Une histoire illustrée de nexon
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Les marques et oblitérations de Nexon

août 25th, 2014 | Posted by admin in La poste - (2 Comments)

Les marques postales sont apparues à la fin du Moyen Age. Elles avaient pour but de permettre l’encaissement du prix du transport soit à l’arrivée ce qui était le cas le plus fréquent, on parle alors de « Port dû », ou pour constater son paiement au départ. Par la suite ont été introduites des marques avec date pour vérifier les délais de transmission et éviter les accusations de retard fréquemment adressées à la poste.
Les premières marques manuscrites sur les lettres apparaissent dans le dernier quart du XVIIe siècle. Elles sont rendues obligatoires par Louvois, ministre de Louis XIV et surintendant général des postes, en 1687. Les marques ont pour but d’identifier le bureau expéditeur de la lettre. Le lieu, généralement une ville, parfois une province ou un pays est précédé du mot « DE ». Ces marques sont écrites par l’expéditeur de la lettre. On trouve ainsi des lettres avec la marque « De Limoges ». Au début c’est le directeur qui inscrit de sa main le nom du bureau de départ sur la lettre. Par la suite, du fait de l’augmentation du trafic, les marques sont apposées à l’aide d’un tampon. La première marque postale connue provient de la ville de Colmar en 1690. Le 23 mars 1749, une circulaire rend obligatoire les marques au tampon. Dans certains cas le cachet était constitué d’une lettre majuscule avec un ornement. Ainsi à Limoges c’était un L surmonté d’une couronne.

Le 4 mars 1792, l’Assemblée Nationale vote un texte « relatif à la division de la France » qui supprime les provinces et divise la France en 83 départements. La Haute-Vienne porte le numéro 81. Les bureaux ajouteront ce numéro à leur nom. On a alors « 81 Limoges ». Le cachet est apposé par les bureaux de distribution à la réception du courrier à distribuer. Le premier cachet à date apparaît en 1802 au moment de la Révolution Française à Paris. Il est apposé sur les lettres à l’arrivée puis au moment du départ et souvent aux deux. Sur le devant de la lettre est apposé le cachet qui indique la date de prise en charge du courrier par le service postal. Au dos du pli, est apposé le cachet du bureau qui assure la distribution au destinataire, et éventuellement les cachets à date des bureaux des différentes étapes du parcours de la lettre.

Nexon lettre 7 janv 1833

Lettre du 7 janvier 1833 adressée à Monsieur Deverneil-Puyraseau, président de Chambre au tribunal. Elle comporte  à la fois la cursive linéaire « 81 Nexon » et le cachet à date de Limoges . C’est le plus ancien cachet de Nexon connu (collection de l’auteur).

nexon 1834  felicie de nexon a son frere

Lettre écrite de Nexon le 3 mai 1835 par Félicie de Nexon et adressée à son frère Astolphe de Nexon, élève au Collège de Pont-Levoy dans le Cher. C’est un collège très réputé, en particulier pour la préparation à l’entrée des écoles militaires. Cette lettre, comme la précédente, porte à la fois la cursive linéaire  « 81 Nexon » et le cachet à date de Limoges . ( Collection de l’auteur)

 

lettre 1839Lettre du 8 novembre 1839 (ou 1837?) sans cachet à date, adressée à Monsieur Abria, notaire à Limoges (collection de l’auteur).

Le timbre poste
En vente depuis le 25 décembre 1848, l’utilisation des timbres poste entre en vigueur le 1er janvier 1849. Pour éviter qu’ils soient réutilisés les bureaux de poste les oblitèrent. Ils utilisèrent différents moyens d’oblitération à leur disposition, la plume, les cachets à date ou des tampons réalisés localement. Les bureaux furent pourvus de leur cachet oblitérant dans la première quinzaine de janvier 1849.
La première oblitération est une grille, au 15 janvier tous les bureaux reçurent leur cachet grille. A partir du 1er janvier 1852 elle est remplacée par un losange de 8 points par côté comportant au centre l’indicatif du bureau postal de départ. Il y eut successivement deux types de cachets :
• À partir de 1852, l’administration met en service des cachets oblitérants à petits chiffres. Elle établit une nomenclature des bureaux de postes de 1 pour Abbeville à 3703 pour Yvré-l’Evêque dans la Sarthe. Sont venu ensuite les bureaux d’Algérie puis au fur et à mesure les nouveaux bureaux créés. Nexon porte le numéro 2269
• À partir de décembre 1862, pour des raisons de lisibilité, l’administration décide d’utiliser des nouveaux cachets à gros chiffres. Elle établit une nouvelle nomenclature (de 1 pour Abbeville à 4361 pour Zévaco en Corse). Comme pour les petits chiffres suivent les nouveaux bureaux et ceux d’Algérie. Nexon porte le numéro 2655.

 

lettre 1869

Lettre du 1 juin 1869 avec deux timbres de 10 cts à l’effigie de l’Empereur. (Collection de l’auteur)

lettre 1874Lettre du 19 février 1874 avec le timbre oblitéré par le  losange avec le numéro 2655. (Collection de l’auteur)

A coté des cachets apposés par les bureaux de poste il existait des cachets « de gare », pour les courriers déposés dans les gares et des cachets « d’ambulants » pour les courriers oblitérés dans les trains postaux.

ecrit par Maurice de N

Cachet « gare de Nexon » daté du 2 aout 1900 sur une carte-lettre. (Collection de l’auteur)

lettre 1902Lettre de novembre 1902 adressée à la baronne de Nexon. (Collection de l’auteur)

La poste à Nexon

août 19th, 2014 | Posted by admin in Connaissance de Nexon | Histoire | La poste - (1 Comments)

C’est au XVIIe siècle qu’a été organisé le premier service des postes. Il reprend le modèle du Cursus publicus des Romains, service de poste qui assurait les échanges officiels et administratifs au sein de l’Empire et celui des messageries de l’Université.
Louis XI avait, par un édit du 14 juin 1464, crée la poste royale chargée du transport de la correspondance et des édits royaux. Seule la correspondance d’Etat était concernée. Les plis privés étaient pris en charge par l’Université. En effet l’Université de Paris avait mis en place un système de messageries qui se chargeait du transport des voyageurs, paquets et correspondance entre les différentes provinces qui lui envoyaient ses nombreux étudiants.

Louis XI constitua deux groupes, le premier composé des « courriers du cabinet » chargés de transporter les missives royales et le second, les « postes assises » chargées de fournir les chevaux. Ils deviendront les « maîtres des postes » qui disparaitront en 1873, supplantés par le chemin de fer.

Les relais étaient installés tous les sept lieues (soit 28 kilomètres), distance qu’un cavalier peut parcourir au galop. Seuls les courriers du roi pouvaient aller au galop, les autres cavaliers allaient au trop et ne voyageaient que de jour. Le cavalier changeait de monture à chaque relais et changeait quatre fois de chevaux par jour parcourant ainsi près de 90 kilomètres par jour. Les courriers royaux arrivaient à Limoges quatre jours après leur départ de Paris. Au XIXe le train a mis Paris à quelques heures de Limoges aujourd’hui, avec les messageries électroniques les délais n’existent plus et nous vivons dans l’instantané.

Des employés des relais, les postillons, ramenaient les chevaux au relais d’origine. Les maîtres des postes louaient les montures, sauf aux courriers pour qui elles étaient gratuites, et tenaient des auberges où les voyageurs pouvaient se restaurer et se reposer.

Les voitures de poste empruntaient les routes dont on connaît le tracé par quelques «guides» au départ destinés aux pèlerins, principalement ceux en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle. Le premier Guide imprimé en français et entièrement dédié à la France a été publié en 1551 par Charles Estienne. Intitulé « La Guide et vray enseignement des chemins du royaume de France » il a connu plusieurs éditions corrigées, revues et augmentées. Il donne des renseignements sur les routes, les cours d’eau, les villes et les villages, les grands itinéraires, les relais, les dangers qui guettaient le voyageur, les foires, les monnaies et le change, les monuments archéologiques et artistiques, les manufactures, les fleuves… Ainsi il donne sept itinéraires qui traversent le Limousin. Cinq partent de Paris et rejoignent Toulouse, Cahors ou Agen en passant par Limoges, Felletin, Tulle ou Brive. Les deux autres itinéraires sont celui de Lyon à Bordeaux, par Clermont, Limoges et Périgueux qui suit, en partie, le tracé de la voie romaine de Lyon à Saintes et celui de Guéret à Poitiers. Les premiers relais de chevaux partant de Limoges pour aller à Paris, Toulouse, Bordeaux et Lyon furent établis en 1602.

la poste en 1675

La poste en 1675  (Source : Georges Veyrinaud page 36)

Aucune route signalée à l’époque ne passe par Nexon et pourtant des voies romaines traversaient la commune. Nous en parlerons dans un prochain article. Il faut dire que les routes du Limousin n’étaient pas dans un très bon état et qu’il a fallu attendre l’arrivée de Turgot comme intendant en 1760 pour que les choses s’améliorent.

Peu à peu les messagers royaux prirent en charge des correspondances privées et leur organisation s’étoffera. Grâce à Henri IV et à son ministre Sully qui aimait répéter « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France » le service de la poste bénéficia des chevaux qui leur étaient nécessaires. Avec Richelieu, une tarification unifiée est mise en place et à partir de 1622, une périodicité régulière est instaurée. En 1627 le premier tarif des lettres, dit tarif d’Alméras, du nom du contrôleur général des postes, ne concerne que quatre destinations : Bordeaux, Lyon, Toulouse, Dijon. La taxe des lettres simples est de 2 sous entre Paris et Dijon, de 3 sous entre Paris et Lyon, Paris et Bordeaux, Paris et Toulouse.

La Ferme générale des Postes concède au fermier, moyennant un bail de cinq ans, l’exploitation du service postal avec les bénéfices et les privilèges qui lui sont attachés. Les fermiers qui payent cher ces baux, cherchent à éliminer la concurrence des messageries privées qui subsistent et à augmenter leur propre trafic. Ceci va entraîner durant le siècle suivant une expansion constante des relations entre villes et la création de nombreux bureaux. Ils passent de 770 en 1703 à 1323 en 1791. Ces bureaux ont des employés préposés à la réception et à la distribution des lettres et paquets, ainsi qu’à la perception des taxes. En 1719 les messageries universitaires sont définitivement agrégées à la ferme des postes.

Le Calendrier de 1779 et l’Indicateur du diocèse de 1788 indiquent les bureaux des postes où doivent être adressées les lettres pour toutes les paroisses du diocèse et de la Généralité de Limoges et les jours auxquels les courriers partent de Limoges pour ces différents bureaux. Les 878 paroisses sont desservies par 58 bureaux, tous placés sur le bord des routes de poste dont six partent de Limoges :

– De Limoges à Paris par Orléans, 46 postes (par La M)aison Rouge, Chanteloube, Morterolles, Doignon).
– De Limoges à Toulouse par Cahors, Montauban, 36 postes (par
Boisseuil, Pierre-Buffière, Magnac-Bourg, Masseret, Uzerche, Le Bariolet, Donzenac, Brive, Cressensac).
– De Limoges à Lyon par Clermont, Thiers et Roanne, 41 postes (par le Mazet, Saint-Léonard, Sauviat, Bourganeuf, Pontarion, Charbonnier, Aubusson, Le Poux, La Villeneuve).
– De Limoges à Bordeaux par Périgueux, 26 postes (par Aixe, L’Etang, Châlus).
– De Limoges à Angoulême, par Saint-Junien, 10 postes (par La Barre, Saint-Junien, Chabanais, Pont-Sigoulant, Chasseneuil, La Rochefoucauld).
– De Limoges à Poitiers par Bellac et Lussac-les-Châteaux, 26 lieues (par le Petit-Limoges, Maison-Rouge, Berneuil, Bellac, Saint-Bonnet).

De 1764 à 1790 il y avait trois jours d’arrivée du courrier. Le lundi à 8 heures du matin arrivait le courrier de Bordeaux, le mardi soir, les messagers de Confolens, Guéret, Clermont, Moulins, Eymoutiers et le courrier de Paris, le vendredi à midi les courriers de Toulouse,
Aurillac et à 5 heures du soir, le courrier de Poitiers, chargé des paquets de Paris, La Rochelle, Bordeaux, Angoulême.

Il y avait aussi trois jours de départ des courriers. Le mardi matin partait le messager de Saint-Léonard et le soir, le courrier de Poitiers, chargé des paquets pour Paris, La Rochelle, Bordeaux et Angoulême, à 11 h. 30 le courrier de Bordeaux, à minuit, le courrier de Toulouse. Le vendredi à 2 heures de l’après midi partait le courrier de Paris et à 8 heures, le soir les messagers pour Confolens, Guéret, Moulins et Clermont. Le mercredi matin était le jour du messager d’Eymoutiers. A partir de 1773, les mardis et vendredis soir partait le messager de Châlus. Nexon n’était pas desservis directement aussi fallait-il qu’une personne se rende à Limoges pour récupérer le courrier.

Avec la Révolution, les maîtres de poste perdent leur privilège. Les directeurs des bureaux de poste sont élus au suffrage universel. En 1791, la ferme est supprimée et les postes sont exploitées directement par l’État.

Le 8 pluviôse An V (27 janvier 1797) l’assemblée communale de Nexon décide que le bureau de Poste de Limoges est le plus commode pour elle, et de l’intérêt du Canton, le courrier sera porté à Limoges et pris à Limoges par un commissionnaire.

En 1804 la Haute-Vienne compte 11 bureaux de direction de poste situés à Limoges, Arnac, Bellac, Châlus, Chanteloube, Le Dorat, Morterolle, Rochechouart, Saint-Junien, Saint-Léonard et Saint-Yrieix. Un 12eme bureau est créé à Pierre-Buffière en 1812. En 1830 vient s’ajouter celui d’Eymoutiers.

Le 18 juin 1823 le conseil confirme son désir de faire prendre deux fois par semaine par un piéton sa correspondance au bureau de poste de Limoges. A partir de 1824, un piéton fait le service de la poste pour Solignac et Nexon. Il part le mercredi et le samedi.

Création d’un bureau de poste à La Plaine

En 1830 est mis en place un service rural qui permet aux villages d’être desservis par le facteur d’abord tous les 2 jours, puis progressivement tous les jours. Mais le 2 mai 1830 le conseil municipal de Nexon proteste contre la lenteur du courrier. Une lettre postée à Limoges n’arrive à Nexon que 4 ou 5 jours après car le service est fait par un piéton qui va de Limoges à Saint-Yrieix tous les 2 jours. Il demande la création d’un bureau de poste à La Plaine ou au Plantadis où la commune ferait prendre son courrier à ses frais. Cette protestation de Nexon n’était pas la seule et le Conseil général de la Haute-Vienne attachait une grande importance à ce que toutes les communes soient desservies quotidiennement. Entre 1840 et à 1848 il renouvelle ses vœux pour qu’un bureau de poste soit créé dans tous les chefs-lieux de cantons ou dans les localités d’une certaine importance.

La protestation du conseil municipal a été entendue et finalement ce fut La Plaine, sur la route de Limoges à Saint-Yrieix, qui a été choisie pour la création d’un entrepôt de dépêches. Ils sont 6 en Haute Vienne : Châlus (extra-muros), Conore (commune de Peyrilhac), La Maison-Neuve (route d’Eymoutiers), Moulin de la Poitevine (commune de Bussière-Poitevine), La Plaine (commune de Nexon) et Vayres. Les bureaux d’entrepôts reçoivent et expédient les dépêches des directions et distributions qui ne sont pas situées sur le passage des courriers.

Le 4 mai 1846, Jacques PENICAULT, Maitre de Poste, est installé au relais de Poste de La Plaine, par arrêté du Roi, avec engagement d’avoir de nombreux postillons, chevaux et équipages nécessaires et prescrits par le service.

Création d’un bureau de poste à Nexon

En 1848 il y a 21 bureaux de direction, avec ceux d’Aixe, Châteauponsac, Magnac-Laval, Mézières, Nantiat, Nexon, Saint-Germain, Saint-Sulpice-les-Feuilles (le bureau de Razès a remplacé celui de Chanteloube. Nexon a enfin son bureau de poste.

A coté des bureaux de direction il y avait les bureaux de distribution dont les attributions étaient moins étendues. Ils ne recevaient pas de dépôt d’argent, on n’y payait pas de mandats et on n’y recevait pas d’affranchissement pour l’étranger. Il y en a 14 en 1848 situés à Ambazac, Bessines, Châteauneuf, Laurière, Lussac-les-Eglises, Magnac-Bourg, Nieul, Oradour-sur-Vayres, Peyrat-le-Château, Sauviat, Solignac, Saint-Laurent-sur-Gorre, Saint-Mathieu.

Les premiers timbres-poste sont mis en circulation le 1er janvier 1849. Les timbres sont à l’effigie de Cérès, déesse des moissons, et les tarifs généraux sont de 20 centimes pour une lettre jusqu’à 7,5 grammes, de 40 centimes jusqu’à 15 grammes et 1 franc jusqu’à 100 grammes puis 1 franc par tranche de 100 grammes.
Sous le second Empire, à la faveur de l’ouverture de nombreuses routes et du développement des lignes de chemins de fer, la poste prend une grande extension. En 1873 la poste aux chevaux est supprimée.
Le 10 mars 1929 le conseil municipal décide de construire l’actuel Hôtel des Postes. M. SAUTERAUD est désigné comme architecte. Le 25 janvier 1931 un chauffage central est posé à la Poste. Le 20 Juillet 1946 le conseil décide de céder le bureau des Postes à la direction régionale des PTT.
Le 27 octobre 1956 on relève dans la Presse que « Le village de Nexon a été mis en émoi hier, « le facteur Mr G. qui n’avait pas quitté son poste depuis la guerre, « ne fit pas ses tournées habituelles. Les habitants, surpris envoyèrent une délégation chez lui, ils trouvèrent le malheureux les pieds « meurtris, dans une bassine d’eau chaude et soupirant : je ne veux plus porter que des chaussures à semelles de cuir. »

Pour en savoir plus lire :
Paul DUCOURTIEUX, « La Poste en Limousin » dans le bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, TOME LXII-1913