Une histoire illustrée de nexon
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Le barbichet

novembre 6th, 2017 | Posted by admin in Connaissance de Nexon | traditions - (1 Comments)

Depuis la plus haute antiquité les femmes dissimulent leur chevelure. Cette pratique a été confortée par les religions qui rappellent que « la femme … doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend  » (Saint Paul, 1ère Lettre aux Corinthiens, cette injonction aux maris, » Prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes de croyants un voile sur le visage  » (Coran, sourate XXXIII).

Au XVIIe siècle, les religieuses de St-Vincent de Paul seront les premières à porter de larges coiffes, les cornettes.

À ce motif religieux, la coiffe remplit un rôle utilitaire : elle protège du soleil, du froid et la pluie.

Mais dans tous les milieux la coiffe et la coiffure vont remplir une fonction esthétique. Et puisque la religion impose à la femme de cacher sa chevelure elle orner sa coiffe de dentelles, parfois très luxueuses.

  • La naissance du barbichet

Chaque région, chaque paroisse a sa coiffe qu’on identifie immédiatement. A côté de l’Alsacienne, de la Bigoudène, de la Saintongeoise… la Limousine ne dépare pas. Mais à la différence de ces homologues la coiffe des limousines ne porte pas le nom de son territoire.

G-Michel Coissac dans son ouvrage « Mon Limousin » publié en 1913 écrit : « Le barbichet se portait déjà à la Renaissance comme en témoignent d’anciens « émaux de LIMOGES » conservés. Il avait à la campagne des proportions modeste, les « barbes » assez courtes et non empesées retombaient au niveau du visage

Le barbichet semble venu du Nord, très probablement de la Flandre ce qui explique qu’il n’ait pas un nom limousin. Le mot barbichet a été introduit dans la langue limousine tel qu’il est arrivé du Nord.

Le poète occitaniste Jean Rebier (1879-1966) a consacré un long article au barbichet dans le numéro de mai 1929 de la revue « La vie Limousine et la Brise », repris dans une petite brochure publiée la même année. Il n’est pas séduit par l’hypothèse flamande et rappelle que les émailleurs de Limoges copiaient des productions flamandes ! Il affirme, avec une quasi-certitude que « le barbichet, de de sa naissance à sa disparition, fut toujours appelé « la coiffe » par celles qui le portaient. Ce fut seulement vers 1900, quand la littérature s’en mêla, que ce déplorable vocable fut employé ». Pour lui le barbichet est une coiffe moderne qui se pose sur la tête des belles limousines comme un papillon sur une rose.

Trouvant son origine dans les bonnets de toile à barbes de mousseline, le barbichet naquit vers 1840, sans doute grâce au talent des dentellières d’Aixe sur Vienne qui eurent l’idée d’allonger les ailes de leur coiffe et de les broder plus finement. En effet les dentellières d’Aixe ont acquis une belle réputation de finesse et ainsi leur broderie réalisée sur un tulle porte le nom de « Point d’Aixe ». La dentelle d’Aixe a connu son apogée lors de l’Exposition Universelle de 1878.

Ainsi Aixe devint le centre de rayonnement du barbichet. Les femmes le portaient de Saint Laurent à Pierre Buffière et de Nantiat à Nexon.

Carte de rayonnement du barbichet en Haute Vienne d’après Jean Rebier-1939

Le barbichet est composé de trois parties :

1-            Un bonnet (ou bassin) de mousseline brodée qui enserre le chignon

2-            Deux longs rubans de satin moiré ou broché de couleur crème ou bleu pâle, posés à la base du bonnet

3-            Deux larges ailes ou barbes en dentelle sur tulle richement brodées qui s’envolent et se replient sur le front.

La dentelle est composée de fleurs, roses, églantines, marguerites…

Sa mise en forme est réalisée grâce à un délicat amidonnage. Les dentelles, tulles et mousselines doivent être entièrement ou en partie amidonnés, sans cela les coiffes pendraient sans doute lamentablement autour du visage.

 

Barbichet en pièces détachées, chez Lili. Doc de référence : » Les Coiffes du Limousin – Édition Lemouzi à Tulle (19) n°185-2008

  •  Les éditeurs de cartes postales l’ont fait connaitre dans tout l’hexagone.

C’est une jeune femme avec son barbichet qui nous accueille à Nexon sur cette carte postale expédiée le 3 janvier 1907.

Les deux cartes suivantes sont les plus anciennes que je possède, la première a été écrite le 10 juin 1902 mais non postée, la seconde a été postée à Chalus le 2 octobre 1903le 
Des dizaines de cartes ont été éditées parmi lesquelles :

Le barbichet de face et de dos

 

Une Limousine au regard triste (13 août 1912)

Un barbichet pour le

Les enfants aussi portent le barbichet:


Des images  reproduisent également des femmes portant le barbichet. par exemple cette publicité pour le chocolat Guérin-Boutron avec une faute de frappe avec Nexon écrit Vexon!

Et cette image d’une des collection de F. Nathan qui a du largement être utilisée comme bon point …

  • Pour la fête à Nexon en 1900, les hommes portent le canotier et les femmes le barbichet.

  • Le déclin du barbichet

Cette belle coiffe blanche a été la vedette de l’Exposition de Limoges en 1903, mais son déclin était amorcé car elle n’était plus portée que par des femmes âgées de plus de quarante ans.

A Limoges, l’Ecole du Barbichet, créée en 1923 par l’avocat René Farnier, se consacrait au théâtre, mais, en 1930, souhaitant participer aux fêtes organisées en Provence pour le centenaire de la naissance de Mistral, elle est obligée de présenter un spectacle de danses et de chants. Les danseurs revêtent l’habit traditionnel des Limousins. Le barbichet va connaitre une nouvelle vie.

Cette dentelle valait de 7 à 8 francs le mètre. Il en fallait 2 m. 10, sans compter le fond, pour garnir un barbichet. C’était l’équivalent d’une bonne semaine du salaire d’un ouvrier en province, ce qui en faisait une coiffure de luxe. Seules, les riches paysannes pouvaient, normalement, s’offrir une aussi coûteuse parure. Cependant des jeunes filles des environs d’Aixe ont pu apprendre auprès des dentellières et, en gardant leurs brebis, elles brodaient les fines bandes de tulle qui allaient devenir leurs coiffes des jours de fête.

Son coût élevé n’est sans doute pas la seule cause du déclin du barbichet au début des années 1900, sa cherté, sa fragilité viennent s’ajouter à la forte pénétration de la mode urbaine qui se répand sur tout le territoire et uniformise les tenues.

En 1913 G-Michel Coissac en constate la disparition. Il écrit, page 222, « ces coiffes de nos aïeules, saluons-les tant que nous le pouvons encore, car elles ont le charme ému des souvenirs qui s’en vont, que bientôt on ne reverra plus, et aussi la séduction particulière des choses du passé, d’un passé lointain, bien lointain. Il disparaît, il s’enfuit, ce légendaire barbichet de Limoges, si léger, si seyant à la beauté de nos aimables compatriotes, si gracieux à tous les points de vue et qui ajoutait je ne sais quoi à la poésie de nos paysage. »

Les poètes, les défenseurs de la tradition regrettent cette évolution. Ainsi Jacques Lemasson écrivait dans La Musette en décembre 1911 :

« Hélas ! le temps, cet implacable destructeur de toutes choses, fait lentement disparaître cette ancestrale coiffure des filles de nos champs; les chapeaux multicolores remplacent partout maintenant la blanche dentelle, leur costume n’est plus aussi modeste, nos Limousines perdent leur originalité, devenues semblables aux filles de la ville, elles ne sont plus en harmonie avec nos bois de châtaigniers et nos collines azurées ; c’est le progrès me direz-vous: étrange progrès qui fait perdre aux habitants d’un pays leur singularité.

Vieux barbichet, souvenir du temps passé, je te regrette de toute mon âme ; tu ajoutais à la poésie de notre sol, hélas ! bientôt tes blanches ailes auront cessé de voleter, tu ne couvres plus maintenant que des têtes vieillies, tu chemines lentement vers l’abandon et vers l’oubli. »

Et Jean Rebier concluait ainsi son article sur « Le barbichet » :

« Ce fut en vain que les poètes prodiguèrent les prières et les adjurations ; ce fut en vain que grondèrent les vielles et que pleurèrent les chabrettes. L’imprudente brodeuse avait ourlé ses rêveries romantiques sur une trame arachnéenne, à la merci du moindre vent, et la mauvaise bourrasque est venue qui a tout saccagé.

Les ailes blessées ne voulaient pourtant pas mourir. Elles se révoltèrent contre un aussi injurieux destin, et chassées du village elles se réfugièrent à la ville, où des mains ferventes les ont recueillies, pour nous en offrir l’ostension émouvante, dans les fêtes dédiées à la Tradition.

Car notre barbichet n’est plus qu’une relique. Les ailes inertes reposent désormais, avec tant d’autres souvenirs désuets et charmants, dans l’ombre des massives armoires. Et, derrière les lourdes portes, les Limousines ont enfermé, du même coup, leur grâce essentielle. »

La clique 1963…

février 27th, 2017 | Posted by admin in Connaissance de Nexon | traditions | XX siècle - (0 Comments)

La Clique Municipale est créée en juillet 1963

Président : L.J. PRADEAU, Maire

Vice-Président : Mme VIGNERON

Secrétaire : André CANARD, secrétaire de mairie

Trésorier : Maurice LAGNEAU

Directeur – instructeur : Robespierre CADIN

Sous-directeur – instructeur : Marcel CHAZELAS

Membres : Pierre PENOT, Jean LECOURNET, André DUMONT, Fernand QUANTIN, René LOUIT, Jean CROUZILLAC, Pierre PRADEAU, Edmond MAZABRAUD, Bernard LASPERAS.

Le conseil municipal a acquis un premier matériel, 6 tambours et 10 clairons à la maison Lagueny à Limoges pour la somme de 1235 F. 65.

La première sortie a lieu pour la cérémonie du 11 novembre 1963 à Nexon. La clique exécute les sonneries réglementaires.

Le maire L.J. Pradeau, le conseil municipal et les drapeaux le 11 novembre 1963 

Monsieur Cadin, et les jeunes musiciennes et musiciens de la Clique. 

Le public parmi lequel je reconnais ma petite sœur et mon grand père.

Le 16 février 1964 la Clique se produit pour la première fois hors de Nexon. Elle participe au défilé carnavalesque de la ville de Limoges. M. le Maire de Limoges exprime aux dirigeants ses félicitations et fait parvenir un chèque de 250 francs.

La 3ème sortie a lieu le 30 mars 1964, lundi de Pâques, à l’occasion du Comice. La clique donne une aubade Place de la République et place de l’Eglise.

4ème sortie le 19 avril, pour la frairie du quartier de Chamborêt à Aixe sur Vienne.

Arrivée devant la gare

A la fin de l’année  l’effectif est de 30 exécutants. Certains vont partir pour effectuer leur service militaire. Le bureau lance un appel aux plus de 20 ans

Sorties en 1964 : carnaval de Limoges, Fête d’Aixe sur Vienne, Comice agricole de Nexon, aux fêtes de Ladignac le Long, du 8 mai à Nexon, de la saint Jean, de Janailhac, de saint Hilaire les places, de la Plaine, de la gare de Nexon, du 14 juillet, de la nocturne de saint Hilaire, de Nexon en mai et en septembre, de saint Maurice les brousses, la Meyze, au bal des célibataires, au 11 novembre et au tournoi de Nexon.

La société possède le matériel suivant : 11 tambours, 5 cors, 15 clairons et 1 grosse caisse. Elle a également 40 calots, 40 paires d’épaulettes et 50 lyres en métal.

L’effectif est composé de 12 tambours, 16 clairons, 6 cors, 2 grosses caisses et 2 cymbales soit 38 exécutants. S’y ajoutent 5 élèves apprentis clairons et 2 apprentis tambours.

La société a encaissé 2 820, 31 francs de recette et a dépensé 2 218,30 francs réalisant un excédent de 602,01 francs.

Assemblée générale du 14 mai 1965

Le conseil d’administration est ainsi composé :

Président : René REBIERE, Maire

Vice-Président : Mme Alice VIGNERON

Secrétaire : René PENAUD

Secrétaire adjoint : André CANARD

Trésorier : Claude LAGNEAU

Membre de droit : MM. Robespierre CADIN et Fernand QUANTIN

Membres: Maurice LAGNEAU, Pierre PENOT, Jean LECOURNET, André DUMONT, Pierre PRADEAU, Henri VIGNERON, Henri PRADEAU, René LASPERAS, Mme Marthe LONGEQUEUE, Louis DELIAT.

La clique a participé au Festival de Musique Populaire de Bellac le 30 mai. Sa prestation lui a valu d’être retenue pour participer au Festival International de musique à Uzerche le 11 juillet 1965.

Lors du CA du 27 octobre 1965 il est décidé d’acheter des trompettes.

Lundi de  Pâques 1966 sortie touristique pour l’ensemble des membres à Rocamadour, Padirac, Collonges la Rouge.

Lors de l’AG du 14 avril 1969 on constate que l’effectif est inférieur à 20. Il est décidé de ne pas effectuer de sorties à l’extérieur.

 

 

 

 

 

I- L’histoire des bals et des danses

Des danses de ballet aux danses de salon

Notre enfance a été bercée de ces rondes héritières des rondes, rondeaux, caroles, farandoles… qui étaient chantées et dansées au moyen âge au son du fifre et du tambourin. La ronde s’est ouverte et a donné naissance à une chaîne et en même temps elle est devenue plus petite avec de nombreuses figures. Une rupture s’opère entre les danses populaires et les danses aristocratiques.

Les rois de France, et en particulier Louis XIV, aimaient les divertissements parmi lesquels les bals occupaient une place importante. Ils étaient somptueux, ce qui n’était du gout de tous car leur coût était élevé.

Que dansait-on alors ? La danse préférée de Louis XIV était le menuet. Elle faisait partie des suites, s’intercalant entre une sarabande et une gigue. Après son introduction dans les opéras de Lully sa vogue s’amplifia rapidement. Durant tout le XVIIIe siècle, les maîtres de danse ont cherché à en conserver les règles strictes et à maintenir son caractère de danse noble. Le formalisme, la rigueur des figures fait que ces danses deviennent un spectacle pour la majorité des membres présents.

« La harpe tremble encore et la flûte soupire

Car la valse bondit dans son sphérique empire,

Des couples passagers éblouissent les yeux,

Volent entrelacés en cercle gracieux ».

Le Bal    Alfred de Vigny (1797-1863)

En réaction à cet ordonnancement très strict va naître la contredanse. Elle privilégie le mouvement et préfigure la danse de couple fermée qui apparaîtra autour des années 1840 avec la valse. Elle se développe en Autriche et dans les Principautés allemandes en opposition aux danses de cour et en se dansant en couple, face à face et non côte à côte, en tournant. Cette proximité des corps fait juger licencieuse cette danse. Dans certains milieux très religieux, elle n’est acceptée, comme le boston, valse anglaise lente, que si la main de l’homme qui tient la taille de la femme est gantée. En s’imposant progressivement la valse ouvre la voie à la polka, la mazurka et plus tard le tango et la java. Ces danses deviennent les danses des salons urbains mais les campagnes vont à leur tour les adopter sans y apporter de grands changements.

Dans les Provinces, chacune a ses danses mais peu à peu elles vont sortir de leurs frontières et se répandre sur tout le territoire. Ainsi la gavotte et le passepied, rondes populaires bretonnes, la farandole et le rigaudon, danses traditionnelles de Provence et du Dauphiné. Ces dernières vont même traverser l’Atlantique et devenir des danses traditionnelles du Québec. Sans oublier la bourrée dont l’origine est indéterminée et ne se trouve pas dans la seule Auvergne et surtout pas en Limousin. Bénédicte GRAILLES et Patrice MARCILLOUX en font une danse folklorique née en 1895 à Paris*.

*Voir leur article « Fausses bourrées et vrais musiciens : si la bourrée limousine était née à Paris le 14 décembre 1895 ? » publié dans « Le Limousin, pays et identités : Enquêtes d’histoire (de l’Antiquité au XXIe siècle) » Pulim, octobre 2006.

Les bals publics et le bal musette.

Les bals publics se développent, d’abord pour fêter le 14 juillet, ou le 15 août lorsque le 14 juillet n’est plus reconnu comme le jour de la fête nationale. Ils vont progressivement prendre de l’ampleur tout au long du 19ème siècle. On en trouve une illustration dans les peintures de Renoir, en particulier son « Bal du moulin de la Galette » peint en 1876.

 

A partir des années 1900 on assiste à un renouveau de la danse et des bals qui se multiplieront dans les salles de café ou de restaurant, puis sur les parquets couverts, les dancings ou les « bastringues ».

C’est la naissance du bal musette, ce nom venant de la musette de la cornemuse (chabrette ou cabrette qui était utilisée par les musiciens. A Paris ces bals étaient majoritairement tenus par des Auvergnats, très nombreux dans la capitale. Ils avaient amené avec eux leurs musiques et leurs danses. Y avait-il la bourrée ? Sans doute pas si l’on en croit Bénédicte GRAILLES et Patrice MARCILLOUX dont j’ai parlé précédemment. Ils jouent des valses, des marches, des polkas…

Mais à côté des Auvergnats une autre communauté se regroupe dans les faubourgs parisiens : les italiens. Et eux, ils n’ont pas de chabrette mais un accordéon. La rivalité va être forte entre les partisans des bals auvergnats et ceux des bals italiens. Mais une autre concurrence arrive avec les musiques américaines, en particulier le jazz. Dès la fin de la Première Guerre mondiale le jazz, le swing, le foxtrot les danses américaines envahissent les salons mondains et les bals musette. Venu aussi d’Amérique, mais d’Amérique du sud le tango est introduit dans les salons parisiens juste avant la guerre et petit à petit il franchit les limites de Paris pour être introduit dans les bals de faubourgs. Les marches deviennent de plus en plus hispanisantes et se dansent en paso doble. La mazurka s’accélère et se danse de manière plus simple en java. De Cuba arrive la rumba et le mambo.

Mais la valse restait indétrônable.  Les séries classiques comportaient deux valses, un tango, une polka, une java, un foxtrot, une rumba, etc.…et le cycle recommençait.

L’arrivée du Jazz

Avec l’arrivée des Américains sur le front en 1918, la France profonde va peu à peu faire connaissance avec cette musique. Le jazz déconcerte et enthousiasme tout à la fois. Assistant (en 1919) à un concert au Casino de Paris, l’artiste-écrivain Jean COCTEAU dans « Le Coq et l’Arlequin » publié en 1918, décrit un « ouragan de rythmes et de tambour » dans une salle applaudissant debout, « déracinée de sa mollesse par cet extraordinaire numéro qui est à la folie d’Offenbach ce que le tank peut être à une calèche de 70 ».

Dans les années 1930 on peut danser avec l’orchestre Marcel’s jazz de Marcel LALUE, ou celui de Christian BEAUBRUN qui propose diverses animations jazz : bals (notamment à la préfecture), mariages ou arbres de Noël. Progressivement, les jeunes s’intéressent à ce genre de musique, également diffusée à la radio. Ray VENTURA se produit plusieurs fois à Limoges, devant 2000 personnes en 1938 ; Josephine BAKER vient en 1934 et en 1938.

Jean-Marie MASSE, né en 1921, découvre le jazz à 18 ans. Il achète des disques chez LAGUENY boulevard Carnot et entre en relation avec Hugues PANASSIE, grand gourou du Hot Club de France. Le conflit mondial marque d’abord un coup d’arrêt mais, dès 1941, c’est la reprise des concerts dans les brasseries, les cafés, les restaurants, sous réserve d’autorisation préfectorale. En 1943, le jazz est officiellement interdit, mais on continue à en jouer en francisant les titres.

Des Manouches installés dans des caravanes et des roulottes au Champ Dorat ou dans l’actuelle avenue Jean Gagnant jouent du jazz. Des jeunes limougeauds viennent les écouter. A la Libération, l’orchestre de Bob DIXON anime un bal à Limoges avec ses treize musiciens. En mai 45, Hugues PANASSIE donne à son tour une conférence au Théâtre Berlioz. Le jazz retrouve droit de cité, au Café Riche, au Central, au Faisan…Des musiciens vont se faire un nom comme Georges SUCHOT à la guitare qui ouvrira un commerce d’instruments. Plusieurs orchestres jouent du Jazz, Alex COSAI et son quintette, Camille LAROTTE, qui joue au Lion d’Or, l’orchestre CARENZI…

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bals sont interdits par le régime de Vichy. Naturellement, ils connaissent un regain de popularité à la Libération. On laisse éclater sa joie et sa rage de vivre et on danse partout. Les bals musette sont à leur apogée. Ils incarnent la France et la musique populaire.

Les accordéonistes célèbres deviennent des stars :  André VERCHUREN, AIMABLE, Yvette HORNER, Louis CORCHIA, Maurice LARCANGE, Bruno LORENZONI pour les plus connus.

En 1954, le Cha-cha-cha, un dérivé du mambo est introduit dans le répertoire des bals musette. Les marches, polkas, scottishs…tombent en désuétude pour laisser la place au rock ‘n roll qui devient à la mode.

Le bal du samedi soir n’est plus celui où la jeune fille venait accompagnée de sa mère ou de sa tante. Les jeunes viennent seuls et ils veulent s’amuser. Ils veulent écouter les mêmes morceaux que ceux qu’ils écoutent sur leur électrophone ou qu’ils entendent à la radio. Depuis 1951, année ou Pathé-Marconi fabriqua le premier disque microsillon 45 tours les ventes ont explosées. Eddie BARCLAY qui avait le premier importé des électrophones des États-Unis, créé sa propre firme d’édition musicale et devient le « roi de la nuit ».

Au bal ils veulent retrouver les sons qu’ils écoutent à la radio ou à partir de leur électrophone. Les orchestres vont s’équiper de sonorisation de plus en plus puissante, augmentant de ce fait les coûts d’organisation des bals. Plus le matériel devient volumineux plus il leur faut des véhicules capables de le transporter. Fini le temps ou le « violoneux » arrivait sur son vélo, son violon en bandoulière.

A partir de la fin des années 1960, le genre musette régresse à la fois à cause de l’emprise croissante des musiques anglo-saxonnes, de l’arrivée des amplis et des synthétiseurs qui relèguent les musiciens du musette au rang de « ringard ». Les boites de nuit supplantent peu à peu les bals qui disparaissent au début des années 1980 pour revenir sous forme de thés dansants dans les années 2000.

Pour aller plus loin :

Yves GUILCHER, La danse traditionnelle en France : d’une ancienne civilisation paysanne à un loisir revivaliste, FAMDT Editions, nouvelle édition 2001

II- Les bals et les danses à Nexon

Comme cela se passait en Limousin et en Périgord, les veillées, les batteuses, les mariages devaient être égayés par des chants et des danses. Mais nous n’avons pas de traces pour Nexon de ces événements.

Dès la fin du XIX siècle, et beaucoup plus tôt en Périgord, les organisateurs des comices agricoles eurent l’idée d’ajouter une fête au comice. Dans cette fête, parmi les jeux et les feux d’artifice il y avait un bal.

Il devait y avoir à Nexon des joueurs de chabrette, d’autant plus que Saint Yrieix était considérée comme un point central de ce qu’on peut appeler une école de chabretaires. Éric MONTBEL, co-organisateur en 1999 de l’exposition « Souffler c’est jouer : chabretaires et cornemuses à miroirs en Limousin », présentée au Musée National des ATP de Paris et à St Yrieix la Perche, recense dans le catalogue de l’exposition, une trentaine de chabretaires dans le pays de Saint Yrieix avant 1914, mais aucun de Nexon. Il n’y a pas non plus de concours organisé à Nexon à la fin du XIX, au moment où les « concours de ménétriers » se développent en Haute-Vienne et en Corrèze. Les premiers concours sont organisés en 1892 à Saint-Junien puis à Limoges, Saint-Yrieix, Chalus… et à Nexon le 13 septembre 1900, jour de la Fête patronale avec le concours « Musettes, vielles et accordéons ». On en retrouve un autre le 21 septembre 1908, toujours à l’occasion de la fête patronale avec le titre « Musettes, accordéons, danse, barbichets », puis le 16 mai 1909 « Musettes, accordéons, danse » et enfin le 23 septembre 1912, de nouveau pour la fête, « Musettes, accordéons, danse ». On a donc quitté le bal pour entrer dans le folklore et la représentation.

Revenons aux bals. Il y avait dans toutes les communes un bal du 14 juillet. Il est devenu quasi automatique à partir de 1879, année de la commémoration du centenaire de la prise de la Bastille. Mais il y a surtout des bals privés organisés par les cafés qui possèdent de grandes salles.

A Nexon la plus grande salle est celle du Café de la Promenade avec son balcon. On y danse le quadrille, la valse, la polka, la scottish… au son d’une musique jouée par un orchestre composé de quatre musiciens,toujours un pianiste, deux violons et un saxophone. Le Café possédait également un piano harmoniphone*. Cette belle salle accueillait d’autres spectacles que les bals et concerts. Ainsi le 18 juillet 1920, Le Populaire du Centre annonce pour le même soir : « Soirée récréative. — Dimanche 18 juillet, café de la Promenade, l’excellent professeur Léonce Dhormoy, donnera une intéressante séance de prestidigitation. Nous pouvons assurer que cette soirée sera des plus intéressantes étant donné l’habileté et l’art consommé de Léonce Dhormoy. Les intermèdes seront remplis par Gaston Dublus, un comique qui sait faire rire les plus moroses. Prix d’entrée : premières, 2 fr. secondes, 1 fr. — La locution est ouverte. »

*L’histoire de l’harmoniphone commence le 14 août 1891 lorsque Pierre-Louis-Alphonse Rodolphe, 15 rue de Chaligny à Paris, dépose une demande de brevet d’invention de quinze ans pour « un nouveau système de casier harmonique applicable à l’instrument à anches libres dit harmoniphone ». Ce brevet est délivré le 30 septembre 1891. Ce système a pour but d’atténuer au maximum les harmoniques des jeux les rendant ainsi beaucoup plus ronds mais aussi plus sourds.

Après la fin de la guerre, dans les années 1920, l’accordéon va s’imposer au détriment du violon. On danse également dans les cafés les jours de foire. Ceci perdurera jusqu’à la disparition des foires, ce qui entraînera une baisse d’activité importante pour les cafés et restaurants.

Le Populaire du Centre du 27 novembre 1919, annonce que « Le banquet des anciens combattants de la commune de Nexon aura lieu le 7 décembre, à midi, à l’hôtel Bourdeix, et le bal aura lieu le même Jour, à huit heures du soir, au café de la Promenade. »

En 1921, le bal des conscrits a lieu au « café de la Promenade ». On constate qu’il n’y a pas de nom d’orchestre, celui-ci commence a etre donné dans les années 1930 et la pratique deviendra systématique au milieu des années 1950. On notera également que le bal a lieu un dimanche, le 27 mars 1921, à 7 heures du soir.

La presse mentionne une bagarre dans un bal à Nexon, salle Buisson, en 1924. Aucun des inculpés à la suite de la bagarre sont originaires  de Nexon. Voici le compte rendu de l’audience du Tribunal correctionnel de saint Yrieix du jeudi 23 avril 1925 : « Le 16 décembre 1924, une rixe éclata au bal tenu par M. Buisson, aux Landes, commune de Nexon. Cinq jeunes gens sont inculpés, ce sont les nommés Barget Léonard-Louis, 24 ans, né à Saint-Paul-d’Eyjeaux ; Robert François, 36 ans, né à Saint-Hilaire les-Places ; Robert Paul-Jean, 20 ans, né à Saint-Hilaire-les-Places ; Faucher François, 28 ans, né à Pierre Buffière, et Chausse Joseph. 18 ans, né à Coussac-Bonneval. Le tribunal condamne les prévenus, savoir : Barget Léonard, 25 francs d’amende et sursis ; Robert François, 24 heures de prison et sursis et 100 francs d’amende ; Robert Jean, 50 francs d’amende et sursis ; Faucher François, 15 francs d’amende et sursis; Chausse Joseph, 16 francs d’amende et sursis ». (Le Populaire du Centre, 26 avril 1925)

Je n’ai pas trouvé de traces de violoneux nexonnais. Ils sont nombreux à avoir laissé un souvenir en Corrèze et les musicologues ont pu enregistrer certains de leurs morceaux. Un travail remarquable a été fait par Françoise ETAY, professeur au Conservatoire de Limoges et présidente de l’Association des enseignants de musique et danse traditionnelles dans son mémoire de maîtrise en 1983, « Le Violon Traditionnel en Limousin ». Elle cite 98 violoneux en Corrèze, 14 en Haute Vienne et 9 en Creuse. Aucun n’est proche de Nexon. Ils habitent à Saint Léonard, Ambazac, Le Palais … Aujourd’hui ces communes nous semblent proches mais jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale les musiciens se déplaçaient presque tous en vélo, le violon en bandoulière. Il est peu probable qu’ils soient venus à Nexon. Le seul qui a peut y jouer pourrait être Henri GAYOT, un violoneux de St-Léger-la-Montagne qui aurait vécu dans la région de Bussière-Galant.

Au début des années 1950 il y a 8 salles de bal à Nexon :

  • 3 salles sont dans le bourg. On trouve, Chez DUMONT, avenue de la gare ; la salle CHARREIX, place du marché et la salle PAUL FAURE, rue P et M Curie.
  • 2 sales à la gare, l’une à l’hôtel BEYRAND et l’autre au NOUVEL HOTEL.
  • 2 sales aux Landes, chez BUISSON et chez MALARDEAU.
  • 1 sale au Plantadis, chez DUVERNEIX.

Avant les années 1950 il est rare que pour les bals on donne le nom de l’orchestre. On indique « bal avec un grand orchestre ».  Lorsque le nom de l’orchestre est cité c’est qu’il s’agit d’un orchestre avec un nom qui tranche avec celui des accordéonistes locaux. Ainsi les années 1930 vont voir fleurir les orchestres de jazz. Cette musique est arrivée en France avec les soldats américains et elle a plus aux jeunes.

On trouve l’annonce d’un bal le dimanche 4 octobre 1936, chez DUPUYDENUS à la gare, avec l’orchestre Marcel «R» Jazz.

Les années 1950 vont voir le développement des « parquets » démontables, véritables salles itinérantes louées par les organisateurs. Ces salles étaient recouvertes de bâches ou de tôles, ce qui en faisait des fournaises l’été et des glacières l’hiver. Des bancs entouraient la piste de danse. A Nexon le parquet « Le Moulin Rouge » de M. BEYLIER était systématiquement utilisés pour les fêtes patronales, à Pâque et en septembre, même après la construction de la salle des fêtes. Ces parquets ont profité du fait que de nombreuses salles n’étaient pas conformes aux nouvelles normes de sécurité.

On peut s’étonner que la salle des fêtes n’ait pas été utilisée plus fréquemment pour les bals. La raison est qu’elle était principalement consacrée aux séances de cinéma. Tous les samedi soir et les dimanches après-midi un film était proposé aux amoureux du cinéma. La télévision ne diffusait alors qu’une chaine en noir et blanc ne proposant pas de film avant qu’ils n’aient été exploités pendant deux ans en salle. Ajoutons que la commune ne voulait pas entrer en concurrence avec les propriétaires de salles.

Que ce soit pour les parquets, les salles privées ou les salles des fêtes le contrôle aux entrées à Nexon comme pour tous les bals à la campagne, s’effectuait par un tampon apposé sur la main. C’était le laissez-passer pour la soirée permettant d’entrer et de sortir pour aller à la buvette ou aux toilettes. Les petits malins avaient mis en place un système de fraude ingénieux. Le premier du groupe entrait et ressortait quelques minutes après rejoindre ses camarades dans un coin obscur. Là, ils examinaient le tampon et essayaient de la reproduire avec un bouchon de liège et un tampon encreur. Il fallait avoir plusieurs jeux de couleurs car les organisateurs ayant découvert la manœuvre utilisèrent des encres rouge, vert, bleu et des marques de plus en plus sophistiquées mais quand ils étaient submergés par la foule, les contrôleurs n’avait pas toujours la possibilité de déceler les fausses marques.

L’Amicale sportive est une des premières associations à utiliser la salle des fêtes. Deux bals sont organisés chaque saison, parfois trois comme en 1963. Cette année-là un premier bal a lieu le samedi 3 février avec l’orchestre René LOUIT. Le bal suivant a lieu le 8 juin, toujours avec René LOUIT et le dernier le 10 novembre.

Un bal classique était le bal des pompiers. Il s’inscrivait dans la logique des bals de société ou les danseurs étaient plutôt d’âge mur. Ce n’est pas le public que l’on rencontre quelques années après dans la majorité des bals ou le public est très jeune. Pour satisfaire les danseurs, les pompiers font appel à des orchestres habitués des salles des grands hôtels de Limoges, Le Faisan », « la Paix » ou le « Lion d’or » comme celui de Camille LAROTTE pour le bal du 8 décembre 1963.

Lorsque les jeunes du baby-boom ont l’âge d’aller au bal, au milieu des années 1960, le public des bals du samedi soir devient subitement beaucoup plus jeune. Les anciens orchestres sont « ringardisés ». De nouveaux orchestres naissent comme celui de Roland DUBREUIL puis celui d’ERIC ERDAY. Le nombre des bals augmente, de nombreuses associations trouvant là un moyen d’accroître leurs recettes. A côté des traditionnels bals pour la frairie, à Pâques et en septembre et du tout aussi traditionnel bal des conscrits on va avoir le bal du foot, souvent deux par an, le bal des pompiers, le bal des prisonniers, le bal de la chasse, le bal des anciens combattants, le bal de la croix rouge…

Les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à fréquenter les bals le samedi soir ne sont pas tous des danseurs émérites. Ils rentraient dans la salle quand ils entendaient l’orchestre entamer la série des slows.  C’était alors la longue file des garçons qui étaient venus sans leur compagne à la recherche de la cavalière. Il y avait beaucoup de refus car les jeunes filles savaient que l’obscurité liée à l’extinction des lumières et la densité des danseurs favorisait le rapprochement des corps. Les mains trop baladeuses n’étaient pas toujours appréciées. C’est ce que traduit avec beaucoup de réalisme le fameux sketch joué en 1972 par Guy BEDOS et Sophie DAUMIER, « La drague ». Les premiers échanges donnent le ton :

« Sophie DAUMIER : Qu’est-ce qui est collant ce type – J’dis rien parce que je n’veux pas faire de scandale – Mais alors quel pot de colle ! – Y s’fait des idées ou quoi ? – J’ai accepté de faire cette série de slows avec lui – Pour pas faire tapisserie d’vant les copines – Mais alors… j’en vois plus l’bout !

Guy BEDOS : Mine de rien j’suis en train d’emballer moi ! – J’emballe, j’emballe sec – Allez ! vas-y Jeannot ! Attaque ! Attaque ! Ça marche ! Ça marche ! – Accroche-toi Jeannot ! La nuit est à nous… »

Quand il n’y avait pas de bal à Nexon il y en avait un à moins de 10 kilomètres, à La Meyze, aux Cars, à Flavignac, à Meilhac, à Rilhac…Dans les années 1950 -1960, les jeunes y allaient en Mobylette, par groupes de trois ou quatre, chacun prenant en passager ceux qui n’avaient pas la chance d’avoir de moyen de locomotion. Dans ce cas il fallait éviter les gendarmes car, bien que ces cyclomoteurs soient équipés de selles biplaces et de reposes pieds, il était interdit d’avoir un passager.

Dès la fin des années 1960 les 2CV et autres 4L ont remplacé les Mobylettes. Le champ d’action s’élargissait et on pouvait aller au bal à Chalus, Cussac ou Limoges. C’est une époque dorée pour les musiciens. Les orchestres vont se professionnaliser et de ce fait couter de plus en plus cher. Les organisateurs doivent remplir les salles. Il faut faire connaitre son bal. Bien sûr il y a la presse locale mais le moyen le plus efficace est l’affiche. S’organisent alors, trois semaines avant le bal, les tournées d’affichage. Armées de pots de colles et de pinceaux des équipes partent à la tombée de la nuit coller des affiches sur les panneaux de tous les villages, en déposent dans tous les cafés sans trop s’attarder au bar ! Il n’y a pas encore d’éthylomètre et plus d’un est rentré fatigué après une épuisante tournée de collage.

Et puis il fallait faire venir les limougeauds. Pour cela l’organisateur louait un car qui partait de la place du champ de foire à Limoges. Il fallait qu’un garçon a la voix tonitruante soit de la partie afin de pouvoir convaincre les jeunes de monter dans le car pour Nexon et non dans celui pour Ambazac ou saint Léonard… En fait beaucoup de jeunes choisissaient plus l’orchestre que le lieu. Chaque orchestre avait ses groupies. Peu à peu, avec la motorisation de la jeunesse ces cars ont été abandonnés car ils ne drainaient plus grand monde…

Les orchestres qui jouent à Nexon

De nombreux orchestres nationaux, plus rarement, et des orchestres régionaux animent les bals à Nexon dès la fin de la deuxième guerre mondiale. On trouve André DEXET, René DELOUTRE, Roland DUBREUIL, ERIC ERDAY, Jean Claude FAUGERAS, les frères LAVERGNE qui mettront un terme à leur activité en 1980, Lucien LANSADE de Masseret, René LOUIT, Roger PERYERAS, accordéoniste, chef d’orchestre et professeurs de musique réputé à Limoges… André VERCHUREN, l’accordéoniste français qui a vendu le plus de disques, mais aussi Yvette HORNER, Mario CAVALLERO sont venus à Nexon tout comme le corrézien Jean SEGUREL ou le périgourdin Marcel DEBERNARD.

 

En 1965 l’association des chasseurs décide d’organiser le premier bal des chasseurs. Il a lieu le 22 janvier 1966, salle Charreix avec l’orchestre Miguel FLORENCIO. Devant le succès remporté une grande nuit de la chasse a lieu à la salle des fêtes le 14 juillet 1966, toujours avec l’orchestre de Miguel FLORENCIO. En 1968, le 24 février et le 14 septembre c’est l’orchestre parisien de Mario CAVALLERO avec la chanteuse Lili Montes qui animera le bal des chasseurs.

Le programme du Comité des Fêtes pour 1972 montre l’importance que revêtaient encore les bals :

Bal d’hiver le 5 Février avec Gil MAZEAU -Gala Inter-Danse JO DAUNAT- ORTF-

22 Avril avec Harry WILLIAMS,  fils d’André VERCHUREN

Fête de Pentecôte les 20,21,22 Mai avec Christian AUZEL et Eric ERDAY

11 Juin, une surprise !!! de l’inédit à NEXON, « un gros pavé dans la mare », n’en disons pas plus pour l’instant.

21 Juillet Bal avec Eric ERDAY

22 Juillet : Grand Gala de variétés avec André VERSCHUREN

5 Août, bal des vacances avec Eric ERDAY

Fête des 22,23 et 24 Septembre avec les ensembles de Max Alan et Eric ERDAY

16 Décembre, Marcel DEBERNARD.

Un programme comparable était proposé en 1973:

10 Février……….: Marcel DEBERNARD

05 Mai…………..: Harry WILLIAMS

19 et 20 Mai…. : Fête patronale avec Gil MAZEAUD et PEYRIERAS

02 Juin …………: Les Compagnons de la chanson

21 Juillet ……….: Emile GARRY

04 Août …………: Eric ERDAY

22 Septembre …: Fête patronale avec J.P. SALVAT et Eric ERDAY

31 Décembre …..: Eric ERDAY

Au total 15 bals ont été organisés à la salle des fêtes en 1973.

Dans un rayon de 20 kilomètres autours de Nexon, pendant les années 1970-1975 cinq orchestres assurent plus de la moitié des bals du samedi soir : Roland DUBREUIL, Eric ERDAY, Jean Claude FAUGERAS, Roger PEYRIERAS, les frères LAVERGNE.

Le Populaire, 10-11 août 1974

Quelques orchestres parmi les habitués à Nexon.

Le premier, surtout dans les années 1945-1965, était RENE LOUIT. Derrière ce nom de scène se cache un voisin puisqu’il s’agit de R. CANARD de Saint Hilaire les Places. Son frère André était secrétaire de mairie à Nexon.

Plus tard la véritable star des bals de campagne a été Roland DUBREUIL. Il est invité par l’A.S.N. pour son bal du 12 mars 1966. C’est le début d’un long amour avec les jeunes puisque pendant plus de vingt ans il animera chaque année plusieurs bals à Nexon. Il est presque du pays. Il habite à l’Aiguille, il offre facilement sa tournée au bar et ses fidèles sont assurés de pouvoir danser avec lui tous les samedis dans un rayon de 30 kilomètres.

Roland Dubreuil

L’Orchestre de Jean-Claude FAUGERAS connu pendant dix années de la grande époque 1966 à 1976 un succès lié à la qualité de sa musique. Il n’avait pas la gouaille de Roland Dubreuil, ni la « gueule » d’Eric Erday mais il remplissait les salles. Il devint organisateur de bals de 1976 à 1981 et en 1981 il a créé la discothèque ‘LE MANUREVA’ qu’il a tenu jusqu’à sa fermeture en 2009.

Roland DUBREUIL a eu, au début des années 1970, une rude concurrence avec l’arrivée d’un jeune limougeaud, Georges DELOUTRE. Né derrière la gare des Bénédictins, le jeune Georges a été bercé par l’accordéon de son père, René DELOUTRE. Il commence sa carrière dans l’orchestre de son père et en 1968 il décide de voler de ses propres ailes. Il crée son orchestre et le nomme ERIC ERDAY, RD, les initiales de son père.

Dans son orchestre il a des noms connus dans le monde de la musique. Au piano Pat GIRAUD, aujourd’hui considéré comme l’un des grands organistes de jazz, à la guitare Jean-Paul SOURISSEAU, qui deviendra par la suite directeur de France Bleu Limousin, à la batterie Jean-Marc LAJUDIE qui ouvrira en 1971 son centre de formation et comme chanteur Pat HARRISSON. Derrière ce pseudonyme se cache Patrick HERNANDEZ. Il chante ses compositions parmi lesquelles Born to be alive. Mais ce titre ne deviendra un succès mondial qu’en 1978 après avoir remixé en Belgique.

Dans son livre de mémoires, Alive, Patrick HERNANDEZ raconte son arrivée dans l’orchestre d’ERIC ERDAY amené par son « pote Jean ; Paul SOURISSEAU… « Cette formation au répertoire archi classique rencontrait un grand succès auprès de la population autochtone, particulièrement au sein de la gent féminine en raison du physique avantageux du chef d’orchestre…Tous les weekend , je faisais le trajet Périgueux-Limoges dans la somptueuse jaguar de mon ami guitariste…L’ambiance était bien moins potache que dans mes précédents orchestres. C’était l’esprit « baluche » dans toute sa splendeur : pas de fantaisie, des costumes désuets, des fonctionnaires du bal qui se prenaient au sérieux…Si ERIC ERDAY se révéla plutôt ouvert sur le choix des morceaux à interpréter, les autres l’étaient beaucoup moins. A l’exception de Jean Paul et du clavier Patrick GIRAUD, le reste de la formation partageait peu mon gout pour la pop. Quant à leur technique musicale, elle se révéla d’un moins bon niveau que mes précédents orchestres. …Ce fut la première et la dernière fois de ma carrière ou j’eus vraiment l’impression de faire du bal au sens strict. » Patrick Hernandez, Alive ! Mareuil Editions, 2016

On comprend qu’après cette critique acerbe il quitte l’orchestre à la fin 1972.  Heureusement les centaines de jeunes qui se pressaient aux bals d’ERIC ERDAY n’avaient pas le même sens critique que Patrick HERNANDEZ. Les trésoriers des associations organisatrices de ces bals, et j’en étais, se frottaient les mains à la fin du bal, même si les cachets exigés ont connu une inflation galopante.

La fin des bals de campagne.

Au début des années 80, les bagarres deviennent fréquentes dans les bals. Les jeunes les désertent pour aller dans les boites de nuit, les discothèques qui se sont créés à la sortie de Limoges comme Le moulin des Cendrilles, la Locomotive… Progressivement il va s’en ouvrir dans les campagnes. Les bals du samedi sont morts.

Aujourd’hui la danse revient sur le devant de la scène et retrouve ses lettres de noblesse. Le succès de l’émission « danse avec les stars » en atteste. La salsa, les danses country et folk, les thés dansants sont devenus une autre forme de loisir.

Le Nouvel an

décembre 22nd, 2016 | Posted by admin in traditions - (0 Comments)

Pourquoi le Nouvel an est-il fêté le 1er janvier ?

Le Jour de l’an a beaucoup changé au fil des siècles pour les peuples usant du calendrier solaire et ce, au gré des Églises, des époques et des pays.

 

A Rome, après les Saturnales de décembre, les Romains fêtaient Janus dont les deux visages regardaient l’année qui venait de finir et celle où l’on entrait. On offrait à ce dieu, le 1er janvier, un gâteau, des dattes, des figues et du miel ; on se rendait visite, on s’adressait des vœux et on offrait des présents, une coutume qui avait été autorisée par le roi Sabin Tatius (VIIIe siècle av. J.-C.), lequel avait apprécié de recevoir quelques branches coupées dans un bois consacré à la déesse de la force Strenia. Ces cadeaux, faits en signe de bon présage en un jour consacré par la religion, étaient donc appelés strena d’où vient notre mot « étrenne ».

En France, sous les Mérovingiens, l’année commençait le 1er mars dans plusieurs de nos provinces. Avec Charlemagne elle débuta à Noël dans tous les territoires soumis à sa juridiction. Sous les Capétiens, le jour de l’an coïncidait avec la fête de Pâques, usage presque général au Moyen Age. En certains lieux, l’année changeait le 25 mars, fête de l’Annonciation. Le concile de Reims, tenu en 1235, mentionne cette date comme « l’usage de France ». C’est le roi Charles IX qui rendit obligatoire par l’Édit de Roussillon du 9 août 1564 la date du 1er janvier comme origine de l’année. Le pape Grégoire XIII, en instituant le calendrier grégorien en 1582, généralise cette mesure à l’ensemble du monde chrétien.

Les premières cartes de vœux

La tradition des cartes de vœux est née en Extrême-Orient Les cartes de vœux envoyées pour cette occasion étaient autrefois en papier de riz, les artistes les plus talentueux y dessinaient et traçaient les souhaits de Bonne Année à la main, à l’aide d’encres précieuses et leur dimension était proportionnelle au rang du destinataire, pouvant atteindre pour un mandarin la taille d’un devant de cheminée !

Il semble que la première carte, avec mention de vœux, soit née en 1843 de l’idée de Sir Henry Cole (1808-1882), conservateur du musée Victoria et Albert de Londres et touche à tout génial.  Trop occupé pour écrire personnellement à ses amis pour leur souhaiter une bonne année, il demanda à un artiste, John Calcott Horsley, de lui dessiner une carte sur laquelle serait gravé « Merry Christmas and Happy New Year ». L’artiste réalise une lithographie qui représente une famille joyeuse levant un verre comme pour porter un toast au destinataire. Elle est imprimée à 1000 exemplaires en noir et blanc puis coloriée à la main. Il n’y qu’à ajouter son nom et celui du destinataire. Il resterait une douzaine de ces cartes et celles qui se vendent se négocient entre 15 000 et 20 000$

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La première carte de vœux

A partir de cette date des cartes seront imprimées et vendues un schilling ce qui ne la met pas à la portée des ouvriers. En 1873 un immigré allemand, Louis Prang (1824-1909), qui possédait un atelier de lithographie à Boston, imprime des cartes de vœux pour le Nouvel An. L’année suivante il en vend dans tous les États-Unis. En 1885, il représente le Père-Noël (Santa Claus) dans un costume rouge. Le succès est énorme et le rouge devient la couleur du Père-Noël. Rapidement ces cartes sont imitées et vendues moins chères car produites en moins bonne qualité. Louis Prang est acculé à la faillite.

En 1910 Joyce Clyde Hall (1891-1982) crée Hallmark Cards à Kansas City. C’est aujourd’hui une multinationale qui édite des cartes en 30 langues et les vend dans plus de 100 pays.

En 1949, une jeune Tchèque de 7 ans, Jitka Samkova réalise dans sa classe un dessin pour remercier l’Unicef d’avoir fourni des médicaments et du lait aux enfants de son village ravagé par la guerre. Comme elle n’a pas de papier elle peint sur un morceau de verre un groupe d’enfants en train de danser autour d’un « mât de fête » sous un grand soleil. Sa peinture est envoyée par son institutrice au bureau Unicef de Prague, qui la fait suivre à Vienne puis à New York. Le dessin de Jitka est choisi par les équipes de l’Unicef pour la réalisation des premières cartes de vœux que l’Unicef met en vente en octobre 1949.

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Les coutumes françaises

La tradition voulait que dans les 15 premiers jours de l’année on rende visite à sa famille et aux amis, mais aussi à ses collègues de travail et aussi à son patron. Pour beaucoup de gens ces visites étaient perçues comme très contraignantes et ils cherchaient à les éviter. Il était admis que l’on pouvait remplacer la visite par le dépôt d’une carte de visite. Lorsqu’elle était cornée en haut à droite, cela indiquait que l’on s’était déplacé soi-même pour la déposer, en signe de respect ou d’amitié. C’est ainsi qu’apparut l’habitude de remettre au concierge du domicile de ses proches le 1er janvier une carte de visite sur laquelle on avait écrit une formule de vœux.

La carte de vœux va peu à peu remplacer la carte de visite. Différente de la carte de Noël, elle mettait en scène le plus souvent des fleurs, de jeunes femmes ou des enfants portant des cornes d’abondance symbolisant la prospérité. Les chiffres de l’année y étaient aussi parfois représentés, accompagnés de symboles de chance : trèfle, fer à cheval…

Voici une série de cartes adressées à Gustave Tombelaine, pâtissier à Nexon ou à son fils Emile entre 1901 et 1910. Toutes ces cartes sont éditées en Allemagne ou en Autriche.

Ce jeune garçon adresse ses vœux pour le 1er janvier 1902.

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Le sourire de ces deux jeunes filles annonce l’année 1906.

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La belle moustache du jeune homme et le charmant sourire de la jeune femme souhaitent une bonne année 1907.

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Ces fleurs apportent les souhaits d’une bonne année 1910.

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Depuis son traîneau tiré par des chiens c’est une heureuse année 1911 qu’annonce la petite fille.

 

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Les cartes de vœux en Limousin

Les plus anciennes cartes postales utilisées pour souhaiter une bonne année reprennent soit des scènes de la vie rurale, soit des vues classiques de Limoges. Elles sont imprimées par Charles Collas &Cie Cognac (le trèfle aux 4 C) pour Maurice Tesson (MTIL).

La première a été postée le 29 décembre 1902 de Limoges. Les enfants portent un bouquet de fleurs à leur grand-mère.

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La suivante a été postée le 11  décembre 1903 de Limoges. La petite fille envoie des baisers sur fond de cette ville.

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La carte postée le 4 janvier 1906, toujours de Limoges, est un collage de différentes vues dans les lettres de « Bonne année ». Cette carte est éditée par Champeaud &Terrasson Limoges (C T/L) signée de l’hirondelle. bonne-annee

Le 30 décembre 1906 la carte, sur un format vertical, représente 3 trèfles à 4 feuilles dont l’un a les feuilles incrustées de limousines en barbichet.

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Sans doute vers la même date cette carte éditée par J. Faissat avec cette jeune fille en barbichet qui souhaite une bonne année en langue limousine. Elle nous dit « Ah ! si mon cœur et mon esprit avaient du pouvoir, je voudrais pour vous une année qui vous ferait un paradis à rendre jaloux le bon Dieu ». La même petite fille souhaite un bon réveillon pour Noël.

Le 1er janvier 1907 la carte postale est postée d’Aixe sur Vienne représente une branche de châtaigner portant 4 photos.

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Le paillon qui apporte les souhaits de bonne année a été posté le 7 décembre 1907 de Bussière Poitevine. Elle est passée par Le Dorat, elle est dans le train de Saint-Sulpice à Poitiers le 1er janvier 1908. Elle a mis du temps pour arriver à Blois, sa destination finale.

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L’année 1908 apparaît en chiffres sur cette carte postale qui souhaite une bonne année depuis Limoges.

La carte suivante est postée le 7 janvier 1909. Elle a été écrite le 2 janvier par Roger Tesson, le jeune frère de Maurice.

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Sur la carte verticale, parmi les vues des principales villes du Limousin figure le château de Nexon, en bas à gauche.

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Noël en Limousin

décembre 22nd, 2016 | Posted by admin in traditions - (0 Comments)

Noël est un mot qui vient du latin natalis que l’on utilise à l’occasion de la fête de la naissance du soleil, le dies natalis solis invicti, « jour de la naissance du soleil invaincu ». On trouve cette étymologie dans la plupart des langues romanes comme dans l’italien natale, l’occitan nadal ou nadau, le catalan nadal, le portugais natal… Dans les langues celtiques le mot utilisé pour désigner Noël dérive également du latin natalis ce qui donne en gallois Nadolig et en breton Nedeleg dont découle le patronyme Nédélec.

En revanche, pour désigner cette fête les anglais utilisent le mot Christmas qui vient du vieil anglais « crīstes mæsse » tandis qu’en allemand on dit Weihnachten construit à partir de l’expression en vieux haut allemand ze wîhen nachten « dans les nuits sacrées ». On trouve cette même transposition d’une fête païenne à une fête chrétienne dans les pays scandinaves où Noël se dit jól en islandais, jul en norvégien, suédois et danois.

En Limousin, Noel est sans doute la fête la plus importante, en tout cas la plus gaie. C’est la fête de la naissance de l’enfant, elle est donc douce et joyeuse.

« Nadau, Nadau, nadau,

Qu’ei notro grando feito »

Noel, Noel, Noel

C’est notre grande fête.

Il y a peu de cartes de Noel  éditées à Limoges. J’ai cette carte de J. Faissat qui souhaite un bon réveillon, mais pour savoir qu’il s’agit de celui de Noël il faut lire la légende « Noël Limousin ». Sur une autre carte, la même jeune fiche, dans la même pose souhaite une bonne année. La carte est expédiée de Limoges le 23 décembre mais l’année n’est pas lisible, en tout cas c’est entre 1905 et 1910.

J’ai trouvé cette carte sans doute éditée en Autriche envoyée à Emile Tombelaine à Nexon, le 24 décembre 1910. Des flocons de neige tombent sur cette maman et sa fille sous le regard de leur chien.

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Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?

En premier lieu, rappelons-nous que la célébration de la naissance de Jésus est une pratique très tardive qui n’apparaît que vers l’an 300. Avant cette date, les Chrétiens considèrent qu’il y a des choses bien plus importantes à fêter que la naissance d’un bébé, fût-il fils de Dieu. À cette même époque, justement, se propage dans l’Empire romain un culte païen qui inquiète beaucoup l’Église : le Dieu Mithra, divinité indo-iranienne apparue vers 1500 ans avant Jésus-Christ, jouit d’un regain d’intérêt et est vénéré partout dans le bassin méditerranéen. À tel point que l’empereur Aurélien envisage d’en faire le dieu officiel de l’Empire (et on imagine d’ici à quel point Jupiter et sa clique devaient fulminer en entendant pareille ineptie…) ! En 274, il officialise donc cette religion et érige même à Rome un splendide temple dédié à Mithra.

C’est vers 336 que la date du 25 décembre a été choisie comme date pour la fête de Noël pour la substituer aux fêtes païennes comme la fête de la renaissance du Soleil Invaincu (Sol Invictus) du culte à Mithra, le solstice d’hiver et les Saturnales romaines qui étaient toutes célébrées aux environs du 25 décembre.

En 425, l’empereur d’Orient Théodose II codifie officiellement les cérémonies de la fête de Noël. Cette commémoration se répand progressivement en Gaule et en Orient et devient un jour important dans le calendrier. Clovis est baptisé le soir de Noël d’une année comprise entre 496 et 499, Charlemagne est couronné empereur par le pape le jour de Noël de l’an 800, Guillaume le Conquérant est couronné roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster le jour de Noël 1066.

En 506, le concile d’Agde fait de Noël une fête d’obligation et en 529, l’empereur Justinien en fait un jour chômé.

La popularité de cette fête a fait que Noël est devenu un patronyme et un prénom dans de nombreuses langues.

Avec la laïcisation de la société, les festivités liées à Noël ont été progressivement déconnectées de l’interprétation religieuse. Les vacances scolaires au moment de Noël permettent aux membres d’une même famille de se réunir, de décorer la maison, de réveillonner, d’échanger des cadeaux…Dans les villes les rues et les vitrines des magasins sont décorées dès le début du mois de décembre, le père Noël est présent sur les marchés … mais comment cela se passait autrefois ?

La bûche de Noël, ( la còssa de nadau, lo cosso dé nadao)

Dans toute l’Europe du Nord, et pas seulement en Limousin, se pratiquait le rituel de la buche de Noel. On célébrait l’arrivée du solstice d’hiver, le moment ou les jours sont les plus courts, autour du 21 et du 22 décembre.

Les jours vont rallonger, ce que traduisent de nombreux dictons avec des variances selon les régions. A Nexon comme à Chalus on dit : « pour Noel les jours se rallongent d’un pied de coq. » Dans le Sud on dit : « A Noël, les jours rallongent d’un pas d’hirondelle, aux Rois, d’un pas d’oie et à la Chandeleur, d’une heure ». Dans les régions du Nord, c’est : « A la sainte Luce les jours allongent d’un saut de puce et pour la noël d’un pied de coq » ou « A la Sainte Luce les jours croissent du saut d’une puce, à la Noël du saut d’un baudet et aux Rois on s’en aperçoit ».  La sainte Luce étant fêtée le 13 décembre, il n’est pas vrai que les jours rallongement à partir de cette date. C’était vrai dans le calendrier Julien avant qu’en 1582 le Pape Grégoire XII le réforme et ajoute 10 jours au nouveau calendrier. En effet la sainte Lucie (du latin Lucia qui signifie « lumière ») est la fête de la lumière. Lucie serait née en 286 dans une riche famille sicilienne. Elle amenait de la nourriture la nuit aux chrétiens persécutés qui se cachaient dans les grottes. Pour être libre de ses mains elle mettait sur sa tête une couronne sur laquelle brûlaient des bougies. Elle a été dénoncée par un jeune païen aux avances duquel elle n’a pas voulu céder. Condamnée à être prostituée les gardes venus la chercher pour la conduire au bordel n’ont pas pu la déplacer, une force invisible la clouait au sol. Une paire de bœufs n’a pas eu plus de succès. On la jeta dans un bûcher mais les flammes ne parvinrent pas à l’atteindre. . .. Et il fallut lui plonger un glaive dans la gorge pour la faire mourir. Bien que Sainte Lucie soit née en Sicile, elle est fêtée en Suède, au Danemark et en Norvège plus qu’en Italie.

Comme le solstice annonçait l’arrivée de la période hivernale, chaque foyer brûlait de grosses bûches de bois pour marquer le début de l’hiver. On coupait une grosse bûche et on la ramenait en famille à la maison et tout le monde se retrouvait de manière conviviale autour du feu.

Vers le douzième siècle, la pratique fut reprise par l’Église catholique qui donna un caractère chrétien à ce rituel. Les bûches étaient bénites avant d’être brûlées. Le feu devait être alors alimenté de manière à brûler du 24 décembre au soir, jusqu’à l’épiphanie. Selon les traditions, c’était aux jeunes filles de la famille ou au plus âgé que revenait la responsabilité d’allumer la bûche, à l’aide de restes de tisons des bûches du Noël précédent, précieusement gardés. Dans le Limousin les braises de la bûche étaient parées de nombreuses vertus, en particulier d’éloigner la foudre ou de favoriser la fertilité aussi on en mettait sous le lit, dans l’étable, dans la bergerie… On en gardait dans un pot de terre, le toupi, pour les mélanger aux semences du printemps.

En Limousin plusieurs explications sont données à cette tradition de la bûche de Noël. Pour les uns c’est pour permettre à l’enfant Jésus, ou à sa mère Marie, de se réchauffer pendant cette froide nuit d’hiver, pour d’autres c’est pour qu’il puisse y voir clair en arrivant chez les gens.

La bûche de Noel n’est pas de n’importe quel bois. Il s’agissait souvent de chêne, de hêtre, de bouleau, de prunellier (lou pruniassou ou bouéïssou négré en occitan), chaque coin avait son essence d’arbre traditionnel pour ça… mais le plus souvent en Limousin c’était l’aubépine, lou bouéïssou blanc ou eïpino blancho.

La tradition de la bûche a disparu avec le remplacement des cheminées par les poêles en fonte et les cuisinières puis l’installation du chauffage central. La grosse bûche fut alors remplacée par une petite bûche de bois, parfois rehaussée de chandelles et de verdure, qu’on plaçait au centre de la table comme décoration de Noël.

Aujourd’hui, la bûche de Noël est devenue une pâtisserie, un gâteau roulé, glacé de crème au café ou au chocolat et décoré de feuilles de houx et de roses en sucre puis, de plus en plus une bûche glacée.

Le sapin de Noël.

La coutume du sapin de Noël semble remonter à la Renaissance dans les pays germaniques. Certains pensent que les origines sont plus anciennes car, de tout temps, l’arbre a été considéré comme symbole du renouveau de la vie. Le sapin et l’épicéa, conifères à feuilles persistantes, le buis ou le laurier rappellent depuis longtemps ce symbolisme de la renaissance lors du solstice d’hiver.

Le christianisme a largement contribué au succès du sapin de Noel. On dit que saint Colomban qui avait fondé en 590 le monastère de Luxeuil au pied des Vosges, ayant emmené avec lui des moines au sommet de la montagne où se trouvait un antique sapin, objet de culte païen, ceux-ci accrochèrent leurs lanternes et leurs torches et dessinèrent une croix lumineuse au sommet. Des paysans vinrent voir ce spectacle et Colomban pu en convertir. La coutume des sapins illuminés était lancée.

On retrouve ce sapin d’influence chrétienne dans les mystères du Moyen Age qui ont souvent pour décor un arbre de Noël. Dès le XVe siècle, ce sapin illuminé est dressé dans les sièges des corporations et les hôpitaux en Allemagne. Puis il est installé dans les foyers des familles bourgeoises protestantes tandis que les familles catholiques se différencient en montant la crèche de Noël.

Cette tradition protestante scandinave et germanique se répand rapidement. Au XVIIe dans les campagnes, les bougies en cire étant onéreuses elles sont remplacées par des papillotes en forme de fleurs en papier multicolore et à partir du XVIIIe siècle les décorations se multiplient. En France, cette tradition du sapin décoré se limite à l’Alsace protestante. Mais lorsque l’Alsace rejoint la mère patrie en 1919 la tradition du sapin de Noël va se répandre dans l’hexagone. Mais c’est surtout après la deuxième guerre mondiale que le sapin de noël s’installe dans toutes les familles du Limousin.

Selon la tradition le sapin était monté la veille de Noel et il était défait le jour de l’épiphanie.

La messe de minuit.

Chaque famille était représentée à la messe de minuit. Pour s’y rendre on marchait en s’éclairant de torches de paille (les blandous), de « branchons » de paille allumés, plus pour éloigner les mauvais esprits et… les bandits de grands chemins que pour s’éclairer.

La messe était célébrée en langue limousine et tous les participants chantaient dans cette langue les cantiques de Noël, les « nadalets ». Ce mot occitan signifiant « petits Noëls » désignait au départ les sonneries de cloches pratiquées chaque année durant les jours précédant la fête de Noël. Chaque village avait sa manière de sonner le Nadalet. Il dépendait des cloches dont disposait l’église. Avec la quasi disparition de ces sonneries, l’habitude a été prise de désigner sous l’appellation de nadalets les cantiques de Noël chantés en occitan.

Les noëls chantés en Corrèze furent recueillis et étudiés par Ernest Rupin (1845-1909), archéologue fondateur de la Société Scientifique, Historique et Archéologique de la Corrèze et du musée de Brive, dans un ouvrage publié en 1898, « Noëls du Bas-Limousin ». Nous n’avons pas l’équivalent en Haute-Vienne. Certains nous sont parvenus grâce au travail de l’abbé Simonaud-Dubreuil (1808-1889), curé d’Aureil et au journal La Croix de Limoges, supplément hebdomadaire à La Croix de Paris qui en a publié certains comme  Lou soleil de justiço , « le Soleil de Justice ».

Lou soleil de justiço

Refrain

Lou soleil de justiço

Et nacu queto ne

Di no paubro batisso,

A l’houro de miene,

Entre un bio,un ane

L’eichiorân de lour lei ;

Soû paubre piti membre

Sou tout jola de frei.

I

Visa lou di l’etablo

Toû li ei refusa.

Un Di quei tant amiable,

L’ovei tant rebuta !

Jesu, notre boun meitre

O nou tann aima,

Quo o vougu paraitre

Din un si pûbre cita.

II

Chou ! Chou ! pas de credado.

Veiqui trei rei puissan…

Lour teito ei courounado !

I venen d’Orian !

Co neitriâ o lur mino

Qui soun be bien furni,

Per pô de lo famino

I an leur perveisi!

III

N’io mâ quauquâ bargeirâ

Ni mai quauque peisan

Que quiten lour chariera

Per veire quel efant !

La disen : « Qu’au ei genté !

« Quo ei beu ! coum’au ri !

« Vierjo, Di vous vountente,

« Lou gardei de pati ! »

IV

I riben vers lo creicho

E sei perdre de ten,

Sur lo paillo gro fraicho,

I placen lour presen.

Per nou, ce qu’au domando,

Quei ni or, ni argen,

Ma au vo per offrando

Notre cœur soulomen.

V

Noû soun toû en prejeiro,

Ecoutâ-nous, Jesu.

Que jomai lo misero

Ne nou oflijo pu.

Dô mau, dô mechan mounde,

Gardâ-nou, ô moun Di!

Que votre grâchio aboundo

Sur noû. Enci-soti.

 

On peut écouter des messes avec des chants par les Velhadors de Sent Junian et des sermons en limousin enregistrés par Robert Dagnas qui était président du groupe folklorique « Los velhadors», sur le site de l’Institut d’Études Occitanes du Limousin : http://la-biaca.org/

A l’adresse suivante il s’agit d’une messe enregistrée à Saint Laurent su Gorre.

http://la-biaca.org/component/muscol/Z/69-informateurs-multiples/223-messe-de-minuit-des-bergers-limousins.html

 

Le réveillon.

La messe ayant effectivement lieu à minuit on prenait un souper avant d’y aller. Selon les régions il était plus ou moins important. Le plus souvent on faisait un repas léger car c’était un jour maigre. On mangeait des crêpes en Ile de France, en Bourgogne. . . ; des gaufres dans l’Est ou des châtaignes rôties accompagnées de vin chaud ; en Auvergne et en Limousin une soupe, dans la Charente, la Saintonge, des huîtres ou des escargots… C’est dans le Sud, en Provence et dans le comté de Nice que les repas sont plus importants et que l’on parle de « gros souper ». Lire le Manuel de folklore français contemporain, tome 1 vol 7 cycle des douze jours : Noël d’Arnold van Gennep.

Le jour de Noel, comme pour tous les repas de fête en Limousin il y avait sur la table des plats confectionnés à base du porc tué en décembre, de pommes de terre, de châtaignes et des galetous. Il n’y avait ni foie gras, ni huitres, ni dinde ! Il n’y avait pas non plus en Limousin de pain de Noël ni de tourte de Noël garnis de fruits secs comme en Alsace mais on confectionnait dans certaines familles une galette en pâte à pain cuite la veille de Noël. Elle était censée avoir des vertus magiques. Elle soignait aussi bien les hommes que les bêtes malades.

Dans la plupart des cas on prévoyait une part de plus que de convives, c’était la part du pauvre.

La crèche.

Elle met en en scène la naissance de Jésus décrite dans le Nouveau Testament. C’est Saint François d’Assise (1181-1226) qui aurait créé la première crèche en 1223, dans son église de Grecchio. Il aurait fait tenir les rôles des personnages de la Nativité par des habitants du village. Il a mis dans la crèche un bœuf et un âne, animaux qui ne figurent ni dans l’évangile de Luc ni celui de Mathieu lorsqu’ils racontent la naissance de Jésus. Pour contrer le développement du protestantisme l’Eglise catholique au Concile de Trente en 1563 est revenu à la rigueur des textes et a interdit la représentation du bœuf et de l’âne

Petit à petit, la coutume se répand et on aurait progressivement remplacé les personnes vivantes par des figurines en cire, en terre cuite, en porcelaine ou encore en plâtre. Les premières crèches proches de celles que nous connaissons ne sont apparues qu’aux alentours du XVIe siècle, dans les églises. Un peu plus tard, au XVIIe siècle serait née la crèche familiale. En France, la Révolution, en interdisant les crèches publiques, a favorisé le développement des crèches familiales dont les santons de Provence sont venus enrichir le décor.

Le père Noel.

En Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Autriche…dans le Nord de de la France et en Lorraine on fête le 6 décembre la Saint Nicolas, patron et protecteur des petits enfants. Il fait le tour des villes pour récompenser les enfants sages. Il est accompagné du Père Fouettard qui punit les enfants qui ne sont pas sages.

Aux Etats-Unis où il est arrivé avec les immigrés, saint Nicolas va peu à peu se métamorphoser. En 1822, le pasteur Clément Clarke Moore, dans un poème intitulé « A Visit from St Nicholas », présente Saint Nicolas comme un lutin bien en chair, jovial, fumant la pipe, qui distribue les cadeaux en se déplaçant sur un traîneau tiré par huit rennes. A partir de 1850, les Anglais commencent à abandonner la célébration de la Saint Nicolas pour fêter Noël. Mais le succès planétaire viendra en 1931 lorsque le dessinateur Haddon Sundblom utilise l’image du bonhomme jovial en habit rouge dans une campagne publicitaire de Coca-Cola. Il s’agissait d’inciter les consommateurs à acheter des bouteilles de Coca Cola en plein hiver.

pere-noel-coca

 

Les cadeaux.

La tradition des cadeaux est récente. Le texte de la carte mise au début ce cet article est écrit par une cousine au petit Emile. Elle écrit : »J’espère que le petit Noel va t’apporter tout ce que tu as demandé. Aussi soit bien sage et ne te réveille pas la nuit pour ne pas lui faire peur au moment ou il serait entrain de mettre les bonbons ». Donc déjà en 1910 on parle du « petit Noel », des cadeaux et des bonbons. mais ce n’est qu’après la Première guerre mondiale que l’on commence à mettre les sabots devant la cheminée. Les parents y mettaient le plus souvent une pomme, souvent bien rouge, des châtaignes blanchies ou des pralines puis ce furent des oranges. J’ai connu ces Noëls ou les oranges décoraient la table de la salle à manger…

Articles et Ouvrages :

Noëls et nadalets dans la tradition du Haut-Limousin, Michel Tintou, Lemouzi, n° 10, 1964, p. 31-34.

La Société rurale traditionnelle en Limousin : ethnographie et folklore du Haut-Limousin et de la Basse-Marche, A. Goursaud. G.-P. Maisonneuve & Larose, 1976

Traditions populaires du Limousin, Michel Desforges, Lucien Souny (1998)

Manuel de folklore français contemporain, tome 1. Cycle des douze jours, volume 8, A. van Gennep aux éditions A et J Picard (2000)

Le livre de Noël, fêtes et traditions de l’Avent à la Chandeleur, Nadine Cretin chez Flammarion (2001).

Les Noëls de nos régions, Marie-Odile Mergnac aux éditions Archives et Culture (2009).