L’histoire de Nexon vue à travers les délibérations du conseil municipal : III -la Révolution 1793 (début de l’an II)

Le 1er janvier 1793 se présenta à Nexon devant le Conseil Général de la commune, le sieur BONNET de St-YRIEIX, premier adjudant de la Légion du District de St-Yrieix, et qui expliqua qu’il était nécessaire de donner plus de liaison et d’activité a la force armée. Que dans le but de faire respecter la loi et de faire face aux événements il était nécessaire de réunir les citoyens de Nexon qui composent le « bataillon » de Nexon, afin de procéder à la nomination des officiers et sous-officiers dans les postes vacants.

Il déclara également que des officiers et sous-officiers ainsi que quelques soldats avaient paru suspects et qui si les armes leur avaient été retirées, c’était dans l’intérêt de la Nation, mais que ces armes seraient immédiatement remises aux nouveaux, faisant preuve de fidélité et ayant donné leur preuve de civisme.

Cette déclaration fut portée par le greffier à toutes les municipalités du Canton avec invitation d’en prendre grande considération.

Le 3 janvier le Conseil Général se réunit à nouveau pour délibérer sur la pétition du citoyen curé de Nexon, relative à la fourniture du culte. Il fut décidé de lui payer une somme de 60 livres à prendre sur les fonds de la Fabrique.

Le 21 janvier 1793, le gouvernement révolutionnaire exécute Louis XVI.

Le 3 février l’Etat Major de la Garde Nationale, au nombre de 35, se réunit à l’Eglise de Nexon, sous la Présidence de SAZERAT, Procureur de la commune, et le citoyen DELIGNAT de LAVAUD fut élu Commandant par 34 voix et l’assemblée s’ajourna au dimanche suivant.

Les billets de confiance

A Bordeaux, en mai 1790, industriels et commerçants, ayant à payer leurs ouvriers, forment une société pour émettre des billets de faible valeur cautionnés par une réserve d’assignats de valeur correspondante permettant l’échange (il s’agit à cette date, d’assignats de 200 livres et plus). Cet exemple est immédiatement suivi à Marseille, Lyon et Montpellier. Des sociétés philanthropiques et des négociants émettent des assignats. Cependant, ces billets émis à usage interne (par les industriels pour payer leurs ouvriers, par les propriétaires fonciers pour payer les journaliers) et sans reconnaissance officielle, rencontrent la même défiance que les assignats. Pour remplacer les billets de confiance, dont la prolifération devient incontrôlable, l’Assemblée Législative décrète le 4 janvier 1792 une émission d’assignats de faible valeur (10, 15, 25 et 50 sols) et décide par la loi du 1er avril 1792 de laisser en circulation les billets émis par les sociétés et les particuliers, après le contrôle de leur caisse, mais de leur interdire toute nouvelle émission.

Le 8 février le Conseil Général de la commune désigne les citoyens GUYOT et DESMOULINS pour ramasser dans le Canton tous les billets de confiance qui circulent.

Le 3 mars la dame TOUZAC des ETANGS, épouse de CHARLES DAVID des ETANGS émigré, adresse une pétition pour reprendre la jouissance de sa maison de Nexon qu’elle avait été obligée d’abandonner sous les menaces. Le conseil fit droit à sa demande et obligea l’occupant à quitter les lieux immédiatement.

Le 15 mars le Conseil Général désigne GUYOT, Juge de Paix, pour procéder au recrutement des hommes du contingent que doit fournir le Canton de Nexon, conformément au tableau de répartition dressé par le district de St-YRIEIX.

La garde nationale est envoyée dans les Deux Sèvres

Le 18 mars le Conseil se réunit extraordinairement et de toute urgence à 7 heures du soir, ou le citoyen SAZERAT Procureur, l’informa que des troubles sérieux se produisaient dans le département des Deux-Sèvres, que ces attroupements dévastaient le pays et qu’il était urgent de rétablir l’ordre. Le Conseil décida aussitôt d’envoyer 70 citoyens de la Garde Nationale de Nexon, voler au secours de la Patrie menacée dans les Deux-Sèvres. – Que demain 19 à la première messe ils seront avertis par le citoyen curé et le greffier de se rendre sans perdre de temps sur la place de Nexon pour se rendre ensuite à St-Junien lieu de rassemblement.

– Que le percepteur de l’impôt versera entre les mains du commandant la somme de 132 livres 7 sols pour fournir à la dépense des 70 hommes qui vont marcher. Il décida en outre de siéger en permanence en la Maison Commune.

Il fut ouvert un registre pour l’inscription volontaire des 24 soldats que devait fournir la commune pour le contingent ; mais comme aucun citoyen ne s’était présenté, il fut décidé de procéder par voie de tirage au sort. Il y fut procédé sur la place publique en grande pompe, au milieu des cris et d’un grand désordre, chacun attendant si le sort lui était ou non favorable.

Le Conseil entra en la maison commune et chargea le sieur SIRIEX d’acquérir chez tel marchand d’habits de Limoges qu’il lui plaira de choisir les étoffes en drap, doublures, toiles et autres marchandises qu’il faudra pour l’équipement et l’habillement de ces 24 soldats et le tout le plus promptement possible.

Le 23 mars, SIRIEIX rendit compte qu’il s’était rendu à Limoges, chez plusieurs marchands, qu’il avait trouvé que très peu de drap et encore à un prix exorbitamment cher, et que dans la commune il n’y avait pas de tailleur capable de faire lesdits habits. Et le Conseil décida de rendre compte au district de son impuissance à habiller ses soldats.

Le 26 mars se présenta devant le conseil, le Citoyen BARNY de ROMANET qui avait un certificat de résidence pour la commune de NEXON, le citoyen DE GAY de NEXON retour de COGNAC où une maladie cruelle l’avait retenu et qui sollicitait un certificat de civisme, Certificat qui lui fut aussitôt délivré.

Création d’un Corps de Garde

Le 31 mars la Municipalité décida que les circonstances actuelles imposaient la création d’un corps de garde pour maintenir l’ordre. Il fut procédé à la création de ce corps de garde qui se tenait en permanence dans la maison la plus proche de la maison commune pour le maintien de l’ordre public.

Il fut décidé qu’une garde d’honneur accompagnerait la relique de St-Ferréol lors de la procession qui sera faite mardi et à laquelle assisteront Messieurs les Officiers Municipaux.

Le 2 avril, la municipalité procéda à l’inventaire de tous les chevaux se trouvent sur le territoire de la commune et procéda à leur réquisition. Elle fit porter l’inventaire au district de St-YRIEIX.

Le 12 avril sept citoyens se présentèrent pour requérir un certificat de civisme et de résidence en faveur de la dame Radegonde SAZERAT de la JONCHERE, Religieuse à la Règle en la ville de LIMOGES, qui voulait se retirer chez son frère SAZERAT Officier Municipal.

Le 20 avril, il fut décidé que les citoyens SIRIEIX, Maire, et TARRADE, Officier Municipal, se rendraient à Limoges pour parler aux administrateurs du département, et leur dire que la municipalité n’a aucun fonds entre ses mains pour pouvoir payer le contingent de grain qui est attribué à la Commune et de les autoriser à emporter ce grain de l’entrepôt et d’ouvrir une souscription volontaire pour le payer.

Le 10 mai c’est le citoyen curé DUMOULIN qui présente une pétition en vue de la réduction de ses impôts fixés par le district à 953 livres 48 deniers et disant que jamais pareille injustice fut faite à son égard. Le Conseil ramène la somme à 50 livres.

Renforts de la Garde nationale pour la Vienne

Le 10 mai il fut décidé que les officiers de la Garde Nationale partiraient en renfort pour la Vienne. Que tous les propriétaires de chevaux les conduiront le dimanche prochain sur la place publique pour en fournir aux officiers partants qui en manquent, conformément aux instructions du Comité de salut Public.

Et le dimanche des chevaux se trouvant sur la place, après visite, il en fut donné un aux citoyens DE COULAC, Pierre LELONG, Simon RICHARD, Jean GUYOT. Trois furent payés 300 livres pièce et le 4ème appartenant aux Haras de Nexon 500 livres.

Ces mêmes citoyens étaient dépourvus de manteaux, le conseil à requis les citoyens J.B. RAFFARD, Gabriel de BEAUNE de BORIE, veuve Jeanne PRADEAU et Jean LELONG jeune, de fournir les leurs, ce qu’ils firent de bonne grâce. Et leurs manteaux portés en la maison commune furent estimés par Pierre RICHARD, tailleur expert. Celui de LELONG le plus beau à 90 livres. Tous avaient un sabre sauf Simon RICHARD, mais Martial LIMOUSIN lui donna le sien en lui disant de bien s’en servir et de défendre la Patrie de toutes ses forces.

C’est le 24 mai 1793 que fut décerné à Jean Baptiste Ferréol GAY de NEXON, le certificat de civisme attestant sa fidélité à la République.

2 juin 1793 début de la Terreur

Les Girondins sont arrêtés ou s’enfuient en essayant de soulever le peuple des provinces mais sans succès. La plupart sont attrapés et guillotinés. Les Montagnards prennent le pouvoir et font régner la terreur pendant 13 mois. Rien de particulier ne se passe à Nexon.

Le 28 juillet il fut commandé pour la défense publique 60 piques à Pierre FAYARD, serrurier à Nexon. Ce fut SAZERAT de la Jonchère qui les mancha et il reçu 10 sols pour chaque manche.

Le 20 août, Beaune BORIE réclama son dû pour réquisition de son costume, de deux épaulettes et de son sabre pour l’armée de Vendée.

Le 22 septembre attestation délivrée à François TARRADE, chirurgien à NEXON depuis 1790, âgé de 26 ans, qui a suivi les cours à Montpellier avec distinction.

Début de l’An II (22 septembre 1793).

Le 22 septembre 1792, lendemain de l’abolition de la royauté et jour anniversaire de l’adoption du premier article de la Constitution de 1789 la Convention nationale décréta que « Tous les actes publics sont désormais datés à partir de l’an I de la République ». Le 20 septembre 1793 Charles-Gilbert ROMME présente à la Convention ce qui deviendra bientôt le calendrier républicain. Après certains ajustements, il entra en vigueur à partir du lendemain du décret de la Convention nationale du 14 vendémiaire an II (5 octobre 1793).

Les noms associés aux mois du calendrier républicain ont été choisis par le poète Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d’Églantine (1750-1794). L’année républicaine commence avec le mois de vendémiaire, mois des vendanges, correspondant à la période du 22 septembre au 21 octobre. Puis suivent les mois de brumaire (des brumes), et frimaire (des frimas) ; nivôse (des neiges), pluviôse (des pluies) et ventôse ; germinal (de la germination), floréal (des fleurs) et prairial (des prairies) ; enfin messidor (des moissons), thermidor (des chaleurs) et fructidor (des fruits).

Les noms associés aux jours du calendrier républicain ont également été choisis par Fabre d’Églantine, parmi les noms de fleurs, d’arbres, de plantes diverses, d’animaux et d’outils agricoles, comme il s’était inspiré, pour les noms des mois, du rythme des saisons et des événements naturels qui y sont associés : ainsi l’année républicaine commence avec le mois de vendémiaire, mois des vendanges, correspondant à la période du 22 septembre au 21 octobre.

Le 25 octobre ordre fut donné dans toutes les communes du Canton d’amener les chevaux sur la place publique de Nexon afin qu’il en soit choisi 6 pour la cavalerie, le citoyen François CAYOLLE de la Ville de St-YRIEIX étant désigné comme expert pour procéder à leur toisement et estimation.

Mais la réunion la plus importante fut celle qui eut lieu le quatorzième jour du second mois de l’an second de la République. Le Conseil Général qui depuis de nombreux mois siégeait en permanence commençait à être fatigué par suite du travail qui devenait pour la municipalité de plus en plus conséquente.

Aussi fut-il décidé de répartir le travail entre les six officiers municipaux et par décade, chaque officier étant assisté de deux notables :

1° décade : TARRADE assisté de Jean GUYOT dit Bigarot et de Jean BONNEAU du Brouillet ;

2° décade : GUYOT assisté de Pierre BONNEAU de Leyraud et de Jean DESPLANCHES dit Planchaud ;

3° décade : Pierre VALETTE assisté de Martial DUMOULIN et de Jean JAYAT ;

4° décade : Léonard PRADEAU assisté de Martial LIMOUSIN et de Gabriel MEYNIER ;

5° décade : Pierre SAZERAT de la Jonchère assisté de Clément LELONG et de Jean RICHARD ;

6° décade : SIRIEX Maire assisté de Gabriel de BEAUNE et de Mathurin PEYMARD et le citoyen BONNET secrétaire devant toujours siéger. Sanctions :10 livres par journées d’absence, ces sommes étant affectées aux réparations de la Maison Commune.

Répression de l’abus de boisson

Ce même jour, le quatorzième jour du second mois de l’an second de la République, le conseil décida de réprimer les abus de boissons qui se commettaient dans les cabarets de Nexon. En effet des individus ne quittaient plus les cabarets, buvant énormément de vin qu’ils réglaient avec le pillage de certains biens. Il fut donc décidé que chaque aubergiste ne pourrait donner à chaque personne qui ira boire dans son cabaret qu’une demi-pinte de la mesure de Nexon, sous peine de dix livres d’amende en faveur des pauvres et du double en cas de récidive. En outre il taxe les produits de première nécessité dont une liste très complète fut dressée, publiée et affichée dans les cabarets, à l’Eglise et sur la Place Publique.

La lutte contre les langues locales et l’imposition du français

Plusieurs textes vont se succéder à la fois pour créer des écoles et pour que seul le français y soit enseigné. Il a été ainsi décidé par la Convention :

– le 21 octobre 1793, d’instituer des écoles primaires d’État où la langue utilisée serait exclusivement le français ;

– le 26 octobre 1793, de rappeler, par décret, que l’instruction ne se faisait qu’en langue française ;

– le 17 décembre 1793, le Comité de salut public interdisait l’usage de l’ « allemand » en Alsace;

– le 27 janvier 1794, d’adopter un décret dans le but d’empêcher les populations de se laisser abuser à la faveur des langues locales (nomination dans les dix jours d’un instituteur francophone dans toutes les communes où on ne parle pas le français).

Le 5 brumaire an II (26 octobre 1793) pour assurer le principe d’Egalité la loi oblige le partage égal des héritages entre les héritiers des deux sexes, y compris les enfants naturels. C’est une rupture juridique, qui parce qu’elle met fin aux privilèges de l’aînesse et de la masculinité.

Démission du maire pour raison de santé

Les affaires municipales n’allaient pas trop bien car il fallait siéger en permanence, et statuer sur toutes les réclamations, journellement et assurer la police. Le Maire SIRIEIX déclara que pourvu d’infirmités et malade il donnait sa démission et de bien vouloir le remplacer. Cette démission fut présentée le 23 Brumaire an 2 de la République*. On essaya vainement de faire le recensement de la population de la Commune, en triant les citoyens actifs des autres, mais les archives ne portent pas le résultat définitif, il semble donc que les Officiers Municipaux aient trouvé certains empêchements et qu’ils aient abandonné.

*Première apparition d’une date avec le nouveau calendrier dans le registre des délibérations

Les noms les plus cités sont Gay de Nexon, Lelong, Pataud, Pradeau, Jouhaud, Guyot, Cheminaud, Lombertie, Gizardin, Tarrade, Limousin, Duverneix, Albin, Sazerat, Vergnolle, Granger, Desplanches, Bonnet, Chirol et Thomas.

Le 30 brumaire, il fut délivré un laisser passer au sieur JOUHAUD, chargé de conduire à Limoges un chargement de seigle et de châtaignes à charge par lui que dans six jours il soit de retour et montre à la Municipalité un certificat délivré par celle de Limoges attestant que les denrées ont bien été livrées.

Les maisons des émigrés sont pillées

Le 12 frimaire, le Procureur de la commune informa la municipalité que des individus se livraient à des vols, brigandages les plus affreux, en enlevant serrure dès portes, châssis des croisées pour pénétrer dans les maisons des émigrés et qu’ils ont même pillé les meubles de la Maison commune. Que les biens des émigrés appartiennent à la Nation et doivent être protégés. Qu’il lui a été indiqué qu’un des principaux chefs de ces pillages est un nommé DENIS de Mazérieux.

Aussitôt TARRADE, GUYOT, DESMOULINS, Officiers Municipaux, et SAZERAT, Procureur, et les citoyens SIRIEIX et CATODE, défenseurs nationaux, se sont rendus chez DENIS. Sa fille refusa les clefs et de laisser perquisitionner mais les défenseurs SIRIEIX et CATODE s’emparèrent de la fille, forcèrent les portes et tout le monde pénétra dans la maison où deux coffres et un placard furent ouverts. Il fut trouvé onze clefs de différentes grandeurs et de nombreux effets volés et reconnus. Des serrures fracturées des maisons nationales, une bride de cheval neuve, un ciel de lit, trois feuilles de plomb.

Tout fut transporté à la maison commune et il fut donné avis par tambour, que les bons citoyens seraient invités à dénoncer ceux qui se trouvent avoir participé à ces vols et brigandages.

La famine sévit encore

Le 18 frimaire la famine se fit sentir de plus en plus, et il fut décidé de procéder à un recensement sur perquisition des seigles, froments, ballarge, orge, avoine, blé noir, pommes de terre pour en distribuer à ceux qui n’en n’ont pas, afin qu’ils ne meurent point de faim.

Le 18 frimaire an 2, le curé Elie Martial DESMOULINS donna sa démission de curé de Nexon et ne plus exercer ses fonctions sacerdotales.

Ce même jour escorte est faite à la voiture de TEISSIER de Bosmarèche pour conduire un chargement de froment à la Chapelle Montbrandeix et de ramener un chargement de châtaignes.

Tirage au sort pour servir dans l’armée

Ce même jour encore tirage au sort de quatre citoyens pour servir dans l’armée révolutionnaire du district. Ce fut fait en public, et le sort désigna Jean MAUZEREIX, Jean SAZERAT dit Germain, François PERRIER et François DEVILLE. Ils se rendront à St-YRIEIX aussitôt.

Le maire reprend sa démission, son état de santé s’est amélioré

Le 30 Frimaire de l’an 2 le sieur SIRIEIX, Maire de la Commune, qui avait donné sa démission pour raison de santé, déclara que son état s’étant amélioré, il désirait reprendre ses fonctions, voulant être utile au Public autant que ce sera possible.

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