Une histoire illustrée de nexon
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Au 17ème et au 18ème siècles il ne devait pas y avoir d’hôtel à Nexon, seulement des auberges. En effets on ne voyage pas beaucoup à cette époque car les seuls moyens de déplacement sont la marche à pied ou le cheval.

On se déplace pour aller aux foires et aux marchés ou pour des pèlerinages comme celui de Saint Jacques de Compostelle. L’hébergement des gens qui se déplacent est, soit le résultat de l’hospitalité, une valeur fort développée alors, soit un gite offert par le clergé dans les monastères, soit par des commerçants qui exploitent des auberges le long des routes pour que les voyageurs puissent faire reposer leurs chevaux. Les relais de poste s’échelonnent tous les vingt kilomètres entre les grandes villes. Rien de tout cela à Nexon.

1-Les hôtels avant 1861

On a une idée de la manière dont on se logeait juste avant la Révolution française grâce au récit de M. de VERNEILH-PUIRASEAU. Né à Nexon le 29 juillet 1756 dans une famille de l’aristocratie, il sera député de la Dordogne et préfet de la Corrèze et du Mont Blanc. Il a écrit « Mes souvenirs de 75 ans » publiés en 1836 où Il raconte sa vie. Il fit ses études de droit à Toulouse et chaque année jusqu’à la fin de ses études il fit les voyages de Nexon à Toulouse et retour. Il faisait le trajet en partie à pied et en partie à cheval, faisant étape dans des auberges et des hôtels ou bien il frappait à la porte d’une congrégation religieuse ou chez un ami de sa famille. Les lignes qui suivent décrivent quelques-uns de ses voyages au cours desquels il fut amené à coucher à l’hôtel.

Le premier voyage à Toulouse s’effectue avec cinq autres étudiants au départ de Saint Yrieix avec un messager chargé de ramener les montures. Il écrit : « Au moment de notre séparation, après m`avoir donné de sages conseils, il [mon père] me remit quinze louis d’or et quelques écus pour le voyage, puis les yeux gonflés de larmes, il me serra tendrement dans ses bras en me comblent de ses vœux. Mon bon oncle me donna ses pistolets, et déjà je portais un couteau de chasse ; enfin nous voilà partis. Cette nombreuse cavalcade, dans des chemins de traverse, ne manquait pas de faire une certaine sensation, flatteuse surtout pour des écoliers. Nous cheminâmes ainsi, à petites journées, en passant d’abord près du château d’Hautefort… L’hôte de cette dernière ville fut un peu embarrassé pour nous recevoir, pour nous donner à souper et surtout à coucher. Le lendemain nous fûmes dédommagés par un beau jour : en traversant le vaste plateau qui sépare Gourdon de Pont-de-Rodes, où nous allions rejoindre la grande route de Paris à Toulouse, nous apercevions dans le lointain, au sud-ouest, la chaine imposante des Pyrénées, couvertes de neiges. […] En arrivant à Toulouse, la jeune cavalcade descendit un peu au-delà de la porte Matabiau, devant un petit hôtel, déjà connu de presque tous mes compagnons de voyage. Il était tenu par une bonne vieille appelée madame Laurelian. C’était la pension la plus ordinaire des étudiants limousins ». (Pages 37-38)

Le retour de Toulouse à Nexon

« Nous voilà désormais tous trois, nos épées en bandoulière, cheminant à pied vers Montauban ; et c’était aux premiers jours de juillet. Nous n’y pûmes arriver que le lendemain, de grand soleil, bien poudreux et bien fatigués. Notre premier soin fut de nous mettre au lit, après avoir commandé un bon souper pour les six heures du soir, et prie notre hôte de s’informer si nous pourrions trouver une voiture d’occasion pour Cahors.

Notre hôte n’avait pu découvrir aucune voiture d’occasion ; le service des diligences n’était pas connu encore ; il fallut nous remettre à cheminer comme la veille, marchant la nuit et dormant une partie du jour. La seule bonne fortune que nous eûmes durant ce pénible voyage, ce fut une voiture de retour, à vide, dans laquelle nous fîmes quelques dix lieues : et cela n’avait fait que nous gâter. Etant parvenus au pénultième relais, en deçà de Brive, par un temps chaud et lourd, l’idée nous vint de prendra la poste à franc étrier ; et bien vite, chacun de nous enjamba son bidet. Ainsi nous courions la poste en culottes courtes, sans bottes ni éperons, nos épées en bandoulière et bien halés par le soleil. Au bout du second relais, nous voilà enfin aux portes de Brive. C’était le soir, il faisait beau ; au lieu d’aller modestement descendre chez notre hôte ordinaire (hôtel de Toulouse), nous eûmes la fantaisie de vouloir faire au galop tout le tour des boulevards de cette jolie ville… J’avais trouvé à l’hôtel le cheval de mon père : il m’y attendait depuis trois ou quatre jours, et le domestique s’en était retourne. Je me séparai à regret de mes deux amis, après les avoir bien remerciés de leur extrême complaisance. » (Pages 44-45)

Nexon n’est pas un lieu de passage, la grand route de Limoges à Saint Yrieix passe à La Plaine. Il n’y a donc pas de relais de poste, mais des auberges ou les gens se retrouvent les jours de marché et les jours de fête.

2- Les hôtels de 1861 à 1925.

Pourquoi cette date ? parce que le 26 aout 1961 la ligne de chemin de fer Limoges-Périgueux est inaugurée. Les premiers voyageurs arrivent à la gare de Nexon. Le 20 décembre 1875 c’est autour de la ligne Limoges-Brive d’entrer en service.

Le train est la cause de la première révolution dans les déplacements. Il entraine un très important développement des échanges en permettant le transport de marchandises lourdes et volumineuses et il permet aux gens d’aller rapidement d’un point à un autre. Nexon a la chance qu’une gare ait été construite, certes en dehors du bourg, mais le trafic ferroviaire va générer une nouvelle activité qui va profiter à la fois au quartier de la gare et au bourg.

Le premier document que j’ai trouvé faisant référence à un hôtel à Nexon est une annonce publiée le 23 août 1884 dans le Courrier du Centre : « A LOUER, le Grand Café de la Patrie, Nexon (Haute-Vienne) ; immense matériel. Ce vaste établissement, le mieux situé de la ville, se compose de nombreux Appartements et peut servir pour un hôtel. — S’adresser à M. Boutaud-Lacombe, notaire à Nexon. » Le propriétaire du Grand café de la Patrie pense donc que son établissement peut devenir un hôtel.

En 1886 il y a le Grand Hôtel de Nexon dont le propriétaire est A-F RABY.

L’activité de l’hôtellerie va connaitre un développement rapide puisqu’en 1905 il y avait 8 hôtels à Nexon : l’hôtel de la gare, l’hôtel de France, l’hôtel des Voyageurs, l’hôtel de la Poste, l’hôtel du Faisan, l’hôtel du champ de foire, l’hôtel du Nord et l’hôtel du Commerce.

-Jean BONNET est le propriétaire de l’hôtel de la gare ; La famille BONNET développe un commerce de produits du sol, principalement des pommes de terre et des céréales.

Les hôtels de la gare

– Mme Vve BOURDEIX, hôtel de France ;

L’hôtel est situé rue du centre, actuelle rue Victor Hugo. La famille Bourdeix tient une pâtisserie, alors réputée et l’hôtel de France. Elle est également connue pour ses conserves de gibiers.

Cette photographie ainsi que la vignette datent d’avant 1914, époque ou il n’y a que très peu d’automobiles. Les gens se déplacent en calèches aussi il faut que l’hôtel possède une écurie et une remise pour les voyageurs. Ces mentions sont peintes sur la façade et figurent sur l’étiquette de promotion.

– François CHATARD, hôtel des Voyageurs ;

-DEFAYE, hôtel de la Poste ;

– L. DESMAISON, hôtel du Faisan ;

– GUYOT, hôtel du champ de foire ;

– LAUZEILLE, hôtel du Nord. En 1900 Madame Lauzeille, dont le mari est marchand de vin à la même adresse, est la patronne de l’Hôtel du Nord, puis c’est son fils Jean Baptiste qui en devient le patron en 1905.

-Au début des années 1900 M. PRUGNY est propriétaire de l’hôtel du Commerce, rue du Nord, actuelle rue Gambetta puis c’est Prosper LAPLAUD qui l’exploite en même temps qu’il est sellier-bourrelier.

3- Les hôtels de 1925 à 1970.

Une nouvelle révolution a eu lieu en matière de transport : le développement de l’automobile. La combinaison du train et de l’automobile favorise le développement de l’activité économique et le nombre d’hôtels augmente. L’annuaire DUMONT de 1934 en recense 12 : Louis BEYRAND, hôtel de la Gare ; Raymond BOURDEIX, hôtel de France ; Jean CHAMBON, hôtel de l’avenue de la gare ; Jean COUDERT, hôtel des Voyageurs ; Pierre DESCUBES ; Louis DESMAISON, hôtel du Faisan ; François GOURINCHAS, hôtel du Commerce ; GUYOT ; LEYMARIE, hôtel du Nord ; Paul MORELLO, route de Biard ; Jean NOUAILHAS, hôtel du champ de foire ; Emile LATHIERE, Buffet de la gare. 9 ont un nom d’hôtel et 3 un nom de personne. Il s’agit sans doute de quelques chambres disponibles dans une maison de maitre comme celle de Paul MORELLO, marchand de vin en gros route de Biard dont le commerce sera repris par A. REBIERE.

L’hôtel du Nord est maintenant la propriété de Monsieur Leymarie qui est en même temps entrepreneur de travaux publics et transporteur.

L’hôtel du Commerce est tenu par François GOURINCHAS qui exploite en même temps une épicerie au nom du « Planteur de Caïffa ».

L’hôtel de l’avenue de la gare fait une publicité dans l’annuaire Dumont de 1934 ou il met en avant sa salle des fêtes, son cinéma, son salon particulier et son billard russe.

Juste à la fin des années 1930 l’hôtel de la Poste disparaît et l’ensemble du bâtiment devient une grande épicerie. Sur la place, la boulangerie Pressicaud a été démolie et à la place un nouveau bâtiment abrite le « café Moderne » qui fait également hôtel et restaurant. Il est tenu par la famille MASSY.

 

Après la fin de la guerre l’hôtel de France ferme ainsi que l’hôtel de l’avenue de la gare et le mouvement va s’accélérer à partir de 1950. Les voyageurs, qu’ils soient des professionnels ou des touristes veulent retrouver dans l’hôtel où ils séjournent le confort qu’ils ont chez eux.   Très peu de patrons d’hôtels ruraux ont pu réaliser les investissements nécessaires à obtenir un classement tel qu’il est défini par l’arrêté du 24 juin 1950. En effet à partir de cette date, pour la première fois, les hôtels pouvaient se voir attribuer entre une et quatre étoiles selon la présence de salle de bain ou de toilettes dans les chambres, la qualité des installations, les équipements (ascenseur, téléphone…). L’hôtel du Nord, l’hôtel du commerce… vont fermer.

A la gare la fin des foires et la diminution du trafic de marchandises à la gare du fait du développement des transports par camions font perdre de l’activité. La SNCF en avait bien conscience puisqu’elle créait en 1970 le Service National de Messagerie (SERNAM) qui devint une filiale en 2002 avant d’être privatisé en 2005. Les hôtels de la gare périclitent et ferment les uns après les autres. Dans le bourg l’activité hôtelière baisse également, comme dans toutes les communes rurales.

Il ne reste aujourd’hui aucun hôtel à Nexon. Le gout des consommateurs a changé. L’hôtellerie de plein air, c’est-à-dire les campings sont devenus la première forme d’hébergement touristique. Les communes ont aménagé des huttes sur les campings, les chambres d’hôtes, les gites ont remplacés les vieux hôtels…

des professionnels ou des touristes veulent retrouver dans l’hôtel où ils séjournent le confort qu’ils ont chez eux.   Très peu de patrons d’hôtels ruraux ont pu réaliser les investissements nécessaires à obtenir un classement tel qu’il est défini par l’arrêté du 24 juin 1950. En effet à partir de cette date, pour la première fois, les hôtels pouvaient se voir attribuer entre une et quatre étoiles selon la présence de salle de bain ou de toilettes dans les chambres, la qualité des installations, les équipements (ascenseur, téléphone…). L’hôtel du Nord, l’hôtel du commerce… vont fermer.

A la gare la fin des foires et la diminution du trafic de marchandises à la gare du fait du développement des transports par camions font perdre de l’activité. La SNCF en avait bien conscience puisqu’elle créait en 1970 le Service National de Messagerie (SERNAM) qui devint une filiale en 2002 avant d’être privatisé en 2005. Les hôtels de la gare périclitent et ferment les uns après les autres. Dans le bourg l’activité hôtelière baisse également, comme dans toutes les communes rurales.

Il ne reste aujourd’hui aucun hôtel à Nexon. Le gout des consommateurs a changé. L’hôtellerie de plein air, c’est-à-dire les campings sont devenus la première forme d’hébergement touristique. Les communes ont aménagé des huttes sur les campings, les chambres d’hôtes, les gites ont remplacés les vieux hôtels…

La manufacture de chaussures ADAM

Jean Baptiste ADAM, né à Nexon le 1er mai 1872 était cordonnier rue du Nord (rue Gambetta aujourd’hui) à Nexon. Son fils, Albert ADAM, né à Nexon le 4 mars 1899, travaillait avec son père. Sa femme, Marie ROUDIER, tenait le magasin de chaussures qui était attenant.

A la fin de la guerre de 14-18, Jean Baptiste ADAM décide de créer un atelier de fabrication de galoches, chaussures dont le dessus est en cuir et la semelle en bois. Ce sont des chaussures modernes pour la campagne et elles vont progressivement remplacer les sabots en bois. Il crée son atelier au bas de l’avenue de la gare, en descendant à droite. Le magasin de chaussure est racheté par M. ROUSSEAU, puis par M. BUISSON qui lui aussi fabriquait des galoches et ensuite par sa belle-fille.

M. ROUSSEAU et sa famille devant son magasin

 

Albert ADAM était associé de son père et s’occupait de la partie commerciale. Il démarchait les commerçants en chaussures pour écouler la production, on disait alors qu’il était voyageur de commerce.

Le 6 janvier 1928, 18 paires de bottes sont envoyées à un sabotier en Dordogne 

L’entreprise débute avec deux ou trois salariés et très rapidement l’effectif augmenta pour atteindre une cinquantaine d’ouvriers avant la guerre de 39-45. Parmi les clients l’usine compte la maison Heyraud. Les cuirs étaient teintés et vernis, et ils séchaient au soleil, dans la cour entre le trottoir et le mur de l’usine.

M. Adam, père est à l’extrême droite et son fils au centre.

En 1937, un incendie provoqué par des braises tombées du foyer d’une cuisinière de l’appartement situé sur partie de l’étage détruisit entièrement l’usine. On voyait les flammes et la lueur de l’incendie de très loin. Il paraît que la lueur était visible de Limoges. La chaleur était telle que les glaces et vitre du café IMBAUD situé en face, de l’autre côté de l’avenue, avaient éclaté et fondu.

Devant l’usine, quelques employés. A gauche René Lagorce, coupeur.

 

L’activité reprit dès l’achèvement des travaux de reconstruction. Pendant la guerre de 39-45 l’activité se réduit du fait de la baisse des commandes et parce qu’un certain nombre d’ouvriers qui avaient été mobilisés ont été fait prisonniers. L’usine fabriquait des bottes en cuir sur semelle de bois et des galoches.

Le 29 novembre 1942, 25 paires de bottes sont envoyées en Dordogne

Après la guerre la désaffection du public pour la galoche se fait jour. Elles deviennent principalement des chaussures de travail portées par les commerçants des halles à Limoges et maintenant par les personnels soignants dans les hôpitaux. Pour compenser cette baisse de production l’usine fabrique des sandalettes. Malgré cela l’activité décline lentement mais inexorablement. L’usine a été fermée au début de l’année 1961 et a été transformée en appartements.

Ceux qui y ont travaillé ont gardé le souvenir de patrons humains et soucieux du bien-être de leurs salariés. Josette, dont les parents travaillaient à l’usine me racontait qu’un arbre de Noel était organisé chaque année pour les enfants des salariés et pour sa communion solennelle elle a reçu une paire de chaussures blanches et elle a été invitée à passer une semaine de vacances dans la villa de la famille ADAM à Royan


M.BUISSON dans son atelier sous le regard de M. ADAM

Cette photo est extraite d’un article publié dans LIMOUSIN MAGAZINE, n° 172 de mai 1976. L’article est reproduit ci après :

UN CORDONNIER S’IL VOUS PLAIT !

Un petit escalier de bois dans un vétuste bâtiment à deux pas de la mairie de Nexon. Deux billots couverts de chutes de châtaignier. Des sabots alignés comme à la bataille sur des étagères où trônaient autrefois des produits pharmaceutiques… Dans cet univers où l’odeur du cuir de vache se mêle aux relents de colle et de bois, le temps a, depuis belle lurette, suspendu son vol.
M. BUISSON, coiffé de son béret auréolé de poussière, le tablier bleu noué autour de la taille, fabrique encore une centaine de paires de galoches par mois. Tandis que sa femme tient le magasin de chaussures, l’artisan de Nexon réalise l’assemblage des galoches en compagnie de M.ROUSSE qui vient apporter son aide au clouage des souliers quelques heures par jour. Préposé au bureau des P. et T. de la localité, l’homme se tourne vers le travail manuel quelques heures par semaine.

Si M. BUISSON maintient la ligne des ventes tant bien que mal, le « patron » est conscient de la grande misère de sa corporation. Songez en effet que la cité a perdu ses derniers cordonniers. Mme BUISSON se contente d’expédier vers Le Vigen les chaussures destinées à être ressemelées…
Là-bas, M. SADARNNAC joue un perpétuel  » one man show ». Adjoint au maire, ce dernier est, en effet, aux dires de Mme BUISSON assureur, cordonnier et… propriétaire d’un bureau de tabac. A l’ère de cette fameuse revalorisation du
travail manuel. il serait temps d’étudier la question. Et de redonner vie à des métiers qui ont leur raison d’être.

L’ELECTRICITÉ ET L’ECLAIRAGE

Depuis le milieu du XIXe siècle les grandes villes avaient installé l’éclairage au gaz mais dans les bourgs de campagne rien de tel ! Aucun éclairage des rues, les seules lueurs provenaient des lampes à huile, à pétrole ou à carbure, des bougeoirs, des maisons ou des écuries ou des lanternes des carioles.

Ce qui peut nous surprendre aujourd’hui c’est qu’au moment où l’électricité fait son apparition on pense qu’elle va principalement servir à l’agriculture. Lors de l’Exposition internationale de l’électricité qui se tient à Paris en 1881, de nombreuses expériences sont présentée comme le labourage électrique, l’électroculture… et grâce à la simplicité du moteur électrique on imagine un développement rapide du machinisme agricole.

Du fait de cette vision on n’envisage pas l’utilisation de l’électricité comme source d’éclairage dans les campagnes. Cette idée subsistera jusqu’au début des années 1910. Pendant ce temps l’électricité industrielle se développe tandis que l’électricité agricole ne décolle pas.

Si l’usage de l’électricité comme source d’éclairage ne se développait pas c’est que les experts avaient démontré que la lampe à incandescence était impossible. Heureusement que Thomas Edison, parce qu’il était autodidacte ne croyait pas aux experts ! Il procéda à de nombreuses expériences en utilisant des filaments en fibres végétales, notamment en bambou et le 20 octobre 1879, il fit brûler pendant 48 heures une lampe à incandescence dont le filament était du fil de coton carbonisé. Le 31 décembre 1879 il illumine la rue de Menlo Park, ville du New Jersey ou il a installé son laboratoire.

Par le retentissement de l’Exposition internationale de l’électricité à Paris en 1881, dont un moment important a été la visite d’Edison, de nombreux inventeurs se sont mis à produire de l’électricité et à électrifier leur ville. La première à être électrifiée, dès 1884, a été Bellegarde sur Valserine dans l’Ain. La deuxième localité est La Roche-sur-Foron, petit village des Alpes. Le journal Le Figaro du 16 décembre 1885 faisait sa Une avec un article intitulé « Une ville lumière dans les Alpes ». Le journaliste, Pierre Giffard, écrit « Et cette ville, que je tiens à qualifier de Ville Lumière, ce n’est ni Paris, ni Londres, ni Berlin, ni Moscou, ni rien de semblable. C’est une toute petite cité savoyarde blottie dans la neige à dix lieues du Mont Blanc ; ce n’est même pas un chef-lieu d’arrondissement, c’est un vulgaire chef-lieu de canton répondant au nom de La Roche ». En 1886, Bourganeuf dans la Creuse a été la troisième ville Française à recevoir l’électricité et en 1889 elle fut la première ville française à recevoir l’électricité depuis un lieu de production éloigné.

Bien sur Paris bénéficiait d’un éclairage électrique depuis l’Exposition universelle de 1878 mais il était temporaire et limité à l’avenue de l’Opéra et à quelques monuments. On considérait en effet que ce système était plus coûteux que l’éclairage au gaz mais le tragique incendie de l’Opéra-comique le 27 mai 1887 précipita la marche vers l’électrification de la capitale qui prend son essor en 1889.

Lire :  Alain Beltran. La difficile conquête d’une capitale : l’énergie électrique à Paris entre 1878 et 1907. Histoire, économie et société, 1985, 4ᵉ année, n°3. pp. 369-395.

 

L’ELECTRICITE A NEXON GRACE A LOUIS AYMARD

Les plus anciens habitants de Nexon se souviennent que l’actuelle rue Pierre et Marie Curie s’appelait RUE DE L’ELECTRICITE. Cette dénomination évoquait la présence dans cette rue de l’USINE ELECTRIQUE.

Dans le Bulletin Municipal de septembre 1967, Monsieur GRAMMAGNAT écrivait : (…) »Les enfants de ce temps qui liront ces lignes se souviendront de ce que représentait pour eux cette usine. Que de nez se sont écrasés sur ces vitres ! Le halètement du moteur, le sifflement des courroies, les battements des manivelles, la vue de ce gigantesque volant tournant à toute vitesse et l’odeur d’ozone qui se dégageait de tout cela nous attirait et aussi nous remplissait d’effroi(…) ».

Qui avait construit cette usine ? C’est un jeune serrurier, Louis AYMARD, inventeur, bricoleur dont l’imagination créatrice a sans doute été stimulée par le désir de voir entrer chez lui « la fée électricité ».

  • Louis AYMARD, un génial inventeur

Louis AYMARD est né au bourg, dans une maison de l’actuelle rue Pasteur, le 15 mars 1877. Son père Jean AYMARD est sabotier et sa mère, Marie DEFFAYE est tailleuse. Les témoins sont Nicolas ANDRIEUX, tisserand et Jean PERNET, menuisier.

Acte de naissance de Louis Aymard

Il est l’aîné d’une famille de quatre enfants. Il va à l’Ecole des Frères, à Nexon, mais garçon turbulant il ne poursuit pas de longues études et entre en apprentissage chez un serrurier, Monsieur GROPAS. Son patron le juge très adroit.

Louis AYMARD se marie à Nexon le 4 mars 1899. Il épouse Philomène PARAUD, fille de François PARAUD, marchand de moutons. Les témoins du marié sont Jean AYMARD, coupeur d’habits à Limoges et Louis DEFAYE, cultivateur. Les témoins de la mariée sont ses beaux-frères, William SARGENT, entraîneur et Constant TOMBELAINE, fondeur à Limoges.

Ceux qui l’ont connu le décrivaient comme un homme intelligent, curieux, novateur et inventif. C’était un bricoleur entreprenant et doué qui fabriquait pour son plaisir tricycle, tandem… Il a monté de ses mains « son usine ».

Mais il était aussi plein d’humour, volontiers facétieux, boute-en-train, bon vivant et joyeux.

  • Sa première passion, l’électricité

Génial et adroit artisan, l’exercice de son métier de serrurier lui a donné l’habileté manuelle, son intelligence ouverte sur toutes les nouveautés et son esprit d’entreprise ont fait le reste.

Au début des années 1900, la seule force motrice à Nexon ce sont les quelques locomobiles qui actionnaient les batteuses et de rares scieries. Il n’y a pas de moteurs électriques et l’éclairage était assuré par des lampes à pétrole et, les jours de fêtes brillait la lumière des lampes à carbure.

Louis AYMARD rêvait d’installer l’électricité à Nexon. Il ne fut pas beaucoup encouragé et il était souvent traité de fou. Mais il était persévérant et seul, sans connaissances particulières, avec des renseignements puisés un peu partout, avec des pièces achetées à la récupération, il commença à concrétiser son rêve.

Petit à petit l’usine prenait corps. Aidé par un seul ouvrier sans aucune notion de mécanique, avec obstination, il a triomphé de tous les obstacles techniques et financiers. La force motrice était fournie par un moteur à gaz pauvre alimenté au charbon, par des jeux de pistons, de bielles, de manivelles, inspirés des machines à vapeur et un énorme volant qui communiquait, grâce à une courroie, son énergie à un alternateur aux bornes duquel devait sortir le précieux courant électrique.

Carte postale envoyée le 8 septembre 1906. L’usine électrique est à gauche en montant.

Carte postale envoyée le 24 septembre 1915. L’usine électrique est à droite en descendant.

Et tout cela, se fit dans un climat de scepticisme et souvent de moquerie. Il ne suffisait pas de monter une usine et la faire fonctionner, il fallait aussi trouver une clientèle et distribuer le courant. Louis AYMARD réussit à convaincre la Municipalité de le laisser installer 3 ou 4 lampes pour éclairer la place de la mairie, anticipant le futur éclairage public. Il parvint à installer une dizaine de lampes chez des particuliers, sans doute plus par amitié que par l’espoir de voir un jour ces lampes s’allumer.

La plaque posée sur la maison de Louis Aymard, rue Pierre et Marie Curie.

Dommage qu’elle le soit à 3 mètres de hauteur sur le coté gauche de la maison, dans l’allée qui va vers le dojo!

Enfin, en Septembre 1906, quelques jours avant la frairie, le grand jour arriva. Comment allait se comporter cette installation ? La machine tournerait-elle ? La dynamo ferait-elle son office ? Le courant atteindrait-il les lampes installées.  Autant de motifs d’angoisse pour Louis AYMARD. Mais son appréhension majeure était de voir le lourd volant éclater sous l’effet de la force centrifuge. Aussi, il tint à agir seul ! Il éloigna tous les curieux et même son collaborateur. Esprit généreux il ne voulait pas partager les risques, Et il mit en action ces mécanismes compliqués et si laborieusement élaborés. Les regards de tous les Nexonnais convergeaient vers les lampes installées. C’était au crépuscule et tous attendaient avec un grand mélange de sentiment un allumage problématique. Et le miracle se produisit ! Toutes les lampes se mirent à scintiller d’une belle lumière, franche et sans faiblesses.

Ceux qui doutaient le plus furent les plus émerveillés et ce fut une ruée pour obtenir la lumière électrique. Tous la voulaient et tout de suite. Louis AYMARD était payé de ses efforts et de ses angoisses, Le fou de la veille devenait l’homme du jour, envié et admiré. L’électrification faite avec des ouvriers de fortune donna lieu à des scènes pittoresques. Des lampes ne pouvaient s’allumer, d’autre refusaient systématiquement de s’éteindre et Louis AYMARD se multipliait de chantier en chantier. Peu de temps après, la plupart des foyers Nexonnais étaient éclairés avec une ou plusieurs lampes. Nexon peu après le Centre de Limoges était la première commune du département à bénéficier d’une installation électrique. L’usine fournissait un courent d’une qualité exceptionnelle pour l’époque. Dans ses débuts, elle ne fonctionnait que du crépuscule à l’aube. Mais les demandes d’installation de moteurs, de fers à repasser obligèrent Louis AYMARD à installer une batterie d’accumulateurs en bacs de verre et la fourniture du courant devint permanente. Les enfants n’eurent plus besoin d’avoir le nez écrasé sur ses vitres pour lire. Le halètement du moteur, le sifflement des courroies, les battements des manivelles, la vue de ce gigantesque volant tournant à toute vitesse et l’odeur d’ozone qui se dégageait de tout cela les attirait et les remplissait d’effroi.

Une fois installée la première ligne Louis AYMARD va solliciter chaque année la municipalité pour obtenir le financement de lignes supplémentaires ou l’augmentation du prix de l’abonnement de la commune du fait de la hausse des couts de production de l’électricité.  Les délibérations du Conseil municipal de Nexon pour répondre aux sollicitations de Louis AYMARD permettent de suivre l’extension du réseau d’éclairage public mais aussi l’augmentation du nombre des abonnés privés avec le lot de tricheurs et de resquilleurs…

-Le 23 février 1908, le Conseil donne son accord à la prolongation de la ligne d’éclairage électrique vers la gare jusqu’à la maison QUEYROI en plaçant une lampe à la maison VERNEUIL, une deuxième entre les maisons IMBERT et LELONG, une troisième face à la gendarmerie et la quatrième face à la maison QUEYROI.

-Le 19 juin 1909, MM. AYMARD et TOMBELAINE demandent une augmentation pour l’abonnement des lampes communales. Le cahier des charges approuvé par le préfet le 25 janvier 1908 oblige à fournir la lumière électrique moyennant une rétribution annuelle de 20 francs par lampe de 10 bougies. Le conseil vote une somme de 150 francs pour l’année 1909 pour indemniser les pertes.

MM. AYMARD et TOMBELAINE demandent la suppression pour les particuliers de l’éclairage à forfait à cause des abus constatées : certains abonnés installent des lampes d’une plus forte intensité que celle prévue au contrat. Le conseil décide que ceux qui refusent de payer en fonction de la consommation effective soient tenus de payer une juste indemnité pour les contraventions qui seront dûment constatées.

-11 mars 1911 : MM. AYMARD et TOMBELAINE se plaignent de la cherté des combustibles et de l’augmentation du salaire des ouvriers employés et qu’ainsi ils ne couvrent pas leurs frais. Ils demandent une gratification.

La commune accorde 100 francs compte tenu  » de la grande négligence dans l’entretien des lampes communales, plusieurs fonctionnent mal et laissent souvent plusieurs jours de suite certains quartiers plongés dans l’obscurité  » et  » qu’ils ne se conforment pas au cahier des charges notamment les jours de foire où ils doivent donner de la lumière toute la nuit, ce qu’ils ne font pas. »

-Le 21 février 1912 MM. AYMARD et TOMBELAINE se plaignent de la cherté des combustibles et de l’augmentation du salaire des ouvriers employés et qu’ainsi ils ne couvrent pas leurs frais. Ils demandent une gratification d’au moins 200 francs. Le conseil accorde 150 francs.

-Le 25 août 1912, MM. AYMARD et TOMBELAINE demandent une augmentation de 20 francs par an par lampe de 20 bougies. Le conseil accorde 10 francs soit au total une gratification de 300 francs au lieu des 150 francs accordés en 1911.

-Le 4 décembre 1912, lettre de MM. AYMARD et TOMBELAINE qui acceptent l’offre de 10 francs par lampe mais ils considèrent que cela ne permet pas de couvrir leurs frais. Ils demandent, avec l’accord de leurs clients, à porter de 0,07 francs à 0,08 francs le prix de l’hectowatt. Le Conseil accepte.

-12 juillet 1914, MM. AYMARD et TOMBELAINE demandent une augmentation du prix de l’électricité. Il est voté une contribution de 315 francs pour les 31,5 lampes de 1913.

 

La Guerre et la pénurie de charbon interrompirent l’activité de l’usine et Nexon fut de nouveau plongé dans le noir et à regret les lampes à pétrole ressortirent des placards.

En 1919 l’usine reprit du service avec beaucoup de difficultés. L’inaction n’avait rien arrangé. Cependant la demande était de plus en plus importante. Quelques artisans s’étaient équipés de machines outils actionnées par des moteurs électriques, les fers à repasser électriques devenaient de plus en plus nombreux et on comptait même quelques radiateurs. L’usine tournait de plus en plots longtemps pour satisfaire tous les besoins et les usagers étaient pleinement satisfaits.

Après la guerre l’usine électrique changea de propriétaire et en 1924 le secteur électrique fut racheté par la société S.I.D.

Les ingénieurs de cette société furent surpris de la qualité des installations.

  • Une autre passion : l’automobile

Il va construire de ses mains un autobus à vapeur, qui faisait la joie de ses compatriotes, avant de s’intéresser aux moteurs à explosion. Les Nexonnais de l’époque, grâce à lui ont vu circuler les premières « Delaunay-Belleville », « Rochet-Schneider » et autres « De Dion-Bouton ».

Dès 1908 Louis AYMARD anticipe le développement des transports en commun et il répond à l’appel d’offre du Conseil général pour la concession de lignes de transport de Chalus à Nexon et de saint Mathieu à Chalus.

 

COMPAGNIE FRANÇAISE DES TRANSPORTS AUTOMOBILES

PROJET DE CAHIER DES CHARGES POUR LA LIGNE AUTOMOBILE CHALUS-NEXON

L’an 1906,

Entre les soussignés : M. xxxx, Préfet de la Haute-Vienne, agissant au nom du Département, en vertu de la délibération du Conseil général en date du

Et M. Le Grand, agissant tant en son nom qu’au nom de la Compagnie française des transports automobiles, 111 bis, rue de Courcelles, à Paris, d’autre part : Il a été dit et convenu ce qui suit :

Article premier. — Une ligne de transports automobiles entre les villes de Nexon et Chalus     sera l’objet d’une concession à M. Le Grand pour une durée de six années, dans les conditions qui seront déterminées par les articles suivants, constituant le cahier des charges de la concession.

Art. 2. — Les voitures qui seront employées à ce service, seront des voitures munies d’un moteur de 16 chevaux minimum. Leurs roues seront munies de bandages en caoutchouc plein. Elles auront les deux freins adoptés généralement. Le service à assurer consistant en quatre voyages journaliers dans chaque sens, le concessionnaire devra disposer au moins de deux voitures, l’une en service, l’autre ou les autres en réserve.

Ces voitures seront des omnibus fermés par des vitres, et contiendront au moins seize places, et pourront transporter 400 kilos de bagages.

Le poids de ces voitures ne devra pas dépasser 3.500 kilos en charge

Art 3—  le trajet sera quotidien…

Art 4 — Aux têtes de ligne, Châlus et Nexon, il pourra être retenu des places à l’avance pour le parcours total, moyennant un supplément de dix centimes.

Art 5 — Il est interdit d’introduire dans les voitures des chiens ou autres animaux, ou d’y transporter des matières dangereuses ou explosives.

Art 6 — Les individus en état d’ivresse, les aliénés et les porteurs d’armes à feu chargées ne seront pas admis dans les voitures.

Art 7 — Il est interdit de fumer dans les voitures.

Art 8 —Tout contrevenant aux articles 6 et 7, serait expulsé des voitures, sans qu’on soit tenu à aucun remboursement à son égard.

Art 9 — Les voitures devront réaliser une vitesse commerciale, vitesse moyenne arrêt compris, de 20 kilomètres à l’heure.

Art 10 — La durée de la concession est fixée à six ans

En compensation des charges acceptées par le concessionnaire, le département lui accordera pendant la durée de la concession, une subvention annuelle de 8.500 francs, payable par trimestres échus…

Art 11 — Si une invention nouvelle dans la traction automobile apportait une amélioration dans le service et que cette invention ait fait ses preuves sur une route au profil analogue à celui de Châlus à Nexon, le concessionnaire serait tenu d’adopter ce nouveau mode de traction, dans un délai de huit mois, après mise en demeure par l’Administration

Art 13 — Le prix des places sera fixé comme suit :

CHALUS NEXON- GARE
Les Cars 0.70 Nexon 0.15
Rilhac 0.90 Flavignac 0.45
Flavignac 1.30 Rilhac 0.85
Nexon 1.65 Les Cars 1.05
Nexon-gare 1.75 Chalus 1.75

Il ne sera pas fait de déduction pour les enfants.

Pour les bagages, la taxe est fixée à 5 francs par 100 kilogrammes, les voyageurs n’ayant droit à aucune franchise

Art 21 — Le contrôle effectif du service, tant au point de vue de l’état des routes qu’au point de vue du fonctionnement du service en général, sera confié à l’Administration des ponts et chaussées. MM. les Ingénieurs du service du contrôle auront libre accès dans les voitures, les garages et les bureaux du concessionnaire

Fait en triple à Limoges, le        1906

 

Il propose de créer un service d’autocar au départ de Nexon à Chalus en passant par Les Cars, Flavignac et Rilhac Lastours. Sa demande est présentée au Conseil général lors de la séance du 27 avril 1911. Dans le rapport qu’à lu M. Roche à ses collègues on note que « ce service comprendrait deux voyages par jour dans chaque sens, avec des voitures couvertes contenant de six à dix voyageurs assis … Si l’exploitation de ce service vient à donner les résultats favorables espérés, M. AYMARD s’engage à prendre la ligne de Chalus à Saint Mathieu…Le tarif par voyageur et par kilomètre a été fixé à 0 fr.10 et à 0 fr. 01 par kilomètre et par 5 kilogrammes de messagerie… »

Le Conseil général a accepté de voter une subvention de 3 125 francs pour ce service au titre de l’année en cours qui a commencé à fonctionner le 10 mai 1911.

Lors de la séance du 26 aout 1911 le Conseil général a adopté le principe d’une subvention de 9 000 francs pour 1912.

Le 9 mars 1912, M. BONAFOUS, ingénieur en chef adresse un rapport au Conseil général sur les premiers mois de fonctionnement de la ligne. Il précise que « le matériel roulant se compose de trois voitures : deux de sept places et une pouvant contenir dix personnes et porter 200 kilogrammes de bagages ». En juin les recettes ont été de 316, 40 francs et elles ont régulièrement augmenté pour atteindre 493,50 francs en septembre. Elles ont légèrement diminué ensuite et M. BONAFOUS conclue : « D’après ces résultats on doit compter sur une recette totale annuelle de 5 000 francs. Ce chiffre fait ressortir l’utilité que présente pour le public le service de transport par automobiles et nous estimons qu’il y a lieu de le continuer. »

Au cours de l’année 1912 on constate que le trafic quotidien est faible au-delà des Cars. Il est décidé de réduire la ligne à la section de Nexon aux Cars par Flavignac. Ce service est mis en place le 10 novembre 1912. Malgré la réduction du trajet les recettes des mois de novembre et de décembre 1912 ont été légèrement supérieures à celles des mêmes mois en 1911. La recette totale de l’année 1912 a été de 5 325 francs 30 et de 5 273 francs 05 pour l’année 1913, mais elle baisse en 1914 et s’élève à 4 221 francs 45.

Rapport de l’ingénieur en chef au Conseil Général de la Haute Vienne le 10 mars 1915.

Après une interruption de deux mois, motivée par le manque absolu de pneus, le service public d’automobiles de Nexon aux Cars a repris ses trajets en février 1919 en doublant le prix des places et en réduisant le service à un seul voyage par jour dans chaque sens au lieu de deux.

Louis AYMARD a vite compris l’importance des déplacements en automobile. Il installe un garage dans un local situé dans la même rue que son usine. Ce garage deviendra plus tard le Garage VALETTE.

A la fin de la Guerre de 14-18, Louis AYMARD rachète des Camions à l’Armée, les démonte et fait le commerce des pièces détachées.

Il dépose également des brevets comme celui-ci : « le 4 avril 1919, AYMARD Louis, mécanicien à NEXON, Haute-Vienne, de nationalité française, lequel nous a déclaré vouloir prendre un brevet d’invention de quinze ans pour une éclisse pour supprimer le ressaut des véhicules au passage des joints des rails ». S’agissait-il d’une sorte d’amortisseur ?

D’autres projets avaient mûri dans la tête du génial inventeur qu’était Louis Aymard. Il voulait par exemple monter une grande minoterie, relier le bourg a la gare par une ligne de tramway mais la mort ne lui laissa pas le temps de les réaliser.

En effet Louis AYMARD devait être victime de sa nouvelle passion, l’automobile. Le 23 juillet 1922, en revenant d’Uzerche il est victime d’un accident mortel au lieu-dit Le Breuilh, sur la commune de Salon-la-Tour en Corrèze. Il était parti essayer un nouveau modèle d’automobile en compagnie de son fidèle mécanicien, M. VALETTE, qui fut blessé dans l’accident.

Les témoins qui ont signé l’acte de décès sont : François AUTIER, son beau-frère, tailleur d’habits à NEXON et Jean CHAVANT, un ami, hôtelier à UZERCHE (Corrèze).

Le Populaire du 26 juillet 1922 rendit compte de l’accident : « Au Breuil, près de Salon-la-Tout (Corrèze) M. Aymard, concessionnaire de l’Industrie électrique à Nexon (H.­V.), et conseiller d’arrondissement, est tué au volant de son automobile, à la suite d’une violente rencontre de sa voiture avec celle de M. Bénédictus, négociant en draperies, à Paris lui-même légèrement blessé ».

 

 

Biblio

Porcher, M., L’Électricité à la campagne, distribution, utilisation, Paris, Hachette, 1924.

Arnaud Berthonnet, L’électrification rurale ou le développement de la « fée électricité » au cœur des campagnes françaises dans le premier XXe siècle, Histoire & Sociétés Rurales, 2003/1 (Vol. 19), pages 193 – 219.

Beltran, Alain, La fée électricité, Paris : Gallimard, 1991

Nexon – Bulletin municipal n° 42- février, mars 1967 et n° 43- avril, mai 1967

  Auberges, cafés, restaurants.

Avant 1914, il y a plus de 20 auberges/restaurants à Nexon.

richard-restaurand-1906

 

Le café de la Promenade possédait des salons, une salle de théâtre , des billards et même un salon de tir. Propriété de Jean Thomas qui était charron, forgeron, taillandier et entrepreneur de battages , ce café a été fermé à la fin des années 1920, en 1928 ou 1929, et les locaux loués à Monsieur Bitaud qui ouvre une quincaillerie. Quand Monsieur Bitaud a transféré son commerce Rue du Nord, en face de l’actuelle gendarmerie, Madame Vigneron, fille de Jean Thomas, transforme le commerce. Elle vend du matériel électrique et des postes de radio, les fameux postes de TSF. Son mari réalise l’installation électrique nécessaire car il y a encore de nombreuses familles qui n’ont pas l’électricité.

Boucherie

Suivant acte passé devant Me Garraud, notaire à Nexon, le 16 novembre 1945, M. François-Octave Lelong, boucher-charcutier, et Mme Maxence ­Ursule Berlancourt, son épouse, demeurant ensemble à Nexon, ont vendu à M. Emile Bosbaty, boucher, demeurant à la Maurie, commune de Champsac (Haute-Vienne), le fonds de commerce de boucherie-­charcuterie exploité à Nexon par M. Lelong, comprenant la clientèle et l’achalandage, et le matériel servant à son exploitation. L’entrée en jouissance a été fixée au 1er janvier 1946

 Caveaux, tombes…

Le corbillard hippomobile qui est représenté sur ce document n’est plus utilisé aujourd’hui. A Nexon celui d’Henri Desbordes a été utilisé jusqu’à la fin des années 1950. L’origine du nom corbillard est originale. Au Moyen Âge, des bateaux à fond plat faisaient la navette sur la Seine entre Paris et Corbeil pour transporter des marchandises et des matériaux de construction. Ils étaient appelés corbeillards. Lors de la grande épidémie de peste, ces bateaux servirent à évacuer les morts. Le nom resta et fut donné aux véhicules funéraires.

Le texte de la lettre est lui aussi intéressant. M. Deville présente ses excuses à M. Lachenaud, chef de bureau au ministère de la marine. Alors que ses ouvriers travaillaient sur un caveau à Saint Maurice ils ont posé des pierres sur une tombe de M. Lachenaud. En ayant été informé il a déposé une plainte. M. Deville écrit qu’il a « mis à la porte » l’ouvrier indélicat et qu’il est allé à Limoges pour présenter ses excuses de vive voix mais que M. Lachenaud était parti à Paris. L’annotation de M. Lachenaud est aussi la marque de ces relations très complexes entre un fonctionnaire du ministère de la marine et un patron de province. Il fait écrire qu’il retirera sa plainte lorsque Léonard Constant lui aura indiqué que tout était réparé.  A cette époque un patron mettait facilement un ouvrier à la porte, une personne « bien placée » comme on disait portait facilement plainte…

Chaussures

La maison Adam fabriquait principalement des galoches, sorte de chaussure dont le dessus est  en cuir et la semelle en bois. Ces chaussures grossières ne se portent plus guère, mais les jeunes garçons doivent toujours « rouler des galoches ». L’origine de cette expression n’est pas connue  et ne doit pas avoir de liens avec les chaussures!

Cycles

Droguerie vétérinaire

Louis Nouhaud, né à Nexon en 1855, devenu pharmacien, a créé avec son frère Charles Nouhaud un laboratoire fabriquant des produits vétérinaires. Ils étaient vendus dans toute la France et dans les colonies. Le laboratoire était spécialisé dans les produits pour détruire les rats et les souris.

nouhaud-1905

nouhaud-1913

Enseignes

Henri Delaty fabriquait des enseignes et vendait des pompes à eau qu’il fabriquait.

Entrepreneur de bâtiment

 

Épicerie

Avant 1914, il y a 12 épiciers à Nexon, Raymond Limousin est l’un d’eux :

limousin-epicerie-1905

Exploitation forestière, Scierie…

L’entreprise a été créée en 1875 par Pierre Laspougeas (1845-1908).Son fils Paulin né en 1882 lui a succédé. A son décès sa veuve a continué l’exploitation de l’entreprise avec ses enfants, Renée (1913-1944) épouse Laplaud et Jean.

Garage – Mécanique

Monsieur Louis Aymard était mécanicien. Il a créé l’usine électrique à Nexon et ouvert des lignes de transport en car entre Nexon et Chalus par Flavignac et Les Cars. Décédé à la suite d’un accident de voiture, sa femme a continué l’activité de l’entreprise.

Le garage est situé sur la place, en face de l’église. Au dessus du garage se trouve un hôtel-restaurant

 

 

Le garage Laspéras est situé sur la place de l’église. Il succède au garage Brouillaud.

 

Le garage Valette  était situé en face de la chapelle des Garennes.

 

Horloger, bijoutier

villoutreix-horloger-1889

La bijouterie Desplanches

Henri Desplanches et son épouse vers 1900

Les employés devant la boutique. 

 

1944: René Desplanches succède à son père, Henri Desplanches

« Suivant acte reçu par Me Garraud, notaire à Nexon, Monsieur Henri-Martial Desplanches, horloger, et Madame Marie-Louise Granger, son épouse, demeurant ensemble à Nexon, ont fait donation à Monsieur René-Jean Desplanches, leur fils, horloger, demeurant à Nexon, du fonds de commerce d ‘horlogerie-bijouterie, exploité Nexon par Monsieur et Madame Desplanches, comprenant le nom commercial, la clientèle et l’achalandage, le matériel servant à son exploitation et les marchandises existant en magasin. L’entrée en jouissance a été fixée au 19 novembre 1944 »

Hotel

Le  23 août 1884, le Courrier du Centre publiait cette petite annonce :  » A LOUER , le Grand Café de la Patrie, Nexon (Haute-Vienne) ; immense matériel. Ce vaste établissement, le mieux situé de la ville, se compose de nombreux Appartements et peut servir pour un hôtel. — S’adresser à M. Boutaud-Lacombe, notaire à Nexon. »

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Monsieur Leymarie est à la fois le propriétaire de l’Hotel du Nord et un entrepreneur de transport et de travaux en ciment. En 1900 c’est Madame Lauzeille qui était la patronne de l’Hôtel du Nord.

Outre l’Hotel, la famille Gourinchas  tenait un commerce d’épicerie au nom du « Planteur de Caïffa ».

«Le Planteur de Caïffa», était une société parisienne importatrice de café. Elle en assurait la torréfaction et la distribution dans toute la France. Elle ouvrit de nombreuses succursales dans toute la France, principalement en zone rurale. A coté du café on y vendait également  des sardines en boîte, des pâtes, des chocolats, de l’huile et du vinaigre, du sucre, du savon ou des épices… En 1935, François Gourinchas a obtenu la médaille du travail pour 30 années de services dans cette entreprise.

Maréchal ferrant

Le maréchal avait l’exclusivité du soins des chevaux jusqu’à la création des écoles vétérinaires en 1825.

Suivant acte reçu par Me Garraud, notaire à Nexon, le 31 octobre 1945, M. Etienne dit André Sanciaud, maréchal ­ferrant, et Mme Marie Elène Lelong, son épouse, demeurant ensemble à Nexon, ont fait donation à M Jean ­Eugène Sanciaud, leur fils, maréchal ferrant, demeurant également à Nexon, d’un fonds de commerce de maréchalerie, exploité à Nexon par M. André Sanciaud, comprenant la clientèle et l’achalandage et le matériel en dépendant. L’entrée eu jouissance 1er novembre 1945.

 

Menuiserie, Ébénisterie

 


          

 

Peintre

 

 

Quincaillerie

 

Serruriers, charrons-forgerons

M. Pierre Peyrat exerce le métier de charron-forgeron. Il cède son atelier à messieurs Combrouse et Thomas. Outre l’atelier, les magasins de réserve, un grenier…, la cession comportait six chambres et une cuisine pour le café de la Promenade dont nous avons parlé plus haut. Pendant la Première Guerre mondiale, en 1917-1918, ces chambres ont servis à loger des soldats américains stationnés à Nexon.

Sur la facture on remarque que Pierre Peyrat est titulaire du Mérite agricole. Il a obtenu cette décoration lors de la promotion du 15 août 1896. Le Journal officiel donne pour chaque personne l’exposé sommaire des services qui ont motivé cette décoration.  Pour Pierre Peyrat on lit  » constructeur d’instruments agricoles à Nexon (Haute-Vienne) : nombreux premiers prix : 25 ans de pratique agricole. » (Le Courrier du Centre 19 août 1896) Parmi les prix on peut citer  le 1er prix, médaille d’argent pour  les instruments agricoles au Comice agricole de Nexon en septembre 1878, le 1er prix et 15 fr  au concours du 22 septembre 1878,  également à celui du 21 septembre 1880, avec une somme de 10 francs.

Dans le courrier du centre du 21 juillet 1905 on lit, à l’annonce d’un concours de moissonneuses à Saint Priest Ligoure, « dimanche prochain 23 juillet, la maison Valhut, représentée par M. Peyrat, de Nexon, mettra en marche dans des champs à proximité de Saint-Priest-Ligoure, sa faucheuse Mac-Cormick, avec son appareil à moissonner, une moissonneuse simple et même une lieuse de la même marque ». La maison Valhut était alors une des principales entreprise française à commercialiser les machines agricoles importées des Etats-Unis.

Le 23 novembre 1899, dans le courrier du Centre les frères Peyrat informent MM. les propriétaires que par suite du décès de leur oncle, M. Jouhaud, ils ont pris la direction de l’atelier pour la fabrication des Pompes en bois que leur oncle avait créé à Nexon en 1849.

Puis Jean Thomas exploite seul l’atelier de forge, charronnage, serrurerie et taillanderie.

thomas

 

Il y avait également Monsieur Perrier comme charron à Nexon. J’ai trouvé cette annonce dans le Courrier du centre du 12 juin 1899 : « Le jeune Pierre Perrier, demeurant avec son père, charron à Nexon, a trouvé dans son colombier un pigeon voyageur portant sur l’aile gauche un cachet avec la mention: < Société colombophile, la Colombe de Belleville, Paris, 30, > puis sur l’aile droite, la mention  < Angoulême > et une autre mention un peu effacée que nous n’avons pu lire; enfin à l’une des pattes ce volatile a une bague en métal portant les n° 88 et 48. Le sus dit Perrier, tient ce pigeon à la disposition de la personne qui le lui réclamera. »


Teinturerie

Le magasin d’Henri Malardeau dans les années 1930. A coté de l’activité de teinturerie, M. Malardeau, mon grand père, et son épouse Marguerite vendent de la laine.