Une histoire illustrée de nexon
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Merci à Chantal qui était dans la même classe que ma petite sœur Marie Andrée et qui m’a prêté ces photos.

La classe de maternelle 1957-1958
La classe de CP 1958-1959
Le cours élémentaire 1959-1960 avec mes deux sœurs, Marie Andrée et Anne Marie.
Cours élémentaire 1960-1961. Ma sœur AM n’est plus avec MA. Elle est passée au cours moyen
Cours moyen 1961-1962

Le parc du château est un site classé à l’inventaire des monuments historiques. Clos par un mur en pierre, il s’étend sur 38,5 hectares.

Il a été créé, sans doute en 1854, par Paul de Lavenne, Comte de CHOULOT, paysagiste français, pour le baron Astolphe de Nexon. Paul de LAVENNE, né à Nevers le 31 janvier 1794 a été anobli en 1824 par Louis XVIII dont il était garde du corps. Véritable personnage de roman il a une vie trépidante et riche auprès des grands du royaume, en particulier la duchesse de Berry dont il fut agent secret. Passé 50 ans il se retire dans son et entame une carrière d’architecte paysagiste. Il la poursuivra jusqu’à sa mort, le 4 avril 1864, après avoir dessiné plus de 300 parcs en France et en Europe.

Il écrivit en 1846 son ouvrage L’Art des jardins dans lequel il expose ses principes. Son idée maîtresse est qu’il est primordial d’intégrer le parc à créer au sein de son environnement naturel. De ce fait le parc est une partie d’un ensemble plus vaste. Il écrit « Il faut tirer le plus grand parti des potentialités du terrain, connaitre la nature géologique du sol, exploiter les particularités du terrain, utiliser le plus souvent possible la végétation indigène et davantage dessiner le parc en enlevant des arbres et en y faisant quelques plantations judicieuses plutôt qu’en y plantant des arbres exotiques qui ne s’intégreraient pas au paysage d’origine.

1- Les parc conçus par le comte de CHOULOT en Haute – Vienne

En Haute-Vienne on lui doit 6 parc. L’un au château de Bagnac, à Saint Bonnet de Bellac, pour le M. le marquis de BAGNAC. Aujourd’hui ce parc a disparu et le château est en ruines. A Isle il dessina le parc du château de la Chabroulie, alors propriété de M. LESTERPT de BEAUVAIS. Le parc originel s’est progressivement effacé, le château étant resté inoccupé pendant un demi-siècle. Repris en 1997 par M. de LA SELLE le château et le parc sont ouverts toute l’année au hôtes qui occupent les quatre chambres mises à leur disposition. Le parc du château de La Cosse à Veyrac, propriété de M. de CHATENET a également été dessiné par le comte de CHOULOT. Le parc a été subit de nombreux aménagements par les propriétaires. Il se visite sur rendez-vous le dimanche après-midi. Le château de Laborie, à Solignac était la propriété de la famille NOUALHIER, émailleurs à Limoges. Armand NOUALHIER (1803 – 1885) fit une brillante carrière politique étant député de la Haute-Vienne de 1852 à 1870 et maire de Limoges (1853 – 1860). Il fit aménager le parc du château de la Borie mais il n’en, le château ayant changé plusieurs fois de propriétaires. Fréderic LE PLAY, polytechnicien fit une brillante carrière d’ingénieur des Mines et de professeur. Il fut également Conseiller d’Etat, Sénateur, Inspecteur Général des Mines mais aussi économiste et sociologue avec une réputation internationale.  En 1856 il achète le domaine de Ligoure alors à l’abandon. Il transforme totalement le domaine pour mettre en application ses idées novatrices en matière d’agriculture. Le parc paysager a été conçu par le comte CHOULOT. Le domaine est toujours resté dans la famille Le Play mais il est aujourd’hui géré par l’Association du château de Ligoure.

 2- Le parc de Nexon conçu par le comte de CHOULOT

Le comte CHOULOT, pour dessiner le parc que lui commandait le baron Astolphe de Nexon, s’appuya sur les espaces existants tels que les masses boisées et les chaos rocheux de la colline. Il fallait offrir au château un parc d’agrément au goût du jour et donner une impulsion aux haras. Pour cela il conçu le parc en deux parties principales : les abords du château traités en jardin d’agrément et un secteur boisé sur la partie sud-ouest du château.

Les différents espaces sont reliés entre eux de manière subtile et l’on passe en douceur de la cour d’entrée au bois.

La cour d’entrée, espace clos en terrasse sablée sert à la fois de cour d’honneur à l’avant du château et de cour pour les grandes écuries situées en retrait, à l’arrière d’une haie d’ifs taillés. Cet espace est orné par la fontaine Saint-Ferréol édifiée en 1929, à deux vasques en granit surmontées d’une statue en plomb.

Longeant les murs d’enceinte est et nord du parc, les passages avaient pour fonction de relier le château aux dépendances (communs, écuries, orangerie), au jardin potager et aux parcelles agricoles par des allées différentes, soit par de larges allées cavalières et piétonnes bordées de platanes, ifs et buis, soit par de petites sentes. Ces espaces ont aujourd’hui disparu ainsi que le canal, autrefois en quart de cercle. La pelouse à l’arrière du château offre une perspective sur le bois.

La fontaine des Marmousets

Au pied du château subsiste la petite fontaine des Marmousets, en bronze ornée d’angelots, dont les proportions ne sont plus en rapport avec le parc en raison de la disparition du labyrinthe de rosiers qui la cernait et lui donnait toute sa place dans la composition d’ensemble.

Un canal souterrain traversant le parc du sud au nord alimente le petit étang, puis se déverse en cascade dans la grotte construite en deux niches. Le circuit se prolonge de manière souterraine vers le canal et vers la fontaine des Marmousets, avant de se rejoindre dans la cour d’honneur pour alimenter la fontaine Saint-Ferréol.

Les vastes prairies qui s’étendent au sud ont vu s’implanter les chapiteaux du Sirque.

le chapiteau dans la pr

Situé au sud-ouest du château, le bois correspond à la plus grande partie du parc. Les massifs boisés sont peuplés de feuillus qui se sont développés de manière naturelle et sont composés de chênes, hêtres, érables, acacias, noisetiers et taillis de châtaigniers.

On découvre ainsi en plein cœur de ce bois, au point haut du parc, une série de chaos rocheux, tous différents dans leur configuration et leur forme. Plus au nord se trouve le rocher légendaire de saint Ferréol.

Le rocher saint Ferréol

La présence dans le bois de la chapelle funéraire de la famille de Nexon renforce l’esprit sacré. La chapelle et les chaos rocheux ont été encadrés par des plantations en masse de rhododendrons.

Chapelle funéraire

Les sous-bois à proximité de la chapelle et des pièces d’eau ont été plantés de houx, de buis et d’ifs afin de bien marquer le caractère religieux ou pittoresque. Par contre les rochers ont été dégagés pour leur donner un caractère plus sauvage.

Des modifications ont été apportées au plan originel. Des essences exotiques comme le cryptomeria ont été plantées et en 1979-1980 des parcelles ont été exploitées. Les arbres abattus ont été remplacés par des plantations en alignement de frênes, de merisiers, de noyers, de chênes rouges et de résineux.

3 -Le rocher Saint Ferréol et sa légende

En suivant l’allée n°2, environ 200 mètres après être passé devant la chapelle funéraire, sur la gauche, s’élève le fameux rocher Saint Ferréol. La légende veut que le jour de leur mariage, les jeunes mariés qui viennent s’assoir sur le rocher sont assurés de s’aimer toujours et de vivre un parfait bonheur. Plusieurs cartes postales représentent ce rocher, avec ou sans personnages. Sur la carte postale ou figurent deux jeunes, la jeune fille en habits limousins est Marie PENOT, la fille des concierges du château. Le jeune garçon est un jockey de l’écurie du baron de Nexon. Le cliché a été pris en 1913 ou au début de l’année 1914.

Plusieurs cartes postales montrent un portique. Il a sans doute été démoli pour cause de vétusté.

Dans le haut du parc, en bordure du verger, a mi-chemin entre le manège et la sortie vers l’étang de la Lande se trouvait une petite maison dans laquelle les enfants du baron de Nexon aimaient jouer. Sans entretien elle a subi les affres du temps et a disparu. Il en reste un croquis que m’a adressé Ferréol de Nexon.

Contiguë au parc, avec vue sur la maison de retraite s’élève le Jardin des sens dont nous parlerons dans un prochain article.

Un peu d’étymologie

Mazaud, Mazeau, Mazeaud… A l’origine, il y a le verbe latin manere qui signifie demeurer, rester. Toujours en latin la demeure va devenir le nom commun « mansio » puis « mansion » en vieux-français. Ce mot se transforma en « maison » en français.  Mais dans certaines langues locales, Provençal, Occitan … la racine originelle « mans » va se fixer en « mas ».

A partir de la vont se créer des diminutif pour désigner un petit mas : Mazeau, Mazeaux, Mazeaud mais aussi Mazo, Mazou, Mazel, Mazet ou Mazoyer et Mazelier pour désigner les habitants du mas. L’une des formes les plus répandues est Mazères, lieu de plusieurs maisons, hameau…

La Mazaurie est une copie avec agglutination de l’occitan « mas âou ri » lequel est la transposition du latin mansus ad rivum, « la métairie, la ferme, le mas près du ruisseau ».

Naissance de la lignée des MAZEAUD de La Vigne

La lignée des MAZEAUD naît en 1772 avec François MAZEAUD. Il est propriétaire à Saint Yrieix. Il a épousé Catherine VERGNIAUD, fille du frère du célèbre orateur des Girondins, né à Limoges 1753. François a plusieurs enfants dont Alexandre Léonard MAZEAUD, né en 1802, décédé en 1852. Comme son père il possédait des propriétés agricoles autour de St Yrieix et vendait à Limoges le foin qu’elles produisaient.

Alexandre MAZEAUD (1802-1852)

Le premier août 1831 Alexandre Léonard MAZEAUD reçoit, de la part de Louis Philippe 1er Roi des Français, «la médaille » en faveur de ceux qui se sont distingués par leur dévouement à la cause de la liberté dans la révolution de juillet 1830.

Médaille juillet 1830

L’achat du domaine de La Vigne

En 1835, il épouse Marie Abriat LAFOREST (1806 – 1880) dont le père est aussi propriétaire à Saint Yrieix. Alexandre venait d’acheter la propriété de La Vigne située sur la commune de Nexon. Cette propriété faisait partie des biens du Sieur Charles de DAVID, baron des Étangs, maire de Nexon de 1824 à 1830.  Rencontrant de graves difficultés financières, il était poursuivi par son marchand de vin en gros, Guillaume LAUDINAT, qui a demandé la saisie des biens et leur vente à son profit. Elle eut lieu à l’audience des criées du tribunal de Saint Yrieix, le 17 septembre 1834, ouverte sur la mise à prix de 10 000 francs.

les Annales de la Haute-Vienne du 5 septembre 1834

Alexandre Léonard, aura plusieurs enfants parmi lesquels Camille (1836-1894) qui épouse Marie Le BERTHON de BONNEMIE et Henri Alexandre MAZEAUD, né à Saint Yrieix le 19 novembre 1837, décédé à Douai le 30 octobre 1899.

Cette famille avait une aisance financière qui permettait à leurs enfants de faire des études, principalement en Droit, à Bordeaux ou à Paris. A partir de cette génération, les MAZEAUD quittent définitivement l’habit de « gentleman farmer » pour celui de Juriste.

Henri MAZEAUD obtient son diplôme de Docteur en Droit à Paris le 17 août 1863. Il effectuera une brillante carrière dans la magistrature.  Magistrat sincèrement républicain, il est nommé substitut du procureur général à Limoges le 12 septembre 1870. En 1877 il est nommé avocat général à Rennes et le 11 février 1879 il est promu procureur général à Besançon. Le 5 septembre 1883 il devient premier président de la Cour d’Appel de Douai.


Henri MAZEAUD, premier président de la Cour d’Appel de Douai.

La construction de la maison de maitre.

Henri aime la propriété de La Vigne que son père a achetée. Il y vient en vacances avec sa femme, Marguerite Rosalie David qu’il a épousée le 3 février 1873. Ils logent dans une petite maison, sans grand confort, dans la cour de la ferme. Le couple, très attaché à cette campagne limousine, décide de s’y installer pour leur retraite. Pour cela il décide de faire construire une maison de maître avec parc et jardin potager, le tout doté d’un système pour disposer d’eau à volonté.

L’emplacement de la maison est choisi sur la pente qui descend plein sud avec une vue panoramique sur le vieux moulin de la Mazaurie. Les coteaux étaient sans doute jadis plantés de vignes, d’où le nom actuel, La Vigne.

Les fondations de la maison nécessitent une centaine de tombereaux de pierre qui sont livrés en juin 1888 et à la fin de l’année 1890, les principaux travaux sont terminés.

Pour mener à bien tous ces travaux, Henri MAZEAUD, qui est à Douai, a pris un maître d’œuvre, Charles LEMOYNE de St Yrieix avec lequel il échange une volumineuse correspondance. Mais Henri compte également sur la vigilance de son frère Camille, qui, résidant à Saint Yrieix, surveiller le chantier.

Henri meurt brutalement le 30 octobre 1899 et ne verra pas sa propriété complètement achevée avec les jardins, les allées… C’est son épouse, Marguerite, secondée par son fils unique Félix, qui mettra la dernière main à cet ouvrage. La Vigne ne sera donc pas habitée tout au long de l’année comme l’avaient prévu Henri et Marguerite MAZEAUD, mais deviendra une maison de vacances, utilisée chaque année par les enfants, petits-enfants, cousins…

Le Mémorial Artésien, 24 octobre 1899
Le Courrier du Centre 27 octobre 1899

Félix prend La Vigne en main.

Félix MAZEAUD, fils unique de Henri et Marguerite, né le 24 septembre 1875 à Limoges, est décédé à Nexon le 22 septembre 1954.

Après ses études de droit à la Faculté de Lille Félix MAZEAUD devient avocat à Amiens, puis comme son père, il va embrasser la carrière de la magistrature. Celle-ci l’emmènera d’abord en Bretagne où le 6 mars 1900 il est substitut à Lannion ; le 15 avril 1902, substitut à Rennes ; le 16 juillet 1904, procureur à Ploërmel ; le 28 novembre 1905, procureur à Pontivy ; le 30 mai 1908, procureur à Quimper. Le 12 mai 1912, il est nommé substitut du procureur général près la Cour d’appel de Lyon, puis à Amiens ou il est 1er président de la cour d’appel.

Le Temps 22 février 1932

Procureur de la République à Lyon pour finir à Paris d’abord Conseiller à la Cour de Cassation en 1936 puis président de la Chambre des requêtes de cette Cour en juin 1941.  Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 29 juillet 1925.

Félix MAZEAUD, président de la Chambre des requêtes de la Cour de Cassation

Très éloigné de La Vigne par son métier, Félix MAZEAUD va malgré tout s’occuper très activement de cette propriété qu’il adore et apporter à cette maison du 19ème siècle le confort du 20ème naissant. Mais, surtout, il va planter beaucoup d’arbres ; des chênes, des tilleuls, des hêtres, des douglas, et beaucoup d’espèces fruitières. Il fait entretenir les châtaigneraies avec soin par les métayers. Il faisait participer ses enfants et petits-enfants à ces plantations et attribuait à chacun d’eux un arbre qui devenait sa propriété personnelle.

Avant la guerre de 1914-1918 à La Vigne

A La Vigne, Félix MAZEAUD était loin de la rigueur et de la solennité des Palais de Justice il aimait la vie et les plaisirs simples de la campagne, par exemple la pêche aux écrevisses. C’était une fête à laquelle participaient les enfants, les oncles. La préparation était déjà une cérémonie avec la mise en état des balances, la découpe des boyaux de lapin, la distribution de bâtons à chaque participant en prévision des vipères. Et puis c’était la descente vers les ruisseaux, en procession. A l’arrivée chacun avait son emplacement et deux ou trois balances à surveiller ; En une après-midi c’est une soixantaine d’écrevisses qui étaient prises aux pièges. Le lendemain, c’était un autre cérémonial, une grande serviette autour du cou, débute la lente dégustation pour laquelle chaque étape dure une éternité pour celui qui n’aime pas ces crustacés : chaque écrevisse est décortiquée, suçotée avec délectation jusqu’à la dernière miette.

Le 14 juin 1899, à Amiens, Félix MAZEAUD épousait Alice de ROUSSEN, née en 1879. Elle décédera en 1964.

Le Figaro, 22 juin 1899

Ils auront cinq enfants : Henri et Léon, les jumeaux nés en 1900, que seuls les membres de la famille pouvaient distinguer, Jean né en 1904, Pierre né en 1908 et Marguerite en 1916.

Félix Mazeaud décède à La Vigne le 22 Septembre 1954, âgé de 78 ans. Lors de la rentrée solennelle de la Cour de Cassation en Octobre 1955 un hommage lui sera rendu dont on lira le texte en annexe.

Henri MAZEAUD, l’héritier de La Vigne.

Henri MAZEAUD naît le 7 mars 1900 à Limoges. Il décède le 23 octobre 1993 à Paris, à l’âge de 93 ans. Il avait un jumeau, Léon (1900 – 1970), deux autres frères, Pierre (1907 – 1959) et Jean (1904 – ), et une sœur, Marguerite.

Bien avant sa mort, son père, Félix MAZEAUD, avait soigneusement préparé les modalités de sa succession. Dans ce partage, Henri recevait La Vigne. Il n’attend donc pas le décès de son père pour prendre en main la propriété et commencer d’importants travaux dans lesquels il englouti une grande partie de ses revenus.

Il épouse Paule MASSE (1907-1947), fille de Jean Masse et Jeanne DELACOUR, à Corbie, chef-lieu de canton dans la Somme.

Ils ont quatre enfants : Jean (Mai 1926 – Juillet 1926), Marie (1929 -1970), Jacques (1930 -), Frédéric, (1939 – ).

Henri et Léon, font leurs études de droit à Paris jusqu’au doctorat qu’Henri obtient en 1921. En 1926, reçu major au concours d’agrégation des universités, Henry est nommé à la Faculté de Droit de Lille ou il est promu Professeur en 1930. Parallèlement il occupe un poste à Varsovie de 1931 à 1939, où il se rend chaque année pendant un semestre. Il devient directeur de l’Institut Français puis Chef de la Mission Universitaire française en Pologne. En 1939 il est accueilli comme Professeur à l’Université de Paris ou il restera jusqu’à sa retraite.

Henri MAZEAUD, jeune professeur de Droit

En 1939 il est mobilisé et affecté dans l’administration militaire ou il s’ennuie. Il demande alors d’être transféré dans la brigade polonaise comme sous-lieutenant et participe brillamment à la Campagne de Norvège début 1940. Démobilisé, il retrouve sa chaire à Paris. Auprès de ses étudiants il prône la lutte contre l’occupant, puis entre dans la Résistance, devient le chef du mouvement Alliance pour la Picardie et Le Nord-Pas-de-Calais. Les actions qu’il mène lui vaudront de recevoir la médaille de la Résistance et d’être officier de la Légion d’Honneur. En 1944 il s’engage avec le grade de capitaine dans la première division blindée polonaise. La paix assurée, il retourne à Paris. En annexe on lira le témoignage de Roland DUMAS qui bénéficia de l’aide d’Henri MAZEAUD pour obtenir des faux-papiers.

Henri Mazeaud est un personnage de légende dans l’univers du droit privé à la fois par le nombre et la qualité de ses publications et la qualité de ses cours mais aussi pour son parcours non universitaire. Mais on ne peut pas parler d’un MAZEAUD sans évoquer les autres, surtout en droit privé. Léon MAZEAUD était, comme Henri, professeur à l’université de Paris. Engagé dans la résistance il est arrêté à Paris et déporté à Buchenwald. Lorsqu’il en revint, il fonda le mouvement l’Union des déportés dont il devint le président et participa à la création du Rassemblement du Peuple Français (RPF). Jean MAZEAUD, leur plus jeune frère n’était pas universitaire mais magistrat, carrière qu’il termina comme conseiller à la Cour de Cassation.

Les frères ne faisaient souvent qu’un lorsqu’ils publiaient. Leur premier ouvrage fut le « Traité théorique et pratique de la responsabilité » rédigé par Henri et Léon MAZEAUD à partir de 1931. Ils seront rejoints par André TUNC puis Jean MAZEAUD.

L’ouvrage le plus magistral est celui publié par les trois frères Henri, Léon et Jean « Les Leçons de droit civil » publié en 1955 en quatre tomes. Ces leçons constituent à la fois un manuel, grâce aux importants résumés qui précèdent chaque leçon, et un traité, grâce aux développements, notes et lectures qui les complètent. Cet ouvrage a été réédité pour la douzième fois en 2000 par Sabine MAZEAUD-LEVENEUR, petite fille de Léon et son mari, Laurent LEVENEUR.

Dans cette saga on ne peut pas oublier Pierre MAZEAUD, fils de Jean MAZEAUD, qui est né le 24 août 1929 à Lyon. Docteur en droit, juriste, il entame une carrière politique qui le mènera dans différents cabinets ministériels avant qu’il soit nommé Secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs de 1973 à 1976. Député des Hauts de seine de 1968 à 1973 puis député de la Savoie de 1988 à 1998. Membre du Conseil constitutionnel en 1998, il en est le Président de 2004 à 2007.

Alpiniste reconnu, il a dirigé la première expédition française qui a escaladé le mont Everest en 1978 et a atteint lui-même le sommet.

Comme tous les MAZEAUD il a souvent passé des vacances à La Vigne. La proximité de Limoges l’a conduit en 1965 à être candidat aux municipales à la mairie de Limoges ou il est battu par Louis Longequeue.

Pierre MAZEAUD, le jour de sa réception à l’Académie

Henri MAZEAUD est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 10 février 1969 dans la section Législation, droit public et jurisprudence. En annexe on lira le discours de réception prononcé par Alain BARRERE, doyen de la Faculté de droit de Paris.

Henri MAZEAUD en habit d’académicien

Comme son père et son grand-père, Henri MAZEAUD est, par son travail, très éloigné de la propriété de La Vigne. Elle ne sera occupée que pendant les vacances. Mais comme eux il va y consacrer une partie de ses revenus. Il va, petit à petit, acheter des terres et des bois pour que La Vigne présente un ensemble cohérent, sans parcelles incluses dans son périmètre. Mais s’il ne réussit pas à acquérir l’étang de la Forêt, lieu des baignades estivales de tous les vacanciers à La Vigne, en 1971 il va pouvoir enfin ajouter au patrimoine familial le moulin de la Mazaurie, convoité depuis plusieurs générations avec les terres qui l’entourent. Ce moulin appartenait à Emile PRADEAU, fils de l’ancien meunier, qui était greffier à Senlis.  Après avoir tout d’abord consentit à le louer il finit par le céder. L’achat fut réalisé avec des fonds provenant de tous les enfants d’Henri et à leurs noms.

Vue vers le moulin de La Mazaurie depuis la terrasse de La Vigne

Les bâtiments bénéficient eux aussi de nombreux travaux d’amélioration afin d’assurer aux résidents un confort conforme à l’époque et rendre la maison habitable en toutes saisons : WC, chauffage central, toitures, allées, …

La maison en 2018

Henri MAZEAUD décède le 23 octobre 1993 à Paris, à l’âge de 93 ans.

C’est Jacques MAZEAUD l’un des quatre enfants d’Henri qui reprend La Vigne en indivision avec son fils Denis. La Vigne reste une demeure de vacances. Jacques n’a pas embrassé la carrière juridique et s’est orienté vers un métier technique, celui de la reprographie. Il a réalisé pratiquement toute sa carrière chez Kodak. Il a épousé Chantal DAURIAC et ils ont eu trois enfants dont Denis, né en 1956, professeur de droit à l’université Panthéon-Assas.  

 A la retraite Jacques s’installe à Limoges. Il vient presque tous les jours à La Vigne et chaque été le domaine résonne des cris joyeux des enfants qui retrouvent les gestes de leurs ancêtres.

ANNEXES

L’arrivée de l’électricité et du téléphone à La Vigne

En 1929 une modeste ligne électrique arrive jusqu’à La Vigne, juste suffisante pour l’éclairage de la maison. Avant cette date, la lampe à pétrole était reine pour les pièces principales, secondée par les bougies. La puissance ne permet d’installer qu’une ampoule dans chaque pièce et rarement une prise.

Par la suite la puissance installée permis d’alimenter un minimum d’appareils électriques et d’améliorer l’éclairage et en 2000-2001 une installation moderne et aux normes a été réalisée.

Jusqu’en 1953, il n’y avait pas de téléphone à La Vigne. Pour téléphoner, il fallait courir à Valette, lieu le plus proche où se trouvait un appareil accessible au public, dans la maison de la famille DEZON. Le télégramme palliait souvent ce manque de communication, il était porté jusqu’à La Vigne, en vélo, par des Nexonnais de bonne volonté.

En 1954 la santé de Félix MAZEAUD déclinant sérieusement, il devenait indispensable de disposer d’un moyen de communication rapide. Son fils Henri fit de nombreuses démarches et obtint, courant 1954, un branchement sur Nexon, via Saint Hilaire les Places, avec le numéro 17. En 1965 un grand progrès a lieu avec un branchement direct sur Nexon, avec le numéro 117, pour devenir aujourd’hui le 05 55 58 11 17.

Hommage au Président Félix Mazeaud, lors de l’audience solennelle de rentrée de la Cour de Cassation le 3 octobre1955.

« Monsieur le premier président Mazeaud a laissé à la Cour de cassation un grand souvenir.

Je n’ai eu l’honneur de le rencontrer qu’une seule fois, alors que, déjà à la retraite, il venait au Tribunal de la Seine assister à la remise de la croix de la Légion d’honneur à son fils, notre collègue Jean Mazeaud.

Il avait conservé ce regard aigu, qui avait dû, en dépit de sa bonté, intimider tant de jeunes magistrats. Je le fus pour ma part, frappé par une réserve et une discrétion qui n’excluaient cependant pas une irrésistible impression d’autorité.

Né à Limoges, en 1875, lauréat de la Faculté de Lille, monsieur Mazeaud est entré dans la magistrature en 1900 ; et nous pouvons penser que s’il a choisi d’être juge, c’est dans un libre mouvement vers une activité toute dominée par la morale.

Tout de suite, il s’est imposé par des qualités exceptionnelles : « Grand travailleur, magistrat remarquable par son savoir, son intelligence et la finesse de son esprit ». Telle est l’appréciation des chefs de Cour sur le jeune magistrat qui avait devant lui le plus bel avenir.

Après quatre ans passés en Bretagne, à Lannion, à Rennes, à Quimper enfin où il succède, comme procureur, à monsieur Le March’hadour, dont nous n’avons pas perdu le souvenir, il est nommé, en 1908, substitut du Procureur Général, à Lyon. Il a trente-trois ans.

C’est dans ce grand ressort, où déjà il a su donner toute sa mesure, que le surprend le conflit de 1914. Il part comme commissaire du Gouvernement dans un Conseil de guerre. Il exerce ses fonctions sur le Front, il y reçoit la Croix de guerre et, lorsque les chefs de la Cour de Lyon le présentent en vue de sa nomination au poste d’avocat général, ils rappellent les services qu’il a rendus dans ces juridictions militaires et les épreuves auxquelles il y a été soumis, ils ajoutent qu’elles sont un nouveau titre et non des moindres à l’avancement qu’il mérite.

Cet avancement, monsieur Mazeaud l’obtiendra bientôt : avocat général, puis chef du Parquet de la seconde ville de France, il a à connaître des affaires les plus importantes, et fait apprécier son tact et sa fermeté, aussi est-il placé, en 1927, à la tête du Parquet général d’Amiens. Pendant dix ans, monsieur Mazeaud exercera les plus hautes fonctions judiciaires de cette Cour, dont il deviendra premier président, en 1930.

Et c’est ainsi qu’une nouvelle carrière s’ouvre devant lui, celle de magistrat du Siège qu’il commence par les sommets. Il y sera vraiment lui-même, je veux dire : un grand juriste.

Sa réputation, déjà, s’est étendue au-delà des frontières ; il avait été appelé, en 1925, à, faire, en Pologne, une série de conférences sur l’institution du jury en France, qui contribuèrent au prestige de notre pays.

A Amiens, le premier président Mazeaud imprimera à la jurisprudence la marque de sa forte personnalité, notamment en ce qui concerne la protection de la famille ; mais c’est surtout en matière de responsabilité qu’il va prendre parti sur de nombreuses questions que le développement de la science et de la technique rend à la fois nouvelles et fréquentes.

Aussi ces questions deviennent-elles sa spécialité lorsqu’il vient siéger, à partir de 1956, à votre Cour.

La responsabilité civile, nous savons tous combien le nom de Mazeaud est attaché à ce domaine, si important en droit moderne. Eh bien ! messieurs, la plupart des arrêts rendus alors en cette matière, et qui vont orienter la jurisprudence, sont le résultat de ses travaux.

C’est ainsi qu’il sera appelé à occuper un des premiers postes de la magistrature française : la présidence de la chambre des requêtes lui est bientôt confiée.

Pendant cinq ans d’un labeur écrasant, il préside cette assemblée qui, déjà sous l’Ancien Régime, réglait le rythme des affaires au Conseil des parties, et dont la disparition s’est fait sentir dans l’afflux des causes civiles et commerciales toujours plus nombreuses.

C’est là qu’il rend le premier arrêt formel sur le calcul de l’indemnité d’après la valeur du dommage au jour où la décision est rendue. C’est là qu’il affirme encore une fois son attachement à un certain idéal moral et social qui a été celui de toute sa vie.

C’est que, dans toute l’acception du terme, monsieur le premier président Mazeaud a été ce que l’on appelait jadis, un grand libéral.

Un grand libéral, c’est un homme qui, dans le libre jeu de sa propre personnalité, garde un respect profond de la personne et de la dignité humaine.

Un grand libéral, monsieur le premier président Mazeaud l’a été avec sérénité, mais aussi avec courage. Aux jours sombres de l’occupation, il a refusé d’accepter ce que d’aucuns appelaient l’ordre et qui n’était que la cristallisation d’un affreux désordre.

Ses trois fils s’étaient jetés dans la résistance active, où ils ont fait partie du groupe « Alliance ». En avril 1944, Léon Mazeaud est arrêté alors qu’il transmettait par radio des renseignements sur les aérodromes ennemis. Il ne rentrera qu’en 1945, après avoir subi le martyre des camps allemands.

Cette déportation, elle avait été pour le président Mazeaud, un coup terrible, il le supporta avec le courage de l’homme fort : en mai 1944, alors que son fils venait de tomber aux mains des Allemands, il avait refusé, sous la menace du revolver, de saluer un drapeau de la milice.

Père des professeurs Henri et Léon Mazeaud, et de notre collègue, le conseiller Jean Mazeaud, il était lui-même fils de magistrat. Dans ce foyer, qui était vraiment la maison des juges, il vivait avec simplicité et noblesse. Imprégné de culture classique, il appartenait à une génération où l’on lisait encore le latin.

Aimant les livres et la musique, ses seules distractions étaient d’aller au concert ou de lire à ses enfants, le soir, les grands classiques ; il adorait Racine.

Les vacances, cependant, le ramenaient à la montagne, car l’équilibre de sa nature avait permis à cet homme de cabinet d’être aussi un sportif : ne l’a-t-on pas vu, à soixante ans, se briser une jambe en faisant du ski.

Aussi, dans la retraite, il est resté un grand serviteur. Lui qui s’était dévoué à notre vieille amicale, dont il fut président, avant la création de l’Union fédérale, il se consacra désormais à la Commission supérieure des dommages de guerre, tout en continuant à donner son concours à l’association Capitant et à rédiger pour le Sirey des notes nombreuses et remarquées.

Et puis, l’hiver dernier, à la suite d’un refroidissement, il s’est alité. Quelques jours après, il s’est éteint dans son sommeil, avec calme et sans souffrance.

Il avait gardé jusqu’au bout cette sérénité qui est la marque d’une certaine qualité d’âme. Un grand magistrat et un grand Français nous avait quittés pour toujours.

A madame Félix Mazeaud, aux professeurs Léon et Henri Mazeaud, à notre collègue Jean Mazeaud, nous adressons nos condoléances les plus émues.

Témoignage de Roland DUMAS

Roland Dumas, Le Fil et la Pelote : Mémoires – Plon -1996

La deuxième personne à laquelle je me suis adressé était le professeur Henri Mazeaud, professeur de droit civil chargé de la première année de licence a la faculté de Paris. Ils étaient deux frères jumeaux, Henri et Léon. Leur ressemblance était telle qu’on les prenait l’un pour l’autre. ]’avais entendu dire que Henri Mazeaud émaillait ses cours de propos favorables à la Résistance. Il fallait du courage pour parler de la sorte dans un amphithéâtre ouvert au public, devant un parterre d’étudiants dont les appartenances étaient diverses, au début de l’année 1944. Me prévalant de ma situation universitaire, je lui rendis visite à la fin d’un de ses cours. C’était un homme grand, mince, l’air grave. Il ne souriait jamais. Il me conseilla de ne plus mettre les pieds à la faculté de droit, imaginant que mon « affaire » de Lyon m’avait suivi et avait laissé des traces et que le premier travail de la police serait de me rechercher place du Panthéon.

Quand je lui dis que j’étais sans papiers d’identité, il m’adressa au greffier en chef de la faculté avec lequel il entretenait les meilleures relations et qui s’occupait du travail administratif, en particulier des inscriptions. Je compris par la suite qu’il était lui-même engagé dans la Résistance. Bonacorssi était connu de tous les étudiants. Il me reçut dans son bureau, ferma les portes, me donna rendez-vous pour le lendemain. Il me remit une fausse carte d’identité. J’étais désormais Robert Faure, né à Bourges. J’avais en même temps une panoplie de papiers d’inscription à la faculté sous ce nom.

Henri Mazeaud me reçut chez lui, rue Lesueur, pour me présenter à un chef de commando de la région parisienne avec lequel je repris mes activités. Interdit de séjour à la faculté de droit, je me rendis dans un établissement où je n’étais pas connu : l’Institut des études hispaniques, rue Gay-Lussac, ou j’avais, à tout hasard, pris une inscription qui n’avait pas eu de suite. Le directeur en était Marcel Bataillon. Je connaissais Marcel Bataillon, professeur d’espagnol à la Sorbonne, de réputation. Il avait fait partie du Comité des antifascistes des années trente.

Candidat pour le compte du Front populaire en Algérie, il avait reçu l’appui d’André Malraux, venu faire campagne pour lui car la réunion publique n’était pas son fort.

De ces quatre années de grande vadrouille, je gardai la « blessure singulière » qui ne se referme jamais, selon le mot du poète, mais aussi le souvenir exaltant de gens simples et généreux, de trois professeurs d’université qui, sans le savoir, s’étaient relayés pour m’aider à franchir la partie du chemin qui fut la plus difficile pour moi. Tous trois, Henri Mazeaud, Marcel Bataillon, Charles Cestre, moururent très âgés. Je me suis toujours plu à croire que la beauté de l’âme est pour quelque chose dans la longévité du corps.

Réception de Henri Mazeaud à l’Académie vendredi 23 janvier 1970

Allocution de M. le Doyen Alain Barrère

Monsieur le Président,

Messieurs les Membres de l’Institut,

Mon cher collègue,

Mesdames, Messieurs,

En accueillant parmi les siens un professeur de notre Faculté, l’Académie des Sciences Morales et Politiques a tenu à rendre hommage à son talent, à sa compétence et à la grande part qu’il a prise au développement des disciplines juridiques.

En même temps, elle permet à notre Maison de recevoir, en cette occasion, de nombreuses personnalités qui, à des titres divers, se réclament de préoccupations identiques aux siennes. Mais aussi se rassemblent ceux qui, lui ayant apporté en un moment de leur vie leur propre activité, n’ont pas cessé de lui appartenir. A tous ces amis que le Doyen de la Faculté accueille avec joie, je tiens à dire merci. Vous me permettrez aussi d’adresser à Monsieur le Président René Cassin, professeur honoraire de la Faculté, Prix Nobel de la Paix, l’expression de nos sentiments d’admiration et de respectueux attachement.

C’est sans nul doute, Monsieur et cher Collègue, dans l’atmosphère familiale qu’a pu naître et se confirmer votre vocation de juriste, puisque aussi bien les hommes de droit vous ont toujours entouré et vous entourent : votre grand-père fut un haut magistrat, votre père était Premier Président honoraire de la Cour de cassation, où l’un de vos frères siège comme Conseiller, alors que l’autre est à vos côtés dans notre Faculté.

Cette vocation s’est affirmée bien vite en vous, puisque, à 19 ans, vous obteniez à Lyon votre licence et que deux thèses remarquées vous valaient, deux ans plus tard, le grade de docteur. Votre orientation paraît, dès cette date, précisée : vous vous orientez vers la préparation de l’agrégation de droit privé. Vous faites vos premières leçons en 1924, à la Faculté de Droit de Lille qui vient de vous offrir une charge de cours. Déjà votre jeune enseignement connaît ses premiers succès ; ils ne tardent pas à mériter la consécration : elle vous est donnée par la place de premier qui vous échoit à la sortie du concours de 1926. Vous revenez ainsi agrégé à la Faculté de Lille qui a vu vos débuts de professeur.

Commence alors une carrière scientifique, épanouissement des promesses que renferment vos thèses de doctorat et qui se poursuivra, qui se poursuit encore, sans retours, ni défaillance. Il ne m’appartient pas d’en retracer les étapes et les œuvres marquantes ; ceci sera fait par une compétence plus autorisée que la mienne, mais je puis dire que l’enseignement et la recherche sont toujours demeurés en vous étroitement associés.

C’est dans cette atmosphère de travail que votre carrière se déroule. En 1930 vous êtes nommé professeur titulaire à Lille ; vous y demeurez en tout quatorze années, trop brèves assurément pour le souhait de vos collègues et de vos étudiants. Mais Paris vous appelle.

Notre Faculté vous confie en 1938 la charge du cours d’enregistrement et, dès le 1″ janvier 1939, vous occupez un poste d’agrégé.

Mais, entre-temps, votre notoriété scientifique a déjà attiré sur vous l’attention des juristes étrangers. On vous demande en Pologne et, conscient de l’importance du rayonnement intellectuel de la France à l’étranger, vous acceptez le poste de professeur qui vous est offert par l’Université de Varsovie, où vous devenez bientôt Directeur de l’Institut français, puis Chef de la Mission Universitaire française en Pologne.

Vous me permettrez d’évoquer un nom : celui du collègue qui fut alors appelé de Toulouse à Paris pour vous suppléer pendant votre séjour polonais. Je dois personnellement beaucoup trop au professeur Jean Plassard, pour ne pas profiter de l’occasion qui m’est ainsi offerte d’évoquer son nom. Mais, pour lui, comme pour vous, la guerre allait interrompre la carrière universitaire.

Vous êtes appelé par la mobilisation en septembre 1939 et versé dans l’administration militaire. Mais votre ardeur ne peut se satisfaire de ce poste et vous demandez votre affectation dans une unité combattante. On se souvient alors de votre récent séjour en Pologne, de la réussite qui a marqué vos efforts, comme vous-même sans doute voulez témoigner de votre amitié pour la nation qui vous a accueilli. Aussi êtes-vous demandé dès le mois d’octobre par la Mission militaire franco-polonaise.

Toutefois, ceci ne saurait vous suffire ; et lorsque se prépare l’expédition de Norvège, vous voulez être affecté à la Brigade polonaise qui va se diriger vers le nord de l’Europe. Vous êtes alors nommé sous-lieutenant. Puis après avoir demandé votre mutation dans l’infanterie et avoir été affecté au détachement français qui part pour la Norvège, vous participez à la campagne de Narvik, où votre bravoure est signalée par une élogieuse citation à l’ordre de la Division.

L’armistice vous ramène en France par un détour à Casablanca et vous allez pouvoir reprendre votre place à la Faculté de Paris, pour enseigner. désormais votre matière de prédilection : le droit civil.

Vous y êtes bientôt nommé professeur sans chaire, puis professeur titulaire, à la suite d’un vote du Conseil qui fait sur votre nom l’unanimité des votants, lesquels sont, à l’époque, au nombre, qui nous laisse aujourd’hui songeurs, de 22.

Mais le hasard des attributions de chaires, au gré des vacances de cette époque troublée, vous a réservé ses malices. Puis-je me permettre de relever que la fiction administrative fait alors de vous un professeur d’économie politique ? Mais tout rentre bientôt dans l’ordre, dans l’ordre du droit et de la raison, puisque vous êtes bientôt muté de la chaire d’économie et législation industrielle dans celle de droit civil que vous ne quitterez plus.

Allez-vous demeurer calmement à dispenser vos cours et à commenter les arrêts, alors que la France est encore aux prises avec les malheurs de la guerre ?

Vous n’avez pas tardé, du haut de votre chaire, à préciser à vos étudiants vos sentiments sur le devoir de continuer la lutte. Mais ce serait mal vous connaître qu’imaginer qu’il vous serait possible de rester inactif.

Vous entrez dans la résistance où vous êtes bientôt chef de secteur au réseau Alliance, ayant sous votre autorité la direction du secteur Somme-Oise-Seine-Inférieure et celle du secteur Nord-Pas-de-Calais que vous avez entièrement reconstitué à la veille de la Libération. Faut-il dire que vous procédez de votre appartement parisien à des émissions de radio clandestines, participez à la rédaction et à la diffusion de la presse de la Résistance, que vous procurez aux étudiants désireux d’échapper au service du travail obligatoire les papiers qui leur sont nécessaires ? La croix d’officier de la Légion d’honneur, une citation à l’ordre de l’armée et la rosette de la Résistance viendront consacrer l’importance de votre action, car vous vous êtes engagé au mois d’octobre 1944 à la 1re division blindée polonaise et vous avez fait les campagnes de Hollande et d’Allemagne.

La paix revenue, vous reprenez place à la Faculté ; vous continuez l’œuvre un moment interrompue pour des tâches plus immédiates et autrement exigeantes.

Votre maîtrise scientifique va s’affirmer avec une autorité reconnue, même par ceux qui ne partagent pas vos opinions ; elle sera invoquée dans les travaux de vos collègues, dans les controverses juridiques, comme dans les conseils et les congrès.

L’étranger veut bénéficier de votre savoir. Commencent alors ces nombreux périples qui vous mèneront en Belgique, en Suisse, au Canada, en Amérique Latine, en Afrique du Nord, en Afrique Noire, en Asie, en Océanie. Honorant votre compétence et consacrant votre œuvre, les titres de docteur honoris causa vous sont conférés par les Universités de Liège et de Montréal, vous êtes nommé à des grades importants dans les ordres étrangers, alors que vous étiez déjà chevalier de la Légion d’Honneur depuis 1938, officier depuis 1948 et Commandeur des Palmes Académiques en 1961.

Il ne me revient le soin ni de parler de votre œuvre scientifique, ni de votre emprise sur vos collègues. ni de la formation donnée à vos élèves. Il me reste à dire qu’une nouvelle consécration vous attendait : celle que l’Institut de France vient de vous accorder. Là encore, il m’appartient de m’effacer devant plus autorisé que moi. Mais, par contre, me revient le soin de vous dire que ce n’est pas sans fierté que la Faculté voit encore un de ses membres accueilli par l’Illustre Compagnie. Notre Maison cède-t-elle à un sentiment égoïste en pensant qu’à travers ses professeurs, c’est aussi ce qu’elle représente qui est honoré et l’importance de sa mission qui est reconnue ?

Comme nous vous félicitons de l’hommage rendu à votre science et à votre talent, nous nous félicitons nous-mêmes de l’honneur qui rejaillit sur notre Faculté !

La classe de 3e A
La classe de 3e B
La classe de 4e A
La classe de 4e B
La classe de 5e A
La classe de 5e B
La classe de 6e A
la classe de 6e B
La classe de 6e C

Le cours moyen en 1943-1944

mars 2nd, 2019 | Posted by admin in L'école | photos de classe | XX siècle - (0 Comments)

le 23 novembre 2002 Le Populaire publiait cette photo de la classe de cours moyen. Presque tous les élèves avaient été identifiés par Paul Lacorre qui avait confié cette photo au Journal. Tous les élèves portent une blouse, mais elle n’est pas uniformément noire.

I – La guerre de 1914-1918 de mon grand-père Arthur.

Mon grand-père Arthur n’est pas né à Nexon mais il y a passé les 40 dernières années de sa vie. Il y est arrivé en 1945, il a développé son activité, joui de sa retraite et y est enterré depuis 1985.

Né en Belgique en 1894 il avait 20 ans en 1914. Il a donc participé à la Guerre de 14 comme on disait quand j’étais jeune. Mon grand-père est resté fidèle à sa nationalité de naissance bien qu’il ait vécu plus de la moitié de sa vie en France.

Il bénéficiait d’une carte de résident privilégié mais également d’une carte d’étranger qui lui permettait d’exercer son métier de minotier.

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Au moment de la déclaration de la guerre mon grand-père travaillait avec son père dans le commerce de grains que celui-ci tenait dans la banlieue de Liège. Les belges ne s’inquiétaient pas outre mesure de la déclaration de guerre puisque la Belgique était neutre. Mais l’Allemagne n’a pas respecté cette neutralité. Elle lui demande de laisser passer ses troupes sans combattre ce que refuse le roi Albert 1er. Il se rend à cheval au Palais de la Nation et le 4 aout 1914 il prononce devant les Chambres réunies un discours de résistance à l’envahisseur dont un extrait montre la volonté de préserver l’indépendance de son pays et la résistance qu’il manifeste :

« Si l’étranger, au mépris de la neutralité dont nous avons toujours scrupuleusement observé les exigences, viole le territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour du Souverain, qui ne trahira jamais son serment constitutionnel, et du Gouvernement investi de la confiance absolue de la nation toute entière. J’ai foi dans nos destinées : un pays qui se défend s’impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante ! »

Cependant, la ville de Liège tombe le 7 août sans résistance, mais les combats de l’armée belge qui durèrent jusqu’au 16 aout, s’appuyant sur les nombreux forts construits dans la campagne, suscita un vif intérêt pour Liège et lui valut la Légion d’honneur décernée par la France. À Paris, on débaptisa le café viennois qui évoquait l’ennemi, pour le renommer café liégeois. Cependant, à Liège, coupée de Paris durant les quatre ans d’occupation, c’est l’expression « café viennois » qui resta en usage. La résistance de l’armée belge en retardant fortement l’avancée allemande a laissé à la France le temps de se reprendre et d’arrêter les troupes allemandes sur la Marne.

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Le café liégeois, une glace au café sur du café chaud, de la crème chantilly et un biscuit à la cannelle.

En 1914, les Belges n’ont plus aucune expérience directe de ce qu’est une guerre car depuis le 18 juin 1815 jour de la sinistre défaite française à la bataille de Waterloo, à 20 km au sud de Bruxelles, il n’y a pas eu de grande bataille sur leur territoire national. Les Belges s’apprêtaient à en fêter le centenaire en même temps que le siècle de paix qu’ils venaient de vivre.

Devant l’avancée des armées allemandes, le gouvernement belge gagne la France et s’installe au Havre mais le Roi Albert décide de rester au front, à la tête de ses soldats. Il s’établit, avec son épouse, à La Panne, dernière ville belge avant Dunkerque. Le courage du Roi l’a non seulement fait aimer de ses concitoyens mais aussi des français. Il fut décoré de la Médaille Militaire, reçut une épée d’honneur (mars 1915), et une journée du Drapeau belge fut organisée le 20 décembre 1914 avec quête, vente d’insignes au profit des réfugiés (voir l’article sur ce blog), etc. L’engouement du public conduisit même à débaptiser un dessert d’origine autrichienne qui devint le « café liégeois » !

Ne pouvant pas rester indifférent à la guerre mon grand-père décide de s’engager et de rejoindre une unité belge en France. Il sera un « volontaire de guerre », V.D.G., sigle qui figure sur tous ses documents militaires. Mais il lui est impossible de traverser la Belgique pour rejoindre la France, la ligne de front s’étend tout le long de la frontière. Avec quelques camardes ils décident de passer par la Hollande dont la frontière est à moins de 20 kilomètres, se rendre à Maastricht et de là rejoindre la Grande-Bretagne puis la France.

Il a noté tout son parcours sur un petit carnet noir. Départ de Chênée le mercredi 5 janvier 1915 à 3h30 pour rejoindre une ferme à 3 km, attendre les autres pour finalement partir à 6h30 à neufs dans une charrette et une douzaine qui suivent à pied. Le convoi chemine à travers les champs et les près pour éviter la cavalerie allemande. Leur guide les conduit jusqu’à la frontière qu’ils franchissent en plusieurs endroits. Ils arrivent le 6 janvier vers midi à Maastricht, crottés et mouillés.

Le lendemain ils vont au Consulat de Belgique qui leur délivre un laissez – passer pour aller en France en passant par l’Angleterre.

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Le document est signé le 10 janvier 1915. Mon grand-père arrive à Londres le 14 janvier 1915 ou l’accueil est chaleureux. Puis c’est le départ pour Southampton, la traversée jusqu’au Havre et enfin l’arrivée au Centre d’Instruction pour recrues et anciens militaires (CIAM) à Fécamp, le 15 février 1915.

Il est nommé ordonnance d’officier. Mais dans ce poste il faut passer beaucoup de temps à cheval. Mo grand-père n’a pas l’habitude et cela le fatigue aussi il demande à être versé au corps de transport de l’armée. Son souhait ne sera pas exhaussé et le 18 juin 1915 il est désigné pour la commission de recrutement de Watou, ville belge située près de la frontière française. Il y arrive le 21 juin et commence aussitôt son travail de rédacteur.

Mais ce travail ne convient pas à mon grand-père qui a toujours été habitué à bouger. Renvoyé à Fécamp, le 15 aout il entre à l’hôpital ou il est déclaré inapte au service sédentaire et envoyé au camp d’Autours, près du Mans. C’est un très grand camp de 1 000 hectares, base arrière des armées alliées où les soldats belges et britanniques se reposent et s’entraînent. Les soldats logent dans des tentes de 10 personnes et la nourriture n’est pas bonne.

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Mon grand-père suit les cours au centre d’instruction pour brancardiers d’infanterie (C.I.B.I). Il note tout sur son petit carnet. Il s’en servira toute sa vie.

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Sur la page consacrée aux antiseptiques on trouve la teinture d’iode, son remède miracle ! Combien de fois l’ai-je vu boire un grand bol de lait chaud dans lequel il avait versé quelques gouttes de teinture d’iode !

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Le 14 décembre 1915 il est affecté comme infirmier à l’Hôpital Complémentaire 49 à Coutances dans la Manche.

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Au début de la guerre les blessés belges étaient soignés dans les hôpitaux français de la région de Calais. Mais les milliers de soldats belges qui se retrouvaient dans les hôpitaux militaires de Calais posaient des problèmes aux autorités françaises. Aussi le Gouvernement Français décida à la fin février 1915 d’autoriser 32 hôpitaux complémentaires français situés en Bretagne d’hospitaliser des soldats belges. Puis il permet aux autorités belges de créer des hôpitaux à administration exclusivement belge dont celui de Cherbourg qui fonctionnera du 6 mai 1915 au 27 novembre 1918.

En 1917 mon grand-père est ensuite affecté à l’Hôpital Militaire Belge (H.M.B.) à Cherbourg.

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Il travaille principalement dans les services de chirurgie ou il découvre les trépanations.

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Mais c’est aussi dans cette ville qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme. Le mariage à lieu à Cherbourg le 6 décembre 1917. Le 7 mai 1918 naît une jeune fille qui se prénommée Elise, ma tante.

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Mon grand-père et ma grand-mère avec ma tante Elise 

Le service militaire de mon grand-père se poursuit à l’hôpital militaire belge de Cherbourg, loin du front mais avec de plus en plus de blessés.

Il aime ce qu’il fait et une fois sa journée effectuée il peut rejoindre son épouse et, plus tard, il aura le plaisir de pouvoir prendre sa fille dans ses bras ou de la promener dans un grand landau.

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Après l’armistice les unités militaires belges regagnent la Belgique. L’Hôpital militaire de Cherbourg ferme le 27 novembre 1918. Mon grand-père est affecté à l’Hôpital militaire de Liège. Sa femme et sa fille découvrent la Belgique.

Mon grand-père est mis en congé définitif le 26 aout 1918.

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La commune de Chênée éditera un bel album pour tous ses 440 concitoyens engagés dans la guerre de 1914-1918. Mon grand -père y figure avec cette photo :

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Entre temps il a eu un fils, Lothaire, mon père, né le 19 juin 1919 à Chênée, comme son père. Belge, il effectuera son service militaire dans son pays et sera fait prisonnier le 5 juin 1940 avec une grande partie de l’armée belge. Libéré le 16 mai 1945 il rejoint ses parents qu’il n’a pas vus depuis plus de cinq ans. Quelques mois après il arrivera à Nexon avec ses parents qui ont acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Mais c’est une autre histoire…

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Un bon d’échange blé-pain

 

II – La guerre de 1914-1918 de mon arrière-grand-père Pierre BOUCHER

Mon arrière-grand-père Pierre BOUCHER, que j’ai eu la chance de connaitre, est né le 27 novembre 1873 aux Cars ou ses parents sont colons dans une ferme au village de La Veyssière.

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Quelques années après ses parents font quelques kilomètres et s’installent à Bussière Galant, dans le village d’Aurin ou ils exploitent une toute petite propriété de moins de 10 hectares. Après son certificat d’études Pierre travaille à la ferme avec ses parents.

A 25 ans, le 11 juillet 1898 il épouse Catherine VEYRIER. De ce mariage sont nés 4 enfants : Marie, née le 6 septembre 1899 décède quelques mois plus tard ; Martin naît le 7 octobre 1900. Il prendra la suite de son père et exploitera la propriété ; Marguerite, ma grand-mère, naît le 8 juillet 1902 et Thérèse vient au monde le 10 mars 1906.

La maison dans laquelle habite la famille Boucher est simple. Elle ne possède pas l’électricité. L’éclairage est assuré par une lampe à pétrole. Le pain est rangé sur une planche, au-dessus de la table.

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Pierre Boucher et son épouse devant chez eux.

Dans un premier temps Pierre BOUCHER est dispensé du service militaire car sa mère est veuve. Mais le 13 novembre 1894, il a vingt et un ans, il est incorporé au 153ème RI. Il y reste jusqu’au 24 septembre 1895.

 

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A son retour il travaille la ferme, se marie et a quatre enfants. Quand la guerre éclate en ce funeste mois d’août 1914 il ne pense pas une seconde qu’il y participera : il a 41 ans.

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Et pourtant, après la Mobilisation générale décrétée le 1er aout 1914 il sera rappelé.

Il arrive le 4 décembre 1914 au 89ème Régiment Territorial d’infanterie. Le 15 décembre il passe au 97ème Territorial à Riom et le 11 février 1915 il est versé au 34ème Régiment d’infanterie coloniale. Il monte au front du 12 mars au 24 octobre 1915. Il rejoint le 88ème Régiment d’Infanterie le 5 décembre 1915. Il y restera jusqu’au 4 mai 1917.

Il part au front avec le 34ème colonial du 12 mars au 24 octobre 1915 puis avec le 88ème territorial du 5 décembre 1915 au 24 janvier 1916.

Le 10 mars 1916, il écrit à son épouse :

"Ma très chère femme,

…..

Ces jours-ci il est tombé de la neige. Si l’hivers n’a pas été rigoureux au commencement, il le fait bien sentir à la fin. Nous devons être relevés des tranchées le 11 au soir pour prendre quelques jours de repos, pour nous nettoyer un peu. Pendant les 6 jours que nous y avons passé on n’a pas eu beaucoup trop chaud. On n’a pas froid au corps parce que les habits sont bien fourrés mais ce sont les pieds qui nous perdent. On est obligé de toujours taper des pieds sans ça on ne résisterait pas. La privation de sommeil fatigue aussi. Il faut bien en avoir l’habitude pour pouvoir résister à tout ça.

Je ne croyais pas y retourner dans cette saloperie de tranchées mais il y en a parmi nous qui sont encore plus vieux que moi (Pierre à 42 ans et demi).

Je sais bien qu’il y a des régiments de territoriaux qui ne sont jamais allé aux tranchées mais cette fournée ( ?) de 88 de Bretons est sur le front depuis le début. On nous disait quand nous sommes partis de la Champagne qu’on ne monterait plus en première ligne, que l’on resterait pour travailler à l’arrière mais on n’a pas pu trouver de place pour nous … Je vois qu’il y a des faveurs pour les autres, le 88 est toujours bon pour marcher. On a sorti tous les pères de 5 enfants de n’importe quelle classe. Ils sont à l’arrière employés au ravitaillement. Les plus vieux de 93 et 94, également pères de 5 enfants sont allés travailler dans des fermes… En écrivant ma lettre je suis en face de mon créneau, regardant de temps en temps si je vois remuer les boches. Mais on n’en voit pas souvent. Pendant la nuit ils tirent quelques coups de fusils dans la lune pour faire voir qu’ils sont là. Je pense que ça doit être des vieux comme nous autres. Il n’y a que leur artillerie et là notre qui s’échangent quelques obus de temps en temps. Ça ne doit pas être ainsi du côté de Verdun à entendre dire par les journaux. Depuis le milieu de février ça été terrible et la bataille continue toujours. C’est bien malheureux car on ne voit pas venir la fin de tout ça qui cause tant d’ennuis et de malheurs… Ton cher mari…"

On voit dans cette lettre que de nombreux père de famille nombreuse, au moins 5 enfants, âgés de plus de 40 ans sont encore en première ligne en mars 2016. On les envoie juste les plus âgés, 42 et 43 ans, à l’arrière. Ils attendent avec impatience des permissions, non seulement pour retrouver leurs familles mais pour aider au travail des champs.

Les permissions

Comme la guerre devait être courte, il avait été décidé qu’il n’y aurait aucune permission. Il n’y en a donc pas eu avant juillet 1915. Le 30 juin 1915, le général Joffre instaure un régime de permissions pour tous et décide d’accorder 8 jours de permission à tous les soldats, par roulements. Mais en août 1915, on passe de 8 à 6 jours seulement. A compter du 1 octobre 1916 les soldats peuvent de 3 permissions de 7 jours chaque année. Il s’agit de soutenir autant le moral des militaires que celui des civils.

Des permissions agricoles de 15 jours peuvent être accordées à la demande des maires. Des permissions peuvent être également accordées pour des événements familiaux (décès, naissances…). Globalement les soldats se plaignent des injustices dans l’attribution des permissions, du favoritisme et du pouvoir mesquin de certains chefs. Les permissions de convalescence sont plus objectivement attribuées puisqu’elles sont la conséquence de maladies, de blessures ou d’accidents.

A partir du 1er février 1917, les officiers ou hommes de troupe bénéficiaient, tous les quatre mois, d’une permission de détente de 7 jours, délai de route non compris.
La durée de ces permissions est augmentée de délais de route, 1 jour pour un trajet aller-retour de 401 à 800 kilomètres, 2 jours pour un trajet aller-retour de 801 à 1600 kilomètres….

La durée des permissions a été modifiée le 1er octobre 1917 : les permissions de détente sont portées à 30 jours en trois périodes de 10 jours (tous les quatre mois) pour la France et Monaco et deux périodes de 15 jours pour les permissionnaires à destination de la Corse. 

Les blessures de Pierre BOUCHER

En décembre 1916 il se fracture la clavicule, il est envoyé à l’Hôpital d’évacuation H.O.E 37-1, « l’achoé » pour le poilu, dans l’Oise puis à l’Hôpital complémentaire n° 8 au Havre. Dans les lettres qu’il écrit quotidiennement à sa "Très chère femme" il lui dit qu’il préfère être ici, malgré son bras "ligoté" qu’être au 88ème Régiment d’Infanterie et pour y retourner le plus tard possible il "dira qu’il a toujours mal". Dans sa lettre du 20 janvier 1917, toujours au Havre mais à l’Hôpital temporaire n° 10 il écrit qu’il est " content car je passe l’hivers au chaud". Paradoxe que l’on retrouvera plus tard ou le soldat préfère être blessé, quand c’est une blessure somme toute peu grave, qu’être au front ou il risque la mort a chaque instant et ou les conditions de vie sont très dures.

Il passe au 64ème RI, toujours au front. Il est blessé le 4 mai 1917 au Mont des Singes (Aisne) par un éclat d’obus qui lui ouvre la cuisse. La bataille du Mont des Singes est l’un des grands moments de l’année 1917. C’est une des clefs de la réussite de l’offensive Nivelle à l’Ouest du Chemin des Dames. La 3e Division d’Infanterie Coloniale (notamment le 7e RIC) attaque le Mont des Singes le 16 avril 1917 au matin à partir du Bois Mortier. Elle parvient à s’en emparer au prix de pertes terribles, mais doit se retirer dans la soirée malgré les ordres de tenir la position coûte que coûte. Dans le Journal des marches et opérations (JMO) on lit : « nos vagues d’assaut tombent sous les feux croisés de mitrailleuses embusquées […] par surcroît, les réseaux ennemis ont été insuffisamment endommagés par l’artillerie. » Le Mont des Singes devient français après la victoire de La Malmaison, le 23 octobre 1917. Repris par les Allemands fin mai 1918, il est à nouveau le lieu de durs combats mi-septembre, lors de la contre-offensive française.

Pierre BOUCHER passe sa convalescence à l’hôpital de Vert en Drouai, situé à 4 km à l’ouest de Dreux. Cet hôpital a été ouvert dans son château par Bertha Harjes, fille des riches banquiers « Drexel, Morgan, Harjes & Co. » et épouse de Charles Waddington, fils d’un industriel dans le textile. Il écrit à sa femme le 4 juillet 1917, 2 mois après sa blessure, "ça ne se referme pas à vue d’œil. C’est un peu long naturellement car la plaie était grande comme toute la main ouverte, mais pas bien profonde". Il ne manque de rien si ce n’est des enveloppes et du papier car il écrit tous les jours a sa femme et il lui précise qu’il n’a pas besoin de tabac car "Tous les dimanches, Madame nous en achète chacun un paquet".

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Le 27 aout, alors qu’il a été transféré à l’hôpital de Dreux il écrit à son épouse et lui raconte que "Dimanche nous sommes revenus à Vert passer la journée chez Madame Waddington. Nous sommes partis le matin à 8 heures. Ça faisait une bonne voiture, on était 16… Nous avons passé une bonne journée qui m’a semblée bien moins longue que de l’avoir passée à Dreux. Nous avons fait deux repas qui ont dû coûter quelque chose ! Le soir en partant on a eu chacun un petit billet de 5 francs. Nous pourrons tous en garder un bon souvenir. J’aurais bien voulu y passer les jours que je suis obligé de passer à Dreux. Ils auraient passés plus vite". Le 12 septembre il est toujours à l’hôpital de Dreux et il attend avec impatience une permission de convalescence afin de pouvoir retrouver sa femme et ses trois enfants.

On voit ainsi le paradoxe de cette guerre ou les soldats semblent plus heureux quand ils sont blessés et restent à l’hôpital, loin des champs de bataille, du froid et de la boue.

Le 27 novembre 1917, le jour de ses 44 ans, la Commission de Réforme de Lorient constate qu’il n’est plus apte à l’infanterie et propose un changement d’arme. Il est maintenu au Service armée avec une Invalidité inférieure à 10% et le 8 décembre 1917 il est affecté au 28ème régiment d’Artillerie et détaché au centre de bois à Nantes, puis le 6 mars 1918 à la scierie militaire de Vannes.

Le 4 mars 1918 il passe au 65ème RI et il est mis en congé le 18 janvier 1919 par le Dépôt démobilisateur du 63ème RI de Limoges, il a 45 ans et 2 mois.

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Le caporal Pierre BOUCHER en juillet 1918.

Il racontait assez facilement cette guerre, les tranchées, les combats à la baïonnette ou celui qui frappe le premier a une chance de sauver sa peau.

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Ci-dessous une vidéo de France 3 Limousin, dans le cadre de la rubrique « Itinéraire bis », diffusée dans le JT 19/20 du 17 janvier 2019 :

https://drive.google.com/file/d/11WL5P1dGEMlwXYIR6mUToMWR3moBtxDC/view?usp=sharing_eil&ts=5c434b1a

Bonne année 2019

janvier 1st, 2019 | Posted by admin in traditions - (1 Comments)

Trois cartes pour souhaiter à tous les lecteurs de ce blog une bonne et heureuse année 2019.

La carte de mon oncle à ma grand mère nous rappelle, en ce centenaire de la fin de la Guerre de 1914-1918, que nous vivons une année de Paix, certes fragile et que nous devons être vigilants pour la préserver.

La deuxième, toujours de mon oncle à mon arrière-grand-mère est pleine d’espoir avec ces guirlandes de fleurs brodées qui encadrent les souhaits de Bonne année.

Enfin la troisième est un clin d’œil à notre Limousin et à nos racines. Sans racines l’arbre ne peut pas élancer sa ramure vers le ciel. Comme lui ayons les pieds ancrés dans le sol et nous pourrons avoir la tête dans les étoiles.

Bonnes année à tous et à toutes.

JFN.

Le Populaire du Centre a été fondé le 29 octobre 1905 à Limoges par Léon Betoulle et Pierre Bertrand. En feuilletant les journaux de la fin décembre on peut analyser l’évolution des étrennes et des vœux .

Constatons d’abord que le Journal parait le 1er janvier 1906 sans que la rédaction ne souhaite une bonne année à ses lecteurs. Il faut dire qu’un évènement fait la une du Journal : la démission du maire de Limoges !

Le 27 décembre 1905, lors du vote du budget par le conseil municipal, les élus socialistes voulant protester contre l’attitude de la police à l’égard des ouvriers lors des grèves de 1905 et contre le statut de la police qui, payée par la commune, était en réalité à la disposition du préfet, décidèrent de refuser les crédits qui lui étaient affectés. Le maire, Emile LABUSSIERE démissionna.

On ne trouve des références aux étrennes que dans les publicités. Elles sont peux nombreuses et concernent des produits utilitaires, de la lingerie et de l’horlogerie. Les bijouteries mettent l’accent sur les montres plus que sur les bijoux. Un peu étonnante est la publicité faite pour l’« Histoire de la Révolution française par Louis Blanc ». Le Prix de la version reliée est de 36 francs, soit plus que le salaire moyen hebdomadaire d’un ouvrier, mais il est possible de la payer en plusieurs fois, à raison de 5 francs par mois.

Il n’y a pas deux semaines de congés pour les élèves et ce n’est que le 28 décembre que le préfet de la Haute-Vienne accorde un jour de congés supplémentaire. A l’époque le jour de repos des écoliers est le Jeudi. Aussi pour éviter « les ponts » le cours du mercredi sont reportés au jeudi, les élèves n’ont donc pas classe les lundi 1, mardi 2 et mercredi 3 janvier.

Le 1er janvier 1906, le Populaire consacre encore une grande partie de ses pages à la suite de la démission du maire.

Dans le journal une seule publicité concerne les étrennes, la bijouterie REYCAGNE, rue des Taules. Cette rue a été élargie et mise en ligne droite avec les rues du Verdurier, des Suisses et des Poulaillères

Le 31 décembre 1906, un plus grand nombre de publicités invite aux achats pour les étrennes. La boutique « A la Ville de Paris » située Place Saint Martial, au débouché de la rue du clocher et de la rue des Taules, qui sera intégrée dans la future rue Jean Jaurès. Juste en dessous la Maison LAGUENY invite à offrir aux musiciens des instruments de musiques et des albums…

Pour la première fois on peut lire une publicité pour les Nouvelles Galeries ouvertes à Limoges en 1900.

Elle est accolée à la Publicité de la Maison Evras, qui vend des tapis et des petits meubles.

Avec moins d’espace puisqu’inscrite dans une seule colonne du Journal la publicité de la Société du Meuble, située au 8 rue Prépapaud, la rue des maisons closes devenue aujourd’hui rue Baudelaire.

La Bijouterie Artistique fait également de la publicité pour ses produits. On remarque qu’il n’y a pratiquement pas de bijoux mais des brosses, des canifs, des tire-boutons, sorte de crochet emmanché avec lequel on tire le bouton afin de le faire entrer plus facilement dans la boutonnière, notamment pour les bottines et les guêtres, objets que l’on n’offrirait pas aujourd’hui.

Cette publicité est renouvelée dans le journal du 1er janvier 1907. Ce sera la seule référence au Nouvel An dans ce journal. La rédaction ne présente pas ses vœux aux lecteurs, ne fait pas de bilan des événements de l’année 1906, c’est pratiquement un journal ordinaire.

Le 31 juillet 1908 le Populaire rend compte d’un jugement du Tribunal civil de la Seine qui donne raison aux facteurs qui réclamaient que le partage des étrennes entre les facteurs desservant un même secteur se fasse au prorata du temps de travail sur le secteur.  Cette question se posait chaque fois que des facteurs étaient mutés en cours d’année, les anciens demandant leur part aux nouveaux.

Dans le journal du 1er janvier 1909 on voit apparaître les premières publicités pour les bonbons, les vins et les alcools,

Au mois de décembre 1910, dès le 26 décembre plusieurs publicités pour les étrennes sont publiées.

En 1911 on voit les premières publicités pour les jouets. Les Nouvelles Galerie publient leur annonce le 25 décembre et informent que leur magasin sera ouvert le dimanche 24 décembre !

Le 25 décembre 1913 les Nouvelles Galeries mettent principalement en avant les jouets comme cadeaux. Le mouvement de glissade des étrennes vers les cadeaux de Noël s’amorce.

Le 8 janvier 1913, Le Populaire publie un petit article sur les « ÉTRENNES ROYALES ». « Elle est fort ancienne, la coutume des étrennes dans les Cours. Elle est même réglée par le protocole.

Henri IV recevait de son ministre, en plus de ses vœux de nouvel an, de nombreuses bourses de jetons d’or ou d’argent afin qu’il les distribuât à la reine, au dauphin, aux femmes de chambre et aux invalides, qui, ce jour-là, accouraient aux portes du Louvre.

C’est en Angleterre que, de nos jours, la tradition des étrennes reste le mieux observée. Le feu roi Edouard VII offrait chaque année à sa femme une merveilleuse fourrure, des bijoux et une douzaine de flacons d’eau de lavande, qui était son parfum favori. A son neveu l’empereur d’Allemagne, il adressait généralement une caisse d’épices, un plum-pudding et une hure de sanglier. Guillaume répondait par l’envoi de sa photographie ornée d’une amicale dédicace.

Les étrennes que distribue l’empereur de Russie sont pour les personnes de sa famille, les fonctionnaires et employés du palais, mais le nombre en est grand : bagues, bijoux et cadeaux de toutes sortes atteignent environ le chiffre de cinq mille. »

En 1914 la guerre qui vient d’éclater va changer l’état d’esprit pour les fêtes de Noel et du Nouvel An.

Dans le journal du 16 décembre 1914, le Populaire fait part d’une proposition des facteurs parisiens : « Un groupe de facteurs parisiens soumet à l’Homme Enchaîné cette idée généreuse : « Pourquoi, disent’ils, demander des étrennes, lorsque beaucoup de nos camarades sont dans les tranchées pour défendre la France. Et puis, est-ce un beau geste que de tendre la main à une mère de famille dont le mari est au feu ? Sans doute, elle prendra sur ce qui lui est nécessaire pour nous offrir les étrennes traditionnelles, mais n’aurions-nous pas honte d’accepter une somme, même petite, qui pourra réduire ses modestes ressources ?

Et, comme conclusion, les facteurs de Paris demandent la suppression des étrennes. »

Malgré cet appel, le 25 décembre on retrouve la publicité des Nouvelles Galeries pour les jouets. Plus surprenante est la publicité pour des étrennes socialistes en offrant aux enfants des militants le livre de Jean LORRIS et P. GRADOS, « Petit-Pierre sera socialiste » publié en mai 1913. Cette offre sera renouvelée jusqu’à la fin de l’année.

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Pendant la guerre les étrennes ne sont plus la priorité. L’éditorial du 1er janvier 1915 est empreint de tristesse mais aussi de l’espoir d’une paix prochaine.

LE JOUR DE L’AN

1er Janvier ! Comme cette date évoque en nous de doux et précieux souvenirs : fêtes de famille, orgies de bonbons chez les petits, échanges de vœux cordiaux, lettres inattendues et charmantes d’amitiés lointaines qui ne meurent pas, branchette de gui porte-bonheur qu’une main chère vous offre, toute notre génération n’a connu ce jour-là que des renouveaux de tendresse et des joies pures, comme si, au contact de « l’an neuf », êtres et choses rajeunissaient tout à coup et retrouvaient l’éclat des fraîcheurs premières.

Quel contraste avec cette fois, hélas ! Les yeux sont rougis, les fronts soucieux, et dans les foyers attristés que de places vides déjà dont les occupants d’hier ne reviendront plus !

Les fils, les frères, les époux, les amants ont été pris, happés par la guerre sauvage. Les uns sont morts et dorment à jamais, on ne sait où, pêle-mêle, au bord des routes ou sous les bois profonds ; d’autres sont blessés, d’autres ont disparu, d’autres luttent encore dans la permanence terrible des périls suprêmes…

Aussi quand ce n’est pas le deuil, c’est l’angoisse qui règne au sein des familles, dans la crainte perpétuelle que l’heure qui va sonner n’apporte la nouvelle de quelque coup du sort dont on sent rôder autour de soi l’imminence tragique…

Paul FAURE.

Le Populaire 1er janvier 1915

Pendant toute la guerre on ne voit pas paraître de publicité pour les étrennes, si ce n’est un rappel, le 1er janvier 1916, disant que les soldats ne seront pas oubliés.


Le Populaire 1er janvier 1916 »

Ainsi les soldats « français » recevront chacun 100 grammes de jambon, 75 de confiture, une orange, deux pommes, un cigare à dix centimes et un quart de bouteille de vin mousseux.

Pour les troupes indigènes, quelques variantes ont été apportées puisque le cigare sera remplacé par deux paquets de cigarettes algériennes et le vin mousseux par 48 grammes de café et 84 grammes de sucre ; au lieu de jambon, les soldats indigènes recevront une indemnité de 35 centimes, avec laquelle ils achèteront leur mets préféré.

En plus 800.000 bouteilles de vins de toutes provenances : Champagne, Anjou, Albi, Carcassonne, Lons-le-Saunier, Dijon, Bordeaux, Privas, Touraine et Paris.

Pour le 1er janvier 1918 l’éditorial est nostalgique de la Paix et se termine par l’évocation du débat qui oppose les défaitistes aux pacifistes, débat qui nous renvoie à 1940 …

« Salut aux lecteurs

L’année 1917 se termine, comme les trois précédentes, dans la souffrance et dans le deuil, avec davantage de souffrance et de deuil puisque chaque jour qui passe ajoute son anneau à la chaîne de misère qui interminablement se déroule.

Que dire à nos lecteurs au seuil de 1918 ?

Naguère, c’était le temps des souhaits joyeux ; les affections se faisaient plus tendres, les sentiments se revivifiaient, la vie, un instant, semblait, plus belle.

Aujourd’hui, la joie a déserté nos cœurs, et l’espérance elle-même, par quoi l’existence est supportable, ne nous visite plus que par intermittences.

Nos foyers, les foyers amis ont des places d’êtres chers à jamais vides ; d’autres de ces places sont occupées par de pauvres mutilés bannis pour toujours de l’activité fécondante et nécessaire à l’équilibre moral autant que physique de l’individu ; sur d’autres, vides aussi, plane sans cesse l’angoisse d’un péril permanent.

C’est la guerre !

Quand ne sera-ce plus la guerre ?

Est-il seulement permis de poser la question sans encourir le risque d’être accusé de vouloir une paix prématurée, ou de défaitisme ? Expressions absurdes ou odieuses, car une paix qui assure l’indépendance et la dignité de la nation — celle que nous avons toujours réclamée — ne saurait être prématurée, elle vient, au contraire, avec toujours trop de retard ; et le défaitisme n’a jamais été qu’une imbécile et misérable calomnie, dirigée le plus souvent contre les patriotes les plus sincères et les plus clairvoyants, par de véritables défaitistes dont l’histoire flétrira les fautes graves et les erreurs néfastes… »

Le 1er janvier 1917 l’éditorial est censuré. Quel message contenait-il pour ne pas passer le contrôle de la censure ? Sans doute le même débat qu’évoqué précédemment entre le souhait d’une fin de guerre rapide au risque d’une accusation de défaitisme et le rêve d’un pacifisme unifiant tous les prolétaires du monde.

Le Populaire 1er janvier 1917

Le 1er janvier 1920 les vœux protocolaires reprennent leur rythme…Le Président de la République reçoit ceux du Sénat et de la Chambre des députés, les souverains échangent les leurs …

Le Populaire 1er janvier 1920

En 1923 un ancien soldat de 1914 qui se donne le titre de « rescapé », écrit une lettre aux Journaux dans laquelle il appelle les mères de famille à ne pas offrir de jouets guerriers afin de ne pas favoriser un esprit belliqueux qui pourrait conduire ces enfants, lorsqu’ils auront 20 ans, à devenir à leur tour des guerriers ! C’est l’âge qu’ils auront en 1940 !

Le Populaire 8 décembre 1923

« Propos d’un rescapé

AUX MÈRES…

Voici venir le moment, des étrennes.

C’est à vous que je m’adresse, les mères heureuses dont les enfants, chaque année, espèrent des étrennes nouvelles ; Ne songez pas — cela gâcherait votre joie — aux milliers de petits Français qui doivent se contenter, en fait d’étrennes, d’un demi-bâton de chocolat ou d’une poignée de noisettes … Que votre pensée ne s’arrête pas, non plus, sur les milliers de petits enfants d’Angleterre, dont les pères chôment « depuis un an ou deux, ni sur les millions « de petits Allemands qui passeront leur Noël ou leur Premier Janvier devant un poêle « sans « charbon et un buffet sans pain.

Quelle misérable vie mènerait-on, n’est-ce pas, si on devait penser si souvent aux autres et jamais aux siens I

Voyons, qu’achèterez-vous, cette année, à votre fils ? Oh ! le choix ne manque pas ! Feuilletons ensemble ce catalogue du « Meilleur Marché ». Voici de belles boîtes do soldats en- plomb, en bois ou en carton-pâte. Il y en a à tous les prix, pour toutes les bourses. Voici des sacs, des équipements, des armes qui sont de véritables petits bijoux. Admirez cette panoplie à 29 fr. 95. Vous voulez quelque chose de mieux ? Qu’à cela ne tienne : fusil-mitrailleur en miniature, petite mitrailleuse, avion blindé, cuirassé armé de petits canons… Et ce tank à 95 francs ! quelle merveille de, construction !…

Il y a aussi de beaux uniformes, avec casque imitation garantie ; il y a même des costumes d’infirmières pour vos filles.

J’oubliais ; voici qui est très curieux : un beau jouet articulé, avec soldat français et soldat « boche » (sic). Un de ces bonshommes reçoit de l’autre de furieux coups de matraque ; vous avez deviné, n’est-ce pas, que celui qui reçoit les coups c’est le « boche » ! Il parait qu’à regarder marcher ce jouet il y a de quoi se tordre !

Allons, faites votre choix, et une fois vos bambins équipés, armés, apprenez-leur, à se servir de tout cela, faites des jouer à la guerre ! Initiez-les à l’art de s’entre-tuer I Que, si vous êtes embarrassées, il y a bien de jolis livres d’étrennes reliés de rouge — couleur de sang — qui vous racontent toute l’histoire de la Grande -Guerre, en insistant sur les atrocités. Il y a aussi — mais ça c’est pour les grands — un certain ouvrage très en vogue à l’Ecole de gymnastique de Joinville, où l’on apprend les meilleures manières ide se débarrasser proprement de quelqu’un qui vous gêne.

Allons, les mères, n’hésitez pas !

Mais si un jour, quand ils auront vingt ans ou trente ans, vos petits partent pour la vraie guerre, s’ils font un jour pour tout de bon ce dur métier que l’enfant joue, que le sang qu’ils verseront vous retombe sur les têtes !

J. PALUAUD. (Du Limousin Mutilé). 8 décembre 1923

Quant aux publicités elles ont retrouvé leur place. A coté de celles déjà rencontrées une nouvelle catégorie apparaît, les voitures automobiles ! Bien sur on n’imagine pas que ce puisse être un cadeau de Noel ou des étrennes. On peut être surpris d’y trouver les américaines de chez Ford, mais à cette époque c’est la seule marque à avoir adopté la production à la chaîne, première étape de la mondialisation.

Le Populaire 27 et 31 décembre 1923

En 1927 les premiers nuages se lèvent sur l’Europe. A l’insouciance des « Années folles » va succéder la crise économique et la montée du fascisme.

Ainsi dans le Populaire du 28 décembre 1927 apprend à ses lecteurs qu’en Italie Mussolini a interdit de souhaiter la bonne année le 1er janvier et a décidé de faire commencer l’année le 28 octobre, date à laquelle il est entré dans Rome avec ses « chemises noires ».

« Souhaits de Nouvel An

Combien de gens redoutent les approches de la nouvelle année à cause des cartes de visite que l’on doit envoyer, des lettres de compliment que l’on doit écrire, des embrassades que l’on doit donner et des dépenses que les étrennes occasionnent ; malgré cela, la tradition reste solidement implantée et, bon gré mal gré, chacun accomplit les gestes habituels. Toutefois, ceux qui aiment ardemment quel qu’un, attendent avec frémissement l’occasion de le lui prouver car, tant qu’une amitié sincère subsiste, c’est un plaisir qui confine à la sublimité de la manifester.

Or-donc, malgré les grincheux Intraitables et les misanthropes endurcis, les souhaits s’échangent et les étrennes se donnent. II en sera de cette année comme de toutes les autres ; pas un révolutionnaire de France n’osera changer un iota à l’ordre protocolaire du commencement d’année. Mais en Italie, mes amis, il n’en sera pas ainsi. M. Mussolini, qui par l’exercice du pouvoir a pu approfondir ce qu’était la comédie humaine ; qui a vu, à ses pieds, se courber de lâches fonctionnaires et d’arrogantes gens, a exprimé le désir qu’aucune dépêche, aucun message contenant des félicitations, des vœux, à l’occasion du Nouvel An, ne lui soit adressé. C’est inutile, dit-il à tous ses valets, à ses flagorneurs et, dans son immense orgueil, il rappelle à toute l’Italie que le Jour de l’An n’a plus de signification pour lui, puisque, l’année fasciste proprement dite, commence le 28 octobre, date-anniversaire à laquelle il entra à Rome, à la tête de ses bandits.

Afin de ne recevoir aucun message de nouvelle année, Mussolini est bien dans le cas de donner une sévère consigne aux concierges de ses palais et de les faire bâtonner ou purger très fortement, au cas où ils l’enfreindraient. Car cet homme a de la poigne, de la volonté et pas de sensibilité. Beaucoup de gens seront donc dans l’impossibilité de faire parvenir jusqu’à Mussolini le moindre de leurs hommages ; de cette façon, le dictateur ne sera point obligé de hausser les épaules à la lecture de certaines platitudes, ni de plisser les lèvres dédaigneusement en voyant le nom et le titre de l’envoyeur. Certains d’entre nous regretteront le cercle d’isolement dans lequel Mussolini se sera volontairement placé ; cela l’empêchera de connaître les bons sentiments qui sont dans les cœurs des socialistes français. Par suite de sa décision, il ne saura jamais en quelle grande estime nous le tenons. Ah ! certes, nous ne sommes point de ces phraseurs qui, pour décrire leurs pensées, usent de périphrases pédantes et précieuses. Nous n’avons point recours aux artifices de littérature, car nous sommes des simples, nous, des gens du peuple, aux expressions sommaires mais sincères, des hommes qui serrons vigoureusement les mains et qui, des fois, par un seul mot, traduisons bien des choses. Eh ! bien, si son concierge avait consenti à porter à Mussolini notre message, si Sa Grandeur avait bien voulu le recevoir, nous lui aurions expédié une carte, une unique carte ; dessus, il y aurait eu un mot, un unique mot, celui qu’en toutes langues on comprend et qu’on trouve suave, celui qui illustra un jour notre valeureux Cambronne, enfin le mot magique, le mot final : M ! Mais, hélas ! le cruel, il ne le recevrait pas.

CAMILLE. »

A la session extraordinaire de la Chambre d’Agriculture de la Haute-Vienne réunie le Jeudi 15 mars 1928, à la Maison de l’Agriculture, une question a été débattue concernant les étrennes dans les foires.

De longues discussions s’engagent au sujet de la suppression des étrennes dans les foires, demandée par certaines communes. Le débat porte sur l’importance des us et coutumes entrés dans la tradition et pour la clarté des marchés et pour éviter tout malentendu, la Chambre engage tous les agriculteurs « à se mettre d’accord sur les étrennes comme sur les pièces avant que le contrat soit conclu. »

Pour les vœux du 1er janvier 1930 le Populaire présente à tous des vœux de bonheur et de prospérité et il invite chacun à ne pas attendre le salut d’en haut et à se mettre au travail immédiatement pour faire triompher les idées socialistes.

Et, d’abord, à tous nos amis, à tous nos lecteurs, aux membres du Parti Socialiste et à tous ceux qui sympathisent à son action, nous adressons nos meilleurs vœux de bonheur et de prospérité pour l’année qui commence aujourd’hui.

Nous souhaitons que ce que chacun désire et qui peut être réalisé, sans porter tort à un parent, à un ami, à un voisin et à quiconque, soit obtenu par tous, dans le courant de l’année 1930.

Nous souhaitons pour la classe ouvrière une plus grande amélioration de son sort en attendant sa libération définitive de l’exploitation dont elle est l’objet.

Nous souhaitons aux organisations de la classe ouvrière, à ces instruments de son émancipation, que sont ses syndicats, ses coopératives et son Parti socialiste ; action féconde, développement et succès.

XXX

Mais, comme il ne suffit pas de souhaiter et d’attendre d’une providence, plus ou moins capricieuse, la réalisation de nos vœux les plus légitimes et les plus chers, rappelons à notre mémoire un proverbe des plus véridiques parmi ceux que la sagesse des nations nous a légués. Ce proverbe, c’est : Aide-toi, le ciel t’aidera !

Oui, aidons-nous nous – même ; pensons que l’immense effort que la classe ouvrière doit accomplir pour son affranchissement est fait de la somme des menus efforts, que chacun de nous doit se sentir capable d’accomplir.

N’attendons pas le salut d’en haut l

Notre chant immortel « l’Internationale » nous la redit chaque fois que nous l’entonnons ; Il n’est pas de sauveur suprême. « Ni Dieu, ni César, ni Tribun.. »

N’espérons pas en ce qui est à côté ou au-dessus de nous, en ce qui est lointain et que nous ne voyons pas, ou que nous voyons mal ; espérons en nous.

Disons-nous bien que tant que nous serons immobiles et, inactifs, il est peu probable, que quelqu’un ou quelque chose bougera pour nous.

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Donc au travail et plus que jamais.

Travaillons à développer nos Fédérations socialistes. Elles peuvent être déjà puissantes et capables, elles n’auront jamais trop de force pour la tâche qui leur reste à accomplir.

Que chacun de nos adhérents, dès le début de l’année, se hâte de renouveler sa feuille de cotisation, de payer ses timbres, et puis, qu’il se hâte, aussi, de regarder autour de lui, s’il n’y a pas un citoyen, un travailleur, qu’il doit amener à prendre sa place dans nos rangs.

Menons activement la propagande en faveur de nos idées et de nos groupements. Il y a les réunions à organiser et, aussi, les conversations quotidiennes, avec les parents, les amis, les voisins ; on peut en profiter pour leur faire partager nos convictions.

Les articles et les renseignements des journaux fournissent à cet égard une documentation sûre et abondante, dont chacun peut faire son profit.

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A chaque renouvellement de l’année juive, les Israélites, après avoir échangé leurs vœux, terminent par la formule : « L’an prochain à Jérusalem », Ils indiquent ainsi, qu’ils y croient ou non, ce qui doit être leur souhait ultime.

Si nous étions sûrs que pendant l’année qui commence, les travailleurs seront fermement décidés à s’entendre, à s’organiser et à travailler pour leur libération, nous pourrions dire : « L’an prochain dans une société meilleure, où le bien-être, la justice et l’équité Régneront, puisqu’il n’y aura plus ni exploités ni exploiteurs. »

Eugène GAILLARD.

1 janvier 1930

Le 1er janvier 1939 le Populaire souhaite une bonne année à ses lecteurs. Il rappelle que les facteurs ont beaucoup de travail car il faut distribuer un volume important de courrier puisqu’à cette époque on envoie de nombreuses cartes de vœux. De son coté, le Président de la République, André Lebrun se réjouit devant les diplomates que le spectre de la guerre se soit éloigné !

Le Populaire 1er janvier 1939

Le 1er janvier 1940 pas de souhaits de bonne année à la une du Populaire mais des interrogations sur la suite des évènements..

Le Populaire 1er janvier 1940

Et une surprise en dernière page, une invitation à acheter « Mein Kampf », l’Evangile d’Hitler afin de comprendre sa politique…

Pendant la guerre et les premières années de la reconstruction, pas de vœux ni de publicités pour les étrennes. Avec l’arrivée de 1948 les choses changent.

Le 30 décembre les restaurants invitent les lecteurs a venir réveillonner chez eux.

Le Populaire 30 décembre 1947

 Jean Le Bail, député de Limoges signe l’éditorial invitant les français à croire en la grandeur de la France et à en être fier. La photo d’un étal de volailles abondamment garni laisse présager un réveillon loin de ceux des années de guerre…

Le Populaire 31 décembre 1947

La croissance économique que va connaitre notre pays au cours des 30 années 1945-1975 que Jean FOURASTIE a appelé « Les Trente Glorieuses » va nous faire entrer dans la société de consommation. Les étrennes du Nouvel An vont perdre de l’importance par rapport aux cadeaux de Noel. Sans doute pour oublier les privations qu’ils ont connus mais aussi parce que le pouvoir d’achat a augmenté les parents n’ont plus offerts des bonbons ou des oranges a leurs enfants. Au pied du sapin de Noel couvert de guirlandes les chaussures sont trop petites pour recevoir les cadeaux, elles disparaissent sous un amoncellement de de jeux et de jouets sans oublier les chocolats…

Un lecteur de ce blog, M. Léonard, demande des informations sur le village de Lombertie.

En consultant le cadastre napoléonien, institué en France par la loi du 15 septembre 1802 dans le but d’établir une équité fiscale, on constate qu’il existe bien un lieu-dit Lombertie sur la commune de Nexon. Pour bien le situer il faut regarder la carte en sachant que le Nord n’est pas en haut de la carte mais vers la droite. Il n’est pas loin de l’étang Barlet.

Cadastre napoléonien, Lombertie et La Grange

Sur cette partie de plan, avec une orientation moins déroutante, Lombertie est situé au Nord du moulin de l’étang Barlet. C’est un hameau de 3 maisons.

Lors de la construction de la voie ferrée de Limoges à Périgueux,  commencée en 1856 et terminée en mai 1861, les maisons n’ont pas été détruites ainsi qu’on peut le constater sur le plan ou le tracé de la ligne a été dessiné au crayon et surligné en jaune. Lombertie se trouve entre les deux branches des lignes Nexon-Périgueux et Nexon-Brive.

Une rue à été créée dont l’embranchement est situé sur la route de Meilhac, juste après le pont sous la voie ferrée. La rue s’appelle rue de la Lombertie et dessert les maisons qui constituaient l’ancien hameau Lombertie. Elle est surlignée en bleu sur ce plan qui superpose la cadastre de 1970 et le cadastre napoléonien.

La rue de la Lombertie à Nexon.

 

Quant au nom du hameau c’est le nom de la famille qui a été transféré au lieu. En effet  il y a plusieurs familles Lombertie originaires de Nexon :

  1. Jean LOMBERTIE né vers 1692 , décédé en 1722  qui a épousé Marguerite BOUCHERON
  1. Jean LOMBERTIE décédé en 1740 époux de Marie BONNAUD
  2. Jean LOMBERTIE décédé en 1723 marié à Anne VALETTE
  3. Jean LOMBERTIE dit Jagot décédé en 1726  époux de Martialle SAZERAT

Ci dessous une partie de l’extrait de mariage d’André Lombertie né le 12 avril 1789 à Lombertie qui épouse le 13 février 1809 Catherine Limousin née aux Places.

Mariage d’André Lombertie et Catherine Limousin le 13 février 1809.

28 septembre 1821, naissance de leur fille Ursule.