de supérettes indépendantes de proximité puis à l’enseigne VIVAL du groupe CASINO.

Aujourd’hui la cour est moins encombrée de marchandise, elle sert de parking pour les clients.

De l’autre côté de la cour, dans un grand local qu’il a fait construire, Georges DENARDOU a créé un commerce de meuble que gère son épouse et sa fille tandis qu’il s’occupe de l’installation d’appareils de chauffage, de plomberie, d’électricité…

Quand on remonte la rue on arrive au deuxième bâtiment, celui qui abritait à l’origine l’école de garçon.

Après la fin de la guerre de 1939-1945 l’école de filles a rejoint celle des garçons. L’école était dirigée par Mlle ARCHAMBAUT. On voit sur cette carte postale le groupe des jeunes filles avec leur maîtresse.

Aujourd’hui le mur est toujours là mais l’école a disparu.

Numéro 32 : L’école a été fermée en 1953 et les bâtiments vendus. Ils ont été achetés par M. C. REALLE. Il a fait construire des logements à gauche de la cour et a rénové l’ancien bâtiment.

Son fils Robert y a transféré une partie de l’activité de l’activité produits du sol et depuis 1982 le siège de l’entreprise de transport.

Au numéro 34 on trouve des logements de particuliers

N° 36, ce sont également des appartements de particuliers.

Avec le numéro 38 on termine le coté pair de la rue Gambetta. La porte donne sur un jardin qui permet d’accéder au coté du bâtiment.

Le 28 février 1931, le syndicat des usagers de la route du canton de Nexon est créé avec comme signataires des statuts: Adrien DESPLANCHES, marchand de bois à Saint Hilaire les Places comme secrétaire, Fernand QUEYROI, marchand de boissons à Nexon comme secrétaire adjoint et Marcel COMBROUSE marchand de bière à Nexon comme trésorier.

Les signataires ont choisi de ne pas avoir de président et par analogie avec les syndicats ouvriers, le responsable est le Secrétaire (article 5), mais il n’est pas Secrétaire général.

Ce syndicat a pour but de réunir les propriétaires de véhicules routiers et d’organiser des achats groupés pour les fournitures et d’agir auprès des pouvoirs publics et des administrations afin d’améliorer l’état des routes, la signalisation…

Parmi les autres objectifs on remarque  » la suppression des passages à niveau et des croisements dangereux ».

On pourrait pratiquement reprendre ces mêmes objectifs aujourd’hui. On ne créerait sans doute pas un syndicat mais une association !

Je ne sais pas combien de personnes ont adhéré à ce syndicat, sans doute peu. Les trois responsables du syndicat exerçaient des professions qui nécessitaient l’usage d’un véhicule routier mais ils n’étaient pas nombreux dans le canton. Si la France compte aujourd’hui plus de 40 millions d’automobiles il n’y en avait que 2,3 millions en 1950 et 1,4 million en 1930.

La propriété du Courdein sur le terrain de laquelle se trouvaient les bâtiments à usage industriel appartenait à Charles de VIGNERAS, avocat, demeurant à Angoulême. Il s’agissait d’un moulin qui a du fonctionner grâce à la chute d’eau de l’étang de La Lande. Il n’y a pas de traces écrites de son existence mais Camille LARCHER dans son ouvrage « Les anciens moulins du pays de Nexon » aux éditions Les Monédières écrit « qu’un moulin de première génération a bien existé sur ce site ».  M. de VIGNERAS a vendu ce bien à Martial Antoine MORTEROL par acte du 17 novembre 1860 chez Me PEYROT notaire à Chalus.

1- La Société anonyme des Distilleries du Limousin (1881 – 1896)

A la mort de Martial Antoine MORTEROL en 1881, son fils Antoine Ernest MORTEROL hérite de la propriété du Courdein. Il en fait apport à la Société anonyme des Distilleries du Limousin qui a été constituée suivant acte reçu par Me Thézard, notaire à Limoges, le 30 Juin 1887.

Cette société a été dissoute par délibération de l’assemblée générale des actionnaires en date 21 octobre 1889 à Limoges qui a nommé Me COUTY comme liquidateur. Celui-ci a fait publier cette dissolution dans le Courrier du centre.

« Le courrier du centre » du 10 novembre 1889.

La Société générale des distilleries agricoles de France dont le siège était à Paris au 51 de la rue de la Chaussée d’Antin puis au 5 rue de Provence a fait l’acquisition de la propriété au terme d’un acte du 7 novembre 1893. Cette acquisition a eu lieu au prix de 16 000 francs. Moins de deux ans plus tard cette société a été admise au bénéfice de la liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de la Seine du 12 juin 1895 et dissoute par l’assemblée générale des actionnaires tenue à Paris le 24 aout 1895.

2- La propriété de Henry DELATY (1896 – 1923)

Une vente aux enchères a été organisée pour les biens ainsi désignés : « Divers immeubles situés au Courdein, commune de Nexon, autrefois à usage de distillerie et de vinaigrerie consistant en divers bâtiments, celliers, hangars atelier magasins bureaux, un hectare environ de terrain avoisinant les bâtiments suivant bornes plantées contradictoirement avec Monsieur MORTEROL, un étang de trente ares environs ensemble tous les objets mobiliers, immeubles par destination autrefois à l’usage de la distillerie qui se tenait encore dans le dit immeuble à titre de matériel fixe ou roulant sans aucune exception ni réserve. »

Une première enchère, avec mise à prix à 10 000 francs, le 8 février 1896 avait été infructueuse. Une seconde a eu lieu le 9 avril 1896 au cours de laquelle Henry DELATY, plombier demeurant à Nexon a, pendant que les bougies brûlaient, élevé le prix principal à 7000 francs et lorsque toutes les bougies ont été éteintes il a été déclaré adjudicataire de la Société générale des distilleries agricoles de France.

Henri DELATY qui écrit son prénom parfois Henry avec un y et d’autre fois Henri avec un i était un artisan inventif ce qui lui a valu de nombreuses récompenses dans diverses expositions et en particulier la croix de chevalier du Mérite agricole qui lui a été remise à l’Exposition d’Angoulême par M. le ministre des colonies le 13 mai 1893.

Cette distinction honorifique est la juste récompense des inventions de notre compatriote, pour le progrès de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, et pour lesquelles il avait obtenu de nombreuses récompenses dans les diverses expositions.

Monsieur DELATY n’a sans doute pas développé l’activité de distillerie et il a cherché à louer les locaux comme on le constate sur cette annonce publiée dans le Courrier du Centre le 25 mai 1905.

le Courrier du cente 25 mai 1905

On ne trouve pas beaucoup de traces de la vinaigrerie, si ce n’est une carte postale éditée par M. LABIDOIRE, avec comme légende « Sous-bois près de l’Etang de la Vinaigrerie ». Au travers des arbres on distingue l’étang, bien mieux visible sur une autre carte postale, plus ancienne, éditée par CHAMPEAU-TERRASSON.

Cet étang est antérieur à 1829 car il figure sur la carte de CASSINI. Il n’a pas changé sinon qu’il ne sert plus à alimenter la turbine. Son ouverture sur la chaussé n’a été conservée qu’à titre de souvenir.

L’ouverture de la turbine, aujourd’hui désaffectée.

A quel moment un moulin et une boulangerie ont remplacé la vinaigrerie ?

3- La minoterie des frères SEGURE (1923 – 1935)

Dans l’acte de vente du 30 avril 1923 par M. DELATY aux frères SEGURE la désignation des biens est ainsi rédigée : « Une usine dite du Courdein comprenant une maison d’habitation avec grenier et fournil, étables, hangar avec appartement servant de bureau, un chai, un bâtiment servant de cave, un groupe de bâtiment ayant servi de distillerie avec grande cheminée et roue hydraulique, un étang, jardins et prés le tout pour une contenance de un hectare et vingt-neuf ares et un centiare environ ».

Pour la première fois il fait état d’un fournil mais on ne trouve pas, à cette date, de boulangerie située au Courdein dans les commerces à Nexon.

Par contre ce sont les frères SEGURE qui ont transformé la distillerie en minoterie et lui ont redonné l’activité qu’elle avait avant 1887. Les deux frères Pierre et Henri SEGURE étaient tous les deux minotiers à Saint Yrieix. Ils ont acheté la propriété en indivision pour moitié entre eux au prix de 50 000 francs payables en 10 ans avec un taux d’intérêt de 5%. Ils ont équipé leur moulin de matériel moderne, ils ont abandonné la turbine à eau et utilisé l’électricité faisant de leur moulin un des plus moderne et des plus important des environs.

4 – La boulangerie et la minoterie GIRARDY (1935 – 1945)

En 1935 les frères SEGURE vendent leur propriété à M. Georges GIRARDY. L’acte signé chez Me A. GARRAUD, notaire à Nexon, spécifie dans la désignation des biens : « Deux petites maisons d’habitation, toits, écuries, remises. Un corps de bâtiment dans lequel existent trois fours de boulanger et un garage. Un groupe de bâtiments dans lequel est exploité un moulin à farine, garage avec quai, hangar, autres dépendances diverses. Cour, jardins, terre, bruyère, étang et taillis pour une contenance de un hectare cinquante-sept ares quarante et un centiare. » La vente est effectuée pour le prix de 70 000 francs payables en quatre ans au taux de 5,5%.

On constate dans ce descriptif que la boulangerie arrive avant le moulin. Elle comporte trois fours ce qui fait d’elle une importante boulangerie. Ce n’est pas étonnant car M. GIRARDY est boulanger. C’est ce qu’indique sa fiche militaire. Minotier a été rajouté après qu’il a acheté le moulin du Courdein.

Livret militaire de Georges GIRARDY

Cette fiche est intéressante car elle retrace son parcours. Au moment du recensement il est boulanger à la Geneytouse. Il est incorporé le 18 avril 1917, il a presque 19 ans. Il est donné comme « disparu au combat de Tilloloy dans la Somme le 28 mars 1918 ». Le 27 mars les allemands ont lancé une offensive vers Montdidier et prennent plusieurs villages dont Tilloloy. M. GIRARDY est « rapatrié à Limoges le 11 décembre 1918. Libéré le 6 mai 1920 il se retire à La Geneytouse ou il est boulanger.

En mars 1926 il a un accident de voiture en effectuant sa tournée comme le relate Le Populaire du 24 décembre 1926.

Le Populaire du Centre 24 décembre 1926.

En 1931 il part à Issy les Moulineaux ou il reste jusqu’en 1935, puis il revient à Saint Denis des Murs ou il reste quelques mois avant d’acheter la boulangerie du Courdein.

Livret militaire de G. GIRARDY

Bien que boulanger, M. GIRARDY ne néglige pas le moulin, d’autant plus qu’il bénéficie d’un droit de moudre de 10 579 quintaux de blé, ce qui en fait un moulin important dans la région. En effet depuis l’arrêté du 8 juin 1937 pris pour lutter contre la surproduction de farine, chaque moulin dispose d’un plafond d’activité, appelé « contingent », qui ne peut être dépassé.

Attestation du contingent autorisé

Un ouvrier minotier qui loge sur place s’occupe du moulin. Le papier à entête est établi au nom de la minoterie ainsi que les étiquettes pour l’expédition.

Pendant la deuxième guerre mondiale la famille GIRARDY se déclare prête à accueillir des jeunes enfants réfugiés.

En 1945, Georges GIRARDY vend son affaire. Mon grand-père, Arthur NYS, meunier de profession avait quitté le moulin familial en Belgique et il exploitait une ferme dans le Cher. La nostalgie du moulin était forte aussi quand son fils Lothaire a été libéré après presque 5 ans de captivité, Arthur a souhaité reprendre son métier de minotier. Leur recherche d’un moulin les amène à Nexon. Ils sont séduits par le site et le potentiel d’activité, un moulin et une boulangerie cela fait du travail pour deux ! Son fils Lothaire, mon père, n’est pas boulanger mais malgré ses 26 ans il était hors de question de discuter les propositions du père. Elles étaient claires : je m’occupe tu moulin et toi de la boulangerie. Tu n’auras qu’à apprendre sur le tas.

La décision est prise, et le 31 octobre 1945 l’acte de session du moulin et de la boulangerie est signé chez Maître GARRAUD, notaire à Nexon.

5 – Minoterie-Boulangerie NYS et fils (1945-1972)

Mon grand-père, Arthur NYS, son épouse Marguerite et leur fils Lothaire s’installent au Courdein en novembre 1945. Arthur retrouve avec bonheur son métier de meunier et son fils commence, sans enthousiasme, son apprentissage de la boulangerie. Il rencontre vite une jeune fille de Nexon, Andrée MALARDEAU. Ils se marient le 27 juillet 1946 et comme dans les belles histoires, ils auront beaucoup d’enfants !

La famille habite dans la vieille maison ou naîtront les trois premiers enfants de la famille.

La maison en 1948. Je suis sur les marches.
Quelques personnes viennent chercher du pain mais l’essentiel est vendu en tournée.

Au moulin mon grand-père travaille avec un ouvrier, Raoul VOISIN qui était déjà employé par M. GIRARDY. Puis ce sera Léon ADAM.

Présentant que la famille allait grandir mon grand père a fait construire une nouvelle maison sur la boulangerie. la vieille maison servait de grenier, de cave, de débarras…

La boulangerie…

Mon père doit s’occuper le la boulangerie. Ce n’est pas son métier. Il est agriculteur et travailler la nuit ne lui convient pas. Il va cependant passer des nuits à la boulangerie afin de connaitre le métier auprès d’un ouvrier boulanger qualifié, un brigadier, d’abord Adrien FRUGIER, puis Léon DUREISSEIX … Mais mon père va s’attacher à organiser les tournées pour porter le pain à domicile. Il n’y a pas de magasin et toute la production est vendue à la porte des clients. La fourgonnette passait trois fois par semaine dans le bourg de Nexon et dans celui de La Meyze et deux fois par semaine dans les campagnes de Saint-Hilaire les Places à l’Aiguille, de Rilhac Lastours à Saint Maurice les Brousses. Une tournée moyenne, celle de La Meyze durait 3h30, le livreur parcourait 33 km et emportait 30 mêlées de 2 kg, 120 pains d’un kilo dont quelques un sans sel, certains étaient dits « tournés », les autres « lamés », et 25 baguettes. A cela s’ajoutaient des biscottes, des gâteaux secs et plus tard des tartes. Mais il y avait aussi de la farine, du son …

Le pain tourné est une spécialité courante du Limousin, en particulier de la Haute-Vienne. Il doit son nom à sa forme de torsade. on appelle encore « pains tordus » ou « pain rond ». Sa croûte dorée est croquante et épaisse, ce qui lui assure une conservation assez longue. Sa mie est très alvéolée. Le pain lamé est également appelé « pain plat »

Il n’était pas rare de livrer 5 mêlées, voire plus, dans certaines fermes. Le pain a été la base de l’alimentation dans les campagnes. En 1900 chaque français consommait en moyenne 900 grammes de pain par jour. En 1950 la consommation était tombée à 350 grammes et elle n’a pas cessé de baisser passant à 200 grammes en 1970 et 120 grammes en 2016.

Les paysans qui produisaient du blé sur leurs terres pratiquaient presque tous l’échange blé-pain. Cet échange était un droit qui mettait en relation le paysan producteur de blé, le meunier et le boulanger. En pratique l’agriculteur livrait son blé chez le meunier de son choix qui le transformait en farine et la livrait chez un boulanger désigné par l’agriculteur.

Ayant passé mon permis poids lourd je vais chercher le blé dans les fermes…
Arrivé au moulin déchargement avec mon ami Patrice

Pour livrer la farine au boulanger le meunier devait, en partant du moulin, rédiger un acquit pour le transport des farines panifiables en indiquant le jour et l’heure de départ du moulin, le boulanger destinataire, le moyen de transport, la durée du transport, la nature des marchandises et leur poids.

Ces deux acquits du 1er septembre 1944, concernent dix sacs de dix quintaux de farine que sont venus chercher les deux boulangers du bourg de Nexon, MM. ANDRIEUX et BESSE, tous les deux en voiture hippomobile. Le premier est parti à 15h15 et le second à 15h30 pour une durée de transport d’une heure. Le transport de farine était très contrôlé et les gendarmes vérifiaient fréquemment que ce document était bien en possession du conducteur du véhicule transportant la farine.

Dans le cas du Courdein, la boulangerie et le moulin appartenant à la même personne, les relations étaient plus simples. Les sacs de farine traversaient la cour mais un acquit devait cependant être rédigé.

Avec l’échange, pour chaque sac de blé de 80 kg rendu au moulin l’agriculteur recevait, au début des années 1960, 30 bons pour une mêlée de 2 kg ou 60 bons pour un pain d’un kilo. L’augmentation régulière des coûts, tant pour le meunier que pour le boulanger, a conduit d’abord à une baisse du poids du pain car les pouvoirs publics ne voulaient pas que le prix du pain augmente afin de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. Ainsi la mêlées est progressivement passée de 2 kg à 1,7 kg, le pain de 1 kg à 700 puis 600 grammes. En même temps le paysan ne recevait plus 30 bons mais 29 puis 28.  

L’augmentation des coûts de transport touchait d’autant plus les boulangers qu’ils vendaient une part importante de leur production en tournée, pour la boulangerie du Courdein c’était l’intégralité.

Le syndicat des boulangers a proposé de faire payer ce service en majorant de 3 centimes le prix de la mêlée et de 2 centimes celui du petit pain. Cette décision syndicale a été entérinée lors d’une réunion organisée à Nexon le 8 décembre 1963 pour les boulangers de Nexon et des environs. Les quatre boulangers de Nexon, BARBE, BARNABET, NYS et TEXEROT étaient présents.

Le 25 juillet 1967, le Syndicat des boulangers, arguant de l’augmentation des taxes, décidait de réduire le poids de pain fourni. Les représentants agricoles et les boulangers ne purent pas s’entendre et l’échange blé-pain fut supprimé. Mais avec amertume les agriculteurs constatèrent qu’en achetant leur pain ils n’obtenaient que 16 pains pour le prix d’un sac de blé !

le Populaire 6 aout 1967

La Fédération des syndicats d’exploitants de la Haute-Vienne et d’autres organisations agricoles décidèrent de créer leur propre boulangerie sous forme coopérative. Deux ont vu le jour, l’une la Boulangerie Coopérative de la Valoine (BOCOVAL) à Limoges, dans la zone industrielle de Magré, l’autre la Société Coopérative Briance-Breuilh à Magnac-Bourg.

La BOCOVAL ouvre un magasin à Nexon, rue Victor Hugo. Cela se traduit par une diminution sensible de l’activité de la boulangerie du Courdein.

Mon frère Daniel qui a choisi le métier de boulanger, après un apprentissage chez BARBE à Nexon, vient travailler au Courdein ou il prendra la responsabilité de la fabrication du pain. Il y a deux fours, le plus utilisé un four a vapeur à deux étages et un vieux four à chauffe directe, pour un usage moins fréquent.

Michel Buisson devant le four à vapeur en 1963
Mon frère Daniel en 1967 défournant des mêlées cuites dans le vieux four.

En 1968 Daniel effectue son service militaire et c’est Maurice BAZERT qui le remplace.

Revenu de l’armée Daniel reprend sa place jusqu’en aout 1972. Il part alors à Paris pour suivre sa future femme, mes parents décident alors de fermer la boulangerie.

Le moulin…

Le moulin, quant à lui, a fonctionné avec mon grand-père Arthur aidé de Léon ADAM et de mon père. Pendant les années d’après-guerre il fallait bien être trois pour en assurer la bonne marche. Après cinq années de guerre la France manquait de tout, en particulier de céréales. Elle en importait des Etats-Unis, du Canada mais aussi d’URSS. Tous les mois ou presque un wagon de céréale, blé ou maïs, arrivait en gare de Nexon. Il fallait le décharger, moudre les céréales et expédier la farine, toujours par wagon vers le Midi ou le Nord de la France.

Sur la lettre de l’Agence Générale de Navigation annonçant l’envoi d’un wagon de 150 sacs de maïs on peut lire que ses sacs sont arrivés sur le cargo Thimoni et qu’un autre bateau est attendu le lendemain, toujours en provenance d’Amérique puis un autre venant de Tunisie.

livraison de 150 sacs de maïs en provenance des Etats-Unis déchargés au port de Sète.

Le commerce du blé et celui de la farine ont toujours été étroitement contrôlés par les pouvoirs publics. Dans l’Ancien Régime l’objectif était d’éviter les famines, au XXème siècle c’était pour garantir un juste prix du blé pour les agriculteurs et maintenir le pouvoir d’achat des consommateurs en fixant le prix du pain. Le débat a toujours existé entre les partisans de la liberté du commerce et ceux qui prônent son contrôle. Le contrôle redevient la règle avec le gouvernement de Léon Blum qui, pour lutter contre la surproduction de farine, crée en juin 1936 l’Office du Blé. Il deviendra l’Office National Interprofessionnel des Céréales (ONIC) par la loi du 17 novembre 1940.

Pour lutter contre les excédents une partie du blé est « dénaturée ». ce blé est alors utilisé pour l’alimentation des animaux.

Les politiques interventionnistes se traduisent toujours par des taxes à payer, des limitations dans les productions. Il en résulte des contrôles pour en vérifier la bonne application. Le fait d’exercer à la fois sur le même lieu les métiers de minotier et de boulanger incitait l’administration a effectuer de fréquents contrôles. Combien de fois étant enfants avons-nous vu « débarquer » des contrôleurs arrivants avec deux voitures, l’une par la route, l’autre par le chemin du moulin, entrant dans toutes les pièces de notre maison pour vérifier qu’il n’y ait pas de sacs de farine entreposés…C’était presque caricatural !

Pendant les années 1950 le moulin continue à produire de la farine pour les besoins locaux mais aussi pour des expéditions dans toute la France. On expédie également du blé, comme on le constate sur le récépissé d’une expédition de 250 sacs de blé à la Coopérative agricole de Puiseaux dans le Loiret le 19 décembre 1958.

Le début des années 1960 sont celles d’une vie intense. Nous sommes 7 enfants et avec nos parents nous sommes toujours 9 à table. Souvent un des boulangers est nourri et logé. Il y a de quoi nourrir tout ce monde, non seulement avec le pain mais dans la cour du moulin courent des poules, des canards, des dindes. Le pigeonnier compte plusieurs couples de pigeons, la vache nous garantit le lait et le jardin les légumes.  

Au début des années 1960, mon plus jeune frère dans la cour du moulin.

Après la mort de ma grand-mère en décembre 1958 Arthur a été moins présent et en aout 1959 il est parti habiter à Nexon chez Marie BITAUD qu’il a épousée. Léon ADAM assure seul la marche du moulin dont l’activité s’est réduite du fait de la concurrence des grands moulins de Paris, de Pantin, de Corbeil…Il n’y a plus d’expéditions par wagon entiers loin du Limousin. Les seuls clients sont les boulangers, les pâtissiers et quelques charcutiers dont plusieurs de Limoges. Le principal acheteur, la boulangerie du Courdein ayant cessé son activité le moulin tourne au ralenti.

Une très forte baisse d’activité à partir du 2ème semestre 1972.

On est loin des 10 579 quintaux autorisés. Il faut arrêter la production et vendre le contingent. Mais le nombre des acheteurs se réduit car le nombre de minotiers diminue.

Cette baisse s’inscrit dans un vaste mouvement séculaire. Au début du XIXe siècle la France a compté près de 100 000 moulins, mais avec la diffusion de la machine à vapeur, les petits moulins vont rapidement disparaitre si bien qu’au début du XXe siècle on ne compte plus que 30 000 minoteries. La chute va s’accélérer et le nombre de moulins tombe à 1 200 en 1985 et à moins de 300 en 2019.

Finalement le contingent est vendu à la coopérative du moulin de Batardeau à Auxerre et l’activité de minoterie cesse au 1er janvier 1974.

6- Le Courdein après la fermeture du moulin et de la boulangerie (1974 – 2019)

La vie continue aussi active. Les enfants ont grandis, ils sont devenus parents et souvent le dimanche la salle à manger retrouve les grandes tablées des années 1960.

Peu à peu le lierre envahi les murs, la toiture prend l’eau… Mon père démonte toutes les machines du moulin et les fours de la boulangerie.

Mais il y moins de mouvements, la nature s’impose, l’herbe pousse dans la cour, le lierre grimpe après les murs, mon père démonte les machines dans le moulin et les fours dans la boulangerie.

Le 31 janvier 1997 mon père est victime d’un AVC qui le laisse hémiplégique. Pendant presque 10 ans il consacrera son énergie à garder le maximum d’autonomie. Il décède le 18 septembre 2007. Ma mère vivra seule dans ce domaine qui a connu une intense activité. Elle ne voulait pas entendre parler de maison de retraite, elle était heureuse au Courdein avec ses chats, sa petite chienne, l’âne Bambou et les ponettes et surtout ses fleurs.

La vieille maison et les fleurs qu’entretenait maman.

Elle a vécu 70 ans au Courdein et elle est partie le 6 septembre 2015.

Nous avons gardé la propriété, nous avons pris soin de notre âne Bambou et du poney Pompon mais il a fallu nous rendre à l’évidence, nous ne pouvions pas laisser sans vie cette propriété. Nous avons décidé de vendre.

Le 6 juillet 2019 nous avons vendu la propriété du Courdein.

7 – Le 6 juillet 2019 une nouvelle vie commence au Courdein…

Constatant le mauvais état du bâtiment qui abritait le moulin les nouveaux propriétaires ont décidé de le faire écraser. J’ai pu assister à ce travail impressionnant par la facilité avec laquelle la puissante pelle mécanique arrachait les pans de murs, créant un trou béant qui laissait apparaître ce qui avait été les entrailles du moulin. A chaque mouvement les vieilles pierres mêlées aux poutres centenaires s’effondraient. Et à la fin, comme par pudeur, c’est caché par un immense nuage de poussière que les derniers pans ont été arasés.

Je n’ai pas éprouvé de tristesse à voir disparaître ce témoin de ma jeunesse. Les souvenirs sont gravés dans ma mémoire, l’odeur de la farine fraîchement moulue, le bruit des cylindres et surtout celui du planchistère, les 80 kilos des sacs de blé qui semblaient légers à nos épaules de 18 ans, un peu moins les 100 kg des sacs de farine, que Léon s’amusait à faire « bon poids » quand nous les prenions sur le dos pour aller du moulin à la boulangerie, le pain chaud qui sort du four…

Autrefois, il y avait un moulin ….

Une fois partis tous les murs l’espace semble réduit. Il est difficile d’imaginer qu’un imposant moulin s’élevait à cet endroit. Seule la mémoire en garde le souvenir et ce blog est le moyen de la faire vivre.

Une nouvelle vie va se développer au Courdein et nous souhaitons aux nouveaux propriétaires d’y trouver le même bonheur que celui que nous avons connu.

L’équipe de rugby de Nexon. Novembre 1921

Quelqu’un peut-il me donner des précisions sur cette photo que m’a aimablement prêtée Madame VALLADE, maire de Saint-Hilaire les Places? Il n’y rien d’écrit au verso, je suppose que 11/21 signifie Novembre 1921 mais ce n’est qu’une hypothèse.

N° 22 : Le bâtiment fait l’angle de la Rue Gambetta avec l’impasse Gay-Lussac.

N°22 Rue Gambetta

Le magasin qui donne sur la rue, bordé par une galerie en bois, a été occupé par l’épicerie LAGORCE. Puis ce fut le bureau de tabac tenu par M. Robespierre CADIN qui était chef de la Clique nexonnaise. Après le départ à la retraite de M. CADIN à la fin de l’année 1984, il y eu des occupations épisodiques et maintenant le magasin n’est plus utilisé.

L’épicerie Lagorce, Pâques 1964
La rue Gambetta vers le bourg en 1943

N° 24 : l’immeuble a été construit après la première guerre mondiale ; Sur les cartes postales anciennes il y a un grand jardin entre la maison à l’angle de la rue Gay Lussac et celle à l’angle de la rue Lafontaine

Il n’y a pas de construction entre les numéros 26 et 22 actuels mais un mur avec un jardin en contre-bas.

M. DUFROIS, sabotier fait construire une grande maison en deux parties semblables. A droite c’est son magasin et son habitation. Son gendre M. CHENAVIER y habite également avec sa fille Andrée, une camarade de Madame le docteur FORGERON lorsqu’elle était jeune fille et habitait chez ses parents, M. et Mme VIGNERON.

L’imposant immeuble du n° 24 avec ses deux magasins en 1984

La partie gauche était louée d’abord à M. LAMARCHE qui tenait une épicerie primeur puis à M. LAGORCE qui y transporta son épicerie. La caisse d’épargne y ouvrit son agence avant de la transférer au 2 place de la République.

Puis les deux magasins ont été réunis et une construction a été ajoutée sur la droite. Il y a un bar-tabac-journaux, L’EDEN, tenu par M. Jean-Yves FAYEMENDI jusqu’en mai 2005. Messieurs Rémy et Richard DIDIER lui ont succédé puis M. Richard DIDIER seul.

L’Eden au numéro 24. On remarque les modifications de la façade
Un agrandissement a permis de réaliser un vaste espace commercial Bar, Presse, Tabac…

A la fin de l’année 2018, L’EDEN a été repris par M.et Mme MASSY, propriétaires du restaurant situé 17 avenue Charles de Gaulle.

Un jardin en contre bas sépare l’Eden de l’immeuble du n°26.

N° 26 : le bel immeuble construit à la fin du 19ème siècle abritait la Poste jusqu’à la construction de la nouvelle poste, place de la République, autre fois le champ de foire.

Deux cartes postales, l’une éditée en 1908 par l’Hirondelle, plus haut dans le texte, montre tout le personnel devant la porte, les facteurs en uniforme et une femme portant un barbichet. La seconde, sans nom d’éditeur, date de la même époque mais avec un plan plus large elle permet d’apprécier à la fois les dimensions de l’immeuble et la perspective vers le centre du bourg.

A l’exception du personnel, absent sur cette carte postale, les deux clichés sont identiques et datent de 1907

Après le déménagement de la poste c’est la librairie -journaux de madame GRAMAGNAT qui s’y est installée. Puis ce fut Madame SENAMAUD et maintenant il n’y a plus de commerce.

Le 26 de la rue Gambetta en 1942
Les traces de la vitrine sont encore visibles à gauche de la porte

M. Louis Félix BERTRAND est né le 18 mai 1824 à Saint-Ciers-sur-Bonnieure en Charente de parents cultivateurs.  Marchand de chaussures à Périgueux il épouse 11 janvier 1854 à Mansle (Charente) Marguerite « Elise » PIRET. L’année suivante il ouvre à Limoges un magasin de chaussures à Limoges, place Saint-Martial, à l’angle de la rue Pont-Hérisson, la rue du Clocher n’était pas encore percée. Il le nomme « A la Grâce de Dieu ».

On remarque sur cette carte postale que la rue Jean Jaurès n’est encore réalisée. La photo est prise de la Place saint Martial, future rue Jean Jaurès à la fin de la guerre en 1919.

L’idée d’utiliser des chromos pour faire de la publicité est venue d’Aristide Boucicaut, propriétaire des grands magasins parisiens, « Au Bon Marché ». En 1850, tous les jeudis, il donnait personnellement aux enfants venus avec leur mère, une image. Ainsi ils étaient incités à revenir au magasin le jeudi suivant pour avoir une autre image.

Il va rapidement être imité et dans toutes les grandes villes des commerçants se mirent à distribuer des images au verso desquelles se trouvait leur publicité. M. BERTRAND a utilisé cette méthode pour faire connaitre ses produits et leur prix.

Chromo « Berlin – Le palais Royal » avec au verso quelques tarifs des articles du magasin « A LA GRACE DE DIEU » F. BERTRAND toujours situé Place St Martial à Limoges

Avant d’utiliser la Presse, lue par petit nombre des clients des magasins qui cherchent à avoir une large clientèle, les commerçants vont avoir recours à d’autres supports. En particulier des pièces de monnaies « privées », les jetons de nécessité, crées pendant les périodes de crise et les jetons de transport.

Une trentaine de compagnies de tramways électriques ont émis des jetons de transport : Paris, Lyon, Marseille, Strasbourg … et Limoges. La ville de Limoges a confié la concession des transports par tramway à MM. Grammont et Faye le 13 février 1897. Ils créèrent la Compagnie des Tramways Electriques de Limoges (T.E.L.). L’exploitation débuta avec cinq lignes de 12 km au total, avec une trentaine de motrices Grammont.

La compagnie a émis des jetons de transport d’une valeur de 10 centimes.  L’originalité est que sur l’autre face il y avait de la publicité, à l’époque on disait « réclame ». Pour les pièces en aluminium c’était soit l’Atelier de construction Grammont, soit la pharmacie Brunot et pour la pièce en laiton, les chaussures Bertrand.

De son mariage Louis Félix Bertrand aura cinq enfants trois garçons et deux filles. Les garçons vont tous embrasser des carrières qui les éloigneront du commerce de chaussures.

L’ainé, Pierre BERTRAND (1855 – 1902), sera magistrat et après avoir commencé sa carrière comme substitut à Tulle il la terminera comme Avocat général près la Cour d’Appel de Douai. Ulric « Joseph » Pierre BERTRAND (1870 – 1926), ingénieur des Arts et manufactures, créera une entreprise de papiers peints à Paris. Louis Marie Henri BERTRAND (1878 – 1915), Saint Cyrien est morts pour la France le 15 octobre 1915. Il était capitaine. Les trois fils ont été décorés de la Légion d’Honneur.

Angèle Marie BERTRAND, née à Périgueux le 7 avril 1860 épouse un négociant, Jean Paul ROBIN et ils s’installent à Agen. Marie Berthe BERTRAND (Elisabeth Bertrand), née le 25 septembre 1864 épouse le 31 mars 1883 à Limoges, « Antoine » Félix Frédéric GIZARDIN, né à Nexon.

Les GIZARDIN sont une vieille famille nexonnaise. Mathurin GIZARDIN (1692 – 1762) était notaire comme son fils Nicolas. Ce dernier a eu six enfants, certains sont restés à Nexon comme Gabriel (1789- 1866) cafetier place de l’église ; d’autres comme Léonard, né en 1771, s’installa à Vialotte sur la commune de Saint Hilaire les Places où il fut adjoint au maire.

La maison des GIZARDIN à Saint Hilaire les Places

Antoine est né le 5 septembre 1849 au bourg de Nexon ou son père possède une auberge.

Lorsqu’Antoine épouse Berthe BERTRAND son père est décédé et c’est sa mère qui fait part du mariage de son fils.

Celui-ci a lieu à Limoges où il est célébré par Marcelin BECHADE, adjoint au maire de Limoges.

Les témoins pour le marié sont Albert THOMAS docteur en médecine âgé de 26 ans demeurant à Nexon et Ferdinand GIZARDIN, propriétaire âgé de 40 ans demeurant aussi à Nexon. Pour la mariée son frère Pierre, substitut du procureur à Tours, âgé de 28 ans et Gustave GENEIX, agent d’assurance, âgé de 30 ans et demeurant à Limoges.

L’acte de mariage précise qu’Antoine est « sans profession » ce qui est étonnant pour un garçon de 34 ans. Son épouse à 15 ans de moins que lui et elle aussi est « sans profession ».

Antoine ne va pas rester longtemps sans avoir un métier. Il ouvre un magasin de chaussure place Saint Michel et il cherche à louer l’hôtel que possède ses parents à Nexon.

Le Courrier du Centre des 18 avril et 2 mai 1886

Le magasin qu’il ouvre va prendre comme nom « A Saint Michel ». On voit ici la ressemblance qu’il y a avec le magasin de ses beaux parents : « A la Grâce de Dieu ». Il va faire de la publicité dans la presse, en particulier dans Le Courrier du Centre, adaptant son message à la période de l’année : Noel, Chasse…

Lors de la Foire de la saint Loup, est une foire créée en l’honneur de Loup, évêque de Limoges, qui existe depuis le XIV e siècle. Elle est devenue progressivement la plus importante foire de Limoges et du Limousin. Généralement organisée le 22 mai, elle a lieu maintenant le dernier weekend de mai. L’activité des commerces est fortemnt liée au temps qu’il fait au moment de la foire.

On constate que même lorsque le temps n’est pas clément, le magasin de chaussure d’Antoine GIZARDIN réalise de bonnes affaires. c’est ce qui se passe en 1898. Le journaliste du Courrier du Centre qui fait le reportage constate que malgré le mauvais temps M. GIZARDIN est l’un des rares commerçnts à avoir fait de meilleures affaires qu’en 1897.

Le Courrier du Centre 25 mai 1898

Moins d’un an après le mariage d’Antoine et Berthe, le 10 janvier 1884 naît une petite fille que les parents appellent Agnès. Elle sera le seul enfant du couple GIZARDIN. On peut supposer qu’elle a eu l’éducation classique des jeunes filles de la bourgeoisie limousine. S’il fallait une preuve on la trouverait dans la cérémonie religieuse de son mariage avec Pierre Paul LATHELIZE, fabricant de chaussures. La cérémonie civile a lieu à la mairie de Limoges le 19 juillet 1904.

On peut remarquer la belle signature de Pierre Paul ce qui permet d’imaginer qu’il avait le même sens de l’esthétique pour dessiner ses modèles de chaussures.

La cérémonie religieuse à lieu le lendemain en l’église Saint Michel. Les deux familles faisaient partie de la bourgeoisie commerçante de Limoges et Le Courrier du Centre ainsi que le magazine Limoges illustré en rendent compte signalant les prestations de la chanteuse Louise RUBEN, du violoniste Léon FURELAUD, de l’organiste PERMANN ….

Le Courrier du Centre 21 juillet 1904
Limoges illustré 1er aout 1904

De ce mariage naitront trois enfants : Maurice LATHELIZE (1905-1981), André LATHELIZE (1908 – x) et Joseph LATHELIZE (1913-1987).

Assez rapidement Paul LATHELIZE va prendre les rênes du magasin. Le nom de BERTRAND disparait et celui de LATHELIZE lui est progressivement substitué.

Paul développe l’affaire en recourant à la publicité. Avant 1914 on pouvait lire sur un dépliant « Chaussures pour hommes cousues mains à 14,95 F pour le modèle Derby en veau suiffé ou 22 F pour le modèle Alpin en veau blanc double semelle ou à 15,95 F les bottines en chevreau glacé ». Le magasin se définissait comme « maison de premier ordre, la plus ancienne de la région ».

En 1911 les deux noms, BERTRAND et LATHELIZE figurent sur les documents. Paul LATHELIZE précise qu’il est le petit-fils du fondateur.

Après la guerre seul le nom de LATHELIZE apparaît.

Publicité pour la saison 1934

En 1943 le style des chaussures a changé. le magasin met en avant une création des chaussures HEYRAUD.

Magazine « Notre Province 1943 »

dans les années 1960 les devantures des magasins vont changer de style. La rue du clocher est une des plus commerçante de Limoges et l’enseigne « A la grâce de Dieu » est toujours la même. Elle n’a pas changé depuis plus de 100 ans.

Aujourd’hui le magasin « ELLES » a laissé la place à un fast-food mais en face c’est toujours un commerce de chaussure et si l’enseigne a changé la façade au premier étage conserve le nom d’origine …

En venant de Limoges par l’Aiguille on entre dans Nexon par la rue André FURELAUD. C’est sans doute un des rares nexonnais, mais à coup sûr un des plus jeune, à avoir une rue à son nom. Les informations fournies sous la plaque nous renseignent peu sur la vie de ce jeune garçon mort dans un accident d’avion en 1946.  Je suis allé voir sa cousine par alliance, Raymonde FURELAUD, qui ne l’a pas connu, son cousin Jean BARRET son cadet de deux ans qui a passé toute sa jeunesse avec lui. Nous avons beaucoup parlé, ils m’ont prêté des photos… Je les remercie vivement pour la confiance qu’ils m’ont accordé et c’est avec plaisir que je fais revivre la mémoire d’André, passionné d’aviation dès son plus jeune âge et emporté à l’amour des siens dans le crash de l’avion dans lequel il était radio après avoir survécu à l’horreur du camp de concentration de Buchenwald.

Plaque de la Rue André Furelaud à l’entrée de Nexon.

André FURELAUD est né le 18 avril 1922 au village d’Abjat sur la commune de Janailhac.  Ses parents sont fermiers. Ils vont y rester quelques années avant de partir dans leur ferme aux Réserves sur la commune de Nexon. A quelques centaines de mètres à vol d’oiseau, dans une ferme au village du Boucheron naitra en 1925 Jean BARRET dont la mère est la sœur de la maman d’André. Les deux jeunes André et Jean passeront de longs moments ensemble pendant toute leur jeunesse.

André est un beau garçon aux cheveux légèrement bouclés comme on peut le voir sur la photo de ses quatre ans.

André Furelaud à 4 ans.

Il va à l’école libre de Nexon où il se distingue aux cours de catéchisme que donne le curé Paul LATZARUS. Il obtient toujours la note « très bien ».

A peine arrivé à Nexon comme curé-doyen, Paul LATZARUS édite un Bulletin Paroissial. Il a du caractère et demande à ses paroissiens d’en avoir.

Pour lui, le catéchisme revêt une grande importance. Il publie les noms de ceux qui suivent les cours, distribue les bons et mauvais points, rayant du tableau d’Honneur ceux qui manquent la messe le dimanche sans raison.

Le Tableau d’Honneur publié en février 1933

Parmi ses camarades à l’école il a Gabriel « Gaby » Valette. Ils seront également ensemble pour faire de l’aéromodélisme, ils se retrouveront dans la résistance et il sera amoureux de de sa sœur Josette Valette, malheureusement il trouvera la mort quinze jours avant les fiançailles.

Contrairement à la plupart des enfants nés dans une ferme André ne s’intéresse pas aux animaux ni aux travaux des champs. Ce qui le passionne ce sont les avions.  Pourtant il n’en voit pas passer dans le ciel de Janailhac. Pour en voir il faut assister à un meeting à Limoges ou parfois dans une commune voisine. Les premiers avions à se poser le firent dès 1926 sur le terrain de manœuvre du Mas de l’Age sur la commune de Couzeix puis ensuite, à partir de 1933 à l’aérodrome de Feytiat.

Mais avant d’aller voir des avions à Limoges il en a vu à la grande fête aérienne de Nexon les 14 et 15 octobre 1933 sur le terrain de La Seyne à Nexon. Il a 11 ans et son cousin Jean 9. Ils ne ratent rien des démonstrations en vol, ils touchent les avions, parlent avec les pilotes.

Le Populaire 8 octobre 1933

1- André FURELAUD, un champion national en aéromodélisme.

Sa passion s’affermi encore. Il fabrique des avions, au départ des planeurs. Pour se procurer des planches avec son cousin Jean ils vont jusqu’à voler des planches de sapin sur un chantier de scieur de long près de chez lui. Plus tard ses parents lui achèteront des planches de balsa, un bois très léger d’Amérique du sud utilisé pour réaliser les maquettes.

Il va faire voler ses planeurs dans les près autours de la ferme du Mas.  Il va participer à des concours ou il va briller. Puis il va mettre d’abord un moteur à élastique puis un moteur à essence.

André Furelaud sur un près proche de la ferme de ses parents

Dès l’âge de 16 ans il participe à des concours de modèles réduits et figure parmi les meilleurs aéromodélistes du Limousin. Il aligne dans les concours aussi bien des planeurs que des avions. Les planeurs sont lancés au moyen d’un élastique et évoluent plus ou moins longtemps autours du terrain.

André Furelaud avec son planeur au milieu des spectateurs

Fin mai 1938 il se classe deuxième sur dix-sept concurrents au premier concours organisé par l’Aéro-Club du Limousin à l’Aéroport de Limoges-Feytiat.

Le Populaire 27 mai 1938

En 1939 le premier concours est organisé le dimanche 26 mars et pour la première fois la manifestation est radiodiffusée. Les prix offerts sont attractifs : 100 francs en espèces pour le 1er, 75 francs en espèces pour le 2ème, 50 francs en espèces, pour le 3ème, pour le 4ème, un baptême de l’air et un bon d’achat de 10 francs offert par M. Dubois, dépositaire de matériel de modèle réduit, au 5ème et 6ème prix, un baptême de l’air…

Ce jour-là, le jeune FURELAUD avec 4 autres camarades, reçoit le brevet d’aéromodéliste de l’Aéro-Club de France. Edmond CHARLES-LAVAUZELLE, président de l’Aéro-Club du Limousin en souligne l’importance puisqu’à ce jour, seuls 45 brevets ont été délivrés. A côté d’André FURELAUD on peut noter la présence de deux autres nexonnais, Jean CROUZILLAC et Gaby VALETTE.

Le Populaire vendredi 31 mars 1939

Le succès de l’aéromodélisme est tel qu’un deuxième concours est organisé le 30 avril 1939. Le jeune FURELAUD obtient le 6ème prix pour les planeurs avec un vol de 1 heure et 13 minutes. Il se classe 4ème pour les vols d’avions et le journaliste précise, qu’après la fin du concours, il a réussi un vol de plus de deux heures ce qui constitue le record du Limousin.

Le Populaire Mardi 2 mai 1939

Pendant l’été 1939, les jeunes aéromodélistes du Limousin disputent plusieurs concours organisés à Bergerac, Châteauroux, Saint Etienne…

A Bergerac, André prépare son avion à moteur
Les Ailes 3 aout 1939

Au 5e concours international organisé à la Banne d’Ordanche dans le Puy de Dôme en aout 1939 il est classé 1er de la catégorie avion.

Aéro Club de France, Bulletin officiel Novembre 1939
Le Populaire 10 aout 1939

En décembre 1939, devant l’affluence inattendue des jeunes gens désirant suivre les cours d’élèves mécaniciens, radioélectriciens et de constructions de modèles réduits, l’Aéro-Club a décidé de ne pouvant s’occuper des trois spécialités à la fois et d’ouvrir ces sections d’enseignement les unes après les autres. (Le Populaire samedi 2 décembre 1939)

Pendant l’année 1940 il n’y a pas de concours de modèles réduits mais en 1941 le gouvernement de Vichy relance cette activité et le commissariat général à l’Education générale et aux Sports décide d’organiser un grand concours national tandis que l’Aéro-club du Limousin prépare un concours régional.

Le Populaire samedi 29 mars 1941

Associé à PASALY, FURELAUD gagne le premier prix des planeurs lors du concours organisé le dimanche 5 octobre 1941.

Le Populaire 6 octobre 1941
Notre Province Juillet-Août 1942

Après le décès accidentel d’André FURELAUD, l’Aéro-club du Limousin n’oublie pas celui qui a porté haut les couleurs de l’aéromodélisme et en sa mémoire organise une Coupe qui porte son nom. Elle se disputera le dimanche 12 octobre 1947 et connaîtra un grand succès.

Le Populaire 15 octobre 1947

2 – L’école des mécaniciens de Rochefort pour devenir radio naviguant.

Le 9 juillet 1932, M. Albert LEBRUN, Président de la République, signe le décret portant création de « l’École des Apprentis Mécaniciens de l’Armée de l’Air de Rochefort ». Ouverte en 1933 l’école recrute sur concours des apprentis à former sur trois ans dont un an de spécialisation parmi mécanicien avion, électricien, mécanicien d’armement, photographe, radio… C’est cette dernière que choisira André.

Avec ses camarades à Rochefort
(2e rang, 2e en partant de la droite)
André Furelaud en uniforme de son école
Sur le Cap Blanc avec deux camarades le 20 novembre 1941

3- La résistance

Faisant partie de la classe 1942, André FURELAUD est appelé pour partir en Allemagne. En effet la majeure partie des jeunes hommes est mobilisée sur le front de l’Est du fait de la rupture du Pacte germano-soviétique avec l’invasion de l’Union soviétique par les troupes d’Hitler, le 22 juin 1941. Pour pallier ce manque l’Allemagne fait appel à des volontaires mais devant le faible succès de ce mécanisme elle met en place, le 22 aout 1942, un recrutement forcé, le Service du Travail Obligatoire ».

Comme de nombreux jeunes de son âge, André FURELAUD refuse de partir. Il se cache à Saint Hilaire Bonneval et petit à petit il s’engage dans le maquis. Dans un document écrit par sa maman celle-ci précise qu’il « a été engagé dans la résistance le 11 juillet 1943 à Lille par Monsieur Bugeac comme opérateur radio dans les transmissions avec Londres sous le pseudonyme de Arménien ». On peut s’étonner de cet engagement à Lille ? On voit mal par quel réseau il serait parti à Lille alors que dans la région sa compétence en radio lui ouvrait toutes les portes des différents maquis.

Quoi qu’il en soit André « Arménien » est opérateurs radio clandestins des réseaux ACTION de la France Combattante. Les postes radio étant facilement repérés par les soldats allemands il change de place tous les jours afin de ne pas émettre plusieurs fois de suite du même endroit.

Dans leur ouvrage sur la Résistance en Auvergne, Gilles LEVY et Francis CORDET décrivent l’arrestation d’André FURELAUD :

« De passage à Clermont-Ferrand, le 1er décembre, l’opérateur radio André Furelaud (Arménien) se rend à la station de départ de l’autobus pour Montluçon ou il doit rencontrer un agent de liaison. Le brigadier de police Robert l’arrête pour vérification d’identité. Profitant du mouvement de curiosité provoqué par l’ouverture de sa valise, André Furelaud réussit à s’enfuir et se rend rapidement chez Mme Gisele Borot ou il change de costume et décide de rejoindre Royat. La, le même brigadier l’arrête et le conduit au commissariat ou deux inspecteurs l’interrogent puis le remettent aux autorités allemandes.

L’arrestation et la saisie des plans et quartz des réseaux « Variétés », « Noir » et « Violet » et de deux postes émetteurs ne sont connues à Londres que le 14 décembre par un message d’Albert Meckies précisant qu’André Furelaud a été suivi alors qu’il se rendait chez Gisèle Borot ou se trouvaient plans et postes. Cette dernière, arrêtée à Bordeaux, sera matraquée 21 coups de nerf de bœuf et cravachée. Elle ne dira que le minimum pour s’en sortir. A peine libérée, Gisèle se rend auprès de ses chefs qu’elle met au courant de la situation. Découvrant la supercherie, les Allemands la recherchent de nouveau. Apres avoir mis sa fille à l’abri, Mme Borot prend le maquis. » ( Gilles Lévy et Francis Cordet A nous, Auvergne, Presses de la Cité, 1981)

Le récit de sa mère diffère sur les dates. Elle écrit « il a été arrêté le 8-11-43 à Clermont Ferrand par la police Française puis remis à la police allemande à la caserne du 92 renvoyé à la prison de Fresnes en février 1944 puis au camp de Compiègne en juin. »

Les archives nationales disposent du dossier de son arrestation à Clermont Ferrand « Information ouverte au parquet de Clermont-Ferrand contre André Furelaud, opérateur radio originaire de Haute-Vienne trouvé détenteur de matériel et de faux papiers, puis sur leur demande, remise de l’inculpé aux autorités allemandes. 13 décembre 1943-9 janvier 1944 » (2 BL 4893). Les dates sont plus conformes au récit de sa mère. Appareil radioélectrique émetteur-récepteur clandestin saisi à Clermont-Ferrand, en décembre 1943

4 – La Déportation (17 aout 1944 – 8 mai 1945)

Le matin du 17 aout 1944 a lieu le départ du dernier convoi pour Buchenwald.

Mémorial à la gare de Compiègne

 Les détenus ont quitté le camp de Compiègne en camion, munis d’une boule de pain et d’un colis de la Croix-Rouge pour deux. Le convoi traverse la ville de Compiègne et prend la direction de la forêt de Rethondes, près du passage à niveau de Vieux-Moulin, où un train de wagons de marchandises les attend. Le regroupement de l’ensemble des déportés se termine en début d’après-midi. Mais le transport ne part que le lendemain matin. Il effectue un premier arrêt à Soissons. En effet, le consul général de Suède à Paris, Raoul NORDLING, assisté du représentant de la Croix-Rouge, vient de signer un accord avec le commandement militaire allemand en France occupée. Celui-ci stipule que tous les détenus politiques des prisons et hôpitaux de Paris, ainsi que des camps de Compiègne, de Drancy et de Romainville passent sous sa responsabilité. La veille au soir déjà, il avait tenté d’empêcher le départ du transport. Cela se répète en gare de Soissons où les services policiers du Reich, la Sipo-SD, qui ont organisé cette déportation refusent d’appliquer les termes de l’accord et décident de poursuivre l’évacuation de ces détenus vers l’Allemagne. A Reims, une nouvelle tentative de la Croix-Rouge échoue, ses représentants n’arrivant même pas à distribuer de la nourriture aux déportés. Le transport quitte Reims dans la soirée. Dans la nuit, il effectue de nombreux arrêts en raison de tentatives d’évasion. Certains déportés sont alors abattus ; alors que d’autres sont poussés dans des wagons déjà occupés et surchargés. Le train franchit la frontière après Toul et opère un arrêt à Sarrebruck, un des derniers avant Weimar. Le convoi arrive au KL Buchenwald le 21 août 1944.André FURELAUD a le matricule 81304 au KL Buchenwald.

La section de Nexon du Mouvement de libération nationale donne la dernière adresse connue d’André Furelaud pour que des colis lui soient envoyés.

Les déportés de ce transport sont utilisés pour l’effort de guerre allemand, comme beaucoup de leurs camarades arrivés au KL Buchenwald depuis 1943.

Le 13 septembre 1944, à peine un mois après leur arrivée à Buchenwald, 458 Français dont André FURELAUD et 35 étrangers réfugiés en France, sont transféré au Kommando de NEU STASSFURT qui commence son activité. Il convient d’ajouter à cet effectif : 7 Kapos, 5 Allemands et 2 Polonais, détenus à Buchenwald depuis plusieurs années. Les déportés étaient de toutes origines sociales ou géographiques. 50% d’entre eux avaient moins de 25 ans. Ce Kommando se trouve à 8 km de Stassfurt et a environ 35 km au sud de Magdeburg. La mission est de transformer en usine une mine de sel située à 460 m sous terre.

Stassfurt : au premier plan « le block cuisine », au second plan les latrines avec un seul point d’eau et en arrière-plan, le puits VI où les Déportés descendaient pour travailler toute la journée ou des nuits entières.
Bloc de six lits en bois, disposés sur trois niveaux. Comme matelas de simples paillasses
dont l’enveloppe était en papier

Les déportés travaillaient en deux équipes, l’une de jour de 5 heures-17 heures et l’autre de nuit de 17 heures-5 heures.  Chaque semaine ceux de jour passaient de nuit et inversement. Pour ceux de jour le réveil était à 4 heures. La toilette était vite faite car l’eau était rare dans un premier temps, et inexistante par la suite en raison du gel. Tout le monde couchait tout habillé et personne ne se changeait !

Le matin soit en partant pour ceux de jour, ou en rentrant pour ceux de nuit, chacun avait une louche d’orge, de malt et de gland avec un bout de pain et de la margarine.  A la mine on distribuait à chacun un demi-litre de soupe de légumes, sans jamais de viande. Quand il y avait des pommes de terre, 5 ou 6…et pas très grosses, les déportés les mangeaient avec la peau. Ce jour-là, le demi-litre de soupe se transformait en quart de litre.

Avec un tel régime tout le monde avait faim mais il ne fallait pas réclamer du rab sinon c’était une punition par des coups. C’est ce qu’il fallait éviter à tout prix car l’accumulation de coups a bien souvent entraîné la mort.

Dans la mine il s’agissait d’installer une usine souterraine, et pour cela il fallait commencer par dégager les galeries afin de faciliter la circulation. La phase suivante consistait à bétonner de grandes salles destinées à recevoir des machines-outils. Plusieurs grandes firmes participaient aux travaux : Siemens était responsable de tout ce qui était électrique, Kalag s’occupait des machines, Preussag acheminait au fond le sable extrait par des déportés en surface et ce par tous les temps pour faire le béton etc… Ces firmes achetaient les déportés aux SS. Elles trouvaient leur main d’œuvre dans le camp de concentration. C’était un véritable marché d’esclaves, marché qui était inépuisable.

Pour fabriquer le béton il fallait prendre sur le dos un sac de ciment de 50 kg, seul, et le verser dans la bétonnière pendant que d’autres déportés la remplissaient de sable. Une fois le mélange à point il était déversé dans une sorte de benne avec des bras tel un pousse-pousse qu’il fallait tirer à deux sur des planches, jusqu’au point de bétonnage. Si les roues sortaient des planches elles s’enfonçaient dans le sel concassé et c’était la punition : les coups pleuvaient. Ce travail était épuisant et beaucoup y ont laissé la peau.

En surface le travail était aussi pénible puisqu’il consistait à creuser des tranchées de 2 mètres 50 de profondeur pour faire passer les canalisations. Si l’air n’était pas vicié comme au fond de la mine le froid était glacial et la capote militaire trouée dont chacun avait été doté n’était que d’une faible protection.

Ces conditions de vie sont rudes et les coups fréquents ont fait que 98 détenus décédèrent au camp. Ceux qui ont survécu expliquent que l’homme peut aller très loin dans l’épreuve avec la volonté et le moral, surtout le moral. Ceux qui ne l’avaient pas mouraient les premiers. Certes les constitutions des individus ne sont pas identiques, mais à choses égales, le moral prime toujours.

Le 11 avril 1945 les armées alliées approchent du camp. Tous les détenus sont mis sur la route encadrés par des SS. Ce fut une marche de la mort, la TODESMARCH . 138 d’entre eux décèdent et 38 ont disparus, probablement morts assassinés. Lors de cette marche beaucoup sont pieds nus car ils ont jeté leurs galoches et leur couverture pour s’alléger. Le 16 avril suppression des remorques : les malades qui ne peuvent suivre sont assassinés. Le 18 avril 20 détenus (Polonais, Russes et Français) qui avaient tenté de se cacher dans une grange sont repris et fusillés. Le dimanche 22 avril la neige fait son apparition et va tomber pendant 4 jours. La colonne fait une halte dans une ferme à Dittersbach du 26 avril au 7 mai. Ceux qui, à bout de forces ne peuvent repartir sont enterrés vivants devant l’entrée de la grange. Cette marche de plus de 360 kilomètres s’achève le mardi 8 mai en début d’après-midi entre Ansprung et Annaberg, près de la frontière tchèque où les 62 survivants du kommando de Neu-stassfurt dont André FURELAUD fait partie, sont libérés par les troupes Russes. Ils sont hébergés chez l’habitant et bien traités avant leur évacuation vers la France.

Carte de la TODESMARCH, 11 avril – 8 mai 1945.

Le convoi parti de Compiègne était composé de 1 249 Hommes. 653 sont rentrés de déportation (52,3%), 519 sont morts ou disparus (41,5%), 2 sont morts pendant le transport et un s’est évadé. 74 situations ne sont pas connues.

Outre le témoignage de la famille d’André FURELAUD, on trouve la description de la vie à Buchenwald et dans le Kommando NEU STASSFURT sur le site : https://sites.google.com/site/kommandodeneustassfurt/home/2-notre-histoire-1

On lira également avec intérêt « Le dernier convoi de déportés : Compiègne-Buchenwald (17 août-21 août 1944), CRDP de l’académie d’Amiens, CDDP de l’Oise. »

Le récit de la déportation de son fils par sa maman.

Sa maman a adhéré à l’association française Buchenwald-Dora et les camarades d’André lui ont manifesté sans discontinuer leur soutien ; Chaque année elle recevait les vœux de camarades déportés avec André en particulier Marcel Quille.

5 – Le retour à la maison le 10 juin 1945

Toute la famille est réunie ce 10 juin 1945 dans la ferme des Réserves pour accueillir André parti depuis juillet 1943, presque deux ans.  Pour sa maman c’est le plus beau jour de sa vie.

Des photos sont prises, elles figureront en bonne place dans la chambre de sa maman.

De gauche à droite Roger Furelaud, le grand père Pierre Berland, son père Marcelin, André, sa mère, Marguerite Berland sa grand mère.
De gauche à droite Roger, Marguerite, Marie, André, Marcelin, Pierre.

6- Le retour à la vie professionnelle et l’accident.

André FURELAUD est embauché à Air France ou il est radio naviguant. Il effectue les vols de l’Aéropostale et c’est sur l’un d’eux que le 22 juillet 1946, sur le vol Nice Paris que l’accident à lieu. Au moment d’atterrir il n’y a pas de piste libre, l’avion doit faire un tour mais il semble qu’une goupille de commande casse. L’avion tombe comme une flèche dans un champ de betteraves près de Pontarmé, une commune de l’Oise à 35 km au Nord de Paris.

Le pilote, Jean MOREAU et lui, radio naviguant sont tués. Sa mère est catastrophée, elle va à Paris chercher le corps de son fils et ramène une épave, une partie du moteur qui est toujours conservée par la famille.

Les obsèques ont lieu le 26 juillet à Nexon et l’inhumation dans le cimetière de Janailhac.

Le Populaire 25 juillet 1946

Ses amis ne l’oublieront pas. Nous avons déjà dit que les aéromodélistes de Limoges ont créé un prix André FURELAUD en 1947.

Plusieurs médailles ont été attribuées à André FURELAUD après son décès accidentel. D’abord la Médaille de l’Aéronautique par le Ministre de l’AIR :

Et la médaille des Postes, Télégraphes et Téléphones :

Ses amis de Nexon, Jean LASPOUGEAS et Maurice DUVERNEIX qui était son voisin et faisait avec lui le chemin pour aller à l’école, demandent à la municipalité de Nexon qu’une rue porte son nom. Leur demande est satisfaite et le 7 novembre 1992, le maire de Nexon René REBIERE, en présence de sa mère et de ses nombreux amis dévoile la plaque qui nomme André FURELAUD la rue qui donne l’entrée à Nexon à ceux qui viennent de Limoges par L’Aiguille.

Délibération du Conseil municipal du 24 mai 1991

La cérémonie est simple comme l’ont voulu ses amis Jean et Maurice. Ils s’adressent en ces termes à sa mère et à tous ces amis :

La Presse relate cette sobre et émouvante manifestation :

Chaque année, le dernier dimanche d’avril, lors de la Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation une pensée va à André FURELAUD lorsque le cortège des participants va de la stèle érigée à l’entrée du camp, route André Furelaud et se dirige vers la gare d’où est parti un convoi vers Drancy après la rafle du 26 aout 1942.

Souvenons-nous de ce garçon courageux emporté trop tôt à l’amour des siens.

La journée des déportés à la gare de Nexon, 26 avril 2015
La journée des déportés à la gare de Nexon, 28 avril 2018

Le titre d’un article publié dans le Populaire du 29 juillet 2019 m’a interpellé! Il disait que le nouveau premier ministre de Grande Bretagne, Boris JOHNSON avait des racines nexonnaises par sa mère dont les ancêtres étaient des DECOUILHAC nés à Mazérieux, village de la commune de Nexon. Je suis donc parti à la recherche de ces ancêtres dont on trouve effectivement des traces à Mazérieux, dans le bourg de Nexon et au moulin Barlet. Mais cette famille n’est pas restée à Nexon, et aujourd’hui on ne compte plus de descendants sur la commune, des membres sont partis à La Réunion, à Maurice, certains sont revenus en Métropole…

On trouve des COUILHAC (COULHAC) à Paulhac en Haute Garonne vers 1680, et plus tard dans l’Aveyron et le Lot, on rencontre également un Jean COUILHAC vers 1693 à Meilhac en Haute-Vienne mais c’est à Nexon, principalement dans le village de Mazérieux et au moulin de l’Etang, aujourd’hui moulin Barlet, que se trouve le berceau des COUILHAC et de COUILHAC.

Au XVIIe et au XVIIIe siècle l’écriture des noms propres n’est pas stabilisée. La plupart des villageois ne savent ni lire ni écrire et c’est le prêtre en rédigeant le certificat de baptême qui décide de l’écriture. Ainsi COUILHAC est parfois écrit COULHAC précédé de la particule « de » ou DECOUILHAC. MAZERIEUX a été rajouté pour devenir DECOUILHAC-MAZERIEUX avec François, décédé le 29 mai 1849.

1849 les COUILHAC deviennent DECOUILHAC MAZERIEUX

Coulhac est un nom formé par le mot « colius » diminutif du latin « collum, le cou » qui désigne une personne qui a un long cou, et du suffixe gaulois acum qui donne les terminaisons « ac » et sert à former des noms de domaine basés sur le nom de leur propriétaire ce qui donne ici  « le domaine de celui qui a un long cou ». Mazérieux est issu du latin maceriae qui signifie les ruines romaines et par extension le domaine où l’on trouve des ruines.

1- Les DECOULHAC vont accoler le nom de leur village, Mazérieux, à leur patronyme. 

En 1620 plusieurs habitants des villages du Brouillet (Breulhet) et de Mazerieux (Mazeyrier), paroisse de Nexon, font donation de rentes à Charles, comte des Cars, en vue d’être exemptés de bans d’armes, impositions et autres charges.

Parmi eux devait se trouver un DECOUILHAC puisqu’on trouve la naissance de Pierre de COUILHAC, né vers 1592 et décédé le 23 juillet 1672 à l’âge d’environ 80 ans. C’est à partir de l’acte d’inhumation que l’on déduit son année de naissance. Celui-ci indique « Le 23eme Juillet 1672 j’ay enseveli Piere de Coulhiac aagé de 80 ans ou environ du village de Mazerieux présente paroisse dans le tombeau de ses feux prédécesseurs en notre cimetière de Nexon présent Janton Terneau son gendre, Mathurin du Coulhiac son frère et Jehan du Coulhiac dit Rousseau dudit village »

Pierre avait trois frères, Mathurin, Tony et Jean (1603 – 1673). Il semblerait que seul Jean ait eu une descendance.

 Jean (Jehan) dit le Rousseau DECOULHAC (DECOUILHAC) demeurant à Mazérieux, né vers 1603 et décédé le 27 novembre 1673 à Nexon à l’âge d’environ 70 ans.

« Le 27 novembre 1673 a été enseveli Joseph de Coulhiat dit Le Rousseau habitant du village de Mazerieux aagé d’environ 70 ans ou environ dans le tombeau de ses feux prédécesseurs en notre grand cimetière susdit de Nexon fait par moy soussigné en présence de Patern Lymousy, François du Coulhac Guyot vicaire de Nexon. »

Marié en premières noces avec Jeanne BARRET ils ont eu trois enfants : Jean (ca 1623-1694), François (ca 1638-ca 1693) et Pierre (1680 – 1745). De son second mariage avec Léonarde GUILLOT est né Clément (1637- x).

Du premier mariage de Jean c’est dans la descendance de François DECOUILHAC que l’on va trouver ceux qui vont quitter Nexon pour l’île Bourbon devenue depuis l’île de la Réunion.

François DECOUILHAC est né vers 1638 et il est inhumé le 26 décembre 1728. De son mariage avec Peyronne BONNET, trois enfants naîtront dont seul Pierre aura une descendance nombreuse et voyageuse.

Pierre DECOUILHAC est né vers 1680. On déduit sa date de naissance du certificat d’inhumation rédigé le 8 mai 1745 dans lequel le curé ROMANET attribue environ 65 ans à Pierre de COUILHAC.

certificat d’inhumation de Pierre de COUILHAC rédigé le 8 mai 1745

Pierre a épousé le 27 septembre 1650 Martialle HEBRARD et de ce mariage au moins sept enfants sont nés. Parmi eux François (1711 – 1782) et Radegonde (1719 – 1753). Radegonde épousera un de ses cousins Jean, meunier au moulin de l’Etang, issu du second mariage de Jean dit Le Rousseau.

François DECOUILHAC, né au village de Biard, est baptisé le 2 mars 1711

« Le deuxième mars de l’an susdit a esté baptisé François de Couilhac nay au village de Biard de Pierre et de Martialle Hebrard son épouse a esté parrain François de Couilhac et marraine Anthoinette Coutance Meynard vicaire de nexon« 

A vingt-trois ans, le 31 aout 1731 il épouse, à Saint Priest Ligoure, Françoise BOUTOT.

« le trente et unième aout mil sept cent trente quatre après les fiançailles et la publication des trois bans entre François Decouilhac du village de Mazurieux et Françoise Boutot de ma paroisse sans avoir aucun empêchement ni d’opposition avec la permission de Mr le curé de Nexon, signé Romanet je les ai mariés et donné la bénédiction nuptiale en présence de Mrs Jean La Jonchères, Mathurin Gizardin, Pierre Mandavy et autres qui ont signé avec moi. signé : La Jonchères, Gizardin Mandavy signé : Faunaud vic de St Priest« 

Des cinq enfants nés de ce mariage c’est parmi la descendance du fils ainé, Martial (1737 – 1767) que nous trouverons ceux qui ont quitté le Limousin pour gagner l’ile Bourbon (ile de La Réunion) et l’Isle de France (ile Maurice).

François qui a passé sa vie à Mazérieux décède le 4 décembre 1782 et il est inhumé le lendemain dans le cimetière de Nexon.

Certificat d’inhumation de François DECOULHAC le 5 décembre 1782

Le certificat signé par le curé DESTHEVES et par Annet TARRADE, chirurgien et Jean-Baptiste DEVERNEIL, notaire royal atteste de la position sociale qu’avait François DECOULHAC dans la paroisse de Nexon. On notera qu’ici il n’y a pas de « i » dans le nom et que le curé l’a écrit DECOULHAC

Martial de COUILHAC, né au village de Mazérieux, est baptisé le 28 janvier 1737.

Le vingt et un novembre 1758 Martial de COUILHAC, laboureur, épouse Marie TARRADE, fille d’Annet TARRADE, juge à Nexon.

Le vingt un novembre mil sept cent cinquante huit après la publication des trois bans de mariage duement faite aux prones de nos messes paroissiales pendant trois dimanches consécutifs sans avoir découvert aucun empêchement n’y trouvé d’oppositionentre Martial Decouilhac laboureur, fils de François Decoulhac et de Françoise Boutte ses père et mère du village de Mazerieux paroisse de Nexon avec Marie Tarrade file de mr Anné Tarrade juge de Nexon et de Marie Sudrivaud ses père et mère du présent bourg ne s’étant découvert aucun empêchement les dites parties ayant été fiancées et reçu préalablement les sacrements de pénitence et d’eucharistie j’ay reçu leur consentement mutuel et leur ay donné la bénédiction nuptialle en présence de François Decoulhac père du contractant, de Jean Baptiste Tarrade frère de la contractante, de Pierre Sazérac praticien de François Guyot controlleur et d’Anné Sudrivaud tous parents ou alliès des dites parties qui ont tous signés avec elles sauf Martial Decoulhac contractant pour ne savoir de ce par moy enquis. Guyot vicaire à nexon

21 novembre 1758, mariage Martial Decouilhac

On peut penser que le mariage de Martial avec la fille d’un juge va changer le statut social de la famille. En effet dans l’Ancien Régime le juge et procureur d’office était effectivement une personne suffisamment riche pour acheter une charge rémunérée et transmissible à ses enfants. Ces juges n’intervenaient pas pour les affaires criminelles qui relevaient de la justice royale. Ils ne pouvaient juger que des affaires concernant les personnes de même catégorie sociale qu’eux ce qui excluait les nobles et les militaires.

Cette justice était souvent orale ce qui explique qu’elle pouvait être rendue par un juge illettré. Les procès étaient payables aussi bien en numéraires qu’en nature (blé, avoine, volaille, etc.) selon les désirs du juge. Les décisions différaient d’un juge à l’autre et dépendaient souvent du prix payé par l’un des justiciable. Ces inégalités ont été l’une des raisons de la Révolution de 1789.

Quoi qu’il en soit à partir de Martial on constate que le nom de famille évolue et devient MAZERIEUX DECOUILHAC.

Une preuve de l’évolution du statut social de la famille se trouve dans le fait qu’après son décès, le 10 mai 1767, Martial a été inhumé dans l’église de Nexon et non dans le cimetière.

10 mai 1767, inhumation de Martial Decouilhac dans l’église de Nexon

Martial est mort jeune, à peine trente ans, et il avait au moins trois enfants : François, Françoise et Marguerite.

François DECOUILHAC, né en 1760 épouse en premières noces, à Saint Hilaire Bonneval, Catherine DENANOT une jeune fille d’à peine 17 dont les parents sont aubergistes dans cette commune. Elle décède quelques mois après, le 17 juillet 1786. Il se marie ensuite le 19 juin 1787 avec Catherine DELAROCHE à Verneuil-sur-Vienne où le père est notaire royal. L’ascension sociale de la famille est nette. On le trouve dans les notables qui éliront la première assemblée communale en 1790 et le 15 ventôse an II, 5 mars 1794 il est élu capitaine de la Garde Nationale de Nexon. Il est alors appelé MAZERIEUX et no de COUILHAC. On peut se demander si ce changement de nom n’est pas lié à la Révolution et à la volonté de faire disparaitre les signes de l’ancien régime ?

Ils auront sept enfants, Pierre (1788-1790), Flavie née en 1789, Martial en 1791, Joseph ((1794-1854), Gabriel (1796-1799), Flavie (1798-1828) et Marguerite (1802-1804). Trois d’entre eux mourront à l’âge de deux ans.

François vivra jusqu’à l’âge de 89 ans ayant exercé le métier d’aubergiste à Nexon.

Acte de décès de François DECOUILHAC MAZERIEUX

L’acte porte pour la première fois le nom de DECOUILHAC MAZERIEUX. Une demande sera effectuée par ses enfants pour que ce nom figure à l’Etat-Civil. Ainsi, par jugement du tribunal d’instance de Saint-Yrieix en date du 29 juillet 1873, aux prénom et nom François de Couillat, ont été substitués les prénom et noms de François de Couilhac-Mazérieux. Cette mention figure sur l’acte de naissance de son fils Joseph.

Joseph DECOUILHAC est né le 11 pluviôse an II (30 janvier 1794).

L’acte de naissance précise que son père, le citoyen François DECOUILHAC, est capitaine de la garde nationale et qu’il demeure au village de Mazérieux.

Acte de naissance de Joseph DECOUILHAC

En 1830 Martial est adjoint au maire. Il se nomme Decoulhac-Mazérieux mais signe Mazérieux.

Adjoint au maire, Martial signe Mazérieux

2- Des DECOULHAC quittent Nexon pour la Réunion…

Joseph quitte Nexon et on le trouve médecin à l’Ile de Bourbon (la Réunion) où il épouse le 9 septembre 1822, à Sainte Suzanne, Louise Augustine MASSARD-DESMANIERES, fille d’un avocat.

Sainte Suzanne a été fondée en 1667 en même temps que Saint Denis.

Sainte Suzanne à l’Est de Saint Denis
Eglise de bel Air à Sainte Suzanne

Joseph et Louise auront sept enfants : Louis Joseph (1823-1900), Célest Elizabeth (1825-1826), Jean Baptiste (1827- x), Emile Pierre (1829-1884), François Joseph (1831-1913), Joséphine Marie (1834-1921) et Prosper Marcelin (1836-1900).

Joseph est déclaré décédé en mer le 3 mars 1840 dans un naufrage au large du Cap de Bonne Espérance à l’âge de 46 ans.

L’écriture du nom se modifie, le « i » de COUILHAC disparait et Mazérieux y est accolé.

Parmi ces enfants étudions la descendance de François Joseph et de Joséphine Marie.

François Joseph de COULHAC MAZERIEUX est né le 6 août 1831. Il épouse Marie Arianne DOUYÈRE le 21 février 1861 et ont cinq enfants : Jean Joseph Alfred (1861-1947), Joseph (1864-1926), Marie Joséphine Arianne (1866- x) Marie Joséphine Louise (1873-x) et Jean Marie. Il préside la Chambre d’Agriculture 1868-1874. Il se donne comme objectif principal de relancer l’agriculture. Il encourage les agriculteurs à utiliser plus d’engrais. Les rendements dans la production de sucre vont augmenter.

Jean Joseph Alfred, le fils ainé, est très souvent appelé Alfred MAZERIEUX. C’est sous le patronyme MAZERIEUX qu’est faite sa demande pour la Légion d’Honneur. Pourtant l’extrait de naissance porte la mention de la décision du Tribunal de Saint Denis du 10 avril 1878 de le nommer Jean Joseph Alfred De COULHAC MAZERIEUX. Mais le nom Alfred MAZERIEUX est vivace car c’est avec ce nom qu’il est connu comme maire de Saint Denis. 

Sur l’acte de naissance de Jean Joseph Mazérieux le nom de DECOUILHAC ne figure pas, le père et le fils sont des Mazérieux. Cependant cet extrait rédigé le 11 aout 1921 mentionne la décision du Tribunal d’Instance de Saint Denis du 10 avril 1878 précisant qu’il faut lire Jean Joseph de Coulhac Mazérieux.

Vétérinaire, importateur de bovins il est élu conseiller municipal de Saint Denis en 1903, conseiller général en 1910 il est maire de 1914 à 1919. Pendant son mandat la Première guerre mondiale ravage l’Europe. Elle l’oblige a organiser la mobilisation et à assurer l’approvisionnement en nourriture, principalement le riz. Il crée un orphelinat et une Compagnie de sapeurs-pompiers. L’excellent exercice de son mandat lui vaudra de recevoir la Légion d’Honneur le 6 aout 1921 des mains de Docteur Louis OZOUX, un parent de son épouse Louise OZOUX.

Alfred de Mazérieux, maire de Saint Denis , La Réunion, 1916-1919.

En 1863, François Joseph fait construire dans la propriété du Jardin du Mont Saint-François sur les hauteurs de Saint-Denis, une belle villa créole pour son fils Alfred. Ce dernier s’y installe avec son épouse, Euphrasie Ozoux et leur fils adoptif, baptisé lui aussi Alfred. La maison passe ensuite aux mains de Maurice Ozoux, cousin d’Euphrasie, qui la rachète en 1948.

C’est aujourd’hui une très belle villa dans le vaste domaine de Beaubassin situé au n° 71 chemin Alfred Mazérieux. La villa qui accueille les touristes dans les chambres d’hôtes a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 7 juin 2018.

Monique Ozoux, propriétaire du domaine de Beaubassin, interrogée dans le journal télévisé d’Antenne Réunion du 5 juillet 2018, après le classement de son domaine aux monuments historiques, raconte l’histoire du domaine dans la famille Ozoux depuis 4 générations et rappelle qu’il était autrefois la propriété d’Alfred MAZERIEUX. Ainsi à la fois par le nom du chemin et par la mémoire collective un peu de Nexon vit à la Réunion avec le nom de MAZERIEUX.

https://www.linfo.re/la-reunion/societe/monique-ozoux-nous-souhaitions-que-beaubassin-soit-inscrit-pour-le-partager-avec-tous-les-reunionnais

Domaine de Beaubassin, plaque descriptive
La Villa dans un parc luxuriant sur les hauteurs de Saint François

De nombreux DECOULHAC-MAZERIEUX ont apporté et apportent leur pierre à l’histoire de la Réunion. Emile Pierre MAZERIEUX a été notaire à Saint-Denis de 1871 à 1884 et Charles Marie de COULHAC-MAZERIEUX également notaire à Saint-Denis de 1887 à 1915.

4- A l’ile Maurice et aux Seychelles les DECOULHAC-MAZERIEUX sont présents

Dans un travail de recherche Julien Durup, étudiant en histoire, montre le rôle important de Pierre Antoine Ernest de COULHAC MAZERIEUX pendant la première guerre mondiale aux Seychelles : « The First World War : and its aftermaths in the Seychelles ».

Noël de COULHAC MAZERIEUX, amoureux de son île natale, fait une brillante carrière d’avocat en France et a participé à tous les événements tragique du XXe siècle : l’engagement dans l’armée en vue d’une guerre inévitable, le service sur la ligne Maginot inutile, la Résistance. Comme avocat il était un spécialiste reconnu du droit d’auteur et a défend les peintres Matisse, Utrillo, Picabia. Il revient à Maurice plusieurs fois, accompagné parfois de l’un de ses petits-enfants, pour y retrouver sa sœur Marie à son école de Curepipe-Road. Il prit sa retraite après 56 ans d’exercice professionnel.

Le 2 novembre 2006 le magazine lexpress.mu rendait un « Hommage à Marie de Coulhac Mazérieux »

Marie de Coulhac Mazérieux n’est plus. Son Cours Jeanne d’Arc est en deuil. Une grande Dame de l’Education mauricienne s’en est allée, en cette fin d’octobre 1981. Elle meurt à 86 ans, dans sa maison située dans les locaux de l’établissement scolaire qu’elle fonde, un demi-siècle plus tôt. Avec elle, disparaît l’un des piliers d’une génération d’enseignants pour qui l’éducation n’est pas un métier, encore moins un gagne-pain ni, pire encore, le moyen de se faire du fric non imposable, en tenant en otages élèves et parents, mais une vocation, un sacerdoce, auxquels tout le reste doit, bien sûr, être sacrifié. Des générations d’élèves ont usé leur fond de culotte sur ses bancs de classe. La cour de récréation est modeste mais pleine de souvenirs. Sa hantise de chaque instant fut de veiller à ce que l’instruction, dispensée dans les murs de son Cours Jeanne d’Arc, soit accessible aux élèves, soit accessible à chaque élève. Marie de Coulhac Mazérieux fonde son Cours Jeanne d’Arc en 1927. Pendant le demi-siècle écoulé avant sa mort, elle s’occupe maternellement de ses élèves, de chacun de ses élèves, avec une option préférentielle pour ceux présentant le plus de difficulté sur le plan caractériel et sur celui de la personnalité. Elle sait qu’elle n’en fera pas des lauréats ni des boursiers du gouvernement. Elle se contente de forger leur caractère et de leur donner ce qu’il faut pour devenir d’honnêtes citoyens, des serviteurs efficaces de la patrie, des pères et des mères de famille exemplaires. Elle est l’école de la dernière chance de la réussite et n’en est pas peu fière car il lui revient de redonner espoir et assurance à ceux qui l’ont perdus parce qu’ils ont été rejetés par ceux et celles se prétendant meilleurs pédagogues qu’elle. Cette grande Dame de l’éducation mauricienne vibre d’un amour sacré pour la grammaire française, pour la littérature française, pour la civilisation française, pour la pensée française. Elle dit et répète : L’amour de la langue française réside dans la difficulté qu’on éprouve à la maîtriser totalement. A l’ouverture, en 1927, le Cours Jeanne d’Arc ne compte que six élèves. Ils sont filles et garçons. Cette mixité est particulièrement novatrice. Ses détracteurs, déjà, l’accusent de vouloir fonder une école de « libres penseurs ». Marie de Mazérieux est française d’origine. Elle débarque à Maurice via Madagascar. Le consulat de France l’aide considérablement dans son projet de créer une école suivant le système français d’éducation dans une colonie anglaise, ayant déjà peu glorieusement fait échec à un projet rétrocessionniste, visant à ce que l’ile Maurice redevienne l’Isle de France dans la Mer des Indes. Les descendants des Surcouf et de ses compagnons corsaires préfèrent le Rule Britannia et ses livres sterling achetant leurs sucres. Tout en suivant le système éducatif français, elle donne à l’anglais la place qui lui revient, à savoir celle d’une langue étrangère pour la masse des Mauriciens. Elle est assez intelligente pour le comprendre. Elle enseigne donc intelligemment l’anglais en tant que langue étrangère, au lieu de faire comme ses pairs du système éducatif anglo-mauricien, à savoir enseigner l’inconnu par l’inconnu à des masses de perroquets mauriciens. Un quart de siècle après sa fondation, son Cours Jeanne d’Arc compte 150 élèves à une époque où les meilleurs collèges confessionnels n’en comptent que le triple, sinon le double. Surviennent les cyclones Alix et Carol, de début 1960, qui anéantissent les bâtiments existants. Marie de Mazérieux va alors sur ses 65 ans. Une autre à sa place en aurait profité pour fermer boutique et faire valoir ses droits à une paisible retraite au milieu de ses souvenirs scolaires. Qu’aurait-on pu lui reprocher si elle avait adopté cette solution de facilité ? Elle ne pense qu’à tout rebâtir à zéro. C’est alors que les marins du Jeanne d’Arc, le bâtiment emblématique de la marine française, la Royale, se mettent à son service et reconstruisent son école. Sainte Jeanne d’Arc, à Orléans, ne fut pas mieux soutenue ni épaulée. Jean Pierre Lenoir, qui lui rend un hommage mérité à l’occasion de son décès, conclut ainsi son panégyrique : Marie, nous te devons beaucoup ! Comment lui donner tort ? Le Cours Jeanne d’Arc n’est plus. Il a cédé la place au Collège Saint-Patrick. Y a-t-on pensé à célébrer le souvenir de Marie de Coulhac Mazérieux, décédée le 16 octobre 1981 ?

https://www.lexpress.mu/article/hommage-%C3%A0-marie-de-coulhac-maz%C3%A9rieux

3- De La Réunion certains reviennent en Métropole et leur descendance occupe de hautes fonctions dans la société française mais aussi ailleurs !

Joséphine Marie LE COULHAC de MAZÉRIEUX est née le 24 janvier 1834 à Bel-Air de Sainte Suzanne. Elle se marie le 12 janvier 1853 à Versailles avec Édouard Auguste CONFEX de NEUILLY (1828- 1855) dont naîtront Louis Marie CONFEX de NEUILLY (1854-1916) et Henry Marie CONFEX de NEUILLY (1856-1886). Le 27 octobre 1858 elle épouse en secondes noces, à Paris, Jules ARNOUS-RIVIÈRE (1830-1905).  De ce mariage naîtra le 14 janvier 1862 à Paris Hélène ARNOUS-RIVIÈRE.

Joséphine a eu la douleur de perdre son fils Henry Marie, décédé à Paris le 18 février 1888 dans sa trente deuxième année. Le faire part de son décès permet de retrouver une grande partie de la famille.

Faire part de décès de Henry-Marie Confex de Neuilly

L’accession de Boris JOHNSHON au poste de Premier Ministre de la Grande Bretagne le 24 juillet 2019 a fait retrouver la famille DECOULHAC par l’intermédiaire de Joséphine dont la fille Hélène ARNOUS-RIVIÈRE est la trisaïeule (arrière-arrière-grand-mère). En effet Hélène ARNOUS-RIVIÈRE a épousé à Paris le baron Hubert de PFEFFEL (1843 – 1922). Leur fille Marie Louise de PFEFFEL née à Paris le 16 août 1882 s’est mariée le 22 janvier 1906, à Versailles avec Stanley WILLIAMS (1880-1955). Leur fille Yvonne Eileen dite Irène WILLIAMS a épousé le 10 décembre 1936 Osman Ali Wilfred KEMAL alias JOHNSON (1909-1992). Leur fils, Stanley JOHNSON, sera le père de Boris JOHNSON né à New York le 19 juin 1964. L’arbre généalogique de Boris JOHNSON a été étudié par de nombreux généalogistes dès son accession à la mairie de Londres. Et lorsqu’il a été nommé premier ministre de Grande Bretagne le 23 juillet 2019 plusieurs journaux font état de ses racines françaises, soit pour mettre en avant ses racines alsaciennes par la famille Pfeffel ou ses racines limousines et plus précisément nexonnaises par les DECOUILHAC.

C’est ainsi que le Populaire titrait son article du 28 juillet 2019 :

le Populaire 28 juillet 2019

L’article s’appuie sur le travail effectué par les Amitiés généalogiques du Limousin publiées dans le numéro 100 de leur revue.

Généalogie en Limousin publiée par Les Amitiés généalogiques du Limousin

Le barreau parisien a fait raisonner dans les salles d’audience le nom DECOULHAC MAZERIEUX.

Joseph DE COULHAC-MAZÉRIEUX, Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, né à l’Ile Maurice le 31 janvier 1896, décédé le 14 janvier 1957.Diplômé des Hautes Études Commerciales, – deux certificats de licence ès sciences, – avocat à la Cour d’appel de Paris (25 octobre 1921), – membre du Conseil de l’Ordre (1945-1949).

Aujourd’hui c’est Armelle DE Coulhac-Mazérieux qui est inscrite au barreau de Paris depuis 1988.

4 – La branche issue du second mariage de Jean dit le Rousseau et le moulin des Etangs (moulin Barlet)

Clément DECOUILHAC, né le 30 août 1637 au village de Mazérieux à Nexon. Marié le 15 janvier 1674 à Nexon avec Narde Garreau. Ils auront quatre enfants : Léonarde (ca 1674-1693), Aubin (marié le 12 février 1697, François (marié le 7 mars 1707), Pierre (marié le 14 février 1708) qui suit.

Avec Pierre DECOUILHAC on quitte le village de Mazérieux pour le bourg de Nexon ou il est tailleur d’habits. Il s’y marie le 14 février 1708 avec Marie Brun dont le père, Pierre BRUN est meunier au moulin de l’Etang. Jean DECOUILHAC, né en 1722 de ce mariage prendra la suite de son beau-père comme meunier au moulin de l’Etang et Léonard, son fils né en 1757 lui succèdera.

 Le quatorzième du mois et an (février 1708) après les fiançailles duement faites et la publication des trois bans de mariage entre Pierre de Couilhac tailleur d’habits fils de Clément et Narde Garreau du présent bourg et Marie Brun fille de Pierre et de Marie Guyot du Moulin de l’Etang,… et entre Léonard Sazerat fils de Me Simon Sazerat et de Catherine de Loutre et Jeanne de Combrouze fille à feu Jean et Marie Deguil,… et entre François de Combrouze et Anne Sazerat veufve de feu François de Couilhac tous du présent bourg sans avoir découvert aucun empêchement à leur mariage je les ay mariés et leur ay baillé la bénédiction nuptiale en présence de Pierre Dupuitren, de Jean Deverneuilh, d’Anthoine Joubert et Léonard Hebrard qui ne seurent signer

Du mariage de Pierre naitront Léonarde (1710 – x), deux jumelles Gabrielle et Léonarde nées en 1714 et décédées a quelques mois, Jean (1722-1801) qui suit, Léonarde (mariée en 1730) et Léonard (1715 – x) 

Le même jour (17 avril 1714) ont esté baptisée Léonarde et Gabrielle de Couilhac nées au Moulin de Lestang de Pierre et de Marie Brun son épouse, ldite léonarde a eu pour parrain Martial Sazerat et pour marraine Léonarde de Couilhac et la Gabrielle a eu pour parrein Léonard Limousin et pour marraine Gabrielle Brun Juge cure de nexon

Jean DECOUILHAC (1722 – 1801) se mariera trois fois.

Baptême à Nexon : Le 14e jour du mois de 7bre 1722 a esté baptisé Jean de Coulat fils de pierre de Coulat et de Marie Brun du village du Moulin de l’Etang a esté parain Jean Nouaud et maraine Léonarde de Coulat lesquels nont scu signer de ce enquis Dalmays vicaire

Le premier mariage a eu lieu le 5 février 1742 à Nexon, avec une de ses cousine, Radegonde DECOUILHAC (1719-1753). De ce premier mariage naitront deux filles, Léonarde (1743-1823) qui épousera Annet GUYOT en 1765, et Marcelle (1753 -x).

Après les fiançailles et la publication des bans de mariage entre Jea Decouillac fils de Pierre Decouilliac et de feue Marie Brun meusnier du moulin de Letang et Radegonde Decouilliac fille de Pierre Decouilliac et de Marcelle Hebrard du village du Mazerieux, ne s’étant découvert aucun empêchement ni opposition ce cinq février 1742 Romanet curé de nexon

Après le décès de son épouse Radegonde le 6 juillet 1753 à l’âge de 33 ans, six mois après la naissance de leur fille Marcelle, Jean DECOUILHAC épouse Marie GUYOT le 27 janvier 1754. Ils auront quatre enfants Léonard (1757-1846), Léonarde (mariée avec Pierre LIMOUSIN le 19 février 1776), Aubin (1755 – x) et Jeanne.

Le vingt deux janvier mil sept cent cinquante quatre après les fiançailles et la publication de trois bans de mariage duement faites entre Jean Decouilhac meunier veuf de feue Radegonde Decouilhac habitant du moulin de Letang avec Marie Guyot fille à Jean Guyoy dit le Petit et de Mariguerite Perier ses père et mère du village de Salas, Entre Annet du Puyranaud fils à feu Martial de Puyranaud et de Marcelle de Lombertie ses père et mère habitants du village du Puyranaud avec Catherine Maud fille à Léonard Maud meunier et Anne Redon ses père et mère du moulin de Trouly, n’ayant découvert aucun empêchement ny reçu d’opposition, Les parties s’étant confessée et reçu les sacrements de l’eucharistie après avoir fiancé j’ay dit la messe à laquelle j’ay reçu leur consentement mutuel et leur ay donné la bénédiction nuptialle en présence de François Decouilhac dit Mazerieux, d’Annet de Lombertie, d’Antoine et Léonard Maud tous parents des parties qui avec les susdittes parties ont déclaré ne savoir signer de ce par moy duement enquis Guyot vic à nexon

Le 1er septembre 1767 Jean DECOUILHAC épouse, en troisièmes noces, Séverine GARREAU. De ce mariage il ne naîtra pas d’enfant. Jean décède à Nexon le 2 novembre 1801.

Acte du mariage de Jean Decouilhac et Séverine Garreau Nexon le 1er septembre 1767

Le 1er avril 1872 Jean Baptiste DECOULHAC décède âgé de 67 ans, propriétaire au moulin Barlet, veuf de Jeanne Broussaud.

Acte de décès de Jean Baptiste Decouilhac, le 1er avril 1872

De son mariage avec Jeanne BROUSSAUD (1815-1861) le 14 juillet 1830 à Nexon, sont nés trois enfants : Léonard en 1832, Léonarde en 1835 et Marie en 1838. Léonard s’est marié à Cieux le 9 juillet 1861 avec Marie PERRET. Ils ont eux cinq enfants, quatre filles et un garçon, Jean Auguste né le 16 septembre 1869 au Moulin de l’Étang. Léonard est resté au moulin ou ses enfants sont nés. La construction de la voie de chemin de fer et celle de l’usine de pompage de l’eau dans l’étang du moulin des Étangs ont du générer des conflits puisqu’on trouve trace d’un procès en dommage et intérêts contre la Compagnie d’Orléans. « Pourvoi du Sieur Decoulhac contre un arrêté du Conseil de Préfecture de la Haute-Vienne, du 12 décembre 1877, qui a repoussé la demande en indemnité pour dommages, formée par lui contre la Compagnie d’Orléans, à raison de la prise d’eau pratiquée par cette Compagnie dans l’étang de Nexon. » Avis rendu le 22 février 1879 par la deuxième section. Conseil général des ponts et chaussées 1879

Jean Auguste a quitté Nexon et s’est marié le 18 avril 1899 à Nancy. Il n’a pas eu d’enfant. Avec lui le nom DECOUILHAC disparaît de Nexon.

La rue du Nord vers 1905

Au numéro 16 il y avait un bureau de tabac. Il a d’abord été tenu par M. PRUNY puis par M. LABIDOIRE. Tous les deux ont édité ou fait retirer des cartes postales. M. Pierre LABIDOIRE était blessé de guerre. Amputé d’une jambe il marchait péniblement avec un pilon et une grande béquille en bois. Les buralistes occupaient des « emplois réservés ».

Outre le tabac avec de nombreuses variétés à chiquer et à priser, ils vendaient les timbres quittances et les timbres pour les vélos. En effet on ne pouvait rouler à bicyclette, y compris les enfants, qu’en payant une vignette annuelle de circulation à fixer sur le cadre du vélo.

L’origine de la plaque de vélo française est la loi du 28 avril 1893. Cette plaque a été émise sans discontinuer de 1893 à 1958. Les modèles changeaient chaque année, a l’exception des années 1900-1907. Les plaques émises annuellement étaient tour à tour en laiton jaune pour les années paires et en métal blanc pour les années impaires.

En 1942, la plaque fut imprimée sur du carton comme fac-similé de la plaque en métal. En 1943, la plaque de vélo a été émise sous la forme d’un timbre.

A partir de 1949, le timbre sera remplacé par un formulaire nominatif qui gardera le nom de « plaque de vélo ». Toujours vendu dans les bureaux de tabac il sera émis en cinq couleurs différentes. Puis ce sera une vignette. Le dernier formulaire a été émis pour l’année 1959, un arrêté ministériel du 30 décembre 1958 ayant supprimé l’impôt français sur les vélocipèdes.

Monsieur LABIDOIRE était assis à son comptoir caisse et, dans l’autre moitié de la boutique, Mme LABIDOIRE tenait un bar. M. LABIDOIRE était secrétaire de la fanfare.

M. LABIDOIRE est décédé dans sa 55 ème année au début du mois de février 1947.


Le Populaire, Mardi 4 Février 1947

Cette carte postale, prise sous le même angle que celle de 1905 a été éditée par M. LABIDOIRE.

On remarque que maintenant, juste avant la guerre de 1939-1945, les trottoirs sont faits, les façades ont changé et on commence à voir des automobiles et des motos.

Après M. LABIDOIRE, pendant plusieurs années M. MORTAILLE y avait son magasin d’appareillage électriques et électroménager puis il l’a transféré au 20 bis quand M. PERRIARD a pris sa retraite.

Une boulangerie l’a remplacé, d’abord tenue par M. BOUCHER pendant quelques mois puis M. Michel BARNABET a transféré dans la rue Gambetta sa boulangerie qui était rue Pasteur, à quelques mètres de la boulangerie BARBE.

Après la retraite de Michel BARNABET la boulangerie est reprise par M. Firmin BOUCHET.


En 2014 Jérôme et Julie LECONTE continuent l’exploitation de la boulangerie dont ils font refaire la vitrine.

Au numéro 18 il y avait un hôtel, l’hôtel du Commerce. Au début des années 1900 M. PRUGNY en est le propriétaire puis c’est Prosper LAPLAUD qui l’exploite en même temps qu’il est sellier-bourrelier.

Puis dans les années 1920 l’hôtel du Commerce est tenu par François GOURINCHAS.

 Il exploite en même temps une épicerie au nom du « Planteur de Caïffa ». A chaque achat on reçoit un « ticket prime » qui par la suite se transforme en cadeaux. M. GOURINCHAS faisait des tournées dans la campagne en fourgonnette. Elle fonctionnait au gazogène pendant la guerre de 1939-1945.

Il y avait trois filles dans la famille GOURINCHAS, Thérèse était couturière et avait son atelier, au fond à droite, les deux autres s’occupaient de l’hôtel et du bar. Elles resteront célibataires.

Le commerce est tenu ensuite par M. VERGONZANE qui, au début des années 1960, vend son affaire à Monsieur Pierre MAPAS qui arrive d’Issoudun. Il tient à la fois une épicerie, une buvette et une mercerie. L’épicerie était à l’enseigne du Disque bleue. C’était une société familiale de grossiste en épicerie intégrant des détaillants, dirigée par Charles et Jean Valentin, fondée à Limoges en 1954. En 1968 le groupe Disque bleu deviendra DB et ouvrira le premier super marché à Limoges, rue Wagner. En 1989, le Groupe Disque Bleu associé à Euromarché se composait de 7 hypermarchés et de 60 supermarchés localisés dans le Centre et le Sud-Ouest.

L’essor fulgurant de la grande distribution que l’on constate alors mets à mal une grande partie du monde des petits commerçants. Déjà au milieu des années 1950, emmené par Pierre POUJADE (1920-2003), l’Union des commerçants et des artisans (UDCA) secouait le pays. A la fin des années 1960, une autre personnalité, Gérard NICOUD fonde le Comité d’information et de défense (CID) et s’associe à l’Union nationale d’action des travailleurs indépendants pour protéger les commerçants et artisans en s’opposant à l’État et aux magasins de grandes surfaces. Le 27 décembre 1973, Jean Royer (1920-2011) maire de Tours et ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, fera voter une loi réglementant l’urbanisme commercial. L’activité des épiciers traditionnel diminue et M. MAPAS le ressent. Il cessera son activité le 31 mars 1991.

Depuis il n’y a plus de commerce au numéro 18 et l’immeuble a été transformé en appartements.

Au numéro 18 il n’y a plus de boutique.

Au numéro 20 il y avait un commerce de grains, semences et produits du sol tenu par la famille de Marcel ALIPHAT.

Après 1945, M. Claude REALLE a développé une activité de matériaux de construction tout en conservant la vente de graines fourragères et potagères et de produits du sol.

Son fils Robert a continué ces activités en y ajoutant le commerce des engrais.

M. REALLE a par la suite développé une entreprise de transport au n° 30 de cette rue.

Pendant quelque temps Martine PRADEAU a dispensé des cours de yoga au numéro 20 puis au 20 bis de ce fait il n’y a plus ni commerce ni activité de service dans l’immeuble du numéro 20.

Au numéro 20 bis il n’y avait au début des années 1900 qu’un bâtiment sans étage qui servait de remise.

Après la guerre, Monsieur PERRIARD a fait construire un immeuble de deux étages. Au rez de chaussée il y avait un magasin ou étaient exposés les chaudières et les équipements pour salles de bain qu’installait M. PERRIARD. Avant cela le magasin se trouvait juste en face, route de la barrière devenue rue gay-Lussac, comme on le voit sur cette photo prise le 8 mai 1945. Henri PERRIARD travaillait avec ses trois fils, Georges, Henri et Pierre.

En 1945, le 8 mai…
Il n’y a plus de commerce au numéro 20, et au 20 bis c’est un salon de coiffure

Juliette PERRIARD a épousé René Pradeau qui a travaillé dans l’entreprise de son beau-père. Elle habite toujours au 20 bis de la rue Gambetta.

La famille PERRIARD ayant pris sa retraite, M. MORTAILLE a occupé le magasin. Il a par la suite été transformé en boutique de vêtements de sport puis en salon de coiffure, aujourd’hui à l’enseigne « Connivence ».