Peux de personnes savaient en 1944 que Guy DURENGUE était le chef de la résistance à Nexon. Après l’armistice beaucoup l’ont découvert mais avec le temps on a oublié son nom et son rôle. En effet il faisait partie des « légaux » qui contrairement aux maquisards conservaient leur identité officielle, leur travail et leur vie de famille au grand jour. C’est son histoire que j’écris, l’histoire d’un dentiste très actif et estimé mais surtout celle du Résistant de 1943 à 1945 puis comme président d’association après la fin de la guerre avant d’abandonner ce passé lourd a porter et pas toujours compris par ne s’étaient pas engagés pour la Libération de la France.
I- Guy DURENGUE, de sa naissance à ses débuts de chirurgien-dentiste.
A sa naissance le 5 mars 1907 à Tonneins (Lot-et-Garonne) ses parents lui ont donné Jean Guy comme prénom mais adulte il a utilisé Guy comme prénom usuel. Son père Jean DURENGUE est employé de commerce et son épouse, Jeanne BERTHOUMIEU, est sans profession.

Après ses études secondaires il part à Bordeaux ou il entreprend ses études de chirurgie dentaire. Très actif il fait du sport et participe à la vie estudiantine. Il est licencié à la Fédération Française d’Athlétisme et joue au rugby.

Il siège au Comité des étudiants de Bordeaux.

En 1926, il demande à bénéficier d’un sursis qui lui est accordé.

Il termine donc ses études à Bordeaux et le 25 juillet 1929 il épouse Marguerite DUFFANGEIX qui a le même age que lui et qui était étudiante avec lui. Leur mariage est annoncé dans la chronique mondaine de la vie Bordelaise.

En 1930 il est affecté comme dentiste de 2e classe ( JO du 30 avril 1930)

Avec son épouse ils s’installent comme dentistes à Pierre Buffière. Au recensement de 1931, le couple habite rue Nationale avec une bonne.

Leur fils Francis DURENGUE naît à Pierre Buffière en 1932.
M. et Mme DURENGUE possèdent un cabinet secondaire à Nexon, place de la Mairie. Ils consultent habituellement le dimanche; En effet dans le Populaire du 12 décembre 1933 ils annoncent la fermeture de leur cabinet le dimanche 24 décembre, sans doute car c’est la veille de Noel.

Le 22 novembre 1934, M. DURENGUE est nommé dentiste militaire de 1ère classe.

Boulimiques de travail M. et Mme. DURENGUE ouvrent un autre cabinet secondaire à Châteauneuf La Foret le lundi 5 novembre 1934. Et ils en ouvriront d’autres…

En 1935 naît Max, le deuxième enfant du couple.
Au recensement de 1936, la famille habite toujours rue nationale à Pierre Buffière avec leurs deux enfants. Ils ont deux employées, une cuisinière, née à Nexon, et une bonne.

En 1938, M. DURENGUE est promu lieutenant de réserve.

En 1938 il crée deux nouveaux cabinets secondaires, l’un à La Croisille sur Briance l’autre à Chamberet. Il y exerce trois après-midi par semaine.


La même année M. et Mme. DURENGUE annoncent l’ouverture d’ un nouveau cabinet le 9 novembre à la Meyze.

En 1939, la famille réside toujours à Pierre Buffière où M. DURENGUE est inscrit sur les listes électorales.

Lorsque le guerre est déclenchée M. DURENGUE est rappelé sous les drapeaux. Son épouse continue les consultations. Elle annonce que M. FRANÇOIS qui était sans doute leur associé, est démobilisé et reprendra ses consultations à Châteauneuf et La Croisille.

II – D’un cabinet secondaire à l’installation définitive à Nexon
On l’a vu, les DURENGUE avaient ouvert plusieurs cabinets secondaires dont un dernier à Flavignac. Mais celui qui semblait plus particulièrement leur plaire était celui de Nexon ouvert en 1933. Au départ ils s’étaient installé place de l’église mais très vite ils transfèrent leur cabinet place de la République au 1er étage du numéro 9.

1 – La guerre de 1939-1945 et son rôle dans la résistance à Nexon
En 1940, M. DURENGUE a été rappelé au service comme lieutenant. Il est fait prisonnier et conduit en Allemagne. Il sera libéré en 1941 comme personnel de santé. La famille quitte alors Pierre Buffière pour s’installer à Nexon, avenue de la gare. Le cabinet était établi à droite de la maison (X)

Dès qu’il revient à Nexon, comme ce fut le cas de tous les anciens combattants, Guy DURENGUE adhère à la Légion Française des Combattants. En tant qu’ancien prisonnier, il est chargé de la commission aux prisonniers.

Mais très rapidement il ne partage pas les idées du Gouvernement de Vichy et dès 1943 il rejoint la résistance. Notons que l’appartenance à la Légion est une bonne couverture pour son activité clandestine. Non pas dans un maquis car il n’en n’existe pas à Nexon mais comme « légaux », c’est-à-dire ces personnes qui continuent à exercer leurs activités professionnelles habituelles tout en étant en relation avec les responsables de la Résistance. Dans ce cadre il est chargé de créer un groupe de résistant qui, comme lui, sera prêt au moment voulu, à sortir de l’anonymat et combattre l’ennemi. Il n’apparaîtra dans les listes et organigrammes des différentes organisations résistantes qu’à partir de la fin de l’année 1943.
Comme lieutenant de réserve c’est naturellement qu’en novembre 1943 il intègre le 3e bataillon de l’Organisation de résistance de l’Armée (O.R.A.). Cette organisation a été créée le 31 janvier 1943 à la suite de l’invasion allemande de la zone libre en novembre 1942. A sa création elle ne rejoint pas de GAULLE et a comme chefs d’abord le général FRERE puis le général GIRAUD. Le 3 juin 1943, à Alger, les généraux de GAULLE et GIRAUD créent le Comité français de la libération nationale (CFLN) qu’ils coprésident jusqu’en novembre 1943, date à laquelle de GAULLE exerce seul la présidence.
Au 3e bataillon ORA Sud de la Haute Vienne Guy DURENGUE n’ est pas à la tête d’une section de combat mais il est membre de l’Etat-Major. Les chefs sont les chefs de Bataillon PAUTET et de BELENET.

Le 1er février 1944, le Comité français de libération nationale (CFLN), agissant sur ordre du général de GAULLE, regroupe tous les mouvements de résistance qui combattent l’occupant allemand sur le sol national sous le nom de Forces Françaises de l’Intérieur ( FFI) . L’objectif est de coordonner leurs actions en vue du débarquement allié sur les côtes françaises, que chacun sait imminent. Les principaux mouvements concernés sont l’Armée Secrète (AS), l’ORA et les Francs-Tireurs et Partisans (FTP), à quoi s’ajoutent des groupes francs et maquis locaux.
On passe alors de l’ORA à l’AS et réciproquement. Dans le secteur de Saint-Yrieix commandé par le capitaine Charles MICHEL (1894-1977), Guy DURENGUE avec le grade de lieutenant est responsable de Nexon. Il a comme adjoint l’adjudant René LASPERAS, garagiste place de l’église à Nexon. Le capitaine Alfred DUTHEILLET DE LA MOTHE (1904-2001) est responsable du groupe Cussac, le lieutenant Léonce DUFOUR (1908-1963) responsable de Ladignac et Jean Marcel MISME (1916-1987) responsable de Saint Yrieix.

Guy DURENGUE fait partie des quelques résistants qui bénéficie d’un pseudonyme, LARAMET. C’est avec ce pseudonyme qu’il signe, en juillet 1944, un laisser passer à Georges MAUCHIEN, secrétaire au camp de Nexon et 12 septembre il atteste sa participation au 3e Bataillon qu’il a donné entière satisfaction.

Et le 12 septembre 1944 une attestation de service du même Georges Mauchien.

Ce certificat montre qu’au camp de Nexon les gardiens et leur encadrement n’étaient pas tous favorables au gouvernement de Vichy. Un certain nombre d’entre eux étaient entrés dans la résistance et ont favorisé des évasions et délivrés des bons de sortie. Pour un développement voir sur ce blog l’article « Une autre vision du camp de Nexon, la Résistance chez les gardiens et l’encadrement » publié le 6 juin 2025.
Un autre témoignage, n’émanant pas de lui-même, atteste du rôle de Guy DURENGUE dans la résistance. Ce témoignage est celui de Me DURAND, avocat à Limoges, qui en 1944 était lieutenant au maquis Saint Venant à Glandon. Le 31 juillet 1944 il est désigné pour se rendre à Nexon avec un groupe de maquisards afin de sécuriser un parachutage qui doit avoir lieu pendant la nuit.
Me DURAND a écrit deux témoignages, l’un pour le Souvenir Français qui avait invité Me DURAND pour parler de la Résistance à Nexon en particulier d’un parachutage dont il devait assurer la sécurité. L’autre, plus long a été remis à M. et Mme DUGOT qui étaient membre de cette association et qui souhaitaient donner le nom de « carrefour de la Résistance» au croisement de la route de la Meyze avec celle de Ladignac aux Landes.



A la fin de la guerre Guy DURENGUE, le seul à Nexon, est décoré de la médaille de la résistance française. (décret du 15 octobre 1945).

23- Son rôle à la Libération
Après la libération de Limoges, le 21 août 1944, il ne reste plus de forces allemandes dans la région. La Haute-Vienne a officiellement été libérée le 12 septembre 1944.

Dès le 28 août 1944 le COmité Militaire d’Action (COMAC), comité créé par le Conseil national de la Résistance (CNR) pour prendre en charge la direction des opérations militaires en France, dissous les commandements FFI et les 20 et 23 septembre 1944 les FFI sont incorporés dans l’Armée.
Guy DURENGUE va alors s’engager dans les différentes structures pour prendre la suite de l’administration vichyssoise en attendant qu’une nouvelle administration soit mise en place.
Mais dès qu’il est démobilisé il reprend ses consultations.

En novembre 1944 il est élu président du bureau de la section de Nexon du Mouvement de Libération nationale.

Il démissionnera du MLN au début de l’année 1946, dans La Marseillaise du Centre. Ce journal était un organe régional du Mouvement de libération nationale [« puis » organe régional du MUR. Basé à Limoges, il est clandestin jusqu’à la Libération, avec un premier numéro public daté du 8 mai 1945.

Plus tard il sera président de l’association des anciens résistants de Nexon ainsi que de celle des anciens de l’A.S. Le secrétaire en a été Louis Jean PRADEAU, futur maire.

Un titre, pas seulement honorifique, lui sera conféré en mai 1946 : suppléant du juge de paix de Nexon. Le suppléant secondait le juge de paix titulaire dans sa mission de proximité au sein du canton. Il le remplaçait en cas d’absence pour gérer les litiges du quotidien (conflits de voisinage, baux d’habitation) et présider le tribunal de simple police.

Tout en assumant ses charges associatives Guy DURENGUE reprend le rythme des ses consultations dans les différents cabinets qu’il a ouvert.



Ses activités lui laisse cependant le temps d’aller à la chasse et d’y perdre un chien comme le laisse penser cette annonce dans le Populaire du 10 janvier 1946.

FIN de la première partie. Je continuerai une deuxième partie par les témoignages qu’il a écrit pour des résistants et par sa vie à partit de 1950.
Laisser un commentaire