Une histoire illustrée de nexon
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Roland LESAFFRE n’est pas né à Nexon, il n’y a vécu que quelques mois lorsqu’il avait 13 ans mais il a toujours gardé un très fort attachement à cette commune. Quand, dans les années 1950, il a commencé à tourner des films avec les vedettes de l’époque, Jean GABIN, ARLETTY, Michèle MORGAN, Simone SIGNORET …, les nexonnais suivaient avec attention sa carrière.

Au mois d’août, quand il était dans la fermette qu’il avait acheté en 1965 au Mazaubert sur la commune de Pageas, il venait assister aux spectacles et aux expositions du Cirque. En témoigne cette lettre, illustrée d’un dessin de Béoc le représentant, qu’il adresse aux organisateurs. Il ne manque pas de leur demander, comme il le fait dans toutes ses lettres, de demander de serrer la main « à son pote René Rebière » qu’il avait connu lors de son séjour de jeunesse à Nexon.

 

Sur un dessin d’Albert ROCH dit Béoc, dessinateur belge. 

Raconter la vie de Roland LESAFFRE nécessiterait que j’y consacre des dizaines de pages. Je vais me contenter de rappeler sa jeunesse en insistant sur son passage à Nexon et les témoignages qu’il a donnés lors de ses visites aux soirées du Cirque.

I- La jeunesse de Roland LESAFFRE.

Roland LESAFFRE est né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand. Son père, d’origine belge, servait dans l’armée, sa mère était blanchisseuse. Ses parents se sont désintéressés de lui de bonne heure et il fut placé en nourrice.

Il considère que son enfance n’a pas été très heureuse et n’en parle jamais. Il l’explique dans MATAF, son livre biographique : « Quand je dis : « Je ne me rappelle pas », c’est que, vraiment je ne me rappelle pas. Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. » (Page 18).

Ses souvenirs partent de sa douzième année. Il dit être allé au camp de Jeunesse à Feytiat ou il calait les roues des avions, balayait la cour… Mais il n’y a pas de Chantier de Jeunesse à Feytiat et les allemands n’y avaient pas d’avions en 1941 ! Il dit qu’étant une forte tête et très indiscipliné il a été envoyé en camp disciplinaire à Rochechouart. Or je ne trouve aucune trace de ce camp ou chantier de Jeunesse !

En réalité il est à Nexon. Son père est gardien au camp mais il ne veut pas en parler. M. FAYE, l’un des gardiens note à plusieurs occasions le nom de LESAFFRE sur les carnets qu’il tenait (Carnets montrés par sa nièce par alliance de Josette DUGOT).

Le 13 mai 1944, M. Lesaffre va à Limoges.

Pourtant il aime Nexon. Dans plusieurs des interviews qu’il a donnés il dit que c’est à Nexon qu’il a appris le sport, et on en a la preuve grâce à sa licence à l’Association Sportive Nexonnaise pour l’année 1941, il a alors 14 ans.

Il pratique l’athlétisme, en particulier la course, 100 m, 200 m et 400 m, distances ou il brillera lorsqu’il sera dans la Marine. Il a été sélectionné pour les championnats de la Haute-Vienne en minimes …

Il débute la boxe à 15 ans. Où ? Il dit que c’est à Rochechouart ou il serait allé en camps de Jeunesse disciplinaire à cause de son fort caractère. Il a continué à Brive.

D’après son autobiographie il a rejoint cette ville après avoir obtenu de bons résultats scolaires afin d’entrer dans une école industrielle des Compagnons de France. Il y pratique beaucoup le sport ce qui lui donne une certaine liberté. Un soir de 1943 on prévient les élèves que les Allemands vont venir pour les embarquer. On les invite à partir dans plusieurs directions. Avec un camarade ils marchent dans la nuit à travers bois jusqu’à ce qu’ils soient interceptés par des maquisards. Ils sont conduits au cantonnement d’Adolphe PONTHIEU, alias Dodo. Ils son acceptés mais du fait de leur jeune âge, à peine 16 ans, il est affecté au groupe « As de trèfle ». Il continue à pratiquer du sport mais surtout il découvre la vie au grand air, la vie dans les bois, la fraternité. Il participe à des actions commandos et à la Libération de Brive il reçoit son certificat de maquisard.

Il monte dans le premier train en partance. Il va vers la Côte d’Azur. Dans le compartiment un Monsieur engage la conversation. Il va à Toulon, lui parle de la Marine. Il le suit, passe une journée chez lui et se présente pour s’engager à l’Ecole des Fusiliers Marins. Il signe son engagement le 20 octobre 1944 et se retrouve à l’Ecole des Fusiliers Marins à Siroco, une île près d’Alger. Il apprend à faire la guerre, la devise de l’Ecole est « Tuer sans être tué » amis il apprend surtout à obéir. La discipline est dure, les exercices nombreux, la vie spartiate…

Il avait comme second maître, c’est-à-dire sergent, un certain MONCORGÉ. Il ne le connait que sous ce nom mais il apprend vite qu’il est acteur et connu sous le nom de Jean GABIN. A 39 ans, alors qu’il était sous contrat avec la Fox et vivait à Los Angeles avec Marlène DIETRICH, il quitte les Etats Unis et en avril 1943 s’engage dans les Forces Navales Françaises Libres…

C’est par le sport qu’il devient très proche de son chef. Il représente la Marine en boxe, gagne le 200 et le 400 mètres. Il s’entraine avec Marcel CERDAN, futur champion du monde, qui était simple matelot à la base maritime d’Alger ; il courre avec Alain MIMOUN, futur champion Olympique du Marathon…MONCORGE va avec lui à la salle de boxe, paye le casse-croûte, lui demande de porter des lettres à « sa femme » qui loge à l’hôtel. Il ne sait pas que c’est Marlène DIETRICH, il ne l’apprendra qu’en 1950 lorsqu’il assiste à une projection de L’Ange bleu.

Il embarque pour l’Indochine sur le bateau amiral, l’Emile Bertin, commandé par l’amiral Thierry d’ARGENLIEU. Il y connait les combats dans la jungle contre les Japonais et les plaisirs du sport et de l’amour pendant les permissions à Saïgon. Sa conduite lui vaudra la Croix de Guerre.

Puis c’est la Chine à bord du Suffren. Blessé, miné par le paludisme il est rapatrié à Toulon au début de l’année 1947. Après sa convalescence il est affecté à la base de Toussus le Noble ou il suit les cours pour devenir moniteur de sport. Il s’entraine à la boxe au Racing et en athlétisme au Bataillon de Joinville. Grace à Daniel GUERIN, écrivain, fils de grand bourgeois il découvre Saint Germain des Près, les nuits chaudes, les artistes, en particulier Léonor FINI mais aussi la littérature, et l’art dramatique. Ses titres de champion militaire en boxe, recordman du 200 mètres, champion militaire du 400 mètres, décoré de la médaille militaire du sport par le général de LATTRE de TASSIGNY, lui servent de passeport et lui procurent le respect de tous.

Un jour un photographe l’invite sur un plateau pour voir un tournage. Il s’agit du film de Marcel Carné, La Marie du Port, avec Jean GABIN. Sa vie bascule ? Il suit les cours de Maurice ESCANDE au théâtre Daunou mais rate l’entré au Conservatoire.

Il est démobilisé en septembre 1949. Il est engagé pour des petits rôles par Jean GREMILLON, Marcel CARNÉ … Il n’a plus besoin d’être moniteur de sport. Il peut vivre du cinéma…

Sa grande chance lui est donnée dans « L’air de Paris », où il incarne un boxeur, aux côtés de Jean GABIN et sous la direction de Marcel CARNÉ, ses deux parrains. Le film remporte de nombreuses récompenses. Roland, lui, est lauréat du prix populiste du cinéma français. Sa carrière est, dès lors, lancée.

                Jean Gabin, Roland Lesaffre

Jean Carné, Jean Gabin et Roland Lesaffre

II – Marcel LESAFFRE et le cirque à Nexon

Depuis 1965 Roland LESAFFRE possède une fermette en plein milieu des bois, au bord d’un étang au Mazaubert à Pageas.

Le Populaire, 5 aout 1971

Dès qu’Annie FRATELLINI installe son Ecole du Cirque à Nexon il en sera un fidèle spectateur. En effet il se considère comme un saltimbanque et c’est donc naturellement qu’il est devenu l’ami d’Annie et de Pierre ETAIX, ses voisins de la rue de Caulaincourt, cette rue de Montmartre ou des peintres comme MODIGLIANI, TOULOUSE-LAUTREC, RENOIR … eurent un atelier.

Le 4 aout 1991 Roland  LESAFFRE ne peut être présent à Nexon. Il adresse un télégramme à Annie FRATELLINI et Pierre ETAIX et le même jour il écrit à René REBIERE.

Télégramme remis par téléphone le 4 aout 1991 à 18 h 32.

Les lettres de Roland LESAFFRE sont étonnantes. Elles comportent toutes sa photo du 10 juillet 1986, jour  ou il a reçu la Légion d’Honneur à titre militaire. La liste de ses décorations est impressionnante, il en est fier mais il sait aussi qu’il ne les a pas gagnées seul, ses camarades de combat étaient à ses côtés.

Lettre du 4 aout 1991

Le 30 aout 1992 c’est à Marc DELHIAT qu’il adresse une lettre de remerciement pour l’accueil qui lui a été réservé lors de son passage à Nexon. C’est le même papier qu’il utilise mais ici il annote la liste des décorations « Ces décorations …ce sont mes camarades morts à 20 ans qui les méritaient ».

Lettre du 30 aout 1992

Depuis 1977 Marcel CARNÉ ne tourne plus, la nouvelle vague du cinéma a pris la place mais l’amitié de Roland est indéfectible.

Marcel âgé, il a 20 ans de plus que Roland…

Le 31 octobre 1996 Marcel décède, Roland est son légataire universel.

En Juillet 1997 il est venu visiter l’exposition de sculptures et de dessins de Philippe ARNAULT « Les équilibristes » et il signe le livre d’or :

Dédicace au Livre d’Or, juillet 1997

Mais cette année-là son cœur est triste car, dans la nuit du 1er au 2 juillet 1997, son amie Annie a tiré sa révérence et s’en est allée. Il lui rendra un vibrant hommage le vendredi le vendredi 1er aout en coupant le ruban inaugural du Festival et en lisant la belle préface qu’elle avait écrite pour le livre de RAMUZ, Le Cirque.

« Pour bien parler du cirque

il faut être poète.

Parce que seuls les poètes savent

voir

ce qui échappe à la réalité.

Seuls les poètes ont raison.

Je me souhaite quelquefois d’échapper

au quotidien

pour avoir enfin le droit de rêver…

Comme les poètes.

Ce métier qu’est le cirque

– car c’est un métier –

est rude.

C’est pourtant parce qu’il est rude

qu’il en devient plus grand.

Un sacerdoce,

plus encore qu’une vocation.

Ceux qui le pratiquent

ne s’en rendent pas toujours compte.

Heureusement. C’est ce qui fait leur

humilité :

c’est dans ce rond

Perfection

que l’on gagne son paradis.

Acrobate

ou clown.

Survie.

Le clown c’est le poète en action

écrivait Henry Miller.

Si le clown vit,

travaille en poète,

le poète seul sait le décrire,

Et peut rêver autour du cirque.

Même s’il n’est pas un clown…

Le clown sauta si haut, si haut

qu’il creva le plafond de toiles

Au son du cor et du tambour,

Et, le cœur dévoré d’amour,

Alla rouler dans les étoiles,

écrivait aussi Théodore de Banville.

Voilà, le mot amour est prononcé.

N’est-ce pas d’amour dont il est

question

quand on est clown,

un vrai ?

La passion dévore.

L’amour sonne plus doux.

C’est aussi d’amour dont parle surtout

Ramuz,

quand il écrit Le Cirque.

Et puis de naissance, enfin de

renaissance ou de métamorphose.

“- Miss Anabella -… Ici on est déjà

plus grande qu’on était dans la vie

de tous les jours, comme elle voit

quand elle se regarde, et le miroir

descend du plafond au plancher.

Elle s’y dédouble tout entière, née

d’elle-même, elle existe deux fois ;…

N’est-ce pas ce même miracle que

celui

qui consiste pour le clown

à se revêtir,

à se maquiller…

Pour oublier

et n’être plus qu’un clown-mystère

sans fin.

Dédoublement ou effacement…

pour renaître plus vrai.

“ … Elle n’a plus été que musique…

s’envolant, retombant… Elle monte,

elle redescend… elle avait crevé la

toile et elle avait fui par le trou… »

Les dernières paroles de mon père :

“ Ferme la toile. »

Elle ne s’est pas fermée.

Il a pu ainsi s’envoler,

Comme je voudrais le faire le

moment venu.

Mais à chaque fois que j’entre dans

ce rond de terre

et de sciure,

N’est-ce pas ce que je fais ?

Si un jour je n’avais plus la sensation

du mystère “ sacré »

alors, oui, je m’envolerais. »

Annie Fratellini

La vie continue pour Roland. Il tourne encore des films et des téléfilms. Il gère sa société d’achat de films, il vient souvent à Pageas…


Roland LESAFFRE dans son bureau en 1981

Le 3 Février 2009 Roland LESAFFRE décède au petit matin, à Paris à l’âge de 81 ans. Il est enterré avec son ami Marcel Carné, au cimetière Saint Vincent sur la rue Caulaincourt moins connu que le cimetière de Montmartre. Ils font tombe commune pour l’amitié indestructible qui unissait Marcel et Roland soit éternelle.

La tombe de Marcel Carné et de Roland Lesaffre 

 

Nous invitons tous ceux qui voudraient le connaître un peu plus de lire son autobiographie Mataf, matelot en argot, publiée en 1991 chez Pygmalion devenue depuis 2003 un département de Flammarion.

 

Et pour ceux qui n’auront pas le temps de lire MATAF quelques photos, des interviews et sa filmographie.

 

Repères Biographiques

Né le 26 juin 1927 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Décédé à Paris le 03 février 2009.

7 mai 1956/4 avril 1962 – Marié à l’actrice japonaise Yoko Tani.

                                                                     

 

Sa jeunesse

1941/ 1943 – Nexon, Feytiat, Rochechouart, « Compagnons de France ».

1943/1944 – Maquis de Corrèze, à l’As de Trèfle sous les ordres de Hervé Vaujourd, René Jugie et Georges Guingouin, à l’âge de 16 ans.

1944/ 1949 – Cinq ans de Fusiliers Marins. Quartier Maître Fusiliers. Second Maître de Réserve.

Campagnes Militaires :

– Débarquement de France, Algérie, Indochine, Philippines, Pacifique.

– Deux ans sur le croiseur Emile Bertin au P.C. de Commandement de l’Amiral Auboyneau et Thierry d’Argenlieu.

– Un an sur le croiseur Suffren.

– Débarquement en Indochine au Cap St Jacques et Plaine des Joncs.

– Libération de Saigon contre les Japonais, 1945.

– Campagne du Tonkin aux côtés du Général Leclerc, 1946.

1945 – Ala fin de la guerre, après la bombe d’Hiroshima, reste encore un an avec le croiseur Emile Bertin à aider à rapatrier les Français de la Chine Centrale et de la Chine du Nord.

Décorations officielles

1986 – Légion d’Honneur à titre militaire n° 377 CV 86.

Remise de la Légion d’Honneur le 10 juillet 1986, de gauche à droite : Yoko Tani, Claude Autan-Lara, commandant Paul-Louis Weiller, Marcel Carné, Roland Lesaffre, le réalisateur Jean Delannoy.

1989 – Officier Ordre National du Mérite n° 2554 C 89 remise à Paris par le Président de la République François Mitterrand à L’Elysée.

Décoré par le Président Mitterrand- avril 1989

1983 – Officier Ordre des Arts et Lettres.

1986 – Croix de guerre avec citations, 1939/ 1945 + Croix de guerre des moins de 20 ans + Carte des Combattants des moins de 20 ans, n° 4443 + Diplôme Médaille du Combattant des moins de 20 ans, n° 005861.

1943 / 44 – Maquis de Corrèze et Limousin. Décorations et Diplôme des Anciens de l’Armée secrète. (Combat-A-S-Mur-Réseaux) Roland Lesaffre, n°539.

Barrettes :

– Libération, Méditerranée, Indochine, Algérie, engagé volontaire

– Extrême-Orient.

– Croix du Pacifique de Mac Arthur, décernée aux Fusiliers Marins de Leclerc.

– Médaille des blessés, « Les Eléphants ».

– Port de la Fourragère Rouge gagnée par la Section de l’Ecole des Fusiliers Marins commandée par Monsieur l’Officier des Equipages Magadur.

1946 – Champion militaire (boxe) et champion des Jeux Interalliés en 1945 (Rome).

1945/46/47 – Champion de Boxe de la Marine.

1948/49 – Finaliste des Championnats d’Europe Militaire Athlétisme au 400 m. plat.

22.9.49 – Quitte la Marine après avoir été sélectionné en 1948 pour les Jeux Olympiques de Wembley, au relais 4 x 400 m. Détenteur du record du 200 m. et 400 m. de la Marine, en athlétisme.

22.9.49 – La Marine Nationale décerne un Certificat de Conduite exemplaire pendant le temps que Roland Lesaffre est resté sous les drapeaux. Monsieur le Ministre de la Marine, Louis Jacquinot, à titre personnel, lui décerne une lettre en remerciant le Fusilier Marin Roland Lesaffre pour son courage et sa dignité d’homme, en lui souhaitant : « La marine vous remercie, Fusilier LESAFFRE. Bonne et longue route. »

1956 – Office National République Française. Carte du Combattant n° 648308 – N° dossier : 110984.

1968 – Croix du Combattant de l’Europe de la Confédération Européenne des Combattants. N° 1-39.

1986 – Croix de Guerre et Valeur Militaire – Association Nationale n° 4442.

1987 – (1939/ 1945) Croix Internationale des Anciens Combattants Alliés ROLAND LESAFFRE – n° 87087.

1987 – Diplôme d’Honneur et Palme de Vermeil de l’Encouragement Public n° 87259.

1987 – Diplôme d’Honneur de Porte-Drapeau par la République Française.

1988 – Médaille d’Or de l’Elite Française. N° 149/88.

1988 – Chevalier du Mérite International par le Gouvernement Australien. Réf. n°1161.

1988 – Diplôme d’Honneur – Mérite Or – Résistance des Volontaires 39-45. T.O.E. – A.F.N.

1989 – Médaille Association Nationale des Combattants Volontaires de la Résistance. N° 5269

1990 – Diplôme Royal Vétérans du Roi Albert 1er de Belgique. N° 5097.

1990 – Diplôme et Médaille d’Or Nationale Association Franco-Britannique. N° 15609/4312.

15 Mai 1991 – Diplôme et Médaille. Ligue Nationale des Vétérans du Roi Léopold III de Belgique. N° 1559103.

1994 – Diplôme et Médaille du Roi Baudouin (Belgique).

 

Décorations et distinctions honorifiques

1948 – Médaille du Général Leclerc de Hautecloque.

1949 – Médaille du Général de Lattre de Tassigny, décernée à titre de Champion Militaire du 400 m. plat.

1950/ 1991 – Membre du Conseil d’Administration des Comédiens Combattants.

1967 – Commandeur de l’Académie Européenne des Arts.

1968 – Chevalier de l’Académie des Arts.

1968 – Commandeur du Mérite Culturel et Philanthropique de France.

1969 – Etoile et Mérite Civique pour le Prestige National et Médaille des Bénévoles.

1969 – Commandeur du Mérite Scientifique.

1974 – Médaille de la Ville de Paris.

1975 – Chancelier du Mérite Culturel et Philanthropique de France.

1975 – Chevalier Ordre des Arts et Lettres.

1975 – Membre d’Honneur de la Cinémathèque Française.

1977 – Médaille d’Or Hors Concours de l’Académie Internationale de Lutèce.

1977 – Médaille d’Or de la Ville de Nice, par Jacques Médecin.

1982 – Médaille d’Or de la Ville de St Michel-sur-Orge (Essonne).

1960/1983 – Membre de la Commission de Contrôle des Comédiens Combattants.

1983 – Coupe d’Or du Cinéma, Académie Internationale de Lutèce.

1983 – Médaille d’argent de la Ville du Perreux-sur-Marne par Monsieur Michel Giraud, Maire des Maires.

1984 – Médaille d’0r de la Ville de Romans (Drôme), décernée par Monsieur Georges Fillioud, Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre.

1985 – Médaille du Mérite du Patrimoine National Cinématographique.

1986 – Diplôme d’honneur – Union Nationale des Combattants.

1987 – Diplôme – Association des Anciens Cols Bleus.

1985/1991 – Membre de l’Amicale de Neuengamme et de ses Kommandos. Présidente : Madame Renée Aubry.

1988 – Diplôme et Médaille de Vermeil de la Courtoisie Européenne.

1989 – Médaille d’Or de la Ville de Nevers, remise par Pierre Bérégovoy.

1989 – Voyage officiel au Japon – Praemium Impériale à la Cour Impériale TOKYO avec tous les Chefs d’Etats du Monde.

 

Hommages et divers

1979 – Fondateur du Musée Cinématographique de Marcel Carné à Boston, sous l’égide de Mesdames Reagan, Kennedy, Housen.

1981 – Invité par le Gouvernement américain et les Universités : Hommages BOSTON, NEW YORK, MAISON BLANCHE

1984 – Désigné comme porte-drapeau des Comédiens Combattants sous la Présidence du Président de la République François Mitterrand, pour le 40e anniversaire du débarquement allié en Normandie, en présence de la Reine d’Angleterre et de Ronald Reagan – 6 juin 1984-.

Plus toutes cérémonies officielles jusqu’en 1989.

 

Carrière Artistique

1950 – élève de Maurice Escande et Beatrice Dussane. Prépare le Conservatoire, se présente, malheureusement est recalé. Ses années de guerre comptent pour la limite d’âge ; il se représente et devient l’élève, durant un an, de Maurice ESCANDE.

1950/51 – Joue de nombreuses pièces au théâtre : Compagnie Jean Le Poulain, Compagnie Marcel Herrand et Jean Marchat. Théâtre des Mathurins. En outre : « BARABBAS » de Michel de Ghelderode, « PHILIPPE ROI » de Goudal, « LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGUE » de Gide, du Claudel, etc.

1950 – Au cinéma, commence sa carrière avec « JULIETTE ou LA CLEF DES SONGES » de Marcel Carné.

Plusieurs Grands Prix d’Interprétation :

1953 – VENISE + BELGIQUE + BERLIN pour « THERESE RAQUIN », de Marcel Carné.

1954 – AMERIQUE pour « L’AIR DE PARIS », de Marcel Carné.

1954 – Prix Populiste d’interprétation pour « L’AIR DE PARIS ».

1966 – JAPON pour « LA JEUNESSE AUX PIEDS NUS », de Taniguchi.

 

 

Filmographie de Roland Lesaffre

1949 – LA MARIE DU PORT, de Marcel Carné, avec Jean Gabin, Nicole Courcel, Carette, Roland Lesaffre, Blanchette Brunoy. Primé à Cannes, 1949.

1950 – L’ETRANGE MADAME X, de Jean Grémillon, avec Michèle Morgan, Henri Vidal, Maurice Escande, Roland Alexandre et Roland Lesaffre.

1950 – JULIETTE OU LA CLE DES SONGES, de Marcel Camé, avec Gérard Philipe, Suzanne Cloutier, Yves Robert, Jean-Roger Caussimon et Roland Lesaffre. Primé à Cannes, 1950.

1951 – NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSIN5, de André Cayatte, avec Raymond Pellegrin, Mouloudji, Roland Lesaffre et Balpêtré. Primé à Cannes, 1951.

1951 – CASQUE D’OR, de Jacques Becker, avec Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin, Roland Lesaffre, Raymond Bussières.

1952 – L’AMOUR D’UNE FEMME, de Jean Grémillon, avec Micheline Presle, Massimo Girotti, Roland Lesaffre, Julien Carette, Gaby Morlay et Marc Cassot. Primé à San Sebastian.

1952 – THERESE RAQUIN, de Marcel Carné, avec Simone Signoret, Raf Vallone, Roland Lesaffre, Jacques Duby, Sylvie, Maria-Pia Casilio. Grand Prix Venise 1953. Roland Lesaffre, Prix de Belgique + Prix interprétation 1953 (+ Meilleur film étranger Hollywood 1954). Prix interprétation Festival San Sébastien et Taormina.

1952 – PARIS EST TOUJOURS PARIS, de Luciano Emmer, avec Aldo Fabrizzi et Roland Lesaffre.

1953 – L’AIR DE PARIS, de Marcel Carné, avec Arletty, Jean Gabin, Roland Lesaffre, Marie Daêms, Folco Lulli, Maria-Pia Casilio, Jean Parédès, Simone Paris et Ave Ninchi .

1953 – QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE, de Jean-Pierre Melville, avec Juliette Greco, Philippe Lemaire, Roland Lesaffre, Daniel Cauchy.

1954 – TO CATCH A THIEF (LA MAIN AU COLLET), d’Alfred Hitchcock, avec Grace Kelly, Cary Grant, Roland Lesaffre, Charles Vanel, Brigitte Auber et Georgette Anys. Meilleur film Hollywood 1955.

1954 – NAVIGATION MARCHANDE, documentaire de Georges Franju, avec Roland Lesaffre.

1955 – SI PARIS M’ETAIT CONTE, de Sacha Guitry, avec Michèle Morgan, Jean Marais, Roland Lesaffre, etc.

1956 – CRIME ET CI-IATIMENT, de Georges Lampin, avec Jean Gabin, Marina Vlady, Robert Hossein, Bernard Blier, Roland Lesaffre, René Havard et Albert Rémi.

1956 – SOUPÇONS, de Pierre Billon, avec Roland Lesaffre, Anne Vernon, Frank Villard, Dora Doli.

1956 – LA JEUNESSE AUX PIEDS NUS, de Taniguchi (Tokyo), avec Roland Lesaffre, Yoko Tani et Tatouya Nakadar. Meilleur film au Japon en1957.

1956 – LA LOI DES RUES, de Ralph Habib, avec Raymond Pellegrin, Sylvana Pampanini, Roland Lesaffre, Jean-Louis Trintignant, Lino Ventura.

1957 – MEFIEZ-VOUS FILLETTES, de Yves Allégret, avec Robert Hossein, Antonella Lualdi, Roland Lesaffre, Pierre Mandy, Gérard Oury et Jacqueline Porel.

1957 – FILOUS et Cie, de Tony Saytor, avec Roland Lesaffre, Sophie Desmarets, Marie Daèms, Jean Parédès.

1957 – LA BONNE TISANE, de Hervé Bromberger, avec Raymond Pellegrin, Roland Lesaffre, Madeleine Robinson, Bernard Blier, Estella Blain, Jacques Fabbri et Henri Vilbert.

1958 – LES TRICHEURS, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Pascale Petit, Jacques Charrier, Laurent Terzieff, Jean-Paul Belmondo, Andréa Parizy et Dany Saval. Grand Prix du Cinéma 1958 + Prix du meilleur film français 1958 et 5 Grands Prix Internationaux.

1958 – PARIS C’EST L’AMOUR, de Walter Kapps, avec Roland Lesaffre, Armand Mestral, Danièle Godet.

1959 – LE 7e JOUR de St MALO, de Paul Mesnier, avec Roland Lesaffre, Annie Andrea, Alan Scott, René Kolldhéhoff et Servilange.

1960 – TERRAIN VAGUE, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Danièle Gaubert, Denise Vernac, Georges Wilson et Dominique Davray.

1960 – SURPRISE-PARTIE CHEZ Mme AZAIS, film TV d’André Leroux, avec Roland Lesaffre et Dinan.

1960 – LA FETE ESPAGNOLE, de Jean-Jacques Vierne, avec Roland Lesaffre, Peter Van Eyck, Daliah Lavi et Anne-Marie Coffinet.

1961 – LES MENTEURS, d’Edmond-T. Grévllle, avec Dawn Adams, Jean Servais, Francis Blanche, Roland Lesaffre, Claude Brasseur et Anne-Marie Coffinet.

1961 – LA FILLE DES TARTARES, de Remigio Del Grosso, avec Roland Lesaffre, Yoko Tani, Akim Tamiroff, Ettore Manni. Masque d’Argent, Rome 1962.

1962 – L’ACCIDENT, d’Edmond -T. Gréville, avec Roland Lesaffre, Magali Noêl, Georges Rivière, Danick Patisson.

1962 – DU MOURON POUR LES PETITS OISEAUX, de Marcel Carné, avec Dany Saval, Paul Meurisse, Roland Lesaffre, Suzy Delair, Jean Richard, Jeanne Fusier-Gir, Suzanne Gabriello, Dany Logan et Robert Dalban.

1963 – LE BLUFFEUR, de Sergio Gobbi, avec Roland Lesaffre, Dany Carrel, Paul Guers, Félix Marten.

1963 – LES PARIAS DE LA GLOIRE, d’Henri Decoin, avec Curd Jurgens, Roland Lesaffre, Folco Lulli, Maurice Ronet et Germain Cobos.

1964 – PERIL AU PARADIS, d’Edmond-T. Gréville, avec Roland Desaffre, Armand Mestral, Dario Moreno et Sophie Hardy.

1964 – L’ETRANGE AUTO-STOPPEUSE, de Jean Darcy et Raoul André, avec Roland Lesaffre, Sophie Hardy, Georges Marchai.

1964 – LE TUEUR A GAGES, Téléfilm de Rene Lucot et Frederic Dard, avec Roland Lesaffre, Eddie Constantine, Philippe Clay.

1965 – TROIS CHAMBRES A MANHATTAN de Marcel Carné, avec Annie Girardot, Maurice Ronet, Roland Lesaffre, Otto E. Hasse, Gabriele Ferzetti, Geneviève Page et Robert de Niro. Prix Venise 1966.

1965 – LES SURVIVANTS, de Dominique Genée – Boileau-Narcejac (Films TV), avec Roland Lesaffre, Frédéric de Pasquale, Catherine Diamant.

1965 – L’OR DU DUC, de Jacques Baratier, avec Danielle Darrieux, Claude Rich, Pierre Brasseur, Roland Lesaffre, Jacques Dufilho

1965 – PAS DE PANIQUE, de Sergio Gobbi, avec Pierre Brasseur, Roland Lesaffre, Alain Barrière, Pierre Massirni.

1966 – 2 + 5 MISSIONE HYDRA, de Pietro Franciscí, avec Eleonora Ruffo, Kirk Morris, Roland Lesaffre et Anthony Freeman.

1966 – ALLO POLICE ! de Dominique Genée (Film TV), avec Roland Lesaffre, Guy Tréjean, Georgette Anys.

1967 – LES JEUNES LOUPS, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Haydie Politoff, Christian Hay, Yves Beneyton et Bernard Dhéran.

1967 – LE BAL DES VOYOUS, de Jean-Claude Dague et Jacques Robin, avec Roland Lesaffre, Jean-Claude Bercq, Michel Le Royer, Dona Michèle.

1968 – LES ENFANTS DE CAIN, de René Jolivet, avec Roland Lesaffre, Hans Meyer et Nancy Holloway.

1968 – TRAQUENARDS, de Jean-François Davy, avec Roland Lesaffre, Anna Gaël et Hans Meyer.

1968 – MAITRES CHIENS, de Christian-Jaque, avec Paule Noëlle, Pierre Rousseau et Roland Lesaffre.

1968 – CONTES DU CHAT PERCHE, d’Arien Papazian – Marcel Aymé. (TV) avec Roland Lesaffre et Françoise Arnaud.

1969 – LE BOURGEOIS GENTIL’MEC, de Raoul André, avec Francis Blanche, Jean Lefèvre, Annie Cordy, Darry-Cowl, Roland Lesaffre et Georges Géret.

1969 – LOVE LIFE IN LUXEMBOURG, de Frank Apprédéris, avec Roland Lesaffre, Véra Belmont, Pierre Schneider, Sabine Sur.

1969 – KISS, de Jean Le Vitte, avec Roland Lesaffre, Christine Fersen, Rellys.

1970 – MADAME ETES-VOUS LIBRE ? de Jean-Paul Le Chanois. (TV) avec Roland Lesaffre, Denise Fabre, Michel Coluche, Yves Vincent et Nicole Garcia.

1970 – LES COUPS POUR RIEN, de Pierre Lambert, avec Roland Lesaffre, Pierre Brice, Yanti Sommer.

1970 – LE MUR DE L’ATLANTIQUE, de Marcel Camus, avec Bourvil, Peter Mac Enery, Sophie Desmarets, Jean Poiret, Roland Lesaffre et René Kolldéhoff.

1971 – LES ASSASSINS DE L’ORDRE, de Marcel Camé, avec Jacques Brel, Catherine Rouvel, Roland Lesaffre, Charles Denner, Michel Lonsdale, Didier Haudepin et Françoise Giret.

1972 – EUGENE SUE, de Jacques Nahum. (TV) avec Roland Lesaffre, Bernard Verley, Claudine Coster.

1973 – SIX HOMMES MORTS, de Jacques Nahum, (TV), avec Roland Lesaffre, Jacques Duby, Pierre Vernier, Roger Van Hool.

1973 – LA MERVEILLEUSE VISITE, de Marcel Carné, avec Roland Lesaffre, Gilles Kohler, Mary Marquet, Deborah Berger, Tania Busselier, Jacques Debary, Lucien Barjon et Jean-Pierre Castaldi.

1974 – LE QUAI DE L’ETRANGLEUR, de Boramy Tioulong. (TV) avec Roland Lesaffre, Daniel Gélin, Jean-Paul Zehnacker et Tania Busselier.

1975 – IL FAUT VIVRE DANGEREUSEMENT, de Claude Makovski, avec Annie Girardot, Sydne-Rome, Claude Brasseur, Roland Lesaffre, Mylène Demongeot et Roger Blin.

1976 – LA BIBLE, Collaboration au Documentaire Long Métrage « LA BIBLE », avec Marcel Carné, auprès du Vatican et des Eglises de Sicile et Sardaigne, en tant que Directeur de Production.

1977 – LE CASQUE, de Robert Legrand. Film de prestige S.N.C.F. – Roland Lesaffre.

1977 – LA POUPEE de PLOUBALAY, de Daniel Martineau. (TV) avec Roland Lesaffre, Louis Lyonnel, Germaine Delbat.

1977 – LA VIE de ROLAND LESAFFRE, SPORT et CINEMA, de Jean-Daniel Christophe – FR3.

1979 – OPERATION TRAFICS (Sainte Famille), de Christian-Jaque (TV), avec Guy Marchand, France Dougnac, Roland Lesaffre, Bernard La Jarrige, Jean Martinelli, Madeleine Barbulée.

1979 – LA VIE A BELLES DENTS ou CARNE, L’HOMME à LA CAMERA, de Christian-Jaque, avec Roland Lesaffre, Arletty, Yves Montand, Jean-Louis Barrault. (Film retraçant toute la vie artistique de Marcel Carné.)

1980 – AU BOUT DU CHEMIN, Téléfilm de Daniel Martineau, avec Roland Lesaffre, Serge Moati, Claude Jade, Tania Busselier, Robert Benoist.

1980 – MON AMIE SOCIA, Téléfilm de Daniel Martineau, roman de Joseph Joffo, avec Roland Lesaffre, Valérie Pascale, Danick Patisson.

1980 – ARCH OF TRIUMPH, de Daniel Mann (Américain) (Inachevé), avec Suzanne Pleshette, Maximilian Schell, Trevor Howard, Roland Lesaffre.

1981 – ULTIMATUM, Téléfilm de Georges Farrel, avec Marcel Bozzuffi, Pierre Massimi, Roland Lesaffre, Louis Velte, Chantal Nobel.

1981 – SALUT, J’ARRIVE, de Gérard Poteau, avec Michel Galabru, Pierre Vernier, Christiane Kruger, Roland Lesaffre.

1983 – VENISE ATTENDRA, de Daniel Martineau. (TV) avec Roland Lesaffre, Raymond Pellegrin, Tania Busselier, Daniel Colas, Daniel Russo, Fernand Guiot.

1987 – BERNADETTE, de Jean Delannoy, avec Sidney Penny, Roland Lesaffre, Jean-Marc Bory, Michèle Simonnet, Bernard Dhéran, Arlette Didier.

1987 – LE JARDIN d’ALICE, de Charles Tible (Court métrage), avec Roland Lesaffre, Maka Kotto, Henri Marteau.

1988 – ETERNELLE PRISON, de Medhi Nassradine Haddaoui (Court métrage), avec Roland Lesaffre, Charlotte Very.

1988 – PAUVRE PETIT GARÇON, de Allan Wisniewski (Court métrage), avec Roland Lesaffre.

1988 – LE RETOUR d’ARSENE LUPIN, de Philippe Condroyer (TV), avec Roland Lesaffre, Jacques Boudet, François Dunoyer, Sophie Baijac.

1989 – LA PASSION de BERNADETFE, de Jean Delannoy, avec Sidney Penny, Emmanuelle Riva, Roland Lesaffre, Georges Wilson., Tania Busselier, Malka Ribowska.

1990 – L’EMPIRE DU MILIEU, de Georges Barrier (TV), avec Roland Lesaffre, François Bourcier, Laure Sabardin, Stéphane Bierry.

1990 – DAMES GALANTES, de Jean-Charles Tacchella, avec Richard Bohringer, Isabella Rossellini, Marianne Basler, Marie-Christine Barrault, Laura Betti, Robin Renucci et Roland Lesaffre.

1990 – EDOUARD ET SES FILLES, de Michel Lang (TV), avec Pierre Mondy, Sydne Rome, Laurence Badie, Sophie Carle, Vanessa Guedj, Nathalie Mazéas et Roland Lesaffre.

1990 – LA JAVA BLEUE, de François Rossini (TV), avec Jacqueline Danno, Roland Lesaffre, Philippe Dormoy.

1990 – NOCE, de Didier Decoin, Film européen de prestige du nucléaire, avec Karin Alf, Roland Lesaffre, Pierre Londiche.

1992 – MOUCHE, de Marcel Camé. Nouvelle de Guy de Maupassant. Film européen. Avec Virginie Ledoyen, Roland Lesaffre, Wadeck Stanczak, Patrick Mille, Luca Vellani, Gédéon Burkhard.

1994 – LA BORE DE DIAMANTS, de Nicolas Ribowski (TV) « Les Nouveaux Exploits d’Arsène Lupin » de Maurice Leblanc. Avec François Dunoyer, Roland Lesaffre, Paul Le Person, Michèle Laroque etc….

 

 

 

Roland Lesaffre : 15 ans de Cinéma par Georges Lange, Jeunesse Cinéma- Hors-série 1er trimestre 1963

La vie de Roland Lesaffre mériterait d’inspirer le scénario d’un film. Il a connu mille aventures dans divers pays du monde. Il a côtoyé tout ce qui compte dans le cinéma. Il a tourné dans plus de 50 productions. Aussi ses confidences sont-elles pleines d’intérêt. Notre envoyé spécial Georges Lange les a recueillies pour vous. Vous verrez, c’est du vrai cinéma… A vous de juger.

Plantons le décors

Roland LESAFFRE occupe deux appartements ; dans l’un il vit ; dans l’autre il a installé ses bureaux. Ils sont situés tous les deux au dernier étage de maisons mitoyennes de la rue Caulaincourt, sur les pentes de Montmartre. De là-haut, on découvre tout PARIS.

Dans le salon, on remarque une porte monumentale, en bois sculpté, sur laquelle est gravée une curieuse inscription : « Ni moy sen toy, ni toy sen moy ».

– Cette porte, je l’ai achetée à TAORMINA, dans un couvent de Sicile. Je n’ai pas l’explication de cette curieuse orthographe, dit Roland LESAFFRE.

Une imposante bibliothèque munie de portes massives dépassant soixante kilos chacune, monte jusqu’au plafond.

– Elle a été construite par Eugène FASQUELLE, l’éditeur de ZOLA, pour y ranger les œuvres du célèbre romancier.

Bien d’autres objets sollicitent l’attention : une torche du Palais des Doges de VENISE, des tableaux modernes, un piano, un aquarium immense contenant les poissons les plus rares, une très grande volière où chantent des oiseaux extraordinaires… des poupées et une quantité incroyable de menus objets ravissants.

– J’ai rapporté beaucoup de souvenirs du JAPON et de tous les autres pays où j’ai eu l’occasion d’aller.

Les bureaux se trouvent dans la maison voisine. Il faut descendre dans la rue et reprendre l’ascenseur pour s’y rendre. Pourquoi des bureaux ? Parce que Roland LESAFFRE n’est pas uniquement comédien ; il vend également des films dans tous les pays du monde.

 

 

 

LESAFFRE mesure 1 rn 75, et pèse 68 kg. Il a les cheveux châtain foncé et les yeux marron clair. Ses signes particuliers sont très nombreux mais on peut se contenter de citer un tatouage représentant une tête de mort, sur une jambe. Il n’est pas possible d’en savoir davantage…

Moi, je voulais apprendre un métier et l’on me faisait faire surtout du jardinage. J’avais horreur de cela. Alors, un jour, pour me venger, j’ai planté des poireaux à l’envers. J’ai fait plusieurs camps, dont ceux de Feytiat et Brive la Gaillarde. A Feytiat, je me suis révolté parce qu’on me faisait caler les roues des avions Allemands (c’était un camp d’aviation.) Considéré comme un insurgé, j’ai été envoyé dans un camp disciplinaire où il y avait beaucoup de gars comme moi, abandonnés dans la vie ou dont la famille avait été déportée en Allemagne. Ensuite, j’ai été envoyé à Brive la Gaillarde. Nous commencions à huit heures du matin, nous apprenions le dessin industriel, la forge, la menuiserie. J’ai travaillé avec enthousiasme pendant un an et demi et j’allais passer mon C.A.P. (j’avais choisi la menuiserie) lorsque les Allemands sont arrivés. Je suis parti dans le maquis.

-Comment viviez-vous ?

– Oh, à la dure. Nous avions un sac de couchage et une couverture. Réveillés à six heures nous allions casser la glace à la rivière pour nous laver. Ensuite, il y avait la montée des couleurs. Le drapeau français était hissé en haut d’un mat et l’un de nous criait : « A moi, compagnons ! » Et nous répondions : « FRANCE » ! Au moment de la soupe, il y avait une chanson qui disait : « Si la soupe a du bon, le travail aussi. Merci ». Aussitôt après ce « merci » chacun enfournait sa soupe.

– Quel genre de blagues faisiez-vous avec vos camarades ?

– Nous allions surtout dévaliser les vergers et nous rentrions les vêtements bourrés de pommes.

– Et le sport ?

– Nous faisions du Cross. Dans les Minimes, j’avais été sélectionné pour les championnats de la Haute-Vienne et j’étais arrivé troisième. Puis, ce furent les championnats inter-régionaux et enfin ma sélection pour le National. J’avais demandé et obtenu une permission pour aller à Paris, mais l’argent du voyage me manquait ! Arrivé à la gare, j’ai acheté seulement un ticket de quai et montai dans le train. Dans le compartiment j’ai expliqué ma situation à mes voisin et me suis caché sous la banquette quand le contrôleur est passé. A la gare de Lyon, j’ai pris mes jambes à mon cou et je suis passé dans la cohue. Le lendemain, j’étais au départ du National. Je suis arrivé dans les premiers et mon nom a été imprimé dans les journaux !

– Comment êtes-vous revenu au Camp ?

– En voyageant de la même façon. Comme je n’avais pas les moyens de coucher à l’hôtel, j’avais passé la nuit dans un square. Quand on connut les circonstances de mon voyage, on me punit en m’envoyant ramasser les blés dans une ferme. Mais à mon retour de la ferme, on me donna un poste à mon goût, celui d’aide-moniteur d’éducation physique.

– Par la suite, vous deviez vous distinguer dans divers sports… Voulez-vous citer quelques-uns de vos titres ?

– J ‘ai été finaliste d’Europe de boxe, champion et recordman de la marine des 100 et 400 m plats. Je suis allé aux Jeux Olympiques pour les 400 m plats, j’ai été classé 5ème dans les militaires en 1948, aux Jeux du Monde, toujours sur les 400 m plats… Mais c’est surtout la boxe, qui m’a apporté les plus grandes joies et qui a eu une importance décisive sur ma carrière.

Je prends le maquis

Roland LESAFFRE n’avait que treize ans lorsqu’il connut, après les camps de jeunesse, le dramatique épisode du maquis.

– Les Allemands étaient venus au camp, un matin de bonne heure, pour nous chercher mais nous étions déjà partis ! Lorsque nous avons rejoint les combattants maquisards, en raison de mon âge, on m’a affecté au ravitaillement en munitions, c’est-â-dire que je portais les munitions destinées aux fusils-mitrailleurs.

– Vous avez dû connaitre des heures… mouvementées ?

– Oui. Je me rappelle notamment ma première mission : il s’agissait d’attaquer un convoi allemand d’une quinzaine de camions. La guerre me faisait jusqu’alors un peu l’effet d’une série d’aventures comparables à celles que je lisais dans les journaux illustrés. Bref, voilà que ça pétarade dans tous les coins et que je vois des gars tomber. Les Allemands cherchaient à se protéger en sautant dans les fossés. Soudain le garçon pour lequel je portais des munitions ouvrit la bouche et se mit à crier. Puis, il ne cria plus. Il était mort. A un autre moment, je vis un Allemand debout comme moi. Il me mit en joue et à l’instant où il allait tirer, il tomba, mort. Je me suis sauvé mais dans une mauvaise direction et je me suis trouvé nez à nez avec un Allemand qui, me voyant soudain, me montra son brassard de la Croix Rouge en bredouillant des mots qui, dans sa langue, devaient signifier « Non, non pas moi ! Il faut que je soigne les blessés ». Or je n’avais aucune arme et je n’étais qu’un gamin de treize ans. Je me suis agenouillé à côté de lui et il m’a pris dans ses bras pour me protéger. Quand ce fut terminé, il a été fait prisonnier par mes compagnons et, avant de partir, il m’a embrassé. Je ne l’ai jamais revu.

Le jeune Roland LESAFFRE avait quinze ans quand il réussit à rejoindre, en Algérie, les forces du Général LECLERC. Il voulut s’engager mais on commença par lui faire passer des examens…

– Il y eut des épreuves de dissertations, de géographie, d’algèbre… et l’on refoulait sur les fusiliers-marins ceux qui avaient les notes les plus basses, tandis que les autres devenaient matelots d’équipage. Ces examens se déroulèrent dans des conditions que je n’oublierai jamais ! On m’avait placé à côté d’un grand garçon très maigre qui avait ses deux bachots et préparait une licence. Comme ma page restait blanche et que je regardais machinalement ce que mon voisin faisait, il me passa sa copie. C’était la dissertation ; mais il me passa aussi les problèmes et tout le reste. Au moment de l’oral, je me débrouillai tant bien que mal et j’obtins la moyenne ! Et j’entendis appeler « LESAFFRE, Instruction 6, Ecole des Pilotes ». Après trois mois dans cette école, on s’est aperçu que j’étais assez cancre et l’on n’a pas insisté. On m’a dirigé sur l’Ecole des Fusiliers-Marins, à Siroco où régnait une discipline de fer. C’est là qu’il m’arriva de faire une fameuse connaissance.

Je rencontre Gabin

Le quartier-maître de la chambrée où était le jeune LESAFFRE s’appelait MONCORGE. Et ce MONCORGE n’était autre que Jean GABIN.

– D’abord, explique LESAFFRE., je ne savais pas qui était ce MONCORGE. Alors les copains m’ont dit : « GABIN, voyons ! Pépé-le-Moko ».

– Était-il sévère ?

– Oui, mais pas méchant. Un jour, comme je ne marchais pas au pas, il me l’a fait remarquer : « Et le pas, alors ? ». Je me suis insurgé, bêtement : « Ah ! ce qu’il peut être embêtant, le Pépé ! ». « Qu’est-ce que vous dites ? Je vais vous mettre sur le rapport, moi. Vous aurez de mes nouvelles ! ». Mais les mois ont passé et GABIN ne mit jamais sa menace à exécution.

L’entraînement continuait avec des marches de nuit, des parachutages, etc… C’était exténuant. Je ne pesais plus que quarante kilos. Puis, un jour, on s’est aperçu que j’étais doué pour la boxe. Toute les compagnies avaient leurs championnats de boxe, de natation, de course. Je me suis engagé dans diverses épreuves et j’ai gagné une course, le saut en hauteur, le décathlon, un match de boxe.

– Etiez-vous, de ce fait, exempt de corvées ?

– Oui. Pour moi, plus de marches épuisantes de nuit, plus d’exercices de tir… Et, à la salle de boxe j’ai retrouvé…

– GABIN !

– Parfaitement. Mais quelqu’un d’autre aussi : Marcel CERDAN, le fameux bombardier marocain, l’homme qui devait devenir un très grand champion et finir de façon si dramatique… Et plus tard, nous devions être réunis, GABIN et moi, grâce à la boxe, dans le film « L’AIR de PARIS ».

– Citez-nous des anecdotes concernant GABIN et CERDAN.

– Le vrai GABIN, pour moi, c’était le monsieur qui était debout à six heures et qui, en short et chandail, courait et sautait pendant des heures, qui mangeait avec les hommes de troupe, qui s’entraînait chaque jour à la salle de boxe.

– Quel écart d’âge aviez-vous ?

– J ‘avais dix-sept ans et il devait en avoir dans les quarante… Quel chic bonhomme ! Quand je n’avais pas le sou, à la cantine, il me payait un casse-croûte. Pourtant, il avait un caractère bougon, renfrogné et voulait se faire respecter. Par exemple, si on se baignait dans un endroit interdit, il arrivait furieux et criait « Espèces de vauriens, je vous mets sur la peau de bouc ! ». La peau de bouc, c’était le rapport. Mais les jours passaient et l’on ne voyait rien venir. Quant à CERDAN, qui était matelot d’équipage, il s’entrainait souvent dans une salle d’Alger où j’allais aussi. Un jour, on me dit de boxer contre un Américain appartenant à l’équipage d’un bateau arrivé la veille. Le gars fort de son avantage au poids, me sonne, me balance dans les cordes et m’ouvre l’arcade sourcilière. CERDAN avait assisté au combat. « Tu es fatigué ? » me demanda-t-il. « Oui, dis-je, j’ai l’arcade et la lèvre fendue et je combats après-demain ». « Ne t’inquiète pas, reprit-il, je vais lui régler son compte ». Il prend mon adversaire et pan ! en l’air. Un deuxième arrive… pan ! en l’air. Et un troisième arrive et fonce sur CERDAN en tenant sa garde. Or, CERDAN était un gars très gentil ; si vous vouliez boxer, il boxait mais si vous vouliez jouer au tueur sur un ring, il ne l’admettait pas. Alors, il a frappé et allongé l’américain qui est resté plusieurs minutes inconscient.

Ensuite, pendant six mois, le matelot LESAFFRE suivit les cours de moniteur d’éducation physique. GABIN était rentré en FRANCE, CERDAN était parti pour les championnats d’Europe. La France était libérée.

– Alors, je participai à la libération d’Alger, aux opérations des Hauts-Plateaux, de Sétif, Kerrata, Bougie. Il me restait encore cinq ans à passer dans la marine. Je voulais voyager, embarquer… voir du pays. On formait un détachement de volontaires pour terminer la guerre d’Indochine et du Pacifique. Alors je me suis présenté…

La Grande aventure

C’était au début de 1945 ; Roland LESAFFRE avait dix-huit ans. Embarqué sur L’Emile Bertin, comme fusilier marin et moniteur d’éducation physique, il passa quartier-maitre.

– Nous commençâmes par débarquer à Saïgon, puis nous nous enfonçâmes dans la jungle… Et cela a duré sept mois. Nous étions six-cents au débarquement de la baie d’Along, en 1944, et, le soir-même, il y eut près de six-cents morts. Le même drame s’est reproduit un an plus tard à la baie de Tourane.

– Quelle est l’action la plus héroïque à laquelle vous avez participé ?

– Je préfère ne pas répondre à cette question… Pour moi, il n’y eut rien de tellement héroïque… Foncer pour enlever un piton de mitrailleuse, ce n’est pas de l’héroïsme, c’est de la folie… Une fois, oui, j’ai fait un combat de boxe héroïque parce que l’honneur de la Marine Française était en jeu. On m’appelait KID CHAMPION. J’étais opposé à un Anglais pour les championnats du Pacifique. Grand tralala avec drapeaux, Marseillaise et les Hymnes anglais et américain. Et tout-à-coup quelque chose s’est déclenché en moi, je me suis senti Français l Et quand le combat fut commencé, mes supporters criaient : « Vas-y, FRANCE… vas-y KID ! ». J’ai fini par gagner par abandon et je me suis retrouvé recevant l’accolade des amiraux et de tous les gradés. Oui, ce jour-là, j’ai fait quelque chose d’héroïque pour la FRANCE.

Si l’on demande à Roland LESAFFRE de citer quelques-unes des dix-sept décorations qui constellèrent sa poitrine, il hausse les épaules et admet qu’il en est une qu’il porte discrètement sur ses vestons : La Médaille de Moniteur de Joinville. Mais il a encore : les décorations de la Méditerranée, du Cambodge, de l’Afrique du Nord, la fourragère rouge des survivants du commando Emile-Bertin etc… Il a reçu la première à dix-sept ans !

Roland LESAFFRE finit par rentrer en France, en passant par la Chine et la Russie, rapatrié par le Suffren tandis que l’Emile Bertin continuait son tour du monde.

L’inespéré arrive

– Un jour, j’appris qu’ESCANDE allait faire passer des auditions pour Marcel CARNE qui préparait un film : JULIETTE ou la CLEF des SONGES. J’ai dit à ESCANDE : « CARNE, je le connais, j’ai travaillé avec lui et mon ami GABIN ». Il m’a regardé en souriant puis m’a dit : « Alors, tu as peut-être ta chance… Viens aux auditions ». Le lendemain, j’étais sur place de bonne heure, CARNE était dans la salle, entouré de quelques personnes. Il assistait aux auditions sans mot dire. Quand une vingtaine d’élèves furent passés sur la scène, j’insistai pour auditionner. J’ai donné une tirade de « Mithridate ». Ce fut une catastrophe. Tout le monde jacassait, on ne me prêtait pas la moindre attention. Puis, quand ESCANDE m’eut dit poliment : « Merci, mon petit, c’est très bien » je lui demandai : « Je voudrais passer autre chose ». Pris au dépourvu, il me regarda en soupirant : « Ce n’est pas très long ? ». « Non, non ». Et je récitai un poème de Camille François : Mon Chien. Je le terminai avec des larmes dans les yeux et descendis de la scène. Alors, l’inespéré arriva : Marcel CARNE m’a appelé et m’a tendu une carte de visite en me disant : « Passez au bureau de la production de Sacha GORDINE, pour des essais ».

Deux semaines passèrent… Les essais eurent lieu et, à cette occasion Roland LESAFFRE faisait la connaissance d’une toute jeune fille qui dansait alors dans un ballet de Léonor FINI ; elle avait un minois de chat sauvage et s’appelait Leslie CARON. Sur le plateau, il y avait un personnage qu’on ne connaissait pas non plus, qui assistait aux essais. C’était Gene KELLY.

Quand il vit les bouts de film de la danseuse, il la demanda à CARNE pour en faire la vedette de son film « Un américain à PARIS ».

– Mais, vos essais ?

– J’attendis en vain des nouvelles de la production. Alors, au bout d’un mois, n’y tenant plus, je téléphonai à Marcel CARNE. Il me répondit alors que je ne jouerais pas le rôle principal du film qui serait tenu par Gérard PHILIPPE, mais un rôle de légionnaire. Ce fut mon premier rôle marquant au cinéma.

1950… Roland LESAFFRE a vingt-trois ans. Il est devenu un acteur. Pendant toute sa carrière il tournera avec les plus grands metteurs en scène : CAYATTE, BECKER, CARNE, HITCHCOCK etc. … et avec les artistes les plus en vue.

Comment je travaille mes rôles

Dans « L’ETRANGE MADAME X », Roland LESAFFRE joua le rôle d’un barman. Il était entouré de Michèle MORGAN, Henri VIDAL et Roland ALEXANDRE. Le metteur en scène GREMILLON voulait faire vrai et, comme une scène du film se déroulait dans un petit café restaurant du Faubourg saint Antoine…

– Pour bien entrer dans la peau de mon personnage, j’ai pensé que je devais effectuer un stage de garçon de café. En effet, je ne voulais pas risquer d’être critiqué parce que je n’aurais pas su porter un plateau ou verser un apéritif. J’allai chez MANIERE, rue Caulaincourt, tout à côté de mon domicile et expliquai au patron de quoi il s’agissait. Comme je n’étais pas encore connu comme acteur, je ne risquai pas d’être découvert ! Or, il arriva une aventure amusante en ce sens que le chef des garçons du bar fut jaloux de moi. Pour hériter de mes pourboires, il m’envoyait toujours à la cuisine ou à la cave. Le dernier jour, j’ai offert le champagne à tout le monde et le garçon en question a donc appris pour quelle raison j’étais là. Il n’a rien dit mais il m’a adressé une lettre merveilleuse pour s’excuser de son attitude et me remercier de la leçon que je lui avais donnée.

– Avez-vous fait d’autres stages pour la préparation de certains rôles ?

– Oui, dès l’année suivante, en 1951. Aux côtés de Raymond PELLEGRIN et MOULOUDJI, je tournai, sous la direction d’André CAYATTE dans NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS, qui devait obtenir le Grand Prix à Venise. Mon rôle était celui du coiffeur de la prison. Donc, il fallait que je sache tenir ciseaux, peigne et tondeuse… Je travaillai pendant trois semaines dans une école de coiffure. Je mangeais à la cantine avec les autres et le soir j’étais de corvée pour balayer.

CASQUE D’OR de Jacques BECKER a permis également à Roland LESAFFRE de faire une apparition marquante, en compagnie d’artistes exceptionnels : Simone SIGNORET, Serge REGGIANI, Claude DAUPHIN.

– Puis, ce fut l’année 1952 et je tournai L’AMOUR d’une FEMME de GREMILLON, avec Massimo SERATO, Micheline PRESLES, Gaby MORLAY et CARETTE, Marc CASSOT… J ‘étais un gardien de phare, ancien marin. Pendant trois mois, nous avons vécu à OUESSANT, mais je suis parti avant les autres car j’étais attendu pour un autre film qui devait faire parler de lui et de moi : Thérèse Raquin. GREMILLON est venu m’accompagner sous la pluie battante, jusqu’à l’un des bateaux qui n’avaient pu accoster de la journée entière à cause de la tempête.

Et il m’a dit : « Tu vas tourner avec CARNE… Pars confiant. Je te souhaite d’être meilleur encore qu’avec moi ».

 

Après avoir refusé quatre films, Roland LESAFFRE signa un contrat pour LA MAIN AU COLLET d’HITCHCOCK, avec Grace KELLY, Cary GRANT, Charles VANEL, Brigitte AUBER…

– HITCHCOCK me téléphona lui-même et me demanda de venir le voir. Nous avons parlé… Je lui ai fait remarquer que mon anglais était très défectueux et il m’a dit : « C’est sans importance. Je vous ai vu à l’écran, vous avez du talent ». J ‘ai signé un contrat magnifique, se montant à plusieurs millions. Alors, j’ai peut-être perdu un peu la tête. J’ai invité quantité de gens à dîner, j’ai habillé des copains, je croyais que je tenais la fortune et qu’elle était inépuisable. Mais il faut bien comprendre que c’était pour moi une revanche contre toute la vie que j’avais eue jusqu’alors, surtout pendant ma jeunesse… J’ai été jalousé, je me suis découvert des ennemis… N’en parlons plus, puisque tout cela c’est du passé.

– Alors, parlez-nous de l’Amérique et d’HITCHCOCK.

– J’ai dépensé beaucoup d’argent à HOLLYWOOD car je voulais tout connaître… De ce fait, je ne dormais guère, j’allais au Dancing, à la boxe, et je me couchais à des heures impossibles. De ce fait, j’arrivais en retard au Studio. Alors, un jour, HITCHCOCK m’interpella : « Hé ! la Butte Montmartre, quand on dit huit heures-et-demi, ce n’est pas neuf heures ! Comment dit-on en Français ? ». Je lui répondis « L’heure c’est l’heure. Avant l’heure c’est pas l’heure et après l’heure, c’est plus l’heure non plus ! ». Le lendemain je trouvais dans ma loge un grand écriteau portant cette phrase. HITCHCOCK l’y avait fait placer bien en évidence.

1958 avait vu l’avènement de la nouvelle vague. Les anciens, acteurs et metteurs en scène ne travaillaient plus… Comme tant d’autres, Roland LESAFFRE dut tenir tête à cette marée. Quelques rôles se succédèrent dans : PARIS, c’est l’AMOUR, Le SEPTIEME JOUR de SAINT MALO. Puis, brusquement, sans transition, en 1959, ce fut pour lui un des sommets de sa carrière avec l’un de ses meilleurs rôles, celui de BIG CHIEF de TERRAIN VAGUE (Marcel CARNE).

….

Fin de l’article

 

L’AIR DE PARIS 1954

https://moncinemaamoi.blog/2016/06/05/lair-de-paris-marcel-carne-1954/

 

A l’automne 1953, le nouveau film de Marcel Carné, Thérèse Raquin, reçoit un excellent accueil. C’est donc avec confiance que le réalisateur se lance avec le scénariste Jacques Viot dans un nouveau projet : l’histoire d’un entraîneur de boxe qui jette son dévolu sur un jeune ouvrier pour en faire son poulain. Carné est à l’époque un passionné de boxe et, comme il l’expliquera dans son autobiographie, l’arrière-plan social d’une telle intrigue lui plaît également: « Ce qui m’intéressait – en plus de l’atmosphère particulière du milieu – c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui, ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour « mettre les gants » et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring… ». Malheureusement, les producteurs de l’époque voient les choses d’un autre œil, estimant que les films sur la boxe n’intéressent pas le public. Après moult refus, Carné finit tout de même par signer avec Robert Dorfmann, heureux producteur de Jeux interdits et de Touchez pas au grisbi, qui se trouve être lui aussi un grand amateur de boxe.

L’histoire

Propriétaires à Paris dans le quartier de Grenelle d’une salle d’entraînement de boxe, le couple Victor (Jean Gabin) et Blanche (Arletty), n’envisagent pas le même avenir : Lui veut continuer à organiser des combats, Elle rêve d’une retraite au soleil sur la Côte d’Azur. Victor croit en l’avenir d’André Ménard (Roland Lesaffre) qu’il a recueilli chez eux, il l’encourage et le forme ; mais « paumé », le jeune homme délaisse vite l’entraînement par amour pour Corinne (Marie Daëms), joli et volage mannequin qui, selon Victor, le détourne de son destin de champion ; Victor finira par le ramener sur le chemin du sport.

Retrouvailles

Pour Carné, il est évident que le rôle de Le Garrec, l’entraîneur, revient à Jean Gabin, avec qui il a déjà tourné trois films. De son côté, Gabin se déclare rapidement partant – et le restera, même après avoir découvert la nouvelle version du scénario écrite par Carné et Jacques Sigurd, qui a entre-temps remplacé Jacques Viot. Le tandem a en effet développé considérablement le rôle du jeune boxeur, le dotant notamment d’une histoire d’amour, ce qui relègue quasiment le rôle de Gabin au second plan. Bien qu’il n’apprécie qu’à moitié ces modifications, l’acteur respecte sa parole. Il sera donc à l’écran l’entraîneur de Roland Lesaffre, ancien compagnon d’armes (ils se sont croisés à Alger pendant la guerre) qui vient grâce à Gabin – de jouer dans deux films de Carné. Le réalisateur a en fait eu des doutes sur les capacités de Lesaffre à tenir un rôle aussi important, mais le jeune homme est un ancien champion de boxe, ce qui le rendra crédible pour les scènes de combat… Fidèle, Carné engage pour le rôle de Blanche Le Garrec son amie Arletty, réunissant ainsi, quinze ans après, le couple du Jour se lève. Quant au personnage de Corinne, il le destine à Agnès Delahaie, qui n’est autre que « Madame Robert Dorfmann », Mais, découvrant qu’une récente dispute a opposé la jeune femme à l’épouse du coproducteur italien engagé dans le film, Carné doit faire appel in extremis, à la veille du tournage, à Marie Daëms…

Si Arletty se réjouit de partager l’affiche avec Gabin, elle est beaucoup moins emballée par le film : « Trop conventionnel, dit-elle. Pas assez équivoque. On ne voyait pas qu’il avait un look pour Lesaffre. Carné n’a pas voulu. Il aurait dû le faire jouer en plus « pédoque » [homosexuel].» Évidemment, aidé de son dialoguiste Jacques Sigurd (Dédée d’Anvers d’Yves Allégret), Carné a écrit tout spécialement le rôle du jeune champion pour son « protégé » Roland Lesaffre, auquel il réserve, les meilleures scènes.

– Dis donc, c’est plus mon histoire, c’est celle de Lesaffre, maugrée Gabin après lecture du scénario dialogué.

– Mais comme tu dis, à ton âge tu ne veux plus jouer les godants [amoureux], rétorque Carné.

Au terme de quelques-uns de ces échanges verbaux, dans un réel souci d’apaisement mais surtout parce qu’il connaît parfaitement « son » Gabin, Carné lui offre de discuter d’éventuels changements de texte en sa faveur :

– Non, non… J’ai signé, je jouerai ce qui est écrit, répond-il, l’air buté.

Sur le plateau, il n’adresse pratiquement plus la parole à Lesaffre ; celui-ci se révèle être, selon des témoins, « un sacré cabochard » : il estime être la vedette du film, ce que confirme le réalisateur. « Carné me disait que j’en faisais trop et que je lui « cachais » sa vedette ! » révèle Gabin. Quant à la presse toujours en perpétuel conflit avec le monstre sacré, elle désigne ouvertement Lesaffre comme son remplaçant : « Il y a dans le personnage de Lesaffre quelque chose de Gabin jeune, du Gabin de Gueule d’amour et de Pépé le Moko. Lesaffre me fait songer à la réplique musicale de Gabin en plusieurs octaves plus aiguës … », écrit le critique André Bazin.

 

Sur le ring

L’atmosphère des salles de boxe a-t-elle déteint sur l’équipe du film ? Toujours est-il que des tiraillements se produiront tout au long du tournage. D’une part entre CARNE et GABIN, ce dernier reprochant au réalisateur – non sans raison – de continuer à privilégier par sa mise en scène le personnage de LESAFFRE. Les relations entre l’acteur et son ancien « copain de régiment » s’en trouvent du même coup refroidies, d’autant que LESAFFRE ne joue pas exactement la carte de l’humilité. À en croire CARNE, après le succès inattendu de sa prestation dans THERESE RAQUIN et sa brève collaboration avec HITCHCOCK pour TO CATCH A THIEF (LA MAIN AU COLLET), la tête du comédien a quelque peu « enflé », et il regimbe souvent aux indications de son metteur en scène. Des frictions qui viennent s’ajouter à la complexité des scènes de matches, tournées avec de vrais professionnels : LESAFFRE affronte ainsi Séraphin FERRER, champion d’Europe de l’époque. Un combat dont il se tire honorablement, mais qui le laisse épuisé pour le reste du tournage. Malgré ces multiples difficultés, CARNE sera au final satisfait par le film. En partie sans doute parce que l’histoire de Le Garrec et du jeune André dépeint au fond sa propre relation avec Roland LESAFFRE, aspirant comédien qu’il a pris sous son aile, et qui fera grâce à lui une honnête carrière.

 

Fin

 

Roland Lesaffre – la fidélité dans le talent par Joe van COTTOM, Ciné Revue 1981.

http://www.marcel-carne.com/la-bande-a-carne/roland-lesaffre/1981-roland-lesaffre-la-fidelite-dans-le-talent-cine-revue/

 

www.youtube.com/watch?v=p88wbyG-Ssg

 

I – La guerre de 1914-1918 de mon grand-père Arthur.

Mon grand-père Arthur n’est pas né à Nexon mais il y a passé les 40 dernières années de sa vie. Il y est arrivé en 1945, il a développé son activité, joui de sa retraite et y est enterré depuis 1985.

Né en Belgique en 1894 il avait 20 ans en 1914. Il a donc participé à la Guerre de 14 comme on disait quand j’étais jeune. Mon grand-père  resté fidèle à sa nationalité de naissance bien qu’il ait vécu plus de la moitié de sa vie   en France.

Il bénéficiait d’une carte de résident privilégié mais également d’une carte d’étranger qui lui permettait d’exercer son métier de minotier.

Au moment de la déclaration de la guerre mon grand-père travaillait avec son père dans le commerce de grains que celui-ci tenait dans la banlieue de Liège. Les belges ne s’inquiétaient pas outre mesure de la déclaration de guerre puisque la Belgique était neutre. Mais l’Allemagne n’a pas respecté cette neutralité. Elle lui demande de laisser passer ses troupes sans combattre ce que refuse le roi Albert 1er. Il se rend à cheval au Palais de la Nation et le 4 aout 1914 il prononce devant les Chambres réunies un discours de résistance à l’envahisseur dont un extrait montre la volonté de préserver l’indépendance de son pays et la résistance qu’il manifeste :

« Si l’étranger, au mépris de la neutralité dont nous avons toujours scrupuleusement observé les exigences, viole le territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour du Souverain, qui ne trahira jamais son serment constitutionnel, et du Gouvernement investi de la confiance absolue de la nation toute entière. J’ai foi dans nos destinées : un pays qui se défend s’impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante ! »

Cependant, la ville de Liège tombe le 7 août sans résistance, mais les combats de l’armée belge qui durèrent jusqu’au 16 aout, s’appuyant sur les nombreux forts construits dans la campagne, suscita un vif intérêt pour Liège et lui valut la Légion d’honneur décernée par la France. À Paris, on débaptisa le café viennois qui évoquait l’ennemi, pour le renommer café liégeois. Cependant, à Liège, coupée de Paris durant les quatre ans d’occupation, c’est l’expression « café viennois » qui resta en usage. La résistance de l’armée belge en retardant fortement l’avancée allemande a laissé à la France le temps de se reprendre et d’arrêter les troupes allemandes sur la Marne.

Le café liégeois,une glace au café sur du café chaud, de la crème chantilly et un biscuit à la cannelle.

En 1914, les Belges n’ont plus aucune expérience directe de ce qu’est une guerre car depuis le 18 juin 1815 jour de la sinistre défaite française à la bataille de Waterloo, à 20 km au sud de Bruxelles, il n’y a pas eu de grande bataille sur leur territoire national. Les Belges s’apprêtaient à en fêter le centenaire en même temps que le siècle de paix qu’ils venaient de vivre.

Devant l’avancée des armées allemandes, le gouvernement belge gagne la France et s’installe au Havre mais le Roi Albert décide de rester au front, à la tête de ses soldats. Il s’établit, avec son épouse, à La Panne, dernière ville belge avant Dunkerque. Le courage du Roi l’a non seulement fait aimer de ses concitoyens mais aussi des français. Il fut décoré de la Médaille Militaire, reçut une épée d’honneur (mars 1915), et une journée du Drapeau belge fut organisée le 20 décembre 1914 avec quête, vente d’insignes au profit des réfugiés (voir l’article sur ce blog), etc. L’engouement du public conduisit même à débaptiser un dessert d’origine autrichienne qui devint le « café liégeois » !

Ne pouvant pas rester indifférent à la guerre mon grand-père décide de s’engager et de rejoindre une unité belge en France. Il sera un « volontaire de guerre », V.D.G., sigle qui figure sur tous ses documents militaires. Mais il lui est impossible de traverser la Belgique pour rejoindre la France, la ligne de front s’étend tout le long de la frontière. Avec quelques camardes ils décident de passer par la Hollande dont la frontière est à moins de 20 kilomètres, se rendre à Maastricht et de là rejoindre la Grande-Bretagne puis la France.

Il a noté tout son parcours sur un petit carnet noir. Départ de Chênée le mercredi 5 janvier 1915 à 3h30 pour rejoindre une ferme à 3 km, attendre les autres pour finalement partir à 6h30 à neufs dans une charrette et une douzaine qui suivent à pied. Le convoi chemine à travers les champs et les près pour éviter la cavalerie allemande. Leur guide les conduit jusqu’à la frontière qu’ils franchissent en plusieurs endroits. Ils arrivent le 6 janvier vers midi à Maastricht, crottés et mouillés.

Le lendemain ils vont au Consulat de Belgique qui leur délivre un laissez – passer pour aller en France en passant par l’Angleterre.

Le document est signé le 10 janvier 1915. Mon grand-père arrive à Londres le 14 janvier 1915 ou l’accueil est chaleureux. Puis c’est le départ pour Southampton, la traversée jusqu’au Havre et enfin l’arrivée au Centre d’Instruction pour recrues et anciens militaires (CIAM) à  Fécamp, le 15 février 1915.

Il est nommé ordonnance d’officier. Mais dans ce poste il faut passer beaucoup de temps à cheval. Mo grand-père n’a pas l’habitude et cela le fatigue aussi il demande à être versé au corps de transport de l’armée. Son souhait ne sera pas exhaussé et le 18 juin 1915 il est désigné pour la commission de recrutement de Watou, ville belge située près de la frontière française. Il y arrive le 21 juin et commence aussitôt son travail de rédacteur.

Mais ce travail ne convient pas à mon grand-père qui a toujours été habitué à bouger. Renvoyé à Fécamp, le 15 aout il entre à l’hôpital ou il est déclaré inapte au service sédentaire et envoyé au camp d’Autours, près du Mans. C’est un très grand camp de 1 000 hectares, base arrière des armées alliées où les soldats belges et britanniques se reposent et s’entraînent. Les soldats logent dans des tentes de 10 personnes et la nourriture n’est pas bonne.

Mon grand-père suit les cours au centre d’instruction pour brancardiers d’infanterie (C.I.B.I). Il note tout sur son petit carnet. Il s’en servira toute sa vie.

Sur la page consacrée aux antiseptiques on trouve la teinture d’iode, son remède miracle ! Combien de fois l’ai-je vu boire un grand bol de lait chaud dans lequel il avait versé quelques gouttes de teinture d’iode !

Le 14 décembre 1915 il est affecté comme infirmier à l’Hôpital Complémentaire 49 à  dans la Manche.

Au début de la guerre les blessés belges étaient soignés dans les hôpitaux français de la région de Calais. Mais les milliers de soldats belges qui se retrouvaient dans les hôpitaux militaires de Calais posaient des problèmes aux autorités françaises. Aussi le Gouvernement Français décida à la fin février 1915 d’autoriser 32 hôpitaux complémentaires français situés en Bretagne d’hospitaliser des soldats belges. Puis il permet aux autorités belges de créer des hôpitaux à administration exclusivement belge dont celui de Cherbourg qui fonctionnera du 6 mai 1915 au 27 novembre 1918.

En 1917 mon grand-père est ensuite affecté à l’Hôpital Militaire Belge (H.M.B.) à Cherbourg.

Il travaille principalement dans les services de chirurgie ou il découvre les trépanations.

Mais c’est aussi dans cette ville qu’il rencontre celle qui va devenir sa femme. Le mariage à lieu à Cherbourg le 6 décembre 1917. Le 7 mai 1918 naît  une jeune fille qui se prénommée Elise, ma tante.

Mon grand-père et ma grand mère avec ma tante Elise 

Le service militaire de mon grand-père se poursuit à l’hôpital militaire belge de Cherbourg, loin du front mais avec de plus en plus de blessés.

Il aime ce qu’il fait et une fois sa journée effectuée il peut rejoindre son épouse et, plus tard, il aura le plaisir de pouvoir prendre sa fille dans ses bras ou de la promener dans un grand landau.

Après l’armistice les unités militaires belges regagnent la Belgique. L’Hôpital militaire de Cherbourg ferme le 27 novembre 1918. Mon grand-père est affecté à l’Hôpital militaire de Liège. Sa femme et sa fille découvrent la Belgique.

Mon grand-père est mis en congé définitif le 26 aout 1918.

La commune de Chênée éditera un bel album pour tous ses 440 concitoyens engagés dans la guerre de 1914-1918. Mon grand -père y figure avec cette photo :

Entre temps il a eu un fils, Lothaire, mon père, né le 19 juin 1919 à Chênée, comme son père. Belge, il effectuera son service militaire dans son pays et sera fait prisonnier le 5 juin 1940 avec une grande partie de l’armée belge. Il sera libéré le 16 mai 1945 et quelques mois après il arrivera à Nexon avec ses parents qui ont acheté le moulin et la boulangerie du Courdein. Mais c’est une autre histoire…

 

Un bon d’échange blé-pain

 

II – La guerre de 1914-1918 de mon arrière grand père Pierre BOUCHER

Mon arrière grand-père Pierre BOUCHER, que j’ai eu la chance de connaitre, est né le 27 novembre 1873 aux Cars ou ses parents sont colons dans une ferme à La Veyssière.

Quelques années  ses parents font quelques kilomètres et vont s’installer à Bussière Galant, dans le village d’Aurin ou ils exploitent une toute petite propriété, moins de 10 hectares. Après son certificat d’études Pierre travaille à la ferme avec ses parents.

A 25 ans, le 11 juillet 1898 il épouse Catherine VEYRIER. De ce mariage sont nés 4 enfants : Marie, née le 6 septembre 1899 décède quelques mois plus tard ; Martin naît le 7 octobre 1900. Il prendra la suite de son père et exploitera la propriété ; Marguerite, ma grand-mère, naît le 8 juillet 1902 et Thérèse vient au monde le 10 mars 1906.

La maison dans laquelle habite la famille Boucher est simple. Elle ne possède pas l’électricité. L’éclairage est assuré par une lampe à pétrole. Le pain est rangé sur une planche, au-dessus de la table.

 

Pierre Boucher et son épouse devant chez eux.

Dans un premier temps Pierre BOUCHER est dispensé du service militaire car sa mère est veuve. Mais le 13 novembre 1894, il a vingt et un ans, il est incorporé au 153ème RI. Il y reste jusqu’au 24 septembre 1895.

A son retour il travaille la ferme, se marie et a quatre enfants. Quand la guerre éclate en ce funeste mois d’août 1914 il ne pense pas une seconde qu’il y participera : il a 41 ans.

Et pourtant, après la Mobilisation générale décrétée le 1er aout 1914 il sera rappelé.

Il arrive le 4 décembre 1914 au 89ème Régiment Territorial d’infanterie. Le 15 décembre il passe au 97ème Territorial à Riom et le 11 février 1915 il est versé au 34ème Régiment d’infanterie coloniale. Il monte au front du 12 mars au 24 octobre 1915. Il rejoint le 88ème Régiment d’Infanterie le 5 décembre 1915. Il y restera jusqu’au 4 mai 1917.

Il part au front avec le 34ème colonial du 12 mars au 24 octobre 1915 puis avec le 88ème territorial du 5 décembre 1915 au 24 janvier 1916.

Le 10 mars 1916, il écrit à son épouse :

« Ma très chère femme,

…..

Ces jours-ci il est tombé de la neige. Si l’hivers n’a pas été rigoureux au commencement, il le fait bien sentir à la fin. Nous devons être relevés des tranchées le 11 au soir pour prendre quelques jours de repos, pour nous nettoyer un peu. Pendant les 6 jours que nous y avons passé on n’a pas eu beaucoup trop chaud. On n’a pas froid au corps parce que les habits sont bien fourrés mais ce sont les pieds qui nous perdent. On est obligé de toujours taper des pieds sans ça on ne résisterait pas. La privation de sommeil fatigue aussi. Il faut bien en avoir l’habitude pour pouvoir résister à tout ça.

Je ne croyais pas y retourner dans cette saloperie de tranchées mais il y en a parmi nous qui sont encore plus vieux que moi (Pierre à 42 ans et demi).

Je sais bien qu’il y a des régiments de territoriaux qui ne sont jamais allé aux tranchées mais cette fournée ( ?) de 88 de Bretons est sur le front depuis le début. On nous disait quand nous sommes partis de la Champagne qu’on ne monterait plus en première ligne, que l’on resterait pour travailler à l’arrière mais on n’a pas pu trouver de place pour nous … Je vois qu’il y a des faveurs pour les autres, le 88 est toujours bon pour marcher. On a sorti tous les pères de 5 enfants de n’importe quelle classe. Ils sont à l’arrière employés au ravitaillement. Les plus vieux de 93 et 94, également pères de 5 enfants sont allés travailler dans des fermes… En écrivant ma lettre je suis en face de mon créneau, regardant de temps en temps si je vois remuer les boches. Mais on n’en voit pas souvent. Pendant la nuit ils tirent quelques coups de fusils dans la lune pour faire voir qu’ils sont là. Je pense que ça doit être des vieux comme nous autres. Il n’y a que leur artillerie et là notre qui s’échangent quelques obus de temps en temps. Ça ne doit pas être ainsi du côté de Verdun à entendre dire par les journaux. Depuis le milieu de février ça été terrible et la bataille continue toujours. C’est bien malheureux car on ne voit pas venir la fin de tout ça qui cause tant d’ennuis et de malheurs… Ton cher mari… »

On voit dans cette lettre que de nombreux père de famille nombreuse, au moins 5 enfants, âgés de plus de 40 ans sont encore en première ligne en mars 2016. On les envoient juste les plus âgés, 42 et 43 ans, à l’arrière. Ils attendent avec impatience des permissions, non seulement pour retrouver leurs familles mais pour aider au travail des champs.

Les permissions

Comme la guerre devait être courte, il avait été décidé qu’il n’y aurait aucune permission. Il n’y en a donc pas eu avant juillet 1915. Le 30 juin 1915, le général Joffre instaure un régime de permissions pour tous et décide d’accorder 8 jours de permission à tous les soldats, par roulements. Mais en août 1915, on passe de 8 à 6 jours seulement. A compter du 1 octobre 1916 les soldats peuvent de 3 permissions de 7 jours chaque année. Il s’agit de soutenir autant le moral des militaires que celui des civils.

Des permissions agricoles de 15 jours peuvent être accordées à la demande des maires. Des permissions peuvent être également accordées pour des événements familiaux (décès, naissances…). Globalement les soldats se plaignent des injustices dans l’attribution des permissions, du favoritisme et du pouvoir mesquin de certains chefs. Les permissions de convalescence sont plus objectivement attribuées puisqu’elles sont la conséquence de maladies, de blessures ou d’accidents.

A partir du 1er février 1917, les officiers ou hommes de troupe bénéficiaient, tous les quatre mois, d’une permission de détente de 7 jours, délai de route non compris.
La durée de ces permissions est augmentée de délais de route, 1 jour pour 
un trajet aller-retour de 401 à 800 kilomètres, 2 jours pour un trajet aller-retour de 801 à 1600 kilomètres….

La durée des permissions a été modifiée le 1er octobre 1917 : les permissions de détente sont portées à 30 jours en trois périodes de 10 jours (tous les quatre mois) pour la France et Monaco et deux périodes de 15 jours pour les permissionnaires à destination de la Corse. 

Les blessures de Pierre BOUCHER

En décembre 1916 il se fracture la clavicule, il est envoyé à l’Hôpital d’évacuation H.O.E 37-1, « l’achoé » pour le poilu, dans l’Oise puis à l’Hôpital complémentaire n° 8 au Havre. Dans les lettres qu’il écrit quotidiennement à sa « Très chère femme » il lui dit qu’il préfère être ici, malgré son bras « ligoté » qu’être au 88ème Régiment d’Infanterie et pour y retourner le plus tard possible il « dira qu’il a toujours mal ». Dans sa lettre du 20 janvier 1917, toujours au Havre mais à l’Hôpital temporaire n° 10 il écrit qu’il est  » content car je passe l’hivers au chaud ». Paradoxe que l’on retrouvera plus tard ou le soldat préfère être blessé, quand c’est une blessure somme toute peu grave, qu’être au front ou il risque la mort a chaque instant et ou les conditions de vie sont très dures.

Il passe au 64ème RI, toujours au front et il est blessé le 4 mai 1917 au Mont des Singes (Aisne). Un éclat d’obus lui ouvre la cuisse. La bataille du Mont des Singes est l’un des grands moments de l’année 1917. C’est une des clefs de la réussite de l’offensive Nivelle à l’Ouest du Chemin des Dames. La 3e Division d’Infanterie Coloniale (notamment le 7e RIC) attaque le Mont des Singes le 16 avril 1917 au matin à partir du Bois Mortier. Elle parvient à s’en emparer au prix de pertes terribles, mais doit se retirer dans la soirée malgré les ordres de tenir la position coûte que coûte. Dans le Journal des marches et opérations (JMO) on lit : « nos vagues d’assaut tombent sous les feux croisés de mitrailleuses embusquées […] par surcroît, les réseaux ennemis ont été insuffisamment endommagés par l’artillerie. » Le Mont des Singes devient français après la victoire de La Malmaison, le 23 octobre 1917. Repris par les Allemands fin mai 1918, il est à nouveau le lieu de durs combats mi-septembre, lors de la contre-offensive française.

Pierre BOUCHER passe sa convalescence dans l’hôpital de Vert en Drouai, situé à 4 km à l’ouest de Dreux. Cet hôpital a été ouvert dans son château par Bertha Harjes, fille des riches banquiers « Drexel, Morgan, Harjes & Co. » et épouse de Charles Waddington, fils d’un industriel dans le textile.  Il écrit à sa femme le 4 juillet 1917, 2 mois après sa blessure, « ça ne se referme pas à vue d’œil. C’est un peu long naturellement car la plaie était grande comme toute la main ouverte, mais pas bien profonde ». Il ne manque de rien si ce n’est des enveloppes et du papier car il écrit tous les jours a sa femme et il lui précise qu’il n’a pas besoin de tabac car « Tous les dimanches, Madame nous en achète chacun un paquet ».

Le 27 aout, alors qu’il a été transféré à l’hôpital de Dreux il écrit a son épouse et lui raconte que « Dimanche nous sommes revenus à Vert passer la journée chez Madame Waddington. Nous sommes partis le matin à 8 heures. Ça faisait une bonne voiture , on était 16… Nous avons passé une bonne journée qui m’a semblée bien moins longue que de l’avoir passée à Dreux. Nous avons fait deux repas qui ont du coûter quelque chose! Le soir en partant on a eu chacun un petit billet de 5 francs. Nous pourront tous en garder un bon souvenir. J’aurais bien voulu y passer les jours que je suis obligé de passer à Dreux. Ils auraient passés plus vite ». Le 12 septembre il est toujours à l’hôpital de Dreux et il attend avec impatience une permission de convalescence afin de pouvoir retrouver sa femme et ses trois enfants.

On voit ainsi le paradoxe de cette guerre ou les soldats semblent plus heureux quand ils sont blessés et restent à l’hôpital, loin des champs de bataille, du froid et de la boue.

Le 27 novembre 1917, le jour de ses 44 ans, la Commission de Réforme de Lorient constate qu’il n’est plus apte à l’infanterie et propose un changement d’arme. Il est maintenu au Service armée avec une Invalidité inférieure à 10% et le 8 décembre 1917 il est affecté au 28ème régiment d’Artillerie et détaché au centre de bois à Nantes, puis le 6 mars 1918 à la scierie militaire de Vannes.

Le 4 mars 1918 il passe au 65ème RI et il est mis en congé le 18 janvier 1919 par le Dépôt démobilisateur du 63ème RI de Limoges, il a 45 ans et 2 mois.

Le caporal Pierre BOUCHER en juillet 1918.

Il racontait assez facilement cette guerre, les tranchées, les combats à la baïonnette ou celui qui frappe le premier a une chance de sauver sa peau.

 

A Nexon on ne connait pas ou peu Joseph ROIG. Pourtant il est né à Nexon et ce fut un as de l’aviation en 1914-1918 et un pionnier de l’aérospatiale. Il est vrai qu’il n’y a vécu que sa petite enfance. En effet son père qui était gendarme à cheval a passé moins de dix ans Nexon. Il est arrivé dans la commune en 1882 et sa première fille, Thérèse, y est née le 11 avril 1883 ; une autre fille, Berthe, est née le 11 avril 1887 et Joseph est venu au monde le 27 juillet 1889.

De 1902 à 1907, il est enfant de troupe à l’Ecole Militaire Préparatoire de l’Artillerie et du Génie, à Billom, dans la banlieue de Clermont – Ferrand. Cette école, créée en 1886 a fermé ses portes en 1963.

Le 29 juillet 1907, il s’engage pour cinq ans dans l’Artillerie. Il est affecté au 36ème régiment d’artillerie de campagne (RAC) puis au 19ème RAC. Il entre le 1er octobre 1911 à l’Ecole militaire de l’Artillerie à Versailles. Le 1er octobre 1912 il est nommé sous-lieutenant au 13ème Régiment d’Artillerie à Nîmes.

Le 24 septembre 1912 à Billom, Puy-de-Dôme, il épouse Marcelle MOSNIER (1890-1964). Une fille, Madeleine Marie naîtra en 1914. Après le décès de son épouse il se remarie le 21 décembre 1965, à Tours, avec Anny FLORENTIN.

Un as de l’aviation en 1914-1918.

Le 25 septembre 1914 il passe à l’aéronautique militaire comme observateur. Après sa formation il est affecté à l’escadrille C 13 ou il restera jusqu’au 19 mars 1916.

Le travail de l’observateur est essentiel pour guider le tir des batteries françaises. Une fois le tir commencé, Joseph ROIG tapote sur son manipulateur pour aider les artilleurs à régler leur tir : deux traits, deux points, deux traits deux points…, « réglé en direction ». Quelques instants plus tard, un obus tombe sur la batterie allemande. Joseph ROIG continue. Un trait, un point, un trait, un point… « réglé en portée ». Au sol, les canons se mettent à tirer en même temps. (voir en annexe l’article de Patrice HERREYRE dans le Populaire du Centre 24 avril 2016)

ROIG, à gauche, en compagnie d’un pilote de l’escadrille C13 

En février 1915 il est décoré de la Croix de Guerre avec une citation à l’ordre de l’armée et le 7 juillet 1915 il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Il a 26 ans.

 

« A pris part, depuis la fin du mois de septembre, à de nombreuses reconnaissances exécutées sous le feu de plus en plus violent des batteries ennemies. S’est fait remarquer par la sûreté des renseignements recueillis, ainsi que par sa grande habilité à diriger les réglages de tir. »

Citation à l’ordre de l’armée au Lieutenant Joseph ROIG, observateur de l’escadrille C 13

Le 19 mars 1916 il obtient son Brevet de pilote militaire avec le numéro 3033. Il devient alors Pilote de l’escadrille C 13 ou il restera jusqu’au 1er octobre 1916. Au cours de cette période il obtient une nouvelle citation à l’ordre de l’armée :

« Officier d’élite et observateur de premier ordre, continue à se distinguer par le succès avec lequel il s’acquitte de toutes ses missions, déployant sans relâche ses qualités d’audace et d’habileté. Le 2 février 1916, a exécuté avec un plein rendement un vol d’une durée de quatre heures quarante minutes, le 23 juin, attaqué par deux avions de chasse ennemis, les a contraints à la retraite afin de poursuivre l’exécution des réglages dont il était chargé. Coutumier des faits, montre en toutes circonstances un sentiment du devoir et un esprit de dévouement au-dessus de tout éloge. »ROIG, à gauche, en compagnie d’un pilote de l’escadrille C13 en octobre 1916

Il est promu Commandant de l’escadrille C 224 du 1er octobre 1916 au 19 septembre 1917. Il est nommé Capitaine à titre temporaire, le 16 février 1917. Il part à l’Ecole militaire de Fontainebleau du 19 septembre 1917 au 13 mars 1918 et à son retour il est nommé Commandant de l’escadrille SALMSON 58. Cette escadrille est équipée de Salmson 2A2, appareils dont Pierre-Georges LATECOERE avait obtenu un contrat de fabrication en sous-traitance.

Cet avion était un biplan biplace monomoteur construit en bois entoilé. Sa propulsion était assurée par un moteur en étoile Salmson de 230 chevaux. Il disposait d’une mitrailleuse synchronisée Vickers de calibre 7.7mm et de deux mitrailleuses Lewis de même calibre installées en position arrière sur affût annulaire mobile. Deux appareils photos installés à l’arrière du fuselage étaient déclenchés par le copilote. Construit à plus de 3200 exemplaires le Salmson 2A2 est incontestablement un des grands succès aéronautiques français de la Première Guerre mondiale.

Un Salmson

 Il est détaché au 37ème régiment d’aviation, en date du 25 mars 1919

Il cesse son congé sans solde, le 25 mai 1925 pour être réaffecté au 37ème régiment d’aviation. Il est nommé lieutenant-colonel, le 2 septembre 1939.

En 1919, il devient chef de la 1ère Section du personnel du 4e Bureau de la Direction Aéronautique du Ministère de la Guerre. C’est là qu’un jour d’été 1919 il fait une rencontre déterminante. « Nous sommes à la fin de l’été 1919, racontera-t-il dans ses souvenirs, dans le bureau que j’occupais au ministère de la Guerre. Le planton introduisit un visiteur : Pierre-Georges LATECOERE. » Le fondateur des lignes aériennes qui portent son nom demande un petit service à l’officier, celui de différer de quelques jours la prise de fonction dans l’armée de l’air de MORAGLIA, alors chef d’aéroplace à Malaga, en attendant l’arrivée de son successeur, un certain Didier DAURAT.

En 1926, il revient à l’armée de l’Air où il commande successivement les bases de Fez, Alger-Maison-Blanche, Istres et Casablanca avant d’être mis en congé du personnel navigant en 1940.

Un pionnier de l’Aéropostale.

La 1ère guerre mondiale à peine finie, les journaux français s’interrogent : “Que vont devenir nos pilotes ?” Certains vont trouver un métier inattendu : facteur livrant par voie aérienne le courrier de France vers son récent protectorat : le Maroc.

Pierre-Georges LATECOERE, industriel reconverti dans la construction d’avions, a ce projet fou. Pour prouver qu’il ne rêve pas il effectue, le 8 mars 1919, un vol Toulouse-Rabat. A l’atterrissage, sur la piste, l’attend le résident général, le Maréchal LYAUTEY. LATECOERE a un cadeau pour lui : un exemplaire du journal Le Temps, daté de la veille. C’est un exploit à une époque où une lettre, postée à Paris, met une dizaine de jours pour arriver à Casablanca. Pour parachever sa démonstration il a amené un bouquet de violettes cueilli à Toulouse qu’il offre à Madame la Maréchale. Convaincu, LYAUTEY lui accorde une subvention de 1 million de francs et une exclusivité du transport du courrier vers la France.

En juillet 1919, LATECOERE engage le pilote Didier DAURAT. Il signe un contrat d’exploitation de la ligne Toulouse-Rabat.

En septembre 1919, sept mois à peine après le vol inaugural de Latécoère, les postiers de l’air acheminent de façon régulière le courrier entre la France et Casablanca. Mais leur employeur voit déjà plus loin. Latécoère veut relier Paris à Dakar, et au-delà, délivrer le courrier jusqu’en Amérique du Sud. Ses avions doivent pour cela traverser le Maroc.

Deux ans plus tard, Latécoère se souviendra de cette première rencontre et proposera, par l’intermédiaire de Beppo de MASSIMI, à Joseph ROIG de rejoindre son équipe au Maroc. Mis en disponibilité de l’armée il se lance dans l’aventure.

  • La ligne Casablanca-Dakar.

Ainsi en janvier 1921, Joseph ROIG est chef de service des Lignes Aériennes Latécoère Maroc.

Grâce à son action auprès du Maréchal LYAUTEY et des services de la Résidence Générale au Maroc, et à ses relations avec le gouverneur de la Mauritanie, il donne une impulsion décisive aux Lignes Aériennes Latécoère.

L’idée de LATECOERE, un peu folle, est de transporter par avion le courrier de Paris en Amérique du sud. La première étape est de créer une ligne jusqu’à Dakar, en passant par des terrains qui deviendront célèbres : Cap Juby, Villa Cisneros, Port Etienne… C’est Joseph ROIG qui se charge de défricher le terrain et crée de toutes pièces les infrastructures qu’utiliseront plus tard SAINT-EXUPERY ou MERMOZ.

Pour cela Joseph ROIG va effectuer le reconnaissance du tronçon Casablanca-Dakar en faisant du cabotage sur une goélette « La Frasquita ».

Une partie du parcours traverse le Rio de Oro et le désert mauritanien sous contrôle espagnol. C’est un tronçon de 1.500 kilomètres à haut risque, du fait des difficultés à contrôler efficacement cette immense étendue de désert qui, des frontières du sud marocain aux frontières de l’Afrique Occidentale Française, est en réalité contrôlée par des tribus Maures. Il installe les futurs aérodromes de Cap Juby, Villa Cisneros, et Port-Etienne, avec mise en place du ravitaillement en essence et huile.

Du 3 mai au 5 mai 1923, chef de mission du premier courrier postal aérien Casablanca-Dakar, Jean ROIG effectue la liaison avec trois Breguet 14 avec les pilotes Louis DELRIEU, Robert CUEILLE et Victor HAMM, les mécaniciens LEFROIT et BONNORT et un passager M. G. LOUIS de la  » Vigie Marocaine « .

 

Le départ des trois Breguet 

Au retour du raid Casa-Dakar-Casa, J. ROIG, chef de mission, prend sa fille dans les bras.

La ligne Casablanca-Dakar est inaugurée officiellement le 1er juin 1925 par les pilotes Georges DROUIN et Emile LECRIVAIN. Un an et demi plus tard, elle faisait ses premières victimes. Deux pilotes meurent abattus par des membres de tribus du Rio de Oro, tandis qu’un troisième est fait prisonnier. Blessé par balles, criblé de coups de couteaux, le pilote-otage “préfère mettre fin à ses souffrances en buvant d’un trait la teinture d’iode et l’acide phénique qu’il portait en deux flacons sur lui. Ses ravisseurs le crurent mort et l’abandonnèrent dans le désert. Récupéré par une mission de sauvetage, il s’éteignit dix jours plus tard dans un hôpital de Casablanca, l’intestin perforé par les substances chimiques qu’il avait absorbé”, raconte Joseph KESSEL dans “Vent de Sable”.

 

  • La ligne Natal – Buenos Aires – Rio de Janeiro

En 1924 Pierre-Georges LATECOERE envoie le capitaine Joseph ROIG puis le prince Charles MURAT assisté de Marcel PORTRAIT, tous deux administrateurs de la CGEA (ex lignes Aériennes Latécoère), en Amérique du Sud, par bateau, avec des Breguet XIV. Il n’est pas encore question de traverser l’Atlantique en avion. Une fois arrivés au port les avions sont débarqués et les vols de reconnaissance sont accomplis en se posant sur les plages, d’abord au sud vers Montevideo et Buenos Aires puis au nord vers Recife, avec des fortunes diverses.

Si le courrier entre Dakar et Natal, ville la plus à l’Est du Brésil, est transporté par bateau l’idée de LATECOERE est de reconnaître la liaison aérienne qui doit permettre l’acheminement du courrier vers Rio, Buenos Aires ou Montevideo. Encore une fois, c’est Joseph ROIG qui se charge de cette opération périlleuse, en janvier 1925.

Joseph ROIG en 1925

Pour préparer la liaison Rio de Janeiro-Buenos Aires il est aidé par le héros national argentin Vicente ALMANDOS ALMONACID, as de l’aviation en France pendant la guerre. En effet ALMANDOS ALMONACID s’était engagé dans la Légion étrangère en 1914 et, pilote remarquable, il a obtenu la médaille militaire, la croix de guerre et la Légion d’honneur. Le contact entre deux as de l’aviation ne pouvait qu’être fraternel et leur collaboration a facilité les contacts de Joseph ROIG pour l’élaboration de la ligne aérienne Natal – Buenos Aires puis la ligne Rio – Buenos Aire. Sa notoriété en Argentine lui permettra de faire recevoir son ami ROIG par le Président ALVEAR.

Le 14 janvier 1925, chef de mission du premier courrier aérien Rio de Janeiro-Buenos Aires, il effectue la liaison avec trois Breguet XIV et avec les pilotes Paul VACHET, Victor HAMM, Etienne LAFAY et les mécaniciens CHEVALIER, ESTIVAL et GAUTHIER.

14 janvier 1925 – Reconnaissance de l’itinéraire Rio – Buenos Aires

Mars 1925 Brésil

Le parcours n’était pas sans risque ! ROIG était à bord du Breguet piloté par VACHET lorsqu’il s’est retourné au décollage de Bahia.

 

Au cours de son passage aux lignes aériennes Latécoère, Jean ROIG a joué un rôle déterminant dans la création de la liaison aérienne française entre la France et l’Amérique du Sud, et a servi avec un dévouement total M. P.G. Latécoère qui lui avait fait entièrement confiance. La mission rentre en France en juillet 1926 laissant à Rio Paul VACHET et ses avions. Les autorisations vont arriver l’année suivante et le courrier partira de Paris pour Buenos Aires avec une traversée en bateau jusqu’à ce que MERMOZ réussisse la traversée de l’Atlantique de l’Atlantique entre Dakar et Natal les 12 et 13 mai 1930.

Rentré en France, Joseph ROIG réintègre l’armée de l’Air où il commande successivement les bases de Fez, Alger-Maison-Blanche, Istres et Casablanca.

Nommé lieutenant-colonel, le 2 septembre 1939 il est mis en congé du personnel navigant en 1940.

Mort en 1984, il est enterré à Corbère (Pyrénées-Orientales)

La suite sans Joseph ROIG

Le 11 avril 1927, la propriété de la Compagnie Générale d’Entreprises Aéronautiques passe pour 93% de Pierre Georges LATECOERE à Marcel BOUILLOUX-LAFONT. Elle prendra le 20 septembre suivant la nouvelle raison sociale de Compagnie Générale Aéropostale

Octobre 1927 : SAINT-EXUPERY devient chef d’aéroplace à Cap Juby

Novembre 1927 : Inauguration de la ligne Natal – Rio – Buenos Aires par PIVOT et VACHET sur Laté 25.

1er Mars 1928 : Premier service postal France – Amérique du Sud (la traversée se faisant par aviso)

12-13 mai 1930 : Première traversée commerciale de l’Atlantique sud entre Saint-Louis du Sénégal et Natal par MERMOZ, DABRY et GIMIE sur Latécoère 28.3 (Comte-de-La-Vaulx).

13 – 20 juin 1930 : Henri GUILLAUMET, pris dans une tempête de neige dans la Cordillère des Andes, fait un atterrissage forcé à la Laguna Diamante et capote. Indemne, il marche en direction de l’Argentine pendant 5 jours et 4 nuits et est recueilli par une villageoise.

31 mai 1933 : La Société Centrale pour l’Exploitation des Lignes Aériennes (SCELA) qui regroupe Air Orient, la CIDNA, Farman et Air Union, rachète l’Aéropostale.

7 octobre 1933 : la SCELA devient Air France

On oublie aujourd’hui à quel point la mise en place des lignes aériennes dans le monde mettait en jeu des intérêts nationaux, de plus, dans le contexte de l’immédiat après-guerre. La deuxième mission ROIG fut décidée entre Pierre-Georges Latécoère et le sous-secrétaire d’Etat à l’aviation civile, LAURENT-EYNAC, sur la base du rapport rédigé en octobre 1924 par Joseph ROIG, qui recommandait de procéder à une deuxième mission, cette fois de façon opérationnelle, avec des avions.

Le prince MURAT, de la famille impériale de Napoléon, est sollicité au Maroc, où il est président de l’Aéro-club du Maroc ; son nom et son titre seront précieux pour transformer les contacts pris par ROIG en autorisations officielles. C’est donc, au-delà de son entreprise, le prestige de la France à l’étranger que vont représenter les émissaires de la société Latécoère lors de la deuxième mission de reconnaissance, fin novembre 1924.

 

http://postale.free.fr/aeropostale/roig/good/Roig_Joseph-Pour_que_passe_le_courrier.html#yacht

http://www.latecoere.com/web/latecoere.php?lang=fr&art=36

Quelques articles du FIGARO relatant le développement de l’Aéropostale.

Le Figaro, 22 janvier 1924. La liaison aérienne France-Maroc

L’administration de la compagnie Latécoère, qui exploite les lignes aériennes reliant le Maroc à la France et à l’Algérie, vient de publier quelques chiffres relatifs à qui vient de s’écouler.

Rappelons d’abord les étapes de sa remarquable progression ;

L’ouverture de la ligne eut lieu le 1er septembre 1919, avec deux courriers par semaine jusqu’à Rabat. Au 14 juillet 1920 on passait à deux courriers par semaine jusqu’à Casablanca. Au 1er janvier 1921 : trois courriers par semaine. 1er avril 1921 quatre courriers par semaine. 1er août 1922 courrier quotidien. 1er octobre 1922 ouverture de la ligne Casa-Fez-Oran. 1er janvier 1923 ouverture de l’escale de Tanger. 1er mai 1923 ouverture de la ligne Casa-Dakar par le raid de la mission Roig.

Voici maintenant les résultats de l’exploitation en 1923.

2 910 619 lettres transportées en 1923, représentant un poids de 62 835 kilos. Il convient de noter que dans ce total la part du courrier expédié par le Maroc en France qui représente 1 410 052 lettres, est supérieur à celui expédié par la France au Maroc, qui est de 1 294 219 lettres.

Passagers transportés 1 279, aucun accident de personne. Kilomètres parcourus par les courriers réguliers 1 511 240 kilomètres. Raid Casa-Dakar (mission Roig par trois avions) 16,590 kilomètres. Le nombre de lettres transportées en décembre 1923 dépasse les 300 000 (319 477 lettres).

Ajoutons que ces chiffres postent à 3 747 000 kilomètres le parcours effectués par les avions Latécoère depuis la fondation de la ligne, ce qui représente un peu plus de 93 fois le tour du monde. On voit les progrès réalisés, tant pour la périodicité des voyages et leur rendement commercial que pour l’amélioration de la sécurité. J. F.

Le Figaro, 19 février 1925. Les prouesses de l’aviation française. Le raid des trois avions de Rio-de-Janeiro à Buenos-Aires

Le grand événement français, ce fut l’atterrissement le 14 janvier, 17h20, à l’aérodrome militaire argentin du «Palomar», des avions de la Compagnie Latécoère, qui viennent de réaliser avec une exactitude presque mathématique et une incomparable maestria, le difficile programme de route que le capitaine Roig, organisateur du voyage, leur avait tracé.

Une distance de 2.350 kilomètres, à travers des terrains de composition géologique très diverse, sous des climats différents et des conditions météorologiques variables sépare Rio-de-Janeiro de Buenos-Aires. Nos excellents appareils Breguet dirigés par nos habiles pilotes Vachet, Lafay et Hamm, l’ont franchie avec une régularité et une aisance vraiment impressionnantes, en six étapes et en deux jours, comme le commandant de l’expédition l’avait prévu et fixé. Seul, l’avion dirigé par le pilote Hamm est resté momentanément en panne, avant l’étape de Montevideo, non par suite d’accident, mais parce qu’on n’a pu remplacer sur-le-champ une roue de l’avion en mauvais état sans le concours de laquelle il n’a pu prendre son vol en même temps que ses camarades. La roue réparée, il arrivera le lendemain à Palomar.

Les aviateurs sont partis hier, à 4 heures du matin, de Rio-de-Janeiro ; ils sont arrivés à 8h5 à San-Pablo, après avoir lutté constamment contre vent debout ; repartis à 10h15, ils arrivèrent à Florianópolis à 12h.40, avec une vitesse de 130 kilomètres à l’heure. Ils ne poussèrent pas plus loin ce jour-là. Ce matin, ils reprennent leur vol, de Florianópolis, à 4 heures, par un fort brouillard qui, s’épaississant, les oblige à s’arrêter un moment ce qui ne les empêche pas d’atteindre Porto-Alegre à 6h30, et Pelotas à 9h30, où Hamm doit rester. Décollant à 11h, Vachet et Lafay descendent à 15h30, à Montevideo puis, une heure plus tard, ils côtoient le Rio de la Plata jusqu’en face de la Colonia, pour piquer vers le Palomar où ils atterrissent à 17h20.

L’impression produite par ce vol magnifique est considérable, non seulement aux yeux des hommes de métier, mais aux yeux du public qu’il réconcilie avec l’idée que l’aviation peut devenir un moyen pratique de translation, en cessant d’être une folle aventure. On retrouve cette impression réconfortante qu’avait déjà répandue la célèbre mission française, commandée par le colonel Précardin, qui, pendant six mois suivis, exécuta, chaque jour, à Buenos-Aires des vols de ̃ toutes sortes, avec des passagers amateurs sans que le moindre incident soit venu interrompre leur enseignement de l’air, ni diminuer l’absolue confiance qu’ils étaient arrivé à inspirer.

Le Figaro 6 Mars 1925. Le raid des aviateurs de la mission Latécoère.

Buenos-Aires est, une fois encore, remplie de la France, de son esprit et de sa cause. Elle vient d’accueillir les aviateurs de la mission Latécoère qui couvrit en deux jours de vol la distance qui sépare la capitale du Brésil de la capitale argentine en inaugurant le courrier aérien entre les deux pays.

Le capitaine Roig, chef de la mission, a expliqué avec précision la portée de l’entreprise destinée à nous relier à l’Europe et à l’Amérique du Nord par des communications qui s’effectueraient normalement en un peu plus d’une semaine. La ligne pourrait s’appeler Toulouse-Buenos-Aires avec escales à Perpignan, Barcelone, Alicante, Malaga, Tanger, Casablanca, Mogador, Agadir, Cabo July, Villa Cisneros, Port Etienne, Saint-Louis, Dakar, Natal, Recife, Bahia, Rio, Santos et Montevideo, et son extension se calcule suivant le capitaine Roig à douze mille, quatre cents, kilomètres.

Buenos-Aires. Il a reçu une correspondance envoyée la veille de Rio-de-Janeiro alors que les vapeurs la conduisent régulièrement en cinq jours. Les pilotes de la mission française ont été l’objet de manifestations enthousiastes de la part de leurs compatriotes résidant parmi nous, du peuple et de nos autorités. Le président de Alvear les a reçus à la maison du gouvernement.

 

Le Figaro 27 mars 1925. Les prouesses des aviateurs français.

Mais nous oublions volontiers ces petites misères momentanées pour nous réjouir des bonnes nouvelles qui nous arrivent.

̃L’Argentine est profondément impressionnée, par les prouesses répétées de nos aviateurs français, tant sur le continent américain que sur celui de l’Afrique. A peine l’enthousiasme soulevé par le vol du capitaine Roig de Rio de Janeiro à Buenos-Aires en deux jours, s’est-il calmé, que le câble nous apprend la magnifique randonnée du capitaine Lemaître et de son compagnon Arrachart, de Paris à Dakar, à peine interrompu à Cisneros par un incident, sans gravité et sans conséquence. Ces raids surprenants ont d’autant plus d’attrait qu’aucune réclame tapageuse ne vient par avance en enfler l’importance pour en atténuer ensuite l’échec. On les apprend presque en même temps qu’ils se réalisent, et l’heure de l’émotion se confond avec celle des applaudissements.  Jamais on n’avait vu réaliser des choses aussi extraordinaires avec autant de simplicité et de modestie. Nos grands aviateurs sont les excellents artisans du bon renom de la France et de sa gloire, ils sont aussi les bons artisans de la conquête de l’air, en démontrant que l’avion entre des mains habiles et mené d’un cœur résolu, devient rapidement un coursier docile.

Il y a cent ans, Français et Allemands s’affrontaient dans une lutte à mort pour Verdun

Le Populaire, 24 avril 2016

Juillet 1916. La bataille fait rage sur la rive droite de la Meuse. Sur la rive gauche, après les terribles combats de mai et juin pour le Mort-Homme et la Cote 304, le front s’est stabilisé. Mais le secteur n’est pas calme pour autant. À l’escadrille C13, qui est chargée du secteur, les vols succèdent aux vols.

Le grondement sourd qui vient du nord-est ne laisse guère de doute. Une nouvelle offensive allemande est en préparation sur la rive droite de la Meuse. Sur le terrain d’aviation de Brocourt-en-Argonne, les hommes de l’escadrille C13 ne s’en soucient guère. Ils volent au profit des unités du XV e corps, qui tient la ligne entre Avocourt et la Cote 304. Ce secteur, le plus occidental du front de Verdun sur la rive gauche de la Meuse, a été l’objet de terribles combats au mois de mai et juin. Mais, en ce 10 juillet, les Allemands ont décidé de faire porter leurs efforts sur la rive droite.

La zone d’Avocourt n’est pas pour autant calme. Les duels d’artillerie sont quotidiens. Les pilotes et les observateurs de la C13 volent tous les jours pour effectuer du réglage d’artillerie, leur mission principale.

En milieu d’après-midi, Robert de Louvencourt et Joseph Roig s’approchent de leur Caudron G4. Pendant que les mécaniciens préparent les moteurs et vérifient l’armement de bord, les deux lieutenants enfilent leur épaisse combinaison fourrée par-dessus leur uniforme.

Robert de Louvencourt, malgré ses trente-six ans, est un jeune pilote. Il n’est à la C13 que depuis le mois de février. En revanche, Joseph Roig, né à Nexon le 29 juillet 1889, est un observateur expérimenté, entré dans l’aéronautique militaire en septembre 1914. C’est aussi un soldat courageux qui vient d’obtenir sa troisième citation à l’ordre de l’Armée pour sa conduite lors d’une mission qui a failli mal tourner.

L’avion d’observation est hautement vulnérable

Les deux premières missions de la journée sont rentrées. Un autre équipage est parti en reconnaissance depuis une vingtaine de minutes. Robert de Louvencourt et Joseph Roig sont le quatrième équipage de la C13 à prendre l’air. Ils vont tenter de repérer des batteries d’artillerie allemandes dans le secteur de la Cote 304.

Le frêle bimoteur décolle à 17 h 10 et met cap au nord. Après une petite dizaine de kilomètres de vol, l’appareil est au-dessus des premières lignes allemandes. Joseph Roig se penche vers son appareil TSF et tape le signal convenu, trois longs traits qui signifient « je peux observer » (*). Quelques kilomètres en arrière, deux batteries de 120 mm long se préparent à ouvrir le feu.

L’équipage français repère rapidement deux positions de tir allemandes. Des fumées de départs de coups sont nettement visibles sur l’une d’elles. Immédiatement, Joseph Roig demande le tir des batteries françaises.

Technique rodée

La technique est rodée. Quelques obus sont envoyés isolément. Dans l’avion, l’observateur note les impacts et transmet aux batteries, grâce à sa TSF, les corrections à effectuer.

L’avion de Joseph Roig et de Robert de Louvencourt tourne en vue de sa cible. Les obus se rapprochent. Les artilleurs travaillent rapidement. En quelques minutes, ils trouvent le bon azimut. Joseph Roig tapote sur son manipulateur. Deux traits, deux points, deux traits deux points…, « réglé en direction ». Quelques instants plus tard, un obus tombe sur la batterie allemande. Joseph Roig continue. Un trait, un point, un trait, un point… « réglé en portée ». Au sol, les douze tubes de 120 mm se mettent à tirer en même temps. En l’air, Roig et Louvencourt peuvent passer à un autre objectif.

Dans ces moments, l’avion d’observation est hautement vulnérable. Il est évidemment la cible des tirs venus du sol. Il peut aussi être la proie d’un avion de chasse profitant de la moindre attention de l’observateur occupé à régler un tir.

Le Caudron G4 de la C13 n’a pas cette malchance. L’aviation allemande est elle aussi concentrée sur l’offensive qui se déclenche sur la rive droite de la Meuse. Du coup, le ciel de la rive gauche est moins dangereux pour les avions français.

Roig et Louvencourt continuent à survoler la ligne de front. Ils repèrent rapidement une autre batterie allemande qui entre en action. Le manège recommence. Trait long, trait long, … « Je peux observer ». Deux traits, deux points, deux traits, deux points, … « Réglé en direction ». Un trait, un point, un trait, un point, … « Réglé en portée ».

Voilà plus d’une heure et demie que les deux hommes sont en l’air. Le carburant s’épuise. Il est temps de rentrer au bercail.

Le Caudron G4 se pose sur la piste de Brocourt à 19 h 10. Avant de se reposer, Joseph Roig et Robert de Louvencourt vont faire le compte rendu de leur mission. Outre les deux réglages de tir qu’ils ont effectué, ils ont découvert deux autres batteries allemandes. Elles sont notées sur la carte. Elles seront « traitées » lors d’un vol ultérieur.

(*) Les appareils d’observation et de réglage d’artillerie étaient équipés de postes TSF, pour émettre seulement. Ils communiquaient avec les batteries d’artillerie dont ils réglaient le tir, selon un code dérivé de l’alphabet morse.

Patrice Herreyre

 

 

 

La fête des mères

novembre 23rd, 2017 | Posted by admin in Connaissance de Nexon | famille | XX siècle - (0 Comments)

Contrairement à une idée reçue la Fête des mères n’a pas été créée sous Vichy mais elle est née en en 1908 aux Etats-Unis.

A cette époque Anna Jarvis organise une fête dans son église de Grafton en Virginie occidentale pour célébrer la mémoire de sa mère, morte trois ans plus tôt, et fêter toutes les autres mères. Elle était la 10ème de treize frère et sœurs, dont 7 morts avant sa naissance. Sa mère a consacré sa vie à aider les autres mères et leurs enfants face aux diverses maladies comme la rougeole, la diphtérie ou la fièvre typhoïde qui faisaient des ravages parmi les enfants… Après sa fête, elle milite pour qu’une “journée des mères” soit organisée au plan national. Malgré les ricanements de certains hommes politique son idée fait son chemin. Elle est reprise dans de nombreux Etats américains et s’exporte au Canada, au Japon et en Europe.

En 1914, le Congrès américain décide de faire du second dimanche de mai le “jour de la mère”, Mother’s Day et le président Woodrow Wilson en fait une journée nationale.

Avec l’arrivée des troupes américaines en France à partir de 1917, la « journée des mères » va être célébrée dans plusieurs villes françaises. C’est à Lyon, le 16 juin 1918, que naît la première grande fête des mères organisée par “La Plus Grande Famille” d’Auguste Isaac, association qui honorait les pères de familles de cinq enfants et plus. Il s’agissait d’organiser une « journée des familles nombreuses” comme il s’en faisait dans les milieux natalistes pour s’opposer à l’attitude malthusienne de ceux qui craignaient que la France ne puisse pas nourrir une trop grande population. Mais l’un des organisateurs, le Colonel de Lacroix-Laval propose de s’inspirer des Américains et de la baptiser “journée des Mères”.

 

Après la guerre il devint évident qu’il fallait repeupler la France. Les familles sont invitées à avoir des enfants et « Les mères de familles nombreuses »”sont honorée avec l’attribution de « médaille d’honneur de la famille française » créée par décret du 26 mai 1920. La première « Journée nationale des mères de famille nombreuse  » a lieu le 19 décembre 1920 au Tocadero à Paris devant 7000 personnes. A l’occasion de cette fête seront éditées des cartes postales illustrées par Henri de Nolhac (1884-1948).

Les deux cartes postales dessinées par Henri de Nolhac

Par la suite, chaque année, on remet aux mères de familles nombreuses la Médailles de la Famille française mais cette manifestation n’a jamais eu grand succès jusqu’en 1941.

En 1941, le régime de Vichy dans la logique de sa politique familiale donne à la fête des Mères une dimension particulière en associant l’école aux mouvements familiaux catholiques à son organisation. La mère est représentée comme le pilier de la famille. Elles doivent s’y consacrer totalement et pour cela le travail des femmes mariées est interdit, le divorce est impossible avant 3 ans, puis uniquement pour sévices graves et répétés. Des messes sont célébrées, des spectacles sont organisés, des médailles sont distribuées. Lors de la journée de 1942, chaque enfant reçoit 100 grammes de confiture, 75 grammes de pain et 50 grammes de chocolat.

L’affiche de 1941 est de Alain Saint-Ogan (1895-1974) le créateur de Zig et Puce en 1925:

Les affiches suivantes sont de Pierre Grach (1898-1987), qui signa aussi Phili:

 

Après-guerre, en 1946 avec la nouvelle constitution française, les droits de l’homme seront reconnus comme étant aussi ceux des femmes et le décret n° 47-2109 du 22 octobre 1947 réforme le régime de la médaille de la famille française. Puis la loi du 24 mai 1950 dispose que « la République française rend officiellement hommage chaque année aux mères françaises au cours d’une journée consacrée à la célébration de la « Fête des mères » », organisée par le ministre chargé de la Santé avec le concours de l’UNAF (article 1). Elle en fixe la date au dernier dimanche de mai (sauf si cette date coïncide avec celle de la Pentecôte, auquel cas elle est repoussée au premier dimanche de juin) (article 2), et prévoit l’inscription des crédits nécessaires sur le budget du ministère (article 3). Ces dispositions ont été intégrées au Code de l’action sociale et des familles lors de sa création en 1956, et l’organisation de la fête a été assignée au ministre chargé de la Famille à partir de 2004.

Le décret du 28 octobre 1982 ( n° 82-938 ) a modifié les conditions d’obtention de cette distinction, puis celui du 16 janvier 1962 (n° 62-47), enfin, le décret n° 2013-438 du 28 mai 2013 a changé le nom de cette décoration en « Médaille de la Famille » et ajoute à la liste des récipiendaires des personnes ne répondant pas aux conditions générales mais qui ont rendu des services exceptionnels dans le domaine de la famille. Il tire les conséquences de la disparition de la Commission supérieure de la médaille de la famille et prévoit qu’un seul modèle de médaille sera dorénavant attribué ( et non plus trois en fonction de la taille de la famille ).

La fête des mères à Nexon

Je n’ai pas trouvé de traces de manifestations pour fêter les mères avant 1942. Le 31 mai 1942 l’église était décorée en « Honneur aux mères ».

 

En 1962, le décret du 16 janvier précise :

Art. 1er. — La médaille de la famille française est une distinction honorifique accordée, dans les familles françaises, aux mères qui élèvent ou ont élevé dignement de nombreux enfants, afin de rendre hommage à leur mérite et de leur témoigner la reconnaissance de la nation.
Ne peuvent obtenir cette distinction que les mères de famille de nationalité française dont le mari et tous les enfants sont Français et qui, par leurs soins éclairés, leur activité laborieuse, leur dévouement et leur exemple, ont fait un constant effort pour élever leurs enfants dans les meilleures conditions matérielles et morales, et leur inspirer le sentiment de l’honneur, l’amour du travail, l’attachement au foyer et le souci de leurs devoirs sociaux et patriotiques. La médaille de la famille française ne peut être accordée si la conduite du mari ou celle des enfants donne lieu à des réserves.

Art. 2. — La médaille de la famille française comporte trois modèles.
Aux mères de famille qui réunissent les conditions prévues à l’article 1er du présent décret sont attribuées :
La médaille de bronze lorsqu’elles ont, ou ont eu, cinq, six ou sept enfants légitimes simultanément vivants ;
La médaille d’argent lorsque le nombre des enfants est de huit ou de neuf ;
La médaille d’or lorsque ce nombre est de dix, ou plus.

 

Les trois médailles, bronze, argent et or , modèle 2017

A Nexon la famille SEREZAC reçoit du maire, L.J. Pradeau, la médaille d’or pour ses 10 enfants et la famille DELBURG la médaille de bronze pour ses 5 enfants.

En 1954 ma mère a reçu la médaille de bronze pour les six enfants qu’elle avait alors.

C’était le Premier modèle, utilisé depuis le 26 mai 1920. L’étoiles à huit branches en bronze entoure une partie centrale ronde avec la  gravure d’une mère portant son enfant par Léon Deschamps. entourée de l’inscription  FAMILLE  FRANÇAISE. Sur le revers, l’inscription  LA  PATRIE  RECONNAISSANTE  surmonte un emplacement destiné à la gravure du nom du titulaire, est entourée par la légende  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE  et  MINISTÈRE  DE  LA  SANTE  PUBLIQUE.

1965

Le dimanche 30 mai avait lieu à la mairie la remise de la médaille de la famille française à Mesdames COUDERT et BESSE. Après une brève allocution du nouveau maire, René REBIERE qui insista sur le mérite des mères de famille et les félicita. Un vin d’honneur clôturait cette manifestation à laquelle assistaient plusieurs conseillers municipaux, le lieutenant LASPERAS, chef du Corps des Sapeurs Pompiers, Mme PAUZET, MM. DEBORD et NYS des associations familiales, Mme SANCIAUD, sage -femme, Mlle DEBORD, assistante sociale.

Les récipiendaires et leur famille avec le Maire et les personnalités 

1973

La fête des mères a été célébrée avec éclat cette année à Nexon. Le 27 mai à 11 heures à la Mairie, le maire, accompagné d’une délégation du Conseil municipal et plusieurs personnalités locales remettait la médaille de bronze de la famille française à Sept mères de famille, Madame MARCHIVE Clémence, 7 enfants, Madame FAUCHER Jeanne 6 enfants, Madame CHAMINADE Jacqueline 5 enfants, Madame DEBORD Suzanne 5 enfants, Madame DURAND Denise 5 enfants, Madame FAUCHER Marguerite 5 enfants, Madame FAURE Suzanne 5 enfants.Après avoir mis l’accent sur le mérite des mères de famille et rappelé l’importance capitale du rôle de la mère de famille dans l’éducation des enfants, le Maire remettait des diplômes, offrait au nom de la Municipalité une médaille et un bouquet de roses à chacune des mères de famille à l’honneur. Les pères et enfants étaient bien sur de la fête et un vin d’honneur avec pâtisserie et jus de fruit pour les enfants complétait cette petite mais bien sympathique fête familiale.

1985

Le 2 juin 1985 au cours d’une cérémonie organisée à la mairie, le maire célébrait le mérite des mamans et et remettait à Madame MORTEROL la médaille d’argent des Familles et la médaille de bronze à Mesdames MAZEAU et VILLENEUVE. Après quoi un vin d’honneur était servi à la nombreuse assistance.

1986

Le 25 mai 1986 les mères de familles nombreuses étaient honorées au cours d’une manifestation à la mairie au cours de laquelle le maire a remis la Médaille d’argent des Familles à Mesdames BUISSON et NYS et la médaille de bronze à Mesdames ASTIER, GARRAUD et GUILMAN. Un vin d’honneur était offert à la nombreuse assistance.

Le diplôme et la médaille de ma mère

Cette fois ci la médaille est celle du deuxième modèle. Elle est ronde en bronze argenté avec sur l’avers un groupe familial entouré, sur le bas, de branches de laurier et, sur le haut, par l’inscription  FAMILLE  FRANÇAISE. Sur le revers la légende  RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE  surmonte un emplacement destiné à la gravure du nom du titulaire.

1987

Pour la fête des mères le maire a remis la médaille d’or des familles à Madame DESVALOIS et la médaille de bronze à Madame LAGUENY. Un vin d’honneur était offert aux participants.

1988

Le 29 mai, à la mairie, au cours d’une manifestation en l’honneur des mamans, Madame R. MEYRAUD a reçu la médaille d’argent des familles et Madame O. ROGER la médaille de bronze.

1989

A l’occasion de la fête des mères deux médailles d’or des familles ont été remises, l’une à Madame Andrée MASNEUF qui a élevé 11 enfants et l’autre à Madame Anne Marie LASCAUX qui a élevé 8 enfants. Madame Marie BRUN a reçu la médaille d’argent  et Madame Jeanine MAURILLEGANT la médaille de bronze.

1990

La salle des fêtes était comble à l’occasion de la remise de médailles de la famille Française à trois mères de la commune par René REBIERE, Maire et Conseiller général. Les trois récipiendaires étaient Madame Marie BOBEAU qui a élevé 8 enfants recevait la médaille d’or, Madame Marguerite PENOT qui a élevé 7 enfants a reçu la médaille d’argent et Madame Michelle GOURGOUSSE qui a élevé 4 enfants a reçu la médaille de bronze.

1991

Le 26 mai 1991 René REBIERE, Maire et Conseiller général a remis la médaille de bronze de la Famille Française à 4 mères de familles : MM. Marie Augustine GRANET, 5 enfants, Marie Thérèse JAVERLIAT, 5 enfants, Marie Raymonde PUYMIRAT, 5 enfants et Claudie FAYE, 4 enfants.

1999

A l’occasion de la Fête des Mères, Liliane JAMIN, Maire , a remis la médaille de bronze à trois mamans qui ont élevé chacune quatre enfants : Mesdames Marie Thérèse LABETOULE, Marie Jeanne JOUHAUD et Andrée FAURE.

2000

Le 28 mai 2000, à l’occasion de la Fête des Mères, madame Jeannine SYLVESTRE qui a élevé 5 enfants a reçu des mains de Liliane JAMIN, Maire, la médaille d’argent de la Famille Française et madame Amélie BUSSIERE, la médaille de bronze pour avoir élevé 4 enfants.