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Les fêtes à Nexon avant la Première Guerre Mondiale

Les fêtes de village existent depuis longtemps et dans chaque région elles portaient un nom spécifique.

  • Fête, frairie, ballade ?

A Nexon au début des années 1900 on parlait principalement de ballade, mais peu a peu ce mot a disparu du langage…

L‘Atlas Linguistique de la France, projet initié par le linguiste Suisse J. GILLERON et mis en chantier en 1896, a conduit E. EDMONT à sillonner la France pendant près de quatre ans pour collecter les différents mots des patois que l’on parlait pour désigner 1400 termes qui avaient été retenus. Les résultats ont été publiés entre 1902 et 1910 et comporte près de 2000 cartes. La carte 556, la fête du village, montre que ballade est principalement utilisé en Haute-Vienne et frairie en Charente.

Atlas linguistique de la France – carte 556

Au début des années 2010 une grande enquête a été lancée « Quel français régional parlez-vous? ». Parmi les questions on demandait , “Comment appelez-vous la fête de votre village ou de votre quartier, qui a lieu en général une fois par an ?” La question était suivie d’une quinzaine de propositions, extraites pour la plupart du Dictionnaire des régionalismes de France (DRF), édité par P. Rézeau en 2001.

Dans les réponses données on constate que des mots ont disparus et en 2016, ballade n’est plus employé en Haute-Vienne et que l’on utilise « frairie ». Je me souviens pourtant qu’entre jeunes, dans les années 1950-1950 il nous arrivait de demander  » tu vas à la ballade?  » . C’est sans doute la difficultés des homophonies de survivre. « Balade » avec un seul « l » est « une flânerie, promenade sans but précis » ou bien « une sortie, excursion vers des lieux relativement proches ». Si on écrit « ballade » avec deux « l » c’est une « pièce vocale et instrumentale destinée à la danse » ou bien un « poème formé de strophes égales terminées par un refrain et d’un couplet final plus court appelé envoi ». ( source « Trésor de la langue française »).

Comme on dit chez nous : le grand livre du français de nos régions. Le Robert 2016
  • Les fêtes depuis 1789

Avant la Révolution de 1789 les fêtes étaient principalement adossées à des évènements religieux, le plus important étant tous les 7 ans les Ostensions. Cependant, chaque année, en septembre se tenait une foire-fête importante en l’honneur de St-Ferréol, patron de la paroisse.

Avec la Révolution Nexon a, comme toutes les communes, organiser les fêtes révolutionnaires. Mais en 1792 la plus importante manifestation fut le 3 juin, jour de Fête de la Ste Trinité, la clôture des Ostensions. Ce fut une cérémonie grandiose avec une grande procession derrière toutes les reliques qui avaient été exposées à la vénération publique. cette même année le Conseil organise la fête du 14 juillet sur invitation du ministre de l’Intérieur et vote une somme de 50 francs pour illuminer la nuit et invite les habitants à pavoiser leur maison et à les illuminer.

Par la suite, du fait de l’instauration du calendrier révolutionnaire fixant le début de l’année le 1er vendémiaire an 1, chaque mois étant formé de 3 décadi de 10 jours, il était difficile aux citoyens de s’y retrouver. Les dirigeants imposèrent bien par de nombreuses lois les nouvelles fêtes révolutionnaires mais elles ne furent pas très suivi dans les petites communes, surtout dans celles comme Nexon ou le chatelain, même s’il n’avait pas de pouvoir politique, jouissait d’un respect incontestable.

On note quelques décisions municipales comme le 27 ventôse an 6 ( 17 mars 1798), où le sieur Annet TARRADE est désigné comme Commissaire pour préparer la fête de la souveraineté du peuple fixée au 30 ventôse. Nexon, comme chaque commune, fournit un piquet de 10 hommes de la Garde Nationale auxquels il est remis 3 cartouches. Cette célébration a lieu entre l’arbre de la liberté et l’arbre de la Fraternité.

Mais 10 ans après la Révolution, la commune délibère pour se conformer à la loi du 13 Fructidor an 6 (30 aout 1798) qui imposait la célébration des fêtes décadaires, jusque là peux suivies. La loi imposait que chaque 1er décadi une fête soit célébrée, que les enfants y assistent et pour cela qu’il n’y ait pas classe, que les boutiques soient fermées et que les mariages soient célébrés uniquement ce jour là.

Le 18 brumaire mit fin à toutes ces fêtés et ne subsistèrent que la fête de la Liberté le 89 thermidor (10 aout) et le jour de l’an le 1er vendémiaire ( 22 septembre). le 14 juillet ne sera véritablement instauré comme jour de fête qu’en 1880.

A Nexon on retrouve des fêtes organisées en même temps qu’un Comice agricole. Ce fut le cas le 23 septembre 1860. Le conseil municipal vote une somme de 150 francs et charge MM. de VEYRINAS et FRUGIER d’en surveiller l’emploi.

En 1878 une grande fête est organisée les 22 et 23 septembre en même temps que le Comice.

5 septembre 1878 Le Courrier du Centre

Le Courrier du Centre dans le style ampoulé de cette époque en rend compte et l’on se prend à imaginer des fêtes comparables aujourd’hui avec plusieurs bals, un retraite aux flambeaux avec toutes les maisons illuminées alors qu’il n’y a pas l’électricité, un magnifique feu d’artifice et la fin à 5 heures du matin…

24 septembre 1878 Le Courrier du Centre

Le lendemain, 25 septembre 1878, un autre journaliste dans le même journal, décrit plus particulièrement le concours agricole mais il dépeint le cadre et la fête dans des termes comparables a ceux employés par son collègue la veille.

Le souvenir de la fête de l’année précédente est toujours présent et Le Courrier du Centre annonce celle qui va se dérouler le 21 septembre 1879 dans des termes dithyrambiques. On notera l’invitation a visiter les monuments en particulier l’église et aussi a effectuer une promenade sur la propriété Morterol considérée comme une petite Suisse. cette remarque me va droit au cœur puisque je suis né sur une terre qui avait appartenu à cette famille et qui était toujours propriétaire au Courdein…

Après la fête les commentaires étaient encore plus élogieux .

La loi du 6 juillet 1880 instaure le 14 juillet comme jour de la fête nationale. Dans les faits, on commémore deux 14 juillet : la prise de la Bastille et l’insurrection populaire du 14 juillet 1789 mais aussi la première fête de la Fédération, le 14 juillet 1790. La

Aussi le 11 juillet 1880, le Conseil organise la fête du 14 juillet sur invitation du ministre de l’Intérieur et vote une somme de 50 francs pour illuminer la nuit et invite les habitants à pavoiser leur maison et à les illuminer.

La presse du 15 juillet n’a pas parlé de la fête de Nexon car l’essentiel des pages étaient consacrées à la Fête à Paris et à celle de Limoges. On peut retenir qu’il c’est vendus des quantités astronomiques de drapeaux et que les rues étaient décorées de guirlandes, de banderoles et même d’arcs de triomphe. Nexon a du vivre la même chose.

Mais le 14 juillet n’a pas détrôné la fête de septembre qu’elle soit ou non jumelée avec un comice agricole.

Pour 1886 le jumelage fête-comice avait été reconduit et ce fut un succès.

En 1892, le 14 juillet a été brillement fêté comme le décrit le Courrier du Centre du 18 juillet :

« La fête nationale a été célébrée cette année avec un éclat inaccoutumé. Annoncée par le carillon de nos cloches, elle a commencé par une aubade donnée aux notabilités par la fanfare. Puis, à neuf heures, a eu lieu une abondante distribution de secours aux indigents.

Le maire, n’ayant à sa disposition qu’une modeste somme de 50 francs, avait ouvert une souscription qui a produit 135 francs, avec lesquels il a é possible d’illuminer l’hôtel de ville et d’organiser le soir un bal au café de la Patrie.

Des jeux de toute sorte avaient été organisés dans la journée.

Le soir, un feu d’artifice très réussi a été tiré sur la place de la mairie. Une retraite aux flambeaux, avec la fanfare, a terminé cette fête splendide.

Tous nos remerciements au sympathique maire, M. Gabriel Thomas. »

Le Courrier du Centre 18 juillet 1892.
  • Les fêtes à partir de 1900

Il n’y a pas de changement majeur avec le changement de siècle. Comme pour l’ensemble de la vie sociale la rupture est marqué par la Première guerre mondiale.

En 1900, si l’on compare à ce qui c’est passé pour l’an 2000, il a du y avoir de belles fêtes en France. La fête-comice de septembre en 1900. Les hommes portent tous un chapeau et beaucoup de femmes sont coiffées du barbichet. L’essentiel de la fête se déroule sur l’actuelle place Fratellini. Il y a quelques bovins, à gauche, place de la République.

1906 la première fête avec l’électricité.

En Septembre 1906, quelques jours avant la frairie, le grand jour arriva. M. AYMARD allait connecter sa machine à la première ligne destinée à éclairer le bourg. Comment allait se comporter cette installation ? La machine tournerait-elle ? La dynamo ferait-elle son office ? Le courant atteindrait-il les lampes installées.  L’angoisse de Louis AYMARD a été de courte durée. Pour éviter tout incident il tint à agir seul ! Il éloigna tous les curieux et même son collaborateur. Dès qu’il mit en action ces mécanismes compliqués et si laborieusement élaborés le miracle se produisit. Dans le crépuscule naissant toutes les lampes installées se mirent à scintiller d’une belle lumière, franche et sans faiblesses. La population était fascinée. A partir de ce jour la vie de tous va changer mais la fête se déroula sans que la fée électricité y joua quelque rôle que ce soit.

1910

Le Populaire du 9 septembre donne le programme de la fête du dimanche 18 septembre et de la foire du lundi 19. Plusieurs choses nous surprennent : la distribution des secours aux pauvres le dimanche matin, le comice agricole de midi à 14 heures, le feux d’artifice avant la retraite aux flambeaux et le lundi la multitude des courses et concours qui se suivent toutes les demi-heures.

Le Populaire 9 septembre 1910

Le manège de bicyclette a vu le jour à la fin des années 1900 lorsque des forains astucieux firent tourner le manège en faisant pédaler les clients. En 1910 Nexon n’avait l’électricité que depuis 4 ans.

Un manège de bicyclette vers 1905

Le 9 septembre 1911, le conseil vote une subvention de 50 francs pour la fête patronale. C’est la première subvention pour cet objet.

Pendant la guerre on ne trouve pas de traces de fête à Nexon. Le 28 avril 1917 le préfet de la Haute-Vienne prend un arrêté affiché à la porte de toutes les mairies, qui interdit les bals publics et tous les divertissements bruyants. Cet ordre valait non seulement pour les salles publiques mais aussi pour les salles privées, en général les granges des fermes où s’organisaient les bals de villages ou de hameaux.

Les fêtes à Nexon : l’année 1959

J’ai moins de photos pour cette année 1959.

Commençons par les pierrots et Madame la lune..

Avec le char suivant on reconnait plus facilement les adultes. A gauche, Louis Jean PRADEAU, maire de Nexon et à droite Mesdames CLRMONTEIL et BOSBATY.

Le char passe devant l’épicerie LAGORCE.

Les chasseurs en Afrique, c’est le char de la place de l’église avec M. LASPERAS au volant et M. CROUZILLAC a ses côtés. Avec le fusil, Bernard LASPERAS.

« Autour du monde » je n’identifie pas les jeunes présents sur ce char.

Ils suivent certainement le char « Autours du monde », habillés en jeunes chinois, Jean Pierre et Patrice VALETTE.

Sur le pont de la Vanelle les pécheurs sont à l’ouvrage.

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Les fêtes à Nexon : l’année 1958

Traditionnellement la fête la plus importante est celle du mois de septembre. Cela a été confirmé en 1958 puisque la fête des 20, 21 et 22 septembre s’est déroulée en même temps que le comice agricole. Le samedi était principalement consacré au comice, la fête proprement dite avait lieu dimanche et lundi.

Centre Presse 18 septembre 1958

Le dimanche le bal était assuré par l’orchestre de René LOUIT. Outre qu’il était un enfant du pays puisque né à Saint-Hilaire et que son frère, M. CANARD était secrétaire de mairie à Nexon, son orchestre avait une réputation qui s’étendait bien au-delà des limites de la Haute-Vienne. La salle des fêtes qui vient juste d’être construite est trop excentrée des places sur lesquelles sont les manèges et les marchands pour qu’elle accueille les bals. Elle sera avant tout réservée aux séances de cinéma. C’est donc dans la salle CHARREIX, sur l’actuelle place FRATELLINI, que le bal a eu lieu.

Comme en 1957 les chars sont attirent toujours beaucoup de monde. L’enthousiasme est toujours aussi fort pour les réaliser, quartiers par quartiers, recréant l’ambiance des veillées d’autrefois lorsque les voisins se réunissaient dans le hangar ou la grange ou était abrité le char.

Au départ de la gare on trouve le char des familles de la place de l’église. L’attelage de M. DESBORDES tire la roulotte des romanichels.

Il était légitime de prévenir qu’il s’agissait d’une famille nombreuse. Les plus anciens nexonnais reconnaitront dans les deux femmes tout de noire habillées, Jean CROUZILLAC et Jean DEBORD. Parmi les enfants il y a Marie Françoise QUINQUE et Jeanine DELIAT, Michèle DESMOULIN la plus grande fille étant Jacqueline ANDRE, la fille du coiffeur.

Le char a été très entouré tout le long du parcours comme on peut le constater lorsqu’il arrive rue Gambetta.

Toujours au départ de la gare le char des jeunes matelots sur « L’Intrépide ». A la proue Jean Marie DESSELAS. Il ne rêvait d’être Léonardo di CAPRIO sur le Titanic car ce brillant acteur n’était pas encore né.

Le bateau était un classique car on en a vu un qui lui ressemblait, mais je n’ai pas retrouvé l’année. Si quelqu’un se reconnait n’hésitez pas à me le signaler.

Année non déterminée.

Sur les autres chars qui se reconnait ?

Pour la vie
Le cirque avec clown et voyante
L’œuf et les poussins

Il y avait beaucoup de très jeunes enfants sur les chars. Dans le cygne ma cousine Marie Claude et sans doute, à ses côtés, Jean Claude CLERMONTEIL. Le char passe devant la scierie LASPOUGEAS devenue depuis l’agence nexonnaise du Crédit Agricole.

« Lous veilladous de las garennas », char réalisé par le quartier des Garennes avec Christian LASPOUGEAS, Robert FRUGIER, Christian JOACHIM… La mixité n’étant par encore la règle, il m’est plus difficile de me remémorer le nom des filles plus jeunes que moi.

Ici ce ne sont pas des enfants, il faut de la force pour manier le fléau et actionner le van… mais après il y toujours le réconfort !

Je ne suis pas certain que les photos suivantes concernent l’année 1958. J’espère que quelqu’un aura des indices pour que je puisse redonner à chaque photo sa bonne place.

Et passant devant l’épicerie LAGORCE, 2 chars. le premier sous forme de château fort et le second qui annonce Nexon en chômage…

Pour la dernière photo que je possède j’ai du mal à identifier ce que le char représentait. Il est suivi par moins de monde que la roulotte et sa famille nombreuse.

Plus de 60 ans après les avoir vus défiler ces chars évoquent à la fois une certaine nostalgie mais aussi de très bons souvenirs des fêtes joyeuses, dans une ambiance bon enfant …

Les fêtes à Nexon. Du début des année 1950 à 1957.

Les fêtes à Nexon avec défilés de chars ont commencé au début des années 1950. Mes souvenirs sont plus précis à partir de 1957. Cette année j’avais 10 ans et je me souviens bien des chars qui défilaient pour la fête de septembre. Comme nous habitions en dehors du bourg nous ne participions pas à leur confection. Chaque quartier prenait en charge la réalisation de son chars. Il fallait trouver une grange ou un grand garage pour le stocker pendant plusieurs mois, fabriquer les fleurs qui allaient les décorer, les habits pour celles et ceux qui seraient sur les chars… bref du travail pour plusieurs soirées mais de la convivialité, de la bonne humeur…

N’ayant pas participé à la création des chars j’avais le plaisir de leur découverte mais aussi une certaine frustration de ne pas être sur l’un deux. Je voyais mes camarades de classe défiler et je ne pouvais que les regarder. J’ignorais tout le travail qu’il avait fallu pour obtenir ces chars qui émerveillaient jeunes et moins jeunes. Et comme le soleil a pratiquement toujours été de la partie ce ne sont que de beaux souvenirs.

Je vais afficher les photos avec très peu de commentaires. La majorité concerne la fête de 1957 mais deux chars presque identiques ne peuvent pas avoir défilés la même année. Peut-être que quelqu’un aura un souvenir précis de tel ou tel char alors n’hésitez pas à corriger, préciser, écrire un commentaire, me proposer des photos ….

Si ma mémoire est bonne le défilé était ouvert par une fanfare que suivaient les grosses têtes. Le cortège partait de la gare et remontait vers le bourg et traversait la fête jusqu’aux 4 routes de la bascule puis repartait en sens inverse.

A la gare en attendant le départ

Les grosses têtes ouvraient souvent le défilé.

Les grosses têtes

Les chars se suivent avec, intercalé, une fanfare ou un défilé costumé.

Ce char doit être celui de Blanche Neige et les 7 nains. Il est monté sur l’attelage de M. DESBORDES. Les mamans sont attentives a ce que les enfants soient bien à leur place.

La voiture des pêcheurs était celles du garage LASPERAS.

Ce char ressemble à celui de Blanche neige mais il n’a pas été réalisé la même année. Il s’appelle « Le petit chaperon rouge ». Il s’apprête à quitter la gare.

Celui-ci s’appelle « Maitre Pierre ». On le retrouvera plus loin dans la traversée du bourg.

La République décrite avec humour: le fisc, le service militaire…

Le défilé a commencé et il remonte l’avenue de la gare. Il n’y a pas la foule…

La Raie Publique !

Pose devant la chapelle des Garennes…

« Maitre Pierre » arrive …

Passage devant l’hôtel du Nord et le salon de coiffure ERNY.

Les grosses têtes arrivent dans le bourg. la foule est dense.

Il y a un char dont je ne me souviens pas du nom mais dont je connais presque tous les participants. Il a été réalisé par les habitants du haut de l’avenue de la gare avec les familles LASPOUGEAS, LAPLAUD, VALETTE, LAMONERIE…

Michèle, mon épouse décédée trop tôt et ses frères Jean Paul et Christian, leur cousine Françoise, Jean Paul, Patrice VALETTE, Jean Pierre LAMONERIE…

Le char des Pieds nickelés sur lequel je ne retrouve pas Croquignol, Ribouldingue, et Filochard mais j’y reconnais Jean Marie DESSELAS.

Les foires à Nexon

En Limousin le réseau de foires s’est mis en place dès le XIIIe siècle. Il s’est développé au cours du XVIe siècle puis à la fin du XVIIe de sorte qu’au XVIIIe siècle aucune paroisse ne se trouvait à plus de 15 km d’un lieu de foire. S’y déroulent les marchés aux bestiaux avec leur saisonnalité : bœufs de harnais au printemps, bœufs gras de novembre à fin janvier, veaux, génisses mais aussi chevaux, porcs, moutons. S’y retrouvent aussi des marchands de tissus et de quincaillerie.

Si elles ont lieu toute l’année elles sont moins actives pendant le carême et durant la période d’intense activité agricole engendrée par les récoltes. Leur date est généralement fixée un jour de la semaine déterminé (3ème vendredi du mois ou le 16 de chaque mois …) ou le jour de la fête d’un saint (Saint Lou …) ou d’une fête religieuse (lundi des Rameaux …).

Dans les années 1760, les 3 départements du Limousin comptent 140 lieux de foires totalisant 958 jours de foires soit une foire tous les 2 mois en moyenne. (Atlas historique du Limousin[1])

Bien avant Nexon c’est Chalus qui avait les foires à bestiaux les plus renommées de la région avec un important commerce de chevaux du Limousin.

1- Quelques décisions du conseil municipal entre 1792 à 1860 :

Le 15 janvier 1792 la Municipalité fut invitée à créer des foires à date fixe, celles existantes alors étant très variables. Elle décida que les foires auraient lieu le dernier mardi de chaque mois, à compter du mois de février pour la vente du bétail et toutes sortes et denrées.

Le 1er novembre 1792 la municipalité décida de donner une plus grande publicité aux foires de Nexon et décide que le citoyen BARDON, imprimeur et commandant de la Garde Nationale à Limoges, fasse une annonce pour ces foires dans son calendrier.

Le 28 thermidor an II (15 aout 1794), le Conseil décide que par suite du nouveau calendrier les douze foires de l’année qui se tenaient le dernier mardi de chaque mois auraient lieu, à compter de ce jour, tous les 21, sauf celle de janvier, Pâques, septembre qui seront en plus à date fixe. Cette décision sera publiée dans le calendrier des foires du sieur Jean BAUDOUT, imprimeur, et 150 exemplaires de ce calendrier des foires seront distribués.

Le calendrier révolutionnaire en transformant le mois qui était composé de quatre semaines en trois décades a posé des problèmes pour la fixation du jour des foires et marchés. Les villes comme Chalus qui avaient un marchés hebdomadaires en perdaient un chaque mois. Mais les habitudes furent souvent les plus fortes et les marchés continuèrent à se tenir aux dates anciennes en ignorant le calendrier révolutionnaire.

Le 10 Germinal an III (30 mars 1795), jour de foire à NEX0N, les sieurs Gabriel LA VAREILLE et Pierre MONTAZEL étaient venus acheter des bœufs pour l’approvisionnement de l’armée d’Italie. Les paysans refusèrent de livrer les bêtes sans être payés sur le champ malgré les protestations des acheteurs qui promettaient un paiement sous un mois.  

Le 13 décembre 1805 le ministre de l’Intérieur approuve le calendrier des foires sur l’ensemble du territoire. Dans le tableau que dresse Louis TEXIER-OLIVIER préfet de la Haute-Vienne du département de la Haute-Vienne en 1807 il publie la liste des foires du département[2]. On constate qu’à Nexon 6 foires sont autorisées contre 12 à Saint-Yrieix et Saint Germain et 7 à Chalus.

Les foires en Haute-Vienne en 1805

[1] http://www.unilim.fr/atlas-historique-limousin/wp-content/uploads/sites/19/2015/11/notice-foires-18eme-V3.pdf

[2] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85050c/f548.item

Si l’on compare au nombre de foires qui se tenaient avec avant ce texte, ce calendrier est très restrictif. Mais les communes ne le respectaient pas à la lettre ce qui amenait le préfet à rappeler la règle aux maires.

Le 19 aout 1821 le Conseil est saisi par la commune de Chalus d’une demande d’établir de nouvelles foires. Le conseil décide, dans l’intérêt du commerce, de rejeter cette demande aux motifs :

– que la ville de Chalus a déjà un marché tous les vendredis

– qu’il y a déjà trop de foires qui tombent le même jour

– que ce grand nombre de foires porte un préjudice réel à l’agriculture, que beaucoup d’individus n’y vont que par curiosité et qu’ils remplissent les cabarets, font des ivrognes, ont des disputes et souvent se battent au lieu de travailler leur propriété.

Le 17 juillet 1836 le conseil proteste contre la création de nouvelles foires à Châlus, Saint Yrieix et Flavignac qui tomberaient en même temps que celles de Nexon.

Le 17 mars 1841 le conseil examine une demande de foire de la commune de Magnac Bourg. Il décide que ces foires ne pourront se tenir le 18 septembre car le 18 se tient à Nexon, depuis un temps immémorial, la plus grande, la plus brillante et la plus considérable des foires du département.

Le 15 mars 1848, le Maire décide que pour éviter les accidents les jours de foire la répartition du bétail se ferait comme suit : sur les deux places neuves et de la Chapelle les bœufs, moutons, brebis et cochons. Sur la place de l’Eglise les autres bestiaux, les étalagistes et autres marchands.

Le 23 novembre 1854 Le conseil donne un avis favorable à la création de foires à la Roche l’Abeille et Château Chervix.

Dès les années 1850 quelques grands propriétaires, Charles de Léobardy, Pierre-Edmond Teisserenc Bort et plus tard le baron de Nexon se lancent dans l’amélioration de la race bovine Limousine. Leurs efforts aboutissent en 1886 à la création du herd-book limousin. Après la charolaise la limousine devient ainsi la seconde race bovine française à avoir son herd-book. Les métayers en copiant les méthodes de leurs maîtres ont largement contribués à l’expansion de la race. Les concours, les comices agricoles se sont développés (celui de Nexon en 1877 -voir le chapitre sur ce sujet), les foires se sont multipliées, les expéditions vers les grandes métropoles comme Lyon et Saint Etienne ont contribués à la forte demande de viande bovine limousine.

2- Les foires de Nexon vont bénéficier de l’arrivée du chemin de fer.

La mise en service de la ligne Limoges-Périgueux le 26 aout 1861 va donner à la foire de Nexon une importance qui va durer pendant un siècle. L’effet de la gare sur l’activité économique c’est fait sentir dans les quinze jours qui ont suivi l’ouverture de la gare de Nexon. Ainsi une vente de 46 chevaux de 9 bovins, de porcs et de volailles de race est annoncée à l’arrivée des trains venant du Nord et du Midi.

Le Courrier de Centre 7 septembre 1861

Si le chemin de fer permet d’envoyer, relativement rapidement, dans toute la France des animaux, du kaolin ou de la porcelaine réciproquement Nexon peut bénéficier de produits venant de toute la France voire du monde entier. Ainsi un dépôt de charbon s’est ouvert à Nexon dès 1861 chez M. GIZARDIN.

Le Courrier de centre 7 septembre 1861

La compagnie du Paris-Orléans a très vite compris que les foires drainaient de nombreux voyageurs et de ce fait elle proposait des tarifs spéciaux pour ces jours-là.

Le Courrier du Centre 8 octobre 1862

La mise en service de la ligne vers Saint Yrieix la Perche le 20 décembre 1875 va conforter l’importance des foires de Nexon et faire de la gare un centre d’activité avec plusieurs hôtels et restaurants.  A contrario Chalus patira du fait de n’avoir pas un embranchement direct vers les grandes métropoles. Dès la fin de la Première mondiale l’activité des deux foires de la Saint-Georges (23 avril) et de la Saint-Michel (30 septembre) déclinèrent.

Lors de chaque foire à Nexon ce sont plusieurs centaines de bovins qui sont proposés à la vente. Mais si les bovins représentent l’activité la plus voyante des foires de Nexon il ne faut pas oublier les porcs, les moutons …

Mars 1878
Le Courrier du Centre 19 mars 1881
Le Courrier du centre 19 novembre 1892

Avec l’ouverture de la ligne Nexon – Brive ou les toucheurs de bétail, les marchands de bestiaux de la Corrèze demandent que ceux qui conduisent les bovins avec un aiguillon bénéficient du transport gratuit sur les lignes de leur département comme c’est le cas en Haute-Vienne :

En 1897 un marché aux volaille est créé à Nexon, il vient s’ajouter aux échangent qui s’opèrent lors des foires pour ces divers animaux comme on le constate sur l’article consacré à la foire du 16 mai 1898.

Le Courrier du centre 15 octobre 1897

La gare de Nexon bénéficie d’un emplacement rare, au croisement de 3 lignes directes vers 3 grands marché, Limoges, Brive et Périgueux. De ces 3 villes les productions nexonnaises peuvent facilement s’écouler au Nord et au sud de la France.

Le Courrier du Centre 19 mai 1898

Les centaines de bêtes qui sont expédiées à Lyon ou Saint-Etienne nécessitent de 30 à 50 wagons. Cela prend du temps pour embarquer les animaux. Les dernières bêtes sont chargés alors qu’il fait déjà nuit et certains paysans doivent marcher une heure et souvent plus pour rentrer chez eux.

Dès 1896 le Conseil municipal demande que le quai d’embarquement soit agrandi et qu’un nouveau quai soit construit. En 1904 M. NOUHAUT, député, et plusieurs de ses collègues appuient la demande du Conseil municipal.

Conseil Général de la Haute-Vienne 1904

La Première Guerre mondiale et l’arrivée des soldats américains à partir de 1917 ont conduit à d’importants travaux à la gare de Nexon (voir le chapitre « Les américains à Nexon ») mais il faut croire que ce ne fut pas suffisant pour les jours de foire puisqu’en 1930 M. DEBREGEAS a une nouvelle fois demandé au Conseil général d’aménager de nouveaux quais d’embarquement.

Conseil général 15 mai 1930

Il faut imaginer la descente vers la gare de centaines d’animaux, les jeunes veaux et les génisses liés à leur mère afin de les maitriser. Une fois les bêtes embarquées un certain nombre d’éleveurs et de marchands s’attablent dans les trois cafés-hôtel-restaurant du quartier de la gare. Dans le bourg les restaurants ne travaillent pas aux mêmes horaires. Une fois la vente conclue éleveurs et marchands se retrouve dans les restaurants situés autours du champ de foire et de la place de l’église pour un copieux casse-croute. Chaque restaurant à sa spécialité. Ainsi Mme QUINQUE qui ouvre son restaurant les jours de foire et pour les frairies prépare des pieds de cochons au vin rouge. Ils sont suivis d’un fromage et bien sur accompagné d’une bonne bouteille de vin. Les 3 salles sont combles et les marchands sortent leurs énormes portefeuilles remplis de billets et ceux-ci changent de main. Ceci terminé ceux qui ont vendus leurs bêtes descendent à la gare pour l’expédition. Ceux qui sont venus sans bêtes sont moins contraints par le temps. Ils déjeunent dans les restaurants plus éloignés du foirail. Certains ont payé un accordéoniste pour l’après midi et les valses et les bourrées se substituaient aux marchandages de la matinée. René REBIERRE, ancien maire de Nexon, dont les parents étaient marchands de vin près de la gare, me disait que le plus important des restaurant de la gare écoulait 400 litres de vin rouge et 200 litres de vin blanc chaque jour de foire. Et même si ces vins ne titraient le plus souvent que 9 ou 10 degrés d’alcool il a souvent vu des gens dormir dans le fossé autours de chez ses parents, sans parler des bagarres qui ne manquaient pas d’éclater entre groupes d’individus un peu trop enivrés.

Avec le développement de l’automobile les longues marches pour venir à la foire, puis pour descendre à la gare, ne vont plus se faire à pied mais dans des bétaillères. Au fil des années, et en l’absence d’espaces de stationnement, les voitures se garent sur les fossés, de chaque côté de la route jusqu’au pont de Biard. Je n’ai pas trouvé de photos prises à Nexon mais une carte postale de Pierre-Buffière qui montre les abords de la gare un jour de foire à la fin des années 1940 nous donne une idée de ce que cela pouvait donner à Nexon.

Les jours de foire tous les paysans ne venaient uniquement pour vendre leurs bêtes mais aussi pour acheter des outils et du matériel agricole. Leurs épouses, qui les accompagnaient, en profitaient pour acheter tissus, laines, ustensiles de cuisines… Les enfants qui n’avaient pas classe les jours de foire pour éviter un encombrement supplémentaire des routes, ouvraient de larges yeux en faisant le tour des différents étals et s’attardaient devant ces bazars où tout était à 100 sous puis 1 franc… C’était le prix qui se pratiquait lorsque, jeune écolier, j’allais faire un tour à la foire et j’achetais un roudoudou ou une cage à hanneton ! 

Tous ces marchands devaient s’acquitter d’un droit de place qu’ils payaient à l’adjudicataire qui avait emporté le marché pour l’année. Pour devenir adjudicataire il avait fallu payer les sommes suivantes :

Pour avoir une idée de ce que représente ces sommes, 3 000 francs en 1901 à le même pouvoir d’achat que 12 000 euros en 2021.

L’adjudicataire devait nettoyer les places à la fin de la foire, enlever les boues et immondices, combler les trous faits par les cochons …

Dès que l’éclairage électrique a été installé à Nexon, l’adjudicataire devait assurer un éclairage suffisant des bancs dès la veille.

Des années 1880 jusqu’en 1924 l’adjudicataire encaissait le prix des droits qui variaient de 50 centimes à 1 franc pour une longueur de 2 mètres en fonction de l’endroit où les bancs se trouvaient. En 1924 les tarifs ont augmenté de 50% et le banc de 2 mètres de longueur sur un mètre de largeur est passé à 1,50 franc.

En 1909 le Conseil municipal a été amené à faire payer les jardiniers qui ne prenaient pas de banc et vendaient leurs fruits et légumes depuis leur cariole.

A partir du 1er janvier 1921 le conseil municipal décide de faire payer un droit d’entrée pour les animaux les jours de foire. Du 1er janvier 1921 au 31 décembre 1924 les prix étaient les suivants :

Droits d’entrée sur le foirail à Nexon pour les animaux du 1er janvier 1921 au 31 décembre 1924

En théorie les négociations entre marchands et éleveurs ne pouvaient commencer qu’à partir d’une heure fixée par arrêté municipal. Celle-ci n’a cessé de changer et a varié entre 5H00 et 8H00 du matin, jusqu’à totalement disparaitre à certaines périodes, comme en 1936. En 1939 l’heure d’ouverture des foires est rétablie et fixée à 6 heures l’été et 7 heures l’hiver. L’indiscipline des marchands et des éleveurs était notoire, certains négociant les prix avant l’entrée du bourg.

3- Le lent déclin des foires

Dès la fin de la deuxième guerre mondiale les foires retrouvent toute leur activité. Ainsi le vendredi 16 janvier 1947 plus de 1.200 bêtes à cornes et 300 porcs de toutes tailles se trouvaient rassemblés. A 8 heures la vente « à vue » commence et les courtiers venus de Saint-Etienne, de Perpignan et de la région niçoise après avoir estimé d’un regard le poids exact de la bête à quelques kilos près, font une offre sur une base convenue entre eux. Les marchés sont conclus rapidement. Les liasses de billets passent de mains en mains, puis les bêtes dûment marquées sont acheminées vers la gare. Les porcs ont également attire de nombreux acheteurs. Mais une fois le marché conclu les porcs, truies et porcelets quittent Nexon par camions vers leurs destinations dernières.

Le Populaire samedi 18 janvier 1947

Mais Nexon ne retrouvera plus de telles foires. La campagne change avec un exode rural qui s’accélère. Les campagnes perdent leurs habitants au profit des grandes agglomérations. Au même moment les structures agricoles se bouleversent. La mécanisation conduit les agriculteurs à accroitre la surface de leurs exploitations. Les métairies disparaissent rapidement. Les marchés agricoles se modifient, les agriculteurs qui se sont de plus en plus spécialisés livrent en grande quantité directement aux coopératives ou aux marchands. 

Pendant les années 1960-1970 les ventes de bovins atteignent rarement les 500 têtes et sont plus proches des 250-300. Il faut dire que les ventes s’effectuent de plus en plus directement à la ferme et les animaux partent en camions vers leurs lieux de destination. La gare perd une partie de son activité marchandise, les cafés et restaurants ne connaissent plus les salles combles et le brouhaha qui s’amplifiait avec l’heure qui avançait et les bouteilles qui se vidaient.

En 1976 le maire de Nexon est interrogé par un journaliste sur l’avenir des foires. Sa réponse a été publiée dans le bulletin municipal :

BMI n° 92 1er trimestre 1976

En effet à Saint Yrieix les problèmes d’encombrement et les contraintes sanitaires incitent la municipalité à construire un marché couvert, au lieu-dit « Bourdelas », afin d’offrir aux différents acteurs de meilleurs conditions. Le marché aux bestiaux ouvre ses portes le 24 octobre 1980, entrainant de ce fait la fin des foires à Nexon. Pour l’anecdote René REBIERE qui était maire à cette époque rappelle que le maire de saint Yrieix n’était pas favorable à ce marché malgré les incitations des représentants de l’Etat. Le maire de Nexon fait savoir que sa commune est prête à accueillir ce marché. Ceci a suffit pour que son collègue arédien change d’avis !

BMI n° 111 décembre 1980

4- Le champ de foire jusqu’en 1950

Avant la Révolution de 1789 NEXON est un bourg groupé autour de son église. C’est autours devant  cette église  que se tenait, chaque année en septembre, une foire-fête importante en l’honneur de son patron St-Ferréol.

Les foires trouvèrent un nouveau lieu pour s’installer lorsqu’ à la fin de 1817, le vieux cimetière qui était en plein milieu du bourg, à la place de l’actuelle place de la République, a été déplacé pour des raisons d’hygiène vers l’extérieur en dehors du bourg, à la place qu’il occupe actuellement. La commune de Nexon n’eut rien à débourser comme prix du terrain. L’emplacement du cimetière actuel fut échangé par Gabriel Tarade, arpenteur du bourg, contre une parcelle de l’ancien. Celui-ci fut immédiatement transformé en place publique ou champ de foire, destination qu’il a conservée jusqu’à la fin du XXe siècle.

Mais la place libérée par le cimetière n’a pas toujours été totalement vide. La mairie y a été construite et les foires se déroulèrent sur l’actuelle place de la République mais aussi sur l’actuelle place Annie Fratellini. Plusieurs cartes postales d’avant la guerre de 1914-1918 lui donnaient le nom de place du champ de foire ou place du petit marché.

Sur la carte suivante on remarque deux choses intéressantes : cerclée de jaune l’ancienne mairie et le grand nombre de soldats. Ce sont des soldats américains arrivés à Nexon en 1918 où ils vont rester entre 2 et 3 mois pour s’entrainer avant de partir au camp de La Courtine puis au front.

Cerclée de jaune, l’ancienne mairie.

En observant bien on remarque un panneau de basket. Ce jeux était alors inconnu en France et ce sont ces jeunes soldats qui l’ont fait connaitre. Après leur départ il n’y a pas eu d’équipe de créée à Nexon mais à Limoges le basket est né grâce à ces jeunes soldats.

Mais le plus grand nombre de cartes postales intitulées « place du champ de foire » représentent tout ou partie de l’actuelle place de la République. Cependant on note un certain manque de rigueur chez les éditeurs car la place du champ de foire est aussi appelée « Place du Petit marché ». Il faut dire qu’à l’époque ou ont été éditée ces cartes postales il n’y avait de plaques indiquant le nom des places.

la carte de gauche avec un timbre de 5centimes à la Semeuse sur fond vert a été postée le 4 juillet 1909; celle de droit avec un timbre à 10 centimes à la semeuse sur fond orange a été postée le 3 aout 1913. Entre les deux date les tarifs n’ont pas augmenté mais la première est timbrée à 5c. car elle compte moins de 5 mots. ce tarif spécial a disparu en 1910, de ce fait la seconde doit payer le tarif normal qui est de 10c. Au fond à gauche on distingue l’hôtel du champ de foire et à droite, au premier plan, l’hôtel de la poste.

Les deux cartes suivantes représentent pratiquement la même vue. La première postée en septembre 1906 est timbrée à 5c. car elle comporte que la signature de l’expéditeur. Celle de droite est postée le 28 mai 1909 avec un timbre à 10 c. car l’expéditeur a écrit un texte de plusieurs lignes.

la carte suivante est toujours prise sous le même angle mais elle est plus récente car on constate que des trottoirs ont été construits. Sur cette partie du champ de foire il n’y a qu’un seul restaurant, à gauche, à l’angle de l’immeuble.

Carte postale de la collection du Dr ROBERT aux Archives Départementale de la Haute-Vienne

C’est une toute petite partie du champ de foire que l’on voit ici mais les jours de foire les bêtes occupaient toute la rue.

Après la la fin de la guerre de 1914-1918, la vieille mairie a été démolie et le monument aux morts a été érigé.

Les cartes postales précédentes ont toutes représenté le champ de foire sans bétail. mais il existe plusieurs belles cartes et photos qui montrent l’importance des foires de nexon dans la première partie du XXe siècle puis leur déclin progressif conduisant à la disparition du champ de foire, à la fois physiquement mais aussi symboliquement car maintenent aucune place ne porte ce nom.

Cette carte postale éditée par PRUNET qui était épicier à Nexon, date des années 1910. Elle a connu de nombreuses réédition de couleur différente (sépia) par des éditeurs différents. On voit a gauche le coin de l’ancienne mairie démolie en 1920 pour installer le monument aux morts. Sur cette carte postale où l’on peut compter plus de 100 bovins ont remarque peu de femmes. Il y en a quatre à droite dont deux portent une ombrelle et on aperçoit, à l’extrême droite une ombrelle dont on peu penser qu’elle est tenue par une femme. Les hommes ont tous la tête couverte ; La majorité d’entre eux porte un canotier, quelques un ont un feutre noir et d’autres, essentiellement des jeunes sont coiffés d’une casquette. Presque tous sont vêtus d’une longue blouse bleu foncé, parfois noire et quelques-uns sont en costume. Les bêtes sont tenues à la main toute la matinée. Ce n’est qu’après la guerre de 1939-1945 qu’elles seront attachées aux barres du foirail.

Postée le 4 septembre 1909

C’est la même vue que celle de la carte précédente mais à une saison différente mais sans doute la même année. Il fait moins chaud car les canotiers ont presque tous disparus. On remarque moins de femmes et les deux que l’on voit au premier plan à droite son tête nue et elles s’intéressent au bétail, l’une d’elle tâtant la croupe d’un veau.  

La vue suivante est plus récente. La vieille mairie a été démolie et transférée dans le bâtiment d’à coté. Nous sommes maintenant dans les années 1930, à la belle saison avec les hommes en canotiers. Dans le coin droit en bas on aperçoit un bout de tente. Elle est très visible sur la carte suivante, prise sans doute le même jour avec un plan plus large. Elle a été postée le 18 aout 1939 et elle est timbrée à 70 centimes. Trente ans auparavant le timbre coutait 10 centimes voire 5 pour moins de 5 mots !

Les bancs sont protégés du soleil par une toile. On distingue plusieurs bancs avec des meubles et des tissus tenus par des femmes.

Cette carte postale est prise devant l’ancienne mairie. Il y a moins de monde que sur les photos précédentes. Les canotiers sont rares et on ne voit pas d’ombrelles. Presque tous ont une canne, soit un simple bâton de châtaigner soit une canne en rotin dite « canne de marchand ». Sa poignée est très coudée pour que la canne puisse être coincée autour du bras, afin de laisser les mains libres pendant la négociation. La tige va en s’amincissant puis reprend sa taille d’origine ce qui lui donne de la souplesse et un « effet de fouet », utile pour faire tourner ou avancer les bêtes.

Un assemblage de deux photos photos prises un peu avant 1914 montre l’importance des foires de Nexon.

En prenant chaque photo des détails intéressants apparaissent.

Sur ce cliché tiré de la partie gauche, on remarque la terrasse devant le bâtiment qui n’est pas encore la mairie mais l’école. C’est cette terrasse que la communauté de commune a voulue rétablir pour redonner au bâtiment sa forme originelle. Mais aujourd’hui la minéralisation des espaces l’emporte souvent sur la végétalisation, un peu en contradiction avec le changement climatique qui exigerait pour limiter ses effets qu’il y ait plus de végétaux dans nos villes… Il y a peu de feuillages sur les arbustes et peu de canotiers sur les têtes ce qui me donne à penser que la photo est prise au printemps.

La partie droite, fortement agrandie, permet de distinguer plusieurs femmes en habit traditionnel. La blancheur de leur coiffe est visible au milieu  de la photo et sur la partie droite deux points blancs parrallèles à la rue qu’on ne distigue plus cachée par le bétail. Au fond, remontant sur le trottoir de la rue Pasteur devant la boulangerie puis la pharmacie et tourne à gauche et remonte la rue Champlain en passant devant le café de la poste et la charcutrie.

A côté des places situées autours de la mairie et sur lesquelles se déroulaient les marchés des bovins d’autres marchés étaient organisés place de l’église. Devant l’entrée du château c’était le marché des porcs. Loa carte postale ci-dessous nous fait découvrir un autre public que celui rencontré sur le marché des bovins.

Des jeunes enfants, garçons et filles, des jeunes femmes en robe, des femmes plus âgées en habits traditionnel et le barbichet d’un blanc éclatant côtoient des jeunes gens et des adultes en blouses bleues ou noires et chapeaux noirs discutent autours de petits groupes de cochons qui fouillent le sol.

Devant l’église se tenait le marché des volailles, mais je n’ai pas trouvé de photo sinon une carte postale avec la bascule en premier plan.

5- Le champ de foire à partir de 1950

Le 25 juin 1950 le conseil municipal décide de déplacer le monument aux morts à côté du cimetière. La place, maintenant totalement libérée, est aménagée en champ de foire avec une série de barres auxquelles seront attachés les animaux.

Il y a peu de monde pour cette foire. On remarque les moutons contre le mur de la maison qui, à l’époque, était celle de M. André LONGEQUEUE, pharmacien et conseiller municipal. Son frère Louis LONGEQUEUE était pharmacien comme lui et maire de Limoges. Une bétaillère et un combi VW sont garés à côté des moutons. Le quai d’embarquement, construit contre le mur en 1922, commence à hauteur de l’avant du combi VW. Les taureaux ne sont pas attachée aux barres et se trouvent dans un espace clos, plus bas.

On voit sur la photo ci-dessous, prise à la foire d’avril 1963, un éleveur qui tient son taureau de la main gauche et sa canne de la main droite.

Avril 1963
Un concours en 1968

Le Populaire publiait le 21 mars 1975 une photographie de la foire sous la neige. Mon père qui s’y trouvait a été saisi par l’objectif du photographe ! On remarque, en haut de la place, des tracteurs. Il est loin le temps ou les éleveurs venaient à pied…

Le Populaire 21 mars 1976

Ce jour d’avril 1984 il n’y a pas de foire et les voitures occupent l’espace laissé libre par les animaux.

Quand il n’y eu plus de foire à Nexon, un foirail n’était plus justifié. Durant les années 1984 et 1985 la place du champ de foire va être réaménagée. La commune n’a pas obtenu de subvention du département pour cette opération et la région a accordé une petite aide pour utiliser du granit limousin.

En mai 2016 j’ai pris quelques photos de l’ancien champ de foire où la verdure se mariait bien avec la couleur rosée du granit sous ce ciel tourmenté.

En 2020 dans le cadre d’un réaménagement complet du centre bourg l’ancien champ de foire a pris un nouveau visage l’éloignant de ce qui avait été un moteur important de l’activité nexonnaise pour passer a celui qui depuis plusieurs dizaines d’années fait connaitre nexon dans toute la France : le cirque. Pour justifier le choix de la nouvelle conception le maire déclarait à la presse « Il y a une forte identité spectacle à Nexon avec le Sirque, d’où l’idée de ce théâtre extérieur ».

Les bovins partis, les automobiles les remplacent et pour lutter contre le réchauffement climatique une voiture électrique est à la disposition des nexonnais et des visiteurs.

Le Populaire 17 mai 2021

6- Quelques cartes postales des foires de Limoges avant 1914.

On pense souvent que les foires n’existent qu’à la campagne mais on oublie que depuis le Moyen Age de grandes Foires existaient dans les plus grandes villes françaises. Et à Limoges tout le monde connait les deux grandes foires, la foire de la saint Loup le 22 mai, créée en l’honneur de Loup évêque de Limoges, connue depuis le XIVe siècle et la foire des Innocents le 28 décembre, créée en 1566 par un édit de Charles IX. On connait moins les foires aux animaux qui se déroulaient sur le champ de foire, aujourd’hui parking W. Churchill. Quelques cartes postales permettent de ne pas oublier ces moments.

Sur la carte postale de gauche postée le 21 novembre 1904 et sur celle de droite postée le 9 juillet 1905, les éleveurs sont vêtus de la même manière que ceux de Nexon.

A côté des bovins il y avait la foire aux cochons. Sur la carte de droite on voit un langueyeur à l’ouvrage. Cette personne avait pour tâche de détecter la ladrerie chez le porc vivant destiné à la vente. Il s’agit d’une maladie parasitaire provoquée par la présence dans les muscles de l’animal de cysticerques, formes larvaires de certains ténias. Chez l’homme, ce parasite est le ver solitaire. Cette maladie était très fréquente autrefois du fait du manque d’hygiène et d’une cuisson pas assez élevée de la viande et se transmettait de l’animal à l’homme et réciproquement. C’est à cause de ce danger que les religions juive et musulmane auraient interdit la consommation de viande de porc. Après la Première Guerre mondiale la présence des langueyeurs se fit plus rare car les contrôles sanitaires de la viande de boucherie par des vétérinaires devinrent systématiques, que l’hygiène et la salubrité publique se firent des progrès dans le monde rural et que la cuisson de la viande de porc à une température élevée s’imposa. Et petit à petit on n’entendit plus parler d’un enfant qui aurait le vers solitaire…

Pour clore cette escapade vers les foires à Limoges, une foire aux ânes, non pas sur le champ de foire mais sur le champ de juillet. Il n’y en avait pas à Nexon bien que l’âne soit utilisé pour tracter une cariole mais pour cela le cheval était largement préféré.

Carte postée le 4 décembre 1908

Pour conclure je cite un passage de G-A COISSAC (1868-1946), spécialiste du cinéma français entre les deux guerres et amoureux de son Limousin natal auquel il a consacré un ouvrage : « La foire, c’est la faiblesse du paysan limousin ; il les connait toutes à 40 ou 50 kilomètres à la ronde : la foire des « nourrains » (petits cochons), des porcs gras, des moutons et brebis, des chèvres, des ânes, des chevaux, des bœufs ou des vaches, etc. Il y court par entraînement, sans raison, ou mieux il trouve sans cesse des raisons de s’y rendre, les plus futiles motifs l’y engagent : une paire de souliers à acheter, par exemple, alors qu’il a le cordonnier à sa porte. Il se plantera devant le charlatan, le marchand de drogues, d’onguent et d’orviétan, écoutera la musique et admirera les jongleries, etc. Bref, il ira à la foire… pour aller à la foire. N’est-ce pas une occasion d’aller boire chopine (lou miequart) et de manger une de ces bonnes tartes de Chamboulive, dont la renommée a franchi les limites de la Corrèze ! »

C’est ce que constatait le Conseil municipal de Nexon lorsque le 19 mai 1865 il a protesté contre l’établissement d’un marché tous les 5 jours à Séreilhac car l’agriculture en souffre, les cultivateurs abandonnant leurs travaux pour courir les foires et marchés.

« Le jour de foire, tous les sentiers du ‘village sont encombrés de bonne heure ; la grand’route est débordée : chars de foin et de bois, troupeaux de brebis, établée de porcs, vaches et veaux, voitures et piétons, vieux et jeunes, tout cela court, crie, se heurte, se croise, se presse, et s’engouffre vers le champ de foire. La route est comme un fleuve qui charrie la campagne toute vivante. »

 Georges Michel COISSAC « Mon Limousin » Paris 1913 – page 238.

Les bons points et les cahiers à l’école : les miens à Nexon de 1953 à 1957 et ceux de mon père en 1927 à Gleixhe, petit village de Belgique.

En rangeant de vieux papier j’ai retrouvé les bons points que mon père avait reçu lorsqu’il était à l’école à Gleixhe, petit village de Belgique situé à 16 km de Liège sur la route de Namur. Mon père y vivait, son père ayant repris le moulin familial au décès de son père.

Bon élève mon père a reçu de nombreux bons points tant pour la conduite que pour le travail. Ce qui m’a frappé c’est le côté pédagogique des images qui y étaient associées.

En Belgique comme en France les bons points récompensaient le mérite tant pour le travail que pour la conduite. C’était des petits rectangles en carton léger et lorsque l’élève en avait il les échangeait contre une image. Dans certaines écoles contre dix images, l’élève avait droit à un livre. Mais le bon point servait aussi à « rembourser » les bêtises, par exemple en cas de bavardage, l’élève devait rendre un de ses bons points et se trouvait quitte ! Ce système de gratifications est peu à peu tombé en désuétude après Mai 68.

Les bons points étaient simples, souvent comme ceux-ci :

I – Mes bons points et mes cahiers à Nexon

Je vais passer 4 ans à l’école primaire du CP avec Mme PRADIER au CM1 avec Melle BOISSIERE qui deviendra Mme ROUSSIN. A l’issu du CM1 j’irai en pension et entrerai directement en 6ème.

  • Le CP, 1953-1954

Je suis entré au CP en septembre 1953 à 6 ans comme c’est la règle. La maitresse était Mme Pradier. Je ne me souviens pas bien d’elle mais je me rappelle qu’elle amenait souvent sa fille et elle se trouve sur la photo de classe. Comme l’école n’était pas mixte il est facile de l’identifier. Bernard Sanciaud la tient par l’épaule. Bernard était mon meilleur camarade, nous nous disputions les premières places. Je reconnais un certains nombre des élèves mais je les ai presque tous perdus de vue si ce n’est, sur cette photo, Patrice VALETTE et moins souvent Jean Pierre LAMONERIE. J’ai revu Christian DERLIN, à coté de moi, pendant les années 1970-1980 avec son groupe de musiciens et j’ai appris son décès en fevrier 2020.

J’ai conservé quelques cahiers et ce qui m’a frappé ce sont les leçons de morale. Elles commencent en décembre 1954 avec les vœux puis à partir du mois de janvier, tous les deux jours en moyenne une phrase qui, en les relisant aujourd’hui, me montrent que le monde a changé :

Cette phrase est d’autant plus importante pour moi que je l’entendais souvent à la maison, non seulement parce que mes parents avaient une boulangerie mais surtout parce que mon père, ayant été prisonnier pendant cinq ans, ne supportait pas qu’on ne finisse pas le morceau de pain qu’on nous avait donné.

Les autres leçons traitaient du comportement : politesse, respect, orgueil, égoïsme…

Je terminerai pas ces deux leçons sur le courage, a la fois ne pas reculer devant le danger mais aussi faire face à la douleur…

Les journées se déroulaient sur le même rythme et avec les mêmes rituels : en rang en silence devant la porte de la classe , entrée lorsque la maitresse donne le signal, debout derrière sa table, assis au signal puis leçon de morale, écriture, calcul, dictée, grammaire, récitation ou dessin, le tout entrecoupé d’une récréation le matin et l’après-midi et le repas de midi pour beaucoup pris à la cantine. La maitresse ne faisait pas de cours d’éducation physique, c’était M. DUGUET qui venait de Limoges qui les assurait les mercredi après midi ou toutes les classes de garçons montaient au stade, en rangs par quatre…

A la fin de chaque journée il avait la distribution des bons points, trois ou quatre, parfois plus, parfois moins pour ceux qui avaient bien travaillé. Nous échangions dix bons points contre une image. J’en ai gardé, du moins c’est ma mère qui l’a fait pour moi, et pour être certain que c’était bien une image donnée par la maitresse elle la signait au dos.

Image signée par Mme PRADIER, mon prénom est ajouté par ma mère pour ne pas mélanger les bons points entre ceux de mes frères et de mes sœurs.
  • Le Cours Elémentaire CE1,1954-1955

Le maitre, M. Guy BARJOU, rentrait juste de son service militaire. C’est le maitre qui m’a le plus marqué et c’est avec plaisir que je l’ai retrouvé à Limoges, alors qu’il était à la retraite et que nous participions aux mêmes conférences.

La classe de CE1 avec M. BARJOU

Les CE1 et les CE2 sont ensemble ce qui fait une classe de 35 élèves, mais il n’y avait aucun problème de discipline, M. BARJOU était naturellement respecté. Bernard SANCIAUD est au premier rang et j’ai un nouveau très bon camarade dont la maman est institutrice à l’école des filles, Jacques MATHIEU, également au premier rang. Comme pour la classe de CP j’ai perdu de vue la plupart de ces camarades de classe mais j’ai toujours gardé des contacts avec certains d’entre eux, ceux que j’ai cité de la classe du CP, Patrice VALETTE et Jean Pierre LAMONERIE que je n’ai jamais perdu de vue comme François MARCELLAUD, au dernier rang à côté du maitre, Guy DEFAYE au dernier rang… Je suis au 2ème rang, le 6ème en partant de la gauche et je porte une blouse noire. Elle était obligatoire, grise ou noire, seuls deux ou trois n’en portent pas faute de moyens insuffisants pour les parents, ce qui n’était pas le cas de Jacques, au premier rang.

C’est avec ces garçons que nous étions « de la classe ». le 14 avril 1965, nous avons passé le conseil de révision ensemble. Ce fut le dernier ou nous étions tout nu devant les autorités! Notre bal des conscrits a rempli la salle des fêtes au point qu’il était impossible de danser et la cagnotte que nous nous sommes partagée était si importante qu’elle nous a permis de sortir pendant plusieurs samedi de suite, d’aller au bal ou dans les bars comme l’Azur, rue Baudelaire, où il était de tradition de conduire les plus niais pour qu’ils perdent leur innocence…

Je n’ai qu’un seul cahier du cours élémentaire, le cahier de récitation :

M. BARJOU distribuait des bons points et j’ai gardé une image :

L’image a pour but de montrer la manière dont on s’habillait aux différentes époques. Ici c’est Louis XVI dont le costume est décrit au verso. Comme pour le CP, le maitre signe au dos, sans doute parce que ces bons points sont des images publicitaires quelques élèves malins auraient pu faire croire qu’une image trouvée dans un paquet de gâteaux était un bon point ! Le CE, 1955-1956

  • Le CE2, 1955-1956

Cette année là nous avons changé de maitre, M. BARJOU est parti à Limoges et nous sommes avec M. Albert GRAFEUILLE. Il est sorti de l’Ecole Normale en 1954, c’est donc un tout jeune prof. Nous avons eu la chance pour nos années de CE et de CM d’avoir des jeunes profs dont l’enthousiasme transparaissait dans leur manière d’enseigner. Autoritaires sans être caractériels, proches des élèves sans être familiers, dynamiques même si nous n’avons pas profité des talents de footballeur d’Albert GRAFEUILLE à la différence des jeunes de Lubersac. Il fut un excellent joueurs de la JS Lubersac avec laquelle il remporta la Coupe de la Corrèze en 1961 et dont il devint un dirigeant jusqu’à son décès en septembre 2016. Sa passion pour le sport l’a conduit à devenir prof d’EPS au collège de Lubersac puis conseiller pédagogique dans cette discipline.

J’ai plusieurs cahiers de cette classe et je dispute toujours les places du podium avec Bernard SANCIAUD. Outre ceux avec qui j’étais au CE1 je suis maintenant avec mon frère Michel, au milieu de 3ème rang, et deux camarades malheureusement disparus, Michel CANARD, au dernier rang, et Jean Claude CLERMONTEIL au 2ème rang.

J’ai plusieurs cahiers de cette année de CE2. Ce qui m’a marqué c’était les compositions. Au cours de la même journée on avait géométrie ( j’aimais beaucoup cette discipline…), leçon de chose, histoire, vocabulaire, récitation… Je joins le contrôle du vendredi 27 janvier 1956 :

Je n’ai pas réussi à être premier mais de troisième le mois précédent j’ai gagné la deuxième place et j’ai reçu les encouragements du maitre.

Ce qui me frappe c’est l’absence de note en éducation physique. Il est vrai que pendant plusieurs années il fallait avoir une tête bien faite, le corps était moins important et souvent les sportifs étaient considérés comme ayant une  » petite cervelle » ! Cette vision a bien changé et je l’ai vécu de prêt lorsque j’enseignais l’économie du sport au centre de droit et d’économie du sport a Limoges ou à la faculté des sports de Marseille ou j’ai eu l’occasion d’avoir comme étudiants des champions Olympiques, des Champions de France…

Tout bon travail était accompagné de bons points qui se transformaient en images :

L’image n’appartient pas à une série publicitaire mais provient d’une édition éducative. A l’époque la Cote française des Somalis était une colonie . Elle est devenue en 1967 le Territoire français des Afars et des Issas puis en 1977 la République de Djibouti.

  • Le CM1, 1956-1957

Avec le changement de classe, changement de maitre et c’est de nouveau un maitresse, une jeune maitresse, Melle BOISSIERE qui deviendra plus tard Mme ROUSSIN. Comme MM. BARJOU et GRAFEUILLE c’était une excellente maitresse, exigeante et sévère. Nous n’aimions pas quand elle prenait sa règle en fer et nous tapait sur le bout des doigts que nous devions tenir droits, collés les uns aux autres.

Je n’ai pas la photo de ma classe de CM1, mais peut-être qu’un lecteur de ce blog l’a ? Mais j’ai quelques cahiers et bons points.

A cette époque il ne fallait pas faire de fautes, avec cinq fautes on avait zéro. Je faisais beaucoup de fautes d’étourderie et ici avec 4 fautes j’ai 2 sur 10 !

Mais cela ne m’empêchait pas d’avoir des bons points et des images :

J’ai beaucoup insisté sur les cours de morale de Mme PRADIER en CP et je suis surpris de n’en avoir pas eu par la suite. Aujourd’hui on ne parle plus de morale mais d’éducation civique et citoyenne mais le rappel d’une morale universelle ne serait pas inutile !

II Les bons points de mon père en Belgique en 1928.

En 1928 mon père avait 9 ans et était dans une classe équivalente au CE2 que j’ai suivi.

Ses cahiers étaient remarquablement bien tenus. L’exigence pour une belle écriture était forte :

Sur cette page la correction de « l » de mal en surprendrait plus d’un aujourd’hui mais le modèle de l’écriture cursive doit être respecté.

En plus de l’exigence « calligraphique » je trouve que la morale est intéressante. C’est presque la même que celle que j’ai copié avec Mme PRADIER sous une forme que je ne connaissais pas :  » pain mal acquit remplit la bouche de gravier ».

Les bons points eux mêmes étaient de véritables leçon d’éducation civique. Sur les 11 images que j’ai trouvé j’en choisi quelques une que l’on peut toujours mettre en pratique aujourd’hui:

Si la règle est claire  » Respectons la liberté d’autrui », certaines maximes ne seraient plus acceptées aujourd’hui. C’est le cas de celle du Jeudi relative au Congo. Le territoire actuel de la République démocratique du Congo a été de 1885 à 1908 la propriété personnelle du roi des Belges, Léopold II. S’il a le pays délivré du fléau des esclavagistes venant des pays arabes ce fut au prix de confiscation de terres, de travail forcé, de bouleversement des coutumes et d’une exploitation de la population.

Au début des années 1900 une vague d’indignation nait en Grande Bretagne et se répand aux Etats-Unis. Sous la pression internationale et conscient de sa faible popularité dans son pays, en 1908, Léopold II transfert le Congo à la Belgique qui en fait une colonie sous le nom de Congo Belge. Elle accèdera à l’indépendance le 30 juin 1960 sous le nom de Congo Belge. En 1927 le mouvement anticolonialiste n’existait pas et la Belgique, comme la France, ventait les mérites de la colonisation, source de Progrès.

Le verso ne me semble pas lisible par un élève de 9 ans ni même plus âgé. Si la première phrase est facile, elle est écrite dans un style désuet. L’élève comprend t’il ce qu’est une « clause attentatoire à sa liberté  » ? On voit bien que ces bons points s’adressent à des enfants d’agriculteurs et qu’on incite ceux ci à utiliser des engrais, surtout le sulfate d’ammoniaque que l’on trouve cité dans presque tous les bons points. Comme aucun nom de marque ne figure on peut penser que c’est un moyen d’inciter les parents qui vont lire ces textes, à utiliser plus d’engrais afin d’accroitre les rendements.

Le bon point suivant traite d’un thème qui est rarement pour ne pas dire jamais en éducation civique à l’école élémentaire, celui de la défense nationale. C’est en troisième que le programme d’enseignement moral et civique aborde explicitement la défense et la sécurité. Il est vrai qu’en 1927, aussi bien Belgique qu’en France la défense était assurée par les citoyens qui effectuaient leur service militaire. Celui-ci ayant été suspendu, l’armée est devenue une armée de professionnels.

Pour la dernière image je choisi celle qui parle de l’Avenir. Il y a plein de sagesse dans les maximes qui sont proposées :

Lorsque mon père est arrivé en France l’année suivante, les bons points qu’il a obtenu ressemblent aux miens. En 1928 , ce sont des images sur des animaux, des métiers, autrefois et au verso une publicité principalement Blédine, une farine pour les enfants en bas âge Liebig. Queques rares bons points ne comportent pas de publicité.

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Sur ces bons points, le motif de leur obtention est indiqué.

Sur la série suivante on trouve la publicité Liebig. Cette marque a été créée en 1847, quand le chimiste allemand Justus von Liebig a déposé un brevet pour son invention d’un procédé d’extrait de viande de bœuf.

Au verso l’image est expliquée, mais la publicité est plus visible.

Sur la série suivante on trouve la publicité pour Blédine. Au verso le métier est expliqué mais la place réservée à la publicité est plus importante.

La série des animaux compte de nombreuses espèces avec au verso une courte description de l’animal et une très grande place à Blédine.

Le dernier bon point que je présente m’a surpris car il a été attribué à mon père pour le ménage !

Si vous avez des bons points, des images, des cahiers de Nexon ils pourront enrichir ce texte…

Les banquets des anciens prisonniers de guerre de 1949 à 1957.

Chaque année, pour le 8 mai et pour le 11 novembre les anciens prisonniers de guerre se retrouvent pour commémorer la fin de la guerre et leur libération. Après une assemblée statutaire ils vont en cortège, avec les ancien combattants, déposer une gerbe au monument aux morts. Puis c’est le traditionnel banquet. Il n’y a pas de restaurant attitré mais une rotation qui évite toute concurrence entre les restaurants de la commune.

Les menus, du moins jusqu’au début des années 1960 sont pantagruéliques. Les entrées comportent systématiquement de la charcuterie et des abats. Les coquillages qui sont un incontournable de nos repas aujourd’hui ne sont pas systématiques. La viande, rare au quotidien à l’exception du porc, est le plus souvent du bœuf ou du veau, plus rarement de l’agneau. Un gibier ou une volaille suit ou précède le plat de viande. Une salade de saison accompagne ces plats. Par contre, il n’y a pas toujours de fromages. Les desserts sont simples. Il y a presque systématiquement une tarte aux fruits et parmi les gâteaux les plus fréquents on trouve les babas au rhum et les éclairs. Les vins ne sont pas des vins de sommeliers. Il n’y a pas toujours d’indication d’origine, jamais de millésime, on se contente de distinguer les vins ordinaires et les vins vieux. Le café et les liqueurs terminent le repas.

Dans toutes les régions la façon de se nourrir est étroitement liées à ce qui est produit au « païs ». On ne parle pas de proximité car elle se vit au quotidien. A la campagne on mange ce qui est produit à la ferme. Les aubergines, les avocats, les brocolis, les épinards, le fenouil… n’arrivent que dans les années 1960- 1970.

La révolution de la « Nouvelle Cuisine » a vu le jour en 1973, lancée par les critiques gastronomiques Henri GAULT et Christian MILLAU. Ils avaient été subjugués par une salade de haricots verts, cuits craquants, dégustée chez Paul BOCUSE. Il devient le chef de file d’un groupe de cuisiniers qui révolutionnent la cuisine traditionnelle en la simplifiant, l’allégeant en supprimant les copieux plats en sauce. Les personnes comme mon père, habitués à manger dans des assiettes bien garnies, ont du mal a prendre du plaisir lorsque le minimalisme a supplanté l’abondance, lorsque la subtilité des saveurs est venue heurter le classicisme de leurs goûts…

Jusqu’alors il y avait peu d’innovation dans la cuisine. Quand on allait au restaurant, que ce soit à l’occasion d’un événement familial, baptême, communion, mariage ou à l’occasion d’une commémoration ce qui comptait c’était de retrouver la cuisine que l’on connaissait en y ajoutant l’abondance. C’est cette abondance qui caractérise le repas de fête. La frugalité n’est pas de mise. La diététique est ignorée, on ne pense ni au cholestérol ni au diabète. Il n’y a pas de contrôle d’alcoolémie. Le banquet est un moment de convivialité, de partage.

Le menu du 13 novembre 1949, dont je ne connais pas le nom du restaurant, se caractérise par l’abondance des viandes. Quatre sont servies : alouettes sans têtes, c’est à dire des paupiettes certainement de bœuf, lapin de garennes, noix de veau, poulet rôti …

Le banquet du 11 novembre 1950 a été servi à l’Hotel de la Gare. Dans les hors d’oeuvre on trouve le « cornet de jambon fourré », un grand classique des repas de fête. Il figure dans 4 des 11 menus que mon père a conservés. Comme pour le menu précédent on trouve plusieurs viandes : paupiettes, lapin de garennes et coquelets rôtis. Comme dessert il y a des tartes dans les deux menus accompagnées de mille feuille et d’une île flottante pour l’un et de baba au rhum avec petits fours pour l’autre. Le vin est « ordinaire », blanc et rouge avec la précision d’origine, Bordeaux pour l’hôtel de la Gare.

En 1951 et 1952 la structure des menus est la même. Pour le premier on est surpris de trouver deux plats de veau : une tête de veau et un rôti de veau. En 1952 le menu est manuscrit . Un poisson y figure avec cette appellation caractéristique de l’époque  » Merveille de l’océan, en mayonnaise ». Il y a également pour la première fois du fromage. Les vins sont sans indication de provenance. Je n’ai pas l’indication des restaurants.

En 1953 mon père est allé au banquet du 8 mai, chez Lathière à la gare et à celui du 11 novembre à l’Hotel Moderne. Les menus sont présentés sur des cartons publicitaires, du même fournisseur, le Cognac Château PAULET pour les deux restaurants. Maintenant les produits de la mer sont intégrés aux menus , merlus mayonnaise le 8 mai et bouquets de l’Océan le 11 novembre. Toujours une volaille en plus de la viande rouge. Du fromage le 8 mai mais des desserts qui ne sont pas décrits. Le 11 novembre, pas de fromage, des fruits de saison viennent s’ajouter aux pâtisseries et les vins sont des Bourgognes.

En 1954 le banquet du 11 novembre est servi au restaurant Crouzille, rue Victor Hugo. Le menu est classique, présenté sur un carton publicitaire du champagne E. de l’Escale, les intitulés simples mais peu précis.

En 1955, pour le banquet du 8 mai, le menu est moins copieux. En viande il n’y a que le poulet, mais il est précédé d’un colin Bellevue, c’est à dire que la peau et l’arrête centrale a été enlevée et le poisson reconstitué, et d’une bouchée financière. Il y a un plateau de fromage, des pâtisseries assorties…

En 1956, le banquet du 8 mai est servi à l’Hotel Moderne. Il retrouve l’abondance des plats des premières années. Les hors d’oeuvre variés avec saucisson et le cornet de jambon fourré, une truite meunière, des abats, un filet de bœuf, un poulet, du fromage et les desserts classiques. Les vins sont des Cotes du Rhône.

Pour le 11 novembre les hors d’oeuvre sont moins détaillés mais la structure est la même que pour le 8 mai, sans précision sur l’origine des vins.

Les deux menus sont imprimés sur des cartons publicitaires.

Pour le 8 mai 1957 le menu comporte de très nombreux hors d’œuvres, charcuterie, truite, asperges mais une seule viande, des coquelets rôtis, un plateau de fromages et un assortiment de desserts classiques avec une corbeille de fruits.

Les cartes postales du 1er avril

Autrefois, a l’occasion du 1er avril, on envoyait des cartes postales ornées d’un poisson et richement décorées pour se souhaiter amour, amitié et bonheur !

J’en ai trouvé deux, oblitérées du 30 mars 1913 avec le cachet ambulant apposé dans le train Nexon-Brive.

L’hypothèse la plus couramment avancée fait remonter la tradition du poisson d’avril à l’Édit de Roussillon pris en le 9 aout 1564 par le roi Charles IX. Par cet édit l’année débute désormais le 1er janvier, au lieu de commencer, comme c’était le cas au Moyen Age, le 1er avril, voir le 25 mars, jour de l’Annonciation à Marie. Le pape Grégoire XIII étend cette mesure à l’ensemble de la chrétienté avec l’adoption du calendrier grégorien en 1582.

A cette époque beaucoup de personnes conservèrent la date du 1er avril pour débuter l’année, soit par habitude, soit par ignorance. Ils continuèrent donc à s’offrir des cadeaux et des étrennes le 1er Avril. La légende dit que c’est pour se moquer d’elles qu’on leur offrait de faux poissons correspondant à la fin du carême. Ainsi serait né le poisson d’avril, le jour ou l’on ne distingue pas la réalité des faits.

Pour d’autre l’origine viendrait du fait que dans certains pays la pêche ouvrait le 1er avril tandis que dans d’autres elle fermait.  Ce jour-là on offrait aux pêcheurs un poisson, soit pour se moquer des pêches faciles du fait de l’abondance le jour de l’ouverture, soit pour compatir à leur peine de ne pas pouvoir continuer à pratiquer leur passion le jour de la fermeture.  Un habitude serait alors née d’accrocher subrepticement un vrai poisson dans le dos des gens qui ne s’en apercevaient pas tout de suite, de sorte que le poisson commençait à sentir et on se moquait d’eux.

On n’envoie plus de cartes aujourd’hui mais jusqu’en 1914 il y avait un choix très important de modèles. Beaucoup se ressemblaient mais il y avait quelques originalités.

Les plus classiques représentaient des enfants ou des femmes avec des poissons.

Parfois c’est un homme qui offre un poisson :

On peut aussi ne voir que des poissons pour offrir l’amour ou l’amitié :

Le poisson est parfois accompagné de fleurs :

Il est rare qu’il n’y ai pas de poisson, comme ici ou ce sont des petits cochons :

Quelques illustrateurs célèbres, comme Xavier SAGER. On ne sait pas grand chose de ce peintre et illustrateur. Dans son atelier qui comptait 6 ou 7 artistes il a été dessiné une grande quantité de cartes dont la plupart illustrent la vie mondaine à Paris. La plupart des cartes ont été dessinées autours des années 1910.

Il y a des cartes humoristiques

On trouve également quelques caricatures politiques:

Emile COMBES, président du Conseil en 1902 met en oeuvre une politique anticléricale

Bonne année 2019

Trois cartes pour souhaiter à tous les lecteurs de ce blog une bonne et heureuse année 2019.

La carte de mon oncle à ma grand mère nous rappelle, en ce centenaire de la fin de la Guerre de 1914-1918, que nous vivons une année de Paix, certes fragile et que nous devons être vigilants pour la préserver.

La deuxième, toujours de mon oncle à mon arrière-grand-mère est pleine d’espoir avec ces guirlandes de fleurs brodées qui encadrent les souhaits de Bonne année.
Enfin la troisième est un clin d’œil à notre Limousin et à nos racines. Sans racines l’arbre ne peut pas élancer sa ramure vers le ciel. Comme lui ayons les pieds ancrés dans le sol et nous pourrons avoir la tête dans les étoiles.

Bonnes année à tous et à toutes.

JFN.

Le barbichet

Depuis la plus haute antiquité les femmes dissimulent leur chevelure. Cette pratique a été confortée par les religions qui rappellent que « la femme … doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend  » (Saint Paul, 1ère Lettre aux Corinthiens, cette injonction aux maris, » Prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes de croyants un voile sur le visage  » (Coran, sourate XXXIII).

Au XVIIe siècle, les religieuses de St-Vincent de Paul seront les premières à porter de larges coiffes, les cornettes.

À ce motif religieux, la coiffe remplit un rôle utilitaire : elle protège du soleil, du froid et la pluie.

Mais dans tous les milieux la coiffe et la coiffure vont remplir une fonction esthétique. Et puisque la religion impose à la femme de cacher sa chevelure elle orner sa coiffe de dentelles, parfois très luxueuses.

  • La naissance du barbichet

Chaque région, chaque paroisse a sa coiffe qu’on identifie immédiatement. A côté de l’Alsacienne, de la Bigoudène, de la Saintongeoise… la Limousine ne dépare pas. Mais à la différence de ces homologues la coiffe des limousines ne porte pas le nom de son territoire.

G-Michel Coissac dans son ouvrage « Mon Limousin » publié en 1913 écrit : « Le barbichet se portait déjà à la Renaissance comme en témoignent d’anciens « émaux de LIMOGES » conservés. Il avait à la campagne des proportions modeste, les « barbes » assez courtes et non empesées retombaient au niveau du visage

Le barbichet semble venu du Nord, très probablement de la Flandre ce qui explique qu’il n’ait pas un nom limousin. Le mot barbichet a été introduit dans la langue limousine tel qu’il est arrivé du Nord.

Le poète occitaniste Jean Rebier (1879-1966) a consacré un long article au barbichet dans le numéro de mai 1929 de la revue « La vie Limousine et la Brise », repris dans une petite brochure publiée la même année. Il n’est pas séduit par l’hypothèse flamande et rappelle que les émailleurs de Limoges copiaient des productions flamandes ! Il affirme, avec une quasi-certitude que « le barbichet, de de sa naissance à sa disparition, fut toujours appelé « la coiffe » par celles qui le portaient. Ce fut seulement vers 1900, quand la littérature s’en mêla, que ce déplorable vocable fut employé ». Pour lui le barbichet est une coiffe moderne qui se pose sur la tête des belles limousines comme un papillon sur une rose.

Trouvant son origine dans les bonnets de toile à barbes de mousseline, le barbichet naquit vers 1840, sans doute grâce au talent des dentellières d’Aixe sur Vienne qui eurent l’idée d’allonger les ailes de leur coiffe et de les broder plus finement. En effet les dentellières d’Aixe ont acquis une belle réputation de finesse et ainsi leur broderie réalisée sur un tulle porte le nom de « Point d’Aixe ». La dentelle d’Aixe a connu son apogée lors de l’Exposition Universelle de 1878.

Ainsi Aixe devint le centre de rayonnement du barbichet. Les femmes le portaient de Saint Laurent à Pierre Buffière et de Nantiat à Nexon.

Carte de rayonnement du barbichet en Haute Vienne d’après Jean Rebier-1939

Le barbichet est composé de trois parties :

1-            Un bonnet (ou bassin) de mousseline brodée qui enserre le chignon

2-            Deux longs rubans de satin moiré ou broché de couleur crème ou bleu pâle, posés à la base du bonnet

3-            Deux larges ailes ou barbes en dentelle sur tulle richement brodées qui s’envolent et se replient sur le front.

La dentelle est composée de fleurs, roses, églantines, marguerites…

Sa mise en forme est réalisée grâce à un délicat amidonnage. Les dentelles, tulles et mousselines doivent être entièrement ou en partie amidonnés, sans cela les coiffes pendraient sans doute lamentablement autour du visage.

 

Barbichet en pièces détachées, chez Lili. Doc de référence : » Les Coiffes du Limousin – Édition Lemouzi à Tulle (19) n°185-2008

  •  Les éditeurs de cartes postales l’ont fait connaitre dans tout l’hexagone.

C’est une jeune femme avec son barbichet qui nous accueille à Nexon sur cette carte postale expédiée le 3 janvier 1907.

Les deux cartes suivantes sont les plus anciennes que je possède, la première a été écrite le 10 juin 1902 mais non postée, la seconde a été postée à Chalus le 2 octobre 1903le 
Des dizaines de cartes ont été éditées parmi lesquelles :

Le barbichet de face et de dos

 

Une Limousine au regard triste (13 août 1912)

Un barbichet pour le

Les enfants aussi portent le barbichet:


Des images  reproduisent également des femmes portant le barbichet. par exemple cette publicité pour le chocolat Guérin-Boutron avec une faute de frappe avec Nexon écrit Vexon!

Et cette image d’une des collection de F. Nathan qui a du largement être utilisée comme bon point …

  • Pour la fête à Nexon en 1900, les hommes portent le canotier et les femmes le barbichet.

  • Le déclin du barbichet

Cette belle coiffe blanche a été la vedette de l’Exposition de Limoges en 1903, mais son déclin était amorcé car elle n’était plus portée que par des femmes âgées de plus de quarante ans.

A Limoges, l’Ecole du Barbichet, créée en 1923 par l’avocat René Farnier, se consacrait au théâtre, mais, en 1930, souhaitant participer aux fêtes organisées en Provence pour le centenaire de la naissance de Mistral, elle est obligée de présenter un spectacle de danses et de chants. Les danseurs revêtent l’habit traditionnel des Limousins. Le barbichet va connaitre une nouvelle vie.

Cette dentelle valait de 7 à 8 francs le mètre. Il en fallait 2 m. 10, sans compter le fond, pour garnir un barbichet. C’était l’équivalent d’une bonne semaine du salaire d’un ouvrier en province, ce qui en faisait une coiffure de luxe. Seules, les riches paysannes pouvaient, normalement, s’offrir une aussi coûteuse parure. Cependant des jeunes filles des environs d’Aixe ont pu apprendre auprès des dentellières et, en gardant leurs brebis, elles brodaient les fines bandes de tulle qui allaient devenir leurs coiffes des jours de fête.

Son coût élevé n’est sans doute pas la seule cause du déclin du barbichet au début des années 1900, sa cherté, sa fragilité viennent s’ajouter à la forte pénétration de la mode urbaine qui se répand sur tout le territoire et uniformise les tenues.

En 1913 G-Michel Coissac en constate la disparition. Il écrit, page 222, « ces coiffes de nos aïeules, saluons-les tant que nous le pouvons encore, car elles ont le charme ému des souvenirs qui s’en vont, que bientôt on ne reverra plus, et aussi la séduction particulière des choses du passé, d’un passé lointain, bien lointain. Il disparaît, il s’enfuit, ce légendaire barbichet de Limoges, si léger, si seyant à la beauté de nos aimables compatriotes, si gracieux à tous les points de vue et qui ajoutait je ne sais quoi à la poésie de nos paysage. »

Les poètes, les défenseurs de la tradition regrettent cette évolution. Ainsi Jacques Lemasson écrivait dans La Musette en décembre 1911 :

« Hélas ! le temps, cet implacable destructeur de toutes choses, fait lentement disparaître cette ancestrale coiffure des filles de nos champs; les chapeaux multicolores remplacent partout maintenant la blanche dentelle, leur costume n’est plus aussi modeste, nos Limousines perdent leur originalité, devenues semblables aux filles de la ville, elles ne sont plus en harmonie avec nos bois de châtaigniers et nos collines azurées ; c’est le progrès me direz-vous: étrange progrès qui fait perdre aux habitants d’un pays leur singularité.

Vieux barbichet, souvenir du temps passé, je te regrette de toute mon âme ; tu ajoutais à la poésie de notre sol, hélas ! bientôt tes blanches ailes auront cessé de voleter, tu ne couvres plus maintenant que des têtes vieillies, tu chemines lentement vers l’abandon et vers l’oubli. »

Et Jean Rebier concluait ainsi son article sur « Le barbichet » :

« Ce fut en vain que les poètes prodiguèrent les prières et les adjurations ; ce fut en vain que grondèrent les vielles et que pleurèrent les chabrettes. L’imprudente brodeuse avait ourlé ses rêveries romantiques sur une trame arachnéenne, à la merci du moindre vent, et la mauvaise bourrasque est venue qui a tout saccagé.

Les ailes blessées ne voulaient pourtant pas mourir. Elles se révoltèrent contre un aussi injurieux destin, et chassées du village elles se réfugièrent à la ville, où des mains ferventes les ont recueillies, pour nous en offrir l’ostension émouvante, dans les fêtes dédiées à la Tradition.

Car notre barbichet n’est plus qu’une relique. Les ailes inertes reposent désormais, avec tant d’autres souvenirs désuets et charmants, dans l’ombre des massives armoires. Et, derrière les lourdes portes, les Limousines ont enfermé, du même coup, leur grâce essentielle. »