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Le barbichet

6 novembre 2017 | Posté par admin dans Connaissance de Nexon | traditions

Depuis la plus haute antiquité les femmes dissimulent leur chevelure. Cette pratique a été confortée par les religions qui rappellent que « la femme … doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend  » (Saint Paul, 1ère Lettre aux Corinthiens, cette injonction aux maris, » Prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes de croyants un voile sur le visage  » (Coran, sourate XXXIII).

Au XVIIe siècle, les religieuses de St-Vincent de Paul seront les premières à porter de larges coiffes, les cornettes.

À ce motif religieux, la coiffe remplit un rôle utilitaire : elle protège du soleil, du froid et la pluie.

Mais dans tous les milieux la coiffe et la coiffure vont remplir une fonction esthétique. Et puisque la religion impose à la femme de cacher sa chevelure elle orner sa coiffe de dentelles, parfois très luxueuses.

  • La naissance du barbichet

Chaque région, chaque paroisse a sa coiffe qu’on identifie immédiatement. A côté de l’Alsacienne, de la Bigoudène, de la Saintongeoise… la Limousine ne dépare pas. Mais à la différence de ces homologues la coiffe des limousines ne porte pas le nom de son territoire.

G-Michel Coissac dans son ouvrage « Mon Limousin » publié en 1913 écrit : « Le barbichet se portait déjà à la Renaissance comme en témoignent d’anciens « émaux de LIMOGES » conservés. Il avait à la campagne des proportions modeste, les « barbes » assez courtes et non empesées retombaient au niveau du visage

Le barbichet semble venu du Nord, très probablement de la Flandre ce qui explique qu’il n’ait pas un nom limousin. Le mot barbichet a été introduit dans la langue limousine tel qu’il est arrivé du Nord.

Le poète occitaniste Jean Rebier (1879-1966) a consacré un long article au barbichet dans le numéro de mai 1929 de la revue « La vie Limousine et la Brise », repris dans une petite brochure publiée la même année. Il n’est pas séduit par l’hypothèse flamande et rappelle que les émailleurs de Limoges copiaient des productions flamandes ! Il affirme, avec une quasi-certitude que « le barbichet, de de sa naissance à sa disparition, fut toujours appelé « la coiffe » par celles qui le portaient. Ce fut seulement vers 1900, quand la littérature s’en mêla, que ce déplorable vocable fut employé ». Pour lui le barbichet est une coiffe moderne qui se pose sur la tête des belles limousines comme un papillon sur une rose.

Trouvant son origine dans les bonnets de toile à barbes de mousseline, le barbichet naquit vers 1840, sans doute grâce au talent des dentellières d’Aixe sur Vienne qui eurent l’idée d’allonger les ailes de leur coiffe et de les broder plus finement. En effet les dentellières d’Aixe ont acquis une belle réputation de finesse et ainsi leur broderie réalisée sur un tulle porte le nom de « Point d’Aixe ». La dentelle d’Aixe a connu son apogée lors de l’Exposition Universelle de 1878.

Ainsi Aixe devint le centre de rayonnement du barbichet. Les femmes le portaient de Saint Laurent à Pierre Buffière et de Nantiat à Nexon.

Carte de rayonnement du barbichet en Haute Vienne d’après Jean Rebier-1939

Le barbichet est composé de trois parties :

1-            Un bonnet (ou bassin) de mousseline brodée qui enserre le chignon

2-            Deux longs rubans de satin moiré ou broché de couleur crème ou bleu pâle, posés à la base du bonnet

3-            Deux larges ailes ou barbes en dentelle sur tulle richement brodées qui s’envolent et se replient sur le front.

La dentelle est composée de fleurs, roses, églantines, marguerites…

Sa mise en forme est réalisée grâce à un délicat amidonnage. Les dentelles, tulles et mousselines doivent être entièrement ou en partie amidonnés, sans cela les coiffes pendraient sans doute lamentablement autour du visage.

 

Barbichet en pièces détachées, chez Lili. Doc de référence : » Les Coiffes du Limousin – Édition Lemouzi à Tulle (19) n°185-2008

  •  Les éditeurs de cartes postales l’ont fait connaitre dans tout l’hexagone.

C’est une jeune femme avec son barbichet qui nous accueille à Nexon sur cette carte postale expédiée le 3 janvier 1907.

Les deux cartes suivantes sont les plus anciennes que je possède, la première a été écrite le 10 juin 1902 mais non postée, la seconde a été postée à Chalus le 2 octobre 1903le 
Des dizaines de cartes ont été éditées parmi lesquelles :

Le barbichet de face et de dos

 

Une Limousine au regard triste (13 août 1912)

Un barbichet pour le

Les enfants aussi portent le barbichet:


Des images  reproduisent également des femmes portant le barbichet. par exemple cette publicité pour le chocolat Guérin-Boutron avec une faute de frappe avec Nexon écrit Vexon!

Et cette image d’une des collection de F. Nathan qui a du largement être utilisée comme bon point …

  • Pour la fête à Nexon en 1900, les hommes portent le canotier et les femmes le barbichet.

  • Le déclin du barbichet

Cette belle coiffe blanche a été la vedette de l’Exposition de Limoges en 1903, mais son déclin était amorcé car elle n’était plus portée que par des femmes âgées de plus de quarante ans.

A Limoges, l’Ecole du Barbichet, créée en 1923 par l’avocat René Farnier, se consacrait au théâtre, mais, en 1930, souhaitant participer aux fêtes organisées en Provence pour le centenaire de la naissance de Mistral, elle est obligée de présenter un spectacle de danses et de chants. Les danseurs revêtent l’habit traditionnel des Limousins. Le barbichet va connaitre une nouvelle vie.

Cette dentelle valait de 7 à 8 francs le mètre. Il en fallait 2 m. 10, sans compter le fond, pour garnir un barbichet. C’était l’équivalent d’une bonne semaine du salaire d’un ouvrier en province, ce qui en faisait une coiffure de luxe. Seules, les riches paysannes pouvaient, normalement, s’offrir une aussi coûteuse parure. Cependant des jeunes filles des environs d’Aixe ont pu apprendre auprès des dentellières et, en gardant leurs brebis, elles brodaient les fines bandes de tulle qui allaient devenir leurs coiffes des jours de fête.

Son coût élevé n’est sans doute pas la seule cause du déclin du barbichet au début des années 1900, sa cherté, sa fragilité viennent s’ajouter à la forte pénétration de la mode urbaine qui se répand sur tout le territoire et uniformise les tenues.

En 1913 G-Michel Coissac en constate la disparition. Il écrit, page 222, « ces coiffes de nos aïeules, saluons-les tant que nous le pouvons encore, car elles ont le charme ému des souvenirs qui s’en vont, que bientôt on ne reverra plus, et aussi la séduction particulière des choses du passé, d’un passé lointain, bien lointain. Il disparaît, il s’enfuit, ce légendaire barbichet de Limoges, si léger, si seyant à la beauté de nos aimables compatriotes, si gracieux à tous les points de vue et qui ajoutait je ne sais quoi à la poésie de nos paysage. »

Les poètes, les défenseurs de la tradition regrettent cette évolution. Ainsi Jacques Lemasson écrivait dans La Musette en décembre 1911 :

« Hélas ! le temps, cet implacable destructeur de toutes choses, fait lentement disparaître cette ancestrale coiffure des filles de nos champs; les chapeaux multicolores remplacent partout maintenant la blanche dentelle, leur costume n’est plus aussi modeste, nos Limousines perdent leur originalité, devenues semblables aux filles de la ville, elles ne sont plus en harmonie avec nos bois de châtaigniers et nos collines azurées ; c’est le progrès me direz-vous: étrange progrès qui fait perdre aux habitants d’un pays leur singularité.

Vieux barbichet, souvenir du temps passé, je te regrette de toute mon âme ; tu ajoutais à la poésie de notre sol, hélas ! bientôt tes blanches ailes auront cessé de voleter, tu ne couvres plus maintenant que des têtes vieillies, tu chemines lentement vers l’abandon et vers l’oubli. »

Et Jean Rebier concluait ainsi son article sur « Le barbichet » :

« Ce fut en vain que les poètes prodiguèrent les prières et les adjurations ; ce fut en vain que grondèrent les vielles et que pleurèrent les chabrettes. L’imprudente brodeuse avait ourlé ses rêveries romantiques sur une trame arachnéenne, à la merci du moindre vent, et la mauvaise bourrasque est venue qui a tout saccagé.

Les ailes blessées ne voulaient pourtant pas mourir. Elles se révoltèrent contre un aussi injurieux destin, et chassées du village elles se réfugièrent à la ville, où des mains ferventes les ont recueillies, pour nous en offrir l’ostension émouvante, dans les fêtes dédiées à la Tradition.

Car notre barbichet n’est plus qu’une relique. Les ailes inertes reposent désormais, avec tant d’autres souvenirs désuets et charmants, dans l’ombre des massives armoires. Et, derrière les lourdes portes, les Limousines ont enfermé, du même coup, leur grâce essentielle. »

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One Response

  • rose Forgeron says:

    Les barbichets étaient très beaux,j’en avais ,petite,très envie,et n’en ai jamais eu. Et,j’ai envie d’ajouter deux vers d’une chanson limousine : Les Limousines sont des roses,
    Les barbichets des papillons.



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