Archives de catégorie : connaissance politique

LOGO2Les réfugiés (évacués) Alsaciens en Juin 1939 : 335 seront hébergés à Nexon

Pendant presque un an, de septembre 1939 à septembre 1940, 67 000 Alsaciens originaires du Bas-Rhin ont vécu dans la partie rurale de la Haute-Vienne, Limoges ayant été exclue à cause du risque de bombardement qui pesait sur elle. En quelques jours la campagne limousine a vu sa population augmenter d’un tiers, ce qui n’a pas été sans poser des problèmes.

Les réfugiés n’ont pas toujours été accueillis à bras ouverts car les circonstances ne s’y prêtaient pas. Le 2 septembre est le premier jour de la mobilisation pour tout le territoire et en même temps c’est l’ordre d’évacuation pour la zone frontalière.

La guerre était déclarée mais c’était la « drôle de guerre », un grand nombre des réfugiés parlaient alsacien entre eux ce qui les faisaient prendre pour des allemands, comme ils répondaient souvent par « ya-ya », on finit par les appeler les : Ya-yas. Le confort qui leur était offert était souvent des plus spartiate : granges, salles de bal, pas toujours l’eau courante et souvent les WC au fond du jardin. Les réfugiés arrivaient fatigués par un long voyage qu’ils n’avaient pas choisi avec très peu d’affaires, 30 kg par personne. Compte tenu de la mobilisation la SNCF est obligée de mettre en service tout son matériel, y compris les wagons à marchandise. Les personnes s’entassent au milieu des bagages.

Il a fallu plusieurs mois pour apprendre à se connaitre, pour que tous les problèmes administratifs soient réglés, que les conditions de logement s’améliorent. Peu à peu la solidarité à pris le pas sur la méfiance. Des activités communes dans le sport et la culture se sont développées et parfois des amitiés durables sont nées.

Et pourtant l’hypothèse d’une arrivée massive de réfugiés en Limousin était prévue depuis 1933 !

  1. Les préparatifs pour une évacuation en cas de guerre

La construction d’une ligne fortifiée, la ligne Maginot, à partir de l’année 1929, s’effectue à une dizaine de kilomètres de la frontière afin d’éviter un conflit diplomatique avec l’Allemagne. Mais de faisant plusieurs centaines de communes vont se trouver encastrée entre cette ligne et la frontière. Comme de leur côté les allemands ont construit une ligne de défense analogue, la ligne Siegfried, le seul type de guerre qui en résulte pour l’Etat-major est une guerre de position. On imagine la future guerre comme un Verdun bis !  Pour préserver la population de ces communes on va prévoir son évacuation dès les premières menaces.

Une circulaire du ministre de l’Intérieur d’août 1933 désigne la Haute-Vienne et la Dordogne pour accueillir le Bas-Rhin. Ces fiançailles sont confirmés par l’instruction générale du 18 juin 1935 et la Haute-Vienne est désignée pour recevoir les habitants des arrondissements de Wissembourg, Haguenau, Strasbourg-Campagne et Saverne du Bas-Rhin.

Les administrations des départements concernés planifient ce grand mouvement de population sous l’autorité du ministre de l’Intérieur et en relation avec l’Armée, sans savoir quand il aura lieu et peut-être avec l’espoir que ce ne soit jamais ! Les premières années les administrations travaillent sans pression excessive, la menace de guerre étant diffuse. Les choses changent à partir de 1936 lorsque l’Allemagne remilitarise la Rhénanie. Elles s’accéléreront avec le début de la guerre d’Espagne qui ouvre un nouveau front de réfugiés potentiels.

L’année 1938 voit la mise en forme d’un plan double : le plan d’évacuation appelé « plan de repliement de la population civile de la partie nord du département du Bas-Rhin » et celui de la réception dans la zone de repliement.

L’Armée délimite des zones militaires :

  • La zone avant, comprise entre la frontière et la ligne Maginot, doit être évacuée dès la déclaration de guerre.
  • La zone arrière qui sera évacuée en fonction des besoins de l’Armée.
  •  La zone de repliement qui comprend les autres communes du département.

Le préfet du Bas-Rhin dresse la liste des communes de la zone avant avec le nombre potentiel d’évacués civils qu’il transmet au préfet de Haute-Vienne. 84 communes qui touchent la frontière seront évacuées dès l’ouverture des hostilités. 96 autres communes constituent la zone arrière dont la population sera évacuée selon les besoins.

Au début de l’année 1939 une carte prévoit la répartition de la population alsacienne évacuée dans les communes de la Haute-Vienne.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Les quatre arrondissements alsaciens sont ainsi répartis : l’arrondissement de Saverne est rattaché à l’arrondissement de Bellac, celui de Wissembourg est partagé entre les cantons de de Laurière, Eymoutiers et Châteauneuf-la-Forêt), celui de Haguenau se retrouve sur l’ancien arrondissement de Saint Yrieix et l’arrondissement de Strasbourg-Campagne couvre celui de Rochechouart augmenté des cantons de Nieul, Aixe-sur-Vienne, Châlus. Nexon n’est pas désignée pour recevoir les évacués de l’avant mais doit être prête pour ceux de la zone arrière.

Partant d’un ratio d’accueil de 32% pour l’évacuation et de 50% si on ajoute le repli on a déterminé les capacités d’absorption des 4 zones.  

2. L’arrivée des réfugiés

Dans les villages, chaque maison avait été répertoriée et dotée d’un numéro d’ordre. Toutes les caractéristiques de la famille étaient connues : nombre d’adultes, d’enfants ou de vieillards, d’infirmes, malades, … ainsi que les moyens de transport dont pouvait disposer la famille pour se rendre à la gare de rassemblement. La seule chose qu’ignoraient les personnes c’était leur destination.

Le 1er septembre, dans les villages concernés, une annonce de ce type est faite à la population :« dans une heure et demi, le village sera évacué, les villageois devront être prêts à partir sur …, vous emmenez une petite valise avec quelques effets personnels, les portes des étables devront être ouvertes et les animaux mis en liberté ».

Les premiers évacués alsaciens arrivent de Wissembourg par 2 trains dans la nuit du 3 au 4 septembre 1939 en gare de Saint-Sulpice-Laurière. Les 468 personnes du premier train sont dirigées sur Magnac-Laval et les 715 du second train vont vers le Dorat et Dinsac. Entre le 6 et le 16 septembre se sont en moyenne 4000 personnes qui arrivent chaque jour et au total, au 1er octobre l’administration a recensé 58 784 arrivants.

Leur voyage est décrit par Raymond STROH, évacué de Kilstett, comme située à 15 km au Nord de Strasbourg pour aller à La Roche l’Abeille. Ce voyage est transcrit dans le Bulletin Municipal de La Roche l’Abeille d’Août 2017 : « 

Lucie et Ida KRESS, filles de Rosalie KRESS née Henninger, évacuées avec leur mère, le père étant mobilisé ; elles avaient respectivement 16 ans et 9 ans en 1939 : « Ma grand-mère attela deux vaches au chariot, en hâte ma mère ramassait quelques vêtements, le nécessaire, dans des sacs de toile, des taies d’oreiller, nous n’avions pas de valises. Une fois assis sur le chariot (…) grand-mère donnait le coup de fouet pour faire avancer notre attelage et nous partions avec tous les villageois. (…) deux jours plus tard, arrivés à Marlenheim, nous étions embarqués dans des wagons à bestiaux. Le cœur lourd, j’ai vu repartir ma grand-mère pour aller s’occuper des vaches. C’était le soir du 3 septembre que notre train s’ébranla et nous entraina vers l’inconnu.

Le voyage dura trois jours, nous étions trente, voire quarante personnes dans le même wagon, à même le plancher recouvert de paille (…). Aux arrêts du train, la Croix Rouge nous donnait à boire et à manger (…). Quand notre train s’arrêta une dernière fois, nous étions arrivés à La Meyze. On nous demanda de descendre avec nos affaires, pour aller rejoindre à pied notre village d’accueil, La Roche l’Abeille.

(…) Au milieu de la nuit, à notre arrivée sur la place du village, le maire a fait débarrasser les meubles, tables de la mairie et de l’école, de la paille fut étalée par terre, afin que nous puissions dormir. Nul n’était au courant de notre arrivée.

Source : D. Bernussou, Une saison d’Alsace en Limousin

Nexon n’est pas concernée par les premières arrivées et un plus grand nombre de communes que dans le plan initial sont dans la même situation. Cela ne va pas durer.

3. L’arrivée des réfugiés à Nexon

Darnac, dans le nord du département, a accueilli les évacués de Niedersteinbach auxquels se sont ajoutés ceux de Buhl soit 614 évacués pour 937 habitants ce qui constitue une charge très lourde de 65 % soit le double de la norme fixée à 32%. Très vite le maire de Darnac est confronté aux plaintes et aux revendications des évacués, insatisfaits des conditions d’accueil qui leurs sont faites. Par exemple les membres des familles nombreuses ne veulent pas être séparés et refusent les logements proposés, souvent trop petits. Malgré la médiation du sous-préfet toutes les difficultés ne peuvent pas trouver de solutions et le départ des habitants de Buhl est inéluctable.

Nexon n’a pas encore reçu d’évacués de la zone  » arrière  » aussi la commune va être désignée pour accueillir ceux de Buhl. Les 16 et 17 novembre 1939 les 335 évacués de Buhl quittent Darnac et prennent la route pour Nexon.  Pour les 2580 habitants de Nexon c’est une charge de 13%, très en dessous de la moyenne théorique fixée par l’administration.

Buhl est une petite commune rurale qui compte en 1939 un peu plus de 400 habitants qui vivent en majorité de l’agriculture. En décembre 1944 de terribles combats opposèrent américains et allemands et le village, délivré le 16 mars 1945, fut détruit aux deux tiers.

Comment ont été logés ces personnes ? Il ne semble pas qu’il y ait eu des difficultés pour loger les 335 évacués de Buhl. 56 familles ont offert de 1 à 5 pièces et certains plus comme TREZEL avec 13 pièces dans lesquelles sont accueillis 16 adultes et 3 enfants, DUMONT qui offre une grande salle et 6 pièces et GUYOT 5 pièces et un immeuble.

Le témoignage de Raymond STROH montre la diversité des situation et la grande précarité de certains :  » Dans le bourg de La Roche l’Abeille, par exemple, dix familles, soit 59 personnes ont été hébergées dans le presbytère. Comme il n’y avait pas de cuisine, cette dernière était faite collectivement à l’ancien café restaurant Barry, à côté de la mairie. L’approvisionnement en eau se faisait à la fontaine qui se trouvait près du Monument aux Morts. »

« Au village de Royères, les 26 membres de cinq familles « kilstetters » occupaient les vieux bâtiments en bordure de route et les granges de la ferme.

« Les conditions de logement étaient vraiment très précaires, Lucien Hommel ( famille Margraffs n° 170 a) raconte que, dans un premier temps, sa famille fut hébergée dans deux pièces pour 17 personnes, sans eau ni électricité »

Le plus souvent il n’y avait pas de moyens de chauffage, mais heureusement, selon les témoignages, l’hiver 39/40 ne fut pas très rigoureux.

Si elles avaient un toit, les familles manquaient d’équipements pour leur logement : matelas, draps, couvertures mais aussi vaisselle et vêtements…

Les feuilles d’attribution des logements indiquent les besoins en lits et les poêles apportés. Au total il faut 196 lits et petits lits. Une feuille isolée donne une liste de personnes ayant fourni matelas et couverture mais la liste est loin d’atteindre les 150 couvertures et les 20 matelas indiqués dans le titre ! On peut supposer qu’ils ont été trouvés.

Assez rapidement la presse locale relaye les appels aux dons lancés par les autorités ou les comités qui se sont constitués, comme celui des Limousins de Paris présidé par le général A. MARIAUX, alors Gouverneur des Invalides.

Le Populaire 1 décembre 1939

Le préfet organise le 17 décembre une « Journée alsacienne » dans toutes les communes. Au cours de cette journée des insignes sont vendues au profit des évacués.

Pour le canton de Nexon ce sont 1012 évacués qui étaient présents en avril 1940. Nexon, chef-lieu du canton et commune la plus peuplée en accueille le plus grand nombre,335, devant La Roche l’Abeille (263) et Janailhac (242). Trois communes n’ont reçu aucun alsacien : Meilhac, Rilhac-Lastours et Saint-Hilaire les Places.

Les trois communes ce Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest Ligoure ont accueilli ensemble 550 personnes. En 2004 elles se sont regroupées pour organiser un jumelage avec Kilstett, commune située à 15 km au Nord de Strasbourg dont les habitants avaient trouvé refuge dans ces communes en juin 1939.

4. La création de « villages alsaciens » pour résoudre les difficultés de logement

Fin septembre 1939, constatant que les capacités d’accueil existantes étaient insuffisantes pour faire face à l’arrivée probable d’une masse de réfugiés de la zone arrière les autorités limousines décident la création de plusieurs « villages alsaciens ». Il s’agit d’un ensemble d’une dizaine de bâtiments, à l’écart du bourg, avec cuisine, installations sanitaires, réfectoire et alimentation en eau potable. Cela devait ressembler aux villages limousins mais au lieu de constructions en pierre il s’agissait de baraques en matériaux légers avec couvertures fibrociment et tôle ondulée galvanisée avec une vie collective imposée. En fait de villages on a construit des camps avec des baraques. A la mi-octobre, les travaux sont commencés pour 7 communes : Le Dorat, La Meyze, Nexon, Saint-Germain-les-Belles, Saint-Junien, Saint-Paul-d’Eyjeaux et Séreilhac. Le tableau suivant donne le programme de construction en novembre 1939 et la réalisation en juillet 1940.

Avancement des travaux en juillet 1940

Au printemps 1940, les villages alsaciens projetés à l’automne 1939 ne sont pas terminés mais ils sont sortis de terre. Sur les 96 baraquements prévus, 18 sont réalisés et pourtant ils ne sont pas utilisés. Pour quelles raisons ? Il semble que très rapidement, au moins à la fin du mois de novembre 1939, l’idée de ce qui apparaît comme la création de camps d’hébergement n’entre plus dans les objectifs de l’administration centrale mais le préfet de la Haute-Vienne poursuit le programme afin de parer à un nouveau flux de réfugiés.

En septembre 1940 l’inventaire de l’Ingénieur des Ponts et Chaussées montre que le programme de novembre 1939 est globalement réalisé : 86 baraques sont construites pouvant héberger 4492 personnes auxquelles il faut ajouter les 6 baraques de Saint Germain les Belles qui ont été remises à l’autorité militaire. On peut se demander si le décompte de juillet traduisait exactement la réalité ? Comment en moins de 2 mois le programme a t’il pu être pratiquement réalisé en construisant 74 baraques ?

Inventaire dressé le 18 septembre 1940 par l’Ingénieur des Ponts et Chaussées des baraques construites. (ADHV 187 W 41)

Les craintes du préfet étaient fondées puisque l’offensive allemande du 10 mai 1940 conduit à une nouvelle vague d’évacuation : 33 000 Alsaciens quittent la région. Le 14 mai 1940 le préfet écrit au maire de Nexon pour lui annoncer l’arrivée probable de 343 nouveaux réfugiés.

Au moment ou il écrit sa lettre et annonce 343 réfugiés supplémentaires le préfet savait que le camp était sorti de terres et que des réfugiés pourraient y être logés puisque la veille, le 13 mai, il écrit au maire de Nexon pour lui demander de rechercher une famille de réfugiés pour garder les baraquements.

Sont-ils effectivement arrivés ? Je n’ai pas trouvé de traces dans les archives municipales. Les voisins du camps ont dit à Tessa RACINE lorsqu’ils ont été interrogés pour son documentaire « Le camp fantôme » qu’il n’y avait jamais eu de réfugiés au camp. Ce document et une lettre adressée à Madame LEDUC le 25 juillet 1940 porte comme adresse « Camp des réfugiés, baraquement 12 ». Il est donc probable que le camp ait accueilli des réfugiés.

5. La vie des réfugiés

A Nexon toute la population de Buhl était réunie et sa vie administrative dépendait de son maire, replié avec son conseil. Il continue à administrer la ville de Buhl comme si rien n’avait changé. De même les élèves retrouvent leurs professeurs, les pasteurs et les curés leurs paroissiens et les contribuables leur percepteur. A Nexon on trouvait, en plus, les bureau de poste de Mertzwiller et de Reischoffen avec leur personnel.

Un décret de décembre 1939 prévoit que les communes évacuées restent placées sous le régime en vigueur dans leur département. Le statut spécial qui a été accordé en 1919 avec les spécificités liées à l’école et à la religion sera parfois source de frictions.

Le Populaire 8 décembre 1939

Lorsque c’est possible, l’enseignement donné aux enfants évacués doit demeurer spécifique et doivent correspondre aux programmes spéciaux aux départements concernés. C’est facile lorsqu’il est facile d’organiser des classes autonomes mais c’est contraire au principe d’intégration. La solution est préconisée est d’organiser des classes communes mais se pose alors la question des locaux. des programmes de constructions avec des baraquements sont lancés mais les délais de réalisation dépassent parfois le temps de l’année scolaire. On a également utilisé le système de classes par demi journée. Le matin, de 8 heures à midi, un groupe est dans la classe et l’après midi il fait du sport ou des travaux pratiques. L’après midi, le second groupe classe prend le relais. Et pour permettre satisfaire la durée hebdomadaire des cours il y a classe le jeudi.

Pour renforcer les services municipaux le Préfet de la haute-Vienne écrit aux maires le 28 mai pour leur indiquer qu’avec les nouveaux évacués se trouvent des instituteurs sans emploi qui peuvent apporter leur concours aux communes dont les taches sont accrues du fait de la présence des réfugiés.

Les frictions qui ont existé étaient souvent liées à l’enseignement religieux. Au programme en Alsace-Lorraine il heurtait les enseignants des écoles publiques soucieuses du respect de la laïcité. L’Inspectrice alsacienne, après avoir visité 83 communes s’inquiète auprès de sa hiérarchie de l’activisme du clergé catholique et elle croit de son devoir  » de faire connaître l’existence de deux courants contraires prêts à s’affronter; un courant d’anticléricalisme qui va s’exaspérant et une tendance marquée à abuser de la situation ».(Rapport de l’Inspectrice à l’Inspection générale, 2 novembre 1939. ADHV 3 R 16). Nexon n’était pas concernée car les évacués de Buhl n’étaient pas encore arrivés. Lorsqu’ils sont arrivés les élèves nexonnais avaient repris la classe depuis le 2 octobre. Je n’ai pas trouvé trace de la manière dont la question scolaire a été réglée.

Dans certaines communes le fait que des cérémonies religieuses soient faites en langue allemande a exacerbé les tensions entre les communautés. Maude WILLIAMS cite un certain nombre de cas mais pas en Haute-Vienne si ce n’est le peu d’empressement à prendre part à la création du Foyer alsacien comme il s’en crée dans toutes les communes ou se trouvent des évacués. Maude Willliams. La communauté catholique d’Alsace Lorraine face aux évacuations septembre 1939 – mai 1940. Annales de l’Est, Association d’historiens de l’Est, 2014, La Lorraine (1814-1940) Invasions et occupations, pp.203-226. ffhal-01740475f

Pour vérifier la qualité des logements offerts aux réfugiés des contrôleurs sont recrutés soit parmi les juges de paix en activité ou à la retraite, soit parmi les ingénieurs subdivisionnaires. C’est dans cette dernière catégorie que sera recruté le contrôleur pour Nexon. Mais il ne semble pas qu’il y ai eu de problèmes importants vu le ratio réfugiés/habitants de 13%, l’un des plus faible du département.

Les personnes logeant reçoivent une indemnité de un franc par jour pour un lit d’une personne et de 25 centimes s’il ne couche pas dans un lit fourni par le propriétaire.

Le Populaire 3 décembre 1939

Pour faciliter les relations entre les deux populations on incite les habitants des communes limousines à inviter les alsaciens aux fêtes et aux manifestations religieuses. Il y a bien parfois des incompréhensions entre les réfugiés en majorité protestants et les limousins catholiques. Mais Noel est une fête chrétienne et tous sont invités à participer aux différents arbres de Noel.

Le Populaire 27 décembre 1939
Le Populaire 21 décembre 1939

Des équipes de foot se rencontrent, des fêtes sont organisées mais le regard alsacien est relativement sévère sur les manières de vivre limousines. Dans de nombreuses lettres ils s’étonnent des conditions de vie frustes avec des toilettes au fond du jardin, de l’eau que l’on puise ou que l’on va chercher à la fontaine, l’électricité peu fréquente, la cheminée qui fume en guise de chauffage…

Pendant leur séjour en Limousin de nombreux évacués ont manifesté leur reconnaissance comme ici à Cognac la Foret :

Le populaire 25 octobre 1939

6. Le retour des évacués

Dès l’armistice du 22 juin 1940 les Allemands exigent le retour au pays des Alsaciens-Mosellans évacués en 1939. Ces retours ont ainsi été organisés :

– de fin juillet à début octobre 1940, 228 000 personnes, avec des trains spéciaux de rapatriement ;

– à partir de novembre 1940, 20 000 personnes par des liaisons ferroviaires régulières ;

– le restant de la population a emprunté les cars, voitures particulières, camions et autres moyens divers de rapatriement.

Les premiers à partir furent les réfugiés des communes du Sud et Sud-Est de la Haute-Vienne qui partirent dès le 2 août puis en remontant vers le Nord du département les départs se sont échelonnés jusqu’au mois d’octobre.

Pour Nexon les départs ont eu lieu du 12 au 21 août et du 11 au 30 septembre. Par exemple un train est parti le 1er septembre venant de Bussière Galant et 50 personnes à Nexon.

Un nouveau train doit partir de Nexon le 15 septembre à 11h02. le maire et le représentant des réfugiés ont reçu le télégramme annonçant ce départ la veille à 8h30.

Le voyage de retour ne se passe pas dans les meilleurs conditions si l’on en croit la lettre qu’adresse, le 9 septembre, le chef du convoi du train de réfugiés n°2 en provenance de Bergerac au Maire de Nexon. parti depuis le 6 septembre son train avec 712 voyageurs est bloqué en gare de Nexon. Il demande du ravitaillement en précisant que beaucoup n’ont pas d’argent et un local avec de la paille ou ils puissent dormir. Triste retour !

Mais tous les évacués ne sont pas retournés en Alsace, soit parce qu’ils ne voulaient pas être « germanisés », soit parce que les autorités d’occupation leur ont interdit le retour dans leur commune placée sous administration allemande. C’est ce qui c’est passé pour les Juifs, une circulaire du préfet de la Haute-Vienne aux maires datée du 29 juillet 1940 leur indique clairement que les Alsaciens israélites étaient interdits de retour.(ADHV 187 W 5).

A l’arrivée, tout ne se passe pas très bien, car beaucoup de maisons avaient été pillées malgré l’engagement des autorités de les surveiller.

Il faut dire un mot aussi des jeunes gens qui, réfugiés en Limousin, se sont trouvés, à leur retour, enrôlés dans l’armée allemande. certains sont morts au front, d’autres sont intervenu sur le territoire national et ont participé aux exactions des nazis, c’est la douloureuse histoire des « malgré nous ».

7. 80 ans après le retour

Dans certaines communes de solides liens d’amitié se sont noués pendant ces mois de cohabitation entraînant par la suite, parfois plusieurs dizaines d’années après. Ainsi en mai 1981 Bessines et Morterolles firent un voyage à Schoenenbourg et ses communes voisines qui déboucha par la suite sur un Jumelage. De même Saint Yrieix la Perche et La Wantzenau sont jumelées depuis 1971 et se visitent à raison d’une rencontre tous les quatre ans, la dernière ayant eu lieu à Saint Yrieix en 2018. Le Jumelage entre Le Dorat et Wissembourg a eu lieu en 1998-1999. Saint Hilaire Bonneval et Auenheim ont signé un pacte d’amitié en 2012 et se rencontrent régulièrement. Depuis 2016, Saint-Léonard de Noblat et Drusenheim, déjà jumelées, ont décidé que les deux harmonies ne forment qu’un ensemble baptisé « Orchestre Alsace Limousin ».

Dans le canton de Nexon, comme nous l’avons déjà indiqué, les trois communes de Janailhac, La Roche l’Abeille et Saint Priest-Ligoure sont jumelées avec Kilstett depuis 2004. Des échanges réguliers ont lieu et les manifestations du lien Alsace-Limousin sont visible des deux cotés. La Meyze, qui avait accueilli 70 évacués de Kilstett ayant quitté la Roche l’Abeille pour trouver mieux dans cette commune, participe aux échange avec ses communes voisines.

A Nexon il n’y plus de traces de ces 335 alsaciens de Buhl qui y ont passé près de 10 mois. Une volonté d’oubli ou un repli sur soi ?

Beaucoup d’autres points pourraient être abordés comme les indemnités aux évacués et aux loueurs , leur activité pendant cette période…

Cette lettre de Camille CHAUTEMPS, Vice Président du Conseil, radical socialiste au début de sa carrière puis soutien de Pétain en 1940, il pose des questions qui reviennent de manière récurrente chez les libéraux : est ce que les indemnités versées à une personne sans emploi sont un frein à la recherche d’un travail ? Quand une personne trouve un travail doit-il continuer à percevoir des indemnités ? Un demandeur d’emploi peut-il refuser une offre lucrative s’il est en mesure de s’acquitter de la tache qui lui est proposée …?

Pour en savoir plus : Daniel BERNUSSOU, UNE SAISON D’ALSACE EN LIMOUSIN, Septembre 1939 – Septembre 1940 http://bernussou.daniel.free.fr/

LOGO2Création du syndicats des cheminots de Nexon en 1930

A sa création la gare de Nexon était située sur une des lignes de la compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (P.O.). C’est l’une des cinq grandes compagnies privées de chemin de fer qui se partagent le réseau en France. Elle a été créé le 13 août 1838 pour exploiter la ligne de Paris à Orléans et ses embranchements que l’Etat a concédés à Casimir LECONTE (1796-1867) pour 70 ans.

I- De la Compagnie d’Orléans à la SNCF

La première mise en exploitation de la ligne date du 20 septembre 1840, mais elle ne dessert alors que Corbeil via Juvisy. La ville d’Orléans n’est atteinte que le 2 mai 1843.

En 1852, la Compagnie d’Orléans absorbe la Compagnie du chemin de fer de Tours à Nantes puis, par rachat et concessions, elle met en service les lignes Paris-Bordeaux en 1853, Paris-Clermont-Ferrand via Bourges en 1855 et rachète la Compagnie du Grand Central avec ses lignes du sud-ouest et du Massif central.

L’ouverture au trafic du tronçon Paris-Orléans fut suivie d’Orléans-Vierzon (20 juillet 1847), Vierzon-Châteauroux (15 novembre 1847), Châteauroux-Argenton-sur-Creuse (2 mai 1856) pour arriver à Limoges le 2 juin 1856.

La ligne Limoges-Périgueux par Nexon a été mise en service le 26 août 1861 et celle de Limoges à Brive via Nexon le 20 décembre 1875.

Du fait de la forte croissance du trafic, la première gare d’Austerlitz mise en service le 20 septembre 1840, va vite devenir trop petite. Elle est agrandie en 1846 mais rapidement il devient nécessaire d’en construire une nouvelle.  Elle se caractérise par sa grande halle métallique dont les fermes reposent sur les principes de Camille Polonceau (1813-1859), ingénieur inventeur de l’architecture métallique qu’utilisera par la suite Gustave Eiffel.

Achevée peu avant le début de la guerre de 1870, la grande halle, désertée par les trains, sera utilisée comme atelier de fabrication de ballons à gaz.

La concurrence entre les Compagnies et celle de plus en plus forte de l’automobile va entraîner des déficits croissants. la crise économique qui a débuté en octobre 1929 ne va faire qu’accélérer le phénomène et laisser apparaître une faillite économique du système.

Le 31 août 1937, une convention crée la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), société d’économie mixte dont l’Etat détient 51% du capital et les anciennes compagnies 49 %. La convention entre en vigueur le 1er janvier 1938. A partir de cette date la SNCF exploite toutes les lignes, celles appartenant jusque-là aux cinq grandes compagnies et celles du réseau d’Alsace-Lorraine et du réseau de l’Etat.

Le Populaire 1er septembre 1937

La Compagnie d’Orléans a transféré son réseau, dont elle reste toujours concessionnaire, à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et devient une compagnie financière.

II – Le syndicalisme cheminot national

Avant la reconnaissance du droit syndical par la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884 avaient été créées des organisations comme la Société fraternelle des mécaniciens français ou l’Association des employés des chemins de fer français mais elles avaient du mal à se développer malgré l’appui de députés comme Charles Alfred de JANZE (1822-1892) qui menèrent une lutte contre les pratiques des compagnies de chemin de fer.

Le premier syndicat professionnel des employés des chemins de fer fut créé en 1884 par un chef d’exploitation, PETIT, qui en fut le président jusqu’en 1893. Opposé à la grève ce syndicat devint vite réformiste aussi le mécanicien GUIMBERT le quitte pour fonder en 1885 le Syndicat général professionnel des mécaniciens et chauffeurs, conducteurs de machines à vapeur.

En aout 1890 la création de la Chambre syndicale des ouvriers et employés de chemins de fer donna un véritable élan au syndicalisme cheminot. Elle élabore un programme revendicatif sur la réglementation et la durée du travail, les retraites, la nationalisation des chemins de fer… En avril 1895, elle changea de nom et devint le Syndicat national des chemins de fer qui rallia la CGT dès sa création au congrès constitutif de Limoges en septembre 1895.

La grève de 1910. Affiche de Jules GRANDJOUAN (1875-1968)

Entre les deux courants opposés, l’un réformiste et l’autre révolutionnaire se développe une voie centriste qui conduit le Syndicat national à regrouper en 1909, près de 60 000 adhérents répartis dans environ 250 syndicats locaux.

Au cours de cette période de nombreux syndicats virent le jour, limités souvent à un métier, une région ou une compagnie.

Les conditions difficiles engendrées par la guerre de 1914 – 1918 conduisent à un regroupement qui s’opère en février 1917 et donne naissance à la Fédération nationale des travailleurs des chemins de fer de France, des colonies et pays de protectorat, affiliée à la CGT. Elle publie « la Tribune des Cheminots ».

Par la suite des scissions et de nouvelles créations virent le jour certains refusant l’adhésion à la CGT, d’autres choisissant une voie réformatrice, d’autres une vision catégorielle.

En 1920 un grève éclate pour un motif anodin : la mise à pied d’un cheminot qui était allé assister à une réunion syndicale pour laquelle il n’avait pas obtenu l’accord de sa direction. Le 19 février 1920, 1 600 cheminots de Villeneuve-Saint-Georges arrêtèrent le travail. En quelques jours la grève s’étend à tout le réseau PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) et le 29 février elle devient une grève générale des chemins de fer qui cessera le 3 mars dans la majorité des régions tandis que les cheminots de Limoges la continuèrent jusqu’au 5 mars.

Le Populaire 29 février 1920

L’Union des syndicats de l’Orléans donne l’ordre aux syndiqués de la ligne de cesser immédiatement le travail. Cet ordre s’adresse, entre autres, au syndicat de Nexon.

Le Populaire 29 février 1920

La grève recommencera le 1er mai et se termina le 28 mai sur un échec, avec pour conséquence la révocation de 18 000 cheminots.

A Limoges, le Populaire soutien la grève et annonce qu’elle est suivie par 95% des cheminots tandis que le Courrier du centre publie une liste de trains qui circulent. La CGT annoncent que ces trains ne circulent pas et fustige Le Courrier du centre dans un communiqué que reprend Le Populaire.

Le Populaire 3 mai 1920

III – Le syndicat des cheminots de Nexon

Lorsque le syndicat se crée à la gare de Nexon il prend le nom de « Syndicat des travailleurs des Chemins de fer de l’Orléans à Nexon ». Il adhère à l’Union des Syndicats des Chemins de fer de l’Orléans, à la Fédération Nationale des Travailleurs des chemins de fer et à l’Union des Syndicats de la Haute-Vienne.

Ses objectifs sont la défense des intérêts professionnels et économique des adhérents et notamment « la nationalisation des chemins de fer » (article 2).

Le syndicat se divise en sections techniques relatives à l’exploitation, la traction et la voie. A Nexon la section Traction n’est pas créée.  Elles sont chargées d’élaborer les revendications propres à leur service et sont dirigées par un secrétaire et un secrétaire adjoint. Le syndicat est administré par un Comité élu en assemblée générale, celle-ci nommant son Secrétaire général. Ce comité se réunit une fois par mois.

Le document ne comporte pas la date de création du syndicat mais il comporte toutes les revendications portées par la Fédération nationale depuis 1920, on peut donc penser qu’il a été créé autours de 1920. La composition du bureau qui y est inscrite peut nous donner des pistes.

Les statuts types de la Compagnie d’Orléans prévoyait un Comité composé de 33 membres. A Nexon ce Comité a été réduit à 7 membres, sans doute pour tenir compte des effectifs affectés à la gare de Nexon qui sont d’environ 80 personnes.

Le Secrétaire, Pierre LAFLAGNIERE, est né en 1879. Il n’est pas le plus âgé , c’est le trésorier, Georges TRAPLOIR qui, né en 1868, est le doyen d’age. parmi les 7 membres du comité Jean MOUNOZ, né en 1874 est le plus âgé et Louis FOUJANET, né en 1882 est le plus jeune. Jean CELERIER est né en 1876, Justin BEAUPUY en 1877, Pierre GAUCHER est né en 1880 comme Pierre BEAUDOU et Antoine OUZEAU en 1882.

Le seul nexonnais est un des contrôleurs, Jean NOUAILHAS, né à Nexon le 6 octobre 1889 de parents cultivateurs à Biard. Il est le plus jeune de tous les membres du bureau. Les deux autres, Jean JAMET et est né en 1878 et Joseph LAFON en 1881.

Au total trois membres du bureau sont nés dans le canton de Nexon, deux sont nés en Haute-Vienne, quatre en Dordogne, un en Corrèze, un dans le Loir et Cher et un dans le Lot.

LOGO2Les prisonniers de guerre allemands à Nexon à partir de 1945

Déjà au cours de la première mondiale la Haute – Vienne avait accueilli des prisonniers de guerre allemands (PGA). Dès le début du conflit, bléssés et prisonniers arrivent à Limoges.

Leur nombre augmente à partir de l’été 1915 pour atteindre 6 000 hommes fin 1918 dans tout le Limousin. Ils sont employés là où il manque des ouvriers, partis au front. On les trouve dans les campagnes affectés aux travaux agricoles et forestiers par groupe de 10 ou 20, mais aussi dans les manufactures d’armes et de munitions. Il y avait un groupe de prisonnier à Gorre mais il ne semble pas y en avoir eu à Nexon.

À Limoges, les prisonniers allemands blessés, sont emprisonnés au Mas-Éloi. Un certain nombre sont morts et ont été enterrés dans les environs : 115 tombes allemandes au cimetière de Chaptelat et 142 au cimetière de Louyat.

I-La situation des prisonniers de guerre allemands à partir de 1943

Il n’y a jamais eu autant de prisonniers de guerre qu’à la fin de la seconde guerre mondiale. On estime leur nombre à plus de 10 millions. On est donc loin de la situation de 1918.

Après le débarquement en Normandie le nombre de prisonniers fait par les soldats américains et anglais augmente rapidement. Ils sont d’abord rassemblés dans d’immenses champs transformés en camps temporaires qui deviendront, à partir d’août 1944, des camps durables. Ils sont juste gardés et très mal nourris. le camp de Foucarville, près de Sainte Mère Eglise, un des plus important, pouvait accueillir jusqu’à 40 000 prisonniers. L’armée américaine ne peut pas gérer ce nombre imprévu et libère immédiatement, sur place, les civils récemment mobilisés. Elle accepte la demande de la France de lui céder une partie d’entre eux.

C’est après le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et les premières victoires que les forces françaises ont faits les premiers prisonniers allemands. Pour les gérer une Direction et Inspection des prisonniers de guerre (DIPG) est créé le 25 mars 1943 à Alger. Le 15 septembre 1944 le Service des PG de la zone avant de l’armée est créé pour gérer les 300 000 prisonniers qui sont sous l’autorité directe de la France. mais il faut une structure plus complexe pour faire face à l’arrivée des prisonniers que vont céder les américains. A partir du 1er août 1945, la DIPG devient la Direction Générale des Prisonniers de Guerre (DGPG) .

Devant la pénurie de main d’œuvre le général de GAULLE souhaite les faire participer à la  reconstruction du pays et au titre des réparations, la France demande 1 750 000 prisonniers, les américains vont leur en fournir une partie et ainsi se libérer de la charge de leur entretien.  De février 1945 à mai 1946, ils en transfèrent 740 000  et les britanniques 25 000. Les libérations sont largement accordées à tous ceux qui sont inaptes au travail, malades ou âgés.

Au total 907 000 prisonniers de guerre Allemands étaient présents en France entre 1945 et 1948.  Ils ont travaillé à la reconstruction de notre pays dans les entreprises, les exploitations agricoles et les communes.


Source : Fabien THEOFILAKIS, Thèse doctorat 2010, p.23

L’utilisation de la force économique des PG repose sur trois principes : en obtenir le maximum pour les placer rapidement dans toutes les branches de l’économie; les utiliser comme main-d’œuvre de remplacement, non d’appoint, pour cela il faut les faire embaucher par des employeurs privés afin de les placer là où ils seront le plus utile à la reconstruction; il faut des PG immédiatement utilisables.

En accord avec l’article 34 de la Convention les PG perçoivent une rémunération. Les employeurs versent aux directions départementales du travail et de la main-d’œuvre une « indemnité compensatrice » correspondant au montant du salaire du prisonnier qui doit être identique à celui d’un Français de même qualification. Ainsi un ouvrier agricole embauché en mars 1946 coûte à son employeur 1 200 F par mois, plus 450 F de frais de garde et 250 F de prime. Une partie de cet argent est reversée au budget du ministère de la Guerre pour faire fonctionner les dépôts. Le prisonnier reçoit environ 250 F par mois dont la moitié est retenue par le dépôt pour lui être remise au moment de sa libération.

Pendant l’année 1947 les Etats Unis, sous la pression des églises qui acceptent mal qu’il reste des prisonniers une fois la guerre terminée, demandent à la France de libérer les prisonniers cédés par l’armée américaine. Le gouvernement français proteste vigoureusement mais accepte de libérer une partie de ses prisonniers et propose le maintien en France, comme travailleurs libres, des prisonniers de guerre volontaires conformément aux accords Caffery-Teitgen du 11 mars 1947. On passe donc d’une logique de réparations à celle de la reconstruction et d’une politique de captivité à une politique d’immigration.

Près de 140 000 prisonniers ont opté pour le statut de travailleur libre. A la fin de le leur contrat ils peuvent revenir en Allemagne ou rester en France. Au début du mois de décembre 1948, à l’exception des criminels nazi, la plupart des PG auront quitté le territoire français. Certains se sont engagés dans la Légion étrangère et ont combattu en Indochine car ils n’avaient plus rien en Allemagne, leur maison avait été détruite avec leur famille lors des bombardements, d’autres ne voulaient pas revenir dans les territoires occupés par les soviétiques, d’autres enfin ont fondé une famille en France. Christophe MOREIGNE* estime que 150 à 200 prisonniers sont restés en Creuse sur les 3 700 qui y avaient été transférés. la presse creusoise relate leur histoire comme La Montagne du 13 avril 2016 avec Claude, fils d’un prisonnier né en 1921 en Silésie et fait prisonnier dans la poche de La Rochelle en mai 1945. Au lieu de repartir il a fondé une famille en Creuse. Le 16 octobre 2019 le même journal publiait un reportage intitulé « Guéret doit son eau aux prisonniers allemands de l’après guerre ».

Prisonniers de guerre allemands 1945 construction sources du Maupuy- La Montagne

*Christophe MOREIGNE « Les prisonniers de guerre de l’Axe dans la Creuse. 1944 – 1948″, Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse » Tome 51 -2005

II- Les prisonniers allemands en Haute-Vienne.

Les prisonniers qui travaillent en Haute-Vienne sont regroupés au dépôt 121 établi dans l’ancien camp de Saint Paul d’Eyjeaux qui avait accueilli les soldats allemands capturés lors de la libération de Limoges le 21 août 1944. Le camp est prévu pour gérer 4 500 prisonniers mais leur nombre sur place est très variable car ils sont groupés en commandos de travail et sont logés par leur employeur, à l’extérieur du camp pour des périodes plus ou moins longues.

Dépôt n° 121 à Saint Paul d’Eyjeaux

La 12e Région Militaire dont fait partie la Haute-Vienne comptait 4 autre dépôts. Pour la Corrèze, le 123 à la Trémouille sur la commune de Chameyrat au nord-ouest de Tulle, pour la Creuse, le 124 à Guéret, pour la Dordogne, le 125 à Brantôme et pour l’Indre le 127 à Châteauroux.

Les relations avec la population ne sont pas toujours très favorables. certains les traitent d’assassins, de voyous, de bandits, de criminels, etc. On leur montre des photos du massacre d’Oradour et on les menace de vengeance.

Si la population accepte que les prisonniers travaillent, elle supporte mal de les rencontrer pendant les jours de repos. Ainsi à Eymoutiers les gens n’acceptent pas qu’un prisonnier employé par la dentiste soit en habit civil. Elle déclare que « en raison du métier que j’exerce … je ne tenais pas à ce que mes clients voient que j’occupe un PGA » (Haute-Vienne, 993 W 789). A Saint Sulpice -Laurière un habitant fait comprendre à un prisonnier qu’il n’a rien à faire à la fête du village.

Le Ministère du Travail a mis en place une logique d’attribution de la main-d’œuvre fournie par les PG en fonction du tort que l’ennemi a causé. Les paysans du Limousin considèrent qu’ils ont payé un lourd tribu et s’impatientent de la lenteur des arrivées. Le 12 avril 1945, le président du syndicat des agriculteurs de Bessines, ancien prisonnier, se plaint auprès du préfet du fait que les PG « promis » ne sont toujours pas arrivés, alors qu’arrive le moment de planter les pommes de terre.

Mais dans la plupart des cas les prisonniers allemands étaient bien traités. En effet des la fin de la guerre un mouvement humaniste et pacifiste c’est développé invitant les français à ne pas penser en termes de revanche et à considérer les prisonniers comme des hommes méritant le respect. Ce mouvement a été renforcé du fait d’une campagne qui dénonçait les conditions de logement et de nourriture dans les camps. le 1er octobre 1945, Jacques FAUVET intitule un article qu’il publie dans le Monde « Un prisonnier, même allemand est un être humain » dans lequel il écrit « 

 » Comme on parle aujourd’hui de Dachau, dans dix ans on parlera dans le monde entier de camps comme… « 

Notre correspondant cite celui de Saint-Paul d’Egiaux. Mais il apparaît que ce jugement est valable pour beaucoup des camps ou des dépôts français de prisonniers de l’Axe.

C’est l’intendance qui a la charge de ravitailler les camps, les dépôts et les entreprises où les prisonniers sont en nombre important. Il existe une ration de base dont on s’accorde à dire qu’elle est juste suffisante pour ne point mourir trop vite… Les prisonniers meurent en trop grand nombre. Et non point de maladie, mais de faim. Ceux qui sortent des camps sont pour beaucoup inaptes au travail.

Le problème de l’alimentation supposé résolu, il reste celui de l’habillement. C’est à l’Allemagne qu’il incombe de vêtir les prisonniers. Mais il n’y a plus d’Allemagne. Des collectes vont être organisées outre-Rhin. A défaut d’autorités politiques, les évêques seront touchés par la voie du Vatican. Si ces démarches demeurent vaincs, des réquisitions seront ordonnées. Les couvertures enfin font défaut. Au seuil de l’hiver, il n’y en a pas une par homme. Et l’autorité militaire a peu d’espoir d’en obtenir.

Nos correspondants estiment n’avoir pas lutté et souffert pour que se perpétue l’offense faite à l’homme par des actes ou des faits qu’ils ont réprouvés en d’autres temps, en d’autres lieux. La loi du talion qui a pour nom moderne celui de représailles est étrangère à notre tradition.

Il est un dernier argument qui paraîtrait plus convaincant s’il n’était quelque peu entaché d’intérêt. Ces prisonniers, nous les avons demandés et obtenus pour nous aider à produire et à reconstruire. El pour cela seulement.

Le paysan, lui, sait qu’on n’obtient pas de travail sans nourrir la bête. On ne peut croire que l’État soit moins avisé lorsqu’il s’agit d’êtres humains. »

En Haute-Vienne, une visite du préfet au dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux tente de relativiser, mais une note des renseignements généraux de Limoges du 12 octobre 1945 signale que « de nombreux prisonniers de guerre allemands en provenance du camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux sont employés à Limoges à divers travaux…La maigreur et la faiblesse de ces prisonniers suscite parmi la population des commentaires assez acerbes à l’égard des autorités qui les ont en charge ». Le lendemain de cette visite, le quotidien l’Echo du 13 octobre 1945 écrit un simple calcul économique : il coute moins cher de bien nourrir un prisonnier qui pourra de ce fait travailler que de le soigner s’il est malade du fait de malnutrition.

L’Echo du centre 13 octobre 1945

Dans son rapport d’inspection du dépôt de Saint Paul d’Eyjeaux du 26 novembre 1945 le commissaire de la République indique que « depuis juillet 157 Allemands sont décédés dont 97 au camp même et 60 dans les divers Kommandos »

Archives de la Haute-Vienne : 186 W 1/135

En Octobre 1945, la commune de Saint-Paul décide d’acheter un terrain contigu au cimetière pour enterrer les P.G. décédés : « L’assemblée exige que la parcelle soit clôturée le plus tôt possible pour éviter les risques d’accident par les tombes creusées à l’avance » (séance du conseil municipal du 7 octobre 1945) ce qui semble confirmer que l’on ne se fait guère d’illusions. Ainsi est créé ce qui deviendra dans la mémoire populaire « le cimetière des allemands » rapidement couvert de petites croix.

Cimetière des Allemand de Saint Paul

La Mairie enregistre 92 décès d’août à octobre 1945 dont 56 pour le mois de septembre ce qui suggère une épidémie. En fait la plupart des décès enregistrés depuis juillet 1944 serait du « à l’état d’extrême débilité physique des prisonniers livrés par les autorités américaines », insuffisante pour résister aux conditions de vie imposée par les Français. Le plus jeune P. G., Rudolf Naschbandt, est âgé de 17 ans lors de son décès le 10 septembre 1945, et Fritz Brockerman, un des plus âgé, décède le lendemain, 11 septembre, à l’age de 50 ans. (http://www.saint-paul.link/spip.php?rubrique21). Dans les années 1960, les sépultures des allemands ont été relevées et dirigées vers le cimetière militaire allemand de Berneuil en Charente Maritime.

 Si les prisonniers ont été mal accueilli pendant l’été 1945 le climat a changé lorsqu’ils ont été employés, en particulier dans les fermes. Leur travail a forcé le respect, voire l’estime. En retour, ils étaient heureux de pouvoir manger à leur faim.

Près de 60% travaillent dans l’agriculture, les autres sont employés dans l’industrie, les travaux publics et tous les secteurs requérant de la main d’œuvre. Les prisonniers employés par des exploitants agricoles doivent être au moins 5 et doivent être placés sous la surveillance d’un gardien.

Le Populaire du 30 novembre 1944

A coté des travaux agricoles les prisonniers sont employés à la réparation des dégâts causés par la guerre ou au développements d’installations pour les communes. Une brochure est adressée à tous les maires pour leur montrer toutes les opportunités qu’offre cette main d’oeuvre :

III- Les prisonniers allemands à NEXON

Le 31 mars 1946, le conseil municipal qui vient d’élire Louis Jean PRADEAU comme maire en remplacement de Mathurin PAULIAT qui avait démissionné, décide la création d’un commando de 10 prisonniers pour 6 mois pour « la remise en état et la construction des chemins, terrain de sport et à l’entretien des bâtiments communaux »

Les prisonniers seront « logés dans une annexe de la mairie ou ils pourraient faire eux même leur cuisine », « la garde sera assurée par une personne de la commune recrutée à cet effet », le coût prévu s’élèverait à 600 francs par jour pour la nourriture (350 francs), le salaire (100 francs) et le garde (150 francs) soit 109 800 francs pour 6 mois auxquels il faut ajouter 15 000 francs de matériel. Au total il est prévu une dépense de 124 800 francs. La prise en charge à 50% par l’Etat des dépenses liées aux prisonniers laisse 69 900 francs à la charge de la commune.

Le 12 avril 1946, le maire de Nexon signe la « Convention de louage de travail n° 121/N 586 » et les « Conditions générales d’utilisation des prisonniers de guerre ennemis ».

Comme le prévoit les conventions d’emploi des prisonniers, ceux ci peuvent être employé par des particuliers. Baptiste GUYOT est le premier à effectuer cette démarche.

Le 27 mai 1947 un prisonnier du commando est cédé à Baptiste GUYOT. Il reste donc 9 PG au commando communal.

Le 7 juin la commune reçoit 10 nouveaux prisonniers ce qui porte l’effectif du commando à 19.

Il ne semble pas que parmi les 19 membres du commando communal certains aient noué des relations amicales avec la population. Ceux qui, employés par des agriculteurs, sont nourris et logés ont des relations, souvent cordiales avec leur patron et surtout leurs enfants quand ils en ont.

Les 19 PG du commando communal fin juin 1947

Le 4 juillet M. le maire remet 4 PG à la disposition du dépôt (avenant 4) et 3 de plus le 7 août ce qui ramène l’effectif à 12 (avenant 5).

Chaque mois l’employeur doit déclarer le nombre de journée travaillé par chaque prisonnier et verser la somme correspondant au relevé liquidatif que lui adresse le dépôt. Les journées de maladie sont exonérées à condition qu’un certificat médical ait été transmis au dépôt dans les 24 heures.

Il arrive que la commune se trompe dans ses déclarations ou paye en retard, oublie un prisonnier… la commune reçois alors un avis signalant un oubli ou une erreur et lorsque le paiement n’est pas effectué dans les délais un avertissement.

Sur les fiches de rappel il est intéressant de noter la liste des dépenses non remboursables : vêtements de travail, sabots, linge, ressemelage, blanchissage, raccommodage, dentiste, nourriture , etc.

Les membres du commando communal ont principalement travaillé à la création du stade mais avant que l’arrêté autorisant sa construction soit publié les 10 P.G. du commando communal ont nettoyé et arrangé les chemins et les bâtiments communaux.

Le conseil municipal avait le 10 février 1946 une délibération autorisant l’achat d’un terrain destiné à l’aménagement d’un terrain de sport. L’obtention de l’accord par le préfet a été longue, en particulier à cause du prix du terrain, aussi le 16 janvier 1947, le maire écrivait au préfet pour lui demander de donner une suite favorable à l’acquisition, « voulant faire commencer les travaux par le commando de P.G. Allemands ».

L’arrêté préfectoral autorisant l’acquisition a été publié le 24 mars 1947. Le commando pouvait donc commencer les travaux de terrassement. c’est a partir de ce moment que la commune a demandé 10 prisonniers supplémentaires. ce sont donc 19 P.G. qui ont travaillé au terrassement du stade.

A coté de la commune plusieurs particuliers ont employé un prisonnier. les archives municipales conservent six copies de conventions mais toutes n’ont pas été enregistrées.

BRINGS Heinrich chez M. DEVAUX Léon la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

DICKMANN Günther chez M. GUYOT Albert du 10 septembre 1947 au 9 septembre 1948

KRONAUER Karl chez M. BRIDGLAND Marie à Lage, travailleur libre du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

LUPPENS Anton chez M. TENOT André à la Sélive du 1er août 1947 au 31 juillet 1948

SCHAFF Wolfgang chez MARCOFF Boris, 1 avenue de la gare du 26 septembre 1947 au 25 septembre 1948

SCHMIDT Hermann chez M. GRATADE Henri au Moulin du 23 janvier 1948 au 22 janvier 1949

Tous ces prisonniers ont choisi le statut de travailleur libre ( circulaire n°186 du 30 mai 1947 – B.O.I. n°23 du 7 juin 1947). Ils recevaient une carte de séjour temporaire délivrée pour an après la constitution d’un dossier comprenant :

-Une demande sur papier timbré à 20 fr.

-un tilbre fiscal à 100 fr.

-deux photos de profil côté droitune copie du certificat de libération

-une copie du certificat de libération

-une fiche jaune et une chemise à bulle dûment remplies et assortie de l’avis du maire.

Les travailleurs libres sont autorisés a passer leur congé annuel en Allemagne. Ces voyages ne sont autorisés que pour les trois zones occidentales occupées a l’exclusion su secteur allié de Berlin et de la zone soviétique. La durée maximale du séjour est de 15 jours durée du voyage comprise.

Le 18 novembre 1947, M. DAURIAT à Noyéras a transféré au commando communal 2 prisonniers qu’il avait en compte. La Convention avec M. DAURIAT n’est pas aux archives et on ignore le motif de ce transfert.

Des différents rapports effectuées en Haute-Vienne il ressort que les prisonniers employés dans des fermes jouissent de conditions de travail et de séjour satisfaisantes. Souvent les prisonniers mangent avec leurs employeurs et les plus jeunes nouent des relations amicales avec les enfants de la ferme quand les ages sont pratiquement les mêmes. Par contre aucun prisonnier n’est resté à Nexon après sa libération.

Parfois les bonnes relations établies entre les prisonniers et leur employeur contribuaient à relâcher la surveillance ce que certains ont mis à profit pour s’évader. Ainsi les gendarmes de Nexon ont été amenés à enquêter après une évasion et leurs conclusions vont dans ce sens : André P. emploie depuis plus d’un mois un jeune PG de 19 ans. Il mange manifestement à la même table que ses patrons, partage la vie de famille et parvient à se créer un espace de liberté hors du contrôle de ses employeurs : André ne s’est jamais aperçu que depuis trois semaines Félix rencontrait un camarade employé dans une ferme voisine. Le soir de son évasion, ses deux fils, sortis avec lui prendre l’air dans la cour, vaquent bientôt à leurs occupations. « De ce fait ces deux derniers n’ont pas prêté attention au prisonnier qui était resté seul dans la cour ». PV de gendarmerie de Nexon n° 313 du 21/07/1945 sur « l’évasion du PG Kreutz du camp de St Paul d’Eyjeaux ».

Mais s’il y a eu quelques évasion de prisonniers employés dans les fermes, il y en a eu beaucoup moins que celles de prisonniers enfermés dans les camps. L’expérience a prouvé que le prisonnier qui s’intéresse à son travail éprouve des scrupules à quitter un employeur chez qui il loge et où il est considéré comme faisant partie de la maison, tandis tout le pousse à s’évader d’une enceinte où il est un simple numéro derrière des barbelés.

Pour aller plus loin :

Claude d’ABZAC-EPEZY « La France face au rapatriement des prisonniers de guerre allemands » Guerres mondiales et conflits contemporains 2009/1 (n° 233), pages 93 à 108

Christophe MOREIGNE « Prisonniers de guerre de l’Axe. Creuse et région administrative (1944-1948) », Mémoires de la Société des Sciences naturelles, archéologiques et historiques de la Creuse, tome 51 / 2005

Valentin SCHNEIDER « Un million de prisonniers allemands en France : 1944-1948 », Paris, Vendémiaire, 2011

Fabien THEOFILAKIS « Les prisonniers de guerre allemands en mains françaises (1944-1949) :  captivité en France, rapatriement en Allemagne », Thèse de doctorat d’histoire contemporaine, Paris X Nanterre, 7 décembre 2010.

Fabien THEOFILAKIS « Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949 », Fayard, 2014.

Archives Départementales de la Haute-Vienne, fond 186 W 1/135

Le film de Philippe TOURANCHEAU « Quand les Allemands reconstruisaient la France », un 52 min diffusé le 10 mai 2016 sur France 2 a été réalisé dans le même esprit que « Le camp fantôme » de Tessa RACINE. La bande annonce est ici :

Quand les Allemands reconstruisaient la France

LOGO2Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (III)

Aux 650 000 soldats belges faits prisonniers il faut ajouter les 1 845 000 soldats français qui furent capturés par les troupes allemandes en 1940-1941. 80 000 d’entre eux ont réussi à s’évader entre juin 1940 et novembre 1942 mais 51 000 sont morts au cours de leur captivité.

Le sort des prisonniers de guerre a été considérablement amélioré par les Conventions de Genève. La première, signée le 22 août 1864, a eu lieu à l’initiative d’Henri DUNANT qui avait été révolté par la situation des blessés à la bataille de Solférino (1859) mais elle n’abordait pas la question des prisonniers. Elle avait débouché sur la création de la Croix Rouge Internationale.

Une nouvelle convention eu lieu en 1906 mais c’est celle de 1929 qui traite particulièrement la question des prisonniers de guerre. Elle fut signée pour que ne se reproduisent pas les comportements constatés en 1914-1918. Elle prévoit des règles qui doivent s’appliquer dès la capture et elle précise ce que doivent être les camps, le travail auquel sont soumis les prisonniers, leurs relations avec l’extérieur, … jusqu’à leur libération. Le prisonnier doit être correctement traité, y compris s’il cherche à s’évader. Les officiers prisonniers sont exempts de travail.

Du fait du nombre élevé des prisonniers et de la soudaineté de leur capture de nombreuses familles étaient sans nouvelles. La première source d’information était le Comité International de la Croix -Rouge qui agissait par son Agence Centrale des Prisonniers de Guerre.

Un Centre National d’Information sur les Prisonniers de Guerre fonctionnait également à PARIS. Ce Centre a publié dès le 12 août 1940 des listes où les soldats prisonniers sont simplement mentionnés par ordre alphabétique, nom puis prénom, suivis de la date et du lieu de naissance, du grade et de l’unité. Au total cela représente 99 ouvrages d’une soixantaine de pages chacun. Ils ont été fournis par l’autorité militaire allemande.

La première liste publiée

Bâtir la liste des prisonniers d’une commune à partir de celles fournies par le Centre national d’Information n’est pas facile car celles-ci n’indiquent que le lieu de naissance et non celui de la résidence. C’est un travail fastidieux d’éplucher, plusieurs fois par semaine, des listes de plus de 4000 noms écrits en petit caractère mais surtout tous les prisonniers que l’on y trouve comme nés à Nexon n’y résident plus nécessairement.

Avec ses listes et les déclarations des familles les communes élaborent des listes qui sont complétées au fur et à mesure des demandes de l’administration et de l’obtention de nouvelles informations.

Ainsi à Nexon une liste de 47 noms recense les prisonniers travaillant à Nexon pour le milieu agricole. Y figurent les agriculteurs, quel que soit leur statut, propriétaire exploitant, fermier, métayer, ouvrier agricole ainsi que les artisans ruraux : électricien, maréchal ferrant, plombier…

 Parmi ces 47 noms, le plus âgé est Félix FENEROL, né le 12 février 1900 qui est fermier à Noyéras. Il a donc plus de 40 ans ce qui est surprenant. Pendant les guerres, les soldats les plus âgés appartiennent à des classes qui sont rappelées lorsque la guerre dure comme ce fut le cas en en 1914-1918. Ici si la guerre a été longue les combats ont cessés le 25 juin 1940 après l’armistice signé avec l’Allemagne le 22 juin et celui signé avec l’Italie le 24 juin. Un autre prisonnier, Henri NOUAILHAS, est né le 24 novembre 1901 à Beynac. Il est, lui aussi, ouvrier agricole à Noyéras. Ils sont 3 à être nés en 1902 mais la majorité est née en 1910 (6), 1911 (4) et 1912 (8). Le plus jeune est Pierre DESPLANCHES, né le 22 octobre 1918 à Nexon. Il est le seul de cette année.

On constate donc que les prisonniers issus du monde agricole ne sont pas des jeunes de 20 ans. Cela résulte du fait que les classes 1938 traduit le fait que les classes 1935 et suivantes sont des classes creuses, des milliers de jeunes garçons ayant été tués lors de guerre précédente beaucoup de jeunes filles sont restées célibataires. Mais on constate aussi, dès le milieu des années 1930, que les jeunes garçons ne restent plus à travailler à la ferme familiale et s’orientent vers l’industrie ou les services publics.

Une deuxième liste recense les prisonniers rapatriés pour des raisons médicales ou sociales (soutien de famille) ou encore ce sont évadés. Elle comporte 20 noms : 6 propriétaires exploitants, 8 métayers, 4 ouvriers agricoles et 2 artisans ruraux.

  • Les évadés

8 prisonniers se sont évadé : André ASTIER, Jean DENANOT, Armand DENARDOU, Jean DESBORDES, Louis DITLECADET, Henri DUDOGNON, Léon LIMOUSIN, René SEREZAC.

Que ce soit en 1914-1918 ou en 1940-1944, les conditions d’évasion sont les mêmes et elles sont extrêmement difficiles à surmonter : il faut des vivres, des vêtements civils, de faux papiers, éviter d’avoir à parler allemand ou savoir le parler. Pendant la Première Guerre Mondiale ils furent 16 000 à avoir réussi l’opération, soit moins de 3 % des captifs. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils ont été 32 000 à réussir soit 4 % des captifs.

Il ne figure ni dans la liste des prisonniers ni dans celle des évadés car il n’exerçait pas une profession agricole, il était marchand de vin avec son père, il s’agit de Maxime DENIS. Il était prisonnier au Frontstalag 192 à Laon dans l’Aisne. Il travaillait dans un Kommando à Any-Martin-Rieux, chef-lieu de canton situé à 65 km au Nord de Laon. Maxime DENIS était affecté aux cuisines de la Kommandantur lorsqu’un soir il entend une conversation au cours de laquelle l’un des interlocuteur annonce le départ du kommando pour l’Allemagne dès le lendemain. Avec son camarade Fernand CHARBONNIER ils décident de s’évader. Quelques heures plus tard, le 6 décembre 1940 au soir, ils partent à vélo. Fernand a conté leur parcours dans un document de 260 pages que Rachel, la fille de Maxime DENIS m’a confié.

Ce pourrait être un film tant se mêlent les moments de peur, la chance, la solidarité mais surtout la profonde amitié puisque Fernand, une fois arrivé à Nexon y est resté.  Leur objectif est bien de rejoindre Nexon en zone libre plutôt que d’aller chez Fernand dont les parents étaient fermiers en Anjou, zone occupée. Ils prennent les petites routes, sautent dans les fossés quand ils entendent des voitures, se font renvoyer quand ils demandent de l’aide ou au contraire trouvent des gens merveilleux qui leur offrent le gite et le couvert, leur indique les routes à suivre pour éviter les allemands et parfois même les conduisent. Un fois franchie la zone interdite, cette zone qui couvre une partie de l’Aisne et qui devait devenir une zone de peuplement allemand, leur route continue vers le Sud en contournant Reims par l’Ouest et sont orientés vers Damery, commune de la Marne dont la gare est située sur la ligne Paris-Strasbourg.

Pour arriver à Nexon les 2 évadés doivent franchir 2 lignes de démarcation

Les personnes rencontrées les mettent en relation avec des cheminots qui leurs procurent des billets, les font sortir de la gare de l’Est en évitant les contrôles, leurs conseillent de passer par Nevers pour franchir ligne de démarcation et leur fournissent des contacts pour tout leur parcours.  On peut être surpris de constater que dès le mois de décembre 1940 les cheminots avaient organisé des filières pour faciliter les passages en zone libre.

Arrivés à Paris, Fernand demande un rendez-vous au propriétaire de la ferme des ses parents, un Comte P.D.G. d’une société d’assurance place Vendôme. A la surprise du personnel, ce garçon mal habillé est reçu par M. le Comte. Il repart avec des billets de train et 500 francs pour les frais de leur voyage jusqu’à Nexon. Ils rejoignent sans encombre la gare de Lyon puis Nevers et là il fallait franchir la ligne de démarcation. Ils doivent aller à Germigny l’Exempt avec leurs vélos qui les ont suivi en bagages accompagnés dans le train. Là, ils retrouvent leur contact, franchissent la ligne se dirigent vers la première guérite où se trouve un militaire français. Après une nuit de sommeil et des papiers en règle ils sont conduits à la première gare avec un billet pour Châteauroux et l’ordre de se présenter à la caserne de Déols pour être démobilisés. Ils reçoivent un bon de transport pour aller à Limoges et à Nexon le 12 décembre 1940 après 7 jours vers la Liberté.

Ensuite c’est l’arrivée à Nexon que Fernand raconte :

  • La Relève

Parmi les rapatriés deux ont été libérés grâce au mécanisme de la Relève. Cette mesure, instaurée sous l’impulsion de Laval en juin 1942, consistait à envoyer en Allemagne trois travailleurs volontaires pour qu’un prisonnier soit libéré.  Malgré la propagande importante faite tant par le gouvernement de Vichy que par l’Allemagne le nombre de volontaires n’a pas été suffisant et en février 1943 la Relève a été remplacée par le Service du Travail Obligatoire (STO).

En 1943, 200 000 prisonniers sont transformés en travailleurs libres. Libres surtout de continuer à travailler en Allemagne, ils ne quittent un camp que pour un autre camp. Cette mesure permet de libérer 30 000 gardiens allemands qui rejoignent le front russe.

  • Le courrier des prisonniers

La Convention de LA HAYE dont découle la « Convention relative au traitement des Prisonniers de Guerre » du 27 juillet 1929 stipule que les lettres, mandats et articles d’argent, ainsi que les colis postaux destinés aux prisonniers de guerre ou expédiés par eux, seront affranchis de toutes taxes postales (Art. 16).

Les directives allemandes du 6 septembre 1940 permettent à tous les prisonniers de guerre français se trouvant sur les territoires allemand et français d’envoyer et de recevoir des lettres et des cartes postales mais non les colis et paquets.

Les adresses des prisonniers doivent comprendre le nom, les prénoms, le grade, le numéro du prisonnier ainsi que l’indication du Stalag, ou Oflag, mais en aucun cas ne doit figurer l’indication géographique du lieu du camp, même pour ceux situés dans la France occupée, sinon les envois seront retournés à l’envoyeur.

Tout envoi pour les prisonniers de guerre doit porter, en tête les mentions KRIEGSGEFANGENENPOST et GEBÜHRENFREI (Courrier des Prisonniers de Guerre en franchise) en allemand et en français. Les prisonniers peuvent écrire chaque mois une lettre et deux cartes postales. Mais ces règles peuvent être plus souples selon les camps.

Carte postée du Stalag XIII B pour la Belgique le 8 octobre 1941
  • Le retour de captivité

Toutes les familles n’ont pas de nouvelles de leur prisonnier. C’est le cas de Mme CLERMONTEIL qui en juillet 1945 est toujours sans nouvelles de son mari. Elle fait publier une annonce dans le Populaire pour obtenir des informations.

Carte avec l’adresse du camp préimprimée, reçue le 20 mars et postée le 26 février

Dans la lettre qu’écrit Pierre BAILLEUX le 10 janvier 1941 à son épouse à Limoges, il dit que toutes les lettres qu’il a reçu sont du mois de novembre ! Elles ont mis 2 mois pour lui parvenir. C’est un constat que l’on fait souvent en lisant les correspondances des prisonniers.

  • Le retour de captivité

C’est le ministère des Prisonniers, déportés et Rapatriés (PDR) qui est chargé du rapatriement de l’ensemble des français qui étaient en Allemagne. Les problèmes étaient spécifiques à chaque catégorie de ressortissant mais cette structure qui devait traiter un grand nombre de dossiers sans les moyens suffisants, elle privilégiait la rapidité plus que la méthode pour que chacun rejoigne sa famille le plus rapidement possible. On constate la différence avec la méthode rigoureuse employées par américains pour les prisonniers belges.

Le général de Gaulle avait pourtant nommé, dés la fin 1943 à Alger, Henri FRENAY pour assurer ce rapatriement. Il élabore un Plan de rapatriement avec des camps de transit, des Centres d’accueil ou un contrôle sanitaire serait effectué pour éviter que des maladies contagieuses puissent se répandre, une détection d’éventuels espions était également prévue. Mais dans la réalité ce fut souvent l’improvisation qui prima. Il rentrait en moyenne 15 000 personnes par semaine en avril 1945 et 200 000 à la mi-mai. Au début du mois de juillet le rapatriement massif était terminé. Le retour a été rapide pour ceux qui étaient à l’Ouest mais beaucoup plus lent pour ceux qui ont été libérés par les troupes soviétiques.

Les ex-prisonniers libérés à l’Ouest arrivent en France par la Belgique où ils reçoivent un accueil chaleureux, certains trouvèrent qu’il était plus chaleureux que celui qu’ils reçurent en arrivant en France. A la frontière ils accomplissent rapidement quelques formalités Dans les Centres de rapatriement puis ils gagnent la gare la plus proche de leur domicile pour rentrer chez eux.

Certains manquent à l’appel. Leur famille est sans nouvelle d’eux. C’est le cas de Martial CLERMONTEIL, futur président de l’association nexonnaise des anciens prisonniers de guerre. Son épouse lance le 28 juillet un appel dans la presse, comme beaucoup d’autres familles.

le Populaire 28 juillet 1945

Les prisonniers qui sont rentrés de captivité en 1945 n’ont pas connu les mêmes difficultés que leurs camarades de 1918. Ces derniers ont dû lutter contre l’immense prestige dont jouissaient les Poilus pour avoir défendu la patrie, alors qu’eux étaient détenus en Allemagne après avoir été capturés, dans des conditions que beaucoup considéraient comme douteuses. Ils durent donc militer pour défendre leur honneur et obtenir des dédommagements matériels et financiers.

Ce n’est la cas pour les prisonniers qui rentrent de captivité en 1945. Ils sont accueillis comme des militaires et sont inclus dans les commémorations.

Mais ils doivent réapprendre à vivre en famille. Prisonniers ils vivaient entre hommes et sans enfants. A leur retour ceux qui étaient mariés découvrent une épouse qui a des relations avec un autre homme et il s’en suit une hausse considérables des divorces pour adultère de la femme. Certains ont perdus un parent, ne reconnaissent pas le bébé qu’ils ont quitté et qui maintenant va a l’école maternelle. D’autres ont leurs maisons détruites, un commerce en faillite…mais aussi douloureux que soient ces problèmes ils ne touchèrent qu’une petite minorité d’entre eux. Les réintégrations professionnelles sont très variables. Faciles pour ceux qui retrouvent leur emploi, leur commerce ou leur terre, plus difficile pour d’autres. Une « ordonnance relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des déportés et assimilés » est publiée le 1er mai 1945. Comme le pays manque de main d’œuvre il n’est pas difficile de trouver un emploi. Un pécule est versé mais le montant est plus faible que celui versé dans d’autres pays.

La réinsertion sociale n’est pas des plus facile. Les résistants sont auréolés d’une gloire qui laisse les prisonniers un peu dans l’ombre. Il en est de même des anciens combattants de 14-18 qui manifestent un certain dédain pour ceux qui n’ont pas su résister aux allemands comme eux l’ont fait.

Pour retrouver la camaraderie des camps, pour s’entraider, pour améliorer leur image et pour faire aboutir leurs revendications ils créent des associations de prisonniers de guerre spécifiques pour cette guerre.

  • Les associations

« Dès que les premiers prisonniers ont été rapatriés, ils ont senti la nécessité de se grouper pour, à la fois, aider les familles de leurs camarades encore captifs, et apporter à ces derniers toute l’assistance qu’il était possible de leur donner. C’est ainsi que sont nés les Centres d’entraide qui se sont développés dans toute la France…

Au moment de la Libération il existait en France 11 000 Centres d’entraide répartis dans tout le pays.

Dans le même temps, les prisonniers ont senti le besoin de se regrouper par camp, principalement dans les grands centres, et c’est ainsi qu’ont pris naissance les secrétariats de camps transformés, après la libération, en Amicales des camps, et coordonnées par une Union nationale des Amicales de camps.

Ainsi se sont formées deux séries d’organismes à objectifs sociaux : d’une part les Centres d’entraide répartis horizontalement sur toute la France ; d’autre part, les Secrétariats de camps groupant, verticalement par camp, les prisonniers.

Mais, dès la fin de 1942, des camarades se sont groupés dans la clandestinité pour former le mouvement de résistance prisonniers qui s’est appelé le « Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés ».

Après la libération, d’un même accord, éléments prisonniers de M.N.P.G.D. et Prisonniers des Centres d’entraide décidèrent de fusionner dans les Associations départementales qui existent dans tous les départements de France. De la même manière l’action des prisonniers s’unifie, et l’Union nationale des amicales de camps va adhérer à la Fédération nationale des prisonniers de guerre, tout en conservant ses cadres d’action autonomes. » Allocution à la radio de M. DEVAUX, 1er président de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre, prononcée à la radio le 21 mai 1945.

Le Congrès constitutif de la Fédération Nationale des Prisonniers de Guerre (FNPG) s’est tenu à Paris les 5, 6, 7 et 8 avril 1945. Elle est reconnue d’utilité publique le 1er avril 1948.

le dimanche 25 novembre 1945, 7000 prisonniers de la Haute-Vienne se réunissent à Limoges pour affirmer leurs revendications.

MM. THOMAS, délégué fédéral et FOUSSAT, député à la Constituante.
Le Populaire 27 novembre 1945

Il a fallu se préoccuper de la réinsertion des anciens prisonniers et leur apprendre à vivre dans le monde de 1946, si différent de celui de 1939. Il faut que les prisonniers obtiennent la carte de combattant, des soins, la compensation des pertes de revenus, la retraite…

A Nexon l’association locale est membre de l’Association des prisonniers de guerre du département de la Haute-Vienne, elle-même adhérente à la F.N.P.G.

Première carte, signée par le président Henri PERRIARD

A peine arrivé à Nexon mon père est accueilli au sein de l’association présidée par Henri PERRIARD . Il en sera membre jusqu’à ce que les activités relatives aux ancien prisonniers de guerre (A.C.P.G.) se réduisent, la plupart étant âgés ou décédés.

L’A.C.P.G. de la Haute Vienne éditait un journal mensuel, très lu dans le département.

Un des président emblématique de cette association était Henri DEFOUGERE pendant les années 1960-1970. Ancien prisonnier au Stalag XVIII A en Styrie (Land Autrichien annexé par l’Allemagne en 1938). Professeur de philosophie il avait créé une université dans le Stalag et il en devint le recteur. A son retour il est professeur de philosophie au lycée Darnet à Saint Yrieix. Je l’ai eu comme professeur en classe de Math-Elem. Il savait que la philo n’était pas la matière principale pour notre classe aussi il se laissait facilement entraîner sur des discussions relatives à la guerre et aux prisonniers. Connaissant son travers il y avait toujours l’un d’entre nous, désigné avant de rentrer en cours, pour lui poser une question sur cette période. Il arrivait parfois que la discussion dure presque la totalité du cours et c’est avec un sourire qui voulait dire qu’il n’était pas dupe de notre stratagème il résumait en 10 mn son cours. Mais le temps de discussion avec lui valait bien une leçon sur la liberté, la haine…

Il rappelait dans chaque éditorial du Journal la nécessité de faire aboutir les revendications des anciens prisonniers. Dans celui de juillet 1974 il redit l’importance de se grouper pour obtenir satisfaction. 30 ans après la fin de la guerre ce n’était pas encore le cas. Fallait-il tout oublier pour construire l’Europe avec l’Allemagne ? Ce n’est qu’après 1981 sous la présidence de François Mitterrand que les A.C.P.G. ont vu leurs revendications globalement satisfaites, mais un certain nombre d’entre eux n’était déjà plus de ce monde.

Les prisonniers demandent la carte du combattant avec les mêmes avantages que ceux de 1914-1918, un pécule pour chaque mois comme prisonnier, la reconnaissance officielle d’un vieillissement accéléré avec comme conséquence la possibilité pour l’ancien P.G. de prendre sa retraite professionnelle plus tôt (5 ans de captivité correspondant à un abaissement de l’âge de 5 ans pour la retraite)… cette dernière revendication demanda des démarches multiples, des discussions sans fin pour obtenir finalement satisfaction avec la loi du 30 juin 1973 qui donne a possibilité pour un P.G. de prendre sa retraite à 60 ans au lieu de 65.

Chaque année les anciens prisonniers se retrouvent le 8 mai pour une cérémonie au monument aux morts suivie du banquet annuel.

La date du 8 mai a donné lieu à de nombreuses manifestations. La loi du 7 mai 1946 fixe au 8 mai, si c’est un dimanche, ou au dimanche suivant cette date les commémorations de la victoire de 1945. Ce n’est qu’en 1953 que le 8 mai devient officiellement un jour férié institué, au même titre que le 11 novembre, quel que soit le jour de la semaine où il tombe. En 1959, un décret cherchant à limiter le nombre de jours chômés supprime ce jour férié. Il va s’en suivre, chaque année, des manifestations pour que le 8 mai soit chômé.

En 1961 la section de Nexon des Anciens prisonniers de guerre compte 79 adhérents, les Anciens combattants sont 126 membres. Le bureau est ainsi composé :

Président : Martial CLERMONTEIL

Vice-Présidents : Louis BEYRAND et Louis DITLECADET

Secrétaire : Camille GARAUD

Secrétaire adjoint : François BONNAUD

Trésorier : Jean TRICARD

Délégué cantonal : Maurice QUEYROI

Pour le 8 mai 1962 le bureau « insiste pourque chacun de nous fasse grève ce jour là afin de démontrer au à un Gouvernement oublieux que, contre tous ses ukases, les A.C.P.G. se rappellent que le 8 mai a marqué, pour eux, la fin d’une interminable captivité et fait luire l’annonce tant attendue du retour dans les foyers.

Chômer le 8 MAI est un devoir pour nous tous qui réclamons depuis 4 ans le rétablissement de cette journée comme fête légale. »

En 1963 les mêmes protestations sont répétées. C’est cette même année qu’au congrès de Pau que les anciens d’Afrique du Nord sont admis dans les rangs de la FNCPG.

Lors du banquet qui a suivi la cérémonie du 8 mai 1965, Maurice QUEYROI, délégué au Congrès national fit part à ses camarades que, 20 ans après la fin de la guerre, leur association connaissait quelques difficultés. La majorité des A.C.P.G. a plus de 50 ans et les plus jeunes ont 45 ans. L’intégration des anciens d’Algérie, Tunisie, Maroc a amené des plus jeunes et compensé la diminution des effectifs mais cela n’a pas suffi. Aussi en 1975, au Congrès de Toulon, les veuves de prisonniers et de combattants d’Algérie, Tunisie, Maroc (CATM) sont reconnues par la Fédération Nationale. Le logo sur les cartes change.

Au cours de cette même année 1975, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, retire tout caractère officiel au 8 mai. Son geste cherche à marquer la réconciliation franco-allemande, mais irrite de nombreux anciens combattants. Finalement par la loi u 2 octobre 1981, François Mitterrand redonne au 8 mai son caractère de jour férié et rajoute cette journée à la liste des jours chômés dans le code du travail.

En 1975, après l’Assemblée générale du 12 janvier, le bureau est ainsi constitué :

Président : François BONNAUD

Vice-président : Louis LAMONERIE

Secrétaire : André PENOT

Secrétaire adjoint : Paul LASSAGNE

Trésorier : Jean TRICARD

Membres : Louis BEYRAND, Henri BOYER, Bernard CHAUFFAILLE, Henri PERRIARD, Maurice QUEYROI, Camille GARRAUD, Jean VALERY.

La Voix des P.G. Février 1975

Par la suite M. GARRAUD présidera l’association mais les anciens prisonniers de 1939-1945 sont de moins en moins nombreux. En 1985, pour le 40ème anniversaire de l’armistice, un certain nombre d’entre eux sont morts et les plus jeunes ont près de 70 ans. C’est Marcel MICHAUD, un ancien d’Algérie de Jourgnac qui préside l’association.

Le 15 mai 2011, Nexon a accueilli le Congrès départemental.

Il n’y a plus d’anciens prisonniers. C’est la dernière grande manifestation organisée par l’association. M. MICHAUD est à la fois président et trésorier et son épouse Denise assure le secrétariat.

Depuis le congrès national de 2012, la Fédération Nationale accueille dans ses rangs des sympathisants, personnes non ressortissantes de l’ONACVG qui partagent les valeurs de la Fédération. Comme toutes les associations du monde combattant la moyenne d’âge des adhérents est élevée. Malgré les regroupements de plusieurs sections, Nexon-Janailhac-Saint Maurice les Brousses il est difficile d’assurer une présence aux journées commémoratives. Le devoir de mémoire s’estompe petit à petit.

Après le décès de son époux, le 18 août 2018, Mme MICHAUD a repris le flambeau et assure seule toutes les fonctions d’un bureau pour l’association des ACPG-CATM-VVG. Pour combien de temps ?

Si un jour il n’y a plus d’association d’Anciens Combattants et Victimes de Guerres, c’est que la PAIX régnera effectivement …

LOGO2Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (II)

II – La captivité

Le trajet vers l’Allemagne a été l’un des pires moments pour les prisonniers. C’était un départ vers l’inconnu, pour une durée indéterminée. Le sentiment de crainte mêlé à la frustration de la défaite, l’ignorance du sort de ses proches, les conditions du voyage et le manque de tout sont insupportables. Les conditions de transport sont épouvantables ; il fait une chaleur étouffante, les prisonniers ne reçoivent pratiquement rien à manger et à peine à boire, l’hygiène est inexistante.

A l’arrivée au camp ils manquent de tout et n’ont pour seuls vêtements que leur tenue militaire et quelques effets personnels. Ils n’ont eu des nouvelles de leurs familles qu’après l’armistice, au début du mois de juillet.

Le 9 juin 1940, jour de ses 21 ans, mon père est à Nuremberg, au Stalag XIII A. Lors de la distribution du repas il eut droit à une double ration de soupe ! Quelqu’un avait-il remarqué que c’était son anniversaire ou bien était-ce un pur hasard ? Il ne l’a jamais su.

Il est prisonnier avec le numéro 45048.  Il s’en souviendra toute sa vie.

La plaque d’identité de mon père : N° 45048

Puis il est envoyé au Stalag XIII B à Weiden dans le Haut-Palatinat (Bavière) à 85 km de Nuremberg. Il existe en Allemagne un nombre assez élevé de localité qui portent le nom de « Weiden » mais la seule qui ait abrité un camp de prisonnier militaire est la ville de Weiden, située à 100 km à l’Est de Nuremberg qui comptait en 1940 environ 30 000 habitants.

Les camps de prisonniers militaires en Allemagne

Le stalag XIII B s’étendait sur l’Allemagne actuelle mais aussi sur la république Tchèque (territoire des Sudètes). Il y aura une présence constante de 1.800 à 2.000 Belges dans ce Stalag. Une statistique établie vers le mois de juillet 1944 évalue leur nombre à 1.869. Avec eux il y a des Français, des Serbes et des Polonais.

Il y avait une hiérarchie très claire dans la perception que les Allemands avaient des prisonniers. Au sommet, on retrouvait les prisonniers de guerre américains et britanniques, ils étaient généralement traités correctement et en respect de la Convention de Genève. Ils recevaient en outre de nombreux colis en provenance de la Croix-Rouge internationale, ils étaient par conséquent bien nourris sauf à la toute fin de la guerre, lorsque les canaux d’approvisionnement furent rompus. Les prisonniers d’Europe occidentale (français, belges) étaient également traités comme des prisonniers de guerre, mais ils étaient moins bien nourris et avait moins accès à l’aide internationale. Les Serbes et les Polonais échappaient au contrôle des observateurs extérieurs. Les Italiens qui arrivèrent à Sandbostel après septembre 1943 étaient considérés comme des traîtres, tant par les Allemands que par les autres prisonniers et constituaient à ce titre les laissés-pour-compte de cette hiérarchie de prisonniers. Ils étaient mal nourris et, à partir de l’automne 1944, forcés de travailler pour la Wehrmacht ou étaient considérés comme des travailleurs civils forcés. Un groupe de détenus recevaient cependant un traitement encore moins enviable, il s’agissait des prisonniers soviétiques qui se voyaient tout simplement refuser le statut de prisonniers de guerre, ne recevaient aucun colis de l’aide internationale, ni observateurs. Leurs gardes avaient une autorisation spéciale permettant de les abattre. La dénutrition, le manque de place occasionnèrent des épidémies qui les décimèrent. Des milliers d’entre eux moururent de faim, de maladie ou suite aux mauvais traitements infligés par les gardes.

Une tâche est confiée à chaque prisonnier. Certains remplissent des fonctions administratives ou d’intendance au camp, alors que d’autres forment des « Kommando » ou groupes de travail, assignés à un chantier, une usine ou une ferme, à l’extérieur du camp. J’ai d’abord été affecté dans une exploitation forestière qui appartenait à un riche baron.

KGF, Kriegsgefangener, pour montrer le statut de prisonnier de guerre
Mon père, 1er rang, le premier à gauche.
Devant la schlitte pour descendre le bois des forets
Un repos sans doute bien mérité

Juillet 1941 (Kdo 954)

Mon père n’a pas souffert de la faim. les prisonniers de guerre ne subissaient pas le traitement des déportés des camps de concentration. Les propriétaires traitaient correctement ces travailleurs, bon marché, qui suppléaient la jeunesse allemande mobilisée dans les armées.

Puis, sans doute parce que j’étais agriculteur, j’ai été affecté dans des fermes pour remplacer les hommes qui avaient été mobilisés dans la Wehrmacht.

Les prisonniers assignés à un Kommando sont de la main d’œuvre bon marché dont a besoin l’économie de guerre du IIIe Reich. Le prisonnier perçoit un salaire (équivalent à 60% du salaire d’un ouvrier allemand), amputé des frais de nourriture et de logement. Les journées peuvent compter jusqu’à 12h de travail, et le Kommando est toujours accompagné de gardes. Dans l’ensemble, les prisonniers belges sont relativement bien traités, même si les conditions de détention restent pénibles.

Neuf prisonniers sur dix sont en fait affectés dans ces détachements de travail éparpillés dans le ressort du stalag. Le XIII B possédaient 127 Arbeitskommandos, dont 53 étaient des commandos de culture dans les villages.

Un laissez-passer permettait d’aller dans les champs autours de la ferme. Il fallait toujours l’avoir sur soi avec la plaque d’identité.

J’étais affecté à une ferme, dans un petit village des Sudètes qui se trouve aujourd’hui en République Tchèque. jusqu’en 1918 cette région faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Le traité de Versailles en démantelant cet empire a permis la création de la Tchécoslovaquie. Dès septembre 1938 Hitler revendique ces territoires au nom du « pangermanisme ». Réunis à Munich le 29 septembre 1938 pour préserver la paix, la France représentée par DALADIER et le Royaume Unis, représenté par CHAMBERLAIN signent l’accord qui permet à l’Allemagne d’annexer la Région des Sudètes. En échange, Hitler, manipulateur, assure que les revendications territoriales du Reich vont cesser. Le lendemain, la Tchécoslovaquie, qui a commencé à mobiliser ses troupes, est contrainte de s’incliner et de laisser pénétrer la Wehrmacht sur son territoire.

la ferme ou travaille mon père est à Horosedl, aujourd’hui Hořesedly, petit village de moins de 500 habitants situé à mis chemin de Prague et de Karlovy Vary. ( Lorsqu’il y est revenu, en 1982, mon père n’a rien reconnu. Toute la population allemande a été déporté par les troupes soviétiques en 1945 et toutes les traces du passé effacées.)

Arbeitkommando  937

.

Lorsqu’au début du mois de mai 1945 les prisonniers entendent à la radio que les troupes russes s’approchent ils commencent à s’inquiéter car ils n’ont pas envie de tomber entre leurs mains. À l’Ouest, l’armée américaine progresse également et s’arrête à Pilzen le 6 mai. Ils prennent un tracteur et une remorque et vont à leur rencontre. Enfin mon père est libre.

Au fur et à mesure de leur progression les américains ont organisé le rapatriement des prisonniers. Il s’est fait sous le contrôle du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force). Les prisonniers, les déportés…, étaient des DP, des “ displaced persons”. L’accueil en première ligne avait lieu juste derrière le front. Une “DP index card” était établie dans les “collecting points”. Seul le nom de la personne et un numéro d’enregistrement unique y figuraient. Mon père n’a pas gardé cette carte qui, pendant tout le trajet de rapatriement, servait de pièce d’identité provisoire.

Les prisonniers belges sont conduits à Neufchâteau, petite ville belge située près de la frontière française, entre Luxembourg et Charleville. Un centre de rassemblement des rapatriés a été mis en place, toujours avec l’aide des américains. A l’arrivée au centre, un entretien individuel de 20 à 30 minutes a lieu avec un officier de liaison belge. Il établit une deuxième carte, le “AEF DP registration record”. Mon père l’a conservée. La compléter équivalait à contrôler l’identité. En plus des données d’usage telles que le domicile et la date de naissance, cet officier indiquait le lieu où la personne voulait se rendre, pour mon père Saint Palais, ainsi que sa possession éventuelle d’argent, 235 marks. Au bas du recto de la carte, un bref aperçu de la captivité était également inscrit.

Au verso figuraient des informations à caractère médical, qui donnaient une idée de la condition physique dans laquelle la personne se trouvait préalablement à son retour.  Au numéro 26, il était ainsi possible de cocher si elle était “apte au travail manuel” (case L), au “transport” (M) ou si elle souffrait d’une maladie contagieuse (CD) ou d’une maladie l’empêchant de travailler (D). Mon était apte au travail et au transport.

Une fois ces formalités accomplies le Ministère de la défense délivrait un titre de congé de repos. A partir de ce moment les personnes pouvaient rejoindre la destination que indiquée sur la fiche.

Son titre de congé est signé le 16 mai 1945 et mon père part rejoindre ses parents en France.

Bien qu’il n’ai jamais mis les pieds chez eux il savais où aller et qu’il était attendu. En effet bien que très contrôlé par la censure mon père recevait du courrier, surtout des photos que prenait ma grand mère ou elle montrait le travail à la ferme, et les personnes, surtout des cousins, qui les avaient rejoints.

Pour certains des prisonniers, dont des camarades de mon père, le retour a été difficile. Leurs parents étaient décédés, leurs femmes les avaient quittés, pour ceux qui étaient commerçants ou artisans leur affaire avait périclité… Pour moi rien de tout cela. Je n’étais pas marié, je travaillais avec mes parents. Ils étaient bien vivants.

Ce n’est que le 19 mars 1946 que j’ai été officiellement démobilisé. Nous avions quitté Saint – Palais et nous habitions au Courdein, à Nexon.

Je recevrai 49.407 francs (6 950 euros en 2009, 425 en 2019 !) pour la période du 29 mai 1940 au 31 août 1945. Je touche cette somme alors que je suis au Courdein. Elle sera bien utile pour y commencer une nouvelle vie.

LOGO2Prisonniers de guerre de juin 1940 à juin 1945 : en hommage à mon père et à tous ses camarades (I)

I- Comment ils sont devenus prisonniers ?

Mon père n’était pas encore nexonnais quand il a été fait prisonnier par l’armée allemande. Il était belge, né le 9 juin 1919 à Chénée, une petite ville de la banlieue de Liège. Au moment d’effectuer son service militaire il travaillait en France avec son père qui avait quitté le moulin familial et avait acheté une ferme. Il arrivera à Nexon, le 1er octobre 1945 où son père a acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Il y passera 62 ans, y épousera celle qui sera notre mère et lui donnera 7 enfants.

D’abord le service militaire

Mon père est appelé sous les drapeaux le 15 février 1939 pour effectuer son service militaire d’une durée théorique de 18 mois contre 21 mois en France. Il aurait donc dû regagner le domicile familial en aout 1940, mais rien ne se passera comme prévu.

Il est affecté au 1er Régiment de lanciers basé à Spa, ville thermale de la province de Liège. C’est un régiment prestigieux, héritier d’un régiment de cavalerie légère créé en 1814. Affecté à la « Garde du Rhin », il est l’un des régiment frontière, sentinelle avancée vers l’Est. Depuis janvier 1936 il est motorisé. C’est donc à moto que mon père effectue son service.

Les premiers mois du service se déroulent sans problème d’autant plus qu’à Spa il retrouve son oncle qui y habite et chez qui il peut aller lors des permissions. Mais à peine a-t-il effectué la moitié de son service que, le 25 aout 1939, est déclarée la mise sur pied de guerre de l’armée d’active et le 3 septembre la mobilisation générale de l’Armée belge. Cependant, contrairement à ses voisins anglais et français, la Belgique ne déclare pas la guerre à l’Allemagne et se proclame neutre.

Grâce à la Ligne Maginot (réputée invulnérable) et aux Ardennes (jugées infranchissables) l’État-major français considère que l’Allemagne, pour attaquer la France, doit passer par la Belgique en réitérant son plan “ Schlieffen ” de 1914. Pour y faire face le général français GAMELIN, commandant unique des armées françaises et de la British Expeditionary Force (B.E.F.) installées le long de la frontière franco-belge, élabore le plan “ Dyle ”.  Il consiste, dès le début de l’attaque allemande et à condition d’en être informé à temps, à pénétrer en Belgique jusqu’à l’alignement Anvers-Wavre (Ligne K.W.) et sa prolongation jusqu’à Namur et, rejoint par l’armée belge, repousser l’attaque allemande.

L’armée belge devait occuper le segment Anvers-Louvain, la Force Expéditionnaire Britannique (B.E.F.) du Général GORT le segment Louvain-Wavre, la 1ère Armée française du Général BLANCHARD le segment Wavre-Namur, la 9ème Armée française du Général CORAP le segment Namur-Doncherry (France) — la position fortifiée de Namur étant défendue par un corps d’armée belge.

L’armée Belge (2) au milieu du dispositif allié censé arrêter l’offensive allemande

L’armée belge devait s’appuyer sur la ligne K.W., construite entre septembre 1939 et mai 1940, partant du fort de Koningshooikt près d’Anvers et se terminant à Wavre, d’où son nom « KW ». Elle consistait en une série de bunkers de combat, de fossés antichars et de structures en acier longeant la Dyle.

Pendant les longs mois de la « drôle de guerre », le 1er Lancier est stationné près de la frontière allemande. Lorsque le 10 mai 1940 HITLER lance ses troupes sur les Pays-Bas, le régiment fut rappelé au nord de Liège pour défendre la position fortifiée menacée par la percée allemande sur le Canal Albert.  En 36 heures le fort d’Ében-Émael, réputé imprenable, capitule et 1200 soldats sont fait prisonniers. Le moral des belges est ébranlé mais leur neutralité ayant été violée ils entrent en guerre avec énergie. Ce fut le premier acte du plan d’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie et le début de la Campagne des 18 jours.

La campagne des 18 jours

L’attaque du 10 mai fut foudroyante. Elle s’appuyait sur une nouvelle tactique militaire baptisée “ Blitzkrieg ” (guerre éclair). Le 1er Lancier a subi ses premières pertes.

Conformément au plan d’obéir au commandant en chef français, l’armée belge fait mouvement vers la ligne K.W. Elle se positionne entre Anvers (Position Fortifiée d’Anvers) et Louvain, les forces britanniques entre Louvain et Wavre et la 1ère armée française entre Wavre et Namur. Pendant tout le repli vers l’Ouest mon père dors sur sa moto ou allongé à côté d’elle.

Les positions à partir du 14 mai 1940

Le 15 mai l’armée néerlandaise capitule. Les Allemands disposent d’un matériel blindé plus évolué et leurs avions, les fameux Stukas, font des ravages. Bientôt, les armées française, anglaise et belge ne peuvent plus tenir la ligne K.W. Le 17 mai, la retraite est générale derrière le canal de Bruxelles-Charleroi.

 Les Allemands se lancent précipitamment vers Bruxelles, qui est occupée dans la journée. Le lendemain, le 18 mai, Anvers tombe. Mais l’avancée allemande est toujours aussi rapide. L’armée belge effectue son repli vers l’Escaut puis il est décidé qu’elle mènera une bataille d’arrêt sur la Lys. Elle y résiste cinq jours sans reculer. Plus de 3000 soldats belges sont tués en 3 jours.  Malgré la dureté des engagements et la supériorité aérienne allemande, le moral des troupes reste excellent. Le 25 mai au matin, tandis que dans un suprême effort, privée de tout soutien aérien, l’armée belge tente d’enrayer la course allemande vers les ports de la mer du Nord, pour renforcer l’esprit de résistance de ses soldats, le Roi fait lire à ses troupes la proclamation suivante :

Dès l’aube du 26 mai, l’ennemi reprend son attaque en force. Les lanciers du 1er Régiment se replient près d’Ypres. L’armée belge résiste tandis que les troupes britanniques se retirent, sans avoir prévenu, afin d’embarquer à Dunkerque et regagner l’Angleterre.

Depuis le 18 mai le gouvernement belge s’était réfugié à Sainte Adresse en Normandie, comme en 1914, sauf quatre ministres que le Roi voulait à ses côtés, Hubert PIERLOT, premier ministre, Paul-Henri SPAAK, ministre socialiste des affaires étrangères, le général DENIS, ministre de la défense nationale et Arthur VANDERPOORTEN, ministre de l’intérieur.  Les ministres étaient convaincus que les Alliés allaient renverser la situation et que le roi devait être à côté du gouvernement pour gouverner la Belgique en guerre et qu’en tant que chef de l’Etat il devait éviter d’être fait prisonnier. De son côté le roi était persuadé que la victoire serait allemande. Il considère que son honneur lui interdisait d’abandonner ses soldats troupes et qu’il devait demeurer avec son peuple. C’est donc sur un désaccord total que les quatre ministres quittent le roi et gagnent la France.

Le 27 mai au matin Plusieurs brèches importantes se créent sur le front tenu par l’armée belge, qui ne dispose plus de réserves. De plus en plus d’unités annoncent qu’elles ne sont plus en mesure de poursuivre le combat, faute de munitions et de nouvelles unités flamandes font défection.

La capitulation de la Belgique

Le 27 mai, en milieu d’après-midi, le chef de l’Etat-major ayant exposé au Roi la situation irrémédiablement perdue de l’armée, le Roi Léopold III envoie le général-major DEROUSSEAUX comme parlementaire auprès des allemands pour demander les conditions d’une suspension des hostilités. Ceux-ci exigèrent une  » reddition sans conditions « . Le roi accepta, contre l’avis de son gouvernement. L’ordre de capitulation de l’armée belge prit effet le lendemain 28 mai, à 4 heures du matin. Cette reddition se fait sans consultations aucune des alliés de la Belgique et leur provoque une certaine confusion. Ils sont obligés de se replier précipitamment pour éviter de laisser les allemands atteindre les plages de Dunkerque. A ce moment environ un million et demi de Belges sont réfugiés en France. Le 1er juin les effectifs militaires belges présents en France sont évalués à 105 700 hommes

Le général DEROUSSEAUX, représentant le Roi, signe le protocole de capitulation au chateau d’Anvaing, Q.G. du général von REICHENAU, cdt la 6e armée allemande
Le Populaire 29 mai 1940
Le 4 juin il ne reste que la poche de Dunkerque pour que regagner l’Angleterre

Mon père est officiellement fait prisonnier le 5 juin 1940 à La Panne, quelque jours avant ses 21 ans. Ceci s’est fait dans une « relative douceur ». Depuis la capitulation tous les militaires belges étaient prisonniers ; Ils ont été poussés, sans violence, vers une destination où les allemands les ont enregistrés, triés pour ensuite les convoyer vers le lieu de leur détention.

Pendant ce temps le gouvernement belge et un certain nombre de parlementaires sont passés en France et ont rejoint Poitiers et Limoges.

Le parlement belge à Limoges

Le 23 mai 1940 le Gouvernement belge quitte sainte Adresse et se replie à Poitiers tandis que les deux chambres du Parlement se sont exilées à Limoges pour quelques semaines. Cinq ans après, mon grand-père et mon père viendront habiter à Nexon et se retrouveront près de Limoges ! Ainsi vont les hasards de la vie.

La capitulation de l’armée belge suscite la colère en France. Dès le matin du 28 mai, Paul REYNAUD, président du Conseil français, exprime à la radio sa colère contre le roi Léopold. Le 29 mai, le gouvernement PIERLOT décide de convoquer à Limoges, le maximum de parlementaires pour une réunion publique solennelle. Dans l’intervalle, Hubert PIERLOT déclare que la capitulation de l’armée n’engage pas le pays et souligne que « La faute d’un homme ne peut être imputée à la nation entière ». Dans le même temps il délie les officiers et les fonctionnaires de leur serment de fidélité envers le Roi. Plus tard dans la journée, le conseil des ministres constate officiellement l’« impossibilité de régner » de Léopold III et décide d’exercer désormais collectivement les prérogatives royales, sous la formule exécutoire : « Au nom du Peuple belge, nous, Ministres réunis en Conseil… » ( art. 79 et 82). Ces dispositions ayant été prises la séance du Parlement réuni à Limoges peut s’ouvrir. Elle est fixée au 31 mai.

Les députés et des sénateurs sont logés dans les hôtels de Limoges réquisitionnés à cet effet, les grands cafés sont très fréquentés. A côté des parlementaires il y a les membres de toute la presse belge qui, le 29 mai, manifeste sa confiance aux Chambres dont la réunion doit se tenir le lendemain. 

Le Populaire 30 mai 1940

Le 30 mai, pour la réunion du Parlement et du Sénat, sur les 202 députés belges, 89 sont présents à Limoges ainsi que 54 sénateurs sur les 167. de ce fait le quorum n’est pas atteint.

Le Populaire 1er juin 1940

Après que le maire de Limoges, Léon BETOULLE, ait prononcé un mot de bienvenue où il accuse Léopold III de trahison.  Puis Frans Van CAUWELAERT, président de la Chambre des représentants de Belgique, adresse ses remerciements à la municipalité de Limoges et assure qu’unies aux forces Alliées la Belgique, ayant reconquis son indépendance, restera fière et non déshonorée.

Le président du Sénat prend ensuite brièvement la parole.

Le Populaire 3 juin 1940

C’est ensuite le premier ministre PIERLOT qui intervient avant que les parlementaires se réunissent à huis clos.

Après une réunion tumultueuse rapportée plus tard par les participants, la résolution proposée par le Gouvernement en accord avec les présidents de la chambre et du Sénat, est adoptée à l’unanimité des parlementaires présents.

Les sénateurs et députés belges résidant en France, expriment à l’unanimité leurs sentiments ;

  • Flétrissent la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire ;
  • S’inclinent avec respect devant ceux qui sont déjà tombés pour la défense de notre indépendance et rendent hommage à notre armée qui a subi un sort immérité ;
  • Affirment leur confiance dans notre jeunesse, qui, à brève échéance, fera réapparaître nos couleurs sur la ligne de feu ;
  • Se déclarent solidaires du Gouvernement qui constate l’impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner ;
  • Adressent à leurs compatriotes de la Belgique occupée par l’ennemi l’expression de leur fraternelle et ardente sympathie, sûrs qu’ils sont de leur indéfectible patriotisme ;
  • Attestent leur ferme résolution de consacrer toutes les forces du pays et de sa colonie à la poursuite de la lutte contre l’envahisseur jusqu’à la libération de la patrie aux côtés des puissances qui, ont répondu sur l’heure à l’appel de la Belgique attaquée,
  • Expriment leur profonde gratitude à la France et à la Grande-Bretagne qui ont accueilli fraternellement à leurs foyers les réfugiés,
  • Et affirment leur inébranlable confiance dans la victoire du Droit et de l’Honneur.

L’action du Gouvernement trouve sa légitimité dans cette séance Parlementaire de Limoges, la dernière avant septembre 1944.

le Populaire 3 juin 1940

Un résumé des discours est publié dans le Populaire du 1er juin 1940.

le Populaire 1er juin 1940

Le gouvernement PIERLOT est sorti consolidé à la suite de la « résolution de Limoges ». Avec l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain il n’était plus question de demander des comptes à la Belgique pour son attitude entre 1937 et 1940. Quant aux parlementaires, unanimes à Limoges pour condamner l’attitude de Léopold III, 74 d’entre eux se rétractent dès le 15 septembre 1940 et signent un Mémorandum d’excuses transmis au roi « prisonnier à Laeken ».

Les prisonniers de guerre belges

Les Allemands ne savaient pas ce qu’ils allaient faire de 500 000 prisonniers. Ils ont été parqués dans des camps provisoires éparpillés à travers la Belgique. Une partie d’entre eux, environ 150 000, parvint à fuir. Mais le 5 juin une instruction émanant d’Hitler précise comment les prisonniers vont être répartis :

« Tous les prisonniers de guerre issus des provinces de la Flandre-Occidentale, de la Flandre-Orientale, d’Anvers, du Limbourg, du Brabant (ville de Bruxelles et arrondissement de Nivelles non compris) seront immédiatement relâchés. Les prisonniers issus des autres provinces, c’est-à-dire des territoires wallons, seront transportés en Allemagne. Toutefois, les prisonniers de ces territoires pouvant établir leur origine flamande ou exerçant une profession d’utilité publique seront libérés immédiatement.

Sont notamment à libérer : les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs et techniciens de tout genre, les directeurs et employés d’entreprises commerciales, les fonctionnaires, le personnel des entreprises d’eau, du gaz, de l’électricité, le personnel des services de transport, les ouvriers et employés agricoles, les ouvriers mineurs, les chauffeurs d’automobile, les ouvriers spécialistes. »

Ainsi 300 000 hommes furent libérés afin de faire fonctionner l’industrie, l’administration et les transports de la Belgique occupée que les allemands comptaient bien utiliser à leur profit. Le reste, environ 215 000 militaires belges, dont mon père faisait partie, fut transporté en Allemagne, en train ou en bateau. Les officiers furent internés dans les Oflags (Offizierslager) et les autres militaires furent envoyés dans les stalags (Stamlager camp de base).

L’Allemagne comptait 56 Stalags et 14 Oflags. Ils étaient répartis sur tout son territoire, y compris ceux nouvellement conquis. Les stalags, répartis suivant la numérotation des arrondissements militaires, étaient constitués d’un camp central où se faisait l’immatriculation et où se tenait toute l’administration et les prisonniers étaient réparti en cellules, plus ou moins importantes appelées « kommando ».

Dans le cadre de la Flamenpolitik, HITLER considérait les flamands comme des germaniques et que de ce fait il étaient supérieurs aux wallons. Il décida donc leur libération à partir d’août 1940 à condition qu’ils prouvent qu’ils étaient flamands et pour cela ils devaient passer un test linguistique. De nombreux francophones, dont pratiquement tous les Bruxellois, réussirent à passer le test et purent regagner leur foyer. Parlant mal le flamand mon père n’a pas pu se présenter à ce test. Au total, cette sélection à base ethnique entraîna la libération de 79 114 prisonniers selon un décompte allemand. Mais 30 000 militaires néerlandophones, y compris des officiers qui manifestaient un patriotisme qui heurtait les Allemands, ne furent pas libérés avant la fin de la guerre. Il resta donc un peu plus de 105 000 militaires belges dans les camps jusqu’à la fin de la guerre. 770 prisonniers parvinrent à s’évader au fur et à mesure des années, 12 476 malades graves furent rapatriés dans le cadre d’accords patronnés par la Croix-Rouge internationale, mais 1 698 prisonniers moururent en cours d’internement. Compte tenu des diverses libérations réalisées en 1941 et 1942, on peut dire qu’environ 65.000 prisonniers de guerre belges sont restés en captivité pendant cinq ans en Allemagne. (A suivre).

LOGO2Un groupe actif de Libres-Penseurs dans le canton de Nexon à l’orée du XXe siècle

Dès le triomphe de la République en 1879 et jusqu’en 1914 des sociétés de Libre pensée se sont créées un peu partout en France. Le Limousin n’a pas échappé à ce mouvement et l’histoire des Libres-Penseurs en Limousin est bien connue grâce aux travaux de Louis PEROUAS.

Les premières sociétés apparaissent à Limoges en 1880 puis en Creuse, dans le Lot et la Charente. Elles sont actives pendant quelques années avant de connaitre une léthargie dont elles sortiront avec le début de l’affaire DREYFUS (1894-1906). L’Association Nationale des Libres-Penseurs de France se constitue en 1902, restructurant une ancienne fédération de 1890. En 1905 un second groupement voit le jour, la Fédération française de la Libre-Pensée. C’est à cette fédération que va se rattacher la fédération régionale créée à Limoges en 1904 à l’occasion du premier congrès régional qui une centaine de délégués de Corrèze, Creuse, Dordogne et Haute-Vienne. La jeune fédération est animée par Emile NOEL, ouvrier imprimeur arrivé à Limoges au milieu des années 1890, très engagé dans l’action syndicale mais aussi politique. Il parcourt la région en donnant de nombreuses conférences et se démène pour créer un périodique. Il y réussira en lançant « Le Libre Penseur du Centre » le 29 octobre 1905. Sa devise est « Tout pour la laïcité par la laïcité ».

*Publié à Limoges, Le Libre Penseur du Centre devient en 1908 Le Libre Penseur du Centre et du Centre Ouest puis en 1910 Le Libre Penseur de France et de Libre Pensée Universelle, sous-titré Journal anticlérical de défense socialiste, républicaine et laïque. Bimensuel. Il réapparaît à Tours de 1920 jusqu’en 1938, à la mort de son principal animateur Emile Noel.

Bandeau du premier numéro

En lisant ce journal on trouve les traces d’un groupe de libre penseur dans le canton de Nexon actif jusqu’au début de la guerre en 1914 grâce au dynamisme de Paul NONATEL de Saint-Hilaire-les-Places (I). Partout la guerre a conduit à la mise entre parenthèse de l’activité de ces groupes. Leur réveil en 1919 a été lent, d’autant plus à Nexon que Paul NONATEL avait été tué au front en 1915. On retrouve une activité dans les années 1930 avec la montée du fascisme en Europe (II).  

I- Le Libre penseur du Centre et le canton de Nexon jusqu’en 1914

C’est en parcourant les numéros de ce périodique que l’on peut se faire une idée de l’importance de ce mouvement de pensée dans les différentes régions. Le principal rédacteur du journal était Emile NOEL lui-même pour les articles de portée nationale. Les chroniques locales étaient alimentées par un réseau de correspondants dont la plume était plus ou moins féconde.

Pour le canton de NEXON, le correspondant était un feuillardier de Saint-Hilaire les Places, Paul NONATEL, qui a joué un rôle important dans la création du syndicat de cette profession.  

Comme dans la plupart des communes ce sont les relations entre le curé de la paroisse et les libres-penseurs qui font l’essentiel des chroniques, les libres penseurs militant pour les cérémonies laïques, qu’il s’agisse du baptême ou du mariage. Dans les villages les affrontements verbaux sont fréquents mais NONATEL reproche à ses adversaires de ne pas venir en discuter dans les réunions publiques.

Dans une chronique de novembre 1905 il rappelle qu’il a déjà organisé deux conférences aux quelles il avait invité Emile NOEL en personne mais qu’aucun des adversaires de la Libre Pensée n’était intervenu.

Le Libre Penseur du Centre , 12 novembre 1905

Dans le même numéro il est fait référence à une conférence qu’il donnera à la Grènerie le 19 novembre 1905 à l’occasion d’une fête laïque.

Le Libre Penseur du Centre, 12 novembre 1905

La fête du mois de novembre annonçait un prochain mariage civil à Saint-Hilaire -les-Places. Le 27 janvier 1906, Pierre LAVAUD et Marie PONCET se sont mariés et NONATEL a prononcé une allocution dans laquelle il félicite les jeunes mariés d’avoir bravé les critiques pour être les premiers dans la commune à s’unir sans passer par l’église.

Le Libre Penseur du Centre, 10 février 1906

Avant sa chronique sur le mariage civil à Saint Hilaire les Places, Paul NONATEL a écrit un long article demandant une réforme du Code du mariage qui est toujours le même depuis Napoléon. Il demande une plus grande liberté pour les futurs mariés, contraints pour le moment de se soumettre à l’autorité des parents et il souhaite une juste indemnité de l’épouse en cas de divorce.

« CHOSES A RÉFORMER

Chaque jour, nous, habitants des campagnes assistons au départ de quelques jeunes filles lesquelles contrariées dans l’affection très chère de l’amour, le désir du mariage, voient s’en produire la rupture, parce que souvent cela ne plaît pas aux familles. Quittant, son pays, la jeune fille suivant en cela ce qu’elle a appris chez elle, se dirige vers la grande ville et une fois arrivée rentre comme domestique, si elle trouve, au service de la bourgeoisie, et a défaut de cela, ne pouvant pas faire autre chose, se loue’ comme bonne ou servante de cabarets, de brasseries. Celles oui tombent mal en place, et je dis cela pour faire une exception vont grossir les rangs des sans pain, des sans-logis, et finalement voient inscrire leurs noms sur les registres tenus par la police des mœurs, elles sont à jamais perdues ; et nos campagnes perdent en elles leurs plus robustes auxiliaires féminins.

Il y a un remède à cela, dans la faible mesure de mes connaissances, je vais en parler.

Depuis un siècle, nous jouissons d’un code dont les lézardes se montrent et s’effritent de plus en plus. Construit dans l’esprit romain, le code Napoléon n’est plus en rapport, ni avec nos mœurs, ni avec le régime politique qui doit faire éclore les légitimes aspirations de demain.

La nécessité de le transformer, de l’adapter aux exigences de la société est déjà reconnue. De tous côtés en ce moment des voix généreuses s’élèvent proclamant le besoin d’un tel progrès. De toutes les lois dont est chargé le chantier parlementaire, celle de la réforme du code, touchant si près la famille par la voie du mariage, s’impose au premier chef. Décrétons le mariage laïque affranchi de ce restant d’empire et de l’église, la société s’en portera bien mieux.

Une des premières modifications à apporter au mariage sera d’en abréger la formalité paperassière et administrative, et nul doute aussi que l’autorité parentale, abusive de nos jours, en sortirait fortement restreinte, car il n’est pas admissible que l’homme atteignant 25 ans, la femme 21 ans, soient, tenus à accomplir toutes sortes de formalités pour s’unir. Je sais qu’on a déjà réduit à un, les actes respectueux, mais pourquoi laisser, au moins pour cet âge, le droit, inique d’opposition, je sais qu’il découle de tout ceci des procès onéreux et toujours, ou à peu près, des brouilles méchantes et parfois éternelles dans les familles. Je demande qu’on déblaie la porte d’entrée du mariage ; cela fait, on en aura élargi l’accès en supprimant tout un tas de choses à réformer et ridicules.

Ensuite, on poursuivra le texte du régime de la communauté, celui de la séparation de biens, on introduira, on imprimera dans les obligations réciproques des époux le mot « Amour », celui tout au moins d’« affection », qui dégrade la femme, et de « fidélité », qui ne tiennent toujours pas certains hommes ; alors, à quoi servent tous ces mots ?

Le mariage s’établira sur le consentement mutuel des individus. Leur séparation de biens ne pourra pas être l’objet d’une spéculation malhonnête ; le divorce établissant la faute de l’homme, les juges puniront ce dernier en le condamnant au paiement d’une indemnité envers la femme, la famille, basée sur ses revenus annuels.

Les juges, qui n’en souffrent pas, ne devraient pas avoir le droit de différer un divorce en maintenant rivés à la chaîne deux êtres qui se haïssent. Je sais que l’Eglise désapprouve le divorce, parce que souvent elle a à ratifier l’union, et qu’en se rompant, elle prouve le peu d’importance de l’Etre suprême, qui a présidé à la cérémonie religieuse ; que de ce fait sa nullité apparaît éclatante.

Pourquoi, les élections approchant, n’obligerait-on pas les candidats à donner leur opinion sur les réformes dont je viens de parler ; s’ils restent muets, que les électeurs leur en parlent, et je dis que si les villes n’y perdraient rien, les campagnes y gagneraient. NONATEL. Le Libre Penseur du Centre 10 février 1906.

Mais NONATEL ne se limite pas à écrire sur le mariage. Il intervient sur tous les sujets qui intéressent les habitants comme ici, le 14 avril 1906, au sujet de la distribution du courrier à la Grènerie.

Le Libre Penseur du Centre, 14 avril 1906

Il a également défendu le repos hebdomadaire sans que ce repos soit nécessairement pris le dimanche, ce qui lui a valu les foudres de ses amis socialistes de Limoges. Il leur répond en expliquant que le paysan qui ne va pas à la messe le dimanche va à Limoges se promener et faire des emplettes. Il faut bien alors que les magasins soient ouverts ! La question de l’ouverture des commerces le dimanche n’est donc pas nouvelle.

Le Libre Penseur du Centre 26 août 1906

Une autre fois il s’indigne de la vétusté des écoles et l’absence de « fosses d’aisance » et il met en parallèle les travaux dans les églises 

Le Libre Penseur du Centre , 9 mars 1907

Le 4 avril 1909, à la salle Charreix à Nexon, NONATEL avait organisée une réunion à laquelle il avait invité Emile NOEL. qui pendant une heure présente son rêve d’une République dans laquelle le peuple aurait de larges pouvoirs.  cette fois-ci c’est un long compte rendu qui est publié dans le Populaire du Centre.

Le Populaire du Centre 15 avril 1909

Au total, de 1905 à 1909, NONATEL exprime ses convictions en plus de 25 articles ou chroniques dans le Libre-Penseur du Centre. Mais il dut attendre 1908 pour fonder une section, bientôt étendue, du moins officiellement, à l’ensemble du canton. Grace à sa ténacité, Paul NONATEL sera élu en 1910 président de l’Union syndicale des feuillardiers du Centre.

Soldat de 2ème classe au 327e Régiment d’infanterie, il trouvera la mort sur le champ de bataille le 10 juin 1915 à Colincamps dans la Somme. Il avait 40 ans.

2 – Les libres penseurs à Nexon dans les années 1930.

Avant la première guerre mondiale c’est la personnalité de Paul NONATEL qui domine les actions de la libre pensée dans le canton. Après la guerre, du fait du décès de NONATEL, Le Libre Penseur ne relate plus les actions de la section nexonnaise. On en trouve une référence dans le numéro du 15 décembre 1920.  Du fait de l’absence de trésorerie il devait être le dernier publié. Mais un vaste mouvement de solidarité des militants s’organise et de nombreux dons arrivent au journal. Emile Noel écrit : « Ce numéro devait être celui de la disparition du Libre Penseur mais les invitations pressantes, les promesses faites, me font un devoir de tenter l’impossible afin que j’en sorte la possibilité de sauver notre journal. »

Il publie sur plusieurs pages les mots d’encouragement accompagnés de dons qu’il a reçus parmi lesquels j’ai relevé celui d’un nexonnais, PIQUET :

« Mon cher Noël,

Malgré la destinée qui s’obstine à me serrer de son frein, elle ne m’empêchera pas d’arriver pour déposer un peu de baume bienfaisant sr la plaie saignante de notre cher organe, car plus que jamais, c’est le moment qu’il vive. La religion catholique, c’est inouï ! a une recrudescence de vie, mais je crois que semblable au moribond qui se cramponne, elle crèvera tout de même, si les nôtres sont courageux. Je vous adresse 5 francs et je consens à faire partir mon réabonnement du 1er janvier. Au revoir, mon cher Noël, comptez sur moi.

PIQUET, Nexon (Haute-Vienne) »

Pour autant les libres penseurs n’avaient pas disparu. Un groupe qui a pris comme nom « L’Aurore » se réuni.  On les retrouve dans les années 1930, principalement au travers d’articles dans le Populaire.

 Ainsi ils sont invités à participer au banquet du vendredi saint de 1933 organisé par la section socialiste de Nexon. Sans doute que la personnalité de son secrétaire, la pharmacien PIALLOUX, avait amené un plus grand nombre de militants vers les socialistes que vers la libre pensée.  

« Banquet du vendredi-saint. — Les libres penseurs de Nexon et des environs, désirant assister au banquet du vendredi-saint sont priés, le nombre des places étant limité, d’envoyer leur adhésion à M. Pialloux, à Nexon, avant le mercredi soir 13 avril, dernier délai.

Ce banquet, dont le prix a été fixé à 15 francs, aura lieu vendredi 14 avril, à 20 heures, au restaurant Autier

Le Populaire du Centre 1 avril 1933 »

A la fin de l’année 1933, alors que le parti communiste n’a pas encore abandonné la politique de non-coopération avec les sociaux-démocrates des comités antifascistes se créent un peu partout en France dont un à Nexon. Il organise un meeting le 12 décembre 1933 dont le Populaire rend ainsi compte :

« Meeting antifasciste. — La réunion organisée salle Paul-Faure, par le comité antifasciste de Nexon (cellule communiste, groupe de libre pensée, section socialiste), a obtenu le plus vif succès.

Les membres des trois organisations adhérentes et de très nombreux sympathisants se trouvaient dans la salle avant l’heure indiquée et c’est finalement devant plus de 200 personnes que notre ami Laplaud, président, assisté des citoyens Autier et Fâcherie, ouvre la séance. En termes très heureux, il indique dans quelles circonstances cette, réunion avait été organisée, demande à l’assistance de respecter la liberté de parole et de contradiction et donne la parole au citoyen Pialloux, représentant du groupe de libre pensée « l’Aurore ».

Pialloux explique les raisons de son intervention et lit la copie d’une lettre recommandée, par lui adressée à M. Meynier, principal avocat de la Ligue des contribuables dans le département, lettre où il invitait ce dernier à venir défendre la cause de l’organisation qu’il représente. M. Meynier, dans une réponse qui voudrait être ironique, mais dont les termes trahissent l’embarras, se dérobe et se refuse à toute discussion. Pialloux constate que M. Meynier, brillant (??) avocat ne condescend pas à venir s’expliquer devant des prolétaires. (Il serait certainement plus à son aise dans un salon de douairières, parmi ses amis les Chevaliers de la Matraque.)

Après avoir fait en termes cinglants le procès annoncé de la Ligue des contribuables, l’orateur conclut, aux applaudissements de l’auditoire, que cette association sera énergiquement combattue par la classe ouvrière et paysanne, dont elle est en réalité l’adversaire irréductible. Il termine en déclarant la guerre au fascisme sous toutes ses formes.

Le citoyen Charlet, du Parti socialiste, lui succède. Après avoir remercié le comité antifasciste d’avoir bien voulu l’associer à cette manifestation do front Unique, il fait l’historique du fascisme en Italie, puis en Allemagne, indique dans quelles conditions il a pris naissance et dégage les responsabilités de la France depuis le Traité de Versailles jusqu’à nos jours, il montre ensuite sous quels masques divers le fascisme pourrait se développer dans notre pays. Très applaudi, avec une belle éloquence, il tient pendant près d’une heure toute l’assistance sous le charme de sa parole, dénonçant toutes les menaces de guerres et de dictatures qui pèsent sur le monde.

Il exhorte, dans une vibrante péroraison, tous les travailleurs présents à oublier leurs querelles intestines pour lutter, sans défaillance, contre les dangers terribles d’une guerre imminente ; « Soyez unis, soyez persévérants et ayez confiance », conclut-il, sous un tonnerre d’applaudissements.

Après lui, le citoyen Texier, représentant le parti communiste, se déclare particulièrement heureux du rapprochement opéré à Nexon pour la lutte contre la guerre et le fascisme, entre deux groupements politiques différents. Il définit le rôle du comité d’Amsterdam, explique son action contre la guerre, fait le procès du chauvinisme, du pangermanisme et de tous les nationalismes qui conduisent inévitablement à la guerre. Il trace rapidement le tableau de toutes les calamités effroyables que déchainerait une nouvelle guerre, essentiellement chimique et bactériologique. Il démontre que les haines entre races ou peuples différents proviennent toujours de l’incompréhension mutuelle. Il termine très applaudi, apportant son adhésion sans restriction à la lutte engagée contre le fascisme et la guerre.

Le citoyen Laplaud, après avoir fait un vain appel à la contradiction, remercie l’assistance pour sa bonne tenue et la sympathie profonde qu’elle n’a cessé de témoigner aux orateurs. Il met aux voix l’ordre du jour ci-dessous qui est adopté à l’unanimité et par acclamations.

Il est plus de 23 heures quand cette magnifique réunion prend fin. Tous les assistants se retirent enthousiasmés, beaucoup exprimant le désir de voir se renouveler pareille manifestation et commentant de diverses façons la dérobade des marquis, des comtes, des barons et de M. Meynier.

Texte de l’ordre du jour adopté à l’issue de cette réunion :

« Les travailleurs de tontes tendances, réunis salle Paul-Faure, à Nexon, le samedi 25 novembre, sur appel du comité antifasciste, après avoir entendu Pialloux, de la libre pensée ; Charlet, du Parti socialiste, et Texier, du parti communiste, et constaté la défaillance des contradicteurs, dénoncent les organisations telles que la Ligue des contribuables ou la Fédération agraire comme des organisations essentiellement fascistes.

S’engagent à rester unis pour mener sur le terrain de la lutte des classes une action énergique contre la poussée du fascisme dans leur propre pays.

Et devant toutes les menaces de guerre qui assombrissent l’horizon mondial, se déclarent plus que jamais partisans d’un désarmement général, simultané et contrôlé par le prolétariat, seul et unique moyen d’empêcher une conflagration générale où sombrerait la civilisation. »

L’année suivante le Populaire publie une invitation du groupe « L’aurore » à une réunion ordinaire.

Le Populaire du Centre 20 juillet 1934

Depuis mai 1934 le parti communiste a abandonné la politique de non-collaboration avec les sociaux-démocrates aussi communistes, socialistes, libres-penseurs peuvent siéger dans une même organisation.

A Nexon, un Comité antifasciste réorganisé a été constitué le 30 décembre 1934. Y sont représentés, à raison de trois délégués chacun, les groupements suivants : sections socialistes de Nexon, Saint-Hilaire-les-Places, La Meyze et La Roche-l’Abeille ; cellule communiste de Nexon ; Groupe de Libre-Pensée de Nexon ; Section du Secours Rouge de Nexon. Le Syndicat des feuillardiers de Saint-Hilaire-les-Places sera invité à se faire représenter au Comité

Un bureau, comprenant un secrétaire général, deux secrétaires-adjoints et un trésorier a été élu.

Des réunions d’information et de propagande sont prévues dans toutes les communes du canton et, si le temps le permet, dans certaines communes des cantons voisins.

La première réunion a lieu à Nexon, salle Paul Faure, le dimanche 27 janvier. Le populaire en rend compte la semaine suivante.

Le Populaire du Centre 6 janvier 1935

André LORULOT, délégué à la propagande de la Fédération nationale des libres penseurs de France, devant être de passage dans la Haute-Vienne fin janvier, tous les groupements libres penseurs ou antifascistes sont invités à se mettre en relations avec M. PIALLOUX, pharmacien à Nexon et secrétaire de la section socialiste.

Le Populaire du Centre , 5 janvier 1935

A. LORULOT (1885-1963) est une figure de la Libre pensée. Libre-penseur antireligieux et anarchiste individualiste il est directeur de la revue L’anarchie de 1909 à 1911, puis il fonde L’Idée libre en 1911 et La Calotte en 1930. Nommé au Comité directeur de la Fédération nationale de la Libre Pensée en août 1921 et en devient le délégué à la propagande. Il est un brillant orateur et parcourt toute la France, l’Afrique du Nord, la Belgique, la Suisse pour donner des conférences au cours desquelles il aime affronter ses adversaires, en particuliers les grands orateurs comme le chanoine DESGRANGES, l’abbé VIOLLET… Son livre le plus célèbre, « Pourquoi je suis athée » est paru en 1933. En août 1958 il est élu président de la Fédération nationale des Libres penseurs de France.

Pour cette année 1935, une réunion commune du secteur A qui comprend les communes de Nexon, Meilhac, Rilhac-Lastours et Saint-Hilaire-les-Places est prévue le 9 novembre 1935.

Le Populaire du Centre 1935

C’est le dernier article sur la Libre-Pensée à Nexon.

Sources : Le Libre Penseur du Centre, Louis PEROUAS, Limoges une capitale régionale de la Libre-Pensée à l’orée du XXe siècle, dans : Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 91, N°142, 1979. pp. 165-185

Pour aller plus loin : Jacqueline Lalouette, La Libre-pensée en France, 1848-1940, Albin Michel 2001

Dominique DANTHIEUX, Le département rouge : république, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940). Pulim 2005 

LOGO2Les femmes dans la Première guerre mondiale

Du fait de l’absence de millions d’hommes mobilisés, prisonniers ou morts, les femmes ont joué un rôle éminent dans la guerre. Dès le 2 août 1914 le président du Conseil, René Viviani, fait appel à elles dans une affiche placardée sur tous les murs de France. Il y écrit notamment : « Je vous demande de maintenir l’activité des campagnes, de terminer les récoltes de l’année et de préparer celle de l’année prochaine. Vous ne pouvez pas rendre à la Patrie un plus grand service. (…) Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer demain la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n’y a pas dans ces heures graves de labeur infime, tout est grand qui sert le pays. Debout, à l’action, au labeur ! Il y aura demain de la gloire pour tout le monde »

 

Il y a six figures féminines emblématiques de la Grande guerre.

1/ Les marraines de guerre

Ce sont des femmes, souvent des jeunes femmes qui vont être choisies pour correspondre avec des poilus et ainsi leur remonter le moral. Il y aura des histoires extraordinaires de rencontres après la guerre et de mariages.

2/ Les anges blancs (ce sont les infirmières)

Elles vont être emblématiques de tout le système de santé et elles seront souvent à la pointe des innovations pour aller soigner les blessés au plus près du front.

L’équipe des infirmière de l’hôpital bénévole n°5 ouvert par Madame de Nexon. Au premier rang, de gauche à droite, Madame St Ange, Madame de Nexon, Mlle Bragard, Mlle Thérèse de Nexon. Au deuxième rang, de gauche à droite, Mlle Tarrade, Mlle Jeanne de Nexon, Mlle Bonnafy, Mlle Lelong.

3/ Les munitionnettes (ce sont les femmes qui deviennent ouvrières dans les usines)

Elles vont fabriquer l’armement et notamment les obus dont la demande de l’artillerie est très importante.

A Limoges de nombreuses femmes vont être employées dans les manufactures de porcelaine. Une nouvelle production va naître : les têtes de poupées et de fèves.
Plusieurs porcelainiers se lancent dans cette production : Jean Boyer, Léon Couty, Martial Ducongé, William Guerin, Alfred Lanternier… les têtes de poupées sont estampillées « Limoges France ». On estime à plus de 320 000 têtes la production de l’année 1917.

Au début le l’année, après  rencontre avec M. Blémond, pâtissier de Limoges, la manufacture Ducongé se lance dans la fabrication des fèves qui jusque là étaient fabriquées en Allemagne.

4 / Les veuves.

Figure qui ne va cesser de croître et d’être visible puisqu’elles sont toutes de noir vêtu et elles portent le voile en crêpe noir. Elles seront 650.000 à la fin de la guerre.

5/ L’épouse seule et travailleuse qui prend les rênes de la ferme, travaille aux champs.

C’est elle qui set célébrée par les autorités et qui est mise en exergue sur l’iconographie patriotique.

6/ La mère qui élève seule les enfants et veille sur les anciens des générations passées.

Elle aussi elle est méritante et ainsi célébrée par les autorités.

L’idée du vote ouvert aux femmes fait son chemin. Ainsi, à partir de 1916, des projets de loi se font jour dont même celui de l’ultra-conservateur Maurice Barrès qui propose de donner le droit de vote aux veuves, sorte de «Suffrage des morts». En mai 1919, le projet dit Dussaussoy qui ouvre le suffrage universel à toutes les femmes à partir de l’âge de 30 ans est adopté par la Chambre des députés mais le Sénat, très conservateur et très misogyne refusera d’examiner ce projet. Et rien ne se passera avant la Libération.

 

 

LOGO2L’histoire de Nexon vue à travers les délibérations du conseil municipal : XIII – Le Second Empire 1852-1870


Le coup d’état du 2 décembre 1851

Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851 soixante mille hommes et plus de cent pièces d’artillerie occupent la capitale. Louis-Napoléon Bonaparte fait occuper toutes les imprimeries et seuls les journaux qui lui sont favorables peuvent paraître. Les cafés, lieux de discussion politique, et les écuries où l’on pourrait louer des chevaux pour fuir Paris sont fermés. Les chefs de l’opposition, républicaine ou monarchiste, sont arrêtés. L’état de siège est déclaré, l’Assemblée nationale est dissoute, le suffrage universel est rétabli et le peuple français est convoqué à des élections et à la préparation d’une nouvelle Constitution.

Après le coup d’État des députés tentent d’organiser la résistance. Martial Gaston Dussoubs (1815-1856) élu député démocrate socialiste le 13 mai 1849 ne peut y participer car il est malade. Son jeune frère Denis prend alors son écharpe et le 4 décembre il est sur la barricade. Il harangue les soldats comme Victor Hugo le raconte dans « Histoire d’un crime »: « Citoyens de l’armée écoutez-moi (…) savez-vous quel est l’homme qui vous parle en ce moment ? Ce n’est pas seulement un citoyen, c’est un législateur ! C’est un élu du suffrage universel ! Je me nomme Dussoubs, et je suis représentant du peuple. (…) c’est au nom de la loi que je vous somme de m’entendre. Soldats, vous êtes la force. Eh bien ! Quand la loi parle, la force écoute. » Victor Hugo poursuit : « Ce qu’il faut ajouter à ses paroles pour bien en comprendre l’effet, c’est l’attitude, c’est l’accent, c’est le tressaillement ému, c’est la vibration des mots sortant de cette noble poitrine, c’est l’autorité de l’heure et du lieu terrible. Il fut ardent, éloquent, profond, un juge pour Bonaparte, un ami pour les soldats. » Il parla ainsi pendant environ vingt minutes, puis descendit sans arme de la barricade pour aller au devant des soldats postés derrière celle située à une cinquantaine de mètres, dans un ultime espoir de fraterniser.

Là les récits divergent. Victor Hugo dit qu’il fut tué au moment ou il allait atteindre la barricade tenue par la troupe et qu’on aurait entendu le commandement du feu.  Victor Schœlcher dans « Histoire des crimes du 2 décembre » raconte qu’il fut abattu de deux balles dans la tête, au moment ou, sa tentative ayant échoué, il rejoignait la barricade des républicains, aucun ordre de feu n’ayant été entendu.

La mort de Denis Dussoubs

Année 1852

Le préfet de la Haute-Vienne, officier de la Légion d’Honneur,

Vu le décret du 29 décembre 1851,

Considérant que les cafés, cabarets et débits d’eau-de vie ci-après désignés ont été des foyers de propagande anarchique,

Arrête :

ART. 1er

Le café du sieur Passemard,

Le débit d’eau-de-vie du sieur Dupuy,

Le cabaret du sieur François Raffaillat,

Celui du sieur Frange (Antoine),

Celui de la veuve Pinet,

Tous ces établissemens situés à Saint-Yrieix.

Les cabarets du sieur Duché (Martial), à St-Germain,

Du sieur Bancaud (Jean), à Vicq,

Du sieur Pejou (Jacques), à Magnac-Bourg,

Du sieur Blanchard-Girout, à Chalus,

Le café du sieur Buisson (Léonard), dit Chapeloud, à Chalus,

Les cabarets du sieur Mazabraud (Pierre), à Nexon,

Du sieur Lagarde (Jean), à Nexon,

Le débit d’eau-de-vie du sieur Touyeras (Pierre), à Nexon,

Le cabaret du sieur Gizardin ainé à Lastour (commune de Rilhac-Lastour),

Du sieur Ventaux (Pierre), à La-Roche-Labeille,

Sont fermés et interdits définitivement.

ART. 2.

Le sous-préfet de Saint-Yrieix, MM. les maires des communes où sont situés lesdits établissements, et la gendarmerie sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.

Limoges, le 19 mars 1852.

DE MENTQUE.

 

Le 27 Juin 1852, le Conseil fixe le prix des concessions dans le cimetière actuel à 20 francs le mètre carré et organise sa réglementation.

Un nouveau Maire.

Durant le second empire (1852-1871) Les maires sont nommés par le préfet, pour les communes de moins de 3 000 habitants. La durée de leur mandat est de 5 ans à partir de 1855. Ainsi le 17 juillet LIMOUSIN est nommé Maire et DEMAISON Guy Adjoint à charge de prêter serment et de faire l’inventaire des biens et mobiliers de la commune.

Le 19 septembre nouvelles élections municipales. Sont élus : FAURE Pierre Annet, DECOULHAC, CUBERTAFOND, DESMAISON, LELONG, GUYOT François, TARRADE Léon, BONNET, FRUGIER, GUYOT Jean, GIZARDIN, DERVAUD, DE VEYRINAS, DE GAY DE NEXON, FAURE Pierre.

Le Conseil adresse au Président de la République le message suivant :

« Le conseil de NEXON a voulu d’un geste unanime inaugurer la première séance d’installation en vous témoignant sa sympathie et sa vive reconnaissance pour les services remarquables que vous avez rendu au Pays par votre acte héroïque du 2 décembre. Le Conseil reconnaît et proclame hautement que depuis ce moment la confiance et le commerce, ces deux grands nerfs de la vie sociale ont pénétré partout, même dans nos campagnes. Il voit avec bonheur que leur idée de conciliation et d’union se font jour dans tous les esprits sages et éclairés, amis de leur pays. Désireux de voir notre Pays jouir avec calme de la Paix et de l’Ordre, source de tous les biens, et harmonisant ses désirs et sa voix sur la grande voix du Pays, il émet le vœu que le pouvoir soit assis sur une base forte et durable. »

 

2 décembre 1852 : RÉTABLISSEMENT DE L’EMPIRE

 

Le 5 décembre 1852 le Conseil Municipal, les fonctionnaires publics, les Gendarmes, l’instituteur, spécialement convoqués, se sont réunis sur la Place Publique où il a été lu au Peuple le décret selon lequel par la grâce de Dieu et la volonté nationale Louis NAPOLÉON BONAPARTE est EMPEREUR des Français sous le nom de NAPOLÉON III. Cette lecture a été suivie du cri de VIVE L’EMPEREUR, et la Ville a été illuminée.

Année 1853

Le 30 janvier 1853, l’Empereur Napoléon III épousait, en Notre-Dame de Paris, une aristocrate espagnole : Eugénie de Guzman, plus connue sous le nom de Montijo. Pour l’occasion, l’impératrice arbore une magnifique robe de velours blanc recouvert de dentelles.

Le 13 février 1853 , le Conseil félicite l’Empereur à l’occasion de son mariage et lui envoie le message suivant :

« SIRE

Votre cœur guidé par votre haute raison d’un coté et par votre politique de l’autre vous a dicté une union par laquelle nous vous portons nos sincères et humbles félicitations. Heureux dans toutes vos grandes entreprises, nous aimons à penser que la providence dans cette solennelle circonstance continuera de veiller sur vous, sur votre auguste compagne et sur toute la France sa nouvelle patrie.

C’est le vœu que nous adressons tous, sans cesse au ciel »

Le même jour le Conseil constate que le clocher de l’église menace ruine. Il décide de le faire réparer et vote 450 francs.

 

Le 13 novembre est voté un impôt extraordinaire de 20 centimes sur les quatre contributions pour secourir les pauvres de la commune mais cet impôt fut réduit à 0,15 centimes le 4 décembre par suite des difficultés d’imposition.

 

Année 1854

Projet de ligne de chemin de fer passant à Nexon.

Le 5 juillet 1854 ce fut la première délibération donnant un avis sur le passage de la ligne de Chemin de Fer dans la commune de NEXON. Cette ligne était appelée « Grand Central ». Il y avait trois projets présentés :

  1. un tracé par Nexon et St-Yrieix – Périgueux
  2. un autre par Nontron – Périgueux
  3. un autre par Thiviers

Le tracé par Nexon et St-Yrieix fut adopté et demandé à la mission nationale.

Le 8 octobre le conseil ajourne la création d’une Société de Secours Mutuel faute d’un assez grand nombre de membres honoraires.

Le 23 Novembre une partie de la place des Marronniers est cédée à Mr de Nexon et le produit de cette vente est affecté à la construction de la fontaine de la Place de l’Eglise.

Le conseil donne un avis favorable à la création de foires à la Roche l’Abeille et Château Chervix.

 

Année 1855

Le 14 Juin 1855, Napoléon III désigne comme Maire, LIMOUSIN Jean Baptiste et comme Adjoint, DESMAISON Guy, qui jurent fidélité et obéissance à l’Empereur.

Le 15 Août délibération imposant les chiens de chassé d’une taxe de 2 francs et ceux de berger de 1 franc.

Le 12 Novembre Mr de GAY de NEXON offre 1000 francs, Mr de VEYRINAS 500 francs, Mr LAFAYE du Brouillet 600 francs, et Mr MAZAUD à La Vigne 300 francs à la commune pour parfaire la subvention de l’Etat pour travaux d’utilité communale, notamment la réfection et construction de routes.

Le 14 Novembre Mr de GAY de NEXON prête une somme de 1000 francs au bureau de bienfaisance avec intérêt à 5%.

Le Maire taxe le pain tous les mois.

 

Année 1856

2 juin, arrivée du premier train de marchandises à Limoges. Les premier train de voyageur arrivera quinze jours plus tard en provenance d’Argenton sur Creuse.

Le 31 Août 1856 le Conseil désigne Mr NARJOUX architecte diocésain pour dresser le devis des réparations à effectuer à l’église.

 

Année 1857

Le 18 février le conseil vote 250 francs pour lutter contre la mendicité et rejette la nomination d’un garde champêtre.

Le 11 avril, rétrocession de la ligne Limoges-Nexon a la Compagnie Paris-Orléans.

Le 13 Mai, le Conseil décide la construction de WC à la Salle d’Ecole et vote une allocation de 150 francs à la Fabrique de l’Eglise.

Le 2 août le conseil décide de déplacer la fontaine Mazerolle qui se trouvait à cette époque dans le jardin Breuil (on y accédait par une venelle) et de la placer sur la place publique.

Le 1er novembre, Mgr DESPREZ, évêque de Limoges, autorise la création d’une maison de frères du Sacré Cœur de Paradis.

Le 22 novembre le Préfet ayant nommé d’office un Garde Champêtre, le Conseil fixe son traitement à 150 francs. Le Garde Champêtre se nommait Simon PENOT. Il prêta serment devant le Juge de Paix.

 

Année 1858

Le 4 août 1858 le Conseil approuve le devis de réparation à l’Eglise s’élevant à 11 900 francs et vote un impôt extraordinaire de 16 centimes le franc sur les plus imposés pour y faire face.

Le 8 Novembre, Mr VIGNERAS est nommé instituteur à Nexon.

 

Année 1859

Le 24 avril 1859 une somme de 211 francs 80 est votée à Mr DUTREIX, balancier à Limoges, pour réparations à la bascule publique. 800 francs sont votés pour les murs du cimetière.

 

Année 1860

Le 9 février 1860 le Conseil décide l’empierrement et le pavage des rues de Nexon et met cette dépense à la charge des riverains.

Le 10 mai le conseil regrette que la Gare de Nexon ne puisse être construite dans le bourg par suite du terrain, il accepte la construction à son lieu actuel.

Nomination du Maire

Le 14 juillet l’Empereur nomme comme Maire de Nexon Mr Jean Baptiste Limousin.

Le 12 Août il prête serment à l’Empereur et désigne Mr Guy DEMAISON comme adjoint, qui prête également serment.

Pour le 23 septembre, jour de Fête et de Comice Agricole, il est voté une somme de 150 francs.  Mrs De VEYRINAS et FRUGIER sont chargés d’en surveiller l’emploi.

Election au Conseil Municipal.

Sont élus : DEMAISON, LELONG, BONNET, GIZARDIN, FAURE Annet, FAURE Pierre, De GAY DE NEXON, TARRADE, FRUGIER, SENAMAUD, DECOULHAC, De VEYRINAS, Guy GUYOT, SIRIEIX, LIMOUSIN et CUBERTAFON. Ils prêtent serment à l’Empereur le 21 septembre.

 

Année 1861

Le 26 août 1861, ouverture de la ligne Limoges – Nexon – Périgueux.

Avec la mise en service de cette ligne, les transports de kaolin et de porcelaine de Saint Yrieix seront chargés sur des wagons en gare de Lafarge, cela ne concurrencera pas le kaolin des Monts d’Ambazac.

Le 2 mai 1855, une ligne de Limoges à Agen via Périgueux a été concédée à la Compagnie du Chemin de fer Grand Central. Cependant, suite à des difficultés financières, cette compagnie fut dissoute et la concession a été transférée le 19 juin 1857 à la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans. Les travaux, commencés en 1856, se sont terminés en mai 1861. La ligne a été mise en service le 26 août 1861. En 1863, elle a été mise à double voie. Elle constituait à l’époque un maillon important de la ligne de Lyon à Bordeaux comme pour la liaison Paris – Toulouse qui s’effectuait via Périgueux. Le 20 décembre 1875, une partie du trafic en direction de Toulouse a été détournée par la mise en service de la ligne de Nexon à Brive la Gaillarde. Aux neuf gares d’origine comprises entre Limoges et Périgueux (Beynac, Nexon, Lafarge, Bussière Galant, La Coquille, Thiviers, Négrondes, Agonac et Château l’évêque) sont venues s’ajouter ensuite les gares de Mavaleix (sur la commune de Chalais) et de Chancelade, ainsi qu’un arrêt à Ligueux, en rase campagne. En 1962, la deuxième voie a été déposée entre Nexon et Périgueux.

 

 

Année 1862

Le 7 mai 1862 il est décidé d’aménager une deuxième classe dans les bâtiments de l’Hôtel de Ville et de faire réparer celles existantes qui sont très vétustes. 1000 francs sont votés à cet effet.

 

Année 1863

Le 30 octobre 1863, Louis NADAUD est nommé instituteur à Nexon.

 

Année 1864

Le 15 avril 1864, Jean DUPUYTREN notaire à Limoges a fait don par testament d’une somme de 500 francs aux pauvres de la commune. Le Conseil vote des remerciements à la mémoire de feu DUPUYTREN.

 

Année 1865

Le 19 mai 1865 le Conseil proteste contre l’Etablissement d’un marché tous les 5 jours à Sereilhac car, dit-il, l’agriculture en souffre, les cultivateurs abandonnant leurs travaux pour courir les foires et marchés.

Le 13 août 1865 les conseillers sont réélus en totalité et LIMOUSIN est à nouveau désigné comme Maire par décret impérial.

Le 29 Décembre 1865 il fut créé à Nexon une commission cantonale pour le développement de l’instruction primaire dans la Haute-Vienne.

Elle se composait de Messieurs De GAY de NEXON – BESOUILLE – CROUZAUD, Juge de Paix – BESSE, Instituteur – LIMOUSIN, Maire – DELURET – Le Curé de NEXON et Monsieur MURE de BORD.

Cette association avait pour but de provoquer et de recueillir le plus d’adhésion possible soit comme donateurs, fondateurs ou membres de la Société, à émettre des idées et propositions qui seraient propres au développement de l’enseignement et de l’instruction, Cette commission décida de s’adjoindre Messieurs les Maires et les Instituteurs du Canton ainsi que le notaire de Nexon et le Directeur de l’Ecole libre des frères et Monsieur LIMOUSIN Paulin secrétaire de la Mairie.

Tous ces membres déclarent vouloir être fondateurs de l’association et versèrent à eux tous la somme de 52 francs.

Elle siégea plusieurs fois jusqu’en 1868 et distribua des récompenses en espèces à plusieurs instituteurs qui avaient au cours de l’année recrutée le plus grand nombre d’élèves.

Elle attribua aussi des médailles de bronze et d’argent à divers instituteurs. Le premier récompensé fut Monsieur BESSE, instituteur à Nexon, qui comptait à cette époque 82 élèves.

Cette même année le même BESSE, instituteur communal à Nexon, écrivait une lettre au Maire de Nexon afin de soumettre au Conseil Municipal des projets dans l’intérêt de l’Ecole. Dans cette lettre, il disait notamment : « Vous avez construit une salle de classe vaste et bien aérée mais le matériel est pour ainsi dire à créer. Les tables ont un besoin urgent d’être réparées et le nombre en est insuffisant.  Les tableaux de lecture que j’ai fournis et renouvelés à mes frais sont entièrement usés. Nous manquons de tableaux noirs, de cartes murales et d’autres objets d’une nécessité indispensable pour la bonne tenue d’une école. Un bon matériel contribuera beaucoup aux progrès des élèves. J’espère que le Conseil Municipal consentira à l’achat des objets d’une nécessité pressante,

Vous avez dû savoir, Monsieur le Maire, que Monsieur le Ministre recommande aux Maires d’établir dans toutes les communes des distributions de prix, ce qu’il appelle à bon droit des fêtes de villages, des fêtes de famille. J’ai toujours remarqué qu’une distribution des prix est un puissant encouragement pour les enfants aussi je me suis quelquefois imposé de grands sacrifices pour satisfaire aux vœux des élèves et des familles.

J’espère que vous ferez comprendre au Conseil Municipal que notre belle salle de classe fut inaugurée par une distribution de prix. Il est encore un point Monsieur le Maire d’appeler l’attention du Conseil Municipal. L’école de Nexon est classée depuis longtemps dans le nombre de celles qui nécessitent la tenue d’un instituteur adjoint. J’ai pourvu jusqu’à ce jour au traitement de cet adjoint dont l’entretien est une charge communale. Mes ressources ne permettent plus longtemps de faire ce sacrifice. Je viens vous demander Monsieur le Maire de solliciter de votre Conseil une allocation qui me dégrève de cette lourde charge.

Cet instituteur était un maître plus que dévoué et la récompense allouée était sûrement la bien venue.

 

Année 1867

Le 6 décembre Jean BEYRAND est nommé instituteur à Nexon.

 

Année 1869

Le 24 février 1869 le Conseil décide l’installation d’un bureau télégraphique à Nexon. Il sera installé dans une partie de l’Ecole Libre et le Directeur en sera le Frère REVERSAT, homme instruit, bon, honnête et aimé et si ce dernier est malade, le frère FLORENTIN pour le suppléer.

Le 27 février Anne Marie Rosalie LIABEUF, sœur EMILIENNE est nommée institutrice à l’Ecole communale de Nexon.

Le 30 mai, le Conseil décide de placer une deuxième fontaine publique sur la rue Gambetta actuelle et vote 1400 francs.

La bascule publique est déplacée.

Le 23 novembre Louis REBEYROLLE est nommé instituteur à Nexon.

 

Année 1870

Le 28 janvier 1870, décès subit de M. de Beaune-Beaurie père, ancien avoué près la cour et ancien juge au tribunal de Limoges à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. M. de Beau de Beaurie avait représenté pendant plusieurs années, avec le plus grand dévouement, au conseil général de la Haute- Vienne, le canton de Nexon. (Le Courrier du Centre, 28 janvier 1870)

Les tensions avec la Prusse sont utilisées par tous ceux qui veulent la guerre. De son coté le chancelier Bismarck y voit le moyen d’accélérer l’unification Allemande. Thiers et de Gambetta déploient des efforts désespérés pour l’éviter. Finalement l’Empereur va utiliser le motif de l’insulte publique contenue dans la dépêche d’Ems envoyée par le Chancelier à toutes les ambassades pour déclarer la guerre le 19 juillet 1870. Mais l’armée française était mal préparée, avec moins de soldats que ses adversaires et une artillerie de moins bonne qualité. Les français furent sévèrement battus  et le 2 décembre à Sedan, l’Empereur capitula. Cette capitulation provoqua un soulèvement populaire à Paris, la chute du Second Empire et la proclamation de la République, le 4 septembre 1870.

 

Bismarck et napoléon III après la défaite de Sedan.

LOGO2L’histoire de Nexon vue à travers les délibérations du conseil municipal : XI – La Monarchie de Juillet (1830 – 1848)

Dès le 30 juillet 1830, après la fuite de Charles X, les républicains proposent au duc d’Orléans la lieutenance générale du royaume . Le 7 août 1830 après un vote favorable des Chambres il devient Louis-Philippe 1er. Il refuse le titre de roi de France qui l’aurait fait Philippe VII et se fait proclamer roi des Français. Ce nouveau titre, déjà porté par Louis XVI de 1789 à 1792, lie la monarchie au peuple et non plus au territoire. Comme autre symbole fort, la nouvelle monarchie adopte le drapeau tricolore pour remplacer le drapeau blanc de la Restauration.

Le 2 Mai 1830 le Conseil proteste contre le mauvais état des chemins de la commune qui sont les plus mauvais du département. Il sollicite l’aide de l’Etat qui est faite pour les autres communes, celle de Nexon étant rejetée pour le motif que les colons de Mr DE VEYRINAS n’ont pas réglé leurs impôts depuis de nombreuses années.

Il sollicite une subvention de 300 francs pour l’établissement d’une institution primaire à Nexon.

Le conseil proteste contre la lenteur du courrier car une lettre postée à Limoges n’arrive à Nexon que 4 ou 5 jours après. En effet le service est fait par un piéton qui va de Limoges à St-Yrieix tous les 2 jours. Le conseil demande la création d’un bureau de poste à La Plaine ou au Plantadis où la commune ferait prendre son courrier à ses frais.

Il met en demeure le sieur SIRIEIX de démolir une étable qu’il a indûment édifiée sur un emplacement appartenant à la commune.

Un nouveau maire

Le 28 août Mr le Préfet nomme CUBERTAFOND Armand, notaire, comme Maire de la Commune. Il est installé dans ses fonctions le 3 septembre et prête serment au roi Philippe, Roi des Français.

Le 20 septembre Léonard SODIGNAC, nommé Receveur de l’enregistrement à NEXON, prête serment au roi.

Année 1831

Au recensement la commune compte 2 157 habitants.

Le 4 Mai 1831 le Conseil décide :

– d’acquérir pour la somme de 6 francs le buste du Roi des Français

– d’acquérir pour la somme de 33 francs le formulaire municipal

– la construction du pont de La Grange sur le ruisseau La Vannelle avec subvention de l’Etat

– les réparations au clocher de l’Eglise pour 300 francs

– l’achat de caisse d’habillement et tambours pour la Garde Nationale

Il prend acte de l’abandon à la commune par Mr le curé, du presbytère et, en contre partie, le Conseil lui alloue une indemnité de 130 francs par an.

Le 12 juin il émet un avis favorable pour la création d’un bataillon de la Garde Nationale qui se réunira à Nexon.

Le 14 décembre est décidé la reconstruction en pierre du pont de la Grange.

Année 1832

Le 14 janvier 1832 le Conseil, par tirage au sort, décide que les électeurs de la commune seront divisés en deux sections. Les électeurs de la 1ère section voteront le 24 janvier, ceux de la 2ème section le 27 janvier.

Le conseil était à ce moment formé de CUBERTAFOND, Maire, Jean PRADEAU, Mathurin BONNET, François Alexis de NEXON, François Louis GAYOT, Léonard TOUVENT, Martial FRUGIER, Jean Baptiste SIRIEIX, Léonard LAFARET, Jean Baptiste DECOULHAC, Pierre BARRET, Annet FAURE, Léonard FRUGIER et Antoine TARRADE.

Le 23 novembre le conseil délibère toujours sur le mauvais état des chemins vicinaux de la commune, mais ne prend aucune décision faute de moyens pour les faire réparer »

Année 1833

En France, l’acte de naissance de l’école primaire publique est signé par la loi Guizot du 28 juin 1833. Celle-ci, dans son article 8, précisa la notion d’école publique « celles qu’entretiennent en tout ou partie, les communes, les départements ou l’État ».

Le 6 septembre 1833, le Conseil, faute de ressources, refuse la création à Nexon d’une école d’enseignement supérieur.

Il décide que la rétribution mensuelle revenant à l’instituteur sera payée par les élèves à raison de 2 francs pour les commençants et de 3 francs pour ceux qui recevront les premiers principes d’écriture et de calcul.

Le sieur BESSE, instituteur, recevra un logement et une indemnité de 100 francs de la commune.

Année 1834

Le 12 mars 1834 le conseil délibère sur une demande du sieur MALNUIT qui a fondu et livré une cloche le 25 juin 1828 alors que le baron David des ETANGS était Maire et qui réclame le paiement au prix de 4 francs le kilo. Le conseil refuse de régler car l’ancien Maire n’avait pas consulté le conseil sur le prix et qu’il existait 3 cloches grandes ou petites et que cette fourniture était superflue.

Le 13 mars le conseil engage des poursuites contre SIRIEIX, aubergiste, et RICHARD, tailleur d’habits, qui se sont accaparé des terrains appartenant à la commune. Il désigne 3 de ses membres pour surveiller tous nouveaux empiétements et ordonne l’enlèvement de tous fumiers, terreaux, immondices, bois et matériaux qui seraient déposés sur la voie publique.

Les élections eurent lieu pour la réélection de la première moitié des conseillers municipaux le jeudi 13 novembre pour la première section et le samedi 15 novembre pour la 2éme section.

Furent élus : François Louis GAYOT, Martial FRUGIER, Léonard FRUGIER, Léonard CHIROL, Gabriel GIZARDIN, Antoine BEAUNE BEAURIE et Martial LAFAYE.

Année 1835

Le 11 janvier 1835 Arnould CUBERTAFOND fut nommé Maire et François Louis GAYOT adjoint, par arrêté de Mr le Préfet. Tous prêtèrent serment de fidélité au roi.

Les droits de place pour la halle rapportèrent 400 francs en 1834.

Année 1836

Au recensement de 1836 la population est de 2 160 habitants. On note une grande stabilité de la population.

Le 17 février 1836 le conseil est divisé sur le financement et le tracé d’une portion de route reliant le bourg de Nexon à la route de Limoges à St- Yrieix.

La demoiselle Léonarde BEAUDOU de Solignac est nommée institutrice à Nexon.

Le 21 mars 1836 le conseil donne son avis sur le tracé du chemin départemental de Limoges au Chalard qui est d’une grande nécessité. Il demande que ce chemin traverse les communes de Condat, Bosmie, Jourgnac, Nexon, St- Hilaire, Ladignac et Le Chalard.

Le 17 juillet 1836 le conseil proteste contre la création de nouvelles foires à Châlus, Saint Yrieix et Flavignac qui tomberaient en même temps que celles de Nexon.

Année 1837

Le 18 février 1837, le conseil délibère sur l’indemnité due au Juge de Paix. Cette question étant délicate, un conseiller se retire de la salle et le conseil n’étant plus en nombre ne délibère pas.

Les 4 et 6 juin il est procédé au renouvellement triennal du Maire, de l’Adjoint et de la deuxième moitié des conseillers. CUBERTAFOND Arnould et François Louis GUYOT sont renommés Maire et Adjoint. Sont élus conseillers FAURE, BARRET, LIMOUSIN, LAFFARET, FAURE Pierre, NARDOT et BEGOT.

Année 1838

Le 16 avril 1838, le Conseil donne un avis favorable pour la construction du pont de St-Paul sur la Briance, mais regrette que l’Etat établisse un droit de péage sur ce pont.

Le 29 juillet il donne un avis favorable pour la construction des chemins départementaux n°10, 13, 15,17 et 19.

Année 1939

Le budget de la commune augmente considérablement et s’élève à 7366,46 francs.

Le 26 septembre 1839 se présente un sieur MATHIEU Jean, gendarme à cheval qui déclare fixer sa résidence à NEXON et vouloir acquérir la Nationalité Française, étant né en Bavière.

Le Brigadier de Gendarmerie de Nexon se nommait LACROIX, la brigade était pourvue de chevaux.

7 décembre 1839 : Election au Conseil général. M. Beaune-Beaurie, avoué prés la cour royale de Limoges, a été élu conseiller général du canton de Nexon en remplacement de M. Henry, décédé, et a réuni 25 voix sur 43 votants au deuxième tour.

Année 1840

Le 3 mars 1840 le sieur LAFAYE veut s’approprier les sources du Communal du Brouillet. Le Conseil en fait défense, ces sources appartenant au communal du Brouillet doivent être jouies en commun.

Le 14 mars, le Conseil désigne Jean LIMOUSIN, docteur, et TARADE huissier comme membre du Comité local de surveillance de l’école.

Le 12 juillet la commune de PIERRE BUFFIERE demande la création de 12 foires. Le conseil donne un avis favorable mais fixe les dates à choisir : les 10, 13, 14,19 ou 21 de chaque mois.

Le 2 août 1840 sont installés les conseillers nouvellement élus, à savoirs : BEAUNE – BEAURIE ( Champagnac), THOUVENET, MOUSNIER, BAFFET, FRUGIER, GUYOT, GIZARDIN, PRADEAU.

Une amende de 5 francs sera infligée et perçue à l’instant à tout conseiller qui arrivera en retard ou ne siégera pas.

Le 3 août il délibère sur la reconstruction de la halle qui va être démolie pour permettre le passage du CD n°15. Il décide qu’elle soit reconstruite à coté de l’Eglise.

Le sieur Jean DELIVRON ayant été élu conseiller municipal le 26 mai est installé dans ses fonctions.

Année 1841

Lors du recensement de 1841, Nexon compte 2 061 habitants, en baisse par rapport au recensement de 1836. Il est difficile d’expliquer les variations de population entre deux recensements en l’absence de données plus précises. On peut penser que la méthode d’enregistrement des données n’est pas neutre. En effet, pour la première fois, le recensement est fondé sur le principe du domicile de fait et pour cela on recense la population à un jour de référence.

Le 17 mars 1841 le conseil examine une demande de foire de la commune de Magnac Bourg. Il décide que ces foires ne pourront se tenir le 18 septembre car le 18 se tient à Nexon, depuis un temps immémorial, la plus grande, la plus brillante et la plus considérable des foires du département.

Année 1842

Le 28 février 1842 le Maire est autorisé à faire dresser le plan d’une nouvelle halle avec une salle de Mairie et une Salle de Justice de Paix.

Le 9 mai le conseil décide de mettre du poison pour détruire les chiens errants et que ceux qui seront trouvés sans muselière et sans collier seront abattus.

Année 1843

Le 10 Janvier 1843 il fixe la pente de la place de l’Eglise à 5 centimètres par mètre et la construction de perron pour les maisons qui se trouvent au dessus de ce niveau.

Le 13 août sont installés les nouveaux conseillers élus : LIMOUSIN, DECOULHAC, LELONG, FAURE, CHIROL, FAURE, HEBRARD de VEYRINAS.

Année 1845

Le 12 mai 1845 le conseil accepte un leg de 500 francs de M. Jean Baptiste de GAY de NEXON, décédé. Ce leg sera réparti entre les pauvres de la commune.

Il décide d’accorder des concessions perpétuelles au cimetière à raison de 15 francs le métré carré et 7,50 francs pour 30 ans.

Année 1846

Cette année, lors du recensement, la population de Nexon s’élève à 2 370 habitants. la population c’est accrue de 209 habitants en 5 ans soit une augmentation de 10,1%.

Le 4 mai 1846, Jacques PENICAULT, Maître de Poste est installé au relais de Poste de La Plaine, par arrêté du Roi, avec engagement d’avoir de nombreux postillons, chevaux et équipages nécessaires et prescrits par le service.

Année 1847

Le 10 février 1847 le conseil décide la création d’un bureau de bienfaisance pour secourir les indigents. Il affecte la chapelle communale pour servir d’asile. Il vote une somme de 100 francs à ajouter à celle de 200 francs, recueillie par dons dans la commune.

Il décide d’aménager la cour du Presbytère.

Mr le Baron de Nexon prête volontairement à la commune 5.000 francs pour acheter du blé à distribuer aux nécessiteux. Le grain acheté sera déposé dans le grenier de Mr le Curé et de Mr le Juge de Paix.

Les matériaux de la Halle démolie seront vendus au profit du bureau de bienfaisance.

Ouverture d’ateliers de charité

Le 22 mars la population ouvrière de la commune éprouvant les plus vives souffrances par suite de la cherté des denrées alimentaires et le manque de travail, il est décidé d’ouvrir immédiatement des ateliers de charité sur les chemins vicinaux. Le conseil affecte à cet effet une somme de 3.327 francs.

Il adresse des félicitations à l’instituteur BESSE pour ses bonnes méthodes d’enseignement.

Il adopte le tracé du CD vers la Meyze et la Roche l’Abeille.

Année 1848

Au début de son règne le Roi est aimé et appelé le « Roi Citoyen », mais sa popularité diminue sous le gouvernement de GUIZOT de plus en plus conservateur. Les conditions de vie des classes populaires se détériorent et les écarts de revenus augmentant considérablement. La crise économique de 1846 et la contestation républicaine vont conduire à une nouvelle révolution. Elle éclate le 22 février 1848 lorsque le Roi interdit le Banquet du 22 février 1848. GUIZOT démissionne le lendemain. Le 24 février 1824 Louis-Philippe abdique en faveur de son jeune petit-fils « Louis Philippe II », son fils et héritier, le prince royal Ferdinand-Philippe, étant mort dans un accident en 1842.