La place de l’église (II), le côté Sud, numéros 5 à 8.

En continuant le tour de la place, ayant traversé la rue Victor Hugo, on se trouve en face d’une grande maison portant le numéro 5. Elle faisait partie du domaine du baron de Nexon qui y logeait son régisseur ou d’autres salariés du haras. Elle n’était pas particulièrement bien entretenue jusqu’à ce qu’elle soit vendue à un particulier qui a fait refaire les crépis et les peintures.

Pendant les années 1900-1910 le régisseur est Alfred DESMAISON. Il y habite avec son épouse et sa fille. Les 3 servantes sont sans doute employées au château.

Après la guerre de 1914-1918 on constate que les résidants sont palefreniers, cuisiniers, servantes… Une partie du personnel du château est logé dans cet immeuble.

Après la seconde guerre mondiale on retrouve les mêmes catégories de résidents. Le dernier régisseurs, le dernier en date ayant été M. Louis FABRE. Au début des années 1970, l’annuaire des abonnés au téléphone indique Nexon, Haras et domaine de, 5 place de l’église

Annuaire 1976

En 1999 l’immeuble et ses dépandances ont été achetés par l’antiquaire Michel NAUDET. En 2021 l’ensemble est en vente.

Les jours de foire, pendant longtemps les 16 de chaque mois, le marché des porcs se tenait devant l’entrée du château et face à l’immeuble du régisseur.

Sur cette carte postale on peut constater que le marché aux cochons est animé. Les hommes sont en blouse bleue ou noire et portent un chapeau de feutre plat. Les femmes, peu nombreuses ici, sont en robe avec fichus et ombrelle. Le marché aux volailles quant à lui se tient devant la sacristie de l’église et celui des bovins sur le foirail en face de la poste.

Les marchands se plaignaient de ne pas pouvoir embarquer sur place les animaux qu’ils achetaient. En effet la place est vide de tout quai d’embarquement.

Un quai pour le chargement des porcs a été construit en 1922 et il existe toujours, bien qu’il n’y ait plus de foire depuis longtemps.

Le quai d’embarquement en 2021

N° 6, la conciergerie du château à l’entrée de la cour d’honneur.

C’était autrefois l’entrée de la loge du concierge. C’est devenu l’Office de Tourisme. Une partie du personnel du château logeait dans la tour et la construction attenante. Elle est suffisamment vaste pour accueillir plusieurs couples.

N° 6 Actuellement l’Office de Tourisme occupe la tour et le bâtiment accolé.

Au coin de la rue Saint Ferreol, qui s’appelait autrefois la rue du Midi, il y avait des urinoirs. On constate sur la photo précédente qu’ils n’y sont plus.

L’urinoir au coin de la rue saint Ferréol

Après le débouché de la rue St Ferréol sur la place, on trouve un ensemble de 5 immeubles. Un croquis d’alignement approuvé par le préfet en 1901 permet d’identifier les propriétaires de ces immeubles à l’époque.

Plan d’alignement 1901

N° 7, les cartes postales du début du siècle montrent une grande maison de deux étages avec des mansardes en toiture. C’était l’une des nombreuses auberges de Nexon qui en comptait 25 en 1905.

En 1843, le 3 juillet, Emile GIZARDIN, s’engage par écrit à ne pas nuire à son voisin Pierre LELONG par la construction qu’il fait à la place du poulailler. Mais il ne dit pas l’usage qu’il va faire de l’agrandissement de sa salle. Est-ce une salle de restaurant ?

Emile GIZARDIN (1808-1875) était le fils de Léonard Dit Pierre GIZARDIN (1771-1854). Comme son père, Emile était aubergiste place de l’église. Son fils Ferdinand (1841-1910) n’a pas continué l’activité de son père. Il a du quitter Nexon puisqu’il est mort à Limoges le 8 février 1910. Il avait sans doute rejoint son jeune frère Antoine qui avait épousé Berthe BERTRAND, héritière du magasin de chaussure « A la grâce de dieu ». J’ai raconté son histoire ici : http://etsinexonmetaitconte.fr/?s=a+la+gr%C3%A2ce+de+dieu

Au recensement de 1886 on constate qu’un plâtrier, Jean TREBUCHERE, et sa famille habitent l’immeuble avec deux ouvriers plâtriers. Son épouse est débitante aubergiste. L’auberge fonctionne donc encore.

Recensement de 1886

En 1890, aux mois de mai et de juin, plusieurs annonces sont publiées dans la Courrier du Centre pour louer la maison dont on dit qu’elle sert d’auberge avec écurie.

Le Courrier du Centre 26 mai 1890

Jean TREBUCHERE décède à Nexon le 8 juin 1894 à l’âge de 50 ans.

En 1896 la patronne de l’auberge est Louise Herminie BONNET (1849-1901). Elle a 45 ans et elle est veuve. Son mari, Louis RICHARD (1839-1889), est décédé à 49 ans. Il était marchand de vin en gros. Elle travaille avec ses deux enfants Arthur et Paul RICHARD qui sont voituriers. Elle emploie deux domestiques dont l’un est boulanger. On peut donc penser que l’auberge a une bonne clientèle.

Recensement de 1896

Au recensement de 1901 la famille BONNET-RICHARD n’est plus présente, l’auberge est tenue par Marcelle AUROYER et Ferdinand GIZARDIN y habite avec une servante.

Recensement de 1901

C’est la maison GIZARDIN du plan 1901. Ferdinand GIZARDIN, rentier de 58 ans est célibataire et s’il est rentier c’est qu’il est issu d’une famille de la bourgeoisie nexonnaise. Un des premiers GIZARDIN de cette lignée, Pierre, était apothicaire à Nexon au début des années 1700. Son fils Mathurin GIZARDIN (1692-1762) fut notaire ainsi que son petit-fils Nicolas GIZARDIN (1742-1806). Léonard GIZARDIN (1771-1854), fils ainé de Nicolas, était aubergiste à Nexon en 1823. Ayant acheté une propriété à Saint Hilaire les Places il s’y installa et fut adjoint au maire. Gabriel GIZARDIN (1789-1866), jeune frère de Léonard, fut épicier à Nexon ainsi que son fils Léonce GIZARDIN (1859-1922). Ceux-ci habitaient au numéro 11 actuel.

Mais, avant 1910, l’immeuble va changer d’allure. Des 2 étages avec 4 fenêtres en façades et 4 chambres mansardées il ne reste plus qu’un seul étage avec 3 fenêtres en façade et il n’y a plus de mansardes sur le toit.

La place de l’église dans les années 1930
N° 7 inoccupée en avril 2021

A l’arrière de la maison est accolé une autre habitation entourée d’un jardin. Un vieille pompe à main est accolée au mur.

Ce n’est plus un établissement qui reçoit du public mais la maison d’un cordonnier. En 1921 c’est Edmond TRUCHASSOU qui y est avec son épouse Anne. Il a avec lui un jeune apprenti, André DESBORDES.

En 1926 c’est Antoine DEBORD (1885-1978) qui est cordonnier-sabotier. Il a épousé Zélie LATOUILLE le 29 avril 1920 et ils ont eu en 1925 une fille, Berthe. Elle a été assistante sociale à Nexon et était très appréciée des nexonnais . C’était une camarade du docteur Rose FORGERON-VIGNERON qui me parlait souvent d’elle.

Recensement de 1926

Puis ce fut le cabinet de madame le docteur GARNIER. Elle comptait s’installer à Nexon mais cela ne s’est pas fait. Il eut ensuite plusieurs propriétaire et actuellement, début 2021, elle n’est pas occupée.

Au n° 8, une maison avec perron, « Maison TOURENNE » sur le document d’alignement de 1901 vu précédemment. Il s’agit d’un immeuble qui appartenait à Pierre LELONG (1806-1877) dont sa fille Marie (1846-1919) avait. Elle avait épousé Elie TOURAINE à Nexon le 9 juin 1866 et elle est parti habiter à Limoges. A son décès le 2 janvier 1919 sa fille Léonie TOURAINE en a hérité pour moitié avec sa sœur Jeanne, épouse LANTERNIER. Elles l’ont très rapidement vendu à Pierre DUROUX, l’acte étant signé le 25 janvier 1920.

C’est lui qui figure comme résidant au recensement de 1926. Avec son épouse Marie il y a également leur fille. En 1926 elle s’appelle Jeanne née en 1922 et en 1931 son nom est Berthe, également née en 1922!

Recensement de 1926

Quand les BONNET quittent leur logement celui-ci est loué à Emile LELONG qui y ouvre une boucherie. Les DUROUX sont trois, Monsieur, Madame et leur fille Berthe née en 1922.

Recensement de 1931

En 1936 la fille DUROUX n’est plus chez ses parents. Comme elle a 14 ans, elle devait être pensionnaire au moment du recensement. Chez les LELONG, Emile est appelé Octave mais il s’agit de la même personne. En effet les enfants avaient souvent 3 prénoms, les deux premiers étaient ceux des grands parents et c’était le 3ème prénom qui était le prénom d’usage. La boucherie est très connu à Nexon et, sans doute pour ne pas la confondre celle de leurs cousins au n°10, les gens parlaient de la boucherie « Chez Milord ». Les anciens se souvenaient des tournées qu’il effectuait à cheval dans les villages alentours.

Recensement de 1936

A la mort de Pierre DUROUX le 27 aout 1936, quelques mois après son épouse Marie, l’un des quatre enfants, Adrien Jean, achète la part des ses deux frères Aimé et Henri et de sa sœur Marie Louise. Il confirme la location à M. LELONG et loue l’étage à M. DUDOGNON, cordonnier. Maintenant il y a deux locataire dans la maison.

N° 8 de la viande est pendue à la porte.

A la fin de la guerre M. DUROUX décide de vendre son immeuble. Le 23 janvier 1948, chez Me GARRAUD, il signe l’acte de vente au profit de M. et Mme LASCAUX habitant à Meilhac. Il donne congé à ses locataires.

23 janvier 1948- Vente par M. et Mme Jean DUROUX à M. et Mme LASCAUD

M. et Mme LASCAUX viennent y habiter avec la famille de leur fille Marcelle. Celle-ci a épousé Paul DESSELAS (1919-1985). Du mariage naitront deux garçons, Gérard (1944-2019) et Jean Marie, bien connus à Nexon.

La maison a deux entrées, l’une au 8 place de l’église et l’autre au 11 rue Saint Ferréol. De ce fait il est facile de loger deux familles. Une grange et un jardin, situés rue saint Ferréol, font partie de la propriété.

Les enfants n’étant plus à la maison, le 18 mai 1976, M. et M. DESSELAS louent une partie de leur maison à la mairie de Nexon au profit de l’amicale du 3ème qui vient de se créer. A l’échéance du 30 juin 1988 le bail n’est pas renouvelé.

Après le décès de Mme Marcelle DESSELAS, le 13 janvier 2014, la maison va être mise en vente.

Elle est achetée par M. Bernard BEAUFILS qui y entreprend d’importants travaux afin de la transformer en chambres d’hôtes. La belle cheminée en pierre est mise en valeur dans la pièce d’entré avec son dallage en pierre. je ne sais pas ce qu’est devenu le sous-terrain dont Jean Marie me parlait et qu’il avait exploré avec ses copains quand il était jeune. Ce sous-terrain partait de la cave et se dirigeait vers le Nord, en direction du parc du château. Il était suffisamment haut pour qu’un personne se tienne debout. Son exploration n’a pas dépassé quelques dizaines de mètres et n’a pas permis de découvrir sa sortie.

Le décès de M. BEAUFILS, en juin 2020, alors que les travaux n’étaient pas terminés, amène son fils à mettre de nouveau en vente l’immeuble.

Avril 2021

Merci à Jean Marie DESSELAS pour toutes les informations et documents fournis.

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