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De la vinaigrerie au moulin et à la boulangerie du Courdein.

29 octobre 2019 | Posté par admin dans Connaissance de Nexon | Connaissance Economique | Histoire | les métiers | XX siècle

La propriété du Courdein sur le terrain de laquelle se trouvaient les bâtiments à usage industriel appartenait à Charles de VIGNERAS, avocat, demeurant à Angoulême. Il s’agissait d’un moulin qui a du fonctionner grâce à la chute d’eau de l’étang de La Lande. Il n’y a pas de traces écrites de son existence mais Camille LARCHER dans son ouvrage « Les anciens moulins du pays de Nexon » aux éditions Les Monédières écrit « qu’un moulin de première génération a bien existé sur ce site ».  M. de VIGNERAS a vendu ce bien à Martial Antoine MORTEROL par acte du 17 novembre 1860 chez Me PEYROT notaire à Chalus.

1- La Société anonyme des Distilleries du Limousin (1881 – 1896)

A la mort de Martial Antoine MORTEROL en 1881, son fils Antoine Ernest MORTEROL hérite de la propriété du Courdein. Il en fait apport à la Société anonyme des Distilleries du Limousin qui a été constituée suivant acte reçu par Me Thézard, notaire à Limoges, le 30 Juin 1887.

Cette société a été dissoute par délibération de l’assemblée générale des actionnaires en date 21 octobre 1889 à Limoges qui a nommé Me COUTY comme liquidateur. Celui-ci a fait publier cette dissolution dans le Courrier du centre.

« Le courrier du centre » du 10 novembre 1889.

La Société générale des distilleries agricoles de France dont le siège était à Paris au 51 de la rue de la Chaussée d’Antin puis au 5 rue de Provence a fait l’acquisition de la propriété au terme d’un acte du 7 novembre 1893. Cette acquisition a eu lieu au prix de 16 000 francs. Moins de deux ans plus tard cette société a été admise au bénéfice de la liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de la Seine du 12 juin 1895 et dissoute par l’assemblée générale des actionnaires tenue à Paris le 24 aout 1895.

2- La propriété de Henry DELATY (1896 – 1923)

Une vente aux enchères a été organisée pour les biens ainsi désignés : « Divers immeubles situés au Courdein, commune de Nexon, autrefois à usage de distillerie et de vinaigrerie consistant en divers bâtiments, celliers, hangars atelier magasins bureaux, un hectare environ de terrain avoisinant les bâtiments suivant bornes plantées contradictoirement avec Monsieur MORTEROL, un étang de trente ares environs ensemble tous les objets mobiliers, immeubles par destination autrefois à l’usage de la distillerie qui se tenait encore dans le dit immeuble à titre de matériel fixe ou roulant sans aucune exception ni réserve. »

Une première enchère, avec mise à prix à 10 000 francs, le 8 février 1896 avait été infructueuse. Une seconde a eu lieu le 9 avril 1896 au cours de laquelle Henry DELATY, plombier demeurant à Nexon a, pendant que les bougies brûlaient, élevé le prix principal à 7000 francs et lorsque toutes les bougies ont été éteintes il a été déclaré adjudicataire de la Société générale des distilleries agricoles de France.

Henri DELATY qui écrit son prénom parfois Henry avec un y et d’autre fois Henri avec un i était un artisan inventif ce qui lui a valu de nombreuses récompenses dans diverses expositions et en particulier la croix de chevalier du Mérite agricole qui lui a été remise à l’Exposition d’Angoulême par M. le ministre des colonies le 13 mai 1893.

Cette distinction honorifique est la juste récompense des inventions de notre compatriote, pour le progrès de l’industrie, du commerce et de l’agriculture, et pour lesquelles il avait obtenu de nombreuses récompenses dans les diverses expositions.

Monsieur DELATY n’a sans doute pas développé l’activité de distillerie et il a cherché à louer les locaux comme on le constate sur cette annonce publiée dans le Courrier du Centre le 25 mai 1905.

le Courrier du cente 25 mai 1905

On ne trouve pas beaucoup de traces de la vinaigrerie, si ce n’est une carte postale éditée par M. LABIDOIRE, avec comme légende « Sous-bois près de l’Etang de la Vinaigrerie ». Au travers des arbres on distingue l’étang, bien mieux visible sur une autre carte postale, plus ancienne, éditée par CHAMPEAU-TERRASSON.

Cet étang est antérieur à 1829 car il figure sur la carte de CASSINI. Il n’a pas changé sinon qu’il ne sert plus à alimenter la turbine. Son ouverture sur la chaussé n’a été conservée qu’à titre de souvenir.

L’ouverture de la turbine, aujourd’hui désaffectée.

A quel moment un moulin et une boulangerie ont remplacé la vinaigrerie ?

3- La minoterie des frères SEGURE (1923 – 1935)

Dans l’acte de vente du 30 avril 1923 par M. DELATY aux frères SEGURE la désignation des biens est ainsi rédigée : « Une usine dite du Courdein comprenant une maison d’habitation avec grenier et fournil, étables, hangar avec appartement servant de bureau, un chai, un bâtiment servant de cave, un groupe de bâtiment ayant servi de distillerie avec grande cheminée et roue hydraulique, un étang, jardins et prés le tout pour une contenance de un hectare et vingt-neuf ares et un centiare environ ».

Pour la première fois il fait état d’un fournil mais on ne trouve pas, à cette date, de boulangerie située au Courdein dans les commerces à Nexon.

Par contre ce sont les frères SEGURE qui ont transformé la distillerie en minoterie et lui ont redonné l’activité qu’elle avait avant 1887. Les deux frères Pierre et Henri SEGURE étaient tous les deux minotiers à Saint Yrieix. Ils ont acheté la propriété en indivision pour moitié entre eux au prix de 50 000 francs payables en 10 ans avec un taux d’intérêt de 5%. Ils ont équipé leur moulin de matériel moderne, ils ont abandonné la turbine à eau et utilisé l’électricité faisant de leur moulin un des plus moderne et des plus important des environs.

4 – La boulangerie et la minoterie GIRARDY (1935 – 1945)

En 1935 les frères SEGURE vendent leur propriété à M. Georges GIRARDY. L’acte signé chez Me A. GARRAUD, notaire à Nexon, spécifie dans la désignation des biens : « Deux petites maisons d’habitation, toits, écuries, remises. Un corps de bâtiment dans lequel existent trois fours de boulanger et un garage. Un groupe de bâtiments dans lequel est exploité un moulin à farine, garage avec quai, hangar, autres dépendances diverses. Cour, jardins, terre, bruyère, étang et taillis pour une contenance de un hectare cinquante-sept ares quarante et un centiare. » La vente est effectuée pour le prix de 70 000 francs payables en quatre ans au taux de 5,5%.

On constate dans ce descriptif que la boulangerie arrive avant le moulin. Elle comporte trois fours ce qui fait d’elle une importante boulangerie. Ce n’est pas étonnant car M. GIRARDY est boulanger. C’est ce qu’indique sa fiche militaire. Minotier a été rajouté après qu’il a acheté le moulin du Courdein.

Livret militaire de Georges GIRARDY

Cette fiche est intéressante car elle retrace son parcours. Au moment du recensement il est boulanger à la Geneytouse. Il est incorporé le 18 avril 1917, il a presque 19 ans. Il est donné comme « disparu au combat de Tilloloy dans la Somme le 28 mars 1918 ». Le 27 mars les allemands ont lancé une offensive vers Montdidier et prennent plusieurs villages dont Tilloloy. M. GIRARDY est « rapatrié à Limoges le 11 décembre 1918. Libéré le 6 mai 1920 il se retire à La Geneytouse ou il est boulanger.

En mars 1926 il a un accident de voiture en effectuant sa tournée comme le relate Le Populaire du 24 décembre 1926.

Le Populaire du Centre 24 décembre 1926.

En 1931 il part à Issy les Moulineaux ou il reste jusqu’en 1935, puis il revient à Saint Denis des Murs ou il reste quelques mois avant d’acheter la boulangerie du Courdein.

Livret militaire de G. GIRARDY

Bien que boulanger, M. GIRARDY ne néglige pas le moulin, d’autant plus qu’il bénéficie d’un droit de moudre de 10 579 quintaux de blé, ce qui en fait un moulin important dans la région. En effet depuis l’arrêté du 8 juin 1937 pris pour lutter contre la surproduction de farine, chaque moulin dispose d’un plafond d’activité, appelé « contingent », qui ne peut être dépassé.

Attestation du contingent autorisé

Un ouvrier minotier qui loge sur place s’occupe du moulin. Le papier à entête est établi au nom de la minoterie ainsi que les étiquettes pour l’expédition.

Pendant la deuxième guerre mondiale la famille GIRARDY se déclare prête à accueillir des jeunes enfants réfugiés.

En 1945, Georges GIRARDY vend son affaire. Mon grand-père, Arthur NYS, meunier de profession avait quitté le moulin familial en Belgique et il exploitait une ferme dans le Cher. La nostalgie du moulin était forte aussi quand son fils Lothaire a été libéré après presque 5 ans de captivité, Arthur a souhaité reprendre son métier de minotier. Leur recherche d’un moulin les amène à Nexon. Ils sont séduits par le site et le potentiel d’activité, un moulin et une boulangerie cela fait du travail pour deux ! Son fils Lothaire, mon père, n’est pas boulanger mais malgré ses 26 ans il était hors de question de discuter les propositions du père. Elles étaient claires : je m’occupe tu moulin et toi de la boulangerie. Tu n’auras qu’à apprendre sur le tas.

La décision est prise, et le 31 octobre 1945 l’acte de session du moulin et de la boulangerie est signé chez Maître GARRAUD, notaire à Nexon.

5 – Minoterie-Boulangerie NYS et fils (1945-1972)

Mon grand-père, Arthur NYS, son épouse Marguerite et leur fils Lothaire s’installent au Courdein en novembre 1945. Arthur retrouve avec bonheur son métier de meunier et son fils commence, sans enthousiasme, son apprentissage de la boulangerie. Il rencontre vite une jeune fille de Nexon, Andrée MALARDEAU. Ils se marient le 27 juillet 1946 et comme dans les belles histoires, ils auront beaucoup d’enfants !

La famille habite dans la vieille maison ou naîtront les trois premiers enfants de la famille.

La maison en 1948. Je suis sur les marches.
Quelques personnes viennent chercher du pain mais l’essentiel est vendu en tournée.

Au moulin mon grand-père travaille avec un ouvrier, Raoul VOISIN qui était déjà employé par M. GIRARDY. Puis ce sera Léon ADAM.

Présentant que la famille allait grandir mon grand père a fait construire une nouvelle maison sur la boulangerie. la vieille maison servait de grenier, de cave, de débarras…

La boulangerie…

Mon père doit s’occuper le la boulangerie. Ce n’est pas son métier. Il est agriculteur et travailler la nuit ne lui convient pas. Il va cependant passer des nuits à la boulangerie afin de connaitre le métier auprès d’un ouvrier boulanger qualifié, un brigadier, d’abord Adrien FRUGIER, puis Léon DUREISSEIX … Mais mon père va s’attacher à organiser les tournées pour porter le pain à domicile. Il n’y a pas de magasin et toute la production est vendue à la porte des clients. La fourgonnette passait trois fois par semaine dans le bourg de Nexon et dans celui de La Meyze et deux fois par semaine dans les campagnes de Saint-Hilaire les Places à l’Aiguille, de Rilhac Lastours à Saint Maurice les Brousses. Une tournée moyenne, celle de La Meyze durait 3h30, le livreur parcourait 33 km et emportait 30 mêlées de 2 kg, 120 pains d’un kilo dont quelques un sans sel, certains étaient dits « tournés », les autres « lamés », et 25 baguettes. A cela s’ajoutaient des biscottes, des gâteaux secs et plus tard des tartes. Mais il y avait aussi de la farine, du son …

Le pain tourné est une spécialité courante du Limousin, en particulier de la Haute-Vienne. Il doit son nom à sa forme de torsade. on appelle encore « pains tordus » ou « pain rond ». Sa croûte dorée est croquante et épaisse, ce qui lui assure une conservation assez longue. Sa mie est très alvéolée. Le pain lamé est également appelé « pain plat »

Il n’était pas rare de livrer 5 mêlées, voire plus, dans certaines fermes. Le pain a été la base de l’alimentation dans les campagnes. En 1900 chaque français consommait en moyenne 900 grammes de pain par jour. En 1950 la consommation était tombée à 350 grammes et elle n’a pas cessé de baisser passant à 200 grammes en 1970 et 120 grammes en 2016.

Les paysans qui produisaient du blé sur leurs terres pratiquaient presque tous l’échange blé-pain. Cet échange était un droit qui mettait en relation le paysan producteur de blé, le meunier et le boulanger. En pratique l’agriculteur livrait son blé chez le meunier de son choix qui le transformait en farine et la livrait chez un boulanger désigné par l’agriculteur.

Ayant passé mon permis poids lourd je vais chercher le blé dans les fermes…
Arrivé au moulin déchargement avec mon ami Patrice

Pour livrer la farine au boulanger le meunier devait, en partant du moulin, rédiger un acquit pour le transport des farines panifiables en indiquant le jour et l’heure de départ du moulin, le boulanger destinataire, le moyen de transport, la durée du transport, la nature des marchandises et leur poids.

Ces deux acquits du 1er septembre 1944, concernent dix sacs de dix quintaux de farine que sont venus chercher les deux boulangers du bourg de Nexon, MM. ANDRIEUX et BESSE, tous les deux en voiture hippomobile. Le premier est parti à 15h15 et le second à 15h30 pour une durée de transport d’une heure. Le transport de farine était très contrôlé et les gendarmes vérifiaient fréquemment que ce document était bien en possession du conducteur du véhicule transportant la farine.

Dans le cas du Courdein, la boulangerie et le moulin appartenant à la même personne, les relations étaient plus simples. Les sacs de farine traversaient la cour mais un acquit devait cependant être rédigé.

Avec l’échange, pour chaque sac de blé de 80 kg rendu au moulin l’agriculteur recevait, au début des années 1960, 30 bons pour une mêlée de 2 kg ou 60 bons pour un pain d’un kilo. L’augmentation régulière des coûts, tant pour le meunier que pour le boulanger, a conduit d’abord à une baisse du poids du pain car les pouvoirs publics ne voulaient pas que le prix du pain augmente afin de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. Ainsi la mêlées est progressivement passée de 2 kg à 1,7 kg, le pain de 1 kg à 700 puis 600 grammes. En même temps le paysan ne recevait plus 30 bons mais 29 puis 28.  

L’augmentation des coûts de transport touchait d’autant plus les boulangers qu’ils vendaient une part importante de leur production en tournée, pour la boulangerie du Courdein c’était l’intégralité.

Le syndicat des boulangers a proposé de faire payer ce service en majorant de 3 centimes le prix de la mêlée et de 2 centimes celui du petit pain. Cette décision syndicale a été entérinée lors d’une réunion organisée à Nexon le 8 décembre 1963 pour les boulangers de Nexon et des environs. Les quatre boulangers de Nexon, BARBE, BARNABET, NYS et TEXEROT étaient présents.

Le 25 juillet 1967, le Syndicat des boulangers, arguant de l’augmentation des taxes, décidait de réduire le poids de pain fourni. Les représentants agricoles et les boulangers ne purent pas s’entendre et l’échange blé-pain fut supprimé. Mais avec amertume les agriculteurs constatèrent qu’en achetant leur pain ils n’obtenaient que 16 pains pour le prix d’un sac de blé !

le Populaire 6 aout 1967

La Fédération des syndicats d’exploitants de la Haute-Vienne et d’autres organisations agricoles décidèrent de créer leur propre boulangerie sous forme coopérative. Deux ont vu le jour, l’une la Boulangerie Coopérative de la Valoine (BOCOVAL) à Limoges, dans la zone industrielle de Magré, l’autre la Société Coopérative Briance-Breuilh à Magnac-Bourg.

La BOCOVAL ouvre un magasin à Nexon, rue Victor Hugo. Cela se traduit par une diminution sensible de l’activité de la boulangerie du Courdein.

Mon frère Daniel qui a choisi le métier de boulanger, après un apprentissage chez BARBE à Nexon, vient travailler au Courdein ou il prendra la responsabilité de la fabrication du pain. Il y a deux fours, le plus utilisé un four a vapeur à deux étages et un vieux four à chauffe directe, pour un usage moins fréquent.

Michel Buisson devant le four à vapeur en 1963
Mon frère Daniel en 1967 défournant des mêlées cuites dans le vieux four.

En 1968 Daniel effectue son service militaire et c’est Maurice BAZERT qui le remplace.

Revenu de l’armée Daniel reprend sa place jusqu’en aout 1972. Il part alors à Paris pour suivre sa future femme, mes parents décident alors de fermer la boulangerie.

Le moulin…

Le moulin, quant à lui, a fonctionné avec mon grand-père Arthur aidé de Léon ADAM et de mon père. Pendant les années d’après-guerre il fallait bien être trois pour en assurer la bonne marche. Après cinq années de guerre la France manquait de tout, en particulier de céréales. Elle en importait des Etats-Unis, du Canada mais aussi d’URSS. Tous les mois ou presque un wagon de céréale, blé ou maïs, arrivait en gare de Nexon. Il fallait le décharger, moudre les céréales et expédier la farine, toujours par wagon vers le Midi ou le Nord de la France.

Sur la lettre de l’Agence Générale de Navigation annonçant l’envoi d’un wagon de 150 sacs de maïs on peut lire que ses sacs sont arrivés sur le cargo Thimoni et qu’un autre bateau est attendu le lendemain, toujours en provenance d’Amérique puis un autre venant de Tunisie.

livraison de 150 sacs de maïs en provenance des Etats-Unis déchargés au port de Sète.

Le commerce du blé et celui de la farine ont toujours été étroitement contrôlés par les pouvoirs publics. Dans l’Ancien Régime l’objectif était d’éviter les famines, au XXème siècle c’était pour garantir un juste prix du blé pour les agriculteurs et maintenir le pouvoir d’achat des consommateurs en fixant le prix du pain. Le débat a toujours existé entre les partisans de la liberté du commerce et ceux qui prônent son contrôle. Le contrôle redevient la règle avec le gouvernement de Léon Blum qui, pour lutter contre la surproduction de farine, crée en juin 1936 l’Office du Blé. Il deviendra l’Office National Interprofessionnel des Céréales (ONIC) par la loi du 17 novembre 1940.

Pour lutter contre les excédents une partie du blé est « dénaturée ». ce blé est alors utilisé pour l’alimentation des animaux.

Les politiques interventionnistes se traduisent toujours par des taxes à payer, des limitations dans les productions. Il en résulte des contrôles pour en vérifier la bonne application. Le fait d’exercer à la fois sur le même lieu les métiers de minotier et de boulanger incitait l’administration a effectuer de fréquents contrôles. Combien de fois étant enfants avons-nous vu « débarquer » des contrôleurs arrivants avec deux voitures, l’une par la route, l’autre par le chemin du moulin, entrant dans toutes les pièces de notre maison pour vérifier qu’il n’y ait pas de sacs de farine entreposés…C’était presque caricatural !

Pendant les années 1950 le moulin continue à produire de la farine pour les besoins locaux mais aussi pour des expéditions dans toute la France. On expédie également du blé, comme on le constate sur le récépissé d’une expédition de 250 sacs de blé à la Coopérative agricole de Puiseaux dans le Loiret le 19 décembre 1958.

Le début des années 1960 sont celles d’une vie intense. Nous sommes 7 enfants et avec nos parents nous sommes toujours 9 à table. Souvent un des boulangers est nourri et logé. Il y a de quoi nourrir tout ce monde, non seulement avec le pain mais dans la cour du moulin courent des poules, des canards, des dindes. Le pigeonnier compte plusieurs couples de pigeons, la vache nous garantit le lait et le jardin les légumes.  

Au début des années 1960, mon plus jeune frère dans la cour du moulin.

Après la mort de ma grand-mère en décembre 1958 Arthur a été moins présent et en aout 1959 il est parti habiter à Nexon chez Marie BITAUD qu’il a épousée. Léon ADAM assure seul la marche du moulin dont l’activité s’est réduite du fait de la concurrence des grands moulins de Paris, de Pantin, de Corbeil…Il n’y a plus d’expéditions par wagon entiers loin du Limousin. Les seuls clients sont les boulangers, les pâtissiers et quelques charcutiers dont plusieurs de Limoges. Le principal acheteur, la boulangerie du Courdein ayant cessé son activité le moulin tourne au ralenti.

Une très forte baisse d’activité à partir du 2ème semestre 1972.

On est loin des 10 579 quintaux autorisés. Il faut arrêter la production et vendre le contingent. Mais le nombre des acheteurs se réduit car le nombre de minotiers diminue.

Cette baisse s’inscrit dans un vaste mouvement séculaire. Au début du XIXe siècle la France a compté près de 100 000 moulins, mais avec la diffusion de la machine à vapeur, les petits moulins vont rapidement disparaitre si bien qu’au début du XXe siècle on ne compte plus que 30 000 minoteries. La chute va s’accélérer et le nombre de moulins tombe à 1 200 en 1985 et à moins de 300 en 2019.

Finalement le contingent est vendu à la coopérative du moulin de Batardeau à Auxerre et l’activité de minoterie cesse au 1er janvier 1974.

6- Le Courdein après la fermeture du moulin et de la boulangerie (1974 – 2019)

La vie continue aussi active. Les enfants ont grandis, ils sont devenus parents et souvent le dimanche la salle à manger retrouve les grandes tablées des années 1960.

Peu à peu le lierre envahi les murs, la toiture prend l’eau… Mon père démonte toutes les machines du moulin et les fours de la boulangerie.

Mais il y moins de mouvements, la nature s’impose, l’herbe pousse dans la cour, le lierre grimpe après les murs, mon père démonte les machines dans le moulin et les fours dans la boulangerie.

Le 31 janvier 1997 mon père est victime d’un AVC qui le laisse hémiplégique. Pendant presque 10 ans il consacrera son énergie à garder le maximum d’autonomie. Il décède le 18 septembre 2007. Ma mère vivra seule dans ce domaine qui a connu une intense activité. Elle ne voulait pas entendre parler de maison de retraite, elle était heureuse au Courdein avec ses chats, sa petite chienne, l’âne Bambou et les ponettes et surtout ses fleurs.

La vieille maison et les fleurs qu’entretenait maman.

Elle a vécu 70 ans au Courdein et elle est partie le 6 septembre 2015.

Nous avons gardé la propriété, nous avons pris soin de notre âne Bambou et du poney Pompon mais il a fallu nous rendre à l’évidence, nous ne pouvions pas laisser sans vie cette propriété. Nous avons décidé de vendre.

Le 6 juillet 2019 nous avons vendu la propriété du Courdein.

7 – Le 6 juillet 2019 une nouvelle vie commence au Courdein…

Constatant le mauvais état du bâtiment qui abritait le moulin les nouveaux propriétaires ont décidé de le faire écraser. J’ai pu assister à ce travail impressionnant par la facilité avec laquelle la puissante pelle mécanique arrachait les pans de murs, créant un trou béant qui laissait apparaître ce qui avait été les entrailles du moulin. A chaque mouvement les vieilles pierres mêlées aux poutres centenaires s’effondraient. Et à la fin, comme par pudeur, c’est caché par un immense nuage de poussière que les derniers pans ont été arasés.

Je n’ai pas éprouvé de tristesse à voir disparaître ce témoin de ma jeunesse. Les souvenirs sont gravés dans ma mémoire, l’odeur de la farine fraîchement moulue, le bruit des cylindres et surtout celui du planchistère, les 80 kilos des sacs de blé qui semblaient légers à nos épaules de 18 ans, un peu moins les 100 kg des sacs de farine, que Léon s’amusait à faire « bon poids » quand nous les prenions sur le dos pour aller du moulin à la boulangerie, le pain chaud qui sort du four…

Autrefois, il y avait un moulin ….

Une fois partis tous les murs l’espace semble réduit. Il est difficile d’imaginer qu’un imposant moulin s’élevait à cet endroit. Seule la mémoire en garde le souvenir et ce blog est le moyen de la faire vivre.

Une nouvelle vie va se développer au Courdein et nous souhaitons aux nouveaux propriétaires d’y trouver le même bonheur que celui que nous avons connu.

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