Les tentatives d’escroqueries ne sont pas nouvelles ! Le baron de Nexon en a été victime en 1861 et 1862.

Le Rapport annuel de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement 2019 révèle que le chèque est le moyen de paiement le plus fraudé en France et cette fraude
s’élevait à 539 millions d’euros en 2019. Si la somme est peu impressionner elle ne représente que un euro pour 1 510 euros de paiement. Parmi les moyens de la fraude il y a le vol de chéquiers, la falsification, la contrefaçon…

Au XIXe siècle les chèques n’existaient pas et les escrocs créent de faux billets à ordre à leur nom. C’est ce qu’ont fait deux individus en fabriquant un faux billet au nom du baron Armand de NEXON reconnaissant leur devoir 8 000 francs pour l’un et 7 000 pour l’autre. On peut estimer que le franc de 1860 vaut environ 2 euros ce sont donc de coquettes sommes que les deux lascars pensaient soutirer au baron.

Ces deux affaires, au delà du fait qu’elle mettent en scène le baron de Nexon, montrent qu’à toutes les époques il y a des escrocs et que la seule solution pour mettre en échec leurs tentatives est la vigilance. Notez qu’à une époque ou il n’y a pas le téléphone M. de Nexon qui était à Paris fut prévenu, rentra à Limoges pour constater que le document était un faux et que sa signature avait été imitée. On notera la sévérité des condamnations avec de la prison ferme pour des sommes qui varient autours de 15 000 euros actuels et également la manière dont les journaux rendent compte des procès et aiment citer les plaidoiries grandiloquentes des avocats.

I- Première affaire

COUR D’ASSISES DE LA HAUTE-VIENNE.

PRÉSIDENCE DE M. DE LAMIRANDE.

Audience du 24 mai.

FAUX EN ÉCRITURE PRIVÉE. — CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES. — CONDAMNATION. —

Le 25 juin 1860, un individu, disant se nommer COMBROUZE et être domicilié à Saint-Hilaire-Lastours, se présenta chez M. COSTE, épicier et escompteur à Limoges, et demanda à faire escompter un billet de 8 000 fr., signé par M. de NEXON, daté du jour même et payable le 25 septembre suivant. M. COSTE lui remit en échange 7 880 fr., dont 1 000 fr. en billets de banque de 100 fr., et le surplus en argent.

Le billet fut passé à la Banque de France et protesté à l’échéance. M. de NEXON, alors à Paris, en fut prévenu, se rendit à Limoges, examina le billet et déclara qu’il était faux ; qu’il était revêtu d’une signature imitant assez habilement la sienne, mais en différant par quelques points très sensibles pour lui.

Les recherches faites par la justice, sur la plainte de M. COSTE, étaient restées infructueuses, lorsque, le 21 mars dernier, M. COSTE fils se trouvant dans son magasin, crut reconnaître dans un palefrenier du haras de Pompadour qui montait l’allée du Pont-Neuf, le négociateur de la fausse valeur de 8 000 fr.

Cet homme fut arrêté, et, tout en protestant énergiquement de son innocence, déclara se nommer FALAISE (Léonard), être palefrenier à Pompadour, et attaché depuis 1853 à la station de Nexon.

Les preuves les plus accablantes ont été réunies contre FALAISE ; on a retrouvé notamment chez lui une somme de 6 010 fr., dont deux rouleaux de 1 000 fr. encore pliés dans les papiers qui les enveloppaient au moment où ils lui avaient été remis par M. COSTE. Néanmoins, il a persisté jusqu’au bout dans un système de dénégation impossible à soutenir.

FALAISE avait d’ailleurs les meilleurs antécédents. Il jouissait de l’estime de tous ceux qui l’entouraient, et M. de NEXON avait en lui la confiance la plus absolue.

M. de LA MARSONNIERE, premier avocat général, a soutenu l’accusation avec une énergie remarquable. Il a insisté surtout sur les dénégations absolues de l’accusé qui, en excluant toute idée de repentir, aggravaient encore la faute commise.

M. de LA MARSONNIERE, que nous entendions pour la première fois, est un orateur remarquable de cour d’assises. Un charme singulier s’attache à sa parole abondante et facile, à son geste sobre et modéré. Une grande force de pensée parée d’une rare élégance de style, beaucoup de simplicité dans l’exposé des faits, dans la discussion des preuves et même dans la péroraison, donnent à ses plaidoiries de la puissance et de la séduction. C’est une diction toujours égale et soutenue, sans monotonie ; c’est une force calme et tranquille. Pas de passion, pas d’emportement, mais aussi pas de faiblesse, ni même de froideur. C’est un type du genre tempéré.

Me Othon PECONNET avait été chargé de la défense de Falaise. Il l’a présentée avec une habileté et une éloquence qu’il était tout à fait impossible de prévoir dans une cause d’une extrême pauvreté et où tous les faits étaient de la dernière évidence. Il a raconté d’abord la vie de FALAISE, jusque-là pure de tout reproche, de tout soupçon ; puis, arrivant à ces dénégations obstinées de l’accusé : Loin de me disposer à la sévérité, s’est-il écrié, elles me forceraient, si j’étais juge, à l’indulgence ; elles sont comme un dernier hommage rendu par FALAISE à sa vie passée. Deux fois il s’est levé, dans cette enceinte, pour commencer un aveu, et deux fois il s’est rassis vaincu par la honte ; c’est que son passé se dressait devant lui, ce passé irréprochable que vous connaissez ; c’est qu’il voyait autour de lui ces témoins dont il avait su mériter l’estime, et qui, aujourd’hui encore, peuvent à peine croire au crime qu’il a commis ; et, poussé par une dernière pudeur, il n’a osé avouer son infamie en face de ce passé, en présence de ces témoins. Ce n’est donc pas de l’obstination, c’est de la faiblesse que je trouve dans ses dénégations, et le sentiment qui les dicte, loin d’aggraver son crime, m’impose une sorte de respect et diminue, à mes yeux, sa culpabilité.

Grâce à cette plaidoirie, dont nous ne pourrions malheureusement donner qu’une idée bien imparfaite, l’accusé a obtenu du jury le bénéfice des circonstances atténuantes. Il a été condamné à cinq ans de prison.

Le Courrier du Centre 31 mai 1861

Le Courrier du centre 31 mai 1861

II- Seconde affaire

De la lecture de l’acte d’accusation contre le sieur Pierre BUISSON, cultivateur, âgé de 21 ans, natif de Beyrand, commune de Flavignac, résulte ce qui suit :

Le 15 juin 1862, un individu se présentait, à six heures environ du matin, au domicile de MM. LAMY, banquier à Limoges. Il insistait vainement pour voir M. Edouard LAMY, et il revenait à huit heures. Il fut alors reçu par M. Octave LAMY, auquel il présenta, pour le faire escompter, un billet de 7 000 francs portant la signature « baron Armand de NEXON » et souscrit à l’ordre d’un sieur Jacques BUISSON.

C’était évidemment un billet faux. Sur l’observation qu’en fit M. LAMY, le porteur protesta énergiquement, disant qu’il était Jacques BUISSON et que c’était à lui-même que le billet avait été souscrit. Cependant, cet individu se retira, laissant le billet dans les mains de M. LAMY.

Ce fait se répandit bientôt el une instruction fut commencée. Elle établit qu’un individu, dont le signalement se rapportait exactement à celui du porteur du billet, était allé le malin dans une auberge de la rue du Saint-Esprit, et qu’il avait demandé s’il y avait des habitants de Nexon. Il était probable que le prétendu Jacques BUISSON habitait Nexon ou les environs.

Dirigées dans ce sens, les investigations de la justice amenèrent la constatation de diverses circonstances qui fixèrent les soupçons sur le nommé Pierre BUISSON, demeurant chez son père au village de Beyrand, commune de Flavignac.

Pierre BUISSON était resté quelque temps à l’école des frères établie à Nexon. Il s’y était trouvé avec les enfants de M. de NEXON, et il avait pu savoir le prénom de leur père. Il avait, à diverses reprises, manifesté le désir d’apprendre à faire un billet à ordre. Il lui avait été donné ou vendu un manuel dans lequel il y avait des modèles de billets. Sa moralité était du reste très mauvaise. Il avait, a une certaine époque, dissipé une somme de 80 francs que son père lui avait remise pour le directeur de l’école. On savait aussi qu’il maltraitait ses parents et qu’il voulait les quitter.

Il fut arrêté le 1er juillet au village de Beyrand. Interrogé sur l’emploi de son temps, le 15 juin, il a déclaré qu’il avait passé la journée à la frairie de Burgnac, et il a nié être allé ce jour à Limoges ; mais il a dit qu’il y avait fait, dans le courant du mois de juin, deux voyages : le premier vers le 8, et le second le 21.

Le 15 juin était un dimanche, il y avait à Limoges une grande fête religieuse. Cette circonstance a permis aux témoins de préciser leurs souvenirs, et trois, surtout, ont déclaré très nettement avoir vu le 15 juin Buisson à Limoges. A six heures du matin, il a demandé à une servante d’auberge l’adresse de M. LAMY, banquier. Vers onze heures, il était chez une femme qui préparait une couronne pour la procession. Il voulait parler à son mari, et elle lui a dit qu’il assistait à la cérémonie religieuse. Le domestique de cette femme était alors avec elle, et il se rappelle la conversation qui a été tenue.

BUISSON a été vu, il est vrai, à Burgnac, mais un seul témoin indique l’heure où il l’a rencontré : il était cinq heures. Or, BUISSON a pu parfaitement passer toute la matinée à Limoges et être arrivé à cinq heures à Burgnac.

Il nie avoir jamais eu aucun manuel en sa possession. Il est démenti par un témoin, et le billet est la reproduction littérale d’un des modèles du manuel. Parmi les papiers saisis dans sa chambre, on a trouvé une partie de la feuille sur laquelle le billet a été écrit. Enfin, un expert a vérifié l’écriture de BUISSON, et il déclare que le billet est son œuvre. Il ne peut donc y avoir aucune incertitude sur la culpabilité de BUISSON.

En conséquence, etc.

M. DELTHEIL occupe le siège du ministère public et soutient l’accusation.

La défense est présentée par Me NINARD.

Déclaré coupable des faits qui lui sont imputés, l’accusé obtient néanmoins des circonstances atténuantes. Il est condamné à un an d’emprisonnement.

Le Courrier du Centre 21 aout 1862

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