Une visite du cimetière : les plaques en porcelaine

Le cimetière est un lieu de recueillement mais c’est aussi un patrimoine dont la visite est une véritable leçon d’histoire. Depuis quelques années se développe un « tourisme funéraire », pas seulement pour le fameux cimetière du Père – Lachaise à Paris ou l’on peut passer des heures mais aussi pour tous les cimetières. C’est un livre d’histoire dans lequel on rencontre ceux qui ont marqué l’histoire économique, politique ou artistique. Mais c’est aussi un livre d’histoire de l’art. On y voit l’évolution de l’architecture tombale, les symboles funéraires, la décoration des tombes …

En cette période de Toussaint je commence mon voyage dans le cimetière en recensant les plaques en porcelaines. Certaines ont été détruites, d’autres s’abîment, en les photographiant elles échappent aux intempéries et aux vandales …

Les plaques en porcelaine apparaissent en Limousin vers le milieu du XIXe siècle. Depuis 1804 avec la mise en place du système des concessions perpétuelles ou temporaires se développent les tombes individuelles puis le caveau familial.

Des tombes en granit ont remplacé l’inhumation en pleine terre. Pour identifier les défunts graver un nom sur le granit était plus coûteux que de le faire sur une croix de bois. Aussi la plaque en porcelaine devint le moyen le plus fréquent pour laisser à la postérité le nom du défunt mais aussi son âge, son lieu d’habitation et les éléments caractéristiques de sa vie.

Au milieu du XXe siècle la pratique de la plaque en porcelaine a laissé la place à la gravure sur le granit ou sur des plaques en marbre…

La plus ancienne date de 1857. Elle toute simple, en noir et blanc. Elle identifie sœur Elidie. Je n’ai pas trouvé ce prénom. L’Elide est une région de Grèce mais il n’y a pas de prénom qui en est déduit. Je penche pour une erreur du dessinateur que la communauté des sœurs n’a pas voulu corriger ? Ce n’est pas la seule erreur ! je ne pense pas qu’il s’agisse d’une « religieuse de l’instruction du St enfant Jésus » mais de l’institution du St enfant Jésus.

Il ne s’agit pas d’un faux grossier car cette plaque est scellée sur la tombe des religieuses, au dessus de la plaque de la sœur Anne Marie CHAUSSE. Cette plaque de 1865n’a pas la sobriété de la précédente. Elle est sur fond bleu, le texte étant surmonté du dessin d’un cimetière avec des tombes en terre et une en pierre. On peut noter que les deux religieuses sont mortes jeunes, Elidie à 23 ans et Anne Marie à 32 ans.

La troisième plaque la plus ancienne date de 1867. C’est celle de Léonard GIZARDIN, adjoint au maire de Nexon. Sobre, en noir et blanc, elle exprime la peine de son épouse et de ses enfants , « sa femme et ses enfants éplorés » et les qualités qui lui sont reconnues «  »époux vertueux » et « le meilleur des pères ». Il est mort à 51 ans, ce qui est jeune en 1867.

En 1869 la plaque d’Henriette NOUHAUD est sobre, cerclée d’une bordure noire épaisse et sur le fond blanc de la plaque une tache de couleur avec l’image d’un cimetière aux couleurs d’automne. Ici encore c’est une très jeune fille décédée à l’âge de 9 ans.

Sur la même tombe ont été rajoutées deux plaques, l’une très sobre de 1886 pour Jacques NOUHAUD décédé à 71 ans et une plaque très récente, rarement utilisée alors, pour Reine Marguerite Aymard décédée le 16 avril 1980 à 78 ans.

Avec ces 7 plaques on voit se dessiner, autours de la forme circulaire des plaques, deux catégories, celles qui sont très sobres avec une écriture noire sur fond blanc et d’autres avec des dessins en couleur représentant soit un cimetière soit des fleurs sous forme de pensées.

Avec la plaque suivante on passe à la forme rectangulaire. La première, de 1876 est de Marguerite FOURNIER, épouse BONNET. Cette plaque a été réalisée par sa fille, Louise BONNET. Le texte qu’elle écrit invoque son père, Jean Baptiste BONNET décédé en 1859 à 43 ans, sa mère qui vient de la quitter et sa sœur Marie décédée en 1871 à 27 ans. Elle n’évoque pas sa sœur Marguerite décédée à sa naissance en 1943 et qu’elle n’a pas connue. Ses vœux ont exhaussés puisqu’elle c’est mariée et a deux garçons, Martial et Pierre RICHARD qui ont été entrepreneurs de transport et hôtelier à Nexon.

C’est une très belle plaque dont le décor vert de l’espoir éclaire la tombe d’une veuve entourée de 4 garçons. Elle se trouve sur une tombe dans la partie ancienne du cimetière, tombe qui n’a pas l’air d’être entretenue mais dont la plaque doit etre protégée comme valeur patrimoniale.

Louise BONNET est décédée en 1901 à 51 ans et ses enfants ont fait réaliser une plaque à sa mémoire. Elle n’est plus ceinte de noir mais d’or et le dessin du cimetière est un paysage de montagne avec des sapins et des croix qui s’élancent vers un ciel très lumineux.

En 1880 une nouvelle plaque rectangulaire est scellée à la mémoire de Pierre FRUGIER. Elle est très différente de la précédente, sur fond gris c’est le frère du défunt, martial FRUGIER qui lui manifeste son affection. Les deux mains qui se tiennent apportent la touche de couleur et sont le pendant du mot AMITIE écrit en lettres blanches sur une bannière noire.

Cette même année 1880, une autre plaque rectangulaire a été apposée par les collègues de Léonard GUYONNAUD qui travaillait aux chemins de fer de l’Etat à Saintes. Il est décédé à 35 ans et les pensées traduisent les regrets de ses collègues.

Il n’y a pas d’autres plaques rectangulaires avant l’année 1910. On retrouve les plaques circulaires comme celle de martial PELOPIDAS décédé à Nexon en 1879. Toujours cerclée de noir elle est illuminée par le dessin très vert d’un cimetière où se mélangent arbres et fleurs.

La même année Marie LACOTE est décédée mais la plaque n’a pas été faite à ce moment mais lors du décès de son beau-frère, Jean JOUHAUD en 1890. Le texte est en partie effacé, le dessin est celui d’un cimetière avec des fleurs et des arbres et la plaque est cerclée d’un cercle doré entouré de deux cercles noirs.

En 1885, avec les mêmes cercles entourant la plaque d’Anna AYMARD, décédée à 6 ans, un bouquet de pensées invite à ne pas l’oublier.

La même année la plaque de Jeanne PUYDENUS est toute cerclée d’or et un bouquet d’immortelles de plusieurs couleurs lui donne un éclat joyeux.

Jusqu’en 1910 on ne trouve dans le cimetière que des plaques rondes que voici.

Jeanne GUYOT est décédée le 17 décembre 1887, âgée de 19 ans, moins d’un an après avoir épousé Jean PIQUET, charpentier à Nexon. entourée de cercles noirs la plaque trouve de la couleur avec les deux mains entrelacées.

La plaque d’Azarie-Marie CEAUX décédée en 1888 est très sobre. En noir et blanc elle nous apprend que Azarie-Marie est née en Guadeloupe en 1813. Au recensement de 1886 elle est déclarée « connaissance ». Elle est inhumé dans le caveau des MORTEROL.

En 1891, une autre plaque très sobre pour Anna THOMAS décédée à 78 ans.

En 1892, Jean CHIROL a une plaque illustrée par des pensées.

En 1898 la plaque d’Ezida BONNET décédée à sa naissance est également décorée de pensées. A côté, la plaque de Jean BONNET, ancien sous officier de la guerre 1870, est en noir et blanc.

La même année, la plaque de Madeleine CHIROL est illustrée d’une pensée.

L’année suivante, en 1899, la plaque de Marie GUYOT, décédée à 17 ans est également illustré d’une pensée.

Au dessus de cette plaque, celle de François GROPAS, sans indication de dates. Le cercle noir est très épais, le dessinateur a écrit le prénom plus gros que le nom mais le dessin occupant près de la moitié de la plaque lui donne son originalité.

Avec le début du XXe siècle on retrouve la plaque de Louise BONNET déjà présentée et celle de Jean CHIROL. Elle est cerclée d’or, les lettres du nom sont également rehaussée d’or et la pensée jaune donnent à cette plaque un éclat qui contraste avec le côté funèbre de la plupart de celles que l’on rencontre.

En 1903, Anna FONTANILLE bénéficie elle aussi d’une plaque rehaussée d’or avec le dessin d’un cimetière en pleine verdure. On va peut-être retrouver les cimetières d’antan avec l’engazonnement des allées mais il manquera les arbres que l’on trouve dans les cimetières américains.

Sous cette plaque, celle de Jean Périchoux, décédé en 1907, avec un autre motif de cimetière. Elle est ébréchée, peut-être du fait de collectionneur qui cherchent à les desceller mais qui renoncent devant le risque de les détruire. Mais tous n’ont pas cette sagesse!

1905 nous offre une belle plaque, dans le même style que les trois précédentes. L’or a remplacé le noir et le dessin, ici un cimetière, est au milieu des arbres et des fleurs. Flavie PEJOUT est la seconde épouse de Pierre LAUZEILLE, marchand de vin et propriétaire de l’Hôtel du Nord.

On fait un bond en 1910 pour trouver la plaque de François L’ARCHET. On peut être surpris du nom de François, écrit comme l’archet du violoniste. par contre le nom est écrit conformément à l’état civil sur la la plaque de son épouse, au dessous de celle de son époux : François LARCHER. Les deux plaques sont dans le même style, seul le dessin des pensées change.

En 1911 la plaque de Charles RIHAC est sobre, en noir et blanc tandis que celle de son épouse décédée en 1916 est égayée d’un bouquet de pensées.

En 1910, une plaque rectangulaire, annonce la sépulture d’Albert CHARETT. Il était le fils d’un jockey de l’écurie du baron de Nexon. C’est une plaque sobre, entourée d’un filet d’or.

Avec la guerre de 1914 – 1918 on retrouve les plaques rectangulaires pour rendre hommage aux soldats décédés. Dès le mois d’aout 1914 tombent les premiers nexonnais ( voir l’article Nexon en 1914 publié le 30 juillet 2014). Dans le cimetière on trouve la plaque de Jean ROCHE, tué le 31 aout 1914. Figure ensuite le nom de son frère Jean Baptiste tué le 28 mai 1918. Ainsi la guerre a pris leurs deux fils aux parents ROCHE. faut-il s’étonner que le troisième nom sur la plaque soit celui du père, mort le 1er juin 1920 à 59 ans. Le drapeau français est largement représenté sur cette plaque.

Un mois plus tard, le 26 septembre décédait à 31 ans François DUDOGNON. Le nom de son épouse, Mélanie MARGINIER est en aussi grosses lettres que le sien comme pour les associer dans l’éternité. La plaque est sobre, sans drapeau tricolore mais en clamant « Honneur à ceux qui sont tombés pour la France »

La plaque suivante est très abimée. les couleurs des drapeaux et des décorations ont été effacées. Il reste la photo et le nom d’ Antoine MAZAUD, mort pour la France le 25 septembre.

Le même jour était tué Léon Michel TOURAUD. Les couleurs des décorations sont intactes. A gauche la médaille militaire, considérée comme la Légion d’honneur des sous officiers et à droite la croix de guerre avec étoile et palme. L’étoile de bronze résulte d’une citation au niveau du régiment et la palme de bronze d’une citation à l’ordre de l’armée.

En 1916, Jean VALERY, mort à 22 ans, est décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec étoile et palme.

En 1917 Pierre FAYE, âgé lui aussi de 22 ans a été tué. Deux belles plaques, réunies sur un support en marbre, rappellent le sacrifice de ce garçon face aux mitrailleuses de l’ennemi.

La même année Jean LATOUILLE est tué à 31 ans. Ses décorations ne sont pas dessinées mais nommées, la médaille militaire et la croix de guerre avec trois citations. Les couleurs sont bien conservées ,

En 1918 Mathieu DESMAISON est grièvement blessé. Il reçoit la médaille militaire et la croix de guerre avec étoile et palme. Il mourra presque sept ans plus tard, le 25 fevrier 1925. Il n’y a pas de drapeau français mais ses médailles dont les couleurs ne sont pas passées.

Toujours en 1918, une plaque très abimée, sans drapeaux ni médailles nous rappelle que Jean LATOUILLE, marié avec Marie LAMOURE a été tué au front le 18 octobre 1918. Il avait une fille, Marthe, née six mois avant la mort de son père.

Toutes les tombes des soldats tués au front n’étaient pas ornées de plaques rectangulaire. C’est le cas de Simon MAUD, mort le 8 mars 1916. La plaque est réalisée par sa mère, marie DESMONT, son époux étant décédé avant même la naissance de son fils. Quelle vie pour cette femme qui perd son mari, qui élève seule son fils et qui le voit disparaitre à l’aube de ses 21 ans.

Tous les décès pendant la guerre n’étaient pas ceux de soldats. Les plaques sont alors rondes et ressemblent à celles que nous avons vu auparavant. C’est le cas des trois plaques, toutes du même style pour Suzanne JOUVIE, épouse PAUZAT, décédée le 25 mars 1916 à 72 ans ; Alexandre MARIAUD, décédé le 21 avril 1918 dans sa 73ème et Anne TEYNEDE, épouse MARIAUD, décédée le 3 octobre 1919 à 72 ans.

La plaque de Marguerite CHIROL, épouse LATOUILLE est dans le même style que les trois précédentes, à la seule différence que les pensées sont de plusieurs couleurs, avec du jaune, du blanc … ce qui est moins funèbre que les pensées de couleur violette, symbole du deuil.

La plaque de Jean PRADEAU, décédé en 1917 à l’âge de 80 ans est cerclée de doré et un cimetière dans la verdure lui donne une luminosité d’espérance.

La plaque de Pierre CHIROL dans le même style que la précédente est moins lumineuse. mais ce qui est choquant c’est le vide laissé par la plaque qui était au dessus et qui a disparu…

La plaque de Pierre SILVY, cerclée de noir, prend de la couleur grâce aux pensées où se mêlent le jaune, le violet le marron et le vert.

Cachée par la végétation la plaque de Louis DEZON, décédé le 27 janvier 1919 est très lumineuse avec les mains entrelacées sur fond de ciel bleu.

La fréquence des plaques en porcelaine diminue et après 1918 on en trouve une tous les trois ou quatre ans. Ainsi en 1925 celle de Madame CHAUSSE, décédée le 11 octobre 1925. Les pensées donnent de la couleur à cette plaque cerclée de noir.

Puis en 1936, la plaque réuni Léonard PEYRICHOU décédé en 1933 et son épouse Catherine BUISSON décédée trois ans plus tard.

En 1937 la plaque d’Antoine COMBROUZE nous rappelle qu’il est un ancien combattant de la guerre de 1870. Il était, à Nexon, le dernier témoin de cette guerre.

En 1938, Eugénie DESROCHES, épouse de Jean SYLVIE décède. Nous avons déjà rencontré la plaque de Pierre SILVY, décédé en 1918 dont l’épouse était Eugénie DESROCHES. Une fois veuve elle c’est remariée le 3 octobre 1922 avec Jean SYLVIE. C’est le même nom mais pas la même famille !

Sans date, une plaque qui réuni deux belles sœurs. Les mains qui s’entrelacent sont celles de deux femmes.

Une plaque sans date pour la famille BOYER-VERGNE, la première qui indique qu’il s’agit d’une concession perpétuelle.

Il y a d’autres plaques rectangulaires, comme celle de la famille MOMOT,

ou celle de la famille COMBROUSE LAROUDIE

Sur la partie la plus ancienne du cimetière on trouve la plaque d’Aubin AYMARD, décédé en 1948. Elle rappelle son parcours professionnel, politique et militaire, tous très riches.

Sur la tombe Aymard plusieurs plaques rondes, dont celle d’Anna Aymard présentée plus haut.

Pour clore ce premier volet d’une promenade dans notre cimetière une vue de la partie ancienne :

Et du vandalisme:

Un certain nombre de tombes ne sont plus entretenues et se détériorent. la recherche des descendants n’est pas aisée. Le dépôt d’une pancarte peut permettre d’attirer l’attention de quelqu’un qui va prévenir un membre de la famille qu’il connait. Ce blog m’a ainsi permis d’aider M. BALAIZE à faire rénover la tombe de sa famille dont le dernier ancêtre était décédé en 1908. La tombe était en très mauvais état. Elle a été rénovée et j’ai pu rencontrer M. BALAIZE lors de sa visite à Nexon sur la tombe de sa famille. J’ai raconté son histoire sur ce blog.

La tombe rénovée et la plaquette qui annonçait la reprise possible est maintenant inutile.

Pour une vision plus large que le seul cimetière de Nexon lire le livre de Jean-Marc Ferrer et Philippe Grancoing « Des funérailles de porcelaine -L’art de la plaque funéraire en porcelaine de Limoges au XIXe siècle » Culture et patrimoine en Limousin 2000.

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